samedi 7 juillet 2018

"L'Aube incertaine" de Roland C. Wagner

aube incertaine

L’histoire : En 2064, les multinationales règnent sans partage sur un monde d'où toute trace de criminalité a été éliminée. Enfin, presque, car aujourd'hui, Tem, le privé transparent, enquête sur une vague de décès suspects qui frappe les jeunes artistes du Délirium, un courant alternatif très populaire. L'affaire se révèle plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord, d'autant que le talent de Tem fait à nouveau des siennes : le voilà devenu cette fois presque totalement invisible !

La critique de Mr K : Roland C. Wagner me manque. Parti trop tôt à la fleur de l’âge, c’était un monument de la SF nationale. J’avais notamment adoré Rêves de gloire qui a obtenu en son temps le Grand Prix des Utopiales. Dans L'Aube incertaine, j’expérimentais un épisode de sa série littéraire intitulée Les Futurs Mystères de Paris (référence au talentueux feuilletonniste du XIXème siècle Eugène Sue) qui met en scène un inspecteur au talent particulier dans un Paris futuriste, le tout enrobé à la sauce roman noir. Bonne pioche pour un récit à la structure classique transcendé par un background stupéfiant et des personnages hauts en couleur.

Temple de l’aube radieuse (c’est le nom du héros !) est convoqué par un membre imminent d’une confrérie pour enquêter sur les meurtres suspects d’artistes de premier plan. Inexplicables, incongrues et assez thrash dans leur genre, ces disparitions font peser une menace insidieuse sur les esthètes déconnectés de la réalité (shootés jusqu’aux yeux) qui s’avèrent être très vite des rebelles de canapé entretenus par le pouvoir en place pour entretenir un succédané de liberté dans une société autoritaire adepte du contrôle des masses. Notre enquêteur va devoir démêler le vrai du faux et plonger dans un monde interlope qui lui est inconnu. Pour couronner le tout, son don de transparence lui joue des tours et il semble que toute personne ayant eu un contact quel qu’il soit avec lui l’ait oublié... On a connu mieux comme conditions d’enquête...

Que la SF est bonne aussi quand elle ne se prend pas au sérieux ! Les personnages délirants se collectent à la pelle ici entre un enquêteur rigide dont les pouvoirs lui échappent et qui doit se coltiner des partenaires pour le moins particuliers : une Intelligence Artificielle activiste d’extrême gauche adepte de Louise Michel, un indic et sa compagne adeptes de la fumette, des artistes complètement à l’ouest et des tenants du pouvoir narquois qui cachent des desseins peu rassurants. On sourit beaucoup devant les jeux de mots, les réparties franches et directes de certains, on se rapproche même d’un Audiard par moment. Vu les étranges personnages que l’on croise et les diverses substances psychoactives qu’ils prennent, ce n’est pas étonnant ! Au milieu de tout cela, notre héros sobre en toute circonstance a besoin de toute sa tête surtout que son talent de camouflage devient presque trop efficace ! En effet, non content de passer inaperçu physiquement, tout souvenir de lui s’efface de l’esprit de ses proches et des personnes qu’il rencontre lors de son enquête. Complètement déphasé, à la limite de la rupture, on s’attache beaucoup à cet enquêteur hors-norme aux belles capacités d’analyse et de déduction.

Au delà de la détente, de la rigolade et de l’aspect psychédélique, ce livre se distingue aussi par un univers très bien fouillé, crédible et même inquiétant. Pouvoir inique ne reculant devant aucun stratagème pour asseoir sa domination sur la société et ses membres, consumérisme forcené pour maintenir la population sous contrôle sont au programme d’un roman qui fait la part belle à la dénonciation de cette course à l’individualisme qui brise les liens sociaux et entretiennent les chimères d’un bonheur apaisant. Les quartiers déshérités où les désirs inassouvis et les paradis artificiels tiennent lieu d’échappatoire à une réalité insoutenable coexistent avec des nantis oisifs, inconséquents et intouchables. L’enquête mettra en exergue injustices et inégalités, la conclusion venant d’ailleurs mettre un bon coup de pied dans la fourmilière.

On retrouve dans L'Aube incertaine la verve si séduisante de Wagner, maître du récit à rebondissements à l’esprit libertaire qui faisait régner un souffle novateur sur le genre. Les pages se tournent toutes seules, le récit à tiroirs se disputant la primauté avec les phases descriptives et contemplatives qui émaillent un roman drôle, touchant où plane un doux parfum de zénitude (le héros) et de rébellion. Un bon titre pour qui aime la SF décalée et source de réflexion.


samedi 30 juin 2018

"La Malédiction du rubis" de Philip Pullman

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L’histoire : Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne... Sans qu'elle le sache encore, un grand danger rôde autour d'elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d'un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère...

La critique de Mr K : Lecture bien particulière aujourd’hui avec ma chronique de La Malédiction du rubis de Philip Pullman. Autant vous dire de suite que j’en attendais beaucoup vu le culte que je voue à la trilogie des Royaumes du nord qui est à mes yeux l’un des meilleurs ouvrages écrits pour la jeunesse. Le hasard a voulu que je croise la route de ce livre (le premier d’une série de quatre à priori -sic-) lors d’un chinage de plus et il a bien fait. Ce fut une fois de plus une bonne lecture mettant en avant les belles qualités d’un auteur décidément à suivre.

Une fois de plus, le personnage principal est une jeune fille dans cet ouvrage de Pullman. Sally Lockhart a alors seize ans et déjà une lourde histoire derrière elle. Orpheline de mère très tôt, elle vient de perdre son père, mystérieusement disparu en mère de Chine. Présumé mort, elle habite désormais chez une vieille tante éloignée qui lui mène la vie dure. Ce destin à la Princesse Sarah n’est donc pas des plus heureux mais Sally a du courage à revendre et un esprit de déduction à toute épreuve. Éprise des chiffres, brillante et ingénieuse elle ne s’en laisse pas compter et tente de démêler le vrai du faux d’une affaire qui la touche de près (la mort de son père) à laquelle vient s’ajouter la course à un mystérieux rubis réputé porteur de malheur. Une menace insidieuse se rapproche de Sally, les cadavres se multiplient et un terrible secret semble se profiler...

