"Check-point" de Jean-Christophe Rufin
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L’histoire : Maud, vingt et un ans, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s'engage dans une ONG et se retrouve au volant d'un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre. Les quatre hommes qui l'accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l'image habituelle des volontaires humanitaires. Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence. Et la véritable nature de leur chargement.
À travers des personnages d'une force exceptionnelle, Jean-Christophe Rufin nous offre un puissant thriller psychologique. Et l'aventure de Maud éclaire un des dilemmes les plus fondamentaux de notre époque. À l'heure où la violence s'invite jusqu'au cœur de l'Europe, y a-t-il encore une place pour la neutralité bienveillante de l'action humanitaire ? Face à la souffrance, n'est-il pas temps, désormais, de prendre les armes ?
La critique de Mr K : Jean- Christophe Rufin est un auteur que j’adore et dont les œuvres m’ont bien souvent marqué. Check-point avait tout pour me séduire et m’emporter, la quatrième de couverture était riche de promesse. Au final, la lecture fut rapide et plaisante mais pas inoubliable, la faute essentiellement à un manque de surprise dans le scénario et des personnages pour certains fades voire carrément caricaturaux.
Maud a 21 ans. Elle est belle mais ne l’assume pas et se cache du regard des autres en s’enlaidissant et en vivant un peu dans son monde. Elle s’engage dans une ONG lyonnaise qui s’occupe entre autre d’organiser des convois humanitaires vers des zones en guerre. Nous sommes dans les années 90, un conflit sanglant se déroule alors en ex-Yougoslavie, une épuration ethnique est en cours. Après quelques mois à s’intégrer dans l’organisation, suivre des opérations en cours et faire des bilans des actions, elle part pour la première fois en mission !
Parce qu’elle a passé son permis poids lourd, la voila partie dans la Bosnie en guerre en compagnie de quatre hommes. Ensemble, ils vont se relayer au volant pour apporter aux populations en détresse des rations et des vêtements regroupés dans deux camions. Il y a Lionel, le chef de mission adepte de la fumette et autoritaire à sa manière (oui je sais, les deux peuvent paraître incompatibles !), Vauthier le mécanicien du groupe taciturne et taiseux mais aux aguets (mais que peut-il bien cacher ?). Enfin, il y a Alex et Marc, deux anciens militaires qui semblent très proches et qui se mettent volontiers à part du reste du groupe. Dans un premier temps, tout le monde s’observe un peu en chiens de faïence. Les motivations pour être là semblent être bien différentes et la nature même du chargement pose question, tout n’a pas été dit à Maud et une première révélation va mettre à mal toutes ses certitudes. Les événements vont alors se précipiter, les équilibres fragiles se briser…
L’ouvrage s’apparente clairement à un huis clos. Ce road trip humanitaire n’est en fait qu’un prétexte pour proposer une étude de personnages approfondie bien que prévisible la plupart du temps. On passe beaucoup de temps avec eux dans les cabines des camions, la moitié de l’ouvrage s’y déroulant. Discussions vives, observations mutuelles, phases de conduite hypnotisante, le sommeil qui vous prend sans prévenir. On est au plus proche d’eux et c’est crédible, très immersif. Les rapports de force de départ vont beaucoup évoluer, la position donc de chacun aussi. C’est assez fun à lire même si certains personnages m’ont paru archétypaux, manquant cruellement de psychologie ce qui m’a étonné de la part de Rufin qui ne m’avait pas habitué à cela. Ainsi Maud est vraiment très très fleur bleue, limite niaiseuse. J’ai trouvé que l’évolution de son personnage manquait de subtilité avec un ultime acte qui ne colle pas avec le reste. Marc est lui aussi traité de la même manière à la mode beau ténébreux charismatique à qui on ne la fait pas. Un pur personnage de série B. On flirte donc parfois avec ces deux-là avec le kitsch et le ringard ce qui dynamite un peu la tension que veut distiller l’auteur. Heureusement, les trois autres protagonistes relèvent le niveau ainsi que les personnages secondaires qu’ils vont croiser durant leur périple.
Le plus réussi dans ce roman, c’est la description du voyage en lui-même. Rufin se plaît et excelle dans la description de la route empruntée, des paysages et du temps changeant (l’hiver approche). On rentre dans des vallées perdues au milieu de chaînes de montagnes mystérieuses, on suit des cours d’eau serpentant, on se chauffe la couenne au soleil ou l’on grelotte sous de fortes chutes de neige, on traverse des localités dévastées par la guerre, des fermes délabrées où l’on manque de tout mais où l’on est accueillant et aidant… Et puis, il y a les fameux check-point qui donnent leur nom au titre du roman. La tension est palpable, les haines séculaires malgré la cohabitation. Serbes, croates, bosniaques, chrétiens, musulmans cohabitent depuis longtemps mais depuis la chute du Mur de Berlin, la détestation a ressurgi et a éclaté en plein jour. A chaque barrage, il faut donc montrer patte blanche, jouer sur ses relations, offrir à l’occasion un bakchich. C’est très bien retranscrit et l’on sent là l’expérience de l’auteur, ancien médecin dans l’humanitaire puis ambassadeur. On ne tombe jamais dans la surenchère, tout est amené par petites touches et nourrit parfaitement l’imaginaire du lecteur.
L’écriture reste toujours aussi efficace. Les pages se tournent toutes seules, le rythme ne se dément jamais et malgré un balisage trop important à mes yeux, on souhaite toujours poursuivre sa lecture. Bon page-turner en somme pour un thriller psychologique qui atteint moyennement ses objectifs. Une lecture idéale pour l’été et pour celles et ceux qui souhaitent lire un ouvrage accessible et prenant.
Également lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
- Le Collier rouge
- Rouge Brésil
- La Salamandre
- Le parfum d'Adam
- Globalia
- L'Abyssin