vendredi 20 octobre 2017

"Deuils de miel" de Franck Thilliez

Deuils_de_mielL'histoire : Une femme est retrouvée morte, agenouillée, nue, entièrement rasée dans une église. Sans blessures apparentes, ses organes ont comme implosé. Pour le commissaire Sharko, déjà détruit par sa vie personnelle, cette enquête ne ressemblera à aucune autre, car elle va l'entraîner au plus profond de l'âme humaine : celle du tueur... et la sienne.

La critique Nelfesque : Retour dans l'univers de Franck Thilliez après quelques années de disette. J'ai découvert sa plume en 2011 et n'avais lu que 3 romans de lui jusqu'alors. Il était donc temps de me replonger dans ses écrits avec "Deuils de miel", troisième volet de sa saga dédiée à Franck Sharko et Lucie Hennebelle. Comme avec beaucoup de saga thriller / polar, il est tout à fait possible de lire les ouvrages indépendamment les uns des autres, chacun étant dédié à une enquête. Seulement, si vous souhaitez comme moi, en apprendre plus sur le personnage et suivre son évolution, il vaut mieux les prendre dans l'ordre.

Franck Sharko est ici un homme meurtri. Veuf et démoli, il tente chaque jour de reprendre le dessus et s'accroche à son métier pour ne pas perdre pied. C'est alors que le cadavre d'une femme est retrouvée dans une église. En position de prière, entièrement nue et rasée, elle ne présente pas de blessures apparentes et l'ensemble semble être une mise en scène particulièrement macabre. Sept papillons sont posés sur son crâne lisse. Commence alors un jeu de pistes où le commissaire Sharko tiendra une place de choix. Principal "chasseur" du tueur, il va se jeter corps et âme dans cette enquête qui réveillera des douleurs encore vives du passé.

Dépassant allégrement les frontières du bien et du mal et de ce qui se fait dans le cadre de ses fonctions, Sharko est ici borderline à souhait. N'en faisant qu'à sa tête, fonctionnant 100% à l'instinct, il a des réactions on ne peut plus primaires et basiques et perd totalement pied pour le plus grand bonheur du lecteur qui se délecte de la précision avec laquelle Franck Thilliez fait sombrer son personnage.

Après une première partie intéressante mais somme toute assez classique dans son approche (ceux qui sont friands de thrillers y trouveront leur compte mais sans crier au génie pour autant) le dernier tiers est un festival jouissif qui vaut à lui seul la lecture de ce roman. La tension monte crescendo et l'auteur ne fait pas dans la dentelle pour nous servir un final absolument dantesque. Quel pied ! L'épilogue vient d'ailleurs clore l'ensemble et laisse le lecteur sans voix. Je suis une habituée de thrillers mais je dois dire que là Thilliez fait très fort ! Que va-t-il advenir du commissaire dans les volumes suivants ? La question reste plus que jamais en suspens et je ne tarderai pas autant à me plonger dans la suite.

L'écriture est maîtrisée, laissant voir au départ un ouvrage de bonne facture mais en gardant sous le pied pour mieux nous amadouer et nous époustoufler par la suite. Un parti pris qui paye puisque la surprise n'aurait pas été aussi intense si Thilliez n'avait pas aussi bien jaugé son suspens et la tension au fil de ses pages. Autant par le passé, j'ai pu faire preuve de tempérance sur ses écrits, autant ici, je suis bluffée et je l'avoue, je n'aurai pas pensé l'être autant par cet auteur (pourtant adoré dans le genre, j'aurai dû m'en douter).

Amateurs de thrillers, je crois qu'il est inutile de vous faire un dessin : foncez ! "Deuils de miel" vous ravira sur tous les points : histoire, personnages, psychologie, écriture et émotions. Ca fait du bien par où ça passe !


dimanche 8 octobre 2017

"Mother !" de Darren Aronofsky

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L'histoire : Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

La critique de Mr K : 6/6. Sans doute MA grosse claque annuelle cinématographique. En même temps, il est très rare que ce réalisateur se plante, il fait partie de mes chouchous depuis Pi, Requiem for a dream et The Fountain. De ce métrage, je n’avais pas vraiment entendu parler avant de voir la bande annonce sur Allociné, il y a quelques temps. Synopsis mystérieux et premières images au diapason, j’y suis allé sans trop savoir à quoi m’attendre. Je n’ai pas été déçu, le voyage fut éprouvant et assez jouissif dans son genre.

Je n’en dirai pas beaucoup plus que le résumé officiel sur ce film tant il faut se garder la surprise, tout spoiler pourrait vous gâcher la surprise. Sachez simplement que derrière ses apparences de drame domestique doublé de home invasion se cache une histoire universelle à la mystique développée de manière extrême. Il faut d’ailleurs posséder un certain bagage culturel pour pouvoir apprécier pleinement ce film car sinon vous risquez de vous agacer assez vite et de sortir outré de la séance comme ce fut le cas d’une spectatrice à notre séance qui a trouvé l’ensemble choquant et sans queue ni tête. C’est loin d‘être le cas, le film étant extrêmement bien construit et maîtrisé au niveau de la narration. Il faut aussi se laisser porter par les actes et les images, accepter de ne pas tout comprendre tout de suite même si l’ensemble paraît bancal, ici tout a une explication et croyez moi ça vaut son pesant d’or.