Destiné à un lectorat de plus de onze ans (minimum), voila un petit roman rondement mené et très malin qui emporte quasi immédiatement l’adhésion du lecteur. Sans un temps mort, après exposition des personnages principaux et des grands enjeux, on est parti pour une enquête trépidante dans le Londres de la fin du XIXème siècle. On explore avec Sally nombre de pans de la société victorienne avec les petites gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les bas fonds de Londres, le port de la capitale anglaise et les multiples activités qui l’entourent (de la compagnie maritime à laquelle appartenait son père aux salons d’opium), la vie des bourgeois déconnectés de la réalité.

Elle rencontrera dans sa quête nombre de personnages qui lui apporteront leur aide, soutien et même l’aideront à grandir, à gagner en maturité. Mention spéciale à la fratrie Garland (Frédérick et Rosa) qui vont devenir très vite comme une deuxième famille et lui permettre de se cacher. En effet, très vite, l’héroïne se rend compte qu’elle est confrontée à un ennemi puissant et d’une grande cruauté. Une vieille dame manipulatrice semble très liée au secret du rubis et elle n’hésite pas à envoyer des hommes de main qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. L’enquête s’avère donc de plus en plus difficile, très périlleuse pour une jeune fille qui n’a que seize ans et qui passe très proche du gouffre à de multiples reprises. En parallèle, elle va elle aussi apportée son aide aux Garland pour relancer leur salon de photographie qui peine à rentrer dans ses frais alors que l’époque voit le développement de ce nouvel art.

On ne s’ennuie donc jamais un seul instant avec La Malédiction du rubis qui fait la part belle à l’amitié, l’abnégation mais aussi la réflexion sur le poids des responsabilités et de l’hérédité. Bien des mystères entourent Sally, elle va devoir les lever pour découvrir qui elle est vraiment tout en luttant pour rester en vie et s’en sortir. Beau mix que tout cela pour un livre à l’écriture limpide et très accessible. Bien que destiné à la jeunesse (on le sent dans certaines situations, dans la réaction parfois étranges de certains personnages adultes), j’ai dévoré cet ouvrage avec un plaisir non feint et il va rejoindre sans rougir la trilogie précitée qui reste cependant inatteignable. En écrivant cette chronique, j’ai appris qu’il y avait trois autres tomes consacrés à cette héroïne. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas à m’en porter acquéreur.

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jeudi 10 mai 2018

"Allah recherche l'autan perdu" - Série Le Poulpe - de Roger Dadoun

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L’histoire : Un coup de fil ironique, un tract intégriste happé la Goutte d’Or et signé Le Protocole des Imams de Qom et voilà le Poulpe qui s’embarque, comme disent ses potes de la Sainte Scolasse, dans une sacre galère arabe : un projet parano de racket islamiste à l’échelle planétaire le fait passer du 11ème (place Voltaire !) Riyadh avec sa shariah, au Caire avec son université millénaire al Azhar, et Téhéran, où il fait office de serveur chez un ayatollah ; entre religieux fanatiques, théologiens orthodoxes, agents butés, il y a les femmes, dont une journaliste de CNN qui lui en fait voir de belles. S’il ne demande qu’à voir, son mot d’ordre reste : cherchez l infâme.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie du Poulpe aujourd’hui avec Allah recherche l’autan perdu de Roger Dadoun qui signe ici la 26ème aventure de Gabriel Lecouvreur, détective privé libertaire au verbe haut. On le retrouve plongé dans cet ouvrage au cœur de la dimension islamiste pour un périple bien périlleux. Si l’humour, le verbiage unique du héros sont au RDV, l’enquête est cette fois ci quelque peu décevante malgré une très belle immersion dans le monde multiple et parfois ésotérique de l’Islam.

Suite à la découverte de flyers intégristes faisant part d’un mystérieux projet, le Poulpe se voit confier une enquête très dangereuse qui va le mener bien loin de son arrondissement parisien préféré. En effet, il va devoir s’envoler pour l’Arabie Saoudite, l’Égypte puis l’Iran pour suivre une piste nébuleuse faisant la part belle à un projet de grande mosquée financée par un racket dans les communautés musulmanes du monde entier. Il croisera sur son chemin de nombreux personnages toujours aussi délicieusement croqués comme un universitaire musulman, des ayatollah peu recommandables, des agents très très spéciaux, une journaliste aux atouts certains (pas forcément ceux auxquels on pense de prime abord, bande de machos !) et arrivera même à mêler la délicieuse Chéryl (sa coiffeuse d’amour) à son enquête de haute voltige.

On retrouve la nonchalance légendaire de notre Poulpe. Râleur, hâbleur amateur de houblon, rebelle dans l’âme, il a fort affaire ici avec son infiltration difficile dans les mondes musulmans. Très éloigné de ses idéaux et de ses pratiques, il y trouvera cependant des parcelles d’humanité et de tendresse qui vont contrebalancer les dangereux individus sur lesquels il doit enquêter. Décalé, irrévérencieux mais cependant respectueux de l’humain, cet amateur de Blanqui et de son ni-dieu ni-maître voit sa liberté d’action très vite freinée par toute une série de forces contraires qui semblent s’amonceler autour de lui. Qui manipule qui ? Le Poulpe a très vite des doutes tant il se sent impuissant par moment face à ses commanditaires et adversaires. C’est plutôt rare de le voir dans cette position et plutôt agréable de le découvrir sur le fil de rasoir à certains moments clefs du roman.

