vendredi 8 juillet 2016

"Les Morsures du passé" de Lisa Gardner

Morsures du passé L'histoire : Dans la pièce, cinq corps. Ceux des membres d'une même famille. Une balle dans la tête, le père respire encore faiblement. De toute évidence, cet homme couvert de dettes a décidé d'assassiner les siens avant de se donner la mort. Appelée sur les lieux, l'enquêtrice D. D. Warren comprend immédiatement que l'affaire est plus compliquée qu'il n'y paraît : sur la table du dîner, six couverts avaient été dressés...

La critique de Mr K : Lisa Gardner et moi, c'est une grande histoire d'amour avec ses hauts et ses bas. Je suis sévère, en fait je n'ai été déçu qu'une fois. J'aime beaucoup son écriture, sa science du suspens et le côté tordu des personnages en présence. Et puis, au fil de mes lectures, je me suis attaché à D.D. Warren, son enquêtrice de choc et de charme qui n'a pas sa langue dans sa poche. L’occasion s'est présentée lors d'un chinage de lire un nouvel opus de la diabolique écrivaine et pas n'importe quel titre : Les Morsures du passé est considéré par beaucoup comme son meilleur ouvrage ni plus ni moins... La pression était forte et c'est avec de grandes attentes que j'entamai ma lecture.

Le postulat de départ ressemble furieusement à l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès à Nantes il y a quelques années. Les cadavres de toute une famille sont retrouvés dans une maison, tout laisse penser que le père a supprimé tous ses proches et qu'il a tenté par la suite de mettre fin à ses jours. Mais il y a un hic, un couvert de trop sur la table du salon qui titille D.D.Warren ! Très vite, elle va être confrontée à d'étranges personnalités, à de nouveaux meurtres et à une multiplication de pistes ne menant nulle part... On navigue constamment dans une atmosphère trouble, faite de faux-semblants et de révélations qui s’enchaînent.

C'est avec trois points de vue différents que Lisa Gardner choisit de nous relater un récit terrifiant et glaçant. Il y a tout d'abord son inspectrice, éternelle célibataire, vouée corps et âme à son travail qui tente de trouver chaussure à son pied. Son emploi du temps de ministre et son caractère peu amène ne lui facilite pas les choses. On retrouve son côté tête brûlée et buté qui divise beaucoup les lecteurs, j'ai finalement adopté cette boule d'énergie qui ici laissera quelques plumes au passage. On la suit avec son équipe et un nouveau venu, ersatz de George Clooney, prof à l'école de police qui va seconder D.D. sur cette enquête peu commune. Il y a Victoria, mère célibataire qui tente de s'en sortir avec Evan, son fils de huit ans atteint d'une grave maladie mentale et qui commence à lui faire carrément peur par ces saillies cruelles et cyniques et des actes de violences qui montent crescendo. Et puis, on retrouve un chapitre sur trois Danielle une infirmière en pédopsychiatrie au passé nébuleux que l'on sent prégnant et mortifère. Elle ne s'en est jamais remise et on la sent sur la corde raide tout au long du récit surtout que dans son unité de soin, elle est confrontée à l'abomination au quotidien, des gamins complètement branques qu'on tente de soigner sans médicaments ni contraintes. Tout un programme !

L'action démarre dare-dare et pas question de souffler une seule minutes durant les 600 pages du livre. C'est la patte Gardner, cette capacité à maintenir intact sur le long terme le lecteur accroché par une descente aux enfers aussi inexorable que fascinante. Dans Les Morsures du passé, il est question du poids de notre vécu avec les souffrances qu'il peut enfanter. Croyez-moi, on passe de Charybde en Sylla, Lisa Gardner faisant preuve d'une imagination débordante dans le sordide et l'exploration des esprits malades. La majeure partie de l'histoire se déroulant dans une unité psy pour enfants, les thématiques sont renforcées et l'empathie totale envers ces petits êtres pas si innocents que cela et des adultes en roue libre. Loin de se contenter d'ajouter l'horreur à l'horreur, elle construit tranquillement sa toile, la trame prenant une dimension supplémentaire jour après jour (division des chapitres d'un jeudi au lundi qui suit), menant vers un final haletant qui en surprendra plus d'un.

La science de l'écriture de Lisa Gardner n'est plus à prouver. On est dans du page-turner efficace, simple d'accès mais terriblement addictif et profond. Personnages attachants, souci du détail, histoire qui se tient de bout en bout, ce titre est un des meilleurs de Gardner, à ranger près de La Maison d'à côté qui reste pour moi le best of the best. Mais franchement, celui-ci est très bon, ce serait dommage de s'en priver si on est amateur de frisson et de suspense. À bon entendeur !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Disparue
Sauver sa peau
La maison d'à côté
Tu ne m'échapperas pas
- Arrêtez-moi

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dimanche 26 juin 2016

"Double hélice" de Koji Suzuki

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L'histoire : Lorsqu'il pratique l'autopsie de son ami Ryuji, le médecin légiste Mitsuo Ando est loin de se douter qu'il va plonger dans l'irrationnel et le cauchemar. Comment est-il possible qu'un petit bout de papier se trouve au milieu des organes de son camarade de faculté avec juste ce message énigmatique : "Ring" ? Comment peut-il apparemment être décédé d'un effet secondaire de la variole, pourtant éradiquée depuis plus de vingt-cinq ans ? Et pourquoi l'amie de Ryuji a-t-elle disparu après avoir mentionné une mystérieuse cassette vidéo ?

