"Son ciel de cendres" de Valérie Cibot
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L’histoire : Sept jours pour créer le monde. Sept jours pour le défaire. Chez les Dallols, sept jours pour transporter le corps des morts au lac sacré, là où les rituels ont lieu.
Tirant la dépouille de sa grand-mère sur un traîneau, Sam se met donc en route, mais très vite la situation lui échappe. Un grand incendie a réduit la forêt en cendres. Le voyage de deuil prend alors des accents initiatiques, en la confrontant, lors de son errance, à sa solitude et à ceux qui restent.
La critique de Mr K : Je vais vous présenter aujourd’hui une lecture différente, poétique et profonde, de celles qui marquent un lecteur dans son esprit. Son ciel de cendres de Valérie Cibot est un roman initiatique d’une rare force où l’écriture est vraiment au service du personnage principal et propose un voyage à nul autre pareil.
Sam vient de perdre sa grand-mère et c’est un drame intime qui la bouleverse et que peu de personnes (voire personne) ne peut appréhender à sa juste valeur notamment chez ses proches. Ayant perdu ses parents lors d’un accident, c’est sa grand-mère qui s’est occupée d’elle lors de son adolescence et qui l’a accompagnée avant qu’elle vole de ses propres ailes et décide de partir à la ville. La voila donc de retour dans ce foyer dont elle s’est éloignée et la surprise est de taille.
Ses tantes lui annoncent en effet que selon la tradition, elle a sept jours pour mener la dépouille de sa chère disparue au bord d’un lac sacré pour pouvoir y réaliser les rituels nécessaire à son passage dans l’autre monde. Sept jours car il en a fallu autant pour créer le monde et il s’agit ici de le déconstruire, de faire son deuil et de s’inscrire dans une continuité, un héritage. Sam, désarçonnée, est d’abord tenté par la défection, c’est quoi ce plan ? Elle, la solitaire, l’introvertie, celle qui est partie, devrait participer à un processus qui la dépasse. Mais le poids du passé et de la gratitude envers sa grand-mère vont lui faire sauter le pas. La voila partie pour un voyage dont elle ne soupçonnait pas les tenants et les aboutissants.
Commence un road trip très particulier, mêlant naturalisme et exploration intimiste de haute volée. Centré uniquement sur Sam, on en apprend tout d’abord beaucoup sur son parcours de vie, une vie pas évidente qui l’a forgée et a donné la jeune femme qu’elle est désormais. Il émane d’elle une grande solitude, une carapace qu’elle a érigé et dont elle est parfois victime. Isolée, en marge, ce voyage va la mettre face à elle-même avec à côté d’elle le corps de sa grand-mère qui lui rappelle d’où elle vient, ce qu’elle est en train de faire. Cela la dérange, l’ébranle même et bien souvent la nature environnante fait écho à ses états d’âme, ses réflexions personnelles et ses évolutions aussi minimes soient-elles.
Passé et présent s’entrecroisent et se mêlent, diverses voix aussi émanant de souvenirs, de rêves et de la réalité. Sept chapitres, sept jours qui s’égrainent petit à petit et vont changer à jamais une héroïne qui va éprouver nombre de sensations et croiser la route de personnes qui semblent jalonner une route élévatrice. Faune, flore et humanité l’accompagnent pour le meilleur et le pire au gré d’expériences enrichissantes ou encore traumatisantes (pauvre Néfus !). Elle semble parfois ne faire qu’un avec son environnement, les paysages, les efforts fournis par un trajet éprouvant tant physiquement que mentalement. Il se dégage une force et une beauté incroyable de ce parcours qui prend aux tripes.
La langue est tout bonnement splendide, le moindre mot est choisi et ajoute une poésie de tous les instants qui embellit d’autant le voyage de Sam qui prend une dimension universelle où chacun ou presque pourra se retrouver dans ses doutes, ses interrogations et ses pulsions de vie / survie. Cette lecture fut une sacrée expérience, un moment de bonheur et de découverte, quelque chose de rare et de précieux, à conserver, entretenir et transmettre à son tour.