Clairement, ce n’est pas pour autant le meilleur volume, la faute à une enquête que j’ai trouvé bâclée, sans réelles surprises et finalement sans densité. On passe très vite d’un pays à un autre avec quelques micro-péripéties mais finalement aucune vraie grosse découverte ou révélation. Plutôt plate, on se rabat plutôt sur l’ambiance respectée et toujours aussi jouissive d’un Poulpe : les bonnes punchlines bien senties, les rapports conflictuels du Poulpe avec à peu près tout le monde et l’aspect militant qui pointe le bout de son nez. C’est aussi une belle ouverture sur le monde musulman et quelques points de culture générale à ne pas négliger avec notamment une belle clarification sur les positions de chacune des obédiences de l’Islam, les vertus prônées par les musulmans orthodoxes et un beau voyage dans des pays souvent fantasmés mais jamais vraiment découverts avec des yeux neutres. En cela, Gabriel Lecouvreur est un beau révélateur et l’écrivain apporte un œil neuf et non désabusé sur le Moyen Orient. Un bon point donc !

Roger Dadoun respecte parfaitement le cahier des charges de tout écrivain s’attaquant au Poulpe : humour, personnage de Gabriel Lecouvreur, nombre de pages restreint et nouveaux apports se mêlent bien. On se prend au jeu et les amateurs de la série y trouveront leur compte. Pour les autres, je ne saurais que trop vous conseiller de commencer par un autre titre pour vous faire une idée sur Le Poulpe, un enquêteur vraiment à part dans le paysage littéraire français. Toutes mes chroniques sont à suivre en forme de lien en dessous de celle-ci.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
Chicagone
- Les Damnés de l'artère

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mercredi 18 avril 2018

"La Promesse" de Tony Cavanaugh

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L’histoire : Ex-flic des homicides à Melbourne, Darian Richards a laissé derrière lui un cortège de vies anéanties, de familles en deuil, de réponses impossibles à donner. Épuisé par cette litanie de souffrances, il a pris une retraite solitaire dans le Queensland, loin des villes et de leurs turpitudes. Mais les démons sont partout. Et dans la région, depuis quelques mois, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. La police locale parle de fugues. C'est en général ce qu'on dit quand on ne retrouve pas les corps, Darian le sait, mais il ne veut plus s'en mêler. Ce n'est plus son histoire. Et pourtant... malgré la promesse qu'il s'est faite de se tenir éloigné des tragédies, l'idée de laisser toutes ces familles sans réponses le hante. Aussi décide-t-il de prendre les choses en main. Mais à sa façon cette fois, sans s'encombrer du protocole. Il est loin d'imaginer ce qui l'attend.

La critique de Mr K : Retour en Australie avec cette sortie récente qui m’a littéralement retourné l’esprit et l’estomac. Je vous avais parlé il n’y a pas si longtemps de tout le bien que je pensais de L’Affaire Isobel Vine de Tony Cavanaugh. Ce dernier remet le couvert avec La Promesse, polar bien hard boiled lui-aussi qui explore encore plus en profondeur la psyché torturée de Darian Richards, ex flic possédé par son sens de la mission et qui dans ce volume est aux prises avec un serial killer des plus retors. Attention, ça dépote !

Darian Richards coule des jours presque tranquilles depuis qu’il a quitté le poste de chef de la brigade criminelle de Melbourne. Loin des crimes, des affaires de corruptions et des bisbilles entre flics, il passe son temps à profiter du temps qui passe, de la nature et des grands espaces. Il a noué une relation étrange avec Angie, une prostituée qui lui met du baume au cœur et à qui il s’est attaché, lui l’homme buriné par la vie. Mais voila, on ne se refait pas et les familles des victimes de jeunes filles enlevées par un maniaque réclament justice. Touché par cette détresse et toujours avide de servir son prochain et son goût pour la vengeance, notre héros reprend du service, contacte des équipiers passés, une vieil ami qui lui doit un service, son hacker de collaborateur et il se lance sur la piste d’un redoutable prédateur. L’enquête ne sera pas de tout repos entre ses démons intérieurs, le jeu du chat et de la souris avec la police officiellement sur l’enquête et un adversaire diablement malin et pervers.

C’est un véritable plaisir de retrouver tout d’abord le personnage principal. Darian est vraiment complètement fondu et borderline. Flirtant constamment avec les limites, le politiquement correct est totalement absent de cet ouvrage. Tout le monde en prend pour son grade, seul l’instinct semble guider cet anti-héros mu par une morale personnelle très particulière : intimidation, violence mais aussi parfois collaborations surprenantes composent un récit très rythmé qui met à mal les certitudes du lecteur. Malgré des aspects repoussoirs, on aime suivre les pas de Darian. Sans doute que, comme lui, je n’ai guère d’illusions sur un monde qui va mal et où le vice et l’appât du gain règnent en maître. Pour autant, lors d’un échange, d’une rencontre ou d’une action l’espoir semble émerger du noir. Et même si c’est très fugace, on se prend à y croire à nouveau, à se dire que les choses vont finir par s’arranger... C’est mal connaître l’auteur qui se plaît à distiller une ambiance d’un noir profond qui n’épargne vraiment personne.

Il faut dire que le bad guy est d’une rare perversité ici. Les âmes sensibles risquent d‘être choquées car régulièrement certains chapitres nous mettent dans la tête de ce kidnappeur – violeur - tueur qui aime les très jeunes filles. On suit donc ses élucubrations sans queue ni tête qu’il nous adresse directement et qui justifient ses actes immondes. Il faut vraiment s’accrocher, j’ai d’ailleurs noté des similitudes avec le tueur schizophrène qui ouvre le cultissime Les Racines du Mal du regretté Maurice G. Dantec. C’est vraiment effrayant et d'une noirceur totale. Il s’apparente à un prédateur sans barrière morale qui se repaît de la souffrance de ses victimes et entretient une mégalomanie sans borne. Abject, mystérieux et extrêmement intelligent ; il est un adversaire redoutable qui va donner bien du fil à retordre à ses poursuivants et semer la mort sur son passage.

L’enquête est donc longue, douloureuse et toujours à la limite de la rupture. Si Isosceles, le geek éternel célibataire enfermé dans sa tour de verre à Melbourne, reste fidèle à son pote Darian, c’est plus compliqué pour ce dernier de s’assurer du concours de Maria une flic en exercice qui sent bien que son supérieur lui cache des choses. On retrouve au passage un tableau peu reluisant des forces de l’ordre encore une fois marquées du sceau du machisme ambiant et des petits arrangements avec l’ordre et la loi. L’Australie présentée dans ces pages n’est donc pas très reluisante et même si les recherches se déroulent dans un paysage de carte postale, l’arrière du décor donne peu envie de se promener seul dans la nuit (surtout si on est une jeune fille ou une femme...) ou de croiser certains flics imbus de leur pouvoir. Le trait est volontairement grossi pour l’intrigue c’est certain, mais ça rajoute vraiment une impression bien glauque à un ouvrage difficile à relâcher tant il tient en haleine le lecteur.