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Film sur le couple, la maternité, la dépendance de l’un envers l’autre, l’humanité et ses travers, les affres de la Création entre autre, on touche ici à la métaphysique pure et au mysticisme profond. En cela, il dérange car il touche au Sacré et aux convictions les plus intimes de chacun, attendez-vous à être sévèrement secoué et à réfléchir longtemps après le visionnage. Personnellement, j’ai été émerveillé par le propos distillé par le métrage, trouvant beaucoup de points communs entre la pensée du réalisateur et la mienne, comme si les images et l’histoire faisaient écho à mes convictions intimes. C’est une impression vraiment bluffante et confondante.

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Les acteurs sont tout bonnement merveilleux avec un Javier Bardem toujours aussi magnétique, dégageant un charme animal puissant (Nelfe du calme !) et une Jennifer Lawrence au talent d’actrice épatant (je ne l’avais vu pour le moment que dans la très bonne tétralogie Hunger games). Ces deux là se répondent à merveille, jouant sur toutes les nuances d’émotions, transmettant des charges émotives incroyables. Quand la révélation se fait jour sur leur nature profonde, leur jeu en devient tout bonnement lumineux. Les seconds couteaux ne sont pas en reste avec un Ed Harris impeccable et une Michelle Pfeifer vénéneuse à souhait. 

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Et puis, il y a la forme globale. Aronofsky est un des cinéastes les plus doués de sa génération, c’est beau, puissant, très bien rythmé, l’accélération est progressive jusqu’à devenir étouffante. Il magnifie le quotidien du couple avant de s’élever devant les enjeux cachés pour asséner violemment ses vérités avec une maestria de tous les plans : ce film se révèle inventif, délirant et assez unique en son genre. Je vous le dis, c’est un film qui scotche les rétines et fait profondément réfléchir. Passez votre chemin si vous n’aimez pas le space et les objets filmiques non identifiés. Si par contre, vous aimez vous faire mal, voir quelque chose que vous n’avez jamais vu auparavant, foncez. Ce film est une bombe !

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dimanche 1 octobre 2017

"Ne fais confiance à personne" de Paul Cleave

ne_fais_confianceL'histoire : Il y a pire que de tuer quelqu'un : ne pas savoir si on l'a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire des histoires abominables, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Il peuvent parfois donner des idées. Eux-mêmes, à force d'élaborer des crimes presque parfaits, ne sont pas à l'abri d'aller tester leurs fictions dans la réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier qui ne sait plus très bien où il en est. A force d'inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n'aurait-il pas fini pas succomber à la tentation de passer à l'acte ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu'il est persuadé d'avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d'être inspirées de faits réels, l'étau se resserre. Mais, comme à son habitude, la vérité se révélera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

La critique Nelfesque : Paul Cleave est un auteur que j'ai beaucoup lu il y a 3 / 4 ans mais que j'ai laissé de côté par la suite. Vous connaissez l'adage : "Tant de romans à lire et si peu de temps"... En cette Rentrée Littéraire, j'ai tout de même décidé de revenir à lui avec "Ne fais confiance à personne" qui m'avait l'air bien tordu et dont la quatrième de couverture n'était pas sans me rappeler sous certains aspects "La Part de ténèbres" de Stephen King.

En effet ici aussi il est question de l'écrivain et de son double possible. Qui de l'homme ou de l'auteur écrit les histoires, les invente, les vit peut-être ? D'où vient l'inspiration et comment s'appréhende-t-elle ? Quelle est la frontière entre le génie et la folie ? Jerry à la ville est plus connu du grand public sous le nom de Henry Cutter, auteur de thrillers prolifique et talentueux. Jusqu'au jour où on lui diagnostique un elzheimer précoce alors qu'il n'a pas encore 50 ans et que son inspiration s'envole peu à peu avec sa mémoire, laissant place à des doutes troublants...

Souvenirs réels ou fantasmés, Jerry et Henry se confondent et chaque jour l'un doit mener un combat face à l'autre qui prend de plus en plus de place dans sa vie. Alors Jerry continue d'écrire, dans un carnet, pour son futur lui-même qu'il sait voué à la perte totale de mémoire, pour qu'il puisse se raccrocher à quelque chose, savoir qui il était vraiment quand il n'aura plus aucune résurgence de son passé.

Le lecteur est pris dans un tourbillon de questions, à l'image de Jerry qui patauge complètement dans une existence angoissante, ne sachant plus démêler le vrai du faux, persuadé qu'il est parfois d'avoir commis des crimes que tout le monde lui attribue seulement sur papier. Ses trous noirs et ses impressions sont-ils réellement dûs au processus d'écriture ou ne s'était-il pas à l'époque déjà inspiré de son expérience ? Sa maladie ne serait-elle pas là uniquement pour révéler au monde entier sa vraie nature ? Pourquoi sa fille est-elle si distante alors qu'il a besoin d'elle ? Lui en veut-elle pour quelque chose qu'il aurait oublié ?

