mercredi 20 septembre 2017

"La Vénus anatomique" de Xavier Mauméjean

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L’histoire : 1752. L’Europe en dentelles est teintée de sang. Le philosophe-chirurgien Julien de la Mettrie, dont les ouvrages ont jadis été brûlés, mène une vie sans histoire derrière les remparts de la bonne ville de Saint-Malo. Repos troublé, un soir, par une convocation fort déplaisante : le Secret du Roi, ce cabinet obscur qui conduit la diplomatie souterraine de Louis XV, souhaite l’exposer aux feux de Versailles... Une telle invitation ne se refuse pas, amis qu’attend-on de lui ? Sur la route, les Mousquetaires noirs menacent le carrosse ; à Paris, la Chambre ardente, redoutable tribunal d’inquisition qui aime peu la science et la raison, entend bien faire respecter la justice de Dieu.

Du paradis à l’enfer, le chemin est tout droit... Ainsi bascule la vie de la Mettrie. Biomécaniciens et sculpteurs de chair, monarques cyniques, séducteurs emperruqués et femmes de tête se succèdent en des lieux que la morale réprouve – magasin d’enfants, mausolée des plaisirs ou Manufactures de cadavres -, tandis que plane en coulisse l’ombre mécanique des automates, anatomies mouvantes de chair et d’acier...

La critique de Mr K : C’est toujours avec un plaisir non feint que je me plonge dans un roman de Xavier Mauméjean. Celui-ci date déjà d’un petit bout de temps et je m’en étais porté acquéreur lors des dernières Utopiales de Nantes où nous avons l’habitude Nelfe et moi de nous rendre chaque année. C’est l’occasion entre autre de discuter avec cet écrivain au talent immense et à la gentillesse qui ne se dément jamais. Cet ouvrage lorgne vers l’uchronie et pourrait se résumer en un mix improbable (mais très réussi) de roman d’aventure de cape et d’épée et de récit fantastico-SF. Un mélange des genres étrange au départ mais fort bien maîtrisé, pour un plaisir de lecture optimal.

Julien de la Mettrie, un philosophe-chirurgien (si si à l’époque des Lumières c’est possible !) vit tranquillement à St-Malo derrière les remparts centenaires de la cité maritime. Il a déjà bien vécu entre des expériences parfois traumatisantes sur le Front en tant que médecin et les autodafés dont il a été victime par les autorités religieuses voyant d’un mauvais œil ses travaux scientifiques mettant à mal les certitudes théologiques en vogue dans les hautes sphères du pouvoir. Le siècle des Lumières est celui des idées nouvelles certes mais aussi celui de confrontations parfois rudes et la mise au placard de grands penseurs comme l’exemple de Diderot abordé au détour de l’histoire narrée ici. Tout au long du roman, Mauméjean y fait constamment référence en glissant ici et là quelques éléments véridiques qui contrebalancent l’uchronie ambiante.

Le récit de La Vénus anatomique bascule quand le cabinet secret du roi Louis XV convoque de force Julien de la Mettrie pour lui confier à lui et d’autres savants une mission de la plus haute importance : participer à un mystérieux concours scientifique où ils seront en concurrence avec les puissances allemandes et vénitiennes. Julien fera la connaissance de deux autres spécialistes qui avec son concours vont devoir construire une vie artificielle, n’en déplaise aux défenseurs de la Foi. C’est le début des ennuis avec une fuite en Allemagne pour pouvoir élaborer leur projet. Cependant, les fanatiques ont plus d‘un tour dans leur sac et de grands moyens pour combattre ceux qu’ils considèrent comme hérétiques : entre escarmouches, complots et intrigues, la mission de Julien n’est pas de tout repos pour le plus grand bonheur du lecteur qui se plaît à suivre les aventures tumultueuses des tenants de la Raison.

Le mélange des genres fonctionne quasi immédiatement avec un Xavier Mauméjean qui n’a pas son pareil pour reconstituer un passé glorieux, à savoir ici l’époque moderne et plus particulièrement un XVIIIème siècle à la croisée des chemins entre un Ancien Régime à bout de souffle et l’émergence de la bourgeoisie éclairée qui s’en remet de plus en plus à la science et la raison. Volontiers érudit, le récit est d’une densité incroyable, mêlant aventures palpitantes avec des scènes qui ne souffrent pas de la comparaison avec un Alexandre Dumas au sommet de sa forme (l’attaque du carrosse, la scène du duel, l’attaque de l’atelier) et passages plus intimistes donnant à lire les troubles et doutes qui habitent un narrateur un peu dépassé par les enjeux que sa mission implique. Lui et ses amis se révèlent être des apprentis sorciers qui jouent avec la nature et l’ordre des choses, actes qui déplaisent au plus haut point aux représentants de l’ordre ancien qui voient d’un mauvais œil le développement de la science.

Dans ce roman, on visite tour à tour les salons dorés de Versailles (avec une entrevue avec le roi bien rendue et tendue à souhait), les laboratoires secrets d’hommes de science émergents, les bas fonds des villes avec les premiers grognements d’une révolution à venir, les cachots obscurs où l’on enferme les grands esprits pour éviter la contamination de la modernité mais aussi des lieux interlopes où la vie d’un enfant est monnayable ou d’autres endroits où le vice est à la portée de toutes les bourses. Très réaliste, La Vénus anatomique est un miroir fidèle d'une époque emblématique de notre histoire. Mais le malicieux auteur s’en donne aussi à cœur joie en y introduisant des éléments purement uchroniques qui font basculer le récit dans l’irréel et le délirant. Quel plaisir pour le lecteur de démêler le vrai du faux, de séparer les éléments historiques des ajouts SF qui teintent le roman d’un fantastique de bon aloi, classique dans sa forme mais sacrément efficace.