La critique de Mr K : Il y a quelques mois, lors d'un article sur des acquisitions, je vous avais parlé de ma grande joie d'avoir dégoté à Périgueux les deux volumes qui me manquaient du cycle de Koji Suzuki concernant Sadako et sa maudite cassette. Plus connue sous le nom de Ring, cette saga horrifique japonaise m'avait vraiment séduit à travers le premier volume que je découvrais seulement après avoir visionné en leur temps les trois adaptations cinématographiques (versions nippones bien évidemment!). Double hélice est le second ouvrage de la tétralogie et je vous préviens de suite, on s'éloigne clairement de ce que l'on a pu voir (notamment dans le deuxième film de la série) ! Bien que surpris, j'ai été séduit et j'ai déjà bien hâte de lire la suite !

Dans cet opus, l'action reprend juste après les événements relatés dans le premier volume. Ando autopsie un ancien ami de fac qui semble être mort d'une banale crise cardiaque. C'est sans compter sur une étrange découverte (le fameux message codé présenté en quatrième de couverture) qui va l'emmener très loin de ses certitudes, dans le sillage d'une série de morts inexpliquées et la figure d'une mystérieuse jeune fille dont l'esprit semble toujours présent malgré son horrible trépas il y a déjà plus de 25 ans. Sadako Yamamura ne semble pas en avoir fini avec notre monde... Tout semble être sur le point de commencer !

Adeptes du surnaturel, de l'épouvante classique à base de revenants passez votre chemin immédiatement, vous serez déçus. L'auteur en prenant comme personnage principal un médecin adopte l'angle de la science pour cette recherche de la vérité tortueuse. Ando est hanté par la mort accidentelle de son jeune garçon et la séparation avec sa femme. Son couple n'a pas résisté à cet accident malheureux. Il se réfugie désormais dans le travail et le mystère qui se présente à lui va lui donner bien du fil à retordre. On suit tous ses tâtonnements, ses recherches infructueuses et à l’occasion nous en apprenons beaucoup sur les énigmes du corps humain et notamment de l'ADN qui donne d'ailleurs son titre à l'ouvrage. Ces apports théoriques apportent un souffle neuf à une histoire plutôt classique qui ici va décoller dans la deuxième partie du roman vers une dimension quasi universelle dont les tenants et aboutissants font frémir.

J'ai eu très peu de frissons dans ce deuxième volet, d'ailleurs ce n'est pas le but recherché par l'auteur. Il approfondit ici les mécanismes de la malédiction de Sadako et révèle l'ampleur de sa portée. Loin de se réduire à une empreinte mentale haineuse et pleine de rancœur sur une VHS, il se dégage un projet à long terme et insidieux qui risque de changer à jamais le visage de l'humanité. L'horreur se fait ici plus discrète et plus basée sur les conséquences des actes et idées décrites. Le singulier devient pluriel, biologie et vengeance ne font plus qu'un pour mener à un projet touchant à la métaphysique et à l'évolution. Franchement, on ressort bluffé par le contenu et le volume trois promet de continuer dans cette veine.

Le rythme reste lent et attaché au quotidien des différents protagonistes et c'est très progressivement que le voile se lève sur les vérités cachées. Les passages marquants s’enchaînent entre découvertes macabres, quotidien fané et pures visions d'innocence : un instant de séduction entre deux inconnus, des flashback obnubilants refaisant surface, des chagrins et des peines à fleur de peau, un code secret à percer, un esprit retors tourné vers sa survie, une ville grise et aliénante. Peu ou pas de nature dans ce roman mais une ville de Tokyo inquiétante qui renforce un climax angoissant et impersonnel. Bien que moins flippant que son aîné, cet ouvrage prend à la gorge provoquant sueurs froides et réflexions plus générales sur la science et l'occulte. Les deux thèmes se mêlent à merveille livrant un ouvrage original, bien mené et efficace dans les buts qu'il poursuit. L'écriture de Suzuki garde le même sens du récit et souligne à merveille la profondeur des personnages et la complexité des phénomènes qui nous sont donnés à voir. Impossible en tout cas pour moi de relâcher le livre avant d'en avoir tourné la dernière page. L'addiction est au RDV et dieu que c'est bon !

Double hélice est vraiment à lire pour poursuivre ce voyage inquiétant et immersif comme jamais. Science et fantastique se mélangent à merveille et donnent vie à un roman pas comme les autres, séduisant en diable et à la conclusion peu banale et inquiétante. Un must dans le genre !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Dark Water
- Ring

jeudi 23 juin 2016

"Le Coma des mortels" de Maxime Chattam

le-coma-des-mortelsL'histoire : Qui est Pierre ?
Et d'ailleurs se nomme-t-il vraiment Pierre ?
Un rêveur ?
Un affabulateur ?
Un assassin ?
Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui.
Et rarement de mort naturelle.

La critique Nelfesque : Des romans de Chattam, j'en ai lu quelques uns. J'en ai aimé certains, d'autres beaucoup moins. Avec "Le Coma des mortels", on touche le fond. Attention chronique 100% subjective et viscérale. Ce roman étant très "moi, je", je m'adapte !

