dimanche 10 mai 2015

"Rémanence" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

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L'histoire: Comment grandir quand on a connu l'horreur? Il y a 15 ans, deux enfants s'échappaient des geôles du plus dangereux des criminels qui disparaissent après avoir mis la France à feu et à sang. Clara et Louis sont aujourd'hui adultes mais le vernis de leur existence se fissure. L'emprise de Kurtz a profondément gangrené leurs esprits. Insidieusement, le chaos s'installe. Les voix de l'ombre se font entendre à nouveau.
"Je devrais arrêter de répondre au téléphone. Ce serait plus sage. Je devrais mais je je n'y arrive pas. Pas même à débrancher la prise. Je prends un Stilnox pour ne pas entendre la sonnerie. Les fantômes, ça ne téléphone pas".

La critique de Mr K: Rémanence fait écho à la trilogie des Voies de l'ombre que j'avais bien aimé lors de ma lecture (voir le lien vers les trois tomes en fin de post). Ça faisait déjà un petit bout de temps qu'il me faisait de l’œil mais ma PAL est tellement expansive qu'il s'est perdu au milieu des autres ouvrages. C'est en préparant ma cargaison de livres pour mes vacances pétrocoriennes de Pâques que je décidai de l'emporter avec moi. Bien m'en a pris, ce fut une lecture rapide et plaisante au possible.

Deux enfants ont échappé à l'horreur voilà quatorze ans. L'ouvrage commence le jour du mariage de Clara. Après avoir été placée dans une famille d'accueil qui l'a reconstruite comme elle peut, elle a rencontré Édouard (un riche héritier) et s'apprête à faire le grand saut. C'est ce jour précis que Louis (alias Milan) décide de refaire surface dans sa vie. Cela la bouleverse et va la replonger dans un passé qu'elle pensait avoir évacué totalement. Le jeune homme n'a pas eu sa chance d'être suivi, aimé et éduqué comme elle... Il va l'entraîner sur la mauvaise pente. Les farces et bêtises d'adolescents vont bientôt prendre des proportions bien plus graves...

On retrouve d'entrée de jeu la tension omniprésente des tomes précédents. Kurtz a disparu, la France semble avoir retrouvé sa sérénité mais on sent que Clara se cache derrière une image qu'elle s'est forgée. Vit-elle vraiment sa vie? En réapparaissant dans son existence, Louis change toute la donne. Et de chapitre court en chapitre court, on passe d'un personnage à l'autre, les auteurs se gardant bien de nous livrer tous les éléments de compréhension. On nage en eaux troubles surtout que Clara, son père et Louis sont perturbés et ne perçoivent pas les événements comme le commun des mortels. Folie paranoïaque, cocktails médicamenteux, menace insidieuse, autant d'éléments qui font planer une épée au dessus des principaux protagonistes qui semblent se dépatouiller comme ils peuvent dans une toile d'araignée qui semble se resserrer autour d'eux. C'est assez angoissant et bien rendu, on a le ventre qui se tord au fil du déroulé du récit entre crimes, vendetta et révélations nombreuses.

Pour autant, on ne s'attache pas vraiment aux personnages. C'est loin d'être une critique car même si par moment on se rapproche d'eux, un élément répulsif nous est asséné dans les pages qui suivent. Chaque protagoniste a donc un côté attachant (la douleur du père qui a perdu toute relation de confiance avec sa fille, les victimes qui n'arrivent pas à se remettre des traumatismes du passé) et ses zones d'ombre (en chacun réside une part de violence pulsionnelle qu'il ne peut contrôler). Et puis, Kurtz et ses enseignements déviants sont toujours présents. De façon indirecte, via des flashbacks, des mises en relation, l'ogre est toujours en vie et pèse de tout son poids sur les pensées et les actes des deux jeunes gens. Cela fait froid dans le dos et cet aspect destinée fatale, les conséquences d'un embrigadement fascisant sur des esprits jeunes et/ou faibles est très très bien rendu, tout en finesse et sans exagération. Un très bon point pour les auteurs qui fournissent ici un thriller page-turner de très bonne facture, efficace et addictif. À lire absolument si la trilogie des Voies de l'ombre vous a plu.

Déjà chroniqués des mêmes auteurs, série des Voies de l'ombre:
- Prédation
- Stigmate
- Instinct


lundi 6 avril 2015

"Le Survivant" de James Herbert

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L'histoire: Un boeing 747 qui s'écrase près d'Eton: l'une des plus effroyables catastrophes de l'histoire de l'aviation. 332 morts et un seul survivant. On avait enterré les morts, et les vivants essayaient d'oublier. Seul un homme s'obstinait : Keller, jailli des flammes de l'avion, poussé par des forces invisibles, cherchant à comprendre pourquoi, lui, avait échappé à l'accident. Le jour de vérité approchait, une vérité insupportable pour les innocents habitants d'Eton. Une vérité à laquelle Keller se refusait à croire…

La critique de Mr K: James Herbert est pour moi le genre d'auteur qui nous procure de petits plaisirs coupables efficaces, un écrivain vers lequel on revient régulièrement pour retrouver quelques sensations fortes et des intrigues à la fois classiques et glaçantes dans leur déroulement. Ce volume n'a pas dérogé à la règle et m'a tenu en haleine de bout en bout.