Se lisant tout seul, très éprouvant et redoutablement construit, La Promesse régalera les amateurs de polar hard boiled totalement en roue libre et d’une densité psychologique inouïe. On en ressort rincé mais épaté par tant de maestria déployée, en redemandant encore et encore. Impossible de passer à côté si vous êtes amateur du genre, on tient là une petite bombe qui vous ravira à coup sûr !

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mercredi 28 mars 2018

"L'Affaire Isobel Vine" de Tony Cavanaugh

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L’histoire : Pour n’importe quel passant, les rues, les places, les jardins de Melbourne possèdent un charme certain. Pour Darian Richards, chacun de ces lieux évoque une planque, un trafic de drogue, un drame, un suicide, un meurtre. Lassé de voir son existence ainsi définie par le crime, et uniquement par le crime, il a décidé, après seize ans à la tête de la brigade des homicides, de passer à autre chose. Une vie solitaire, plus contemplative.

Il accepte néanmoins de sortir de sa retraite par amitié pour le chef de la police qui lui demande de disculper son futur successeur, en proie à des rumeurs relatives à une ancienne affaire : en 1990, après une fête donnée chez elle, on a retrouvé le corps sans vie de la jeune Isobel Vine. Suicide, accident, meurtre ? L’enquête fut d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à cette soirée. Elle fut classée sans suite, mais le doute persiste sur ce qui s’est réellement passé.

Reprendre des investigations vingt-cinq ans après les faits n’est jamais une partie de plaisir, surtout quand l’affaire concerne de près la police. Les obstacles ne manquent pas. C’est sans compter sur le caractère obstiné, rebelle et indiscipliné de Darian Richards et sur sa fâcheuse habitude à porter davantage d’attention et de respect aux morts qu’aux vivants. L’enquête rythmée de nombreux rebondissements va peu à peu l’amener aux frontières du bien et du mal, de la vérité et du mensonge, et Richards y perdra peut-être ses dernières illusions.

La critique de Mr K : Lors de sa sortie l’année dernière, ce roman,  L’Affaire Isobel Vine, avait été vanté et vendu comme la version australienne de la série des Harry Bosch de Michaël Connelly, respectivement héros et auteur d’une série de polars bien construits et efficaces dans leur genre que j’ai dévoré ouvrage après ouvrage. Sollicitations diverses et chinages compulsifs ont remisé L’Affaire Isobel Vine de Tony Cavanaugh dans ma PAL durant quelque mois avant qu’il ne se rappelle à mon bon souvenir il y a peu. Grand bien m’en a pris de débuter cette lecture qui m’a fait oublier mes dernières déceptions en matière de policier / thriller. On a bel et bien là un ouvrage addictif, remarquablement écrit et construit. Attention, belle claque en perspective !

Darian Richards s’est retiré de la police depuis un certain temps. Dégoûté du métier, flic d'exception au milieu d’un monde corrompu rongé par les arrangements et le laisser aller, il profite de son temps libre loin de la ville de Melbourne et de ses turpitudes, tout en effectuant quelques missions vengeresses en sous-main dans un genre que n’aurait pas renié un certain Charles Bronson ! Borderline mais épris de justice, la police est donc bien derrière lui et il ne souhaite pas particulièrement renouer avec une activité qui a ruiné sa relation de couple et épuisé son stock d’espoir. Il n’aspire qu’à profiter de la solitude et des bienfaits d’une nature sauvage et préservée.

C’était sans compter la venue impromptue de son ancien supérieur qui vient à lui pour lui confier une enquête hors norme, enterrée depuis vingt-ans : une jeune fille dénudée morte étouffée, sa mort non élucidée (meurtre ? suicide ?), un professeur libidineux très proche de ses élèves, un petit ami lâche, un trafiquant de drogue et surtout, quatre flics qui étaient présents à l’endroit du meurtre au moment fatidique. C’est justement à cause de cela que Darian est appelé. L’un des quatre policiers prétend accéder au poste de commissaire (fonction très important en Australie, juste en dessous du ministre) et il faudrait définitivement le laver de tout soupçon en reprenant l’enquête et en découvrant la vérité. Entièrement libre pour enquêter, il s’entoure de Maria une enquêtrice qu’il respecte énormément et qui a été placardisée pour cause d’efficacité féminine et d’un geek amateur de hautes technologies complètement barré mais redoutable d’efficacité. L’enquête sera longue, tortueuse et remuer le passé fera remonter des effluves nauséabondes.

En lisant le résumé, on pourrait se dire qu’on tombe dans du classique pur jus et qu’aucune surprise n’interviendra pendant le récit qui semble de prime abord très codifié. Et pourtant, très vite on s’attache aux personnages. Ciselés à souhait dans une économie de mot bienvenue, on se prend au jeu de leurs introspections, de leurs questionnements et de leurs rencontres. Loin de se cantonner dans l’examen distant, on en prend plein la tête et entre les forces de l’ordre et les criminels la frontière est parfois très faible. Le héros lui-même n’est finalement pas si clair car s’il est épris de justice, il utilise parfois des méthodes bien hard-boiled presque fascisantes. On n’est pas loin d‘une ambiance à la Sin City par moment, l’auteur donnant à voir une vision parfois effrayante des rouages de la police et des pouvoirs qui s’entremêlent. Nos héros auront donc fort à faire pour dénouer les fils d’une ancienne affaires bâclée mais qui pourrait révéler bien des secrets et des fonctionnements.