En librairie depuis le 2 juin, j'ai lu ce roman avant sa sortie et depuis je ronge mon frein. Vendu comme un thriller (l'auteur a beau s'en défendre en promo, la maison d'édition l'annonce bien en thriller dans son argumentaire presse), cet ouvrage est une pure blague. Du thriller, il n'en a ni l'odeur, ni le goût. Aucun suspense, aucune tension. Un roman noir peut-être ? Non plus. Ou alors un très mauvais tant les personnages sont insipides et l'écriture médiocre. Chattam a énormément de fans et je ne doute pas que son dernier roman se vendra très bien grâce à son nom mais personnellement ça me met en colère de voir des premiers romans d'auteurs inconnus passer quasi inaperçus alors que ce sont de pures pépites et constater que "Le Coma des mortels", aussi mauvais soit-il, restera au box office des ventes pendant des semaines. Comment un auteur peut-il décemment sortir un roman pareil et enfler ses lecteurs ainsi ?

Je suis en colère car Chattam est à la base quelqu'un que j'aime bien mais plus on avance dans le temps, moins je le reconnais. Où est l'auteur de thriller talentueux de la Trilogie du Mal ? Où est passée sa noirceur ? L'auteur a voulu faire dans la nouveauté (chose qu'il avait déjà amorcé dans son précédant ouvrage) et il l'a clairement énoncé : "Le Coma des mortels" s'annonce comme un renouveau. Dorénavant il continuera sa route sans moi (ça ne lui changera pas sa vie mais ça me dégagera du temps pour lire d'autres romans).

Avec "Le Coma des mortels", Chattam apporte certes un vent de nouveauté dans son écriture mais certainement pas dans le genre ou la littérature en général. Ici, on surfe allègrement sur des vagues à succès : érotisme et religion. Ça parle cul, c'est cru, ça baise à tous les étages, ça émoustille peut-être certains lecteurs mais ça ne me fait pas plus d'effet qu'un roman-photo paru dans "Nous deux". Ah pardon, ici ça baise dans un cimetière comme ça c'est plus gothique et malsain. Vous les voyez les gros sabots ?

Parlons de l'histoire ? Elle tourne autour du narrateur qui se regarde le nombril sur presque 400 pages. A coup de leçons sur la vie et sur la religion, l'auteur nous assène des vérités comme on enfonce des portes ouvertes. Au forceps et sans aucune finesse, en invectivant le lecteur, en le repoussant dans ses retranchements (c'est l'intention de l'auteur même si ça fait flop). Exactement le même procédé qui m'avait ulcéré dans le final de "Que ta volonté soit faite"... Même cause, même conséquence, une envie folle de prendre le narrateur, Pierre, entre 4 yeux et lui dire qu'il n'a rien compris à la vie et que le monde ne tourne pas autour de sa petite personne. Merci pour la leçon mais tu pourras repasser !

"Mais sinon, y a des meurtres ou bien ?" Même si la 4ème de couv' annonce qu'on meurt beaucoup autour de lui et rarement de mort naturelle, les morts sont tellement noyées au milieu d'un trip narcissique et un style lénifiant que le lecteur passe complètement à côté. Sans vraiment être intéressée par le pourquoi du comment, assistant avec douleur au crash d'un auteur de renom, la lectrice consciencieuse que je suis (je crois que maintenant je vais m'autoriser à abandonner des lectures en cours parce que là c'est plus possible) compte les pages et veut en finir (pas avec la vie, je vous rassure). Oui Chattam m'a eue... A l'usure !

Avec l'arrivée du personnage d'Antoine, être bienfaiteur et petite bouffée d'oxygène dans cet ouvrage, j'ai cru que le vent pouvait tourner, que la magie allait opérer. Malheureusement, Antoine n'est que de passage et emporte avec lui mes espoirs...

Allez, on finira sur cette magnifique accroche de la maison d'édition à l'arrière du roman qui prouve une fois encore que le mieux est l'ennemi du bien :

Rebondissements incessants, métamorphoses, humour grinçant... Un livre aussi fascinant que dérangeant, en quête d'une vérité des personnages qui se dérobe sans cesse. Un roman noir virtuose dont l'univers singulier n'est pas sans évoquer celui d'un cinéma où David Lynch filmerait Amélie Poulain.

...

On n'a visiblement pas lu le même bouquin.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"
- "La Patience du diable"
- "Que ta volonté soit faite"

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mardi 21 juin 2016

"Les Noces macabres" de Jean-François Coatmeur

Les Noces macabres

L'histoire : Tout commence par un coup de fil. Une voix métallique qui menace tour à tour le père Gildas, cloîtré dans son abbaye de Kerascouët, le maire d'une petite ville de Bretagne, effrayé au point de renoncer à un mandat de député, et un médecin du Perche, qui prend la fuite. Trois notables aux vies transparentes, qui avaient fait leurs études de médecine ensemble. Avec le chirurgien Alain Vénoret, revenu à Brest après de nombreuses années d'absence, ils formaient un joyeux quatuor : "la petite bande". Pourquoi se sont-ils séparés brusquement ? Que leur a chuchoté cette mystérieuse voix pour les troubler à ce point ? Et pourquoi Alain a-t-il été épargné ?

