jeudi 20 août 2015

"Les Assassins" de R. J. Ellory

AssassinsL'histoire : Sur 18.000 meurtres par an aux Etats-Unis, seulement 200 sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne pense à faire le lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et véritable encyclopédie vivante des serial killers, celui-ci découvre en effet qu'ils ont été commis à la date anniversaire d'un meurtre passé, oeuvre chaque fois d'un tueur en série célèbre, selon une procédure rigoureusement identique. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s'inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?

La critique Nelfesque : 2015 est un peu l'année Ellory ! Après l'édition française de son premier roman, "Papillon de nuit", il y a deux mois,  et avant la sortie en poche de "Les Neuf cercles" aux éditions Livre de Poche la semaine prochaine, c'est aujourd'hui que vous retrouvez en librairie son nouveau roman traduit en français, "Les Assassins". Vous connaissez mon amour immodéré pour cet auteur, ce n'est pas moi qui irait me plaindre ! Si vous ne vous êtes pas rués en librairie pour vous le procurer aujourd'hui, lisez bien ce qui suit. Vous risquez de ruminer toute la nuit afin d'être les premiers à la porte du libraire demain matin. Vous êtes prêts ? C'est parti !

Tout commence en 1984. John Costello a 16 ans et vit sa première histoire d'amour avec Nadia qu'il aime plus que tout. "Les Assasins" commence avec un amour adolescent, un de ces amours dont on garde une place toute particulière dans nos coeurs. John se rappellera toute sa vie de Nadia, de ses longs cheveux, de son côté artiste, de sa douceur et du marteau qui lui fracassa le crâne un soir de novembre.

32 ans plus tard, une adolescente est retrouvée dans un sous-bois, la tête enfoncée et le corps emballé dans du plastique. Quelques jours plus tard, 2 jeunes filles sont abattues par balles puis un jeune homme est retrouvé étranglé le visage d'un clown peint sur la figure... Les homicides sans lien évident entre eux se succèdent et plusieurs bureaux de police de New York planchent en parallèle sur ses affaires.

Irving, inspecteur à la quatrième division de la brigade criminelle, est un flic consciencieux et solitaire. Très vite il va se retrouver confronter à la plus grosse affaire de sa carrière. Un jeu de pistes macabre dont il ignore les règles. Aidé de Karen Langley, journaliste au New York City Herald et de John, aujourd'hui enquêteur spécialisé en affaires criminelles dans le même journal, il va mener l'enquête et essayer de démasquer ce tueur qui semble toujours avoir un coup d'avance.

Comme à son habitude, R. J. Ellory travaille à fond ses personnages, creusant au maximum leurs psychologies, leurs vies privées et leurs réactions pour nous les rendre humains et déclencher l'empathie chez ses lecteurs. Dans "Les Assassins", ce procédé fonctionne toujours à merveille. John Costello, personnage énigmatique et bourré de principes de vie étranges est difficile à cerner. Karen est une femme forte pleine d'humour et de dérision et ses échanges avec Irving sont savoureux, permettant ainsi de dédramatiser certaines situations. Irving quant à lui est un bourreau de travail, ne comptant pas ses heures, il va jusqu'au bout de ses forces pour résoudre ses enquêtes. L'ambiance est lourde, l'urgence est bien présente.

D'ordinaire plus versé dans le roman noir, Ellory nous livre ici un roman 100% thriller sans pour autant négliger ce qui fait sa marque de fabrique : une écriture finement ciselée, des personnages forts bien construits et des ambiances palpables et uniques. L'histoire est somme toute assez classique dans sa trame mais son traitement soigneux fait de ce roman un thriller qui sort du lot. Le lecteur vit l'urgence de l'enquête et les 40 dernières pages sont un véritable supplice pour les nerfs. Le coupable est là, à portée de main et la fin est à la hauteur du roman.

Loin de la facilité et du consensuel, R. J. Ellory nous livre ici encore avec "Les Assassins", un ouvrage de qualité qui restera dans l'esprit des lecteurs comme un page-turner intelligent et rudement bien construit. Je vous conseille vivement de vous le procurer au plus vite !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Seul le silence"
- "Les Anonymes"
- "Vendetta"
- "Les Anges de New-York"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Neuf cercles"
- "Papillon de nuit"

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mardi 18 août 2015

"Cette nuit-là" de Linwood Barclay

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L'histoire: "Vous vous réveillez un matin, la maison est vide, votre famille a disparu ..." Cynthia a quatorze ans. Elle a fait le mur pour la première fois, telle une adolescente rebelle devant l'autorité familiale. Sauf que, le lendemain, plus aucune trace de ses parents et de son petit frère. Et aucun indice. Vingt-cinq ans plus tard, elle n'en sait toujours pas davantage. Jusqu'à ce qu'un coup de téléphone fasse resurgir le passé...

La critique de Mr K: Moins adepte que Nelfe en la matière, j'aime revenir au thriller de temps à autre, surtout l'été, période qui se prête bien à la lecture de page-turner à suspens. Cette nuit-là de Linwood Barclay est depuis déjà un petit bout de temps dans ma PAL que je tente désespérément de réduire depuis un certain temps et son histoire intrigante convenait parfaitement. Ce fut une lecture rapide et enthousiasmante dans son ensemble.