Ainsi les savants s’apparentent en milieu d’ouvrage aux savants fous classiques de la littérature au premier rang desquels Victor Frankenstein qui plane au dessus de l’ouvrage. Les esprits s’échauffent, l’action s’accélère et l’histoire cède la place à une rétro-SF au charme indéniable qui fait mouche et hypnotise le lecteur prisonnier d’une histoire éternelle : celle du créateur, de sa créature et des oppositions qui vont en naître. Rajoutez là dessus, quelques rencontres avec des personnages devenus célèbres comme Casanova ou encore le chevalier d’Eon et la lecture devient jubilatoire. C’est bien simple, une fois bien avancé dans la lecture, il est impossible de reposer le volume tant on est happé par ce souffle si singulier qu’insuffle Mauméjean par son style à la fois érudit, joueur et si littéraire dans son approche des mots et de la langue. Ici, les phrases se goûtent, se savourent et se digèrent lentement entre finesse et traits d’esprit nombreux et bien pensés. Un pur bonheur de lecture.

Inutile d’en dire plus, au risque de lever trop le voile sur le contenu de ce récit décalé, Xavier Mauméjean signe une fois de plus un roman conjuguant à la fois exigence formelle, malice narrative et puissance du propos. Un bijou littéraire qui plaira à tous les amateurs d’Histoire uchronisée.

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Kafka à Paris
Poids mort
Ganesha
American gothic
Lilliputia

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vendredi 13 janvier 2017

"Mort aux grands" & "Guerre aux grands" de Pierre Léauté

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L’histoire : 1919. La Première Guerre mondiale s’achève enfin et la France doit reconnaître sa défaite face à l’Allemagne. Humiliée, ruinée, la population vit désormais sous le joug du grand Kaiser. Des cendres de la défaite va cependant s’élever un homme qui ne se résigne pas : le soldat Augustin Petit !

Lui seul a compris les raisons de la déroute. Lui seul en connaît les responsables. Lui seul a le courage de les désigner : les grands ! Voici poindre la terrible revanche du plus patriote des rase-moquettes. Vive les petits bruns !

La critique de Mr K : En septembre dernier, j’avais drôlement apprécié ma première incursion dans l’univers de Pierre Léauté, auteur d’un premier tome d’une trilogie uchronique mêlant habilement références historiques et roman d’aventure à l’ancienne (n’y voyez rien de péjoratif bien au contraire). Ce que je ne savais pas encore c’est que le monsieur avait déjà à son actif un diptyque du même acabit fort apprécié de certains amis blogueurs. L’occasion se présentant à moi, je me lançai plein d’espoir dans cette nouvelle lecture. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu !

La France a perdu la Première Guerre mondiale et Augustin Petit (qui porte bien son nom) ne l’accepte pas : ni la défaite ni l’horrible diktat du traité de Berlin qui oblige la France à payer des réparations colossales à l’Empire d’Allemagne et laisse sa douce patrie ruinée et affaiblie. Pour lui les coupables sont tout désignés, ce ne sont pas les juifs ni les épiciers mais les grands ! Commence alors pour lui un parcours du combattant qui va le mener de salles de réunion interlopes à l’arrière des cafés aux marches du pouvoir. Car c’est bien connu, en temps de crise, le peuple se cherche des figures de sauveurs et Augustin a bien l’intention d’être l’homme qui redorera le blason de la France et lui permettra de retrouver sa gloire passée.

Rien ne nous est épargné dans la quête du pouvoir de cet individu lambda plutôt déconsidéré dans sa fratrie et qui va se tailler une place à force d’énergie, de réunions et de rencontres clefs. Notre Hitler d’opérette sait s’entourer, croit crânement en sa chance et multiplie les initiatives. Peu à peu ses idées trouvent leur chemin dans les esprits et il ne faut pas longtemps pour que le phénomène prenne de l’ampleur. C’est alors la constitution d’un parti, de milices et les premières campagnes électorales. Au bout, la victoire et un monde qui sera irrémédiablement changé et une autre guerre mondiale qui se profile à l’horizon.

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Mort aux grands et Guerre aux grands sont jubilatoires pour tout amateur d’Histoire contemporaine notamment de la première partie du XXème siècle de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde en passant par la montée des dictatures dans les années 30. Ça sent bon le programme de 3ème revisité à la mode uchronique, genre que l’auteur affectionne tant. Augustin c’est notre Hitler franchouillard, démagogue et totalement imprégné par ses discours. Derrière la farce et les multiples références à la grande Histoire, on rit jaune. Bien sûr les culottes d’acier (à défaut des Sections d’Assaut), l’idéologie anti-grands, et le chant des poussins (l’hymne du parti) notamment sont totalement délirants et provoquent le sourire mais derrière tout cela se cache une excellente et très structurée dénonciation des mécanisme de l’installation d’une dictature.

Quoi de mieux en effet en temps de crise que de désigner des boucs émissaires, de bafouer des droits pourtant fondamentaux et d’instaurer des lois liberticides ? Les gens n’y verront que du feu tant les autorités prendront soin de les endormir et de les rassurer en leur expliquant que ces maux sont nécessaires et surtout régleront tous leurs problèmes. Ces romans fait douloureusement écho à notre pays aujourd’hui et cette farce cruelle explique bien mieux les choses que nombre de discours de politiciens qui ont pour beaucoup perdu toute crédibilité.