La critique de Mr K : La Bretagne, ça vous gagne! L'adage est bien connu en terme de paysages, de culture et de bonnes soirées bien arrosées. Beaucoup moins pour moi en terme de littérature, je dois avouer que niveau auteurs régionaux je n'y connais presque rien et que je me suis davantage attaché dans le passé à lire contes et légendes de notre contrée sauvage qui est bien pourvue en la matière. L'occasion s'est présentée de lire ce thriller se déroulant à Brest. Banco pour moi, c'est encore avec une certaine nostalgie que je repense à mes années estudiantines là-bas. Heureusement pour moi, même si elles se sont révélées agitées, elle n'ont pas sombré dans l'horreur comme la vie de certains des protagonistes de ces Noces macabres, récit court et caractérisé par une tension permanente.

Vengeance, vengeance ! Quand le passé ressurgit, cela peut faire des dégâts surtout si lors de nos études, on a commis l'irréparable. Oubli et impunité ne sont jamais garantis et quatre notables bien installés vont en faire les frais et pas qu'à moitié ! Une soirée qui tourne mal, une mère courage qui transmet de lourds dossiers à son enfant et ce dernier va déchaîner la fureur grâce à un plan machiavélique qui ne laissera personne indemne et surtout pas le lecteur pris en otage par un auteur sacrément doué pour maintenir le suspens en place.

La preuve en est que j'ai parcouru cet ouvrage en un après-midi profitant par la même occasion du temps splendide dont nous avons bénéficié en Morbihan il y a quelques jours (cette remarque est principalement destinée aux mauvaises langues qui disent qu'il pleut toujours en Bretagne). Récit court d'à peine 200 pages, chapitres succincts, descriptions acérées, des personnages charismatiques, des péripéties en veux-tu en voila… Les éléments sont tous là pour procurer un plaisir de lecture simple et efficace.

On se prend très vite d'affection pour Chris dont le passé révélé va provoquer un électrochoc dans sa vie rangée et sans histoire. L'auteur nous en fait un portrait vraiment poignant tout en gardant quelques cartouches pour la fin. C'est là toute l'ingéniosité de Coatmeur, savoir doser révélations et part d'ombre pour maintenir le lecteur entre vérité et ignorance. On pense toujours avoir un coup d'avance sur le récit mais on est constamment surpris. Pour mieux égarer le lecteur, certains chapitres prennent le point de vue d'autres personnages comme le petit ami de Chris ou encore les quatre mystérieux notables qui commencent à sentir le vent du boulet. L'auteur tricote un canevas assez complexe et se plaît à y emprisonner des hommes à la conscience pas très claire. Gare à celui qui n'affrontera pas son passé à l'heure voulue !

Le bémol pour ma part vient de la fin qui, même si elle se révèle particulièrement épouvantable, m'a fait penser à celle d'un de mes films culte : Old boy de Park-Chan Wook (pas l'affreux remake US). La grosse surprise n'a donc pas pris pour moi mais il faut avouer que l'entreprise est bien menée, portée par une écriture à la fois simple et évocatrice, une dimension thriller prenante et une architecture en toile d'araignée fascinante. On sait que ça va mal finir et ce plaisir sadique est très bien attisé. J'ai aussi retrouvé nombre de lieux que j'ai pu connaître "in real life" et cet aspect m'a touché mais c'est l'ancien étudiant brestois qui parle là !

Au final, une bonne lecture qui ne révolutionne pas le genre mais qui l'entretient et rien que cela, c'est déjà très bien !

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mardi 14 juin 2016

"Origine" de Diana Abu-Jaber

OrigineL'histoire : Enfant trouvée dans de mystérieuses circonstances, Lena ignore tout de ses origines. Elle n’a gardé aucun souvenir de son enfance si ce n’est un don étrange, une sensibilité quasi animale… Lena, qui travaille pour la police scientifique de Syracuse, New York, refuse d’exercer ce don sur le terrain. Une série de décès de bébés va l’y contraindre : elle seule peut pressentir l’existence d’un assassin d’enfants.

La critique Nelfesque : "Origine" est un roman que j'avais remarqué lors de sa sortie chez Sonatine en 2010. Il était resté dans un petit coin de ma tête jusqu'à ce que je tombe dessus en version poche lors d'un énième farfouillage chez Emmaüs. Vous le savez, en règle général, je ne taris pas d'éloge sur le catalogue de cette maison d'édition. Il arrive que je sois parfois déçue mais c'est rare. Ici, je n'ai pas été transportée et en-soi c'est une mini déception...

Dans ce roman de Diana Abu-Jaber, le lecteur suit la route de Lena, experte en empreintes digitales pour l'unité scientifique de la police. D'un caractère très secret et discrète, ce travail de labo lui convient parfaitement. Au sein d'une toute petite équipe, elle s'enferme dans une salle et scrute avec attention et moult chimie, armes de crimes et autres éléments présents sur la scène afin d'en faire ressortir des indices indispensables pour la suite des enquêtes. A cette tâche, Lena est dans son élément. Elle a une sorte de 6ème sens qui lui permet de ressentir les choses, d'avoir des intuitions, de ne jamais baisser les bras et se fie très souvent, à l'étonnement général, à son instinct. C'est ainsi qu'elle a permis au bureau de résoudre une enquête récente qui semblait être une impasse.

