Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Capharnaüm Éclairé
Publicité
31 octobre 2025

"Les sept vies extraordinaires de Devi Kumari" de Vikas Swarup

 

L’histoire : Des ruelles labyrinthiques de Delhi aux terres sacrées du Pendjab, des paysages enchanteurs du Kerala aux rivages ensoleillés de Goa, en passant par les rues vibrantes de Mumbai, une odyssée étourdissante au cœur de l'Inde d'aujourd'hui. Par l'auteur de l'inoubliable Slumdog Millionaire , une comédie noire irrésistible, un page-turner made in Bollywood.

Victime d'un enlèvement en pleine rue, la jeune Devi est retenue prisonnière dans un sous-sol par un homme dont elle ignore l'identité. Pour ajouter encore à sa terreur, son geôlier exige d'elle qu'elle confesse des crimes dont elle n'a aucune idée. Si elle n'avoue pas, au petit matin, elle mourra.
Alors, Devi va raconter sa vie. Celle d'une enfant des bidonvilles qui, à force de courage et de détermination, a changé sa destinée. Ses talents de conteuse lui permettront-ils de survivre à la nuit la plus longue de son existence ?

 

La critique de Mr K : Aujourd’hui, je vais vous parler d’une lecture fort sympathique qui n’a tenu que deux jours malgré ses 400 pages. Les Sept vies de Devi Kumari est le dernier né de l’auteur indien Vikas Swarup, l’auteur mondialement connu des Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire adapté au cinéma sous le nom de Slumdog Millionaire. C’est ma première lecture de lui et je dois avouer que je suis totalement tombé sous le charme. Suspens, immersion dans un pays-continent fascinant et une héroïne qui ne manque pas de courage et de charisme sont les ingrédients d’une lecture fortement recommandable.

 

L’ouvrage commence par une scène de rapt en pleine rue. Devi, une jeune femme de Delhi, voit une voiture s’arrêter à côté d’elle, deux hommes cagoulés en sortir et l’emporter avec eux. Quand elle reprend connaissance, elle est ligotée sur une chaise dans une pièce aveugle face à un ravisseur masqué dont elle ne reconnaît pas la voix. Ce dernier lui annonce que sa vie est mise aux enchères pour répondre des crimes qu’elle a commis pendant sa courte existante (elle a à peine 25 ans). Il l’incite à lui confesser ses pêchés et après quelques résistances, Devi va se livrer à cet exercice digne de Shéhérazad dans les Mille et une nuits. Combien de temps tiendra-t-elle ? Se sauvera-t-elle la vie ?

 

Elle remonte le temps et revient tout d’abord à sa vie misérable dans un bidonville de Delhi où le sort semble s’acharner sur elle et ses proches. C’est là que tout démarre dans l’esprit du lecteur car les fameuses sept vies évoquées dans le titre se rapportent à sept périodes précises de son existence. Et justement sept personnes se jouent sa vie aux enchères. Il y a donc son enfance dans les quartiers pauvres et insalubres, son nouveau statut de muse chez une apprenti écrivaine bourgeoise, son passage en maison de redressement, son introduction dans un ashram, un travail de libraire puis de faussaire, une carrière éclair comme infirmière ou encore comme coiffeuse / esthéticienne. Une vie riche en rebondissements et éprouvante à plus d’un titre.

 

Vous l’avez compris, on suit de manière chronologique la vie de l’héroïne et le moins que l’on puisse dire c’est que malgré son jeune âge, elle a déjà beaucoup vécu. La pauvreté crasse des bidonvilles et le quotidien frappé du malheur de nombre de membres de la caste des intouchables avec nul espoir à l’horizon plantent le décor dès le départ. S’ensuit une série de deus ex machina et de rencontres qu’elle raconte à son ravisseur dont les commanditaires sont liées à la jeune femme. Nous les croiserons donc dans les différents chapitres qui composent cet ouvrage à l’effet page turner imparable..

 

L’ouvrage est tout d’abord remarquable par la narration du destin de Devi. C’est très bien fait, on colle au plus près du personnage et de ses préoccupations. On prend fait et cause pour elle dès le départ car les dés semblent pipés. Impétueuse, volontaire, courageuse, c’est obligatoire pour une femme de sa condition pour pouvoir progresser et essayer de s’en sortir. Elle passe par tous les états durant le récit, elle évolue beaucoup. J’ai apprécié aussi le soin apporté par l’auteur pour la rendre crédible psychologiquement au milieu d’un maelstrom d’événements qui la dépasse. Les personnages qui gravitent autour d’elle sont aussi très bien caractérisés et l’ensemble donne une structure dense, remarquablement construite et un plaisir de lire optimum.

 

C’est aussi un roman qui en dit beaucoup sur l’Inde d’aujourd’hui qui s’ancre dans des traditions et des divisions sociétales marquées. On navigue entre préjugés et réalité, la fracture sociale très forte entre nantis et miséreux, le mépris de classe nous éclabousse à l’occasion. On a clairement une charge importante contre les inégalités de statut mais aussi entre hommes et femmes. Jamais frontale ni démagogique, c’est intelligemment mené conjointement aux circonvolutions de la trame. L’Inde, c’est aussi ces paysages urbains grouillants de personnes, ces odeurs et ses horreurs, la nourriture épicée, la fête des couleurs, les langues parlées différentes d’un endroit à un autre, la religion et le mysticisme. Au gré des pérégrinations de Devi, le lecteur reste totalement immergé dans ce pays à nul autre pareil et qui m’a toujours fasciné.

 

La lecture est donc très rapide et malgré un dernier acte que j’ai trouvé un peu bref (j’aurais bien rajouté une vingtaine de pages), je ne regrette pas un moment d’avoir entrepris cette lecture aussi vivifiante, fun qu’exotique et source de réflexion. À découvrir.

Publicité
Commentaires
Publicité
Suivez-moi
Publicité
Archives
Publicité
Publicité