Keller a survécu à l'impensable! Pensez donc, un crash aérien juste après le décollage de son avion (il en était le copilote)! Tout le monde est mort sauf lui! Rajoutez là-dessus qu'il a perdu la mémoire et qu'il lui est impossible de savoir pourquoi il s'en est sorti, et vous obtenez un être humain complètement largué qui cherche à obtenir des réponses. Les semaines se passent et il commence à avoir des flashs, à entendre des murmures et, en ville, les morts violentes et inexplicables s'accumulent... Bizarre, vous avez dit bizarre? Vous êtes encore bien loin de la vérité.

Elle est bien longue à se dessiner d'ailleurs entre les chapitres mettant en scène le héros à la recherche d'éclaircissements sur les causes du drame et ceux suivant très ponctuellement le destin fatal de quelques habitants d'Eton, victimes d'une mystérieuse entité. En effet, très vite on se rend compte que derrière le thriller plutôt classique se cache une intervention surnaturelle même si cette fois ci elle est légèrement différente de ce que l'on lit / voit d'habitude. Un bon point pour Herbert qui sème les fausses pistes pour mieux nous égarer dans des supputations sans fin. Bien malin serait celui qui devine les tenants et les aboutissants avant les derniers chapitres de ce volume.

On retrouve la finesse de caractérisation des personnages propre à Herbert qui fait dans le court et le concis, tout en efficacité et en retrait des stéréotypes. Ces personnages sont emplis de fêlures et cachent des zones d'ombre parfois peu enviables, parfois plus surprenantes. Les effets de surprises sont donc assez nombreux tout au long du récit qui se révèle tortueux et parfois très cruel envers ses protagonistes. Keller est vraiment attachant par exemple, il passe par tous les états en l'espace de quelques jours (sauf le grand bonheur extatique bien évidemment) et rien ne semble lui être épargné. Surtout qu'il doit composer avec une ville aux abois, des médias intrusifs et de nébuleuses forces qui le dépassent. Étrange atmosphère aux senteurs de fin du monde où même les dépositaires des forces divines ne peuvent rien faire (terrifiante scène dans une Église).

Difficile donc de relâcher ce livre tant l'histoire est addictive et les pages se tournent toutes seules. Moins gore qu'à son habitude, Herbert fait plus dans la terreur psychologique et les effets d'épouvantes à l'ancienne ce qui n'est pas plus mal et crédibilise davantage une histoire qui devient de plus en plus tourmentée et effrayante. Une bien belle expérience délicieusement horrible que tout amateur du genre se doit de lire.

Oeuvres déjà chroniquées du même auteur:
-Le Sombre
-Pierre de Lune
-La Lance

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lundi 23 mars 2015

"Qui ?" de Jacques Expert

Qui Jacques ExpertL'histoire : 1994, Carpentras, résidence pavillonnaire du Grand Chêne. Un lotissement où tout le monde connaît tout le monde, calme et sans histoires. Jusqu'à ce jour de mars, où la petite Laetitia Doussaint, est retrouvée violée et assassinée dans les bois alentours. Crime crapuleux dont l'auteur ne sera jamais identifié.

2013 : Quatre hommes s'apprêtent à regarder à la télé l'émission " Affaires non résolues ", dont le thème, ce soir là, est le meurtre de Carpentras. Quatre hommes hantés par l'affaire depuis ce jour où ils ont retrouvé le corps de Laetitia. Tous étaient voisins à cette époque, tous habitaient la résidence du Grand Chêne. Durant l'heure que va durer l'émission, avec son lot de questions et de révélations, ceux-ci se souviennent. Leurs épouses également. Certains secrets reviennent à la surface, des suspicions anciennes, des non-dits. Au terme de l'heure que dure l'émission, le voile sera levé. L'un de nos quatre hommes est en effet bel et bien le coupable du viol et du meurtre de Laetitia. Mais qui ?

La critique Nelfesque : En lisant la quatrième de couverture de "Qui ?" j'ai eu tout de suite envie de tenter l'expérience. Et le mot "expérience" est tout à fait justifié ici. Jacques Expert nous fait vivre le temps d'une soirée télé banale l'horreur d'un meurtre vieux de presque 20 ans.

La petite Laetitia a été retrouvée morte en 1994 après avoir été enlevée et avoir subi un viol. Deux décennies plus tard, l'assasin n'a toujours pas été retrouvé. Pourtant, l'enquête est toujours en cours et le commissaire Bouvard est bien déterminé à débusquer le coupable. Mais après tant d'années, difficile de faire la lumière sur cette affaire. Le temps a passé, les habitants du quartier du Grand Chêne ont déménagé, la vie a continué...

L'émission TV de ce soir vient à point nommé pour réveiller les souvenirs enfouis. Une sorte de "Complément d'enquête" qui va semer le trouble dans la vie bien rangée du coupable, de sa famille mais aussi de ses voisins de l'époque. Le temps d'une soirée, ils vont revivre les faits et l'enquête au cours des années suivantes pour enfin peut-être ce soir mettre un nom sur le meurtrier de Laetitia.

Jacques Expert nous livre là un thriller psychologique rondement mené. Tour à tour, le lecteur entre dans le salon de plusieurs familles ayant vécu de près ou de loin le drame de 94. Certaines ont aidé pour les recherches, d'autres ont payé le prix de rumeurs, d'autres encore ont perdu un membre de leur famille et l'un d'eux est l'assassin. Mais qui ? Une chose est sûre, tous ont vu leurs vies changées. L'auteur nous balade d'un personnage à un autre, nous perd dans les méandres des souvenirs des uns et des autres, nous fait croire à la culpabilité de l'un pour mieux nous surprendre...