Paul Cleave est un auteur très agréable à lire. Le récit est une fois encore fluide, l'histoire prenante et les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. L'envie de connaître le fin mot de l'histoire est là et l'intérêt ne faiblit pas. Il y a ici une excellente gestion du suspens et le personnage est vraiment très bien construit. Seul bémol, si il en faut un : une fin un brin too much. A trop vouloir épater le lecteur, les derniers paragraphes perdent en crédibilité. Un thriller psychologique à découvrir toutefois tant le rythme est maîtrisé et la curiosité du lecteur éveillée !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Nécrologie
- Un Employé modèle
- Un père idéal

jeudi 7 septembre 2017

"La Secte sans nom" de Ramsey Campbell

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L’histoire : Jamais vous ne connaitrez le nom de vos geôliers. Vous ne serez plus rien. Rien qu'une victime. Et personne ne vous entendra hurler.

Le corps sauvagement mutilé d'une enfant est retrouvé dans les bois.

Neuf ans plus tard, Barbara, en se plongeant dans une activité fébrile, a presque réussi à se remettre du meurtre et du kidnapping de sa fille. Jusqu'à ce qu'une petite voix lui dise au téléphone : "Maman, maman, j'ai besoin de toi".

Son enfant est vivante, prisonnière d'une secte sinistre, se livrant à des rites sataniques, innommables.

Affolée, Barbara essaie de retrouver la trace de la secte. Les adeptes l'attendent...

La critique de Mr K : Retour dans la planète terreur de chez Presse Pocket avec cet ouvrage qui fait la part belle à l'angoisse et au mystère. Un petit plaisir coupable comme je les aime, idéal pour les vacances (celui-ci a été lu cet été), une lecture sans prétention qui n'invente pas le fil à couper le beurre, un livre qui ne prétend pas être un classique mais qui se révèle globalement efficace dans son genre.

Barbara a dû se reconstruire par le travail suite à la disparition tragique de sa fille, elle que la vie n'a déjà pas épargné avec la mort prématurée de son mari lors de sa grossesse. Angela a été enlevée à son école puis retrouvée morte assassinée. Le deuil est très difficile à supporter pour l'héroïne qui se sent responsable. 9 ans après, la traductrice est devenue agente d'écrivains, elle mène désormais sa barque d'une main de maître. Un coup de téléphone à priori anodin va bouleverser la nouvelle existence qu'elle s'est efforcée de construire du mieux qu'elle peut. Sa fille semble être revenue d'entre les morts et tente de la recontacter ! Commence alors un jeu du chat et de la souris, une enquête à haut risque qui ira de révélation en révélation.

On rentre dans le vif du sujet très vite avec ce roman qui commence fort avec le coup de fil d'outre-tombe et quelques flashback bien sentis sur la vie que menait Barbara avant le drame. Tout est prêt pour la grande bascule et quand celle ci se déclenche, tout semble échapper à Barbara qui perd ses moyens et s'enfonce dans une spirale infernale. Elle va devoir démêler le vrai du faux entre espoirs et fausses pistes, et enquêter sur une mystérieuse secte, composée d'anonymes, extrêmement bien organisée et qui laisse peu de traces voir aucune. Elle ne peut compter que sur elle même et un ami proche. La menace au fil des pages se fait plus insidieuse et le final révèle bien des vérités, pas forcément faciles à accepter.

Bien rythmé, La Secte sans nom se lit d'une traite alternant de manière régulière des passages stressants avec des immersions bien senties dans l'esprit des personnages qui sont plus qu'éprouvés par les événements du livre. Les rapports entre les différents protagonistes sont très bien rendus notamment les changements qui s'opèrent chez Barbara : activ woman sûre d'elle, le passé qui ressurgit va la transformer et fêler le personnage qu'elle s'est bâtie. Prise entre le remord et le fol espoir de revoir sa petite fille, elle va vraiment devenir borderline et les passages concernés sont vraiment saisissants de réalisme. Intéressant aussi le personnage de Ted, son ami divorcé qui jongle entre sa vindicative ex femme et l'étrange histoire dans laquelle il se retrouve plongé. Ces deux là semblent s'engluer dans une toile d'araignée qui les dépasse. Un climat de paranoïa s'installe durablement chez eux et contamine irrémédiablement le lecteur, ravi d'être pris en otage.

Au final, on passe un très bon moment malgré quelques scories narratives qui ralentissent parfois le déroulé de la narration (répétition inutile d'exploration de demeures abandonnées notamment) et un manque de développement autour de la secte, ses origines et ses pratiques. A ce propos, rien de vraiment satanique chez elle (mêmes si les pratiques sont horribles je vous l'accorde). Malgré tout, La Secte sans nom se lit très bien et on en ressort satisfait. Une bonne lecture détente-neurone en somme.

