samedi 26 juin 2021

"Parasites" de Ben H. Winters

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L’histoire : A Brooklyn Heights, Susan et Alex Wendt ont enfin trouvé l'appartement de leurs rêves! Un nouveau départ s'annonce pour le jeune couple...
Sauf que. Un redoutable fléau s’immisce dans leur quotidien. Des punaises de lit. Invisibles, assoiffées de sang et apparemment indestructibles... A-t-on affaire à une véritable invasion? Ou bien Susan perd-elle la raison ?

La critique de Mr K : Je vais vous parler d’un très bon thriller aujourd’hui avec Parasites de Ben H. Winters, un auteur que j’avais découvert et apprécié lors de ma lecture de Underground airline. On a affaire ici à un ouvrage plutôt de facture classique qui mêle habilement chronique familiale et terreur pure avec une héroïne qui semble sombrer peu à peu dans la folie... Mais l’est-elle vraiment finalement ? L’auteur s’amuse avec nos nerfs et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est efficace !

Susan Wendt a largué son travail pour se consacrer à la peinture, sa grande passion. Son mari Alex la soutient à 100% et pour marquer le coup, ils ont décidé de changer d’appartement et semblent avoir trouvé la perle rare qui conjugue bel emplacement et loyer modéré. Il ne reste plus qu’à trouver la bonne école maternelle pour la petite Emma et tout roulera. Mais voila, le destin est parfois facétieux et un grain de sable va dérégler le tableau idyllique. Découverte d’événements troublants s’étant déroulés dans le quartier et même dans l’appartement, une propriétaire affable mais intrusive, un travail accaparant pour Alex et des bébêtes rampantes du genre envahissantes que seule semble voir Susan vont faire basculer les choses dans la paranoïa et l’irrationnel. Personne n’en sortira indemne, je vous le dis... À commencer par le lecteur !

C’est bien simple, une fois débutée, cette lecture devient très vite addictive. La faute à un suspens maîtrisé et dosé à la perfection. Les débuts sont plutôt paisibles, l’auteur prenant son temps pour planter le décor de l’appartement (quasiment un personnage à lui tout seul) et caractériser le trio formant le noyau familial. Sans en faire trop mais avec un sens de la nuance très prononcé, on en apprend beaucoup sur le fonctionnement des Wendt, leurs relations intimes, leur histoire passée mais aussi leurs rêves et leurs désillusions. Il faut attendre la cinquantième page pour que les premières fêlures fassent leur apparition et l’on se rend compte que le prélude et les éléments avancés commencent à prendre sens et surtout à interagir entre eux.

On se concentre énormément sur le personnage de Susan durant l’ouvrage chez qui s’opèrent des changements profonds avec une psyché de plus en plus torturée. C’est rudement bien fait, la descente aux enfers est subtile puis complètement ahurissante. Ça en est flippant tant on assiste à sa déchéance et que l’on prend peur pour l’équilibre familial et ses proches. Obsessions, hallucinations, syndrome de Cassandre ? C’est un peu de tout ça à la fois. On multiplie les hypothèses qui bien souvent se révèlent fausses ou inexactes. La résolution pour le moins surprenante partagera sans doute les lecteurs par son aspect bien branque. Pour ma part elle m’a convenu même si j’aurais aimé avoir davantage d’explications sur le phénomène. La lecture en tout cas réserve son lot de tension et de moments glaçants avec une héroïne totalement en roue libre qui m’a bien des fois émue par sa fragilité mais aussi sa volonté de comprendre, quitte à adopter un comportement décalé voire franchement inquiétant. Mais face à un home invasion entomologique beaucoup de personnes je pense réagiraient plus ou moins de cette manière.

Le rythme d’abord lent s’accélère donc avec une maestria qui ne se dément jamais. L’écriture de Ben H. Winters y est pour beaucoup avec sa plume légère et vire-voltante qui vous capte immédiatement et ne relâche jamais son étreinte. On passe donc un excellent moment et l’on referme Parasites heureux et comblé par un thriller fort recommandable qui ravira les amateurs du genre.

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samedi 8 mai 2021

"Du bruit dans la nuit" de Linwood Barclay

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L’histoire : Paul Davis n'est que l'ombre de lui-même : huit mois plus tôt, ce professeur de littérature à l'existence sans relief a vu un assassin transporter des cadavres de femmes dans le coffre de sa voiture. Depuis, Paul subit les assauts d'un violent syndrome de stress post-traumatique. Comment se libérer de cette nuit d'horreur ?

Pour l'aider, son épouse l'encourage à coucher sur le papier les pensées qui le rongent et lui offre, pour ce faire, une vieille machine à écrire. Mais bientôt, aux images cauchemardesques de ses nuits viennent s'ajouter des bruits étranges, le tac tac tac frénétique des touches d'un clavier. Et plus inquiétants encore sont les messages cryptiques, tapés par la machine, que Paul découvre au petit matin.

Somnambulisme ? Machination ? Démence ? A moins que les victimes du tueur ne s'adressent à lui pour réclamer vengeance ? Avec le soutien d'Anna White, sa charmante psychiatre, Paul s'enfonce dans les méandres d'une enquête aux soubresauts meurtriers...

La critique de Mr K : Retour aujourd’hui sur ma lecture de Du bruit dans la nuit de Linwood Barclay, un auteur de thriller canadien que j’aime beaucoup et sait y faire pour maintenir le suspens. Cet ouvrage m’a laissé plutôt circonspect au départ car j’avais l’impression de tout deviner au fil des révélations et puis finalement, l’auteur a réussi à me cueillir en avançant d’ultimes pions que je n’avais pas vu venir. Si ça c’est pas la preuve qu’on a affaire à un bon thriller...