Parfois caricaturaux, les personnages sentent la misère, la vie à l'usine, l'alcool, bobonne aux fourneaux et la soumission. Il existe une vraie solidarité dans ce quartier et le drame vient ébranler les certitudes, réveillant les plus vils instincts chez les habitants. Qui va devenir un tyran, qui va devenir fou, qui va s'inventer une vie pour mieux dissimuler ses méfaits... La valse des hypocrites est en marche.

Chaque couple présenté ce soir se connaît, ont été voisins, sont partis en vacances ensemble. Dès le début du roman, Jacques Expert nous présente le premier d'entre eux. Le mari est le coupable, sa femme le soupçonne. Le ver est dans le fruit, le lecteur est hameçonné. La suite se déroule à une vitesse folle et les pages sont dévorées.

Roman à la construction singulière, "Qui ?" mêle passé et présent pour mieux perdre le lecteur. Chacun aura sa petite idée, chacun sa théorie et ses certitudes. Tous se planteront ! Si vous êtes amateurs de thrillers psychologiques et romans noirs aux ambiances lourdes et au rythme lent, lisez cette oeuvre qui vous baladera pour mieux vous cueillir. Un autre Sonatine à découvrir !

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samedi 21 mars 2015

Le printemps dans nos PAL

Alors que certains sont en train de craquer leurs slips au Salon du Livre qui se tient en ce moment sur Paris, de notre côté, on fait la part belle aux secondes mains. Vous savez comment on est, depuis le temps que vous nous connaissez maintenant, quand on est devant des petits orphelins en attente de nouveaux parents, nous ne savons pas dire non !

Les acquisitions Nelfesques :

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- Revue XXI : Une revue toujours très intéressante avec des sujets de fond, c'est toujours bon à prendre. Surtout quand on la dégote à 1€ (pour info, c'est 15€ dans le commerce). A ce prix là dommage qu'il n'en restait qu'une...
- "Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes" de Stieg Larsson : "Quoi !? T'as JAMAIS lu "Millénium" !?" Hey ça va détend toi ! Bien sûr que je l'ai déjà lu. Tu me prends pour une fana de thriller en carton ou quoi ? Seulement voilà, mon tome 1, issu d'un troc est une vilaine édition France Loisir donc hop, on le remplace par la vraie de chez Actes Sud et ainsi les 3 tomes sont tous pareils dans la bibliothèque (comment ça, je suis une maniaque?).
- "Nickel Blues" de Nadine Monfils : Parce que j'ai déjà "Les Vacances d'un serial killer" dans ma PAL et que celui ci m'a l'air complètement déjanté, encore une fois !
- "La Répétition" de Eleanor Catton : Parce que j'ai flashé sur la couv' et que l'histoire est glauque à souhait. Pile le genre d'histoire qui me branche.
- "Purge" de Sofi Oksanen : Parce que ça fait longtemps que j'ai ce roman ci dans ma wish list et que la semaine passée j'ai vu l'adaptation sur Arte (sans savoir que c'était cela à la base sinon j'aurai stoppé le visionnage vu qu'en général je préfère lire les bouquins avant). Cette adaptation m'ayant complètement retournée, il fallait que je lise ce roman au plus vite. La vie est bien faite parfois, il m'est tombé dans les bras !
- "Beach Music" de Pat Conroy : Parce que j'ai adoré "Le Prince des marées" du même auteur et qu'un pavé de plus ne me fait pas peur.
- "Conséquences" de Darren Williams : Parce qu'on se trompe rarement avec un Sonatine.

Même si j'ai déjà une PAL à faire peur, j'ai été plutôt raisonnable et quand on sait que j'en ai eu pour 18€ l'ensemble, ça aurait été dommage de se priver !

Place maintenant à Mr K qui a perdu tout sens commun ...

Les acquisitions de Mr K :

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Côté horreur / fantastique :

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- "Ring" de Koji Suzuki : J'ai adoré l'adaptation d'Hidéo Nakata qui avait réussi à me filer la frousse de ma vie et le recueil de nouvelles "Dark Water" du même auteur m'avait bien plu... Tentation quand tu nous tiens!
- "Otage de la nuit" de Richard Matheson : On ne peut résister à un Matheson! Vous me dites que si? Je vous dis que non! Surtout que l'histoire de celui-ci mêlant couple à la dérive et femme fatale fantomatique semble réserver de belles surprises.
- "La Boucle" de Koji Suzuki : Tentation again avec mister Suzuki qui revient cette fois-ci avec une histoire de virus très très contagieux!

Côté policier :

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- "Les Orpailleurs" de Thierry Jonquet : Je ne l'ai pas lu celui-là, Thierry Jonquet ne m'a jamais déçu et ce volume a de très bonnes critiques. J'ai déjà hâte de le lire!
- "L'Epée de Darwin" de Dan Simmons : Ca fait un p'tit bout de temps que je n'ai pas fréquenté cet auteur. L'occasion fait le larron et cette histoire d'accident qui ne semble pas en être vraiment un est intrigante... Wait and see.
- "Le Jardin des pendus" de Ian Rankin : LE Rankin que je cherchais pour pouvoir ensuite enchaîner sur trois autres de la série mettant en scène l'innénarrable inspecteur Rébus! O joie!
- "La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond" de Serge Brussolo : Pour le titre complètement décalé, pour cette histoire de métro englouti où auraient survécus des rescapés, pour Brussolo enfin qui m'a souvent fait chavirer par son imagination si fertile.

