"Rock$tar" de Stéphane Vanderhaeghe
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L’histoire : Ça fait des années que Justin Ash, la dernière star du rock, ne s’est plus produit sur aucune scène. Quand on découvre qu’il s’apprête à repartir en tournée, c’est l’effervescence. Seulement au soir du premier concert, personne ne sait où il est passé. La nouvelle tombe dans la nuit : le rockeur a disparu. Et le lendemain une question se pose : c’est quoi la vie et un monde sans Justin Ash ?
La critique de Mr K : Chronique d’une lecture incandescente et brûlante aujourd’hui avec cet ouvrage dévoré en deux jours lors de mes vacances d’été. Rock$tar de Stéphane Vanderhaeghe était fait pour moi : rock, direct dans son écriture, émotionnellement varié et percutant. Cette histoire de disparition d’une icône rock dépasse son sujet, interroge sur le genre rock, le rapport des gens entre eux et la société elle-même. Franchement dépotant et délectable !
Un seul être vous manque et tout est dépeuplé disait le chanteur Dave (pas forcément le plus rock pour le coup…). Justin Ash a disparu du jour au lendemain, la plus grande star de rock ne donne plus signe de vie et le monde continue de tourner ou presque. Écrit à la manière d’un album, chaque chapitre pourrait s’apparenter à un titre / tube, l’auteur nous invite à voir les réactions des uns et des autres, à tous les niveaux du simple fan aux producteurs de musique les plus véreux.
On en croise du monde dans cet opus. Des groupes de rock en devenir, des lycéens mal dans leur peau, des fans en dépression (certains d’ailleurs passent le pas), une doctorante désarçonnée par la disparition de son sujet, une dealeuse des quartiers toujours à l’affût des bons coups et naviguant dans le milieu du rock entre autres, des journalistes avides de sensationnalisme, un AED en déshérence mentale, des musiciens orphelins prêts à revenir sur scène et bien d’autres encore qui peuplent ces pages qui sentent bien souvent le souffre et dissèquent au scalpel les destinées qui se croisent et se mêlent dans le bruit et la fureur.
J’ai retrouvé l’esprit rock en lisant ce roman. Ce n’est pas une mince affaire que d’insuffler cet esprit par écrit, de pouvoir reconstituer des scènes familières et parfois extrêmes de l’amateur et du vieux briscard. La rébellion y est, le feu aussi et la complexité du mouvement et ce qu’il implique dans la vie de chacun… tout y est. J’ai pensé à des lectures d’Eudeline ou de Despentes, deux auteurs chéris au Capharnaüm éclairé, Rock$tar n’a pas à rougir de la comparaison bien au contraire. Il offre un récit haletant, polyphonique qui fait monter la tension constamment, décortique les situations et les interactions qui naissent entre elles. On pénètre les esprits et les corps comme jamais, on rit, on pleure, on hallucine, on en prend parfois plein la gueule mais que c’est bon ! La vie quoi !
Mode de vie, mode de pensée, mode de fonctionnement, tout y passe avec le plaisir immédiat de l’écoute du rock, la distillation de la Résistance et de la colère, le bonheur de se rebooster après une journée de travail difficile. C’est le fun, l’insouciance mais aussi la débauche, le sang, le sexe et parfois même, on peut croiser la grande faucheuse. Que l’on soit acteur ou spectateur, personne ne s’en sort indemne dans cet ouvrage. Il y a les corps brisés par les excès après des années de plaisirs hédonistes et artificiels, le poids d’un quotidien banal que l’on croit pouvoir transcender, l’excitation d’avant concert et l’orgasme sonique qui s’ensuit, la quête de savoir et la culture rock avec ces multiples méandres et ponts qui se font naturellement, la société étriquée et conformiste qui finit même par gangréner parfois le mouvement. À noter à ce propos, quelques passages bien sentis où le narrateur règle son compte au consumérisme, aux apparences, à l’épuration de toute note dissonante ou rebelle et au final au système dans sa globalité.
A l’image de son écriture vive, intuitive faite parfois de phrases courtes comme des rafales d’accords déferlant vers vous, on plonge littéralement dans cette lecture englobante, sans concession, où l’on expérimente toutes les émotions tour à tour. Quel pied vraiment ! Quelle maestria dans la structure globale, la mise en page et l’évolution des personnages ! Alors bien sûr... la fin ne peut qu’être sombre et sans appel mais… It’s fucking rock and roll baby !