Paul est professeur de littérature dans une université où il dispense sa passion des livres et notamment des œuvres dites "grand public" auxquelles il prête de belles qualités. Un soir alors qu’il rentre chez lui, il aperçoit une voiture devant lui qui fait des embardées et reconnaît le véhicule de son mentor, professeur de sciences dans la même institution. Quelle n’est pas sa surprise quand l’ayant suivi puis approché lorsque ce dernier s’est arrêté sur le bord de la route de découvrir qu’il cherche à se débarrasser de deux cadavres de femmes égorgées ! Le temps de réaliser cela, l’assassin lui assène un terrible coup de pelle le laissant inconscient... Quand il se réveille le lendemain, son collègue a été arrêté, il sera ensuite condamné à une longue peine de prison.

L’action reprend après ce prologue huit mois plus tard. Paul, un homme plutôt discret et pas des plus sûrs de lui au départ est dans une mauvaise passe. Malgré une femme aimante qui a eu très peur pour lui suite à cet "accident" et qui depuis est aux petits soins pour lui, il sombre peu à peu dans la dépression et subit de plein fouet un violent stress post-traumatique avec notamment des cauchemars particulièrement éprouvants où il revit la fameuse scène où Kenneth (le tueur) apparaît régulièrement et le menace dans des flashs d’une horreur totale, fruit d’un inconscient qui travaille et mouline au maximum. Pour l’aider, sa femme lui offre une vieille machine à écrire pour qu’il écrive ses souvenirs et pensées qui lui viennent tout en continuant ses séances avec sa psychiatre. Loin de l’aider, ce don va devenir une vraie malédiction car figurez-vous que la machine tape des messages dans la nuit sans que personne ne soit derrière le clavier ! Paul déjà fragilisé s’enfonce dans l’obsession et la terreur avec des messages semblant venir d’outre-tombe adressés par les victimes non apaisées du tueur. Aïe aïe aïe...

Cette lecture a été très addictive immédiatement comme souvent avec cet auteur. Personnages bien troussés et multiples, ils révèlent leurs complexités petit à petit pour le plus grand plaisir du lecteur. Paul, sa femme, le meilleur pote toujours là en cas de coup dur, la psychiatre à la pratique professionnelle faillible par moment, le père de cette dernière atteint de sénilité, un patient plus qu’indélicat, une ex épouse soupçonneuse sur la santé mentale de Paul et pléthore de personnages secondaires s’entremêlent dans les pages de ce roman à tiroir où l’on soupçonne quasiment tout le monde à tour de rôle. Pour ma part, j’ai deviné assez vite ce qui se cachait derrière la trame principale et je dois avouer que je partais du coup sur une certaine déception. Quand on est un vieux briscard de la lecture, il est souvent difficile d’être surpris et clairement je ne m’attendais pas à la fin qui est venue retourner un certain nombre de certitudes après un événement assez fort intervenant au deux tiers du roman. Peu d’auteurs se permettent ce type de péripétie pour leur personnage principal et rien que pour ça ce thriller psychologique est une réussite car il emprunte alors des sentiers plus mystérieux et les révélations finissent par pleuvoir sans qu’on s’y attende.

À la manière d’un puzzle, les pièces nous sont livrées dans le désordre et même si le fil principal peut paraître faible pour les experts du thriller, le jeu en vaut la chandelle car sans qu’on le sache Linwood Barclay a déjà semé les indices qui vont permettre de densifier le récit et lui faire emprunter une route secrète bienvenue et franchement réussie. Certains personnages très peu esquissés ou abordés au détour d’une phrase ou d’un paragraphe vont s’avérer cruciaux pour la résolution finale, tout s’imbrique parfaitement comme un savant travail de construction entre minutie et liens secrets. C’est brillamment exécuté et c’est le sourire aux lèvres qu’on referme l’ouvrage.

Comme d’habitude avec Linwood Barclay, c’est très bien écrit. À la fois simple et efficace, il ne fait jamais l’économie de la caractérisation de ses personnages qui malgré quelques aspects caricaturaux fascinent et engagent le lecteur vers la voie de l’empathie. Ça se lit tout seul avec un plaisir renouvelé et franchement en tant qu’amateur de suspens je ne suis pas resté sur ma faim. Un beau titre que je vous invite à découvrir si vous êtes amateur du genre et des histoires tortueuses à souhait. Vous ne serez pas déçus !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Cette nuit-là
- Crains le pire
- Les Voisins d'à côté

mardi 27 avril 2021

"Le Placard" de Kim Un-Su

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L’histoire : Un trentenaire, après des années de formation et de tentatives, trouve enfin un emploi auprès d'un laboratoire public. L'unique tâche qui lui est confiée étant de vérifier le matériel livré chaque matin...

Ses journées se passent ainsi, entre l'ennui et la contemplation du vide. Il s’aperçoit vite qu’il n’est pas le seul à ne rien faire : ses collègues, ses supérieurs, passent leur temps à bricoler des maquettes de navires dissimulées sous le bureau, à feuilleter des encyclopédies...

Pour tromper l’ennui, il déambule dans le bâtiment et découvre le placard n°13. Là, il trouve des dossiers stupéfiants sur des "symptomatiques" : un homme au doigt duquel pousse un ginkgo, un autre qui veut devenir chat, des sauteurs du temps, des narcoleptiques insensés, des mosaïqueurs de mémoires, des extraterrestres exilés sur Terre, etc. : un catalogue de l'inimaginable réalisé. Surpris par Dr Kwon, maître du placard, il se voit contraint de devenir son assistant pour suivre ces dossiers et répondre aux appels des symptomatiques.

La critique de Mr K : Direction la Corée du Sud aujourd’hui avec un ouvrage inclassable se situant aux lisières de plusieurs genres. Le Placard de Kim Un-Su (auteur hautement remarqué à raison par son excellent Sang chaud) est entre le roman noir et le fantastique, chose qui détone dans le catalogue de la maison d’édition Matin Calme qui nous a habitué jusqu’ici plutôt aux genres thriller et polar. La qualité littéraire reste la même avec ici un récit à tiroir redoutable d’efficacité et des personnages tous plus barrés les uns que les autres. Il ne m’a pas fallu longtemps pour lire cet ouvrage à la fois frais et diablement addictif malgré une orientation sombre et sans réelle issue.

