"Malu à contre-vent" de Clarence Angles Sabin
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L’histoire : Entre les trois collines qui l'ont vue naître, Malu se bat contre le temps qui passe et emporte tout sur son passage : l'odeur de la terre, les souvenirs des êtres chers, et son insouciance. Flanquée d'un père taiseux et d'une grand-mère qui perd la mémoire, Malu découvre un monde qui va la faire grandir plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. Aux différents éléments qui la cernent - les orages et les canicules, la maladie et la solitude - elle oppose des gestes de résistance. Un huis-clos familial où, telle une Antigone moderne, l'héroïne compose avec la fin d'une nature idyllique pour ne pas périr avec elle.
"Elle avait le monde tout à elle."
La critique de Mr K : Très belle découverte que ce roman qui sort à l’occasion de cette rentrée littéraire 2025 et qui est le premier ouvrage de son auteure, fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’agriculteur. Travaillant dans l’édition de revues scientifiques, elle nous offre avec Malu à contre-vent, un remarquable roman initiatique se déroulant en milieu rural et nous dévoilant une héroïne inoubliable. Un très très beau moment de lecture que je vais vous présenter davantage en détail.
Pays de Rouergue à notre époque (les environs de l’Aveyron pour mieux situer), Malu 12 ans vit seule avec son père et sa grand-mère paternelle. Dans cette petite ferme perdue au milieu de nulle part ou presque, on élève des chèvres et le temps s’écoule tranquillement malgré l’absence de la mère, partie très vite de la vie de Malu. Cependant aimée et choyée, la petite Malu se plaît dans cette univers clos, naturel où l’on sent la vie s’écouler dans les éléments. Elle déteste l’école, ce n’est pas qu’elle soit bête mais elle n’en comprend pas l’intérêt et elle s’y ennuie à mourir.
Elle préfère aider à la ferme, suivre les conseils de sa grand-mère qui prend une grande place dans sa vie et son éducation. Son papa n’est pas en reste et le trio fonctionne très bien. Mais le temps passant, Malu grandit, rentre pleinement dans l'adolescence et la grand-mère périclite inexorablement. C’est tout d’abord des absences puis des oublis plus criants et enfin des difficultés à se débrouiller seule. L’équilibre sur lequel s’est bâti l’existence de Malu se fragilise, l’aïeule n’est pas loin de son dernier voyage. Malu va devoir l’accepter et s’adapter.
L’ouvrage se lit d’une traite tant on est happé par l’ambiance, la narration et la langue. Les personnages sont très attachants, à commencer par cette petite cellule familiale qui fonctionne malgré les aléas de la vie. Rythme de vie lent, à l’ancienne, la nature est omniprésente et guide l’existence de chacun. Malu est débrouillarde, aidante, passe beaucoup de temps dehors pour expulser les mauvaises pensées ou tout simplement admirer la nature. Je m’y suis pas mal retrouvé, je passais beaucoup de temps dehors plus jeune et la nature m’a toujours beaucoup inspiré ou réconforté.
Et puis il y a les rapports très forts de Malu avec sa grand-mère. Là encore des points communs avec ma propre existence avec ici un focus sur la douleur de voir partir petit à petit, sans que l’on puisse faire quoi que ce soit, un être aimé et chéri. C’est très touchant, nuancé et fin. On n’en fait pas trop ici, on fait appel à nos sensations, nos réactions intimes collant parfaitement au roman et aux questions qu’il lève. C’est douloureux, nostalgique mais d’une beauté sublime qui touche en plein cœur.
L’écriture y est pour beaucoup car la mise en mot est un régal. On oscille entre naturalisme poussé et poésie à fleur de mot, les deux se conjuguant idéalement pour nourrir l’imaginaire du lecteur et le confronter à des émotions diverses parfois venues de loin. Une sacrée expérience que je vous invite à vivre à votre tour.