vendredi 22 mai 2020

"Les Temps assassins T3 : Parmi les vestiges" de Pierre Léauté

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L’histoire : Il n’a qu’un seul nom mais en utilise des centaines.
Il fuit son passé depuis des siècles.
Ses contemporains l’ennuient.
Les immortels le craignent.
Il est l’Empereur des Mondes.
Il est Ehren Mason.

La critique de Mr K : Ultime tome de la trilogie des Temps assassins, Parmi les vestiges de Pierre Léauté nous propose une conclusion assez magistrale à une saga vraiment prenante et à la complexité grandissante au fil des volumes. C’est un nouveau narrateur qui prend place ici, Ehren Mason (aka Le Tricheur) qui va nous raconter le fin mot de l’histoire. Vous pensiez en avoir vu de belles ? Attendez de lire la suite de ma chronique et ceci évidemment sans spoiler les volumes précédents, exercice fort difficile je vous l’accorde.

Jusque là le lecteur n’avait qu’entraperçu Ehren Mason au détour de scènes clefs de l’intrigue. Personnage mystérieux, volontiers roublard et accompagné de tueurs sanguinaires, on se doutait bien qu’il pouvait jouer un rôle important. Le présent tome va lever le voile sur ses origines, son parcours et surtout son devenir hors du commun. Comme pour tout Immortel qui se respecte, tout va se jouer à partir d’un crime ineffaçable qui est à l’origine de leur Don. Comme pour Darwell ou Charlotte des volumes précédents, commence une existence basée sur un remord originel. La différence pour Ehren réside dans le fait qu’il va accéder assez vite (dans une vie d’Immortel s’entend) aux plus hauts pouvoirs et hautes fonctions, se laisser griser avant de tout perdre. Le personnage se laisse facilement gagner par l'hybris inspiré par le pouvoir, l’argent et semble ne jamais en avoir assez. Semant volontiers le chaos et le doute, il va au final trouver sa place et révéler sa vraie nature.

Je pensais après la lecture des deux premiers tomes que l’auteur avait fait déjà le tour de la question et d’ailleurs si on m’avait demandé mon avis, j’aurais même dit que l’on pourrait s’arrêter là malgré quelques zones d’ombre. C’est justement ces espaces qu’explore Pierre Léauté grâce à Ehren, exploration qui va élargir le champ des possibles et amener sur la table de nouveaux éléments bien sombres qui font replonger un certain nombre de personnages. Et oui, on a ainsi le plaisir de revoir Charlotte, Darwen (mon chouchou je l’avoue) et quelques personnages essentiels comme Saint Preux ou encore l’Oracle. Ça paraît logique tant on accompagne Ehren qui en fait est aux premières loges des événements racontés dans les deux premiers volumes. Sans qu’on le sache vraiment, il tirait nombre de ficelles et se cachait derrière certains deus ex machina et autres rebondissements.

On retrouve pendant une petite moitié de livre la naissance d’un Immortel avec le personnage d’Ehren, on reprend donc les mêmes ficelles que les deux tomes précédents avec ici des focus historiques sur Alexandre le Grand notamment. Et oui, Ehren est bien plus vieux que les deux autres héros, ceci explique son influence plus forte. Ça fonctionne bien, la mayonnaise prend et même si je dois avouer que le personnage n’a pas le charisme des précédents (c’est plus un filou puis un tyran au départ), on se plaît à suivre les méandres de son existence. Véritable serpent faisant sa mue à de multiples reprises, bien malin sera celle ou celui d’entre vous capable de deviner sa destinée. Plusieurs fois dans ce volume, on revit certaines scènes importantes à travers ses yeux, ceci nous révélant des tenants et des aboutissants dont nous étions loin de nous douter. Beaucoup de certitudes s’effondrent et on essaie de comprendre les réactions en chaîne que cela va pouvoir provoquer.

Très vite, ce troisième tome se révèle être un véritable jeu de piste à travers le temps, l’espace et les relations complexes entre les personnages et camps en présence. Certaines vérités font mal et provoquent l’irruption de nouvelles entités ou personnages d’une sacrée trempe qui feraient passer les précédents bad guy pour des petits rats de l’opéra. On ne peut que s’incliner devant l’architecture même de l’œuvre dans son ensemble, c’est brillant et remarquablement amené. Parmi les vestiges ne peut en cela être lu sans avoir parcouru les deux opus précédents. Il les complète de fort belle manière, élève les enjeux à un niveau encore supérieur et fournit une conclusion sans appel. Le rythme reste toujours aussi haletant, pas le temps de s’ennuyer avec des péripéties nombreuses et les surprises qui vont avec.

