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Le Capharnaüm Éclairé
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19 août 2025

"Fury" de John Coyne

 

L’histoire : Tom retourna le pistolet contre la tête du chien et pressa la détente. L'automatique s'enraya et avant qu'il n'ait eu le temps de se défendre à coups de crosse, le pit-bull lui avait arraché un grand lambeau de chair. Alors Jennifer sauta sur la bête, empoigna le mufle bavant et lui fit lâcher prise. Puis elle souleva le chien et le laissa se débattre. Elle vit l'angoisse dans ses yeux jaunes et, d'un geste brusque, écarta la mâchoire et la brisa. Le sang jaillit, éclaboussant son visage et la moquette jaune pâle.


Tom s'éloignait en rampant. "Jenny !" souffla-t-il en voyant ce qu'elle avait fait au chien. Elle comprit qu'il avait peur. Peur d'elle, à présent. Jennifer sourit à son amant et, lentement, délicatement, comme un fauve après la curée, elle se lécha les lèvres à petits coups de langue gourmands...

 

La critique de Mr K : L’été a toujours été propice à mes yeux pour lire des romans d’épouvante. J’ai commencé très jeune avec du Stephen King et avec l’âge, au fil de mes trouvailles je me lis régulièrement des séries B de cette collection J’ai lu qui garnit deux étagères de notre bibliothèque. Je ne sais même plus exactement où j’ai dégoté celui-ci mais le pitch m’avait bien accroché et je l’avais adopté sans hésité. Fury de John Coyne est ce qu’on appelle un plaisir coupable. Ce n’est pas de la grande littérature mais ça fait le job, les pages se tournent toutes seules et au final on passe un bon moment.

 

Jenny est une "working girl" à qui tout semble réussir. Elle est belle, possède une bonne situation professionnelle et vit une relation passionnelle avec Tom, son beau gosse de petit ami. Pas de nuages à l’horizon jusqu’au jour où elle semble perdre le contrôle de ses agissements et tue un agresseur dans une ruelle comme mue par une force surnaturelle. Il ne reste du quidam que des os brisés et une carcasse sanguinolente. Cela a de quoi étonner ou plutôt effrayer la jeune femme qui ne comprend pas ce qui lui arrive, comme si son corps et son esprit lui échappaient. Le phénomène se répète et à une cadence de plus en plus fréquente.

 

L’incompréhension la gagne, l’inquiétude aussi y compris dans son entourage. Désordre psychique ? Possession ? Ses appétits sexuels sont démultipliés ainsi que ses réactions violentes, il est plus que temps qu’elle comprenne ce qui lui arrive. Elle se rapproche alors d’une ancienne amie de faculté qui lui fait rencontrer la gourou d’une secte ésotérique et va aussi rencontrer une médium. Derrière les actes sauvages et ses pertes de repère se cache une vérité qu’il va falloir assimiler et essayer de juguler. C’est pas gagné…

 

L’histoire en elle-même tient la route, on se laisse prendre par la main sans se forcer et la guidance est bien établie. Il y a du suspens, des révélations fracassantes et un sens du rythme indéniable. Cela donne lieu à de belles scènes chocs où le gore est réjouissant et bien craspec, des moments d’échanges avec des spécialistes du bizarre plus barrées les unes que les autres avec des références chrétiennes et profanes mêlées qui donnent une saveur de souffre à la lecture. Bon, on n’est pas vraiment surpris surtout quand on fréquente ce genre depuis longtemps mais le plaisir est là, coupable, régressif mais bien là.

 

Niveau persos, ça ne casse pas trois pattes à un canard en terme de caractérisation. C’est basique, archétypal à donf. Ça en devient même embarrassant par moment tant certaines réactions sont disproportionnées ou juvéniles. Cela fait perdre en climax et la Jenny s’avère bien agaçante, pleine de contradiction, change d’avis comme de chemise (et ce n’est pas lié au "mal" qui la ronge) et certaines scènes érotiques sont clairement du remplissage, elles raviront cependant les amateurs de scènes charnelles parfois hardboiled (perso ça me laisse froid)...

Après, je me dis qu’il faut prendre ce livre pour ce qu’il est, un simple divertissement, écrit de manière commune et sans prétention. Si on accepte ces paradigmes, on n’est pas déçu et le livre fait le taf. A réserver aux amateurs du genre en tout cas, pour les autres il y a d’autres titres bien plus classieux pour trouver frissons et déviance.

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