"Le Zoo, une sortie" de J.A. Tyler
/image%2F0404534%2F20260123%2Fob_072e6b_le-zoo-une-sortie.jpg)
L’histoire : Une journée au zoo, où l'on suit un couple et leur fils unique, Jonah. Aux arrêts qu’effectue la famille devant chaque enclos apparaît très vite, derrière chaque animal, une vérité élusive, sournoise et menaçante : le portrait d’une famille proche de la rupture.
La personnalité trouble d’un père aux abois, dont les relations avec sa femme sont tendues, et celles avec son fils marquées par la frustration, l’incompréhension et la colère – celle d’un homme aux prises avec un monde lui-même non dépourvu de violence. C'est aussi le portrait d’une Amérique au bord du gouffre.
La critique de Mr K : Chronique à nouveau aujourd’hui d’une très bonne lecture. Ce dernier né des éditions Quidam est à la fois éprouvant et addictif. Le Zoo, une sortie de J.A. Tyler nous offre à travers une banale visite au zoo, un portrait édifiant d’une famille américaine pas loin de l’implosion. Véritable miroir brisé d’une existence familiale, ce livre touche juste et fort le lecteur, ne lui laissant aucune chance de s’échapper...
Ce roman est constitué de chapitres ultra-courts correspondants à chaque fois à un enclos et un animal. Jonah est en visite au zoo avec ses parents. Chaque arrêt est un prétexte pour nous parler d’eux, des relations qu’ils ont les uns avec les autres et malheureusement des choses sous-jacentes qui ne vont pas. Le jeune narrateur fait en effet des parallèles entre les animaux qu’il peut observer et des scènes de vie familiale. Parfois ténus, ces liens prennent cependant une signification souvent bouleversante et nous ne pouvons qu’être attendri par ce jeune narrateur que la vie n’épargne finalement pas, malgré son jeune âge.
Jonah est un jeune garçon curieux qui aime profondément ses deux parents même s’il ne les comprend pas toujours notamment son père qui semble souvent sur les nerfs, qui dit pas mal de gros mots et l’envoie bouler régulièrement. Il sent cette tension qui l’habite sans la comprendre, tension que la mère essuie de plein fouet et la rend triste. Pour autant, le mariage tient. On ne sait pas trop à quoi mais il tient. La nécessité, les conventions, la peur du vide, pour Jonah ? Le bonheur en tout cas quand il est évoqué est souvent de courte durée et les flash-back qui émaillent le récit livrent un tableau inquiétant.
L’ouvrage est véritablement bouleversant car très bien construit, à la manière d’un puzzle. Au fil des enclos, la représentation que l’on se fait de la cellule familiale de Jonah évolue, se complète. La dimension psychologique est brillamment mise en mot dans une langue faussement simple, celle d’un enfant. Justement, cela donne de la force et de la profondeur aux propos, les personnages sont très bien caractérisés et il se dégage un réalisme dérangeant tant on souffre avec Jonah de la situation. Pas besoin d’effets de manche, de longues descriptions et atermoiement sur les états d’âme des personnages, ici tout passe par les sensations de Jonah, ses réflexions, ses remarques et sa manière de couper court aux invectives ou questions de ses parents par un ouais protecteur et désabusé.
D’une lecture aisée et rapide, voila un ouvrage qui fera date. Un petit bijou d’intelligence et d’humanité à découvrir au plus vite.