Certes, il faut souvent avoir les références nécessaires pour capter toutes les nuances de ce diptyque mais honnêtement quel pied de voir mêler des extraits de vie du Führer avec des passages dignes des aventures rocambolesques de notre Président quand il va rencontrer sa maîtresse en scooter ou encore des crochets par les SMS médiatisés d’un certain Tsar Cosy (c’est qui celui-là déjà ?!). L’ensemble est rafraîchissant, très souvent drôle mais néanmoins sérieux dans la démarche et forge, l’esprit critique et provoque la réflexion (Dieu sait que le pays en a besoin ces temps-ci).

L’accroche est immédiate grâce à un style plein de verve, des chapitres courts et un rythme soutenu. Impossible de lâcher prise, Pierre Léauté sachant parfaitement captiver son lecteur avec cette uchronie saisissante de documentation et de réalisme. On passe un excellent moment partagé entre le plaisir de suivre une caricature de tous les maux de l’humanité et les douloureux flash nous rappelant notre triste époque. Un diptyque à lire, déguster et méditer.

lundi 24 octobre 2016

"Swastika Night" de Katharine Burdekin

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L'histoire : Sept cents ans après la victoire d'Hitler, l'Europe est soumise à l'idéologie nazie. Les étrangers servent de main-d'oeuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire. Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier Von Hess de l'existence d'une chronique retraçant l'histoire de l'ancien monde...

La critique de Mr K : Une sacré découverte que ce Swastika Night réédité aujourd’hui chez les éditions Piranha et qui date de 1937. C’est fou de se dire que quelqu’un ait eu l’idée d’écrire une uchronie sur le règne du nazisme sur le monde alors que la seconde guerre mondiale, bien que prévisible, n’avait pas encore eu lieu. Et pourtant, c’est ce que Katherine Burdekin a réalisé avec brio provoquant chez le lecteur effroi et réflexion. Suivez le guide !

L’action se déroule 700 ans après Hitler selon l’un des personnages principaux. Il faut comprendre par là que ce dernier a soumis une bonne partie du monde à son bon vouloir suite à une guerre mondiale qui a duré 30 ans et que le saint empire hitlérien étend son pouvoir dictatorial sans pitié ni concession, ayant instauré un nouvel ordre mondial et une société calquée sur un moyen-âge idéalisé et surtout fantasmé. L’auteur nous invite à suivre la destinée d’Alfred, un anglais en pèlerinage en Allemagne pour faire le tour des lieux saints du nazisme (l’Angleterre est elle aussi tombée sous la coupe des chemises brunes). Il va rencontrer un vieux chevalier (ordre supérieur au dessus des nazis, des propriétaires terriens, gardiens de l’orthodoxie et aux prérogatives seigneuriales) lassé du mensonge et des faussetés du régime. Au cours d’entretiens privés, il va lui livrer une vérité qu’Alfred ne soupçonnait pas et lui léguer un objet qui pourrait bien changer la face du monde : un livre de famille.

L’univers décrit dans ce livre est tout bonnement effroyable. Dans cet empire nazi, les juifs ont été exterminés ainsi que tous les êtres dits "anormaux". Les femmes ont été relégués au rang d’animaux de compagnie et de plaisir, leur fonction étant purement reproductive. Elles sont enfermées dans des camps à part et appartiennent aux hommes. Le propriétaire peut changer de femme selon ses desideratas et celles-ci n’ont strictement aucun droit sur leur progéniture mâle qui est le nec plus ultra (dès leurs un an et demi -sevrage-, ils sont confiés à leur père), les petites filles restant avec leur mère pour devenir à leur tour un objet de jouissance. Ce livre est une charge féministe absolument dantesque, l’auteur imaginant la logique que suivrait Hitler et ses sbires s’ils arrivaient à instaurer leur société idéale.

Le révélateur de tout cela est bien évidemment Alfred qui va voir ses certitudes s’évanouir totalement au contact de vérités cachées qui vont lui révéler l’envers du décor. Il va prendre conscience peu à peu de la brutalité extrême de cet ordre omnipotent et omniprésent dans la vie de chacun. Accompagné de Herrmann un jeune nazi en pleine disgrâce, il va tenter à sa manière de changer les choses à son échelle grâce aux conseils éclairés du vieux chevalier Hess et d’un patriarche chrétien (seuls êtres différents plus ou moins tolérés par l’ordre nazi). Il va redécouvrir des sentiments et des valeurs oubliées ou disparues suite à l’installation du nazisme. L’amour d’une femme, l'amour de son prochain notamment mais aussi la puissance de l’écoute et de l’entraide considérées comme des faiblesses par l’ordre en place. Cette redécouverte d’humanité est assez incroyable et prend au coeur et aux tripes.

La puissance uchronique est ici mise au service de la démocratie. Plus qu’un roman, c’est presque à un essai dont on a affaire ici. Il ne se passe finalement pas grand chose durant ces 230 pages ou du moins rien de vraiment original en terme de trame narrative. Mais ce n’est pas bien grave, la densité du contenu en terme de réflexion est imposant avec les discussions d’Alfred avec Hess puis avec Joseph Black (patriarche chrétien) où ils balaient l’histoire humaine, des questions théologiques et philosophiques mais aussi la nature profonde de l’être humain et la logique qui a suivi l’installation de la dictature. Loin d’être un pensum imbuvable, ce livre est d’une limpidité et d’une accessibilité de tous les instants grâce à un sens du récit millimétré et un apport théorique dispatché avec intelligence et pédagogie.