Dans le prologue, on suit la fameuse nuit évoquée dans le titre à travers les yeux de Cynthia qui se réveille le lendemain seule chez elle, ses parents et son frère ayant disparu. Puis, bond dans le temps et l'histoire commence vraiment 25 ans après les faits et c'est à travers le point de vue de son mari Terry que nous allons assister à la résurgence du passé qui peu à peu va pervertir l'équilibre retrouvé par Cynthia. Mystérieux coups de téléphone, objet ressurgi du passé, balai inquiétant d'une voiture, puis des choses bien plus graves s'abattent sur un couple qui ne veut que vivre une vie tranquille. C'est seulement après moultes rebondissements que le lecteur découvre le fin mot de l'histoire et sait exactement ce qu'il s'est passé cette nuit là.

Ce que j'attends d'un thriller est simple: une bonne intrigue, des personnages attachants et si possible une belle écriture qui puisse faire sortir l'ouvrage des sentiers battus (Nelfe me dit que ce n'est pas forcément évident à trouver dans ce genre). Pour les deux premières exigences, j'ai été plutôt comblé, moins par la dernière.

Très vite on s'attache à Terry, professeur de lycée difficile épris de son métier et de sa petite famille. Il nous narre la première rencontre avec Cynthia, la difficile approche, l'apprivoisement puis l'amour indéfectible. La naissance de la petite Grace apporte la cerise sur le gâteau de ce bonheur encore jeune. Mais les vieux démons de Cynthia ressurgissent et la transforment en maman ultra-protectrice qui n'a qu'une peur: perdre à nouveau les êtres qui comptent le plus à son cœur. Le lecteur assiste impuissant, comme le mari déboussolé, à la dérive de Cynthia que les récents événements font basculer dans la paranoïa et la méfiance. C'est avec justesse et à propos que Barclay tisse les liens changeants de cette famille avec un père aimant qui fait tout pour aider sa femme dans cette épreuve, une femme aux abois que le passé rattrape et une petite fille que tout cela perturbe énormément.

La menace est invisible, sournoise. Malgré l'appui d'amis de la famille et de la tante de Cynthia, l'étau se resserre. Les nerfs lâchent et les cadavres s'accumulent. Les pistes se multiplient et on se surprend à envisager les hypothèses les plus farfelues ou délirantes tant le jeu de piste est ouvert et les fausse directions légion. J'ai pour ma part deviné le dénouement dans les 2/3 du roman, il est réussi et complet, d'une logique aussi terrible que tragique. On passe donc un bon moment de stress avec des fins de chapitres qui envoient du bois et poussent le lecteur captivé à continuer sa lecture malgré parfois l'heure tardive (j'ai lu ce roman en deux jours tant je voulais découvrir la fin).

Seuls bémols à cette belle découverte, une écriture sans surprise et plutôt banale, et aussi beaucoup de délayage qui me fait dire que l'auteur aurait pu raccourcir certains passages pas forcément essentiels à l'architecture globale de l'histoire. Reste cependant un thriller sympathique et bien construit qui réserve son lot de surprises. C'est déjà pas mal!

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mardi 21 juillet 2015

"La Machine" de René Belletto

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L'histoire: Léonard attendrait que sa mère soit couchée pour la tuer.
Il la tuerait dans son lit.
Bientôt…

La critique de Mr K: Lors d'une énième déambulation chez l'abbé, je tombai inopinément sur La Machine. Le titre m'accrochait l’œil et d'un coup m'est revenu à l'esprit le film éponyme de François Dupeyron, thriller effroyable avec Gérard Depardieu et Didier Bourdon (dans son premier rôle non comique) qui m'avait bien marqué à l'époque. Je décidai donc de tenter l'expérience et il ne m'a pas fallu longtemps pour commencer ma lecture. Bien m'en a pris tant l'ouvrage va encore plus loin dans le suspens et l'horreur. Attention! Âmes sensibles s'abstenir!

Marc Lacroix a tout pour lui: un métier qu'il adore (psychiatre et chercheur), une belle maison, une famille qui l'aime et une maîtresse ardente. Il poursuit en secret un rêve fou qui révolutionnerait la médecine à travers la construction d'une machine dans la cave de la maison de ses parents. Après un test réussi sur deux chiens, il veut tenter l'expérience sur lui-même et Michel Zyto, un dangereux sociopathe tueur de femmes qu'il suit depuis un certain temps et avec qui il a lié un rapport particulier entre praticien et confident. Ce qui devait s'apparenter à un simple transfert momentané d'esprit d'un cerveau à un autre vire à la catastrophe quand les deux hommes se réveillent dans le corps de l'autre. La mécanique infernale peut alors s'emballer…

Ce fut une lecture éclair tant on est happé par le roman dès le premier chapitre qui commence par les fameuses phrases de la quatrième de couverture. L'auteur prend d'abord son temps en posant consciencieusement les bases du drame qui va se jouer. On suit de chapitre en chapitre la vie du docteur Lacroix qui partage son temps entre son travail, sa maîtresse et sa famille qu'il a tendance à délaisser. Le personnage n'est pas forcément des plus agréables et son caractère d'apprenti sorcier est plutôt inquiétant. En parallèle, nous rentrons dans la tête de Michel Zyto, criminel enfermé en asile psychiatrique complètement siphonné, abruti par les cachets et qui vénère la docteur Lacroix qui semble si bon avec lui. On fait aussi la connaissance de Marianne la comédienne de maîtresse de Marc qui s'enflamme pour son si intelligent amant, de Marie et Léonard femme et fils de Marc, de Marie-Thérèse et Martial couple ami des Lacroix. Puis vient l'expérience…