Que dire de plus sinon que dans le genre cette trilogie est une pièce de choix qui se déguste sans modération ! Un pur bonheur de lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Rouge vertical
- Les Uchronautes
- Mort aux grands et Guerre aux grands


samedi 9 mai 2020

"Les Temps assassins T2 : Les Uchronautes" de Pierre Léauté

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L’histoire : Immortel. La vie semble plus douce. Pourtant, les démons de nos âmes vivantes continuent de nous hanter. Guerrier, mentor, révolutionnaire, Darwen Longville cherche la paix et n’ignore pas qu’elle a un prix...
L’éternité a ses héros. Elle a aussi ses victimes.

La critique de Mr K : Il s’est déjà passé quatre ans depuis ma lecture du premier tome de la trilogie des Temps assassins de Pierre Léauté, Rouge Vertical. Honte à moi tant j’avais aimé ce premier volume aussi virevoltant que réussi. Heureusement, nous avons croisé l’auteur aux Utopiales de 2019 et il s’est rappelé à mon bon souvenir lors d’une entrevue aussi chaleureuse que sympathique. C’est donc avec une grande envie que je commençais ma lecture du tome 2 : Les Uchronautes. Et là... l’addiction totale et malgré une Little K en forme, je n’ai pu me résoudre à relâcher ce volume encore plus réussi que le précédent !

On change de point de vue avec ce deuxième tome laissant de côté Charlotte Backson (aka Milady de Winter) pour suivre le parcours tortueux et haut de couleur lui aussi de Darwen Longville, l’homme par qui le chaos va survenir chez les Immortels, êtres mystérieux capables de voyager dans le temps et ses différentes fractales. Fils de nobliaux ne s’étant jamais remis de la mort de son jeune frère, il aiguise ses compétences de combattant hors pair à force d’épreuves et d’entraînements, il finit par s’engager dans l’armée de Guillaume le conquérant et participe à la bataille d’Hasting durant laquelle il trouve la mort... Mais ne vous y trompez pas, ceci n’est que le début de son incroyable destin ! Possédant le Don, il devient un Immortel. Il rejoint leur confrérie secrète Analekta et devient un exécuteur chargé de chasser les renégats de l’ordre. Obéissant à la lettre au décalogue, une liste de dix commandement à respecter absolument sous peine de mort (et oui on peut mourir en étant immortel), il commence cependant à douter et un événement va tout faire basculer.

Écrit à la première personne, ce livre est hyper immersif. On suit au plus près le parcours de Darwen un personnage aussi attachant que complexe. La première partie s’attache à sa vie humaine si je puis dire et l’on retrouve tout le talent de l’auteur pour ciseler ses personnages, leur donner vie et les faire évoluer dans des directions parfois désarçonnantes. On ne tombe jamais ici dans la caricature, chose qui malheureusement est souvent le cas dans ce type de littérature. Ici tout être est pétri de contradictions et chaque personnage inspire des sentiments mêlés au lecteur. D’initiatique le roman se transforme vite en récit de vendetta et en rébellion qui met toutes les certitudes entre parenthèses et donne lieu à une multitudes de scènes épiques, de trahisons et révélations qui produisent leur petit effet. On ne s’ennuie pas une seconde avec en plus une science de la narration millimétrée qui réserve son lot de surprises. La fin de l’ouvrage est un vrai déchaînement de fureur qui mène à une conclusion très mélancolique qui m’a personnellement comblé. On n’a pas affaire à un auteur qui propose un bel écrin pour accoucher d’une souris, ici tout est poussé à son paroxysme et on ne tombe pas dans la facilité.

De par leur capacité de se déplacer dans le temps, le récit est vraiment échevelé, surprenant. On peut tout se permettre quand on écrit ce type d’histoire et Pierre Léauté ne s’en laisse pas compter. Il maîtrise la matière historique avec fun, jubilation et panache (il n'est pas prof d'Histoire dans le civil pour rien !) ; les amateurs d’Histoire mais aussi d’uchronie seront aux anges avec une multitude d’époques explorées toujours avec justesse et un souci de clarté appréciable. Et puis, tout le background est passionnant à commencer par cette mystérieuse confrérie qui révèle peu à peu son vrai visage, les factions concurrentes qui ne sont pas des plus claires non plus, pléthore de personnages mystérieux qui cachent bien leur jeu et se révèlent parfois être de véritables fous furieux (même dans le soit disant bon camp)... Les humains ne sont finalement que des pions interchangeables voire jetables lors de certaines séquences pour le moins explosives.

