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Le Capharnaüm Éclairé
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22 août 2024

"La Première histoire" de Frédéric Gros

 

L’histoire : "Elle a décidé, Theoklïa. Elle sait qu’elle va commettre des choses sans retour. Elle trame dans sa tête une décision qui la fait trembler, de joie et de peur, et qui va provoquer son histoire ; une décision qui fera d’elle la première prodige de l’histoire chrétienne."

Ier siècle après Jésus-Christ. Fascinée par les discours enflammés de Paul de Tarse, Théoklïa, une jeune aristocrate de la colonie romaine d’Iconium, décide de rompre ses fiançailles, de suivre l’apôtre et de faire de sa virginité un acte de résistance.

Sauvée miraculeusement du bûcher, puis des fauves sur le point de la dévorer, s’autobaptisant malgré la menace, elle devient l’étendard brandi par le peuple des femmes. Iconoclaste, subversive, elle devient une figure gênante pour l’Église naissante et les chefs de la communauté, sentant le danger qui monte, réagissent…

 

La critique de Mr K : Première lecture de la Rentrée Littéraire 2024 de septembre pour ma part avec un roman particulier revenant sur un des premiers épisodes de l’Histoire chrétienne, épisode oublié et sans doute effacé. La Première histoire de Frédéric Gros revient donc sur le destin tragique de Theoklïa, une jeune fille devenue martyr et d’une certaine manière une des toutes premières féministes. Oscillant en faits avérés et remplissage des parties plus nébuleuses de manière douce et adéquate, l’auteur nous offre une belle œuvre aussi intelligente qu’humble. Un vrai ravissement pour l’amateur d’Histoire des religions que je suis.

 

Le récit débute 13 ans après la crucifixion du Christ et nous retrouvons Paul en mission d’évangélisation pour porter la bonne parole en Asie mineure (future Turquie). L’Église n’est pas encore créée, nous en sommes aux balbutiements de la religion chrétienne. Pierre est resté à Jérusalem et a été chargé de bâtir une nouvelle religion. Paul, l’ancien païen désormais repenti suite à sa "rencontre" avec Jésus sur la route de Damas, est un fiévreux, un être fougueux aux prêches passionnées qui sait parler aux foules, les convaincre. Le voila parti sur les chemins avec Marc (qui le quittera assez vite) et surtout Barnabé. Ils vont de ville en ville et tentent de convertir au maximum, en baptisant de nouvelles âmes. Cela ne se passe pas sans heurts notamment avec les communautés juives qui voient d’un mauvais œil cette nouvelle religion émerger et détourner de la foi véritable leurs propres ouailles. Il n’est donc pas rare que Paul et Barnabé soient chassés des cités qu’ils traversent, rejetés par leurs "concurrents" mais aussi par les détenteurs du pouvoir politique, les autorités romaines.

 

C’est à Konya que Théoklïa rentre en scène quand Paul arrive dans cette colonie romaine appelée aussi Iconium. Fille de bonne famille de 17 ans, elle doit prochainement se marier avec un riche parti. C’est un mariage arrangé comme cela se faisait très habituellement à l’époque, la maman est veuve depuis longtemps et la fortune familiale s’étiolant, Théoklïa doit se sacrifier. Un soir, elle entend le prêche de Paul dans un jardin environnant de la propriété familiale et elle est subjuguée par son message, par ce Dieu du Pardon. Cela raisonne en elle et elle décide de le rejoindre et d’abandonner derrière elle toute sa vie pour plonger dans l’inconnu.

 

Mais vous imaginez bien que cela est contre-nature à l’époque et elle va se heurter au poids des traditions familiales, sociétales et au patriarcat. En effet, une femme se doit d’obéir à ses parents, de se marier et d’enfanter pour perpétuer la lignée. Une femme n’est pas libre de ses mouvements, une femme est un être inférieur qui doit se soumettre aux désidératas de son père, de son mari et de ses maîtres spirituels. Elle dérange Théoklïa et elle va subir bien des épreuves avant d’être libérée de sa vie terrestre. Emprisonnement, condamnations avec à chaque fois des miracles la sauvant in extremis d’une mort atroce (elle échappe ainsi au bûcher et aux fauves), le mépris de Paul et des forces religieuses qui voient en elle une menace. Pensez-donc une femme qui prêche ! Cela donne de belles scènes de sororité et offre une image parfois peu reluisante de certaines figures clef du christianisme.

 

L’ouvrage est très fidèle à la réalité historique s’appuyant sur des sources vérifiables pour l’essentiel du récit. L’auteur explique aussi qu’il a du combler quelques trous et inventer des dialogues pour donner une certaine souplesse et confort de lecture. La reconstitution globale est bluffante en tout cas que ce soit en terme de description des us et coutumes, des premiers rituels chrétiens, des forces en présence aussi avec des nuances de bon aloi. L’ensemble dégage une force évocatrice impressionnante et l’addiction s’est révélée immédiate pour moi. L’écriture en elle-même est relativement simple, au niveau stylistique ça ne casse pas des briques mais c’est secondaire ici. L’importance est dans le message et la figure féminine qui se dégage.

 

Un bien bel ouvrage pour une lecture qui fera date au Capharnaüm éclairé.

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