"Arkane" de Pierre Bordage
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L’histoire : Arkane : une ville labyrinthique, bâtie selon la légende par sept maisons toutes-puissantes, et dont les luxueux niveaux supérieurs sont occupés par un pouvoir corrompu. Là, ont cours intrigues incessantes, empoisonnements, meurtres, magie noire et décadence.
Après le massacre de son clan, Oziel, fille de la maison du Drac, s’enfuit des Hauts de la ville. Elle espère gagner les Fonds afin de rejoindre son frère condamné, et de lever une armée parmi les prisonniers du terrible bagne dans les profondeurs de la cité.
Oziel rencontrera sur son chemin Renn, un apprenti-enchanteur de pierre, et Orik, guerrier venu d’une lointaine contrée…
L’histoire : Aujourd’hui, je vous présente ma dernière incursion chez Pierre Bordage, un auteur adoré au Capharnaüm éclairé et qui avec le diptyque Arkane explore le genre fantasy avec une quête initiatique sur fond de menace d’un chaos imminent. Approchant les 1200 pages, l’œuvre est fleuve, profonde, se lit toute seule. On serait sur un coup parfait si Master Bordage n’avait pas expédié la fin. Pour autant, ce fut une belle expérience de lecture.
Arkane est une cité puissante et prospère bâtie lors de temps immémoriaux par sept familles, sept maisons qui depuis détiennent le pouvoir et doivent conjuguer avec leurs différences pour garantir la paix et la sécurité de tous selon une ancienne prophétie. Hélas, le livre 1 s’ouvre sur le massacre de la maison Drac, complot ourdi par d’autres maisons téléguidées par des puissances mystérieuses que nous apprendrons à connaître plus tard dans la lecture. Seule survivante, la benjamine Oziel s’enfuit et doit rejoindre son frère aîné, banni il y a longtemps dans les fonds, la base de la ville, gigantesque labyrinthe à étages. Plus on descend, plus on côtoie la pauvreté, l’indigence et le danger pour une jeune fille des Hauts comme sont désignés les quartiers huppés.
En parallèle, on suit aussi Renn, un jeune apprenti enchanteur de pierre dont le sort est peu enviable. Il fait la rencontre d’Orik, un guerrier venu de très loin pour prévenir la cité Arkane d’un danger imminent. Une armée de conquérants sanguinaires qui a déjà réduit à néant son monde d’origine est en marche. Il faut se préparer à les affronter. Orik a cependant besoin d’un guide, Renn sera celui-là et va entreprendre un périple dangereux jusqu’à la cité d’Arkane.
Deux destins narrés en parallèle (plus un autre qui vient s’intercaler un peu plus tard), voila du classique quand on connaît l’auteur. Le procédé fonctionne bien, maintenant le lecteur dans une attente constante et un désir fébrile de continuer sa lecture malgré parfois l’heure avancée. Le rythme ne se dément jamais, chaque chapitre est l’occasion de rebondissements, de rencontres et de superbes descriptions.
L’immersion est assez géniale j’avoue, j’ai beau fréquenter l’auteur et le genre depuis longtemps, j’ai été parfois émerveillé par les tableaux brossés. Les différents étages d’Arkane avec ses populations interlopes, ses mœurs étranges voire sanguinaires (le passage sur la secte adepte de sacrifice humain est bien salé), les paysages naturels que traversent Renn et Orik, les inévitables tavernes ou moments de repos, la magie et sa toute puissance lorsqu’elle opère, les intrigues de Palais qui lorgnent clairement vers Game of Thrones dans leur cruauté... Chaque chapitre est en plus précédé d’un court texte issu de traditions orales ou écrites retranscrites par Bordage, donnant un poids supplémentaire à l’attente.
Les personnages sont plutôt attachants voire ambivalents pour certains d’entre eux ce qui n’est pas pour me déplaire au contraire. On suit leur progression avec plaisir, on frémit souvent car l’univers proposé est dur et les chances de réussite plus que réduites. On retrouve des thématiques chères à l’auteur comme le droit à la différence, un mysticisme poussé et un animisme bien troussé, l’amour unique et universel, l’indécence du pouvoir et la course à la richesse source d’une chute civilisationnelle généralisée. Elle sont à nouveau bien traitées, les unes se mêlant aux autres naturellement, proposant une vision, un sens délectable à souhait qui fait écho à notre réalité. Il est fort ce Bordage.
Là où le bât blesse c’est la conclusion et son côté abrupt. A 50 pages de la fin, je le sentais venir... Tout est en place pour un final de feu de Dieu et finalement il a lieu en 10 pages ! Remboursez ! Alors OK, il n’y a pas de surprise, c’est le dénouement que j’attendais mais l’auteur aurait pu délayer davantage, rajouter des implications et ne pas se contenter de se faire rencontrer les deux personnages principaux. Comme si leur lien unique au final était plus important que tout le reste alors que tout est concomitant. J’étais vraiment vert, sans doute parce que je ne voulais pas non plus quitter ma lecture... mais 20 à 30 pages de plus n’auraient pas fait de mal et aurait fait rentrer ce livre dans le domaine réservé des indispensables du genre.
On passe tout de même un superbe moment de lecture, Pierre Bordage s’y entend pour imaginer un background riche et crédible, faire évoluer des êtres sensibles et captivants et proposer un récit initiatique d’une grande portée. Malgré une fin un peu bâclée, Arkane reste une valeur sûre et vous proposera un voyage passionnant si vous êtes amateurs du genre.
Autres ouvrages de Bordage chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- Résonances
- Mission M'Other
- InKARMAtion
- Le Jour où la guerre s'arrêta
- Le Feu de Dieu
- Atlantis : les fils du rayon d'or
- Hier je vous donnerai de mes nouvelles
- Chroniques des ombres
- Les Dames blanches
- Graine d'immortels
- Nouvelle vie et autres récits
- Dernières nouvelles de la Terre
- Griots célestes
- L'Evangile du Serpent
- Porteurs d'âmes
- Ceux qui osent
- Ceux qui rêvent
- Ceux qui sauront
- Les derniers hommes
- Orcheron
- Abzalon
- Wang