À partir de là tout bascule. Tous les éléments disséminés depuis le début du roman s’emboîtent parfaitement, s'entrechoquent pour être mieux dynamités. Les liaisons et relations décrites sont méthodiquement détruites par les événements à venir. Le psy se retrouve enfermé, le sociopathe en liberté! Inutile de vous dire que les conséquences sont épouvantables, les barrières de la morale sont repoussées frontalement avec un Michel Zyto qui se sent tout puissant et qui va libérer ses pulsions. Tout est relaté cependant avec une grande finesse, de manière constructive et sans voyeurisme malsain. Bien que choquant dans son développement, le roman sait garder sa qualité littéraire ménageant un suspens implacable, des retournements de situation assez incroyable qui fait sortir définitivement ce récit des sentiers battus.

On côtoie la folie à l'état pure au détour de la description des états d'âme de Zyto, on assiste impuissant au lent naufrage du docteur et à la destruction de sa famille et de ses relations. On a des hauts le cœur, des frissons mais comme hypnotisés, on ne peut s'empêcher de continuer la lecture qui s'apparente plus que jamais à une descente aux enfers dans ce que l'homme peut commettre de plus vil. L'écriture est nerveuse, non dénuée de nuance avec des portraits et des caractérisation de personnages d'une rare exactitude et un scénario vraiment diabolique. On ne tombe pas dans le manichéisme non plus avec des personnages qui chacun ont leur part d'ombre, on se prend même à éprouver un semblant de compassion pour le fou furieux en début de lecture quand on se rend compte qu'il ne contrôle finalement pas grand chose dans sa vie. Je vous assure qu'on change d'avis en fin de roman!

Une bien bonne lecture que ce roman sans temps morts qui explore notre part sombre et s'attaque à tous les piliers de notre morale. Si vous aimez être bousculés, vous ne pouvez pas passer à côté!

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dimanche 19 juillet 2015

"Les Vacances d'un serial killer" de Nadine Monfils

vacanesserialkillerL'histoire : Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en villégiature à la mer du Nord. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce, entre farniente à la plage et shopping dans la station balnéaire. Les enfants, Steven et Lourdes, emportent leur caméra pour immortaliser ces vacances tant attendues. Quant à la mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane.

Mais le voyage commence mal ! Un motard pique le sac de Josette à un carrefour et s’enfuit. Furieux, Alfonse s’arrête dans un snack pour s’enfiler une bière pendant que les deux ados, avec leur manie de tout filmer, s’amusent à planquer leur caméra dans les toilettes, histoire de recueillir quelques images truculentes. La famille Destrooper reprend finalement la route. À l’arrière de la voiture, les ados visionnent tranquillement leur vidéo. Quand, soudain, ils découvrent à l’écran le cadavre du motard gisant sur le sol des toilettes du restoroute ! Et, pour couronner le tout, la magnifique pension dans laquelle les Destrooper ont prévu de séjourner est un rade pourri. Les vacances en enfer ne font que commencer…

La critique Nelfesque : "Les Vacances d'un serial killer" est une lecture de saison ! J'avais envie d'un roman original et décoiffant et je peux dire que je n'ai pas été déçue. Mais comment l'être d'un ouvrage qui commence par la citation suivante : "Non, mais laissez-moi manger ma banane, tout nu sur la plage" de Philippe Katerine. Perso, je démarre ma lecture sereinement !

La famille Destrooper est sans doute une proche parente des Bidochon tant leurs façons d'être, leurs comportements et leurs modes de vie sont semblables. Très populaire et poussée à l'extrême, elle serait également la candidate idéale pour un épisode de "Confessions intimes". L'histoire se déroule en Belgique, la Belgique profonde et caricaturale, celle de la misère sociale, de la simplicité d'esprit et du côté beauf. Je ne veux pas me mettre à dos nos lecteurs belges, il s'agit bien ici d'une parodie. Ne vous offusquez donc pas, et mieux encore, riez en avec Nadine Monfils, elle-même belge, qui a beaucoup d'humour et un regard décalé sur ses concitoyens.

Alfonse, dit Fonske, est un fondu de tuning et des chansons à texte de Sheila. Sa femme, Josette, s'abreuve de magazines people tandis que leurs enfants, Steven et Lourdes, en référence à Steven Seagal l'idole de sa mère et la fille de Madonna, rêvent d'être stars de cinéma. Vous voyez un peu le tableau ! Et puis, il y a Mémé ! La célèbre Mémé Cornemuse qui apparaît souvent dans les romans de l'auteure. Un mythe à elle toute seule, un poème de chaque instant et une gouaille à décorner les boeufs.