On prend donc une gigantesque claque avec cet ouvrage prophétique en son temps qui fait écho aux maux du nôtre. Bien que dur par moment par les scènes qu’il nous donne à voir, Swastika Night est avant tout une ode à la liberté et à l’entraide face aux fascismes de tout horizon qui ne cessent de prospérer autour de nous. Une lecture vraiment essentielle.

mercredi 14 septembre 2016

"Les Temps assassins : Rouge vertical" de Pierre Léauté

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L'histoire : La mort vous libère de tout. Sauf de vos démons intérieurs. Après une vie de trahisons, d'aventures et de défis, les flammes de l'enfer lui sont interdites. Condamnée à errer sur Terre, Charlotte Backson va réapprendre son humanité et laisser derrière elle sa dernière incarnation, Milady de Winter. Du moins, c'est ce qu'elle croit...

La critique de Mr K : Retour sur la lecture du premier volume d'une trilogie qui vient tout juste de sortir chez la petite maison d'édition Le Peuple de Mü. Je découvre aussi au passage Pierre Léauté, un écrivain à la réputation plutôt flatteuse déjà auteur de textes où l'uchronie à la part belle, sous-genre SF que j'affectionne tout particulièrement. C'est à la faveur du temps radieux de la mi-août que j'entreprenais la lecture de ces Temps assassins qui ne m'a pas résisté longtemps (trois jours à peine pour 390 pages environ) tant j'ai été pris par le souffle épique du récit et la verve langagière de l'auteur. 

Charlotte Backson a une vie bien compliquée. Comprenez par là, qu'elle en vit plusieurs ! Elle est bien loin la jeune fille orpheline de bonne famille confiée à Dieu aux bons soins d'un couvent comme cela se passait si souvent à l'époque (l'histoire débute en 1625). Elle va cependant connaître l'amour, la déchéance, la mort puis la renaissance... Oui, vous avez bien lu, dans la droite lignée de Lazare, elle se relève et parcourt à nouveau le monde. Car Charlotte a un secret et pas des moindres, elle est immortelle ou presque... Très vite les choses s'accélèrent autour d'elle : des existences qui s’enchaînent et la voient passer du côté obscur, un passé douloureux qu'elle n'arrive pas à refouler, des inconnus pressants et inquiétants qui lui expliquent qu'elle doit accomplir son destin, une mystérieuse jeune femme qui lui propose la vérité et son amitié...

Attendez-vous tout d'abord à un sacré roman d'aventure teinté d'Histoire et d'uchronie. Haletant est un terme caractérisant parfaitement le rythme effréné que nous impose un auteur avide de faire plaisir à ses lecteurs via des rebondissements en cascade et un amour de la matière littéraire. On lorgne d'ailleurs vers Alexandre Dumas et ce n'est pas seulement l'identité secondaire de l'héroïne qui nous l'indique : amour, cavalcades, ressentiments, vengeance et la présence de grandes figures historiques donnent un goût très savoureux à l'ensemble. Belle maîtrise aussi de la matière historique qui est ici torturée pour notre plus grand plaisir avec en toile de fond l'effet papillon qui provoque des bouleversements incontrôlable si l'on modifie le passé. On touche là aux fondements du roman qui ouvre des voies métaphysiques qui seront davantage explorées dès le volume 2, Les Uchronautes (date de sortie non précisée pour l'instant). Vu la présentation de l'auteur en fin d'ouvrage, je table fortement sur le fait qu'il soit prof d'Histoire ce qui explique la jubilation avec laquelle il joue avec les époques, les mœurs et les ressentis. Perso, j'ai adoré et adhéré totalement, étant moi-même du même moule et féru d'anecdotes historiques.

Les révélations pleuvent littéralement au fil des pages à partir du premier tiers du roman avec notamment le voile qui se lève sur notre monde, son fonctionnement et les forces cachées à l’œuvre dans l'ombre. L'auteur se plaît à multiplier les pistes et les détours. Le lecteur pris en otage se doit d'être patient avant que la lumière soit faite sur les tenants et les aboutissants. Et encore, la fin de cet ouvrage réserve son lot de suspens avec un aperçu de ce qui va suivre. Rassurez-vous, je réussirai à dormir d'ici la sortie de l'opus 2 mais Dieu sait que j'aurais bien suivi les aventures de Charlotte un peu plus longtemps. Le personnage est charismatique et accroche quasi immédiatement le lecteur, surtout qu'elle nous déroule sa vie sans fards ni arrangements avec la réalité. Loin d'être une sainte, lors d 'une confession avec un prêtre, elle arrive tout de même à le faire fuir ! Certes, certains aspects m'ont un peu rebuté notamment sa période "in love" que j'ai trouvé ringarde et un peu décalée vis-à-vis de son parcours mais l'ensemble se tient et tous les personnages principaux sont du même tonneau avec leur part de clarté et d'obscurité. Ça fait du bien, ça crédibilise l'ensemble et donne à cette histoire une portée bien plus dense et impactante.

Comme dit précédemment la lecture est aisée et engageante comme jamais. La langue est limpide, inspirante et inspirée ; elle nous procure une immersion totale et dépaysante. Les pages se tournent toutes seules, sans effort et avec un plaisir renouvelé. Il est d'ailleurs difficile d'éteindre la lumière le soir lorsque l'on est pris dans les toiles finement tissées par Pierre Léauté. J'émets un petit bémol pour le côté classique et sans surprise de certaines situations dont les phases d'apprentissages mais dans le genre il est difficile de passer à côté. L'ouvrage réserve cependant son lot de révélations bien senties et n'oublions pas qu'il reste deux volumes pour mener à bien la quête qui s'amorce pour Charlotte.