On avance pas à pas à travers des chapitres assez courts où les confrontations sont légions, parsemées de ci de là par quelques descriptions jamais très longues. On est ici dans le polar le plus pur, le plus dur. Abîmés par la vie mais se débattant comme ils peuvent, les protagonistes ont tous une richesse intérieure impressionnante, y compris les plus détestables qui révèlent au détour d’une ligne ou d’un paragraphe un aspect touchant / différent de ce que l’on attendait d’eux au départ. C’est donc parfois déstabilisant surtout que ce que l’on croyait sûr un chapitre avant peut-être totalement démonté au chapitre suivant. Je dois avouer que l’identité de l’assassin m’a totalement désarçonné et que pour le coup je me suis bien fait avoir ! Le rythme de l’enquête est endiablé, les retournements de situations nombreux, les périls nombreux pour nos trois enquêteurs pris dans un engrenage qui finit par les submerger et va nécessiter de leur part une abnégation sans faille et un courage formidable.

C’est aussi l’occasion d’évoluer à l’autre bout de la planète dans un pays que j’ai peu pratiqué au cours de mes lectures mais qui éveille en nous souvent des images mentales et des idées reçues. Ce n’est pas vraiment ce roman qui donne envie d’y faire du tourisme tant chaque endroit de Melbourne rappelle à Darian un meurtre ou une affaire glauque. Au delà de la palpitante enquête policière, l’auteur égratigne au passage la phallocratie ambiante dans la police australienne (on retrouve l’ambiance de la saison 2 de Top of the lake, la très bonne série de Jane Campion) et plus généralement la suffisance / arrogance des puissants quels qu’ils soient. Il se dégage de l’ouvrage une ambiance crépusculaire sombre à souhait, idéale pour y livrer un combat contre des forces titanesques. Ce roman est un peu de tout cela à la fois.

Pour conclure, il y a l’écriture qui est d’une redoutable efficacité. Claire et directe, l’auteur se plaît derrière cette apparente simplicité à explorer les âmes au scalpel. De la noirceur à l’innocence, tout ici respire le réalisme et la crédibilité. Loin de tomber dans les clichés ou la superficialité, on a vraiment affaire à des êtres humains avant tout, faits de chair et de sang, de contradictions et de pulsions. Impossible dans ces conditions de relâcher ce livre qui a une force de fascination et d’attraction hors norme. On devient totalement addict rapidement et durablement, cédant à l’empressement d’en savoir plus et de nous aussi résoudre le mystère de la mort d’une jeune fille apparemment sans histoire. Un roman à côté duquel il ne faut surtout pas passer si vous êtes amateur du genre. On en redemande !

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vendredi 16 mars 2018

"Un Assassin de première classe" de Robin Stevens

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L’histoire : "Nous étions au milieu du wagon, trop loin de la porte pour partir en courant. Nous devions nous cacher, sinon ils nous surprendraient ! Nous n’avions pas le choix. J’ai plongé sous la nappe et Daisy s’est enfoncée près de moi comme un lapin dans un terrier."

Hazel et Daisy partent en vacances à bord de l’Orient-Express avec M. Wong. Une seule interdiction : jouer les détectives.

Alors qu’un espion se cache dans le train, une riche héritière est assassinée dans une cabine verrouillée de l’intérieur. Le club de détectives est obligé de reprendre du service ! Attention, elles ne sont pas les seules sur l’affaire...

La critique de Mr K : Quel plaisir de retrouver Hazel et Daisy pour une nouvelle enquête du club des détectives. Les deux premiers volumes de la série s’étaient avérés très rafraîchissants, bien maîtrisés et ouvraient des ponts avec des classiques que j’ai aimé dévorer quand j’étais petit notamment ceux de Conan Doyle et Agatha Christie. Ça tombe bien, l’auteure qui a les mêmes goûts que moi a décidé avec ce volume de lorgner vers un roman qu’elle a adoré plus jeune pour lui rendre hommage. Dès le titre de l’ouvrage, on sait de quoi il s’agit...

Après une année bien mouvementée avec deux enquêtes racontées dans les précédents volumes (voir liens en fin d’article), Daisy et Hazel sont invitées par le père de cette dernière à un voyage dans l’Orient-Express durant les congés d’été. De Calais à Istanbul, le programme s’annonce alléchant entre le voyage en lui-même dans le plus grand luxe, visites de grandes villes européennes et défilés de paysages variés. Bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu, à croire que les détectives en herbe attirent les soucis : un meurtre commis durant les premiers jours va faire appel à leur talents d’enquêtrice. Cependant, elles ne sont pas seules sur la piste avec notamment une ancienne connaissance qui ressurgit à la poursuite d'un mystérieux espion et un détective amateur vraiment pas doué dans son genre. Rajoutez là-dessus des adultes suffisants et d’autres qui ne les considèrent que comme des enfants et vous obtenez pas mal d’obstacles pour cette enquête en huis clos.

Le duo Daisy et Hazel fonctionne toujours aussi bien, d’ailleurs l’auteure se concentre encore plus sur elles, les autres membres du club n’étant pas là pour les épauler. Bien que très différentes, les deux jeunes filles se complètent parfaitement entre la bouillonnante Daisy qui n’a pas sa langue dans sa poche et à l’ego très développé, et Hazel plus réservée et secrétaire officiellle du club. Elles partagent cependant un grand sens de l'observation, de belles capacités de déduction et l’envie de résoudre une affaire. L’enquête se révèle très vite ardue, il leur faudra toute leur méthodologie et rigueur pour démêler le vrai du faux. Elles pourront à l’occasion compter sur l’aide bienvenue d’un jeune homme amateur d’enquêtes et sur la fidèle servante de Daisy qui est du voyage elle-aussi.

Les protagonistes nombreux du roman sont donc tour à tour presque tous suspects. La jeune héritière richissime tuée, les soupçons se tournent successivement sur son mari colérique, la servante irrespectueuse, une ancienne comtesse russe qui veut récupérer un bien vendus par les communistes (le mystérieux gros rubis que portait la victime et qui a disparu), une spirit qui suit à la trace la victime pour la faire communiquer avec sa mère décédée, le frère désargenté qui tente de percer dans le milieu de l’édition, un magicien en pleine préparation de nouveaux tours et d’autres qui viennent compléter un casting de choc où les fausses pistes vont se révéler nombreuses. Bien malin le lecteur qui trouvera la solution avant les deux détectives amatrices même si quelques éléments peuvent être découverts par les plus malins.