L'histoire se répète ici lorsque Lena est prise à partie dans les locaux de la police par une femme qui vient de perdre son enfant. Persuadée qu'il ne s'agit pas d'une mort subite de nourrisson comme l'a conclu la police, elle implore Lena de l'aider. Au bord de l'hystérie, elle est reconduite à la sortie par des policiers mais le doute s'est insinué dans l'esprit de Lena. Touchée par la détresse de cette mère, elle va s'intéresser à l'affaire et rester en alerte lorsque de nouveaux cas de morts de jeunes enfants vont être déclarés. Persuadée qu'il n'y a pas de hasard et méticuleuse, elle va tout reprendre depuis le début.

Diana Abu-Jaber insiste grandement sur le caractère instinctif de son personnage principal. Presque primal, il régit la vie de Lena. Fraîchement séparée, elle vit dans un immeuble défraîchi, peuplé de personnages étranges et paranoïaques. Elle ne se sent bien que dans des espaces inhospitaliers. Le froid, l'austérité, la solitude ne lui font pas peur. Au contraire, elle trouve dans ce mode de vie loin de tout confort et distractions une certaine tranquillité d'esprit. De ses origines, elle ne sait rien. Adoptée lorsqu'elle était petite, elle n'a jamais réussi à avoir de réponses de la part du couple qui l'a élevée. Face à ces disparitions d'enfant, elle va peut-être devoir trouver des solutions dans la sphère nébuleuse que constitue son passé...

Sur le papier, l'histoire d'"Origine" est une petite bombe. Suspense, personnages énigmatiques, mystérieuses origines... Oui mais voilà, de mon côté, la sauce n'a pas pris et la révélation finale a fait pschitt. Beaucoup de bruit pour rien tout ça... Beaucoup de longueurs dans ce roman, beaucoup d'interrogations qui ne mènent nulle part et pour finir "Origine" est à mon sens un roman qui se lit très facilement en vacances entre un barbecue et une sortie plage mais qui ne révolutionne nullement le genre. Sans être jamais réellement surpris, le lecteur parcourt les 540 pages que constitue ce roman en se disant que l'auteure aurait pu aller beaucoup plus loin que ça et termine sa lecture mi figue-mi raisin en se disant qu'il aurait peut-être dû opter pour un autre bouquin... Avant de se resservir un apéro !

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lundi 13 juin 2016

"Les Amours anormales" de Noël Matteï

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L'histoire : "Je t’ai serré alors si fort, ma bouche dans ton oreille, j’aurais tellement voulu te dire tous mes secrets, te demander pardon. J’aurais tellement voulu qu’on disparaisse ensemble pour toujours."

Carol porte un lourd secret qui dicte ses actes, ses liens, sa vie. C'est au plus profond de son esprit et de son cœur que le lecteur pénètre, pour un voyage sensuel et troublant aux confins de la machine humaine blessée, défaillante, terriblement attachante, monstrueusement glaçante.

La critique de Mr K : Quand l'occasion m'a été donné de lire la quatrième de couverture des Amours anormales de Noël Matteï, j'ai de suite été accroché par le pitch qui promettait passion, érotisme et voyage au cœur de la psyché humaine. Je m'attendais donc à un roman tortueux à la confluence de la raison et de la folie. Je n'ai pas été déçu, l'auteur réussissant le tour de force de me surprendre et de me laisser tout pantelant au bout des 140 pages que compte ce petit bijou d'introspection narrative qui vire peu à peu au thriller psychologique déroutant.

Carol, un jeune homme, tombe sous le charme d'un collègue de boulot plus âgé que lui (Thomas) marié et père d'une petite fille. C'est une première pour lui car il vit en couple, s'en satisfaisait sans souci et n'était jusque là pas spécialement attiré par les garçons. Mais cette rencontre a changé sa vie, cet amour uniquement platonique prend de l'ampleur dans son esprit, l'obsède et l'habite. Peu à peu, le dévissage semble inévitable et quand il va avoir lieu les conséquences vont être terribles et irrémédiables. La fin vient cueillir le lecteur qui n'a pas vu le temps passé, captif d'une histoire hypnotique et immersive comme jamais dans un esprit torturé par les affres de l'amour et d'un passé douloureux.

Long monologue quasi psychanalytique, ce court roman nous donne à voir ce que l'amour peut parfois produire en terme de dépendance affective. Rarement, j'ai eu l'occasion de partager l'intimité d'un personnage comme dans cette œuvre. Noël Matteï colle au plus près de Carol et rien ne nous échappe de ses errances mentales, de ses réflexion et de son parcours. C'est dérangeant et impudique même, surtout qu'en sous-texte rejaillissent des thématiques fortes flirtant parfois avec des tabous : la cellule familiale à préserver autour de l'amour de ses enfants, le deuil d'un proche qui marque à jamais un adolescent, la découverte de l'amour entre inceste larvé et attirance homosexuelle... Ambiguïté serait un bon mot pour résumer un personnage principal aussi fascinant que repoussant mais loin de se cantonner dans l'exhumation de pensées déviantes, on est ici dans l'analyse des mécanismes de l'intime et de la construction de soi. Et comme on ne finit jamais réellement de se construire...