Le héros-narrateur s’apparente à un individu lambda, rien ne le fait vraiment sortir du lot. Physiquement passe-partout, solitaire à qui l’on ne reconnaît pas de réelle relation sociale (qu’elle soit amoureuse, amicale ou même familiale), il vit en vase clôt, sans se presser, contemplant avec langueur sa vie depuis la fin de ses études. Clairement, il ne brille pas par son ambition et son dynamisme, élément surprenant dans un pays comme la Corée du Sud qui prône le dépassement de soi, la notion de productivité et la connectivité. Son quotidien morne le mène nul part mais ça n’a pas l’air de le déranger.

Et puis, le destin comme souvent va se jouer de lui. Il décroche un travail dans un laboratoire dont les recherches lui échappent au départ. Il se retrouve dans un bureau avec quasiment rien à faire si ce n’est réceptionner des colis et apposer sa signature pour vérifier leur contenu. Interloqué par cet état de fait (être payé correctement en ne faisant rien), au bout de quelques mois, il se rend compte que finalement personne ne fait rien dans l’immeuble, qu’il n’est pas le seul dans ce cas là et quelque soit le service concerné. En voulant faire passer le temps, il ouvre un placard à combinaison qui lui faisait de l’œil depuis trop longtemps et met à jour des dossiers de patients pour le moins surprenants. Un mystérieux Dr Kwon officiant dans l’entreprise reçoit des personnes souffrant de troubles et maladies très particulières qui auraient piqué au vif Fox Mulder des affaires non classées ! Très vite démasqué par le fameux médecin, le narrateur se retrouve embauché par lui pour faire le ménage, s’occuper de la paperasse et même recevoir ou appeler certains cas. Le voila devenu assistant sans vraiment le vouloir... Mais attention, plus de responsabilités peuvent parfois vous mener à votre perte...

Le roman est divisé en trois parties qui ne sont pas forcément chronologiques. Ainsi, on débute avec quelques cas venus au laboratoire. On croise nombre de personnalités étranges dans cet ouvrage avec notamment un homme qui voit un arbre lui pousser au bout d’un doigt, d’autres font des bonds dans le temps, certains dorment des semaines entières, et quelques spécimens dans le monde se nourrissent de verre ou de pétrole... Vous l’avez compris, c’est complètement délirant et l’on tombe littéralement de Charybde et Scylla en lisant cet ouvrage. Les chapitres s’enchaînent avec un plaisir certain mais le lien est tout d’abord ténu... Vers quoi nous dirige l’auteur en accumulant les cas pathologiques et / ou psychologique ? Puis certains personnages reviennent dont une femme travaillant au même endroit que le héros, le Dr Kwon se fait plus présent et puis viennent dans l’intrigue des hommes en noir redoutables qui voudraient bien mettre la main sur les dits dossiers et certaines caractéristiques de patients. On passe alors du récit de découverte sidérante à une trame bien noire mettant en avant des enjeux secrets et des velléités de pouvoir qui ne s’embarrassent pas de considérations morales. Le dernier acte est tranchant à plus d’un titre et verra la vie du héros changer considérablement.

En plus de cette dimension marrante, désarçonnante, ce roman (qui est le premier de l’auteur dans sa bibliographie) est une critique à peine voilée de la Corée du Sud. Quand on lit les éléments biographiques concernant Kim Un-Su, il est dit qu’il s’est retiré de la vie trépidante des grandes villes pour s’isoler. Ce livre met le doigt sur ses préoccupations et sonne, à travers le personnage principal, ses préoccupations mais aussi celles des autres protagonistes, une charge sans faux semblants sur l’individualisme forcené, la course à la performance, les apparences et les jeux de pouvoir et de domination. C’est brillamment fait car à la fois insidieux et puissant. Le fantastique et le roman noir mêlés donnent une puissance incroyable à ce pamphlet qui n’en est pas vraiment un mais profite des circonvolutions de la narration pour lâcher les chevaux. C’est tout bonnement jubilatoire !

Et puis l’écriture de l’auteur est une petite merveille. Comme dans son précédent roman, il y a un art de la caractérisation, un amour pour les personnages qui confine au génie et donne à l’ensemble une certaine volupté, une profondeur confondante qui nous capture et ne nous relâche jamais pendant toute la lecture. Un excellent roman qui ne ressemble à rien d'autre, un OLNI. Entre fantastique, roman noir avec ses personnages complètement branques et une mélancolie diffuse qui nous renvoie à nos errances d'homme soi-disant moderne, on prend une belle claque avec une conclusion sans appel. Courez-y, si vous êtes amateurs !

lundi 2 novembre 2020

"Les filles mortes ne sont pas aussi jolies" d'Elizabeth Little

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L’histoire : Donnez-moi un film, et je trouverai la vérité.

Au départ, elle n’a rien d’une enquêtrice. Timide, un brin asociale, elle s’efforce d’éviter les ennuis. Marissa Dahl est surtout une étonnante monteuse de films. Engagée sur un long métrage dont le tournage a lieu sur Kickout Island, elle fait la connaissance du metteur en scène Tony Rees, réputé pour son comportement tyrannique. Très vite, elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond : une atmosphère de secrets et de paranoïa, des acteurs persécutés... Le film reconstitue une histoire vraie, celle du meurtre non élucidé, vingt ans plus tôt, de Caitlyn Kelly. Pourquoi un tel projet ? Marissa n’en sait pas assez. Elle veut en savoir plus, bientôt elle en saura trop. Alors, il sera trop tard pour revenir en arrière...

La critique de Mr K : Chronique d’une petite perle de suspens aujourd’hui avec Les filles mortes ne sont pas aussi jolies d’Elizabeth Little, un thriller tout juste sorti chez Sonatine qui se révèle addictif à souhait. L’univers du cinéma, un lieu clos et isolé, une héroïne particulièrement perchée sont les ingrédients de cette lecture que j’ai effectuée en un temps record tant j’ai été happé par le contenu et le style.

