"La Quête d'Ewilan" de Pierre Bottero
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L’histoire : Quand Camille vit le poids lourd qui fonçait droit sur elle, elle se figea au milieu de la chaussée. Son irrépressible curiosité l'empêcha de fermer les yeux et elle n'eut pas le temps de crier... Non, elle se retrouva couchée à plat ventre dans une forêt inconnue plantée d'arbres immenses. Te voici donc, Ewilan. Nous t'avons longtemps cherchée, mes frères et moi, afin d'achever ce qui avait été commencé, mais tu étais introuvable...
La critique de Mr K : Chronique d’une lecture fantastique aujourd’hui avec un cadeau de Noël très bien choisi, un triptyque que je voulais lire depuis longtemps: La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero. Il m’avait notamment été conseillé par la professeure documentaliste de mon établissement qui a sensiblement les mêmes goûts que moi et qui est toujours de bon conseil. Bien en a pris le Père Noël de me les apporter, j’ai littéralement dévoré les trois volumes avec un plaisir de lire de tous les instants grâce à un récit vif, fin et des personnages très charismatiques.
Tout commence par un étrange incident au bord d’une route. Camille, une jeune surdouée qui n’a pas sa langue dans sa poche évite de peu de se faire heurter par un poids lourd en "basculant" dans un autre monde peuplé de créatures effrayantes qui semblent en avoir après elle. Déstabilisée et un peu perdue, elle revient vite à son point de départ, notre bonne vieille terre. Mais elle en est convaincue, ce voyage n’est pas dû au hasard et elle commence à comprendre qu’elle vient d’ailleurs, cela expliquerait notamment la froideur et le désamour de sa famille adoptive.
En compagnie de son fidèle copain Salim, les voila plongés à nouveau dans le monde de Gwendalavir, univers de pure fantasy où l’Empire a fort affaire face à l’invasion de créatures barbares qui ne connaissent ni la raison ni la pitié. Des forces sombres sont à l’œuvre et semblent en avoir après Camille (aka Ewilan) dans son monde d’origine. Car oui, elle vient de ce monde et pourrait bien être la clef pour résoudre le péril qui menace. Forte de compagnons de passages qui peu à peu la rejoignent, venant de divers horizons et conditions, ils partent dans une quête qui leur fera faire beaucoup de chemin entre rencontres impromptues, contemplation d’un monde étrange, révélations et découverte de soi.
Clairement estampillé "jeunesse", cette saga reprend parfaitement tous les codes classiques de la fantasy sans pour autant sacrifier à l’originalité grâce en partie à une galerie de personnages hauts en couleur qui accompagne Camille et Salim. Héros légendaire, chevaliers et colosses à force surhumaine mais un peu bas de plafond, une marcheuse de l’ombre au charme mystérieux (une autre trilogie lui est d’ailleurs consacrée par Bottero), une créature des bois facétieuse mais redoutable avec un arc à la main, un vieil érudit grincheux… autant de personnages qui se complètent parfaitement et forment une véritable "famille" avec son lot de crises, de prises de bec mais aussi d’élans d’affection et de résilience collective. Et heureusement qu’ils sont là pour guider et accompagner nos deux héros car il va falloir qu’ils s’adaptent vite.
On s’attache vite aux deux personnages. Certes on est dans le domaine des archétypes avec des évolutions générales qui surprennent rarement, sont attendues, mais leur fougue et leur relation amicale donne un souffle de fraîcheur sur l’ensemble, une légèreté, une bonne humeur de bonne aloi et qui contraste avec le fond parfois sombre de l’histoire. Bien qu’ancré dans la fantasy la plupart du temps, l’ouvrage explore aussi à sa manière les mécanismes relationnels propres à l’adolescence : le rapport aux autres, au monde, à soi aussi avec un développement des personnages bien filé sur les trois tomes. Les répliques puériles peuvent agacer à l’occasion dans le premier volume mais on voit que les deux protagonistes prennent de la graine par la suite, mûrissent et voient leur relation profondément changer.
L’ouvrage s’ouvre sur une carte du monde inventé par Pierre Bottero (ceux qui nous suivent depuis longtemps le savent, j’adore les cartes !). C’est un vaste monde donc qu’Ewilan et sa joyeuse troupe vont parcourir en partie dans une évocation littéraire de haute volée, de grande qualité. On aime parcourir les plaines embrumées, les forêts profondes et impénétrables, les montagnes enneigées et les villes de lumière qui possèdent leurs propres zones d’ombre. L’immersion est incroyable, l’effet quasi immédiat et rend totalement addict. C’est typiquement le genre de livres qui peut faire émerger des vocations de lecteurs de fantasy. J'aurais adoré le lire vers mes douze ans lorsque je découvrais alors Tolkien.
Ce qui est génial avec Bottero, c’est son écriture. À la fois simple et profonde, elle nous embarque immédiatement et provoque avec facilité des images mentales marquantes et durables. Il se lit tout seul, sans effort, de manière souple. Les chapitres courts s’enchaînent sans que l’on s’en rende compte, les attentes se multiplient et quand on termine sa lecture, on en redemanderai presque ! Ça tombe bien, il y a deux autres trilogies qui complètent celle-ci et je compte bien me pencher sur leur cas prochainement.
Au final, ce fut une incroyable lecture, une nouvelle découverte d’auteur qui montre une fois de plus que la littérature jeunesse est un genre qui révèle des trésors d’inventivité et de plaisir de lecture. Cette trilogie est un petit bijou dans son genre. Si vous êtes amateurs, vous ne devez pas passer à côté.