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Le Capharnaüm Éclairé
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11 août 2025

"Mamie Luger" de Benoît Philippon

 

L’histoire : Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu

 

La critique de Mr K : Une rencontre que je ne suis pas prêt d’oublier que celle que j’ai faite en juillet avec Mamie Luger, un personnage haut en couleur à la vie et au destin incroyables. De Benoît Philippon, j’avais déjà lu et apprécié Papi Mariole mais je dois avouer que ce titre lui est largement supérieur avec un récit de garde à vue haletant et des révélations en cascade qui font mouche. Quel grand moment de lecture !

 

Berthe, 102 ans bien tassés vient de se faire arrêter alors qu’elle tirait au 22 long rifle sur un voisin. La voila emmenée au commissariat où l’on va procéder à son interrogatoire. L’inspecteur Ventura est chargé du boulot et très vite, il va se rendre compte que la petite vieille en a des choses à raconter. Entre aveux et confession intime, Berthe a traversé plus d’un siècle d’existence et l’on peut dire que la vie ne lui a pas fait de cadeaux. Malgré tout, elle a continué à avancer et cette entrevue pourrait bien s’apparenter à son baroud d’honneur !

 

D’un banal fait divers qui fait la Une (un couple de meurtriers amoureux qui se sont réfugiés une nuit chez Berthe la veille), Berthe déroule donc son existence. Femme forte à la verve et la gouaille imparables, il y a du Audiard version paysannerie du Cantal à chacune de ses sorties ou presque, on se prend immédiatement d’affection pour elle. Orpheline d'un père mort dans les tranchées, elle est née en 1914. Elle est élevée par une jeune mère veuve dépassée par la tâche et heureusement une grand-mère débrouillarde et aimante, confectionneuse à ses heures perdues d’alcool artisanal qui déboucherait un trône de toilette ! L’enfance n’est pas idéale mais elle a un certain équilibre et elle ne se plaint pas.

 

C’est à partir du moment où sa route croise celle des hommes que tout se complique. Berthe est du genre libre et personne n’a le droit de la maintenir en laisse de quelque manière que ce soit ou sinon… gare à lui ! Passionnée au sang chaud, faut pas l’emmerder la Berthe ou sinon vous finirez six pieds sous terre. Ça tombe bien, la cave de la chaumière est spacieuse… Vous l’avez compris, au fil de ses confessions, on se rend compte que Berthe est une serial killeuse qui n’a pas froid aux yeux mais surtout, le plus important, c’est une femme qui se fout des conventions et du patriarcat. Pour cela, toute sa vie, elle sera traitée en paria.

 

Il flotte donc sur ces pages une certaine ambivalence. On rit beaucoup, les dialogues sont savoureux et les situations parfois abracadabrantesques mais la mélancolie imprègne le tout d’un voile fin et délicat. On l’aime Mamie Luger malgré son impulsivité et ses erreurs (voire son CV en terme de mariages !), elle cache au final une bonne âme malheureusement tourmentée par les circonvolutions d’un destin qui s’acharne. D’ailleurs, l’ultime acte, flamboyant à souhait, résume bien sa vie, sa nature.

 

Se déroulant dans le huis clos d’une salle d’interrogatoire, l’histoire est d’une densité folle et l’aspect psychologique est très bien traité. Le rapport qui s’instaure entre l’inspecteur et Berthe, la construction intime de cette dernière à travers ses différentes "expériences", le rapport à l’autre, à la famille, à l’amour aussi est bien poussé et malgré de la franche rigolade, on se prend parfois à s’interroger soi-même sur le sens de l’existence ou les infléchissements que l’on devrait effectuer.

 

Et puis la langue est gouleyante à souhait. C’est parfois bien thrash avec des passage de violence pure (dans toutes ses formes), du cul passionnel et des dialogues délectables entre tous. Mamie Luger est un pur bonbon littéraire doté d’une force évocatrice rare qui provoque une addiction durable. Une lecture jubilatoire à lire absolument !

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Commentaires
L
Je m'étais délecté de cette histoire. Mamie Luger est un personnage haut en couleur mais aussi tellement rafraîchissant !
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M
Exactement et le récit est diablement bien mené. ;)
A
J'avais adoré ce polar barré et féministe.
Répondre
M
Idem, on se prend au jeu et c'est impossible de relâcher le volume. :)
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