"Les Vacances d'un serial killer" commence par le départ en voiture de cette joyeuse bande vers leur lieu de villégiature, la pension des "Mouettes rieuses". Cet havre de paix n'est en fait qu'un taudis au milieu des ordures à quelques kilomètres de la dépaysante Mer du Nord. Pour le côté paradisiaque, on repassera.

Quiproquos et concours de circonstances sont légion entre ces pages. Ne vous attendez pas à un roman vraisemblable, ici rien ne l'est ! Entre la découverte d'un cadavre dans les toilettes d'un restoroute, les prouesses sexuelles de Mémé, les travelos de bars PMU type Groland, la lecture des numéros du loto dans une boule de cristal... Nadine Monfils nous offre un roman complètement déjanté et toujours dans l'absurde. Un moment de pure délire et de plaisir pour qui accepte de se laisser porter par un style d'écriture très familier, voir vulgaire diront certains, mais qui colle parfaitement à l'ambiance du roman. Le soucis du détail, la crédibilité de l'ensemble (malgré le côté farfelu), Nadine Monfils va au bout de son idée et cela passe aussi par le florissant jargon belge.

On rit du début à la fin, on est fasciné par les aventures des Destrooper avec un petit côté voyeuriste qui nous fait honte mais nous distrait et finalement on s'attache à cette famille d'éclopés que l'on ne voudrait certainement pas avoir dans nos rangs mais qui est tout de même émouvante. L'épilogue enfonce le clou et prouve au lecteur, si il ne l'avait pas compris et s'était mépris sur les intention de l'auteure, que Nadine Monfils pose un regard tendre et sensible sur ses personnages. Une lecture détente que je vous conseille grandement ! De mon côté, je vais me procurer la suite au plus vite !

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J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.

vendredi 17 juillet 2015

"Tu me plais" de Jacques Expert

expertL'histoire : Quand, par une succession de hasards, Vincent se retrouve assis face à Stéphanie sur la ligne 1 du métro parisien, la scène a tout d’une belle rencontre. La jeune femme tombe immédiatement sous son charme ; lui, semble fasciné par le galbe et la finesse de son cou. Mais ce coup de foudre pourrait bien se révéler fatal... Car, sous ses airs enjôleurs, Vincent dissimule de terrifiantes pulsions. Hasard de l’existence ou force du destin, comment sauver Stéphanie des griffes de ce funeste séducteur ?

La critique Nelfesque : "Tu me plais" est le dernier roman de Jacques Expert sorti directement en poche. Un petit plaisir d'été, inédit, court et à moindre coût. 

Ce roman est une course. Course contre la montre pour la police qui se lance à la poursuite d'un criminel semant la terreur dans les rues parisiennes en égorgeant ses victimes, de belles jeunes femmes dans la fleur de l'âge. Course également pour Vincent, beau gosse séducteur et enjôleur, qui vient de jeter son dévolu sur Stéphanie, assise juste en face de lui dans ce wagon de métro.

Ligne 1, Les Sablons - Saint-Mandé, 20 stations de métro, 35 minutes de trajet. Le lecteur est alors embarqué dans une histoire courte (185 pages) mais intense. Tour à tour, nous faisons la connaissance de Vincent, son passé et ses pensées et Stéphanie, étudiante ayant le malheur de se retrouver sur son chemin. 

Avec un style d'écriture efficace et allant droit au but, ce roman se lit d'une traite. Ayant été parisienne pendant plusieurs années, j'ai vécu littéralement ce parcours, voyant chaque station défilée, sachant exactement où on était et combien de temps nous séparait de l'ultime station. J'ai tremblé pour Stéphanie, pesté contre Vincent, croisé les doigts pour que tout s'arrange avant la fin tout en redoutant une happy end (oui, j'avoue, je suis un peu tordue et adore les thrillers qui vont au bout de leurs concepts). Je ne dévoilerai pas les dernières pages, les dernières lignes, mais sachez que je n'ai pas été déçue ! Ca défouraille sec chez Expert et le tiédasse n'est pas au menu de cet inédit. 

Pour autant, "Tu me plais" n'est pas exempt de défauts. Le principal qui m'a presque fait lâcher mon bouquin et qui m'a agacée au plus haut point, c'est ce cumul de previews comme des teasers en italique, que l'auteur nous inflige en fin de chapitre ou parfois en plein milieu. "Tout aurait pu se terminer ainsi, sur ce charmant et doux "merci". Non, deux stations plus tard, entre Champs-Elysées-Clemenceau et Concorde, ils échangeront leurs prénoms". Non sans blague !? Et on aurait pas pu l'apprendre par nous même le moment venu ? J'avoue ne pas avoir bien saisi l'utilité de ces incursions qui cassent plus le rythme qu'autre chose et agacent beaucoup. Une économie de plusieurs pages aurait ainsi pu être faite.

Au final, "Tu me plais" est un roman à lire pour passer par toutes les émotions en un temps record ! Parfait pour la plage ou un court voyage en train, il n'est cependant pas à commencer avant de dormir sous peine de voir son heure de sommeil fortement retardée. Efficace et plaisant pour qui aime les histoires sanguinolentes, il remplit son contrat, celui de nous effrayer.

