"Frank Merriwell à la maison blanche" de Ward Moore
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L’histoire : Stevenson Woolsey, qui a lu deux fois Finnegans Wake entièrement et n'embrasse jamais les bébés, est un magnat politique amoureux d'Aurélie van Ten Bosch, le plus pur idéal de fille de savant fou. Or, la dernière invention de ce savant va révolutionner le combat politique, et changer la vie de Stevenson. Cette invention, c'est Frank Merriwell, robot de son état, qui va rafler toutes les élections jusqu'à la fonction suprême.
La critique de Mr K : Chronique d’une lecture vintage et culte à la fois avec ce court roman de Ward Moore que l’on peut sans rougir qualifier de prophétique. Écrit en 1973, Frank Merriwell à la Maison Blanche préfigure clairement la situation politique actuelle aux États-Unis à la seule différence que le locataire de la Maison Blanche est un être synthétique, un humanoïde aux idées réactionnaires parvenu au pouvoir dans une logique électoraliste d’une redoutable efficacité.
Un politique installé, en perte de vitesse, va donc devenir le Pygmalion de Frank Merriwell, dernière invention géniale d’un savant excentrique. On suit la progression irrésistible de ce dernier dans son ascension politique de l’échelon local à l’échelon national. Son credo : il est opposé à tout progrès ! Sur le papier, il n’a aucune chance d’être élu mais la mécanique fonctionne à plein, il écume les lieux et finir par convaincre !
L’ouvrage est remarquable tant il décortique de manière satyrique le système électoral de nos voisins d’Outre-Atlantique. Bipolarité de la vie politique, campagnes agressives et médias omniprésents, débats enlevés et course aux résultats, tout y passe avec son lot de process complexes et de petits arrangements qui peuvent définitivement peser sur la balance. L’équilibre tient sur un fil, l’humanité aussi, avec un personnage principal inquiétant mais désarmant de logique qui renvoie tous les protagonistes de notre espèce dans les cordes.
La lecture est assez angoissante en soi car le scénario, qui sur le papier est grotesque, prend une ampleur folle au fil des pages qui se tournent toutes seules. Le parallèle se fait naturellement avec le trumpisme et ses dérives, une démocratie qui se meurt lentement sous les applaudissements et l’entertainment. Variation mortifère qui s’étend de plus en plus à nos modèles occidentaux qui s‘effritent et tentent de résister comme le montre l’actualité de ces dernières années post Covid.
Écrit de manière limpide avec un rythme lent qui s’accélère peu à peu, les étapes de la montée en puissance accompagne le lecteur dans une addiction totale qui ne se dément jamais. Une fois l’ouvrage refermé sur une conclusion sans appel, on est un peu pantois, emplis de questions mais aussi un peu plus éclairés. Une petite pépite à découvrir.