Côté SF :

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- "Arche" de Stephen Baxter : Une histoire classique de fin du monde avec aux manette cet auteur que j'ai connu grâce à sa très belle collaboration avec Terry Pratchett. Hâte de voir ce que cela donne en solo.
- "La Face des eaux" de Robert Silverberg : Ben... face à un Silverberg , je ne peux pas résister... no comment!
- "Saison de rouille : hommes sans futur" de Pierre Pelot :  Pierre Pelot est aussi un auteur que j'affectionne et cette histoire d'apocalypse (une de plus me direz-vous) me parait bien thrash dans son développement.
- "American Gods" de Neil Gaiman : Ce sera mon premier livre de cet auteur dont la réputation n'est plus à faire. Couvert de récompenses, cet ouvrage a l'air bien barré et rentre complètement dans mes goûts.

Côté contemporain :

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- "Poulailler" de Carlos Batista : La quatrième de couverture est barrée de chez barrée avec une histoire d'enfant sadique reproduisant son monde déviant au sein d'un poulailler! Bien thrash à priori!
- "Les Anges vagabonds" de Kerouac : Pour retrouver la belle expérience que fut la lecture de Sur la route quand j'étais ado. En plus, la couverture est top!
- "Les Vieilles" de Pascale Gautier : La couverture m'a attiré l'oeil de suite et cette histoire de nouvelle retraitée qui va se confronter aux vieilles habitudes des plus anciens a l'air à la fois touchante et drôle.
- "Insupportable" de Giacomo Sartoni : Un petit livre plein de promesse à classer dans le noir le plus profond et que je lirai très prochainement avec l'histoire d'un jeune homme humilié dans sa vie de tous les jours et qui va réagir de façon extrême.
- "Petite" de Geneviève Brisac : Un coup de poker que cette chronique de l'anorexie à travers les yeux d'une jeune malade. C'est une pathologie qui m'a toujours interpellé, ce sera l'occasion d'en comprendre un peu plus les mécanismes physiques et surtout mentaux.
- "Malevil" de Robert Merle : La mort est mon métier a été un choc lors de sa lecture, j'ai hâte de replonger dans cet auteur avec ce livre traitant de l'apocalypse (again!).
- "Les Domestiques" de Gustavo Bossert : Une histoire étrange de domestiques cinglés squattant de force une maison. Bien branque et en provenance directe d'Amérique du Sud. Je prends!
- "On n'empêche pas un petit coeur d'aimer" de Claire Castillon :  Claire Castillon m'avait bien marqué avec Insecte, recueil de nouvelles bien noires. J'en redemande avec celui-ci qui à l'air tout aussi perché que le premier!
- "Le Monde selon Garp" de John Irving : Livre culte pour beaucoup, je vais tenter l'expérience. Je dois avouer que je ne sais même pas à quoi m'attendre!
- "Un Long dimanche de fiançailles" de Sébastien Japrisot : J'avais vraiment aimé le film et certains amis historiens m'en avait dit le plus grand bien. Comme en plus j'adore la littérature traitant de la Première Guerre mondiale, je saute le pas!
- "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson : Nelfe avait dévoré ce roman qui lui avait été prêté par l'ami Franck. Je voulais moi aussi le lire et le prix modique m'a fait basculer du côté obscure de la force!
- "Jeux de maux" de David Lodge : Pour tester cet auteur dont j'ai entendu le plus grand bien, il est question ici du Diable. Raison de plus pour s'y intéresser!
- "Le Violon noir" de Maxence Fermine : J'avais adoré "Neige", il m'était donc impossible de passer à côté de celui-ci qui est aussi très bien côté dans la blogosphère.

Bon j'ai craqué dans les grandes largeurs mais pour seulement 31€... Je suis pardonné, hein?

Je crois que là, on est privé de librairie pendant plusieurs mois !

vendredi 27 février 2015

"Que ta volonté soit faite" de Maxime Chattam

que ta volonté soit faiteL'histoire : Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis... S'il n'y avait Jon Petersen.
Il est ce que l'humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin.
Et là... Sans doute réveillera-t-il l'envie de tuer qui sommeille en vous.

La critique Nelfesque : En bonne amatrice de thrillers, je surveille de près les sorties des romans de Maxime Chattam en librairie. Son dernier, "Que ta volonté soit faite", est disponible depuis début janvier.

Jon Petersen est un gars du coin. Un habitant de Carson Mills pur jus. Un 100% Midwest version populaire et une case en moins. Dans les premières pages du roman le lecteur fait sa connaissance dans un moment clé de sa vie. Dès les premières minutes de lecture, on comprend que ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux conditionnera toute sa vie. Ce petit gars là n'a pas de chance. Il n'est pas né dans la bonne famille et va grandir comme une mauvaise herbe, sans attention et dans l'indifférence totale. Pire même puisqu'il subira les violences physiques et morales de son père qui lui feront perdre tout repères et l'amèneront à des actes abjectes.

Comme une longue pente que l'on dévale lentement, nous suivons Jon dans sa jeunesse et son adolescence. Notre instinct de lecteur nous souffle très tôt que l'issue sera dramatique. Son père l'humilie quotidiennement, son entourage est glacial, ses camarades de classe sont cruels comme peuvent l'être les enfants face à ce qui ne leur ressemble pas... Toujours seul, à l'écart, Jon va commencer à avoir des comportements étranges et à l'adolescence ses agissements vont basculer dans l'horreur.

Avec "Que ta volonté soit faite", Maxime Chattam n'est pas dans son registre habituel. Nous sommes plus ici dans un roman noir que dans du thriller pur. J'ai été particulièrement surprise par ce changement de style, agréablement même car l'histoire dépeinte ici est de qualité et que la vie de Jon tient vraiment le lecteur en haleine. Avec des scènes chocs, comme Chattam sait si bien les écrire, le lecteur n'est pas ménagé. Tout commence par le viol de sa tante un soir d'été et c'est une descente aux enfers qui débute.