Une bien belle découverte pour ma part pour un livre qui a le mérite de distraire et d'emporter loin ses lecteurs. N'est-ce pas l'essentiel en matière de lecture de fiction ?

mercredi 3 juin 2015

"La Ligue des gentlemen extraordinaires" de Alan Moore et Kevin O'Neill

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L'histoire: Londres, 1898. L'ère victorienne vit ses dernières années et le XXe siècle se profile. À cette époque de grands bouleversements, les champions sont plus que jamais nécessaires. Allan Quatermain, Mina Murray, le capitaine Nemo, le Dr Henry Jekyll, Edward Hyde et Hawley Griffin forment la Ligue des Gentlemen extraordinaires. Ces justiciers sont les seuls à pouvoir contrer la menace mortelle qui pèse sur Londres, la Grande-Bretagne, et la planète entière !

La critique de Mr K: On ne présente plus Alan Moore, un des plus grands scénaristes de BD de notre époque avec à son actif notamment le classique V pour Vendetta ou encore plus récemment le Néonomicon. C'est encore le hasard qui me mit sur le chemin de ces deux volumes à la réputation flatteuse et à l'adaptation cinématographique catastrophique (mais mon Dieu qu'est-ce que Sean Connery est allé faire dans cette galère!) . Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour rentrer dans l'univers peu commun de ces aventures échevelées au sein de l'Angleterre victorienne. Accrochez vos ceintures, le voyage se promet d'être dantesque!

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L'État anglais face aux grandes menaces a de tout temps créé des ligues de champions, de justiciers pour combattre le crime organisé et les menaces d'outre-monde. En début de volume, on retrouve Mina Harker (au cou mystérieusement recouvert d'un foulard) contactée par un certain M. Bond qui lui enjoint de partir au Caire pour retrouver Alan Quatermain, un aventurier légendaire qui s'est perdu dans les fumées d'opium. Au fil des pages, nous allons aussi faire la connaissance de Némo (un capitaine de sous-marin des plus ombrageux), de l'homme invisible qui s'avère être un incorrigible pervers et du docteur Jeckyll qui a de sérieux soucis de dédoublement de personnalité. Une fois réunis (et ce n'est pas de tout repos croyez moi), l'enquête peut commencer. Il se trame de drôles de choses à Chinatown et quelqu'un tire les ficelles depuis les plus hauts sommets de l'État. Le deuxième volume mettra nos héros aux prises avec une invasion extra-terrestre qui n'est pas sans rappeler celle dépeinte dans La Guerre des mondes de Wells.

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Belle réussite que cette mini saga avec de l'aventure avec un grand A et des personnages attachants. Ils vont en effet en voir de toutes les couleurs dans cette Angleterre du XIXème siècle très bien retranscrite. Ainsi les mœurs sont bien différents comme en témoigne le statut de femme dévoyée que porte Mina car elle est divorcée ou encore les rapports entre les différentes classes sociales entre condescendance et mépris. On voyage beaucoup aussi avec un passage au Caire et sous la mer en compagnie de l'énigmatique Némo. Pour une BD de divertissement pur, je trouve que les personnages sont assez fouillés et chacun a son petit fil rouge personnel qui pousse le lecteur dans sa lecture pour connaître le fin mot de l'histoire.

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Le côté jubilatoire intervient dans le principe même de cette ligue qui ne comprend que des personnages légendaires ou inscrits dans le patrimoine culturel européen du XIXème siècle: l'homme invisible, le docteur Jekyll et son double Hyde terriblement impressionnant dans cette version, Némo (un de mes personnages préférés toute littérature confondue), Mina Harker toute droite sortie du fabuleux Dracula de Bram Stocker sans oublier ensuite dans le récit les Moriarty, Fu Manchu et d'autres que je vous laisse découvrir par vous-même. Divertissante, cette BD est chargée culturellement et Moore se plaît à croiser les destins, modifier l'Histoire pour nous fournir une uchronie virevoltante et parfois intimiste car les personnages sont aussi exposés dans leur vie plus personnelle (j'ai adoré ainsi la relation complexe qui se tisse entre Quatermain et Harker).

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Le scénario est donc béton, maîtrisé de bout en bout avec une fin ouverte qui ne demande qu'à être poursuivie. Les dessins sont au diapason, dynamiques et colorés, ils mettent bien en valeur l'époque, les personnages et les scènes dites d'action. En bonus en fin de chaque volume, on retrouve pèle mêle des illustrations inédites, des jeux, une nouvelle "stupéfiante" de Moore racontant un voyage intérieur de Quatermain après une prise de drogue et même un almanach recensant les lieux magiques du globe (bel exercice de style mêlant lieux réels, localités imaginaires et légendes du crû). Ces ajouts apportent une plus value non négligeable à une entreprise d'une beauté et d'une profondeur vraiment intéressante et fascinante.

Vous l'avez compris, ce diptyque saura séduire les amateurs d'aventure décomplexée et de références culturelles savoureuses. Un must pour moi en tout cas!


dimanche 9 février 2014

"Mysterium" de Robert Charles Wilson

mysterium-folio-sfL'histoire: À Two Rivers, rien ne vient jamais troubler la petite vie paisible des habitants, jusqu'à ce qu'un laboratoire de recherches militaires s'installe sur les rives du lac Merced. Les spéculations les plus folles naissent alors, et la crainte d'un accident nucléaire hante tous les esprits.
Aussi, lorsqu'un incendie se déclare sur le site, Dexter Graham envisage déjà le pire. Pourtant, son destin, ainsi que celui de Two Rivers dans sa totalité, vient de basculer d'une manière qui dépasse de très loin son imagination.
En effet, la petite ville semble avoir été transportée... ailleurs.