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samedi 27 juin 2015

"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond" de Serge Brussolo

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L'histoire: Femme scaphandrier, Lize Unke appartient à la brigade de police fluviale chargée d’enquêter sur la catastrophe du métro englouti. Qu’est-il réellement arrivé, ce jour-là, quand le plafond du tunnel a crevé, laissant le fleuve s’engouffrer dans le réseau souterrain pour noyer des kilomètres de galeries, de rames… et des milliers d’usagers?

Bien des années ont passé depuis le drame, mais l’énigme reste entière. On parle de survivants, prisonniers de poches d’air. Des survivants qui connaîtraient la vérité… mais que personne ne semble pressé de ramener à la surface. La solution du mystère est là, quelque part dans le labyrinthe des tunnels inondés. Lize, qui a perdu sa jeune sœur dans la catastrophe, s’est donné pour mission de faire la lumière sur cette étrange histoire. Décision imprudente s’il en est, car quoi de plus vulnérable qu’un scaphandrier perdu sous les eaux !

La critique de Mr K: Un petit Brussolo de plus à mon actif aujourd'hui avec une fois de plus une tentation initiée par un pitch assez incroyable de métropolitain englouti suite à une catastrophe où des personnes survivraient en dehors de toute logique. Avouez que ça intrigue, on n'est pas déçu au fil de la lecture avec des révélations et des retournements de situations comme Brussolo sait le faire quand il est en forme!

L'héroïne est policière dans la brigade des scaphandriers. Évoluant dans un milieu machiste, elle n'est pas séduisante (elle fait "homme" comme se plaisent à lui dire ses collègues) et elle court après un rêve impossible: retrouver sa petite sœur qui aurait disparu dans la fameuse catastrophe. On sent une pointe de culpabilité chez elle envers cette sœur un peu bohème qui avait clairement la préférence de ses parents bourgeois qui ont vu d'un mauvais œil leur fille aînée rentrer dans les forces de l'ordre. Toute la psychologie, et notamment le rapport à son passé, est très bien rendue et renforce l'empathie que l'on peut ressentir pour Lize. Elle va rencontrer Gudrun, une junky avec qui sa sœur a vécu ses derniers mois avant sa disparition. Un lien spécial va se nouer entre eux et cela l'aidera à progresser dans son enquête.

En parallèle, on suit les expéditions successives des scaphandriers dans le métro englouti. Mystérieusement les corps des victimes sont intacts, ne pourrissent pas. La brigade est chargée de récupérer les papiers des morts pour les enregistrer officiellement dans l'état civil, elle fournit aussi de la nourriture à d'hypothétiques survivants qui vivraient encore grâce à des poches d'air disséminées sur des dizaines de kilomètres de réseaux de tunnels. Peu à peu, des questions se pressent dans l'esprit du lecteur. Quelle est l'origine du phénomène qui empêche les corps de se décomposer? Les survivants existent-ils vraiment? Qui ou quoi est à l'origine de la catastrophe? Les choses se complexifient et lors d'un ultime voyage dans les sous-sols, l'héroïne lèvera le voile de la vérité et tentera de la rapporter avec elle.

L'action se déroule dans un pays non précisé où la langue allemande influence les noms propres (voir les noms de stations du métro), l'époque est, elle aussi, floue, le récit pouvant se dérouler aujourd'hui comme dans un passé ou un futur proche. L'impression d'étrangeté dans le domaine ne fait que grandir durant toute la lecture. On n'a pas vraiment de concret à quoi se raccrocher, on navigue à vue et on ressent une certaine claustrophobie lors des plongées en scaphandre. J'ai adoré notamment les passages se déroulant sous l'eau et au-delà qui combinent l'aventure et l'angoisse, l'auteur se démarquant nettement dans sa capacité à décrire les émotions et sensations ressenties par l'héroïne lors de ses découvertes successives. Étrange ambiance vraiment qui règne dans cet ouvrage qui mêle habilement quête personnelle, SF larvée et suspens. Le mélange fonctionne à plein et il est une fois de plus impossible de relâcher l’ouvrage avant le mot fin.

On retrouve, dans La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond, le sens du récit et du dosage cher à Brussolo avec un petit plus ici en la personne de l'héroïne que j'ai trouvé différente, touchante et très humaine. Confrontée à des choses qui la dépasse, victime de son passé et forcée d'aller de l'avant, la fin vient cueillir le lecteur entre le soulagement de savoir le fin mot de l'histoire et un dénouement très sombre versant le roman définitivement dans le roman noir. Une belle expérience de plus à mon actif avec cet auteur qui décidément n'arrête pas de me surprendre.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
- "La Fille de la nuit"

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samedi 20 juin 2015

"L'Épée de Darwin" de Dan Simmons

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L'histoire: "Le problème, quand on est expert en reconstitution d'accidents, se dit-il en faisant un débrayage pour négocier sans problème un virage coupé en accélérant de nouveau à fond, c'est que pratiquement à chaque kilomètre de chaque foutue route que l'on prend, il y a le souvenir d'une erreur stupide qui a coûté la vie à qu'un".

L'appel est tombé en pleine nuit. La voix est nette. "Un accident comme ça, on n'en a jamais vu. On ne sait même pas s'il s'agit d'une seule voiture ou de plusieurs, ou s'il s'agit d'un avion, ou d'un putain d'ovni".