Dans la première partie de l’ouvrage, on fait connaissance de Marissa, monteuse au cinéma, un personnage que je ne suis pas près d’oublier. Elle est en route vers son nouveau lieu de travail, le tournage du dernier film du réalisateur le plus en vue du moment. Durant une petite centaine de pages, elle se dirige vers cette île perdue dans le Delaware (côte est des USA) et via des flashback bien sentis, on en apprend plus sur elle: un amour déçu, sa relation quasi fusionnelle avec sa meilleure amie (une réalisatrice prometteuse), son départ précipité de chez sa colocataire et surtout quelqu’un qui connaît de gros soucis de sociabilisation depuis son plus jeune âge entre timidité, inadaptation, doute perpétuel sur elle-même et réparties cinglantes. On se prend directement d’affection pour elle et l’on ne voit pas les pages se tourner tant on rit devant ses monologues intérieurs, ses hésitations et son incapacité chronique à nouer toute relation constructive avec qui que ce soit.

Puis après la traversée du bras de mer, la voila arrivée sur l’île où a lieu le fameux tournage. Un tournage maudit car bien des personnes ont déjà été virées (dont son prédécesseur) ou ont donné leur démission. Le réalisateur est connu pour sa dureté, les conditions de travail sont éprouvantes et chacun doit signer une clause de confidentialité longue comme le bras. L’ambiance est donc très tendue, limite paranoïaque, pour un métrage dont le sujet parle d’un fait divers jamais élucidé. L’ombre d’une jeune morte plane donc dans ces lieux, les anciennes blessures ne sont pas forcément refermées pour la population locale et quand une nouveau décès endeuille l’île, l’emballement est de mise et l’on se retrouve dans un ouvrage "Who’s done it ?" assez savoureux dans son genre.

Je suis tombé donc très vite accro de ce roman qui est à la fois rafraîchissant et très bien construit, fournissant un suspens incroyable. Derrière des personnages parfois à priori anodins, des situations cocasses (on rigole énormément des maladresses de Marissa), se cache un récit bien tranché qui ne ménage pas le lecteur en terme de rebondissements et de révélations. Bien malin celui qui découvrira les rouages profonds de cette histoire plutôt basique mais aux ramifications complexes. Pas du tout détective dans l’âme, Marissa va cependant se retrouver à jouer les premiers rôles bien malgré elle en compagnie notamment d'un duo improbable de gamines fans d’enquêtes. Rajoutons par dessus un chauffeur baraque et sensible séduit par une héroïne troublée et désagréable avec lui et vous avez une alchimie délicate et fun qui se crée autour des protagonistes. On passe un très bon moment avec eux et chacun réserve son lot de surprise et d’attachement finalement.

On enchaîne les chapitres avec un plaisir renouvelé. L’ambiance est admirablement rendue, la langue accessible et souple multiplie les effets efficaces. Rajoutez là-dessus des références cinématographiques pointues et jubilatoires, une exploration du fonctionnement d’un tournage entre humeurs des uns et des autres, problèmes techniques, affrontements d’ego et vous obtenez un ouvrage malin, réjouissant et totalement réussi à la manière d’un bon film hichcockien. Les amateurs ne peuvent s’y tromper, Les filles mortes ne sont pas aussi jolies est un thriller à lire assurément.

samedi 12 septembre 2020

"Vongozero" de Yana Vagner

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L’histoire : Anna vit avec son mari et son fils dans une belle maison près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population. Dans la capitale en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler à tout instant. Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin... Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

La critique de Mr K : Cet ouvrage m’avait échappé lorsqu’il était paru aux éditions Miroboles en 2014. Et pourtant, Vongozero de Yana Vagner avait tout pour me plaire et il a fallu que je retombe dessus à la faveur d’une critique élogieuse sur un blogami pour que je repense à lui et que je me décide enfin à l’acquérir mais dans le format poche pour le coup. Oh que j’ai bien fait ! Voilà un ouvrage qui m’a bien scotché avec son ambiance post apocalyptique crépusculaire hyper réaliste et son traitement psychologique d’orfèvre. Accrochez vous, ça va chauffer au pays du grand froid !

Une épidémie sévit dans le monde entier, les morts se comptent en millions. Le virus (qui à certains égards rappelle le COVID19) s’étend inexorablement et les villes dont celle de Moscou sont mises en quarantaine. Anna vit en proche banlieue et voit un jour son beau père arriver à l’improviste pour prévenir son fils qu’il faut partir au plus vite, les gens paniquent et les pillards ne sont plus loin. La seule solution ? Fuir ailleurs, loin, très loin des hordes qui risquent de déferler. Avec son mari, son enfant, les voisins puis l’ex-femme et le premier enfant de son mari, les voila partis sur les routes vers un refuge possible, une cabane au bord du lac Vongozero situé dans la région nord du pays à la limite de la frontière finlandaise. On se doute bien que la folle équipée ne sera pas de tout repos...

Dans ce récit de survie qui décrit une fin du monde basée sur une crise sanitaire sans précédent, l’auteure prend son temps. Ne vous attendez donc pas à un rythme trépidant, à une accumulation de scènes chocs ou d’exploits individuels phénoménaux. C’est plus la description du voyage et des rapports psychologiques qui s’instaurent entre les protagonistes qui sont au centre de ce récit. Tous les personnages sont fouillés à commencer par Anna qui raconte l’histoire de son point de vue et n’hésite pas à nous faire partager ses pensées les plus profondes. Loin d’être lisse, cette héroïne doit accuser le coup : perdre du jour au lendemain sa maison, partager son intimité avec des étrangers et même l’ex de son mari. Les tensions apparaissent très vite, les caractères s’affirment, l’atmosphère devient lourde accentuée par les tiraillements de la faim, les dangers qui peuvent surgir à n’importe quel moment et la quête constante de carburant pour pouvoir avancer toujours plus loin et peut-être atteindre leur but.