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lundi 4 septembre 2017

"Les Mystères d'Avebury" de Robert Goddard

Les mystères d'AveburyL'histoire : Été 1981. Alors qu’il attend à la terrasse d'un café, David Umber est témoin d’un fait divers qui va bouleverser son existence. Trois jeunes enfants qui se promenaient avec leur baby-sitter sont victimes d’une terrible agression. Un homme kidnappe Tasmin, deux ans, et s’enfuit à bord de son van. Alors qu’elle essaye de s’interposer, la petite Miranda, sept ans, est percutée par le véhicule. Tout se passe en quelques secondes. David, comme les deux autres témoins de la scène, n’a pas le temps de réagir. À peine peuvent-ils donner une vague description de l’agresseur.

Printemps 2004. Prague. Après une histoire d’amour avortée avec la baby-sitter des enfants, David a tout quitté pour refaire sa vie. Il est contacté par l’inspecteur-chef Sharp, chargé à l’époque de l’enquête. Sharp lui demande de l’accompagner en Angleterre pour essayer de faire enfin toute la lumière sur la disparition de Tasmin. Littéralement hantés par cette affaire, les deux hommes reprennent un à un tous les faits. Bientôt de nouvelles questions se posent sur la configuration des lieux, sur la présence des témoins, sur la personnalité des victimes. Le drame cache en réalité encore bien des secrets.

Ne voit-on jamais que ce que l’on a envie de voir ? Dans les histoires d’amour comme de meurtre, la réalité est souvent bien différente de ce que l’on aimerait qu’elle soit.

La critique Nelfesque : Première lecture pour moi d'un ouvrage de Robert Goddard. La quatrième de couverture est alléchante, le roman commence bien mais malheureusement je n'ai pas été convaincue. Explications...

Un enlèvement, une enquête menant à une impasse, des années où chacun tente de se reconstruire. Et puis un jour, 23 ans plus tard, l'histoire refait surface. Avouez que niveau intrigue, ça laisse rêveur et l'amatrice de thriller que je suis trépigne d'avance ! Les premières pages relatant l'enlèvement sont saisissantes de réalisme. Nous sommes, en tant que lecteurs, également sur la place où un drame se joue. Tout se passe très vite, personne ne pouvait empêcher l'enlèvement de la fillette. Passé la surprise, le roman prend une tournure décevante.

On perd du monde en route, la motivation, l'envie. Le rythme est haché, la construction bancale, le roman inégal. Dommage car l'histoire pouvait vraiment donner quelque chose de trépidant. Hélas, ce n'est pas le cas... Je me surprends à survoler des passages, à bailler. Lenteur et désoeuvrement. Pourtant Robert Goddard nous emmène loin, faisant basculer son roman vers le thriller historique. Circonvolutions, enfumage. Trop loin pour ma part, la révélation ne justifiant pas à mon goût tant de longueurs et se révélant même frustrante. Les descriptions sont interminables, n'apportent rien à l'ensemble et finissent par gâcher le potentiel que l'auteur avait placé dans ses personnages crédibles et attachants. On aurait ici pu faire l'économie d'une bonne cinquantaine de pages et gagner en lisibilité et en spontanéité. "Plus c'est long, plus c'est bon", l'adage ne se confirme pas ici (et c'est pas la première fois que je le remarque...).

Pour qui aime les thrillers historiques, ce roman peut être fait pour vous. Je l'avoue ce n'est pas du tout ma tasse de thé et cela n'étant pas du tout évoqué dans la 4ème, j'ai eu l'impression de m'être faite berner. Dans tous les cas, ne vous attendez pas à un rythme effréné, ici on prend son temps. Les amateurs apprécieront. Les autres partiront en courant...

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mardi 22 août 2017

"Au fond de l'eau" de Paula Hawkins

Au fond de l'eauL'histoire : En froid avec sa soeur Nel depuis des années, Julia n'a pas voulu lui répondre lorsque celle-ci a tenté de la joindre. Une semaine plus tard, le corps de Nel est retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, la ville de leur enfance. Obligée d'y revenir, Julia est terrifiée. De quoi a-t-elle le plus peur ? D'affronter le prétendu suicide de sa soeur ? De s'occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu'lle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu'elle a toujour fui ? Plus que tout encore, c'est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

La critique Nelfesque : Après un premier roman, "La Fille du train", ayant fait grand bruit, Paula Hawkins revient avec "Au fond de l'eau". Avec le succès du précédent, on l'attendait un peu au tournant. J'avais moi-même apprécié cette première lecture, un thriller psychologique addictif qui ne cassait pas des briques côté écriture mais que j'avais eu beaucoup de mal à lâcher. Qu'en est-t-il de ce roman-ci ? Essai transformé ?

On retrouve ici la dynamique de Paula Hawkins qui est capable d'hypnotiser son lecteur et le tenir en haleine. Et ce dès la première page. La tension monte doucement et tout est terriblement bien dosé.

Lena et Julia sont en froid depuis des années. Alors que l'une cherche à rester en contact et montre un besoin constant d'attention, l'autre souhaite tirer un trait sur le passé et sur un événement survenu à l'adolescence. L'auteure, par d'incessants aller-retour entre le passé et le présent et une abondance de points de vue et personnages, crée une émulsion dans le cerveau du lecteur qui ne cesse d'échaffauder des théories sans cesse remises en cause par l'histoire.