Darwin Minor, docteur en physique, en a déjà vu de la tôle fondue. La mort donnée en ligne droite, crimes ou accidents, négligence ou lâcheté... Il connaît ça par cœur.

Mais là, il ne comprend pas.

La critique de Mr K: Retour à un auteur que j'apprécie tout particulièrement aujourd'hui avec cet ouvrage de Dan Simmons à classer dans la catégorie policier-thriller. Rappelons que cet écrivain s'est fait une place de choix au rayon SF chez nous avec notamment la série des Hypérion, Endymion mais aussi L'Échiquier du mal (lus avant la naissance du blog). Le dyptique Ilium et Olympos m'avait lui aussi séduit comme vous pourrez le vérifier en allant compulser les liens présents en fin de post. Il m'avait aussi bien plu quand il s'attaquait au récit de voyage teinté de fantastique dans l'inoubliable Terreur. Bref, il me tardait de m'attaquer à L'Épée de Darwin qui proposait une quatrième de couverture intrigante et riche en promesses. Au final, une lecture que je caractériserai de très moyenne et de dispensable.

Darwin Minor, ex-sniper du corps des Marines s'est reconverti en expert en accident. Il en a vu de belles entre drames familiaux, erreurs fatales et arnaques aux assurances. Une nuit pourtant son destin va basculer quand il va recevoir un coup de fil de son employeur et ami qui lui dit de venir de suite. Une fois sur place, il va découvrir une scène défiant toute logique. Ce n'est que le point de départ d'une histoire qui va très vite prendre de l'ampleur, mettant en cause nombre de puissants et d'intérêts étrangers où manipulations et pots de vins sont des modes de fonctionnement courants. Minor devient très vite un grain de sable bien gênant qu'il va falloir éliminer.

Autant vous le dire de suite, le début est très lent. Simmons prend son temps pour installer son histoire et s'attarde beaucoup sur ses protagonistes dont il se plaît à décrire les fêlures et le passé. Il faut donc s'armer de patience pour en savoir plus sur le mystérieux accident et ce qu'il implique. Comme à son habitude, l'auteur soigne ses personnages n'hésitant pas à aller loin dans la description de leurs états d'âmes et leur manière de penser / réagir. Pour autant, j'ai trouvé qu'il y avait quelques redites par rapport à ces précédents ouvrages et même si l'ensemble est réussi, l'effet de surprise n'était pas là au niveau du déroulé des relations entre les différentes figures tutélaires de cet ouvrage. Beaucoup de stéréotypes, de situations convenues et un héros qui a toutes les qualités qui le rend quasiment non-humain, trop parfait. Nous en apprenons cependant un peu plus sur le métier d'expert en accident avec notamment les techniques employées pour les observations et une sacrée dose d’anecdotes allant du truculent au tragique.

Puis l'intrigue s'accélère d'un coup. La menace se précise, les ramifications de l'affaire commencent à se démêler et c'est quasiment l'enfer sur Terre qui se déchaîne! Les victimes s'accumulent, l'étau se resserre autour de Darwin et malgré la mise en place d'une équipe enquêtrice hors norme (police des routes, LAPD - Los Angeles Police Department -, FBI), les vilains semblent pouvoir échapper à toute forme de justice. Politiciens corrompus, justice à deux vitesses, réfugiés manipulés, passeurs sans âme et même mafia étrangère se partagent les rôles dans un déluge de perversité et de sang. Au bout d'un moment, l'ensemble a un côté too much qui frise le ridicule comme si Dan Simmons avait voulu condenser tout plein d'éléments différents dans la même histoire. Vraiment dommage quand on connaît ses talents d'écrivain. La fin se termine comme on l'avait deviné sans soubresauts et dans une logique purement ricaine, sans vague ni fracas, à la manière d'un jeu vidéo où l'on doit affronter le big boss final. La scène est d'ailleurs plutôt ratée dans le genre.

Plus de 600 pages pour cela c'est vraiment décevant surtout que Simmons aurait pu élaguer son roman notamment en ce qui concerne les interminables descriptions d'armes qui n'ont qu'un intérêt minime et m'ont gavé (à la fin je lisais en crabe ces passages). C'est bien écrit mais il délaie beaucoup jusqu'à la nausée parfois. On ne s'ennuie pas mais on ne se passionne pas non plus, tant on a le sentiment d'avoir déjà lu la même chose de manière plus efficace et talentueuse. Ma déception est donc vraiment grande, c'est en tout les cas la première avec cet auteur. Je ferai plus attention la prochaine fois...

Lus et chroniqués du même auteur:
Ilium
Olympos
Terreur
L'Homme nu
- Les Chiens de l'hiver

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lundi 8 juin 2015

"La Fille du train" de Paula Hawkins

la fille du trainL'histoire : Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu...

La critique Nelfesque : Vous connaissez mon amour immodéré pour les éditions Sonatine dont le catalogue ne m'a que très peu déçue par le passé. Je ne rechigne jamais à parcourir les pages des romans qu'ils proposent et lorsqu'il s'agit d'un premier ouvrage, comme c'est le cas ici pour Paula Hawkins, je suis doublement curieuse. Comme si cela ne suffisait pas, les droits de ce dernier ont été vendu à Spielberg qui souhaite en faire une adaptation cinématographique. Que demander de plus pour attiser ma curiosité ?

