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Le Capharnaüm Éclairé
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21 avril 2026

"Au-delà de nos rêves" de Richard Matheson

 

L’histoire : Quand Chris meurt dans un accident de la route, il ne disparaît pas vraiment. Ce jour-là, un monde inconnu s'ouvre à lui, où le corps est léger, où l'on communique par la pensée pure. Une seconde vie commence. Mais Chris veut à tout prix retrouver Ann, son amour. Et tente par tous les moyens de rentrer en contact avec elle. Malheureusement, Ann reste insensible, convaincue qu'il n'existe pas de vie après la mort, convaincue que Chris n'est plus là. Au point que même après s'être donné la mort, elle demeure séparée de son mari. Orphée moderne, Chris va alors partir "au-delà de nos rêves" pour retrouver son Eurydice...

 

La critique de Mr K : Nouvelle très belle expérience de lecture avec ma chronique du jour. Cet ouvrage de Richard Matheson traînait dans ma PAL depuis déjà quelques années et vu le plaisir de lire que j’ai pu ressentir, c’est un peu dommage ! Au-delà de nos rêves n’est pas le plus connu de cet auteur prolixe au talent qui dépasse les bornes du temps. C’est un mélange détonant de fantastique, de récit initiatique mais aussi (et avant tout) un grand roman d’amour. Très vite emporté par la trame de l’ouvrage et ses nombreuses ramifications, le lecteur se retrouve très vite pris au piège et ne peut que tourner les pages avec avidité tant l’addiction et l’intérêt ne se démentent jamais !

 

Dès le premier chapitre, Chris scénariste de télévision meurt dans un accident de voiture. Il laisse derrière lui Ann, sa veuve inconsolable et leurs quatre enfants. L’histoire ne fait que commencer car il "se réveille" dans un étrange environnement. Il est mort mais il faut d’abord l’accepter ce qui, on l’imagine aisément, peut se révéler difficile. En attendant ce déclic, il erre sur Terre, côtoie les vivants notamment ses proches. Mais toujours s’impose à lui l’image de sa femme, de son amour unique. Il cherche à communiquer avec elle sans succès. Pour l’aider, un membre décédé de sa famille l’accompagne, le guide, le conseille, l’écoute. Il agit un peu à la manière d’un ange gardien et Chris en a bien besoin.

 

Chris finit par prendre conscience de son état définitif et bascule dans le monde de Summerland, sorte de Paradis où les morts passent l’éternité. Tout est esprit, on s’y repose, on y travaille aussi. Tout y est possible sauf si l’imagination ne suit pas : déplacement instantané d’un point à un autre, construction du lieu de vos rêves… Les nourritures terrestres n’ont plus lieu d’être (manger, boire, le sexe) et l’on se substante des autres plaisirs de la vie Ainsi Chris pourrait se remettre à écrire et finir son œuvre qui pourrait être "inspirée" à quelqu’un de bien vivant !

 

Chris, malgré son évolution, reste obsédé par Ann, sa femme au tempérament dépressif qui vit un calvaire sur Terre et finit par se suicider. Pour autant, ils ne se retrouvent pas car elle est restée dans un cercle inférieur avec les personnes qui n’acceptent pas leur mort ou qui se la sont donnée ! Après avoir dompté ses propres doutes et interrogations, Chris va s’engager dans un voyage impossible pour retrouver son aimée à la manière d’Orphée ou de Dante. L’amour plus fort que l’oubli et la mort ? Chris le découvrira bien assez tôt.

 

Cette exploration de l’après-vie est remarquable. Complète, fun et mélancolique à la fois, le fantastique est très bien exploité entre spiritualité, science et un soupçon d’incompréhensible ! L’auteur dans cette projection dans l’au-delà ne s’inspire pas que d’une religion ou d’un système de pensée, il pioche ici ou là des concepts, des principes qu’il remanie à sa manière en y ajoutant ses propres vues avec toujours un souci de simplicité et d’évasion en même temps. L’utilisation de la focalisation interne (tout est vu et vécu à travers Chris) rajoute une dimension intimiste prégnante qui appuie des questionnements métaphysiques et universels. Cela nous raccroche à la réalité, à nos propres interrogations. Certains passages sont un peu plus ardus tout de même notamment celui sur la nature des âmes ou encore leurs "migrations" mais tout cela se désamorce très vite et provoque un certain vertige lorsque l’on appréhende tous les éléments dans leur ensemble.

 

Il y a aussi une forte charge émotionnelle avec une histoire d’amour qui dépasse les frontières de la vie et de la mort, une relation fusionnelle que la vie (mais aussi la mort) n’épargne pas. Au fil du parcours du héros, on en apprend plus sur ce couple, leurs joies, leurs aspirations mais aussi leurs doutes et le moment où ils ont failli se séparer. D’une nature mélancolique, Ann semble au premier abord fragile et mortifère mais lors d’une sublime déclaration d’amour finale, Chris nous révèle une femme entière, forte et soucieuse du bien-être des siens. Je peux vous dire qu’étant très fleur bleue, j’avais le cœur au bord des lèvres. La comparaison avec des figures mythiques telles qu’Orphée ou Dante n’est pas usurpée, on vit ici le sentiment amoureux dans sa pureté, son ubiquité et son ambivalence tant il réchauffe les âmes mais peut aussi les briser. C’est beau, bien mené et aucunement naïf ou convenu.

 

La forme accompagne merveilleusement un contenu déjà très riche. L’écriture de Matheson conjugue dynamisme, accessibilité et nuances à fleur de mots. On se laisse prendre par la main, on s’inclue dans le récit et l’on se prend d’affection pour les personnages. Les pages se tournent toutes seules, l’intérêt va grandissant et lorsque la lecture se termine, on n’est pas déçu et l’on se dit qu’on a lu un grand livre. Avis aux amateurs !

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