Thriller psychologique efficace, "Au fond de l'eau" prend le temps de s'installer et s'apprécie d'autant plus lorsqu'on a la possibilité de le lire rapidement, en quelques jours. Happé par l'intrigue, les pages se tournent toutes seules et, si j'osais une comparaison avec le premier ouvrage, celui-ci est beaucoup plus abouti. Il y a un petit côté "Broadchurch" (pour ceux qui connaissent) qui n'est pas pour déplaire à l'amatrice d'ambiances troubles que je suis. Fantômes du passé, non-dits, culpabilité se mêlent ici pour offrir un roman très prenant dont il est difficile de décrocher ! Attention toutefois, nous ne sommes pas en présence d'un page-turner au sens strict et il faut se laisser apprivoiser par le rythme et le climax mais si tel est le cas, bingo !

"Au fond de l'eau" est un roman dans lequel certains déploreront des longueurs (critique déjà mise en avant pour "La Fille du train"). Pour ma part, je trouve que l'auteure met à profit tous ces moments de descriptions et de digressions pour construire une toile d'araignée qui se justifie en fin d'ouvrage. Nul besoin d'aller droit au but si c'est pour perdre l'âme d'une histoire en cours de route, je préfère largement comme ici que l'auteur prenne tout le temps nécessaire pour construire quelque chose de qualité. D'autant plus que l'histoire est passionnante.

Nel a toujours habité la maison familiale sur la rivière. Avec le temps, elle a développé une fascination morbide pour cette eau sans cesse en mouvement et lui voue un respect sans bornes. C'est pour cette raison qu'elle décide un jour d'écrire un ouvrage sur elle et sur le "Bassin aux noyées", connu dans toute la région et à l'aura si particulière. En ces lieux, de nombreuses légendes circulent, des femmes attristées s'y seraient suicidées, des sorcières y auraient été noyées... Et c'est au même endroit que Nel trouvera la mort. Peu de temps après une jeune fille de 15 ans. Par désespoir ? Parce qu'elle a voulu réveiller de vieux démons ? Parce que personne à Beckford ne voulait remuer le passé ?

C'est dans ces conditions difficiles de deuil que Julia va revenir dans son village natal, rencontrer sa nièce, s'occuper d'elle et essayer de comprendre ce qui s'est réellement passé. Entre répulsion de revenir sur les lieux de son enfance, douleur de perdre sa soeur, souvenirs enfouis et révélations surprenantes, ce roman soulève bien des questions sur l'acceptation de soi, le pardon, la propension à se délester des moments pesants de nos vies pour avancer. Les personnages sont fins et justes, leur psychologie complexe, l'écriture est bien mieux maîtrisée ici et l'ensemble est plus que réussi.

Secrets de famille, deuil, fantômes du passé, culpabilité : voici quelques-uns des ingrédients du nouveau roman de Paula Hawkins. "Au fond de l'eau" est un ouvrage à déguster frappé et à consommer sans modération !

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samedi 22 juillet 2017

"La Ligne de sang" de DOA

La Ligne de sang

L'histoire : Cela n'aurait pu être qu'un banal accident de moto sur les hauteurs de la Croix-Rousse. Un homme dans le coma victime d'un accrochage... C'est le début d'une enquête des plus troubles menée à l'instinct par les officiers de police Marc Launay et Priscille Mer. La victime, entourée de mystères, est bien trop inquiétante. Tout sue l'angoisse et la peur dans sa grande maison vide. Trop de portes fermées, de questions, de silences oppressants. Sa compagne même a disparu, comme volatilisée, et personne ne sait rien. Jamais cette dernière ne mentionnait son nom. Jamais elle ne parlait de lui. A sa demande. Comme s'il avait voulu ne jamais exister. Comme s'il avait souhaité que personne ne puisse un jour savoir ce qu'il était vraiment...

La critique Nelfesque : DOA est un auteur que j'aime beaucoup. Il ne fait pas toujours dans la facilité et ses romans peuvent demander un effort aux lecteurs et se révéler exigeants mais quel plaisir à chaque fois !

"La Ligne de sang" est un thriller plutôt accessible mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Ce qui commence comme une enquête banale va plonger peu à peu nos deux officiers de police dans un tourbillon d'effroi. DOA ne fait pas dans la dentelle et ne ménage pas ses lecteurs tant par les idées soulevées ici que dans les scènes à la limite du soutenable pour les non-initiés. Les amateurs de thriller jusqu'au-boutiste quant à eux seront plus que ravis. C'est mon cas et je dois avouer que j'ai adoré ce roman qui ne cesse de monter en puissance et en pression durant toute la lecture.

Rien de plus banal qu'un accident de la route. Lorsqu'un motard est retrouvé dans le coma suite à une collision, la routine policière se met en place. On met en lumière les circonstances de l'accident et on tente de prévenir les proches. Très vite, une zone d'ombre va apparaître autour de cet homme. Sa petite amie s'est volatilisée et est injoignable et sa famille est plus qu'étrange. Tout cela est bien trop flou pour Marc Launay qui va entraîner sa collègue Priscille sur les traces de son passé. D'autant plus qu'il craint le pire pour la petite amie que rien ne disposait à se comporter de la sorte...