A la lecture de la 4ème de couverture, rien de phénoménal, rien d'extraordinaire. Une femme qui prend son train de banlieue tous les jours pour aller travailler, on en voit quotidiennement. Cela peut être vous et moi d'ailleurs. Laisser son regard divaguer sur le paysage offert par la fenêtre, rien de plus banal. S'attarder sur des détails et en faire des points de repères dans ses voyages répétés, idem. C'est là où réside toute la force de ce thriller psychologique : partir d'une action aussi anodine qu'une femme parcourant son trajet maison / lieu de travail et écrire un page turner des plus efficaces.

"La Fille du train" est un roman addictif. Une fois commencé, il est difficile de le reposer. Le lecteur est complètement happé par sa structure répétitive comme par le roulis du train. Nous suivons alternativement le quotidien de 3 femmes : Rachel, la fille du train, Megan aka Jess, la jeune femme portée disparue avant sa disparition, et Anna la nouvelle femme dans la vie de l'ex mari de Rachel.

Par petites touches, l'auteur va dérouler leurs histoires et nous distiller des informations formant un grand puzzle qui ne révélera son secret qu'à la toute fin du roman. En ce qui me concerne, j'ai commencé à émettre de sérieux doutes à la mi-roman mais le mystère peut demeurer entier très longtemps si vous n'êtes pas de gros "consommateurs" de thriller. Pour autant, cela n'a pas entacher mon plaisir de lecture et j'ai tout de même savouré le final comme il se doit.

Côté écriture, ce roman ne casse pas des briques mais ses personnages sont là pour relever ce qui pourrait être une faiblesse et faire de ce premier roman, une réussite. "La Fille du train" n'est pas sans rappeler "Robe de marié" de Pierre Lemaitre ou "Avant d'aller dormir" de Steve Watson. En effet, Rachel souffre d'alcoolisme et la nuit de la disparition de Megan est pour elle un grand trou noir. Persuadée de détenir la clé du mystère, peu crédible pour la police du fait de son problème de boisson mais déterminée à démasquer le coupable, Rachel va revenir inlassablement sur ses bribes de souvenirs, sur ses convictions, ses intuitions. Le lecteur quant à lui navigue entre doutes et certitudes la concernant. Le personnage de Rachel est très bien construit et nous éprouvons tour à tour pour elle de l'empathie et de la répulsion. L'auteure nous balade avec brio et tant que toute la lumière ne sera pas faite sur cette histoire, la lecture devra se poursuivre. Attention, l'insomnie vous guette ! Rachel est un personnage très attachant et sa volonté de bien faire et d'élucider le mystère de la disparition de Megan, coûte que coûte, quelqu'en soit l'issue, est louable et démontre une force de caractère qu'elle croit avoir perdu.

Sans éclats de voix, à partir d'une histoire banale, Paula Hawkins réussit à nous captiver par le quotidien et la vie privée de ses personnages. Une fuite en avant et une quête de la vérité qui font de ce roman un ouvrage efficace et prenant. On parle beaucoup de "La Fille du train" en ce moment et ce n'est pas pour rien. Désormais, vous ne voyagerez plus de ma même façon...

 

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jeudi 14 mai 2015

"Black cocaïne" de Laurent Guillaume

black cocaineL'histoire : Viré des stups en France, Solo vivote comme détective à Bamako, capitale du Mali, en noyant ses souvenirs dans l'alcool. Une jeune touriste, qu'il avait aidée à sortir de la prison où elle croupissait pour trafic de cocaïne, est retrouvée égorgée. Solo veut comprendre pourquoi, comme il veut comprendre pour quelle raison quelqu'un s'attaque à ses proches. Tandis que les cadavres se multiplient, il se lance à la poursuite des assassins à travers ce pays de chaleur, de poussière et de violence...

La critique Nelfesque : J'ai découvert Laurent Guillaume en 2012 avec "Mako". Ancien flic lui-même, l'auteur a été commandant d'une unité anticriminalité et, après un passage aux stups, est parti au Mali dans le cadre de la coopération pour les affaires de stupéfiants. Autant dire qu'il sait de quoi il parle !

"Black cocaïne" est le fruit de son expérience au Mali. L'auteur s'est nourri de celle-ci pour construire une histoire qui sent la poudre, la corruption et la chaleur africaine. Très bon pour mettre en place une ambiance, le lecteur se retrouve tout de suite immergé dans la chaleur et la moiteur malienne. Ca transpire, ça brûle, ça colle. On y est.

L'histoire en elle-même est classique. Une touriste française se retrouve épinglée à la frontière, en possession d'une valise de cocaïne. De son côté, elle n'était bien sûr pas au courant de ce qu'elle transportait et se retrouve jetée en cage, dans la cours de la prison, en plein cagnard. Sa soeur aînée vient donc lui apporter son aide et pour cela embauche Solo, un privé alcoolique au passé sulfureux.

Très vite le scénario se met en place. Très cinématographique, le roman s'avale à grande vitesse. Le lecteur n'a pas le temps de respirer. Bahia, la jeune prisonnière est libérée et assassinée, les morts s'accumulent autour de Solo et il n'est plus question pour lui de contrat mais d'une véritable histoire personnelle.

