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Le Capharnaüm Éclairé
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3 août 2025

"Jacaranda" de Gaël Faye

 

L’histoire : Quels secrets cache l’ombre du jacaranda, l’arbre fétiche de Stella ?

 

Il faudra à son ami Milan des années pour le découvrir. Des années pour percer les silences du Rwanda, dévasté après le génocide des Tutsi. En rendant leur parole aux disparus, les jeunes gens échapperont à la solitude. Et trouveront la paix près des rivages magnifiques du lac Kivu.

 

Sur quatre générations, avec sa douceur unique, Gaël Faye nous raconte l’histoire terrible d’un pays qui s’essaie malgré tout au dialogue et au pardon. Comme un arbre se dresse entre ténèbres et lumière, Jacaranda célèbre l’humanité, paradoxale, aimante, vivante.

 

La chronique de Mr K : Très grande et belle lecture que je vais vous présenter aujourd’hui avec cet ouvrage prêté par l’amie Karine. Un grand merci à elle car après le très beau Petit pays, Gaël Faye nous livre avec Jacaranda un livre aussi puissant que poignant traitant de la Mémoire sous toutes ses formes à travers un parcours de vie et une famille que le destin n’a pas épargné et qui tente de se (re)construire comme elle peut.

 

Au cœur du récit, Milan un jeune garçon né en France d’un papa français et d’une maman rwandaise. Cette dernière, émigrée en France suite aux massacres de 1973, ne parle jamais de son pays, de son passé et s’occupe de sa boutique. Quand son fils essaie d’en savoir plus, elle le rabroue vertement et se renferme. Il n’ose pas, il n’ose plus. À la faveur d’un voyage sur la terre de ses origines, Milan va rencontrer des membres de sa famille éloignée dont une nouvelle née au regard magnétique, Stella. Par bonds temporels successifs, peu à peu il va lever le voile sur les secrets enfouis de sa famille et sur la terrifiante histoire de son pays d’origine.

 

Dès les premières pages, Gaël Faye nous cueille avec sa langue simple, poétique et évocatrice. On se prend immédiatement d’affection pour Milan, enfant qui a tout pour être heureux mais qui s’interroge sur ses origines. Avec lui on se questionne, on doute, on s’effraie et l’on part en quête de notre identité profonde. Comme on le suit à différents âges, la construction est suivie au plus près et on le voit découvrir, réfléchir, mûrir et se révéler à lui-même.

 

Les fonctionnements et logiques familiales sont explorés en profondeur avec un luxe de justesse et de détails. Derrière le masque se cachent des personnes ébranlées dans leur chair et leur esprit. On a tous en tête le génocide rwandais, les luttes ancestrales entre hutus et tutsis. Le livre nous parle de haines, de racisme, de luttes de pouvoir mais aussi de la nécessité du Pardon et de la culture de la Mémoire pour reconnaître les victimes, se souvenir d’elles et éviter que le cycle ne se perpétue encore et encore.

 

Cela donne des moments de grande émotion, on a bien souvent le cœur au bord des lèvres. Il y a les témoignages effroyables de ces jours et nuits de folie où les pires instincts se libèrent et où l’on massacre tout être vivant considéré comme parasite. Il y a le chagrin des pertes, des familles brisées et des failles béantes jamais vraiment comblées, on pose juste un mouchoir dessus. Milan par son parcours de vie va à aller à l’encontre de ces réflexes et construire son chemin, ouvrir son esprit et s’accomplir à sa manière.

 

Mais le Rwanda, ce n’est pas que ça. C’est aussi une jeunesse éprise de liberté et de fête. On a de belles pages sur ces moment de lâcher prise total où l’on vit, on s’amuse et on se retrouve. Ce sont les couleurs, une culture riche, la musique, la sape, le sens aussi du partage et de l’amitié. Gaël Faye nous dresse vraiment un beau portrait du pays de ses origines, un pays complexe, contradictoire mais plein de vie aussi malgré de sombres souvenirs.

 

Malgré un sujet difficile et des passages à la limite du soutenable, on passe un extraordinaire moment avec cette lecture. Elle fait la part belle à l’humanité, l’amour et la rédemption. Un voyage inoubliable, contrasté, qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.

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Commentaires
A
Une lecture qui m'avait déçu : je n'avais pas aimé le côté trop scolaire du devoir fait par un des personnages.
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M
Je trouve au contraire que le prétexte est idéal pour évoquer ce passé si douloureux. Tout est affaire de goût ensuite. ;)
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