"Anne Bonny" de Jean-Marie Quéméner
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L’histoire : L’incroyable destin d’Anne Bonny, femme pirate d’exception.
La critique de Mr K : Voyage littéraire en terres d’aventure aujourd’hui avec Anne Bonny de Jean-Marie Quemener, ouvrage sorti fin octobre chez Récamier. Pour ne rien vous cacher, je n'adhère pas à la couverture, lorgnant vers certaines collections Young adult mais, comme disent si bien nos amis anglais, Don’t judge a book by its cover ! Passé la nécessaire adaptation à l’écriture particulière de l’auteur, on se laisse totalement prendre au jeu et le roman se lit d’une traite. Attention cependant, il ne s’agit ici que du premier tome d’une trilogie à venir, personnellement je ne le savais pas avant d’entamer ma lecture…
Nous voila plongés dans la toute fin du XVIIème siècle, début XVIIIème siècle. Anne Cormac de son nom de jeune fille naît dans une famille irlandaise, sa filiation est sujette à caution, le papa allant voir régulièrement ailleurs que sous la couette conjugale. La famille part pour le nouveau monde pour tenter sa chance et d’ailleurs avec réussite, William Cormac monte et fait prospérer une plantation qui va lui permettre de faire fortune. Distant et altier, il ne s’entend guère avec sa fille qui s’avère avoir un caractère bien trempé et ne rêve que d’une chose : l’Aventure. Le jour où la génitrice meurt, les rapports avec le père change, c’est le temps de l’émancipation et la voila partie sur les mers.
Plus de la moitié de ce volume se consacre à la vie d’Anne Bonny avant qu’elle rejoigne les frères de la côte. L’auteur fait un focus prolongé sur la situation familiale, les tensions internes et surtout la fougue d’Anne qui n’a pas attendu l’âge de raison pour s’opposer à toutes et à tous. Elle sait ce qu’elle veut et surtout, ce qu’elle ne veut pas. Il est hors de question qu’on lui arrange un mariage et qu’elle devienne une poule pondeuse. Elle rêve d’action, de navigation et de rapines ! Clairement, ce n’est pas du goût de ses parents mais ils se disent que jeunesse doit se passer. On fait connaissance aussi avec ses amis dont une métisse indienne, un esclave noir solide comme un roc et un jeune lettré. C’est quatre là s’entendent comme larrons en foire et leurs échanges donnent à voir une belle amitié mais aussi les choix ou statuts de chacun dans cette époque dite "moderne".
La figure d’Anne éclabousse toutes ces pages de par son volontarisme, sa hargne et ses désirs. On prend fait et cause pour elle dès les premières pages, c’est une belle figure féministe à sa manière. Éprise de liberté, devenir pirate est forcément logique car ils se définissent justement comme les seuls hommes libres. Sans attache si ce n’est leur équipage (et parfois leur commanditaire), ils se jouent des lois et des règles, s’attachent à une existence basée sur la jouissance immédiate. Cela ne peut que séduire Anne qui rêve d’aventure et ne rechigne pas à se battre (ce qu’elle fait fort bien) quitte à verser le sang très jeune. On est dans le genre romanesque donc ça passe crème mais notre héroïne n’a pas les mains propres il faut le savoir.
Au delà du milieu de la piraterie qui est bien évoqué (et le sera encore bien plus dans les volumes à venir), Jean Marie Quéméner plante bien le décor. On se croirait vraiment à cette époque tant dans les descriptions que dans les échanges verbaux entre protagonistes. C’est vivant, immersif au possible mais aussi peu ragoûtant par moments avec une évocation du sort des esclaves ou les conditions d’hygiène douteuses de l’époque. A l’occasion, des références tombent sur les rapports géostratégiques et la vie des gens de mer est vraiment racontée avec talent et jubilation. Moi qui suis adepte du genre, je dois avouer que cette lecture m’a ravi à ce niveau là.
Pour autant au départ, je dois avouer que je n’ai pas été emporté de suite. Il faut s’habituer à l’écriture de l’auteur que je trouvais faussement ampoulée. En fait, il y a le temps de l’exposition et surtout le vocabulaire employé qui me freinaient. Mais finalement, au bout de 20 pages, on s’y fait, on s’adapte et l’on se rend compte que tout cela concorde à donner un réalisme à l’entreprise et nourrit un rythme qui va s’accélérant pour ne plus nous relâcher jusqu’à la fin. Le plaisir de lire devient imparable et l’on tourne les pages avec délectation.
À l’heure du bilan, cet ouvrage est très recommandable même s’il n’est que la première pièce d’un édifice qui en comptera trois. Les amateurs de destins hors du commun, de figures féminines historiques et d’aventure peuvent y aller les yeux fermés, on passe un excellent moment.