Se déroulant en 1935, le background est assez savoureux dans son genre et donne une profondeur supplémentaire à l’ouvrage avec l’évocation notamment du chancelier Hitler en Allemagne et sa politique répressive envers les juifs et sa course au pouvoir qui menace l’équilibre de tout le continent. Par petites touches, le jeune lecteur peut ainsi appréhender au détour d’un dialogue ou d’un rebondissement une période difficile qui a marqué notre Histoire. Et puis, il y a la belle évocation du train en lui-même, légende du rail qui m’a toujours fasciné et que l’auteure retranscrit à merveille avec des descriptions précises mais pas envahissantes, des scènes clef comme le service de luxe, le repas pris dans le wagon-restaurant et la vie à bord du train.

La lecture est très très plaisante comme toujours avec cette série d’enquêtes : un rythme soutenu, pas de temps morts à déplorer et une langue qui glisse toute seule. Se dévorant tout seul, l’ouvrage apporte une évasion immédiate, présente des personnages vraiment charismatiques et propose une enquête bien tortueuse mais pour autant totalement à la portée d’un lecteur dès 11/12 ans. Une belle expérience à tenter pour les jeunes amateurs de romans policiers.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Un Coupable presque parfait
- De l'arsenic pour le goûter

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dimanche 4 février 2018

"Star Wars épisode 8 : Le Dernier Jedi" de Rian Johnson

star wars 8 afficheL'histoire : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé...

La critique Nelfesque : Bon ok, ça fait 2 mois qu'on a vu ce film au cinéma et à peu près le même temps que Mr K me demande sans arrêt si j'ai écrit ma chronique sur "Star Wars". Bon... Ben non en fait... Et je traîne, je traîne, tout ça pour pondre ces quelques lignes qui n'apporteront sans doute rien au schmilblick mais qui permettront à mon cher et tendre de pouvoir (ENFIN) poster sa chronique.

Les épisodes de Star Wars se suivent et ces dernières années se ressemblent tous. Alors oui c'est de plus en plus creux et ça agace les puristes de la saga mais visuellement ça claque toujours autant la tronche et pour ma part, je continue d'aller les voir pour ça. Côté fond, ici, ben... 2 mois plus tard je n'en retiens pas grand chose et c'est sans doute révélateur mais pour le spectacle ça vaut la place de ciné (sans compter les créatures mignonnes qui fleurissent à chaque nouveau film (oui je sais, je suis une gamine)).

Non mais regardez-moi ça :

star wars 8 2
(J'en veux un !)

Bon sinon, à part ça, on continue de suivre les pérégrinations de la nouvelle bande et ici le personnage de Finn est plus en retrait. Kylo Ren prend de l'épaisseur et son lien avec Ray est assez intéressant. Pas tout à fait noir finalement l'Adam Driver, voyons voir comment tout cela va évoluer. Avec des gros sabots peut-être mais la saga peut ici prendre un virage autre que celui du happy end (ok, c'est Disney mais laissez-moi rêver !).

Tout le monde ou presque a vu et a donné son avis sur cet épisode 8, je suis un peu à la bourre et vais abréger pour laisser Mr K, qui avait écrit sa chronique juste après le visionnage (contrairement à moi (feignasse)), poster son ressenti. Il y aurait des choses à dire et il va vous en parler (comme la mort de Luke). Vous l'aurez compris, perso, les Star Wars, j'aime aller les voir au ciné avant tout pour le fun, sans plus rechercher autre chose, comme ce fut le cas avant. Les temps changent.

Ah si dernière chose, elles aussi je les ai adorées !

star wars 8 7

La critique de Mr K : 3,5/6. Je n’irai pas par quatre chemins, ce volume 8 est un des plus faibles de la saga après un numéro 2 catastrophique. Disney a gagné, on nage bien souvent dans la niaiserie, la bien-pensance et le souffle épique a disparu au profit d’effets humoristiques trop souvent placés au mauvais moment. Pour autant, j’ai pris plaisir à regarder ce film à grand spectacle qui ne ménage pas le spectateur par une action quasiment non stop et certaines scènes diablement séduisantes.

Dans les points forts, il y a tout d’abord la beauté formelle (à part les renards de cristal que j’ai trouvé complètement foirés). On prend une fois de plus des claques à n’en plus finir avec des planètes et des mondes incroyables et dépaysants, des créatures variées et délirantes (mention spéciales aux petites bébêtes trognonnes de l’île de Luke Skywalker) et des engins spatiaux toujours aussi fascinants (les croiseurs impériaux, les X-wing). On en prend plein les mirettes mais aussi plein les oreilles avec de vieilles mélodies remises au goût du jour mais qui fonctionnent toujours aussi bien.

star wars 8 1

Les acteurs sont valables une fois de plus même si à mon goût on ne voit pas assez Finn au détriment du décérébré patron de BB8 (beau gosse ténébreux à 2 de QI) mais Ray reste toujours impeccable. Mention spéciale à Mark Hamill qui campe un Luke Skywalker bad-ass à souhait, torturé et finalement héroïque. Que de souvenirs sont remontés à la surface d’un perso qui m’a toujours plu avec Han Solo comme compère loustic. J’aurais aimé aussi le voir plus mais je ne boude pas mon plaisir et Luke a été bien traité. Leia fait du Leia... Le personnage qui a le mieux évolué et pour qui j’ai une tendresse particulière est celui de Kylo Ren , le nouveau bad boy, très ambigu, sale gosse en mal de reconnaissance et joué avec talent par Adam Driver. Ma scène préférée dans le repaire de Snoke prend une tournure magistrale, c’est d’ailleurs le seul moment où j’ai ressenti un authentique frisson de plaisir et d’excitation.