Commence alors une course contre la montre, un road trip à travers le Mali à la poursuite des narcotrafiquants et la valse des personnes influentes du pays. Tous plus corrompus les uns que les autres, dans un Mali où tout se vend et tout s'achète, difficile de faire régner la justice. Sinon celles des armes et du sang.

"Black cocaïne" est un polar classique. Sans réelle accroche, si ce n'est le personnage de Solo intéressant par son côté borderline (mais tellement vu et revu dans le genre), ce roman se lit très vite avec curiosité mais sans pour autant crier au génie. Un bon moment de lecture pour qui dévore les bouquins et ne compte pas ses heures. Pour les plus exigeants, vous pouvez passer votre chemin.

J'ai lu ce roman dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Editions Folio. Merci à eux ! Il a également fait l'objet d'une lecture commune avec ma copinaute faurelix dont je vous laisse découvrir l'avis dans les prochains jours.

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dimanche 10 mai 2015

"Rémanence" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

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L'histoire: Comment grandir quand on a connu l'horreur? Il y a 15 ans, deux enfants s'échappaient des geôles du plus dangereux des criminels qui disparaissent après avoir mis la France à feu et à sang. Clara et Louis sont aujourd'hui adultes mais le vernis de leur existence se fissure. L'emprise de Kurtz a profondément gangrené leurs esprits. Insidieusement, le chaos s'installe. Les voix de l'ombre se font entendre à nouveau.
"Je devrais arrêter de répondre au téléphone. Ce serait plus sage. Je devrais mais je je n'y arrive pas. Pas même à débrancher la prise. Je prends un Stilnox pour ne pas entendre la sonnerie. Les fantômes, ça ne téléphone pas".

La critique de Mr K: Rémanence fait écho à la trilogie des Voies de l'ombre que j'avais bien aimé lors de ma lecture (voir le lien vers les trois tomes en fin de post). Ça faisait déjà un petit bout de temps qu'il me faisait de l’œil mais ma PAL est tellement expansive qu'il s'est perdu au milieu des autres ouvrages. C'est en préparant ma cargaison de livres pour mes vacances pétrocoriennes de Pâques que je décidai de l'emporter avec moi. Bien m'en a pris, ce fut une lecture rapide et plaisante au possible.

Deux enfants ont échappé à l'horreur voilà quatorze ans. L'ouvrage commence le jour du mariage de Clara. Après avoir été placée dans une famille d'accueil qui l'a reconstruite comme elle peut, elle a rencontré Édouard (un riche héritier) et s'apprête à faire le grand saut. C'est ce jour précis que Louis (alias Milan) décide de refaire surface dans sa vie. Cela la bouleverse et va la replonger dans un passé qu'elle pensait avoir évacué totalement. Le jeune homme n'a pas eu sa chance d'être suivi, aimé et éduqué comme elle... Il va l'entraîner sur la mauvaise pente. Les farces et bêtises d'adolescents vont bientôt prendre des proportions bien plus graves...

On retrouve d'entrée de jeu la tension omniprésente des tomes précédents. Kurtz a disparu, la France semble avoir retrouvé sa sérénité mais on sent que Clara se cache derrière une image qu'elle s'est forgée. Vit-elle vraiment sa vie? En réapparaissant dans son existence, Louis change toute la donne. Et de chapitre court en chapitre court, on passe d'un personnage à l'autre, les auteurs se gardant bien de nous livrer tous les éléments de compréhension. On nage en eaux troubles surtout que Clara, son père et Louis sont perturbés et ne perçoivent pas les événements comme le commun des mortels. Folie paranoïaque, cocktails médicamenteux, menace insidieuse, autant d'éléments qui font planer une épée au dessus des principaux protagonistes qui semblent se dépatouiller comme ils peuvent dans une toile d'araignée qui semble se resserrer autour d'eux. C'est assez angoissant et bien rendu, on a le ventre qui se tord au fil du déroulé du récit entre crimes, vendetta et révélations nombreuses.

Pour autant, on ne s'attache pas vraiment aux personnages. C'est loin d'être une critique car même si par moment on se rapproche d'eux, un élément répulsif nous est asséné dans les pages qui suivent. Chaque protagoniste a donc un côté attachant (la douleur du père qui a perdu toute relation de confiance avec sa fille, les victimes qui n'arrivent pas à se remettre des traumatismes du passé) et ses zones d'ombre (en chacun réside une part de violence pulsionnelle qu'il ne peut contrôler). Et puis, Kurtz et ses enseignements déviants sont toujours présents. De façon indirecte, via des flashbacks, des mises en relation, l'ogre est toujours en vie et pèse de tout son poids sur les pensées et les actes des deux jeunes gens. Cela fait froid dans le dos et cet aspect destinée fatale, les conséquences d'un embrigadement fascisant sur des esprits jeunes et/ou faibles est très très bien rendu, tout en finesse et sans exagération. Un très bon point pour les auteurs qui fournissent ici un thriller page-turner de très bonne facture, efficace et addictif. À lire absolument si la trilogie des Voies de l'ombre vous a plu.

Déjà chroniqués des mêmes auteurs, série des Voies de l'ombre:
- Prédation
- Stigmate
- Instinct