On suit avec appréhension ce périple en voiture long de plusieurs centaines de kilomètres dans des conditions climatiques très difficiles (c’est l’hiver en Russie, il fait très froid vous imaginez !), les paysages semblent désertés, des villages et des villes sont livrées à elles-mêmes et au pillage. On se méfie de tout et de chacun, la contamination est toujours possible faisant monter d’autant plus un sentiment de crainte voire de paranoïa. Les obstacles sont nombreux et l’on s’y croirait, la narratrice racontant le moindre détail de ce voyage éprouvant, du quotidien de ses infortunés compagnons de voyage, quasiment aucune ellipse n’est employée ici, on suit donc l’action et le temps qui passe sans jamais rien rater. Certains trouveront cette lecture monotone, ennuyante (je l’ai aussi lu sur le net), j’ai trouvé cela hypnotique, assez novateur et proche dans l’esprit d’un La Route de McCarthy (un ton en dessous tout de même).

Vongozero se lit très facilement, j’ai aimé la souplesse et l’accessibilité de cette écriture très incisive et immersive comme jamais. Les 540 pages se parcourent à vitesse grand V et on en redemande. Ça tombe bien, il y a une suite, Le lac, qui s’annonce comme un huis clos sous haute pression. Je n’attendrai pas aussi longtemps que pour celui-ci pour le lire !


jeudi 2 mai 2019

"La Mer qui prend l'homme" de Christian Blanchard

La Mer qui prend l'hommeL'histoire : Au large des côtes du Finistère, un chalutier à la dérive est localisé. Lors de l'opération de sauvetage, une femme est retrouvée dans une remise, prostrée, terrorisée et amnésique. Le reste de l'équipage a disparu.
Parmi eux se trouvaient trois anciens militaires français. Xavier Kerlic, Franck Lecostumer et Paul Brive avaient embarqué sur le Doux Frimaire à Concarneau, encadrés par le lieutenant Emily Garcia, des services sociaux de la Défense. Celle-ci devait expérimenter avec eux une méthode de lutte contre le stress post-traumatique en les insérant dans un groupe d'hommes soudés par de rudes condition de travail - les marins du Doux Frimaire.
"Je ne le sens pas, ce coup. Qu'est-ce qu'on vient faire dans cette galère ?" avait lancé Franck en montant à bord, avant que le chalutier ne lève l'ancre en direction de la mer d'Irlande et ne disparaisse des radars...

La critique Nelfesque : Voici un roman qui a éveillé ma curiosité lors de sa sortie en fin d'année dernière. Avec La Mer qui prend l'homme, on nous promet un thriller haletant, un huis clos étouffant sur le pont d'un bateau de pêche au large des côtes bretonnes. Malgré toutes ces bonnes intentions, force est de constater que le soufflé retombe. Explications.

Un cadre breton, Concarneau en trame de fond, un bateau dans une mer déchaînée, des anciens militaires traumatisés par des événements vécus sur le terrain : voici quelques ingrédients qui sur le papier ont tout pour me plaire. J'aime la Bretagne et j'y vis avec mon breton de mari depuis des années. J'aime particulièrement Concarneau, berceau de l'enfance de Mr K, et je me suis amusée à parcourir ses rues en lisant ce roman. Le décor est planté, je n'ai pas besoin de faire preuve de beaucoup d'imagination, je suis prête à embarquer sur le Doux Frimaire, ce bateau de pêche où Xavier, Franck et Paul doivent prendre place.

Le principe de placer ces trois anciens militaires dans une situation inconnue et particulièrement marquante afin de soigner leur stress post-traumatique est une idée qui me plaît bien. J'aime les personnages cassés par la vie dans les thrillers et on se trouve ici dans une configuration que je n'ai encore jamais rencontré dans un roman. Chouette, ça promet !

Xavier, Franck et Paul se connaissent depuis longtemps mais ne se fréquentent plus depuis une mission commune sur laquelle ils ont travaillé ensemble en Afghanistan. Un quatrième larron manque à l'appel : Walter, retrouvé mort dans sa maison de l'île de Batz en début de roman. Pourquoi ne se sont-ils jamais revus depuis leur retour de mission ? Pourquoi les convier aujourd'hui à cette expérience ? Tout sera expliqué, et ira même au delà de nos espérances, dans les plus de 300 pages que compte cet ouvrage.

Et c'est bien le "au delà de nos espérances" qui pose problème. Le background est extrêmement bien mené, le passé des militaires est passionnant et l'écriture de Christian Blanchard vive et efficace donne un rythme bienvenu à l'ouvrage. Nous suivons en parallèle l'enquête sur la mort de Walter sur l'île de Batz et les aventures des pêcheurs et des militaires sur le bateau avec par moment des flashbacks nous ramenant sur le théâtre des opérations en Afghanistan. Tout part pour le mieux, l'ensemble est efficace et le roman est vraiment prenant jusqu'au moment des révélations finales, ce moment où nous tombons dans le rocambolesque et le what the fuck. Patatra, tout se casse la figure et c'est une grosse déception.

Le rythme s'accélère, le lecteur est pris dans une urgence digne des plus grands thrillers. Les pages se tournent et on en redemande. Mais comme dans un excès de confiance, pris par cette dynamique endiablée, l'auteur part dans des délires au moment de porter l'estocade à son roman. D'abord ébahie par l'ampleur de la révélation, j'ai commencé à sourire pour partir franchement en fou rire quelques secondes plus tard tant la révélation est grossière et grand-guignolesque. Se marrer sur les dernières pages d'un thriller censé faire froid dans le dos, avouez que c'est ballot... Rater une marche ou se prendre les pieds dans un tapis m'aurait fait la même impression.

Tout n'est donc pas à jeter dans "La Mer qui prend l'homme" (tintintin) mais, vous l'aurez compris, le trop est l'ennemi du bien. Dans la même veine, je pense qu'il existe des romans bien plus solides sur des thématiques semblables à celles soulevées ici et qu'une bonne idée ne fait pas forcément un bon livre. A méditer...