Efficace et sans concession, ce roman laisse le lecteur pantois entre dégoût de ce qu'il peut lire par moment et curiosité de découvrir la suite. Et sur ce point Chattam sait exactement où il veut nous mener. J'ai été prise dans l'histoire, j'ai voulu savoir quel sort serait réservé à Jon et découvrir qui était véritablement ce narrateur mystérieux extérieur à la scène (sur ce point, je n'ai pas été surprise, mais ce n'est pas bien grave). Si je notais mes lectures, j'aurais mis une très bonne note à ce roman. Si je notais mes lectures... Et si ce roman n'avait pas eu une fin qui a mon sens est complètement bâclée !

Car oui il y a un "mais" au milieu de toutes ces éloges : une justification à l'histoire qui pour moi ne vaut pas deux cacahuètes. Le soufflé retombe complètement avec le dernier chapitre du roman où le narrateur, et par là même l'auteur, nous fait une belle leçon de morale à deux balles et lance clairement à la tête du lecteur : "démerde toi avec ça!". Concrêtement, j'ai refermé mon bouquin avec un terrible sentiment de What The Fuck !? Non mais sans blague !? C'est CA la fin de ce roman !?

Déçue et avec l'impression d'avoir été bernée, je me suis demandée si l'auteur ne s'était pas foutu un peu de notre pomme ou si son éditeur ne lui avait pas suggéré de changer sa fin (forcément démentielle) pour une autre plus novatrice, carrément délirante et choc. Et puis dans ce moment de flottement, j'ai regardé, l'air hagard, la couverture de ce roman fraîchement refermé et en lisant son titre j'ai compris que non, Chattam a bien voulu nous amener là où il a clôt son roman. Depuis le début, il avait cette idée en tête et effectivement tout est logique. Je n'adhère pas à la fin, ses justifications sont fumeuses mais soit, l'idée est là. C'est un parti-pris. C'est couillu. Ca ne plaira pas à tout le monde (la preuve) mais pourquoi pas...

"Que ta volonté soit faite" m'a donc laissée mi-figue mi-raisin. Totalement emballée par ce roman durant toute ma lecture, les dernières pages m'ont fait l'effet d'une douche froide. Dommage... Ca aurait pu être un de mes romans de l'année...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"
- "La Patience du diable"

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mardi 24 février 2015

"La Fille de la nuit" de Serge Brussolo

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L'histoire: Elle a survécu par miracle à une balle dans la tête. Dans l'hôpital de Los Angeles où elle se rétablit, on l'appelle désormais Jane Doe. Mais plus personne ne pourra dire qui elle était avant... Peut-être une tueuse, une créature de l'ombre, froidement programmée pour le crime. C'est ce que lui font penser d'étranges réflexes d'auto-défense, des rêves nocturnes où se déroulent d'implacables scénarios de meurtres. À moins que ce ne soit sa blessure qui ait libéré en elle cette nouvelle personnalité? Une seule certitude: on veut toujours sa mort.

La critique de Mr K: Nouvelle incursion chez Brussolo aujourd'hui avec cette histoire plutôt classique dans son postulat de base: une jeune femme se réveille totalement amnésique à l'hôpital suite à un traumatisme violent (on l'appelle alors Jane Doe). Elle se rappelle donc de strictement rien et ne ressent que de vagues impressions. C'est du moins le point de départ car peu à peu ses nuits se peuplent de cauchemars sanglants et de rêves étranges où semble se dessiner une personnalité des plus vindicatives et déviantes. Elle hésite alors entre la recherche d'un passé perdu et la possibilité d'entamer une nouvelle vie vierge de tout souvenir, une incroyable possibilité de tout recommencer à zéro. On navigue constamment entre réalité étrangère et fantasmes ultra-réalistes, l'auteur se plaisant (comme à son habitude) à brouiller les pistes, on ne peut pas vraiment se raccrocher à des éléments précis et on avance très lentement, ce qui peut d'ailleurs agacer...

Vers le premier tiers s'opère alors un glissement narratif heureux, Brussolo mettant l'héroïne au prise avec Sarah, une ancienne militaire devenue experte en protection rapprochée. On se rend compte très vite qu'elle devient le personnage principal de part son omniprésence et le regard aiguisé qu'elle porte sur Jane. S'interrogeant de plus en plus sur cette cliente qui la touche au plus profond d'elle même, elle va mener l'enquête et lever le voile sur une existence effacée. J'ai été douché car je ne m'attendais pas à la révélation finale qui est bien moins flamboyante que prévue mais qui finalement se révèle bien crédible et originale. Bravo Brussolo!

Thriller réussi par son histoire mais aussi grâce à des personnages poussés, oscillant bien souvent entre les frontières du bien et du mal, La Fille de la nuit est une plongée passionnante dans les arcanes de l'esprit humain sur ses capacités de refoulement et d'explosivité parfois. Au détour de certains paragraphes, c'est aussi une certaine vision de la société américaine qui nous est livrée à réflexion avec notamment la ségrégation sociale et raciale toujours d'actualité et une tendance à l'ultra-surveillance au nom de la sacro-sainte sécurité (ici des plus riches des WASP). De l'action, du suspens et de la réflexion, voici un triptyque qui me plaît bien!

