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Le Capharnaüm Éclairé
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21 février 2026

"Lâcher les chiens" d'Antonin Feurté

 

L’histoire : Une cavale syncopée dans les Pyrénées, librement inspirée de faits réels.
Depuis près de dix ans, Valère fait le sale boulot. Au chenil, il nettoie la merde des chiens sous la pression d'un patron intraitable.

Ces derniers temps, il se sait menacé : la nuit, dans le village où il vit avec sa femme et son fils, des hommes armés patrouillent autour de sa maison. Pour protéger les siens, il s'équipe et s'entraîne. Jusqu'au jour où l'irréparable se produit.

Alors, Valère prend la fuite avec pour seule boussole la carte dessinée par son père, un berger qui a quitté la montagne à regret. Au détour des sentes pastorales, un itinéraire mène à la terre promise. Là-bas, espère-t-il, une autre vie est possible.

 

La critique de Mr K : C’est à la découverte d’un premier roman fulgurant à laquelle je vous convie avec la chronique du jour et Lâcher les chiens d’Antonin Feurté, sorti en début d’année chez Paulsen. Un homme en fuite suite à un drame, la montagne et une ambiance oppressante à souhait font de cette lecture une expérience saisissante entre survival, nature writing et exploration sans fard de l’âme humaine. Une véritable claque !

 

Organisés par série de trois, les chapitres proposent de suivre Valère, un homme armé en cavale dans les Pyrénées. Travaillant dans une usine d’aliments pour animaux domestiques, il semble avoir craqué et commis l’irréparable sur son lieu de travail. La police, la gendarmerie et même le GIGN sont à sa poursuite. Sa fuite suit les traces des souvenirs de son père, un homme amoureux de la montagne à laquelle un amour fusionnel l’a arraché. Valère en est persuadé, son Salut se trouvera dans les cimes, dans les territoires reculés seulement connus des bergers.

 

Bien organisé et méthodique, la fuite est d’abord efficace. Plongé dans une Nature qu’il maîtrise, il se fond dans le décor admirant au passage paysages, faune et flore et partage son regard vif sur les éléments qui l’entourent. Mais la tension est palpable, les heures s’écoulant, l’esprit peut vaciller plongeant le héros dans le désarroi et à la lisière de la folie. Persécuté par des hallucinations provoquées par une prudence se muant en paranoïa, il perd pied et se retrouve sur le fil du rasoir. Je peux vous dire que c’est efficace, qu’on tremble beaucoup pour lui…

 

En parallèle, sur une autre ligne narratrice, on suit la fameuse journée de travail fatale de Valère avec un décompte glaçant égrainant heures et minutes avant un mystérieux "impact". Les conditions de travail sont épouvantables avec notamment des tâches ingrates que ses supérieurs semblent lui donner sciemment pour le briser, le faire craquer. Bêtise humaine, sadisme mêlé de volonté de revanche ne touchent pourtant pas Valère qui courbe l’échine mais ne tombe pas. Mais la colère monte et Valère est venu armé. Quelles sont ses intentions ? Qui va subir sa foudre ? Véritable roulette russe littéraire, ses chapitres sont d’une intensité renversante et l’addiction est totale.

 

Enfin, le dernier tiers se présente sous forme de flashback sur sa vie de famille avec Lisa, sa femme, qu’il aime plus que tout mais pas forcément comme il faut. Le poids du passé, la frustration, l’appel de la montagne aussi tendent les relations qu’il entretient avec elle et avec leur fils. On le sent constamment osciller entre s’accrocher à eux et poursuivre l’idéal de la figure paternelle tutélaire qui hante les lignes du livre et l’esprit de Valère. Ces petits bonds dans le passé viennent rehausser la tension sous-jacente, nourrir la caractérisation d’un personnage complexe et torturé. On a le cœur au bord des lèvres et l’on a petit à petit l’impression que l’on est aspiré dans un gouffre de perdition.

 

Au fil de la lecture du lien se fait, les éléments disparates se mettent en relation faisant écho au chemin de croix du personnage et la fin logique, implacable, vient nous cueillir, nous laissant pantelant une fois le recueil refermé. C’est profond, universel dans la manière d’aborder des choses de la vie que beaucoup d’êtres humains partagent.

 

Et puis, il y a le style, l’écriture qui est une merveille de concision et de force, de poésie et de rudesse selon l’arc narratif que l’on lit. C’est enveloppant, puissant même et le roman en devient hypnotique. Une fois ses serres refermées sur soi, le lecteur n’a plus qu’à tourner les pages, entre vertige et réflexion, sur les pas d’un homme décidé et complètement borderline. Un grand et beau moment de lecture.

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