"Moui, bon, c'est assez banal ton histoire là Nelfe..." me direz-vous. Oula ! Détrompez-vous ! Tout ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg ! Et en dessous, croyez-moi, il y a de quoi frémir... Ce que Marc et Priscille vont découvrir est inimaginable (et je me garderai bien de vous donner des détails ici). DOA emmène alors son lecteur dans un univers sombre, glauque et pour le moins ésotérique. Déviances, magie noire, occultisme sont au coeur de ce roman qui nous emmène du centre ville de Lyon où débute l'histoire aux pentes escarpées des Alpes. Villages de montagne, habitants taiseux, ici les gens de la ville ne sont pas les bienvenus. Et que penser de l'état du motard qui, pendant ce temps, ne cesse d'évoluer entre dédoublement de la personnalité, possession et démonstrations de violence surhumaine...

Sans jamais tomber dans la caricature, DOA ne cesse de nous surprendre et maîtrise la tension comme personne dans ce roman. Il entraîne le lecteur vers des contrées insoupçonnées et le fait passer par tous les états. Jusqu'à la scène de fin, bouquet final incroyable, on est sur les dents jusqu'à la dernière page ! Amateurs de rebondissements, d'univers sordides et d'histoires prenantes, vous aimez être surpris et prendre votre pied avec un thriller qui sort du lot, n'hésitez plus, "La Ligne de sang" a toutes les qualités pour vous faire vivre un excellent moment de lecture. On en redemande !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Citoyens clandestins"
- "Le Serpent aux mille coupures"

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mardi 18 juillet 2017

"Le Feu de Dieu" de Pierre Bordage

Le Feu de DieuL'histoire : Prévoyant la catastrophe, Franx a convaincu les siens de fortifier le Feu de Dieu, une ferme du Périgord, conçue pour une autonomie totale de plusieurs années. Mais le cataclysme le surprend à Paris et, pour rejoindre sa famille, il entreprend une impossible odyssée, à pied dans des ténèbres perpétuelles, en compagnie d'une autre survivante, une petite fille muette. Pendant ce temps, dans l'arche transformée en bunker, sa femme et leurs deux enfants se retrouvent sous la menace d'un dangereux paranoïaque qui a pris possession des lieux...

La critique Nelfesque : Bordage est un auteur qu'aime beaucoup Mr K. De mon côté, j'ai lu il y a quelques années "Abzalon" que j'ai fortement apprécié. Avec "Le Feu de Dieu", on change complètement de lieu et de thème. Dans un monde post-apocalyptique, Pierre Bordage nous emmène sur les routes de France, sur les traces de son héros qui tente de rallier Paris à sa ferme survivaliste du Périgord.

Le Périgord est une région à laquelle je suis très attachée et je dois dire que pour cette lecture, c'est mon côté chauvin qui m'a fait m'intéresser à ce roman. Pourtant du Périgord, nous ne verrons pas grand chose ici. La fin du monde est là, la Terre craque, les plaques tectoniques se déplacent, de nouvelles se forment, un froid glacial et meurtrier s'abat sur le monde. Alors que Franx a mis en place avec l'aide de sa famille et de sa communauté, une forteresse pour faire face à cet événement qu'il savait inéluctable et proche, le destin fait que le jour J, il se retrouve bien éloigné de ses proches et l'histoire se scinde ainsi entre son expédition pour rejoindre la ferme et la vie qui s'organise dans cette arche périgourdine.

Même si il n'y a pas de grosses surprises dans cette lecture, on passe un excellent moment à suivre les aventures des uns et des autres. La route est balisée, ça se lit extrêmement facilement. Les fans de SF, biberonnés aux ouvrages exigeants, trouveront sans doute que l'ensemble est ici certes intéressant mais bien trop simple. Pour ceux qui comme moi lisent un ouvrage ou deux de ce type de temps en temps, "Le Feu de Dieu" fait bien le job ! Rajoutez à cela une dimension thriller psychologique au sein de la ferme avec un huit clos oppressant et un personnage tête à claques que l'on aimerait bien éviscérer de ses propres mains et vous obtenez un roman de 440 pages qui se lit en moins de temps qu'il ne faut pour dire ouf.

Parce que chez Bordage tout parait naturel. Ici, il nous dépeint un univers post-apo, une France métamorphosée, des rapports aux autres en pleine mutation et une force intérieure qui pousse chacun à aller au delà de ses forces. L'écriture est fluide, rien ne vient heurter la lecture et l'addiction se fait sentir très vite. On retrouve ici quelques thématiques chères au coeur de l'auteur, comme la spiritualité, et le lecteur le connaissant bien s'amusera de retrouver, aux détours d'une de ses pages, un personnage qui lui ressemble énormément. "Le Feu de Dieu" est un roman malin qui décortique les liens qui unissent les hommes, montre la folie qui peut se cacher au fond de chaque être et dans des conditions extrêmes se révéler au grand jour. Et puis il y a la notion de l'amour. L'amour au sens large, l'amour filial, l'amour qui unit deux êtres et l'amour de son prochain. L'espoir, la foi, l'aspiration à une vie simple et noble. Cette notion donne à l'ensemble une dimension spirituelle (qui relève de la pensée, de l'esprit et non de la religion) qui met du baume au coeur du lecteur, malgré les nombreux obstacles qui vont se dresser sur la route des personnages de cette histoire.