Rajoutez là-dessus une langue toujours aussi directe et agréable à lire, malgré une petite lassitude lors des cinquante premières pages, le récit tardant à démarrer au détriment de l'exploration des angoisses intimes de l'héroïne (j'ai trouvé que l'auteur se répétait mais rien d'irrémédiable), vous obtenez tout même ici un bon roman à la fois haletant et surprenant malgré une thématique déjà explorée. Une belle et bonne lecture que je vous conseille fortement si le genre vous plaît.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
- "Le Syndrome du scaphandrier"
- "Bunker"
- "Les Emmurés"

- "Avis de tempête"
- "La Main froide"
- "Pélerin des ténèbres"

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jeudi 19 février 2015

"Séquestrée" de Chevy Stevens

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L'histoire: Annie a été séquestrée.
Elle a passé douze mois en enfer dans une cabane perdue au fond de la forêt.
Annie est libre, enfin, mais les séances chez le psychologue lui font revivre chaque minute. Annie est sauve, le plus dur est derrière elle.
Du moins le croit-elle...

La critique de Mr K: Annie est une jeune agent immobilier à qui la vie semble sourire. Sa carrière professionnelle est lancée, elle s'est achetée la maison de ses rêves et elle file le parfait amour avec Luc. Tout bascule quand elle se fait enlever par un pseudo client venu visiter une maison. C'est le début d'un long calvaire pour la jeune femme qui ne réussira à s'échapper qu'un an plus tard. Le livre est divisé en chapitres correspondant chacun à une consultation chez le psy. Annie y revient sur le déroulé de sa séquestration mais aussi ce qu'elle ressent et vit depuis son retour à la liberté.

On se prend très vite d'affection pour cette jeune femme volontaire qui est loin d'avoir les deux pieds dans le même sabot et semble habitée d'une envie de résister hors du commun. Malheureusement pour elle, elle se retrouve confrontée à un psychopathe d'une rare perversité et obnubilé par sa volonté de créer une famille idéale. La séquestration est ici d'une rare intensité dans la violence (physique mais aussi moralement destructrice au plus haut point): négation de l'individu et son libre arbitre, violence et tension physique sous-jacentes, viol répété, inhumanité latente et effrayante. L'horreur ici ne se jette pas à la gueule du spectateur, elle est larvée et pénétrante au possible. Plus on avance dans le récit plus on assiste à la lente et méthodique descente aux enfers de l'héroïne qui dans un sursaut va réussir l'impossible. Cependant, le retour à la réalité n'est pas facile surtout qu'un secret effroyable lui sera révélé.

Ce livre est un excellent thriller. Je suis resté scotché du début à la fin à ce page-turner d'une redoutable efficacité. Le procédé des consultations est bien trouvé et permet de maintenir les attentes du lecteur entre curiosité et frustration. On alterne régulièrement entre les souvenirs de la détention forcée d'Annie et son ressenti actuel et ses expériences du présent. La révélation m'a cueilli je l'avoue et m'a fait froid dans le dos. Par contre, c'est vrai que l'on reste sur du classique sur le reste avec la relation spéciale qu'Annie entretient avec sa meilleure amie et Luc. Certains développement ne surprendront personne et rentre dans un moule déjà lu ou vu. Pour autant, il se dégage de ce livre une énergie folle et une profondeur psychologique de bon aloi. Les personnages vivent littéralement sous nos yeux et nous n'avons pas affaire à un énième avatar ou caricature de personnage que l'on peut parfois trouver dans ce type de production. La finesse est de mise pour le plus grand plaisir du lecteur happé par ce destin fauché qui tente de reprendre le contrôle de sa vie.

La lecture s'est donc révélée plaisante à souhait. L'écriture ne révolutionne pas le genre mais suffit à appuyer une histoire forte et prenante. On ressort ainsi assez éberlué de cette lecture à la conclusion terrible qui ne vous redonnera pas vraiment l'envie de croire au genre humain! Un petit bijou dans le genre que je vous conseille fortement.

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jeudi 5 février 2015

"Robe de marié" de Pierre Lemaitre

robe de mariéL'histoire : Nul n'est à l'abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s'accumulent puis tout s'accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n'a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape... Les ombres de Hitchcock et de Brian de Palma planent sur ce thriller diabolique.

La critique Nelfesque : J'avais cette "Robe de marié" de Pierre Lemaitre dans ma PAL depuis quelques temps et j'en avais entendu beaucoup de bien. Le voici sorti de ma pile à lire sous l'impulsion d'un challenge que je compte bien reconduire dans les prochains mois.

Les critiques positives sur ce roman sont tout à fait fondées. Point de marketing viral injustifié pour ce thriller psychologique qui sort complètement des sentiers battus. Et ça fait du bien !

Sophie est atteinte d'un trouble bien étrange. Peu à peu, elle voit sa vie de jeune fille banale mariée à un homme ordinaire et menant une existence des plus conventionnelles sombrer dans la folie pure. Tout commence par des détails, des troubles de la mémoire, des oublis à droite à gauche, des "où ai-je mis ce papier, j'étais sûre qu'il était là!?". Ce qui peut nous arriver à tous lorsqu'on a eu une dure journée ou lorsqu'on est fatigué. Sauf que Sophie est de plus en plus encline à ses troubles de la mémoire, si bien que sa vie professionnelle et personnelle s'en retrouve gravement affectée.

Par certains aspects, "Robe de marié" m'a fait penser à "Avant d'aller dormir" de Steve Watson. La même urgence de percer sa mémoire, le même besoin de retrouver une identité, à défaut de la sienne, le même désir vital de comprendre ce qui se passe. La différence est qu'ici c'est efficace ! Je vous laisse découvrir ma chronique concernant le précédent ouvrage que j'avais lu à sa sortie et auquel je n'avais pas du tout accroché.