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Car le reste bien que distrayant est d’une platitude sans nom : l’armada rebelle qui résiste comme elle peut pendant 2h30 de film (les gars faut se bouger les doigts du c...), les archétypes des épisodes précédents ressucés à mort (purée, ils nous refont deux / trois scènes de L’Empire contre attaque, le meilleur opus à mes yeux !), un rythme hyper haché qui gâche certaines scènes qui auraient pu devenir cultes, un humour mal dosé par moments, des personnages qui n’évoluent pas assez ou totalement plats (Laura Dern méritait mieux, fuck you Disney ! (les amateurs de Twin Peaks apprécieront la référence)) et franchement, aucune réelle surprise.

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Au final du plaisir mêlé de déception, Star Wars n’est plus qu’un produit commercial comme les autres, un film qui ne sort pas du lot ce qui m’attriste profondément vu mon amour pour la saga originelle (4, 5, 6). Mais comme je suis un geek au dernier degré par moment, j’irai voir le 9 pour voir comment tout cela va s’achever mais je pense que ce sera le dernier que j’irai voir au cinéma si la déception est une fois de plus au rendez-vous.

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lundi 15 janvier 2018

"La Passe-Miroir - Livre 1 : Les Fiancés de l'hiver" de Christelle Dabos

Les Fiancés de l'hiverL'histoire : Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

La critique Nelfesque : Me voici lancée dans une saga qui a fait beaucoup parler d'elle, en bien, lors de sa sortie. Ce premier volume de "La Passe-Miroir" ainsi que le second étaient dans ma PAL depuis Noël 2016 à attendre sagement le moment opportun pour les lire. Ce fut le cas en fin d'année passée où un grand besoin de s'évader de la réalité et quitter le quotidien s'est fait sentir. De l'originalité, du fantastique, du suspens : tout est ici réuni pour remplir à 100% ce contrat. Bon timing !

Ce premier tome, "Les Fiancés de l'hiver", est un premier pas dans l'univers foisonnant que nous propose de découvrir Christelle Dabos. L'héroïne, Ophélie, est une jeune animiste, capable de lire les objets (les comprendre, connaître leur passé...) et de passer à travers les miroirs. Elle est également la gardienne du musée familial où elle prend soin de l'histoire de ses aïeux et de leurs objets. Son destin va être bousculer par l'annonce de son mariage avec Thorn, un homme qu'elle ne connaît pas et qu'elle va devoir rejoindre au Nord.

Choc des cultures, abandon, séparation d'avec ses proches, Ophélie va quitter le monde qu'elle a toujours connu pour des hautes sphères hostiles et inhospitalières. Elle va devoir composer avec son futur époux, personnage froid et accaparé par son travail d'intendant de la Citacielle, cette nouvelle cité au climat bien plus rude que celui de sa terre natale, et une ribambelle de personnages tous plus fuyants et hypocrites les uns que les autres. Un beau panier de crabes dans lequel sa tante, Roseline, va également être jetée pour veiller sur elle jusqu'au jour de ses noces.

Manigances, complots, calculs sont au coeur de la Citacielle et Ophélie va devoir faire face à de nombreux dangers. Nous assistons alors à des scènes éprouvantes où il est impossible de relâcher son livre. On tremble avec Ophélie, on est baladé à droite et à gauche, à l'image de l'héroïne qui n'est maintenant plus maîtresse de son destin. Cela donne de bons moments d'adrénaline et de découverte d'un monde très bien dépeint par une auteure inspirée.

Pourquoi Ophélie doit-elle se marier avec Thorn ? Qu'est ce qu'une modeste animiste peut avoir à faire dans un monde dicté par l'apparence, le pouvoir et l'argent ? C'est ce que l'on découvre dans ce premier volume et, pour ce faire, Ophélie va s'entourer de personnages simples et attachants que l'on a hâte de retrouver dans les prochains volumes de cette histoire.

Avec un style simple et une écriture facile à lire, Christelle Dabos offre aux jeunes lecteurs (et aux moins jeunes avec tout autant de plaisir) un monde tout droit venu de son imagination. Un monde qui n'a pas encore déployé tout son potentiel ici mais qui promet beaucoup. On en redemande !

Posté par Nelfe à 19:05 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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samedi 18 novembre 2017

"L'Appel du néant" de Maxime Chattam

chattam

L’histoire : Tueur en série...
Traque infernale.
Médecine légale.
Services secrets.
... Terrorisme.


La victoire du Mal est-elle inéluctable?

La critique de Mr K : Cela faisait un bon moment que je ne m'étais pas replongé dans un Maxime Chattam. Après la gigantesque claque que ma lecture de sa Trilogie du Mal, j'avais été quelque peu refroidi par ses écrits suivants que j'avais trouvé moins bien ficelés et quelques peu prévisibles. "L'Appel du Néant" est la troisième partie d'une trilogie dont Nelfe a chroniqué les deux premiers tomes sur notre blog : La Conjuration primitive et La Patience du Diable. Pour ma part, c'est donc neuf de tout à priori que j'entamai cette lecture qui peut s'entreprendre sans pour autant avoir lu les deux volumes précédents. L'expérience fut distrayante et sympathique à défaut d'être originale. Par contre, elle est clairement dans l'air du temps à travers sa thématique et les questions qu'elle pose.

Ludivine a survécu à deux enquêtes périlleuses et on la retrouve en fâcheuse position. Enfermée dans une fosse sans lumière, elle est captive d'un redoutable serial killer qui viole et tue sans vergogne. Pourquoi est-elle là ? Comment se fait-il que cette super gendarme se soit laissée prendre au piège ? Très vite, l'auteur remonte le temps et revient sur la nouvelle enquête qu'entreprennent Ludivine et son équipe. Une série de meurtres étranges ont lieu et sont à la confluence des actes d'un tueur en série et du terrorisme islamiste. Très vite, un agent de la DGSE se joint à l'équipe pour mener ces investigations qui mêlent secret d’État, sécurité intérieure, pulsion de mort, destruction du libre-arbitre et connaissance du bien et du mal et appel du néant qui donne son titre à l'ouvrage.