"Le Feu de dieu" est une belle surprise. Un roman simple et efficace qui amène le lecteur à se poser des questions sur le sens de la vie. Un chouette Bordage que l'on prend plaisir à lire. Un post-apo qui ne révolutionne pas le genre mais qui est bien mené, avec des idées intéressantes et une vision d'un monde dévasté crédible.

Autres ouvrages de Bordage chroniqués au Capharnaüm éclairé :
-
Atlantis : les fils du rayon d'or
- Hier je vous donnerai de mes nouvelles
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vendredi 23 juin 2017

"Ne dis rien à papa" de François-Xavier Dillard

9782714476234

L’histoire : Quatre jours et quatre nuits se sont écoulés avant que la police ne retrouve la victime dans cette ferme isolée. Quatre jours et quatre nuits de cauchemars, de douleurs et de souffrances, peuplés de cris et de visions imaginaires en face de ce jardin dans lequel elle a été enterrée vivante.

Sur un autre continent, loin de cet enfer, Fanny vit avec son mari et leurs jumeaux Victor et Arno. Leur existence bien réglée serait parfaite si elle ne percevait pas, au travers des affrontements qui éclatent sans cesse entre ses enfants, chez l’un, une propension à la mélancolie et, chez l’autre, un véritable penchant pour le mal. Chaque jour elle se dit qu’elle ne pourra plus supporter une nouvelle crise de violence, ces cris qui la replongent au cœur d’images qu’elle voudrait tant oublier... À n’importe quel prix...

Et lorsqu’un nouveau voisin s’installe dans la grande maison, elle souhaite offrir le portrait d’une famille parfaite. Mais chaque famille a son secret et le sien est le plus terrible qui puisse exister.

La critique de Mr K : François-Xavier Dillard avait fait assez grand bruit lors de la sortie de son premier roman intitulé Fais-le pour maman, titre que je n’ai d’ailleurs pas lu mais très apprécié sur la blogosphère. C’est donc avec sa dernière sortie littéraire, Ne dis rien à papa, que je découvre l’auteur et ce que je peux en dire en préambule c’est qu’il est efficace dans le genre, par contre pour l’originalité et la surprise, on repassera. Chronique d’une lecture agréable, rapide mais pas mémorable.

A travers des chapitres ultra-court (3 à 6 pages maximum), nous suivons à tour de rôle et de manière plus ou moins proportionnée différents personnages sans liens apparents entre eux : une mère de famille fleuriste à la vie réglée comme du papier à musique, un survivant d’un massacre ne comprenant pas où il en est, un policier menant l’enquête sur une série de meurtres particulièrement horribles de médecins. On nage en eaux troubles au départ car l’auteur se garde bien de livrer tous les éléments psychologiques et factuels liés à chacun d’entre eux. Vous vous doutez bien que tout va finir par s’imbriquer pour livrer une vérité bien dérangeante...

Autant le dire de suite, le principal défaut de cet ouvrage est qu’il respire le déjà-lu et pourtant par rapport à Nelfe, je lis beaucoup moins de polar/thriller page-turner. Très vite cependant, j’ai commencé à me douter de certains liens et de logiques de développement de personnages. Même si je n’ai pas découvert 100% des rouages de l’histoire, j’en ai capté une belle moitié dès les cent premières pages. Niveau suspens, l’effet est donc gâché et je suis arrivé à la fin de l’ouvrage un peu déçu de ne pas avoir été baladé davantage.

Dommage dommage... Car sur le reste, Ne dis rien à papa est de très belle facture. On accroche très vite aux personnages qui même s’ils ne sont pas très novateurs dans leur traitement proposent très vite une tension sous-jacente assez impressionnante. Le poids des secrets est de plus en plus lourd sur leurs épaules, le bateau des mensonges prend l’eau et à force d’écoper sans vraiment résoudre les soucis, l’équilibre est perdu et la vie de chacun ne sera plus jamais la même. Soupçon, paranoïa et meurtres sanglants se conjuguent allègrement dans une suite macabre et mortifère (les amateurs de passages bien thrash apprécieront les quelques fulgurances présentes dans le texte). Très vite tout espoir semble perdu et la dernière partie du roman livre des actes sans concession et une conclusion bien cruelle comme je les aime.

Le rythme rapide emballe de suite le lecteur et malgré la brièveté des tranches de vie ou de réflexion intimes qui nous sont données à lire, on plonge littéralement dans l’ambiance glauque et dérangeante du roman. L’écriture à défaut d’être exceptionnelle esthétiquement (on est loin d’un Dantec dans Les Racines du mal par exemple) est d’une remarquable efficacité, le mot page-turner est ici très adapté à cette lecture véloce et addictive. Reste qu’en refermant Ne dis rien à papa, même si sur le moment le plaisir est là, on ne retiendra pas grand chose de cette lecture si du moins on est un habitué du genre.