La critique de Mr K: Le hasard fait vraiment bien les choses en matière de trouvailles littéraires. Au fil des ans et des posts, vous avez souvent entendu ce refrain. Cette fois ci, cette découverte impromptue est intervenue lors de notre séjour parisien de fin d'année dernière dans une grande enseigne du quartier Saint Michel. Perdu dans le bac SF au milieu d'une série de vieux récits des années 60, un ouvrage de Robert Charles Wilson, auteur remarquable et remarqué dont j'ai adoré Darwinia (lu avant la création du blog et donc non chroniqué) et plus récemment, le fabuleux Les chronolithes. Autant vous dire que j'ai sauté sur l'occasion et sur cet exemplaire pour m'en porter acquéreur à un prix plus que modique!

Il s'agit d'une œuvre de jeunesse car ce roman est celui qui lui a permis de percer dans le milieu. Dès que j'ai lu le pitch en quatrième de couverture, j'ai été emballé: une petite ville tranquille, un centre de recherche militaire ultra-secret (ça c'est pour le côté X-files! Mulder au secours!) et forcément, l'accident qui va tout chambouler. Classique, classique me direz-vous... mais voilà! Tout cela n'occupe même pas un dixième du roman! Vous avez bien lu! L'auteur ne perd pas son temps à tout nous décrire, à tout nous raconter, le récit est mené à cent à l'heure pour nous mener dans un monde parallèle étrange et proche à la fois. Inutile d'en dire plus si ce n'est que l'évolution de la terre a sensiblement divergé à partir d'un point x de l'Histoire et que la confrontation va être rude. En effet, plus qu'un simple livre d'aventure et de divertissement, on sent la volonté forte de l'auteur de nous faire réfléchir sur les arcanes du pouvoir et des moyens mis en œuvre pour gouverner une population.

Ce nouveau monde se révèle très vite effrayant avec une organisation pyramidale des plus autoritaire voir totalitaire sur certains aspects. Remarquable uchronie à certains égards, Mystérium fait aussi la part belle aux morceaux de bravoure notamment dans sa deuxième partie. Les points de vue multiples permettent à chaque chapitre de découvrir un peu plus des rouages d'un scénario certes prévisible par moment (petit défaut vite gommé par les qualités littéraires du bonhomme) mais dont on suit les circonvolutions avec un plaisir renouvelé à chaque page. Respirant l'intelligence et d'une accessibilité irréprochable, ce roman est un beau mix entre réflexion sur la nature humaine et le roman de résistance. L'addiction est aussi rapide que durable ce qui devient vraiment une habitude quand on pratique Wilson. Ultime qualité et non des moindres, des personnages qui restent longtemps en mémoire dont un héros très attachant, professeur d'histoire (sic!) au tempérament et à la sensibilité marquants qui le rendent unique.

Une belle et grande réussite SF une fois de plus que ce livre de Robert Charles Wilson qui pour moi se révèle définitivement comme un auteur incontournable du genre, qui manie la langue à merveille et réussit à nous passionner du début à la fin. Laissez vous tenter, vous ne le regretterez pas!

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mardi 27 août 2013

"Block 109" de Brugeas et Toulhoat

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L'histoire: 1953...

Après avoir détruit l'Occident, le IIIème Reich agonise à son tour sous les coups de l'Armée Rouge. Pour Zytek, le maître de l'Allemagne, il ne reste qu'une seule solution: une attaque virale majeure.

Malgré le refus du Haut conseil, le virus provoque déjà des ravages dans les ruines de Marienburg. Les contaminés, transformés en monstres sanguinaires, s'attaquent aux soldats isolés des deux camps. Seule l'escouade du sergent Steiner parvient à s'échapper d'une funeste rencontre.

Ce dernier et ses camarades sont-ils la dernière chance de l'humanité? Et quel est véritablement l'objectif de Zytek, l'omnipotent seigneur du Reich?

La critique de Mr K: Voici une BD dont j'avais entendu le plus grand bien il y a déjà quelques temps et que j'ai offert à un bon pote pour son anniversaire en début d'année. Il l'a appréciée et me l'a prêtée pour que je puisse me faire mon propre avis sur cette uchronie qui m'a irrémédiablement fait penser à K Dick et sa fameuse nouvelle "Le maître du haut chateau" ou encore"Fatherland" de Harris.

Les six planches de départ re-contextualisent le récit en nous décrivant les événements s'étant déroulés de mars 1941 (assassinat par un sniper d'Adolf Hitler) jusqu'à 1953, année qui marque le début du récit proprement dit. Vous l'avez compris, le IIIème reich a survécu à la Seconde Guerre mondiale contrairement à son führer. C'est Heydrich qui est aux commandes et un énigmatique personnage dénommé Zytek a crée un mystérieux ordre teutonique en référence aux chevaliers du même nom. Son pouvoir ne fait que croître et ses intentions au premier abord extrémistes pourraient bien se révéler plus nuancées. Il faudra bien 200 planches pour que les auteurs mènent leur intrigue jusqu'au bout et nous assènent une fin sans faux-fuyant ni équivoque.