Pierre Lemaitre insuffle dans ses pages un rythme indéniable. Les évènements se succèdent, les actions de Sophie sont de plus en plus folles et ses absences de plus en plus dangereuses. Le lecteur se demande jusqu'où l'auteur va pousser la folie de son héroïne. Puis à mi roman, on bascule totalement dans un autre type d'ouvrage en faisant la connaissance d'un second personnage important dans le déroulement de l'histoire : Frantz. Les lumières s'allument dans nos cerveaux, tout devient limpide au fil de pages. Sophie quant à elle est toujours aussi perturbée jusqu'à un final où tout ce beau monde, les personnages principaux, l'auteur et le lecteur, vont se retrouver pour un feu d'artifice.

Excellent roman sur la folie, la survie et la vengeance, "Robe de marié" (sans e, n'est-ce pas troublant ?) tient le lecteur en haleine du début à la fin. Page turner efficace, il ne vous lâchera plus jusqu'à la révélation finale. Malin ce Pierre Lemaitre ! Avec une plume simple et juste, il va fouiller dans chacun de nous, dégoter nos peurs primales et les faire subir à sa pauvre héroïne Sophie, un personnage féminin fort bien dépeint, ni niaise ni hystéro, à laquelle on s'attache dès les premières pages. Quand la folie dépasse la fiction, jusqu'où peuvent aller les êtres humains pour survivre ? Lisez le et vous comprendrez...

destock

Livre lu dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix que je remercie grandement pour ce choix. Tu me connais bien, tu ne t'es pas trompée en me conseillant ce roman ci !

mardi 20 janvier 2015

"Le Sort en est jeté" de Dermot Bolger

lesortenestjetécouvL'histoire : Ce silence était surnaturel. C'était un faux silence, recouvrant un chaos de voix discordantes. Je dérangeais les spectres de cette maison. Ils attendaient et me soufflaient de m'enfuir dans la nuit.
Joey est un jeune homme que la vie a rendu fragile et influençable. Dans son nouveau lycée, il rencontre Shane qui, dès le début, a une emprise malsaine sur lui: trop de morts mystérieuses, des mensonges, une âme en perdition...
Joey saura-t-il s'en détacher avant de sombrer à son tour dans le jeu du Diable?

La critique de Mr K : Une très belle découverte aujourd'hui avec ce thriller flirtant avec le fantastique venant tout droit d'Irlande et sorti depuis peu chez nous aux éditions Flammarion. C'est ma première lecture de cet auteur connu et prolifique dans son pays, la thématique me plaisait bien et ça faisait un petit bout de temps que je ne m'étais pas plongé dans un ouvrage de littérature jeunesse. Grand bien m'en a pris, "Le Sort en est jeté" s'est révélé une belle expérience qui prend toute sa mesure dans un final haut en couleur.

On suit l'histoire de Joey, un lycéen qui change d'école en tout début de récit. Il a perdu son père tout petit et se faisait régulièrement harcelé dans son ancien établissement. Il part donc avec l'idée de reprendre tout à zéro pour une nouvelle vie. Très vite, il tombe sous le charme d'une de ses camarades de classe (Aisling) et se rapproche de Shane, un adolescent au charisme certain qui semble bien mystérieux. Très vite, on se rend compte que Shane n'est pas forcément ce qu'il semble être et qu'il entraîne Joey sur des chemins dangereux... La tension monte alors durant tout l'ouvrage jusqu'à la révélation finale.

Chaque chapitre nous permet de suivre l'action à travers les yeux d'un des personnages. Ce procédé est malin et multiplie les points de vue, enrichissant par la même occasion les perspectives du lecteur. On alterne donc la vision de Joey, de Shane, de Aisling mais aussi d'autres personnages. Cela n'exclut pas les flashback, ce qui induit des aller-retours parfois saisissants entre passé / présent, adultes / adolescents, vivants / morts... La compréhension reste facile, les mots sont simples ainsi que les formulations. Clairement, le public est ciblé et personnellement, je trouve que l'auteur loin de les prendre pour des imbéciles peut susciter des réflexions intéressantes chez nos jeunes pousses.

En effet, au travers d'une histoire plutôt basique, il aborde un certain nombre de thématiques qui sont au centre des problématiques des adolescents: la perte d'un être cher (les trois personnages principaux sont dans ce cas), la gestion de ses émotions (impulsivité, ingratitude, la question du respect), la découverte de soi (à travers l'amour, le questionnement sur ses origines). Tout est ici brassé intelligemment et finement à travers une espèce de quête personnelle mêlée d'accents policiers à travers la présence d'un étrange vieil homme dans une maison à priori abandonnée...

On retrouve donc dans ce livre tout le côté bancal de cet âge ingrat: les moments d'exaltation face à la découverte des premiers émois amoureux, l'amour inconditionnel et le rejet des parents, la peur et l'appréhension face à l'inconnu... toutes ces petites choses qui font qu'on aime ou déteste travailler / vivre avec des jeunes de cet âge là. J'ai pour ma part éprouvé beaucoup d'empathie pour Joey et Aisling dans lesquels j'ai pu me retrouver ou certains de mes amis de lycée. L'auteur est vraiment formidable de ce point de vue et il se dégage un réalisme de tous les instants dans les paroles et les actes de ces jeunes en recherche de réponses.