Étrange sensation donc, entre plaisir coupable et manque d’originalité frustrant. À chacun de se décider à tenter ou non l’aventure. Pour ma part, j’essaierai quand même de trouver le premier roman de l’auteur pour me faire une idée plus définitive sur lui.

Posté par Mr K à 17:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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mercredi 21 juin 2017

"Méthode 15-33" de Shannon Kirk

Methode 15 33L'histoire : Une jeune fille de seize ans, enceinte et sans défense, est enlevée en pleine rue et jetée dans une camionnette crasseuse. On la croirait terrorisé et vaincue. Il n'en est rien.
Prodige scientifique à l'esprit calculateur et méthodique, elle va mobiliser toutes ses ressources pour atteindre ses deux objectifs : sauver l'enfant qu'elle porte et assouvir sa vengeance.
De cette confrontation entre un groupe de ravisseurs sadiques et une adolescente aux tendances sociopathes, personne ne ressortira indemne.

La critique Nelfesque : "Méthode 15-33" est un roman que j'avais repéré lors de sa sortie en broché chez Denöel, début 2016. Un thriller qui m'avait l'air bien efficace, d'une auteure que je ne connaissais pas encore (et pour cause, pour l'instant ce présent ouvrage est le seul traduit en français).

Amateurs de thriller, ce roman est pour vous ! Je suis une habituée du genre et j'ai tendance à dire que les schémas se répètent souvent et que la surprise est malheureusement de moins en moins au rendez-vous. Lorsque l'on aime les thrillers et qu'on en lit beaucoup, force est de constater que les romans sont souvent bien menés et se lisent très bien mais on retombe facilement dans les mêmes chemins balisés, une ou deux petites pirouettes faisant l'originalité de l'ensemble. Il m'est de plus en plus rare de tomber sur un ouvrage qui dépote et qui me tienne véritablement en haleine non pas pour connaître la fin de l'histoire mais pour le personnage principal, sa personnalité et les surprises qu'elle nous réserve. Ce fut le cas ici et ça fait un bien fou !

Nous suivons l'histoire d'une adolescente qui, sur le chemin de l'école, a vu une camionnette s'arrêter à sa hauteur et la conduire vers l'enfer. En moins d'une minute, sans qu'aucun témoin ne remarque quoi que ce soit, sa vie bascule et elle se retrouve enfermée dans une pièce pour une raison qu'elle ignore. Avec peu d'égards pour elle, alors qu'elle est enceinte de plusieurs mois, ses ravisseurs ne lui donnent aucune explication, ne semblent pas vouloir demander de rançon pour sa libération et la traitent comme un vulgaire objet. Seul semble les intéresser son bébé et ils veulent qu'elle accouche le plus vite possible. Qu'adviendra-t-il d'elle ensuite ? Est-elle la seule à être victime de tels agissements ?

Au lieu de se morfondre et de paniquer, l'héroïne de "Méthode 15-33" diffère de la grande majorité des victimes de thriller classiques. Certains la trouveront too much, je la trouve burnée ! Que ça fait du bien de voir une jeune fille qui n'a pas les deux pieds dans le même sabot et qui met tout en oeuvre pour s'échaper de ce taudis. A certains égards, durant ma lecture, j'ai repensé au personnage principal de "Split" de M. Night Shyamalan, vu au cinéma en mars dernier.

Atypique, elle a un esprit sans cesse en éveil et analyse depuis sa plus tendre enfance tout ce qui l'entoure. Aussi dans cette pièce qui en apparence ne possède rien pour mettre en place un plan d'évasion, elle va répertorier dans sa tête l'ensemble des éléments qui la constitue et les étiqueter en item (item n°16 : radio réveil, item n°23 : écharpe à franges...). Elle va également noter tous les faits et gestes de ses ravisseurs lorsqu'ils se trouvent avec elle, noter leurs habitudes, calculer leur poids selon leur taille et leur corpulence... Tout cela dans un but bien précis : s'évader et les surpasser ! En attendant elle joue la victime, ne laisse rien percevoir et fomente son plan en secret, pendant 33 jours...

Disons le tout net, cette héroïne est l'élément qui fait toute la différence. Elle envoie clairement du bois et c'est un sentiment de jouissance qui habite peu à peu le lecteur. Fun et cathartique (oui moi ça m'éclate vraiment ce genre de bouquin), elle permet à tout à chacun de se défouler en lisant ce roman. "Boom, allez tiens prend ça ! Ah tu l'avais pas vu venir petit enc*** !" Accompagnez tout cela d'un rire sardonique et vous y êtes : le côté vengeur et justicier version "qui tache" du lecteur vient de se réveiller. On a affaire ici à la MacGiver de l'évasion, la sociopathie en plus.

Avec son héroïne froide et ses méchants vraiment très très méchants ("oula ils sont pas sympa eux, je leur confierai pas mes gosses..."), "Méthode 15-33" n'est pas un thriller des plus fins mais bon dieu qu'il fait bien le job ! Original de par son héroïne, sa construction et le ton employé, il révèle une auteure diablement efficace à suivre à l'avenir. Un excellent moment de lecture et un roman qui s'avale dans la journée. On en redemande !

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Folio. Merci à eux pour cette lecture.

Posté par Nelfe à 17:10 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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