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L'atmosphère de fin de règne est ici remarquablement rendue. Les soviétiques avancent malgré la défense acharnée des allemands et le conflit semble être à un tournant de son déroulement. D'étranges et sanguinaires créatures issues d'expériences contre-nature sont en liberté et dévorent tout ce qui passe à leur portée notamment dans l'ancien métro désaffecté qu'elles ont investi. On suit le point de vue d'une escouade quasiment livrée à elle-même depuis le renoncement de certains officiers. On alterne avec le ressenti des autorités et notamment de Zytek qui s'apparente beaucoup à un personnage principal tant il est omniprésent. Peu à peu, on se rend compte qu'il y a une lutte interne dans le régime: d'un côté les SS qui suivent les pas d'Hitler à travers son successeur Heydrich et de l'autre, un opportuniste à priori sans scrupule en la personne de Zytek qui veut déclencher une apocalypse bactériologique. Au milieu de ce grand jeu géostratégique, on suit le parcours de simples soldats auxquels les tenants et aboutissants échappent totalement et qui par leurs actes vont modifier les plans prévus.

block109 planche 2
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Cette BD est vraiment brute de décoffrage. L'action est remarquablement bien décrite même si les dessins m'ont parfois paru inachevés. Il m'a donc fallu un petit temps d'adaptation pour me mettre au diapason. Malgré ce léger défaut, le scénario est vraiment très bien pensé et m'a accroché du début à la fin. Les méandres narratifs sont nombreux et la fin m'a littéralement cueillie. En plus, c'est un récit unique (ce qui se fait de plus en plus rare en BD aujourd'hui) et même si depuis des cross-over ont été réalisé sur cet univers singulier, ce volume se suffit à lui-même.

Une belle découverte que je vous conseille très fortement notamment à tous les amateurs et amatrices d'uchronies.

mercredi 25 janvier 2012

"Rêves de gloire" de Roland C. Wagner

Reves-de-GloireL'histoire: Le 17 octobre 1960 à 11h45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d'une mitrailleuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles: "On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chientlit..."

De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d'OAS, pas d'accords d'Évian, pas de référendum et Alger reste française.

De nos jours, à Alger, l'obsession d'un collectionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin de voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements...

La critique de Mr K: Une belle claque bien délirante aujourd'hui avec ce roman qui m'a été offert par mes parents pour Noël (merci papa, merci maman), œuvre qui a reçu le grand prix des Utopiales 2011 de Nantes. Il s'agit d'une longue pièce de choix (700 pages) qui nous entraîne dans un univers uchronique proprement sidérant tant il s'avère paradoxalement réaliste dans sa déviation originelle. De Gaulle victime d'un attentat! Excusez du peu, je savais Wagner original depuis que Nelfe et moi avons assisté à une de ses conférences à Nantes mais l'écrit qu'il nous livre ici est proprement hallucinant et jouissif.

En fait, il ne reste dans le livre qu'une enclave française en Algérie: Alger. Le reste a été cédé aux indépendantistes et l'Algérois, comme on l'appellen a pris son indépendance vis-à-vis d'une France autoritaire aux mains de putschistes qui l'ont sortie de l'Europe! La pression est énorme sur ce lopin de terre qui essaie de résister comme il peut aux pressions étrangères qui voudraient le récupérer. En parallèle, on suit aussi le phénomène du mouvement vautrien né en France à Biarritz lors de l'été insensé sous la houlette de Tim Leary qui prône la vie communautaire et la non violence. Comme un des personnages principaux est collectionneur de disques, on suit aussi une étonnante histoire du rock des années 60' où certaines stars existent bel et bien (notamment Iggy Pop à ces début, Jeff Beck) mais où d'autres n'ont jamais existé ou sous un nom différent (Beatles et Stones notamment!). Au centre de ce maelström, un disque qui semble maudit car tous ceux qui le possèdent ou le recherchent disparaissent dans d'étranges circonstances!

Déroutant est le premier terme qui m'est venu à l'esprit au bout de 100 pages. Le livre est intégralement écrit à la première personne du singulier et comme on suit différents témoignages anonymes les uns après les autres, il est facile de se perdre. Il faut accepter ce fait pour vraiment rentrer dans le livre. Cette lecture est donc différente dans le sens où il ne faut pas s'attendre à du linéaire pur et dur, plus une sorte de patchwork qui mis bout à bout va former un tout d'une consistance et d'une maestria hors norme. La conclusion est fameuse et le construction qui y mène superbement orchestrée. Prévoyez cependant de longues plages de lecture de une à deux heures minimum pour vraiment gouter et vous imprégner de ce titre tant il faut être à 100% immergé dedans pour en apprécier le contenu et la forme.

L'écriture est un réel bonheur d'inventivité, de simplicité et d'efficacité. Le style Wagner est vraiment excellent car à la fois très abordable et ambitieux. Les personnages croqués sont criants de réalisme et nous les suivons avec passion notamment celui du collectionneur et de sa quête du Graal. Ce côté polar rajoute un petit côté ludique à ce livre-somme. Nombre de critiques insistent sur le côté parfois autobiographique de ce livre, ceci explique sans doute cette impression de vérité et de terrain connu qui s'exhale de l'œuvre au fur et à mesure qu'on en tourne les pages alors qu'on est en pleine uchronie. Il ressort de ce délire fictionnel beaucoup de questions et de réflexion sur l'Histoire, sa construction et sur l'usage qu'on peut en faire. On dépasse par là même la simple volonté d'écrire une histoire car cette dernière rencontre l'Histoire avec un grand H, une Histoire encore bien douloureuse dans notre pays (la guerre d'Algérie a laissé des cicatrices, il suffit de voir les programmes scolaires la concernant pour s'en convaincre).

Un grand et superbe livre donc, difficile d'accès au prime abord mais qui mérite vraiment qu'on s'y attarde tant on touche au sublime en terme d'évocation de la guerre, des conflits entre factions mais aussi aux voyages psychédéliques et à la passion musicale. Tout un programme non?

Posté par Mr K à 14:46 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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vendredi 1 juillet 2011

"La Ferme des animaux" de George Orwell

LA-FERME-DES-ANIMAUXL'histoire: Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement:
"Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d'alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux."
Le temps passe. La pluie efface les commandements. L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer:
"Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres."

