Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Capharnaüm Éclairé
Publicité
15 novembre 2025

"Blast - Intégrale" de Manu Larcenet

 

L’histoire : Un homme est en garde à vue et deux flics le cuisinent. En douceur, sinon il risque de se verrouiller. L’homme s’appelle Polza Mancini, il a 38 ans, il est obèse et, avant de tout quitter pour tailler la route en direction de l’île de Pâques, il était écrivain. Maintenant, il est en garde à vue parce qu’il a fait quelque chose à Carole Oudinot, quelque chose de grave. Les flics sont là pour essayer de comprendre, et Polza se raconte, tranquillement. Tout a commencé le jour où il a vu son père mourant. C’est là qu’est arrivé le premier blast… Techniquement, le blast est l’effet que provoque une explosion sur l’organisme. Son blast à lui, c’était dans la tête, et ça l’a "modifié". Explication que les flics, plutôt portés sur la rigueur des faits, ont du mal à gober : "Rhololo ! Les conneries…" S’ensuit un huis clos fascinant, d’où l’on s’évade au gré des souvenirs de Polza.

 

La critique de Mr K : Cela faisait un bail que je voulais lire cette série de Larcenet mais l’occasion ne s’était jamais présentée. C’est une fois de plus l’ami Franck qui m’a prêté cette intégrale haute en couleur. Blast est de ces œuvres qu’on n’oublie pas, qui nous marque. Sombre, littéraire et magnifiquement mise en image, cette lecture fut une belle claque comme bien souvent avec cet auteur décidément à part.

 

 

Tout débute par la mise en garde à vue d’un homme que la police soupçonne d’avoir assassiné une jeune femme. Obèse, peu avenant au premier abord, un souffle de mystère accompagne Polzi. Mais très vite, il va se mettre à table et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en a des choses à raconter. Il déroule alors sa vie de son enfance à aujourd’hui tout au long de ces quatre tomes qui réservent bien des surprises. Finalement attachant, le prévenu nous dit-il toute la vérité ou ne cacherait-il pas des zones d’ombres inavouables ?

 

 

Je dois avouer que j’ai été embarqué directement. Il faut dire que cet auteur sait s’y prendre pour planter une situation. Le huis clos de départ pose les bases, on va être dans l’intime et l’intense à la fois. Trois hommes dans une salle d’interrogatoire. Le bon et le méchant enquêteur, un prévenu qui se pose là avec sa masse corporelle et une faconde remarquable. Il nous embarque dans une série de flash-back entremêlés d’une existence où le drame se dispute à la solitude. Un être se reconstruit devant nous et l’effet est saisissant, réaliste et profond. On est très vite désarçonné par ce parti pris assumé et un destin qui s’effeuille petit à petit.

 

Quelques éclaircies plus tard au cœur de rebondissements nombreux et de chavirages émotionnels variés, la situation évolue et fait naître dans l’esprit du lecteur une foule d’hypothèses que l’on repoussent successivement tant le scénario s’amuse à nous perdre pour mieux nous récupérer ensuite. Au gré des souvenirs faisant la part belle aux rencontres et aux introspection, Polzi se raconte, manipule son auditoire et le lecteur, les lignes entre vérité et mensonges bougent tout du long et la fin vient littéralement nous cueillir.

 

 

On retrouve toute la science de la caractérisation des personnages de Larcenet avec un focus forcément sur Polzi qui prend énormément de place dans tous les sens du terme. Très finement abordé dans sa personnalité, son rapport aux autres et à la nature (il vit dans les bois très longtemps pour s’éloigner du monde des humains), on est fasciné par cette personnalité hors norme qui fait souffler le chaud et le froid. Intéressant de le voir réfléchir à haute voix sur son existence mais aussi de le suivre dans le temps dans son rapport aux autres, des rapports qui sous des dehors de simplicité cache une complexité psychologique bien saisie.

 

Énormément de thèmes sont abordés dans ces quatre volumes à travers cette enquête policière. La place de chacun dans ce monde, la cruauté du genre humain (le passage avec des routards punks est tout bonnement terrifiant) mais aussi l’entraide et l’espoir, la famille et le poids qu’elle peut représenter, l’ordre du monde et notre indéfectible solitude dans les moments difficiles, la dépression… on retrouve nombre de sujets chers à Larcenet et le tout se mêle en toute intelligence, se répondant et se complétant parfaitement.

 

 

Rajoutez là-dessus des dessins sublimes, à la limite de l’expressionnisme ce qui souligne les émotions, les met en avant et que nous prenons en pleine face et vous obtenez une tétralogie de toute beauté et d’une intelligence, profondeur rare. Une sacrée claque que je vous invite à prendre au plus vite si ce n’est pas déjà fait.

Publicité
Commentaires
Publicité
Suivez-moi
Publicité
Archives
Publicité
Publicité