J'ai plutôt passé un bon moment en compagnie de Ludivine, Marc et les autres. Certes, les personnages sont assez caricaturaux dans leur genre (on en croise beaucoup dans ce type de lecture) mais on s’attache malgré tout à eux. Ludivine, suite aux expériences traumatisantes des deux volumes précédents, est cassée par la vie, au bord de la rupture et se jette à corps perdu dans le travail. Pas de place pour les loisirs, encore moins pour une relation intime. Vous imaginez bien que Chattam va lui mettre entre les pattes un homme parfait à sa manière si ce n’est qu’il appartient à la DGSE ! Belle fusion que ces deux âmes qui se rencontrent et les relations tissées au fil du temps par l’héroïne avec toute son équipe. On navigue en terrain connu mais la formule marche, donc pourquoi s’en priver.

On retrouve aussi tout le talent de Chattam pour décrire les errances de l’esprit humain avec ici un tueur en série redoutable (face à face d’anthologie avec l’héroïne) et surtout des jeunes gens radicalisés qui veulent passer à l’acte. On rentre pleinement dans le contemporain et l’actu de notre pays depuis Charlie et le Bataclan. Bien qu’on apprenne rien de neuf si on suit l’actualité, cette lecture est une belle piqûre de rappel sur la nature de ce mal insidieux : le processus d’embrigadement, l’organisation d’une cellule terroriste, les techniques d’investigations spécifiques utilisées pour la recherche de criminels de cet acabit. On a beau savoir pas mal de choses, ça fait froid dans le dos, difficile en effet de pouvoir poser un portrait type sur ces individus et de les placer dans une case. Plein de finesse et de profondeur, Chattam soigne ses "méchants" et pour une fois propose une fin plutôt heureuse même s’il faut relativiser car la lutte continue encore et encore.

Ouvrage page-turner par excellence, L'Appel du néant se lit rapidement et très facilement. Beaucoup de sigles une fois de plus mais les notes de bas de page sont là pour soutenir le lecteur, empêtré dans une toile narrative machiavélique et des rebondissements nombreux. On passe un bon moment malgré un sujet difficile et ce roman ravira les fans de l’auteur même si on n'atteint pas le niveau de la Trilogie du Mal qui reste indépassable à mes yeux.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
"L'Ame du mal"
"In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, Nelfe l'a jamais chroniqué celui là, rooooo pas bien !)
"Les Arcanes du chaos"
"La Conjuration primitive"
"La Patience du diable"
"Que ta volonté soit faite"
- "Le Coma des mortels"

vendredi 20 octobre 2017

"Deuils de miel" de Franck Thilliez

Deuils_de_mielL'histoire : Une femme est retrouvée morte, agenouillée, nue, entièrement rasée dans une église. Sans blessures apparentes, ses organes ont comme implosé. Pour le commissaire Sharko, déjà détruit par sa vie personnelle, cette enquête ne ressemblera à aucune autre, car elle va l'entraîner au plus profond de l'âme humaine : celle du tueur... et la sienne.

La critique Nelfesque : Retour dans l'univers de Franck Thilliez après quelques années de disette. J'ai découvert sa plume en 2011 et n'avais lu que 3 romans de lui jusqu'alors. Il était donc temps de me replonger dans ses écrits avec "Deuils de miel", troisième volet de sa saga dédiée à Franck Sharko et Lucie Hennebelle. Comme avec beaucoup de saga thriller / polar, il est tout à fait possible de lire les ouvrages indépendamment les uns des autres, chacun étant dédié à une enquête. Seulement, si vous souhaitez comme moi, en apprendre plus sur le personnage et suivre son évolution, il vaut mieux les prendre dans l'ordre.

Franck Sharko est ici un homme meurtri. Veuf et démoli, il tente chaque jour de reprendre le dessus et s'accroche à son métier pour ne pas perdre pied. C'est alors que le cadavre d'une femme est retrouvée dans une église. En position de prière, entièrement nue et rasée, elle ne présente pas de blessures apparentes et l'ensemble semble être une mise en scène particulièrement macabre. Sept papillons sont posés sur son crâne lisse. Commence alors un jeu de pistes où le commissaire Sharko tiendra une place de choix. Principal "chasseur" du tueur, il va se jeter corps et âme dans cette enquête qui réveillera des douleurs encore vives du passé.

Dépassant allégrement les frontières du bien et du mal et de ce qui se fait dans le cadre de ses fonctions, Sharko est ici borderline à souhait. N'en faisant qu'à sa tête, fonctionnant 100% à l'instinct, il a des réactions on ne peut plus primaires et basiques et perd totalement pied pour le plus grand bonheur du lecteur qui se délecte de la précision avec laquelle Franck Thilliez fait sombrer son personnage.

Après une première partie intéressante mais somme toute assez classique dans son approche (ceux qui sont friands de thrillers y trouveront leur compte mais sans crier au génie pour autant) le dernier tiers est un festival jouissif qui vaut à lui seul la lecture de ce roman. La tension monte crescendo et l'auteur ne fait pas dans la dentelle pour nous servir un final absolument dantesque. Quel pied ! L'épilogue vient d'ailleurs clore l'ensemble et laisse le lecteur sans voix. Je suis une habituée de thrillers mais je dois dire que là Thilliez fait très fort ! Que va-t-il advenir du commissaire dans les volumes suivants ? La question reste plus que jamais en suspens et je ne tarderai pas autant à me plonger dans la suite.

L'écriture est maîtrisée, laissant voir au départ un ouvrage de bonne facture mais en gardant sous le pied pour mieux nous amadouer et nous époustoufler par la suite. Un parti pris qui paye puisque la surprise n'aurait pas été aussi intense si Thilliez n'avait pas aussi bien jaugé son suspens et la tension au fil de ses pages. Autant par le passé, j'ai pu faire preuve de tempérance sur ses écrits, autant ici, je suis bluffée et je l'avoue, je n'aurai pas pensé l'être autant par cet auteur (pourtant adoré dans le genre, j'aurai dû m'en douter).

Amateurs de thrillers, je crois qu'il est inutile de vous faire un dessin : foncez ! "Deuils de miel" vous ravira sur tous les points : histoire, personnages, psychologie, écriture et émotions. Ca fait du bien par où ça passe !