Posté par Nelfe à 17:16 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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mercredi 19 décembre 2018

"Les Illusions" de Jane Robins

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L'histoire : Jusqu'où peut-on s'immiscer dans la vie de ses proches ?
Callie a toujours vécu dans l'ombre de sa sœur, Tilda, à qui tout réussit. Celle-ci est actrice et forme un couple heureux avec Felix, un riche banquier, alors que Callie vit seule et végète dans la librairie où elle travaille. Si elle admire toujours autant sa sœur, elle ne peut néanmoins s'empêcher de penser que quelque chose se cache sous ce vernis de perfection. Tilda ne serait-elle pas sous l'emprise de Felix, dont les comportements obsessionnels sont de plus en plus inquiétants ? Ou bien Callie se fait-elle des illusions ? N'est-ce pas plutôt elle qui a un problème avec la réussite de Tilda ? Lorsque Felix décède d'une crise cardiaque, les relations entre les deux sœurs prennent un tour complètement inattendu.

La critique de Mr K : Petite incartade dans le domaine du thriller psychologique aujourd'hui avec ce titre paru cette année aux éditions Sonatine, une maison d'édition de qualité qui n'a plus à faire ses preuves en matière d'ouvrages angoissants au suspens intenable. Dans Les Illusions de Jane Robins, on suit la trajectoire de deux sœurs jumelles que tout semble opposer. Mais une mort à priori anodine va mettre le feu aux poudres et déclencher une véritable tempête intérieure difficile à stopper. Autant vous le dire de suite, j'ai beaucoup aimé cette lecture qui a défaut d'être d'une originalité folle a eu le mérite de me tenir en éveil longtemps le soir et m'a proposé des portraits de femmes "légèrement" dérangées d'une rare acuité.

Tilda et Callie sont jumelles. L'une est une actrice reconnue quoique légèrement sur le déclin, l'autre vit dans son ombre, elle n'est qu'employée de librairie. L'une vit une parfaite idylle avec un beau banquier plein aux as, l'autre vit des aventures expéditives et sans lendemain. L'une est un Soleil égocentrique à qui tout réussit, l'autre est lunaire, attentive et possède un don de soi indéniable qui pourrait bien la faire sombrer... Quand le nouveau mari de Tilda meurt d'un accident cardiaque, la vie de Callie s'en voit chambouler. Mais pour bien comprendre les mécanismes en marche, il faut remonter un peu, lors d'un goûter d'anniversaire des sept ans des jumelles, lors de la première rencontre entre Callie et Felix le mari de Tilda, les intuitions et les recoupages de plus en plus insidieux qu'opère l'héroïne. Quand tout est enfin en place, l'édifice peut s'effondrer...

La toute première qualité de ce roman est son caractère addictif. Je ne m'en cache pas, ce n'est pas le genre d'ouvrage que je lis le plus mais avec cette lecture, au bout de deux chapitres j'ai été pris par l'histoire. On retrouve les ficelles habituelles qui font le succès du genre : des personnages ciselés au cordeau (j'en reparle juste après), des événements qui se télescopent, des zones d'ombre savamment entretenues pour faire naître le mystère et intriguer le lecteur, et des révélations millimétrées et non définitives qui renouvellent la trame et l'obscurcissent davantage. On se régale donc à suivre les errances de Callie qui de voies de garage en impasses doit en plus se battre contre elle-même et ses tendances à la paranoïa.

Les personnages sont donc très réussis et leur développement prime presque sur les ressorts de l'intrigue, si vous aimez les protagonistes détaillés et décortiqués, vous allez être ici servis. On retrouve évidemment des figures imposées avec notamment une opposition très forte entre les deux sœurs. Le contraste apporte forcément un intérêt chez le lecteur et met en lumière les failles de ces deux êtres en perdition chacun à sa manière. En soi, les deux femmes ne sont pas des plus agréables. On peut même dire qu'elles sont agaçantes mais au fil de la lecture, on explore vraiment le fond de leurs âmes, leurs motivations, leur essence mais de deux manières différentes. Comme on colle au plus près Callie, on la connaît bien, on la suit dans son quotidien et ses doutes (vous verrez ils sont nombreux et lui pourrissent l'existence). Par contre, pour Tilda, c'est plus nébuleux. On ne la perçoit qu'à travers le regard, les impressions et les perceptions de sa sœur. Très vite se pose la question de l'objectivité de Callie, de ce qui relève du réel, du fantasme ou du délire. J'ai aimé cette promenade d'équilibriste au cœur d'un esprit humain perturbé. Honnêtement, très vite, on ne sait pas à quel saint se vouer !

Tout autour des deux figures centrales gravitent une série de personnages secondaires qui bien que moins développés apportent leur pierre à l'édifice : la patronne-amie de Callie qui tente d'apporter confort et soutien à sa jeune protégée, Felix le mari ombrageux obsédé par la propreté et ultra protecteur jusqu'à l'excès, Wilf l'amoureux transi qui n'arrive pas à saisir la personnalité de sa prétendante, Belle et Scarlet deux connaissances du net qui partagent bien plus que des confidences de femmes avec Callie... Ils sont autant de repères qui sont censés ancrer les deux sœurs dans la réalité mais gare aux illusions qui donnent son titre au livre ! Qu'elles soient virtuelles, familiales ou amicales, les relations humaines sont bien plus complexes qu'elles n'y paraissent et comme on épluche un oignon, on révèle en lisant ce livre les couches successives de nos existences et de nos aspirations. Attention à l'atterrissage, ça peut secouer sévère !

Les Illusions est très rapide à lire, redoutablement efficace en terme de suspens et la fin à défaut d'être flamboyante est froide et logique (j'aime ça aussi !). On passe un très bon moment en compagnie de Jane Robins et des personnages qu'elle adore malmener. L'écriture n'est pas exceptionnelle en elle-même, on ne tombe pas en extase devant les formulations et le style mais l'ensemble remplit le contrat : maîtriser un récit à tiroir à la dimension psychologique épatante et fournir un suspens non stop. Ce serait dommage de bouder son plaisir, non ?

mercredi 30 mai 2018

"Une Femme entre nous" de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen

hgfen

L’histoire: En ouvrant ce livre, vous allez imaginer beaucoup de choses.
Vous allez penser que c’est l’histoire d’une femme délaissée par son mari.
Vous allez croire qu’elle est obsédée par la maîtresse de celui-ci, une femme plus jeune qu’elle.
Enfin, vous vous attendrez à une histoire classique de triangle amoureux.
Un conseil : oubliez tout ça !

