"Vendredi ou la vie sauvage" de Michel Tournier
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L’histoire : Septembre 1759. Robinson est à bord de La Virginie faisant route pour le Chili. Une terrible tempête précipite le navire sur des récifs, et Robinson, seul survivant du naufrage, échoue sur une île déserte. Livré à lui-même, il doit faire preuve d'ingéniosité, de persévérance et de courage pour survivre dans ce monde sauvage. Jusqu'au jour où, se croyant abandonné de tous, il rencontre un être humain pour le moins inattendu. Une aventure humaine inoubliable, une ode à la liberté et à la nature.
La critique de Mr K : Une madeleine de Proust pour la chronique du jour avec ce titre lu en 6ème de mon propre chef suite à l’étude d’un extrait en classe de français. C’était plutôt logique pour un petit gars amateur de récits de voyages en mer, de survie sur une île déserte et de l’œuvre originelle de Daniel Defoe.
Vendredi ou la vie sauvage de Michel Tournier date de 1971 et c’est l’adaptation pour les plus jeunes de son propre ouvrage pour adulte Vendredi et les limbes du Pacifique. Il se focalise sur les notions de civilisation et de vie à l’état de nature. J’ai évidemment adoré ce re-reading qui s’est révélé toujours aussi enchanteur, source d’évasion et de réflexion avec un supplément d’âme lié à la maturité acquise depuis…
Tout le monde ou presque connaît l’histoire de Robinson Crusoé, cet anglais de York qui fait naufrage et se retrouve seul rescapé du drame sur une île déserte. Les marins de l’époque sont polyvalents, ils savent tout faire. Grâce à ses connaissances et ses multiples compétences, les éléments qu’il peut récupérer sur l’épave de son bateau échoué, les ressources naturelles de l’île, Robinson arrive tout d’abord à survivre puis à rebâtir une civilisation, à commencer par le confort de base d’une maison puis en améliorant les alentours. C’est aussi une manière de ne pas devenir fou et de ne pas sombrer dans la déprime. Il laisse derrière lui une femme et des enfants. En attendant un hypothétique sauvetage, il se construit une nouvelle vie, devient autosuffisant. Il en viendrait presque à oublier l’ancien temps.
Un jour, il sauve un indigène que sa tribu a amené sur cette île pour y être sacrifié, on se débarrasse ainsi des impies ou des personnes inutiles au groupe. Robinson lui donnera le nom de Vendredi comme le jour où il l’a découvert et ce dernier deviendra son serviteur. Dans un premier temps, les rapports entre eux ressemblent à ceux d’un dominant envers un dominé, Robinson reproduit les schémas de pensée dont il est issu et n’arrive pas à en sortir. Vendredi ne dit rien car sa reconnaissance est éternelle. Puis, peu à peu, il va s’affranchir de ce carcan et Robinson va s’ouvrir à d’autres perspectives, une autre vision de la vie où l’homme ne se contente pas de domestiquer la nature, il vit en son sein et à son rythme.
La bascule est saisissante, les questionnements nombreux. Robinson file un mauvais coton au tout départ, la solitude lui pèse, il est même au bord de la folie et se réfugie dans une cavité pendant un temps. Recherche de l’oubli et hallucinations deviennent son quotidien. Ces quelques passages bien psychédéliques résument bien la lassitude et la tentation du vide qui nous étreignent parfois quand la vie ne semble plus avoir de sens. L’arrivée de Vendredi change tout, Robinson n’est plus seul. Il va revenir d’abord à des réflexes d’homme occidental que les règles et interdits rassurent mais la nature profonde de Vendredi va l’obliger à évoluer lui aussi.
Cela donne de très belles pages sur l’amitié et les échanges que l’on peut avoir avec autrui. Cela donne envie de croire encore en l’humanité, une humanité qui se soucie de son prochain, l’accompagne dans les épreuves et cherche à progresser tout en s’incluant dans l’ordre naturel sans le détruire. Que la vie peut être belle et épanouissante ! D’ailleurs, j’ai presque été choqué par le fait que Robinson ne semble plus du tout penser à sa famille restée au pays -sic-.
D’une lecture facile et éclairante, ce roman est vraiment une perle d’intelligence et d’humanisme. Il livre aux plus jeunes les premières clefs de compréhension sur l’humain et même si la fin ne laisse que peu de doutes sur notre propension à suivre un chemin plus autocentré (Vendredi finit par partir), on passe un moment très plaisant, hors du temps et du tumulte international actuel. Ça fait du bien !