C'est ce processus qui est la matière première du roman avec la rencontre de l'autre, sa découverte, son exploration et son influence sur notre propre comportement. Carol commence à se faire des films, imagine des choses qui pourraient se passer dans un univers intime fantasmé. L'histoire ne peut que mal finir car dès le départ elle est biaisée, on finit sur les genoux, touché par la grâce de la noirceur d'un destin brisé avant même d'avoir pu décoller dans la vie. Bien que centré sur le ressenti de Carol, l'auteur nous emmène dans plusieurs existences croisées avec bien évidemment Thomas papa poule avec sa petite Lolie et amoureux de sa femme Anna. Intéressant de voir le parallèle que peut faire le narrateur entre sa situation, son passé et la vie de famille de son collègue. Tout s'enclenche parfaitement, nourrit le récit, constituant une toile d'araignée fine et complexe à l'image des éléments photographiés en couverture d'ouvrage et que l'on retrouve au gré des courts chapitres qui égrainent l'histoire.

On a donc affaire à un texte épuré de tout élément inutile, basé uniquement sur le vécu intérieur de Carol. Le style simple, quasi anaphorique et répétitif apporte une profondeur et une proximité profonde entre le lecteur et le narrateur. Impossible de relâcher l'ouvrage tant Carol nous emporte avec lui dans ses pensées puis ses actes. Assez grisant et inquiétant, le suspens monte crescendo avec un sens du rythme et de la gestion de la psychologie hors norme. Noël Matteï venant de la scène musicale underground française, on ressent dans son écriture une certaine urgence, une volonté de partage et d'exposer la vérité nue sans ambages et avec une crudité parfois choquante mais tellement bienvenue dans le monde aseptisé qu'on nous prépare.

Inutile d'en rajouter sous peine de risquer de livrer des clefs de lecture supplémentaires, ce livre est une petite bombe littéraire qui conjugue avec virtuosité la thématique classique de la passion dévorante et la modernité de l'écriture. Ces deux éléments mélangés donnent une lecture inoubliable dont on se souvient longtemps après avoir refermé l'ouvrage. Chapeau bas !

vendredi 3 juin 2016

"Tout n'est pas perdu" de Wendy Walker

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L'histoire : Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d'effacer le souvenir d'une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l'a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée. Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d'Alan, et lui confient leurs pensées les plus intimes, laissant tomber leur masque pour faire apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Ce thriller, d'une puissance rare, plonge sans ménagement dans les méandres de la psyché humaine et laisse son lecteur pantelant. Entre une jeune fille qui n'a plus pour seul recours que ses émotions et une famille qui se déchire, tiraillée entre obsession de la justice et besoin de se reconstruire, cette intrigue à tiroirs qui fascine par sa profondeur explore le poids de la mémoire et les mécanismes de la manipulation psychologique.

La critique de Mr K : C'est à mon tour aujourd'hui de vous présenter un ouvrage de chez Sonatine, maison d'édition fortement appréciée de ma douce Nelfe, qui vous le savez a un goût certain pour les thrillers et les psychopathes en tout genre! Je dois avouer que j'aime aussi parfois me laisser tenter par le côté sombre de la littérature et le moins que je puisse dire c'est que j'ai été servi avec cet ouvrage glaçant et complexe qui fait la part belle à la psychologie familiale et aux mécanismes de défense des victimes et des bourreaux. Préparez-vous à un voyage pénétrant dans l'esprit humain et ses méandres!

Dans Tout n'est pas perdu, l'histoire est racontée par Alan Forrester, un psychiatre chargé entre autre de suivre Jenny, une jeune fille violemment agressée et sa famille. Durant les 340 pages, il va nous relater les séances qu'il tient avec elle et ses proches mais aussi d'autres patients plus ou moins liés à l'histoire générale. Il apporte au passage son éclairage sur les vies de chacun, son ressenti et va même jusqu'à nous livrer des éléments de sa propre existence. Curieux mélange donc, surtout que le récit au commencement presque clinique finit par s'affranchir des normes médicales pour entrer à la confluence de la notion de transfert, de ressenti et de vengeance. Le malaise va grandissant vers une vérité qui vient tout salir en fin d'ouvrage.

J'ai trouvé cet ouvrage marquant du début à la fin. Rien que le premier chapitre qui relate le viol de Jenny est éprouvant et fait basculer le lecteur dans l'horreur. La réalité de l'abjection est froide, sans fioriture et marque au fer rouge. On a mal au bide et on se demande bien ce qui va suivre. L'horreur va continuer à travers le ressenti de Jenny qui suite à un traitement quasi expérimental a oublié cette nuit mais n'arrive pas à s'en remettre (merci les parents au passage...). C'est l'occasion pour l'auteur d'expliquer en détail le processus de reconstruction des victimes, la nécessité notamment d'affronter la réalité et les peurs enfouies. Très intéressant aussi de voir les réactions des proches avec notamment un père possédé par le désir de vengeance, drapé dans sa douleur, aveuglé par elle et une mère distante, auto-centrée sur elle-même qui cache un lourd secret. Wendy Walker est vraiment diabolique à sa manière, dynamitant les dynamiques familiales, explorant les fêlures, les non-dits et exhumant les parts d'ombre les plus inavouables.