La critique de Mr K : Retour au thriller aujourd’hui avec Une Femme entre nous, ouvrage écrit à quatre mains par un duo bien déterminé à nous faire frémir ! Derrière une histoire à priori classique de couple en perdition et de tromperie, se cache un récit à rebondissements efficace, surprenant parfois et surtout maîtrisé de bout en bout. Suivez avec moi les pas de Jessica, Nellie et Richard dans une valse endiablée des sentiments et des pulsions.

L’ouvrage débute par des chapitres alternant deux points de vue différents. Jessica vit très mal son divorce avec Richard, elle ne supporte pas l’idée qu’il puisse refaire sa vie avec quelqu’un d’autre. Elle ressasse ses frustrations, son chagrin et nourrit une rancœur particulière envers sa future remplaçante à laquelle elle semble préparer une surprise plus que désagréable. Nellie quand à elle prépare son mariage avec le beau Richard, prince charmant des temps modernes, aussi attentionné que prévenant. Derrière les apparences chacun cache son jeu entre vérités enfouies, perceptions et ressentis altérés et révélations fracassantes à venir.

On suit donc une femme blessée par l’échec de son mariage qui par petites touches bien senties revient sur les moments forts qu’elle a vécu avec Richard et la lente déliquescence de leur vie de couple avec en point de mire la volonté de faire un enfant et de constituer un véritable foyer. Le ver est dans le fruit, on le sent bien surtout qu’en parallèle, on vit les moments de grâce d’une nouvelle histoire d’amour qui pervertit l’esprit de l’épouse bafouée qui ne vit plus que par une volonté farouche de détruire ce nouveau bonheur naissant. Paranoïa, alcool, médicaments, folie galopante ne sont pas loin et contrastent avec la fraîcheur et la spontanéité de Nellie, la jeune femme tombée sous le charme d’un Richard qui veut tourner la page. Récit volontiers niaiseux pour le coup, tout cela semble trop beau pour être vrai tant les deux tourtereaux enfilent les perles et les clichés dans un conte de fées très contemporain : Les cadeaux et les déclarations d’amour, les points de convergences en terme de goût et de conversation. La tension monte d’autant plus que Jessica semble bien décider à fouler au pied ce bonheur récent...

Tout est très bien mené pendant le premier tiers du roman qui bascule ensuite vers d’autres horizons, l’équilibre instauré et les hypothèses du lecteur étant remis en question par un coup de théâtre qui remet tout en perspective : la nature de chacun, le mariage à venir et même l’identité des protagonistes. Bon, avec l’avertissement malencontreux des éditeurs en quatrième de couverture, je m’en suis un peu douté et comme je commence à avoir quelques expériences dans la lecture de thriller, je ne me suis pas fait avoir. À force de prévenir les lecteurs, ces derniers sont plus prudents et je n’ai donc pas été bluffé outre mesure (ce qui n’est pas le cas de nombres de blogueurs et blogueuses qui ont chroniqué aussi ce livre). Pour autant, ce renversement de situation est très plaisant et donne à voir une autre facette de chacun et l’on se demande bien où tout cela va nous mener. D’ailleurs cela va très très loin avec un deuxième, un troisième puis un quatrième coup de théâtre qui chacun leur tour rebattent les cartes et brouillent encore plus les pistes. Pour le coup, je me suis fait avoir à chaque fois ensuite !

Bien mené, redoutablement addictif (je vous mets au défi de reposer le livre avant la dernière page), on se plaît à rentrer dans l’intimité des personnages, à sonder leur âme et à découvrir toutes les aspérités de leur existence. Passé un premier acte plutôt convenu, ça fuse dans tous les sens et l’on ne sait plus à quel saint se vouer. Chaque détail compte et quand l’ensemble finit par s’imbriquer, on se retrouve bien penaud et heureux de s’être laissé mener en bateau. L’écriture est agréable, (on ne tombe pas dans le génie pour autant) et des situations / réactions sont très caricaturales (des scènes "obligées" dirons-nous, ce besoin d’absolution / rédemption qu’on retrouve dans la culture US dominante) mais au final, tout est détourné et déstructuré pour livrer des vérités pas forcément très bonnes à entendre pour les personnages. D’ailleurs aucun n’en sort véritablement indemne et les méfaits de l’amour ne sont plus à prouver quand celui-ci sort des rails.

Une Femme entre nous est une bonne lecture qui ravira tous les amateurs de suspens et de coups du sort qui peuvent faire basculer une vie et un esprit.

mercredi 14 mars 2018

"Emma dans la nuit" de Wendy Walker

EmmaL'histoire : Les sœurs Tanner, Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition de la communauté calme et aisée où elles ont grandi. Trois ans après les faits, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Interrogée par le FBI, elle raconte l’enlèvement dont sa sœur et elle ont été victimes et décrit une mystérieuse île où elles auraient été retenues captives. Emma y serait toujours. Mais la psychiatre qui suit cette affaire, le Dr Abigail Winter, doute de sa version des faits. En étudiant sa personnalité, elle découvre, sous le vernis des apparences, une famille dysfonctionnelle. Que s’est-il réellement passé trois ans auparavant ? Cass dit-elle toute la vérité ?

La critique Nelfesque : Wendy Walker est une auteure qui ne nous est pas inconnue au Capharnaüm éclairé. Mr K avait lu "Tout n'est pas perdu" à sa sortie en 2016 chez Sonatine et avait été particulièrement marqué par l'ouvrage. Cette fois ci c'est à mon tour d'être séduite. Wendy Walker nous propose ici un thriller psychologique diabolique et rondement bien mené.

Emma et sa soeur ont disparu il y a 3 ans. L'enquête pour les retrouver n'a rien donné, le mystère plane encore sur leur disparition. Etait-ce un enlèvement ? Une fugue ? Sont-elles encore en vie ? Certaines questions vont trouver leurs réponses un matin lorsque Cass frappe à la porte de sa mère. Seule, elle rentre à la maison. Seule, elle détient la clé du mystère. Seule, elle peut aider le FBI à retrouver sa soeur Emma.