La critique Nelfesque: Me voici plongée dans la lecture d'un classique. "La Ferme des animaux" fait partie des incontournables de la littérature et honte à moi je ne l'avais encore jamais lu. Omission réparée!

J'ai beaucoup aimé ce roman qui avec des mots et des situations simples met en scène des évènements politiques et explique l'Histoire. Il n'y a pas d'identification mais on peut aisément y retrouver quelques épisodes connus à travers le monde.

Les animaux, qui en ont plus que marre de trimer tous les jours pour enrichir le fermier et n'avoir en retour qu'une gamelle tout juste remplie, décident de se révolter, de mettre à la porte leur maître et de s'organiser par eux-même afin de pourvoir à leurs besoins et ainsi vivre en harmonie et heureux. C'est du moins l'idée de départ de cette révolution... Mais très vite, des clans se forment. Les puissants, ici les cochons, vont s'octroyer des avantages à la barbe des autres animaux de la basse-cour, animaux qui n'y verront que du feu puisque les cochons savent manier la parole et tourner les situations à leur profit.

Ces animaux qui au départ étaient tous égaux, vont, à l'image des hommes, jouer des coudes et mettre en place une quasi dictature. George Orwell nous propose là une fable qui nous fait réfléchir sur les manoeuvres des hommes politiques pour arriver à leurs fins. On peut certes lire ce roman en restant sur la forme et le trouver drôle ("huhu des animaux qui se prennent pour des hommes" et blablabla) mais si on creuse, on s'apperçoit que dans ce roman, l'auteur nous montre les limites de la démocratie avec habileté. Tout y est: un hymne "national", des "lois" sous forme de commandements, des "citoyens" animaliers, des "meetings" à la ferme, des promesses "électorales" sous forme de doubles rations de nourriture... mais très vite l'injustice et les privilèges vont montrer le bout de leur nez et certains simples animaux en viendront à se comporter comme des hommes.

Une façon de nous dire que quoi que l'on fasse, qui que nous soyons, nous ne pouvons être égaux et devrons toujours être gouverné par des puissants aux dents longues? Chacun se fera sa propre opinion. Une chose est sûre, la lecture de "La ferme des animaux" est fortement conseillée!

Cette lecture entre dans le cadre des Babies-Challenges Drame et Contemporain 2011.

BCT

BCT

Posté par Nelfe à 17:50 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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jeudi 10 mars 2011

"Ceux qui sauront" de Pierre Bordage

ceux_qui_sauront

L'histoire: Et si la Révolution française n'avait pas eu lieu? Voici le portrati d'une France qui ne fut jamais, où une minorité d'aristocrates continue, aujourd'hui, d'asservir les masses populaires, notamment en interdisant l'instruction. Jean, fils d'ouvrier, en fait la dure expérience lorsqu'une descente de police met un terme brutal aux cours qu'il suit clandestinement. Incarcéré, puis libéré par la Résistance, il devient un hors-la-loi. Clara, elle, est née du bon côté de la barrière. Pourtant, la vie dorée qu'on lui impose et les inégalités dont souffre son pays la révoltent. Deux personnages, un destin commun: changer le monde...

La critique de Mr K: Retour en uchronie avec le présent ouvrage de Bordage. Cela faisait déjà un certain temps que je tournais autour dans les librairies et la semaine dernière, j'ai craqué! Lu en deux séances, il est relativement cours (318 pages) et le style de Bordage toujours aussi porteur. C'est vrai qu'il est à classer dans mes auteurs favoris (Les guerriers du silence est un livre Culte, je ne le répèterai jamais assez) et son œuvre est prolifique, j'ai déjà beaucoup parlé de lui ici, encore ici, là aussi, ah et puis ici encore. Pour autant, Ceux qui sauront constitue plus une distraction ou une œuvre initiatrice pour les plus jeunes qu'autre chose... j'y reviendrai.

L'entrée en matière comme toujours impressionne. Bordage a l'art de planter un décor, une époque et des personnages en seulement deux, trois pages. L'immersion est totale et très vite on s'accroche et ceci jusqu'à la dernière ligne: description des deux mondes qui cohabitent en s'opposant, références uchroniques constituant un background riche et flippant (exemple: exécution de Jules Ferry en 1882 pour avoir tenté d'apporter au roi une demande de réforme pour que tous puissent accéder au savoir avec une école publique et gratuite), paysages improbables ou plus quotidiens sont remarquablement rendus et le tout, sans lourdeurs, à la manière d'un chocolat fondant sous le palais. Ca se déguste!

Comme je le disais plus haut, je suis tout de même ressorti de cette lecture légèrement déçu. Je pense que le facteur «âge» est important à prendre en compte. Je l'aurais lu à mes débuts d'amateurs de SF, j'aurais davantage apprécié. Mais voilà, j'ai lu un certain nombre d'uchronies et celle-ci fait tout de même pâle figure face à des oeuvres essentielles comme Le maître du Haut Château de K. Dick ou encore Fatherland de Harris, (ici chroniqué par Nelfe). Les personnages sont tout de même caricaturaux (on semble déjà les avoir rencontrés au détour de certaines lectures), les événements sont prévisibles et la fin laisse sur sa faim. Je n'ai pas une seule fois été surpris ou interloqué, dommage... c'est quelque chose que j'apprécie quand je lis.

Une lecture distrayante cependant que je recommande tout particulièrement aux plus jeunes ou à ceux qui veulent s'essayer à l'uchronie sans trop se prendre la tête.

Posté par Mr K à 19:51 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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