Comme dit précédemment, l'écriture est simple et agréable. Les mots glissent sans effort et même si l'on peut déplorer parfois quelques longueurs, on s'accroche et on se demande bien où tout cela va nous mener surtout que l'auteur joue sur plusieurs tableaux à la fois entre le drame intimiste déchirant ces êtres en devenir et un background sombre faisant appel à des figures du fantastique le plus pur. Étrange mélange qui fonctionne à plein et qui trouve sa conclusion sur 40 pages finales haletantes qui réservent bien des surprises (surtout chez les lecteurs les moins confirmés, j'avais pour ma part deviné une ou deux choses...). L'effet est cependant garanti et on referme ce livre avec un sentiment de satisfaction certain.

Belle lecture que cet ouvrage que je ne peux que vous conseiller notamment pour ceux et celles qui voudraient essayer de faire davantage lire leur rebelle de canapé d'ado!

Posté par Mr K à 18:57 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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lundi 19 janvier 2015

"Les Fantômes d'Eden" de Patrick Bauwen

les fantômes d'edenL'histoire : Il était une fois, en Floride, cinq ados partis à l'aventure.
Ils vous feront rire. Pleurer. Frissonner.
Mais ce qu'ils affronteront les changera à jamais.
Et l'un d'eux sera assassiné.

C'est sur ce crime que j'enquête.
Parce que le mort, c'est moi.

La critique Nelfesque : Je n'avais jamais lu de roman de Patrick Bauwen jusqu'alors. Pourtant plébiscité par les critiques et les blogolecteurs notamment pour "L'Oeil de Caine" ou "Monster", bien m'en a pris de le découvrir avec ce présent ouvrage, "Les Fantômes d'Eden", pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur.

Celui ci reprend les personnages rencontrés dans "Monster", toutefois, il n'est pas utile d'avoir lu ce dernier car il s'agit d'une histoire complètement différente ou un focus est fait sur l'enfance des personnages.

Je suis friande de romans noirs ou thrillers ayant pour protagonistes des enfants. Entendons-nous bien, je ne parle pas des victimes (je ne suis pas une psychopathe, revenez !) mais de la genèse de folie meurtrière ou de justification de psychoses ayant pour source l'enfance. Avec "Les Fantômes d'Eden" j'ai été servi !

Nous suivons une bande de copains pré-ado dans une petite ville des Etats-Unis. Proche des Everglades, l'ambiance moite et mystérieuse est palpable au détour de chaque page. Cette petite bande vit des jours paisibles entre amourettes de mômes, aventures fantasmées, quiétude de l'enfance... jusqu'au jour où d'étranges rumeurs se répandent. Ils vont alors décidé de mener l'enquête et "Les Fantômes d'Eden" prend alors une délicieuse flagrance des "Goonies" ! Nous suivons ces 5 petits aventuriers en herbe avec beaucoup de plaisir et une certaine appréhension dans certaines situations. Retrouvant peu à peu nos propres souvenirs d'enfance, avancer avec ces nouveaux copains est un véritable plaisir de lecture.

Quelques dizaines d'année plus tard, l'un d'eux est retrouvé mort d'un infarctus au bord d'un lac. Commence un va et vient entre la période actuelle où tout ce petit monde est devenu adulte et les souvenirs d'enfance. Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils évolué ? Qui est prêt à aider qui ? Et surtout peut-on réellement se fier à ses amis d'hier ?

C'est Paul Becker, rencontré dans "Monster" pour ceux qui l'ont lu, qui est le personnage principal de l'histoire. Médecin à Eden, divorcé, profondément marqué par les évènements survenus dans le précédent roman et obèse, il décide de tout plaquer et de quitter sa ville natale sans laisser d'adresse. Croulant sous les dettes, cette fuite est pour lui sa seule façon de survivre et de reprendre sa vie en main. Oui mais voilà tout ne se passe pas comme il l'aurait voulu puisqu'un jour un mystérieux tueur se rend dans son chalet au bord du lac pour le liquider. Il reviendra alors à Eden sous une autre identité et métamorphosé pour assister à son enterrement et mener sa propre enquête.

Patrick Bauwen nous plonge ici dans l'Amérique des 70's. Pas celle des hippies et de la Guerre du Vietnam mais celle d'une petite ville de province, dans le bayou et par le prisme de l'enfance. Une ville lambda où vivent des enfants lambda mais pour autant une ville où les secrets de famille gangrènent les habitants. Dès les premières pages, on se prend d'affection pour le personnage de Paul et tout ce qui touche à son enfance est lu avec beaucoup d'intérêt. D'autant plus que la plume de Patrick Bauwen nous promène dans tous les sens du terme. Au fil de la lecture, les rues d'Eden n'ont plus de secrets pour le lecteur qui prend un réel plaisir à découvrir cette bourgade et s'imprègne de son atmosphère. Ce roman de plus de 600 pages est alors un vrai plaisir de lecture qui se savoure plus qu'il ne se dévore. Totalement dépaysant !

Chapitres courts, mise en perspective de la vie de Paul enfant et adulte, rythme indéniable, les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. "Les Fantômes d'Eden" est un page-turner certes mais bien différent de ce que l'on peut lire habituellement. Ici, l'enquête est haletante mais elle n'est pas seulement le but du roman (la fin est d'ailleurs un peu... trop !). Les pauses dans le récit pour retourner dans les années 70 sont autant attendues et il y a presque deux romans en un. A lire absolument ! Foi de dévoreuse de thrillers !

Egalement lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Oeil de Caine

Posté par Nelfe à 18:06 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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