Et puis, le rythme change à la moitié du récit. Après le temps de l'exposition des cas, des différents membres de la famille, un événement change la donne et va nécessiter de la part du narrateur une implication bien plus importante que ne lui permet normalement sa fonction de thérapeute. Les lignes sont bousculées, les réactions s’intensifient, se densifient et se précipitent. Chaque nouveau chapitre est propice à des révélations et des conséquences durables. Jenny va-t-elle finir par s'en sortir et retrouver le goût de vivre? Le couple de parents va-t-il se retrouver? Qui est le coupable? Autant de questions qui finiront par trouver leur réponse non sans mal, circonvolutions et fausses pistes. Petit bémol tout de même sur la révélation finale que j'ai trouvé un peu abrupte comparée au reste du développement. Wendy Walker aurait pu rajouter 20 pages pour asseoir cette vérité, pour la rendre encore plus effroyable et crédible. Mais je vous rassure, ce léger défaut n'entame pas le charisme de ce roman vraiment puissant par moment.

Avocat de profession, l'auteur raconte cette histoire de manière étonnante, parfois éloignée de la manière romanesque classique. Les détails fourmillent, prennent même à la gorge le lecteur. Certains peuvent être rebutés; pour ma part, j'ai trouvé cela novateur et franchement efficace. Surtout que cette avalanche de psychologie se fait toujours au nom du respect de la trame et des personnages qui pour le coup sont vraiment bichonnés et réalistes, donnant une profondeur et une crédibilité rare à l'ouvrage. L'écriture est très digeste bien qu'exigeante, on en apprend beaucoup sur la psyché humaine et son fonctionnement. Il y a aussi une prégnance des émotions avec de belles pages sur l'amour parents / enfants, le désir de vengeance, la notion d'éthique médicale et les pulsions humaines... Vraiment, on explore l'Homme plus qu'on suit une véritable enquête. On ressort de cette lecture enrichi et bluffé par le talent déployé.

Sans doute un incontournable dans le domaine du thriller psychologique même si je ne suis pas un spécialiste: du suspens, de l'émotion, des personnages ciselés comme jamais et en sous-texte l'être humain dans sa remarquable et redoutable complexité. À lire!

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jeudi 2 juin 2016

A la découverte du magazine "PAGE des libraires"

Cela fait plus d'un an que je suis abonnée au magazine "Lire". J'ai profité à l'époque d'une belle remise sur le tarif abonnement et j'ai renouvelé mon engagement il y a quelques mois. Très satisfaite de sa ligne éditoriale, de son ton et de son contenu, je pense qu'entre lui et moi, c'est parti pour durer !

Vous l'avez remarqué, nous sommes de gros lecteurs (oui je crois que là on ne peut plus le cacher). Autant Mr K n'aime pas trop lire des chroniques de professionnels, autant de mon côté, je suis assez friande d'avis de tout bord. Chez les blogueurs, journalistes, lecteurs, libraires, j'aime fouiner les nouveautés et repérer les romans susceptibles de me plaire. J'ai eu, il y a peu, l'opportunité de découvrir le magazine "PAGE des libraires" et c'est tout naturellement que j'ai sauté sur l'occasion. Voici une revue que j'ai déjà croisé sur mon chemin mais que je n'ai jamais acheté. En cause ? Son prix sans doute. A 12€ la revue, c'est tout de même un budget ! Me voici donc ravie de pouvoir parcourir ses pages et d'autant plus qu'il s'agit ici d'un spécial "Policier, thriller, noir : les nuances du polar". Vous connaissez mon amour pour le genre...

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"PAGE" est un bimestriel. Créé à la fin des années 80, il rassemble une communauté de 1200 libraires indépendants. Comme son nom l'indique, les chroniques et conseils présents dans ce magazine sont faits par des professionnels du livre, des amoureux des mots, des passionnés que nous croisons souvent lors de nos achats livresques. Et dans le ton, cela se ressent. Ils ne sont pas là pour vendre un ouvrage ou faire de la promo mais bel et bien partager avec nous des coups de coeur et leur intérêt pour tel ou tel ouvrage. Une certaine relation de confiance et d'intimité s'installe alors entre le lecteur et le "chroniqueur / libraire".

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On retrouve également ici des conseils d'auteurs. Une initiative comparable à celle de "La Grande librairie" spéciale "La Valise idéale de l'été" qui est diffusée chaque année sur France 5 avant les vacances (celle de cette année a eu lieu il y a quelques jours, visionnez-la en replay, elle est top !). C'est tellement agréable d'entendre les auteurs parler de littérature en dehors de leurs propres romans. Ici, pas d'enjeu de promotion, juste des conseils sincères.

Avec ses 143 pages sans pub, la revue est plus assimilable à un mook. Le papier est épais, la couverture à la fois mate avec un effet peau de pêche et brillante sur quelques détails, la charte graphique... Tout est pensé dans les moindres détails. La distribution se fait en librairie, particularité également des mook.

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Ainsi, nous parcourons les thématiques polar, littérature française, littérature étrangère, essais et documents, bande dessinée, jeunesse avec plus ou moins d'offres selon les parties. La BD et la jeunesse occupent moins de "place" que les thématiques précédentes mais elles ont le mérite d'être traitées et de donner quelques pistes aux lecteurs. Je pense que les aficionados se tourneront plus vers des revues spécialisées BD ou enfant pour plus de choix.

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En plus des nombreuses critiques d'ouvrages par les libraires, on retrouve quelques extraits / avant-première qui nous permettent de nous faire une idée d'une oeuvre avant de l'acheter, quelques dossiers thématiques qui approfondissent certains sujets (comme par exemple la littérature coréenne dans ce numéro), quelques interviews faites également par des libraires et donnant des échanges savoureux.