Levant peu à peu le voile sur ce qui s'est réellement passé ce soir là mais surtout sur les schémas fonctionnels en place dans sa famille, Cass va aider les enquêteurs à comprendre ce qu'ils n'ont pas vu il y a 3 ans. Nous suivons alors tour à tour le récit de Cassandra et le point de vue d'Abigail et Leo, psy médico-légale et agent spécial au sein du FBI. A travers son récit, nous apprenons à connaître sa soeur et ceux qui les entouraient et les aimaient, souvent mal, leurs parents, leur frère, le nouveau compagnon de leur mère et son fils.

Entre ce qu'une famille laisse percevoir de leur façon de vivre et ce qui se passe vraiment entre les murs d'une maison et dans les cerveaux de chacun il y a un monde. Famille dysfonctionnelle, souffrances et non-dits sont les ingrédients de ce roman aux personnages criant de réalisme. L'auteure fouille la psychologie de chacun avec justesse et tisse une toile dont le lecteur se retrouve prisonnier aux dernières pages.

Cass veut retrouver sa soeur mais ce qu'elle va mettre au jour est bien plus violent et pervers qu'il n'y parait. Manipuler pour découvrir la vérité, déjouer les pièges d'une personnalité néfaste, détourner l'attention pour mieux pointer du doigts les dysfonctionnements d'une famille entière, Cassandra va devoir être forte et s'en tenir au plan qu'elle a mis en place pour faire la lumière sur cette affaire. Elle a eu du temps pour cela, 3 ans qu'elle y pense. Une histoire prenante, un rythme soutenu laissant la place à des moments plus calmes permettant d'innoculer la bonne dose de tension et de background indispensable au bon déroulement du récit, Wendy Walker peint un tableau qui prend forme peu à peu sous nos yeux. Par petites touches, un petit point bleu par ci, un petit point vert par là, elle place les pièces d'un gigantesque puzzle qui nous laisse littéralement sur le cul en fin d'ouvrage.

"Emma dans la nuit" est un excellent thriller psychologique qui ne fait pas dans la facilité et les rouages convenus du genre. Densité et émotions sont au rendez-vous pour une lecture haletante qui donne envie de connaître le fin mot de l'histoire tout en voulant continuer de côtoyer ses personnages. D'une construction parfaite entre précision chirurgicale et sensibilité indéniable, l'écriture de Wendy Walker est une drogue dont, une fois découverte, on souhaite abuser encore longtemps.

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dimanche 1 octobre 2017

"Ne fais confiance à personne" de Paul Cleave

ne_fais_confianceL'histoire : Il y a pire que de tuer quelqu'un : ne pas savoir si on l'a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire des histoires abominables, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Il peuvent parfois donner des idées. Eux-mêmes, à force d'élaborer des crimes presque parfaits, ne sont pas à l'abri d'aller tester leurs fictions dans la réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier qui ne sait plus très bien où il en est. A force d'inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n'aurait-il pas fini pas succomber à la tentation de passer à l'acte ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu'il est persuadé d'avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d'être inspirées de faits réels, l'étau se resserre. Mais, comme à son habitude, la vérité se révélera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

La critique Nelfesque : Paul Cleave est un auteur que j'ai beaucoup lu il y a 3 / 4 ans mais que j'ai laissé de côté par la suite. Vous connaissez l'adage : "Tant de romans à lire et si peu de temps"... En cette Rentrée Littéraire, j'ai tout de même décidé de revenir à lui avec "Ne fais confiance à personne" qui m'avait l'air bien tordu et dont la quatrième de couverture n'était pas sans me rappeler sous certains aspects "La Part de ténèbres" de Stephen King.

En effet ici aussi il est question de l'écrivain et de son double possible. Qui de l'homme ou de l'auteur écrit les histoires, les invente, les vit peut-être ? D'où vient l'inspiration et comment s'appréhende-t-elle ? Quelle est la frontière entre le génie et la folie ? Jerry à la ville est plus connu du grand public sous le nom de Henry Cutter, auteur de thrillers prolifique et talentueux. Jusqu'au jour où on lui diagnostique un elzheimer précoce alors qu'il n'a pas encore 50 ans et que son inspiration s'envole peu à peu avec sa mémoire, laissant place à des doutes troublants...

Souvenirs réels ou fantasmés, Jerry et Henry se confondent et chaque jour l'un doit mener un combat face à l'autre qui prend de plus en plus de place dans sa vie. Alors Jerry continue d'écrire, dans un carnet, pour son futur lui-même qu'il sait voué à la perte totale de mémoire, pour qu'il puisse se raccrocher à quelque chose, savoir qui il était vraiment quand il n'aura plus aucune résurgence de son passé.

Le lecteur est pris dans un tourbillon de questions, à l'image de Jerry qui patauge complètement dans une existence angoissante, ne sachant plus démêler le vrai du faux, persuadé qu'il est parfois d'avoir commis des crimes que tout le monde lui attribue seulement sur papier. Ses trous noirs et ses impressions sont-ils réellement dûs au processus d'écriture ou ne s'était-il pas à l'époque déjà inspiré de son expérience ? Sa maladie ne serait-elle pas là uniquement pour révéler au monde entier sa vraie nature ? Pourquoi sa fille est-elle si distante alors qu'il a besoin d'elle ? Lui en veut-elle pour quelque chose qu'il aurait oublié ?

Paul Cleave est un auteur très agréable à lire. Le récit est une fois encore fluide, l'histoire prenante et les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. L'envie de connaître le fin mot de l'histoire est là et l'intérêt ne faiblit pas. Il y a ici une excellente gestion du suspens et le personnage est vraiment très bien construit. Seul bémol, si il en faut un : une fin un brin too much. A trop vouloir épater le lecteur, les derniers paragraphes perdent en crédibilité. Un thriller psychologique à découvrir toutefois tant le rythme est maîtrisé et la curiosité du lecteur éveillée !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Nécrologie
- Un Employé modèle
- Un père idéal