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Le Capharnaüm Éclairé
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15 septembre 2025

"Que s'obscurcissent le soleil et la lumière" de Frédéric Paulin

 

L’histoire : " Si la guerre ne finit jamais, qui donc verra la fin des combats ? Qui donc verra la fin des larmes des veuves, de la détresse des orphelins, de la souffrance des pères ? Qui donc, si ce n'est ceux qui sont morts à la guerre ?"

Fin d'année 1986, Paris est à feu et à sang. Il faut alors trouver rapidement un coupable pour calmer l'opinion publique. La piste Abdallah, bien que hautement improbable, est choisie, car la raison d'État prévaut souvent sur la vérité, comme le commissaire Caillaux ne le sait que trop bien.

À l'international, Michel Nada a fort à faire car les enjeux sont colossaux : la crise des otages qui dure depuis plusieurs années maintenant vient se mêler de manière toujours plus cynique à la course à la présidence de 1988 entre Mitterrand et Chirac.

Au Liban, la guerre reprend de plus belle après une brève accalmie, opposant cette fois les chrétiens entre eux, en plus de la lutte fratricide entre chiites, et le pays se retrouve bientôt avec deux gouvernements.

Cette macabre comédie cessera-t-elle un jour ?

 

La critique de Mr K : Frédéric Paulin et les éditions Agullo nous offrent en ce mois de septembre la conclusion de la trilogie libanaise de l’auteur avec un dernier volet au titre sublime et prémonitoire à la fois : Que s’obscurcissent le soleil et la lumière. Cet opus clôt parfaitement et avec brio une œuvre dense, passionnante et éminemment nécessaire pour lever le voile sur les événements et mécaniques à l’œuvre que ce soit au Moyen-Orient ou en France dans la fin des années 80.

 

Frédéric Paulin nous emmène dans cet ouvrage jusqu’aux derniers jours d’un conflit vieux de quinze ans et qui n’apporte que chaos et malheur au peuple libanais. La lutte bat son plein, on se massacre allégrement entre confessions religieuses, partis et factions. La guerre est devenue habituelle, on vit dans un danger constant, les privations et une sorte de fatalisme. Rajoutez là dessus la lutte d’influence des grandes puissances régionales ou non pour peser sur le théâtre des opérations (la France bien sûr, Israël -un peu moins dans ce volume-, la Syrie, l’Iran et même les USA) et vous obtenez un melting pot explosif dont n’émerge aucune réelle solution satisfaisante pour tous. On suit quelques chefs de faction de près, le temps les a endurci, chacun a perdu beaucoup dans le conflit et vit dans des deuils impossibles. La colère ne s’apaise pas et la tension ne fait que monter.

 

En parallèle, la France doit faire face à la crise des otages, des français sont enlevés par des alliés de l’Iran pour régler des contentieux plus anciens et influencer les rapports de force de la région. Chirac est premier ministre de cohabitation en France et il a en ligne l’élection présidentielle de 1988. Par le biais de quelques personnages crées de toute pièce qui gravitent aux portes du pouvoir (notamment Michel Nada, député franco-libanais du RPR, Caillaux, le flic antiterroriste ou encore Sandra, juge de son état qui travaille sur des affaires sensibles), Frédéric Paulin ouvre grandes les portes de la tambouille politique, des intérêts particuliers qui court-circuitent le destin de la nation et une raison d’État inique qui n’hésite pas à piétiner les droits fondamentaux et broie parfois les individus les plus loyaux. Noir c’est noir, on en prend plein la tête, le tout étant remarquablement documenté et amené.

 

L’auteur a vraiment un talent fou. Il mêle habilement éléments de fiction et grande Histoire, les premiers n’étant que des prétextes pour éclairer les zones d’ombre d’une période terrible pour tous les camps en présence. Malgré un contenu rude et parfois à vomir, on prend un sacré plaisir à lire les reconstitutions d’entretiens entre responsables politiques, les logiques en œuvre derrière les décisions et actes pris au sommet de l’État. Ça fait froid dans le dos mais vu les déballages devenus coutumiers sous les quinquennats Macron (merci internet, les indiscrétions et le Canard enchaîné), on se doutait bien que ces pratiques ont toujours existé. Il faut dire qu’avec Mariani, Pasqua, Chirac et Mitterrand, on a un casting de premier choix. Sans compter, l’ayatollah Khomeini, Hafez el-Assad, Yasser Arafat et nombre d’autres personnalités de l’époque qui ne sont pas en reste en terme de turpitudes et calculs. Et au milieu de tout ça, le peuple libanais qui souffre, encaisse et espère une fin à un océan de tourments.

 

La construction du récit reste sous forme polyphonique. On passe d’un personnage à un autre, d’un pays à un autre, d’une classe sociale à une autre au fil des chapitres qui s’égrainent sans difficultés. L’addiction est immédiate comme pour les deux premiers tomes. L’écriture simple, précise et très évocatrice nous embarque irrémédiablement, ne nous laisse aucune forme d’échappatoire et l’on reste fasciné, captif d’un récit vif, enlevé et millimétré. Frédéric Paulin "régale" comme ont dit mais ce n’est pas une surprise pour celle ou celui qui le pratique depuis un certain temps.

 

Beau, profond, engagé à sa manière car ça balance pas mal dans ce roman quand-même, voila un ouvrage (et donc une trilogie) à ne pas louper tant il s’avère passionnant et parfaitement construit et rédigé. Un must read !

 

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Guerre est une ruse
- Prémices de la chute
- La Fabrique de la terreur
- La Nuit tombée sur nos âmes
- Nul ennemi comme un frère
- Rare ceux qui échappèrent à la guerre

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Commentaires
A
Une fin de trilogie qui ne déçoit pas.
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