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Une belle part est également donnée aux premiers romans et c'est une mise en avant que j'ai particulièrement appréciée. De même que la rubrique "Librairie" née du désir de partager avec les lecteurs le quotidien de la librairie et la passion du libraire pour son métier. La librairie, le lieu où se rencontrent lecteurs, auteurs et libraires.

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Cette revue est vraiment de qualité et il est fort probable qu'à l'avenir je replonge dans la marmite selon le thème abordé. Vous avez là un beau condensé de ce qui se fait dans l'actualité littéraire, sélectionnée et décortiquée pour vous par nos amis libraires. Une proposition fort appréciable dans nos vies à 100 à l'heure et un magazine que l'on met plusieurs heures à lire tant son contenu est riche.

mardi 31 mai 2016

"Congo Requiem" de Jean-Christophe Grangé

Congo RequiemL'histoire : On ne choisit pas sa famille mais le diable a choisi son clan.
Alors que Grégoire et Erwan traquent la vérité jusqu'à Lontano, au coeur des ténèbres africaines, Loïc et Gaëlle affrontent un nouveau tueur à Florence et à Paris.
Sans le savoir, ils ont tous rendez-vous avec le même ennemi. L'Homme-Clou.
Chez les Morvan, tous les chemins mènent en enfer.

La critique Nelfesque : "Congo Requiem" est la suite de "Lontano" paru en septembre dernier chez Albin Michel. Ne vous aventurez pas dans la lecture de ce roman sans avoir lu le premier volet de ce diptyque.

Nous retrouvons ici la famille Morvan, ce clan aux liens ambivalents fait d'amour et de répulsion où le passé n'est que mensonge et les sentiments complexes. Dès les premières pages, le ton est donné. Jean-Christophe Grangé reprend l'histoire là où elle s'est arrêtée dans son ouvrage précédent et ne diminue pas son rythme. Le lecteur est tout de suite replongé dans l'intrigue. Il n'y a pas de temps morts, impossible de reprendre son souffle, les aventures de Morvan père et fils en Afrique vont nous mener tout droit au coeur de contrées suffocantes et denses.

Bien que l'enquête a été résolue dans "Lontano", Erwan sent que tout n'est pas bien clair dans le passé de son père et compte bien démêler l'affaire en se rendant lui-même au Congo, là où Grégoire a passé une partie de ses jeunes années. Un voile opaque règne sur cette période de sa vie et il est temps de déterrer les vieux démons. Erwan n'est pas au bout de ses surprises...

Dans ce volet, Grangé nous fait vivre l'Afrique de l'intérieur. Avec force détails, il entraîne son lecteur au coeur de l'Afrique noire, dans une zone où Tutsis et Hutus s'affrontent, où les conditions météorologiques font perdre la raison, où des armes puissantes se retrouvent aux mains de novices et où les pratiques n'ont rien de communes avec celles de l'Europe. C'est dans ce milieu inhospitalier et au climat hostile qu'Erwan va mettre toute son énergie, parfois avec inconscience, pour suivre les traces de la jeunesse de son père jusqu'à la ville de Lontano aujourd'hui abandonnée.

Dans le même temps, nous suivons les frères et soeurs d'Erwan qui, bien que n'étant pas de la police, ont aussi la fibre enquêtrice. Loïc est en pleine désintox sur les routes d'Italie et nage en eaux troubles chez sa belle-famille. Gaëlle, quant à elle, est toujours aussi intrépide et, se questionnant sur son psy, mène l'enquête avec l'aide d'Audrey. Ce joli petit monde va lever des lièvres qui vont constituer au final un gigantesque puzzle malsain. Autant vous le dire tout de suite, ne vous attachez pas trop aux personnages. Grangé n'hésite pas à les malmener, les faire souffrir et au besoin en dézingue quelques uns pour le bien de l'histoire. Avec lui, on ne fait pas dans la dentelle mais dans l'efficacité !

Plus politique que Lontano, Grangé densifie son histoire avec Congo Requiem et apporte ici une lecture différente de son précédent ouvrage. Tout est remis en cause, plus rien n'est certain, le doute s'installe. Cet auteur est un virtuose du retournement de situation, de la révélation qui tue. Dans ce roman de plus de 700 pages, il retourne littéralement le cerveau de ses lecteurs et donne envie de relire Lontano à la lumière des révélations faites ici. Une incroyable prouesse et une intégrale de 1400 pages au total où l'ennui ne pointe jamais, où l'intérêt ne fait que s'accroître, où l'arrivée du dénouement entraîne un sprint final terrifiant et où le lecteur ne peut que louer l'auteur pour son machiavélisme génial !

De mon côté, j'applaudis des deux mains. Je crie au génie. Grangé fait ici très fort et renoue avec ses meilleurs romans. On retrouve dans Lontano et Congo Requiem (qu'il faut absolument lire à la suite et dans l'ordre) tout ce qui fait le talent de Grangé : un gigantesque tableau fait de suspense et de rebondissements sur fond de dépaysement géographique et culturel avec des personnages couillus et singuliers. Un ouvrage rondement ficelé et un must pour tout amateur de thriller !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

Posté par Nelfe à 17:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!