Le tout est emballé de la plus belle des manières avec une langue toujours aussi plaisante à parcourir : accessible, précise, jamais rébarbative et toujours en mouvement. C’est un pur bonheur en mots, phrases et chapitres. C’est bien simple, les pages se tournent toutes seules et il m’a été impossible de lâcher le volume. Une super lecture qui se prolonge avec un troisième tome dont je vous parlerai plus que très prochainement puisque j'en ai déjà terminé la lecture...

jeudi 16 janvier 2020

"Star Wars IX : L’Ascension de Skywalker" de J.J. Abrams

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L'histoire : La conclusion de la saga Skywalker. De nouvelles légendes vont naître dans cette bataille épique pour la liberté.

La critique Nelfesque : Bon, ben, tu feras avec le synopsis ci dessus fournit par Allociné hein ? Dans tous les cas si t'es fan de la saga, tu payes ta place, tu te poses pas (trop) de questions et tu termines cette trilogie au cinéma. Après, c'est pas dit que tu ailles voir les prochains mais ça c'est une autre histoire.

C'est donc mardi dernier que nous sommes allés voir "L'Ascension de Skywalker" au cinoche. Oui, on a mis le temps... Déjà pour éviter les cohortes d'impatients qui se massent dans les salles au moment de la sortie d'un Star Wars, allant jusqu'à réserver leurs places des semaines à l'avance (ce qui pour moi est une ineptie mais soit), aussi parce qu'on avait prévu de le voir plus coolos avec des copains début janvier et puis finalement qu'on a vu tous les 2 parce qu'avec mon ventre qui pousse j'évite de m'éloigner trop de ma maternité (mais ça aussi c'est une autre histoire).

Star Wars, soit vous aimez la saga et vous avez déjà vu ce film depuis sa sortie, soit vous vous en fichez éperdument. Du coup dans les deux cas, ça m'évite de vous résumer l'histoire et je vais tout de suite me concentrer sur mon avis sans faire la rabat-joie ("gnagnagna c'est plus ce que c'était Star Wars depuis qu'il y a Disney aux manettes") et sans faire la spécialiste ("oui alors là c'est vraiment n'importe quoi cette résurrection hein !") parce qu'il y aurait des choses à dire mais je ne suis pas assez râleuse ou pointue sur le sujet pour disserter là-dessus. Je laisse Mr K le faire sans doute juste après moi. Dans le genre fan de la franchise et râleur il se pose là (hum...) !

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Et bien perso j'ai passé un très bon moment. Le film dure 2h22 et c'était déjà la fin que je ne m'en étais même pas rendue compte. Il n'y a pas de temps mort, c'est rythmé, les persos sont sympa avec des petites touches d'humour bienvenues parfois, des courses poursuites bien foutues, ce qu'il faut d'anciens persos qui ressurgissent pour un dernier coucou et, gage de qualité, il y a même des chevauchées de chevalmouth sans déconner (comprenne qui pourra !) !

Scénaristiquement ça casse pas des briques mais on passe un bon moment et la relation Rey / Kylo Ren n'est pas sacrifiée sur l'autel Disney (alors rien que pour ça je dis MERCI !). Ce sont d'ailleurs les scènes mettant en jeu ces deux personnages ensemble qui sont les plus intéressantes. J'irais même jusqu'à dire qu'heureusement qu'ils sont là mais si je fais ça, je vais râler et j'ai dit non (hum) !

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J'ai bien ri face au comique de certaines situations. Je suis pas sûre que c'était l'effet escompté mais en le prenant ainsi on se marre bien de certaines postures de personnages qui, disons le tout net, se la pètent puissance 10.000. Je n'ai pas eu de réel moment d'émotion mais je ne vais pas voir Star Wars pour ça hein, j'ai tout de même frémi pour quelques personnages historiques mais non ouf finalement ça va ils sont sauvés, c'est bon les enfants vous pouvez respirer. La seule disparition importante ici ne m'a pas attristée, c'est comme ça et c'est tout à fait logique d'un point de vue logistique... Je l'aurais déjà fait mourir à l'épisode précédent donc bon.

Voilà globalement "L'Ascension de Skylwaker", c'est pas foufou. Les révélations sont un peu tirées par les cheveux mais si on n'est pas trop regardant là dessus côté spectacle on ne boude pas notre plaisir. Finalement ça fait du bien d'aller au ciné parfois uniquement avec cet objectif en tête. Je n'en attendais ni plus ni moins.

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La critique de Mr K : 4/6. Ça y est, ça en est fini de cette trilogie qui au final s’avère bien fadasse malgré des moments de brios indéniables. Cet épisode vaut les deux précédents, c’est une belle soupe qui manque de saveur. Heureusement que deux personnages principaux réhaussent le niveau car sinon c’était le naufrage assuré à mes yeux.

Le début du métrage commence très mal avec un artifice scénaristique assez ridicule et le retour d’un méchant que l’on croyait mort depuis bien longtemps. Il faut dire que les bad guys manquent de charisme dans cette trilogie, du coup on ressort l’artillerie lourd. Alors même si c’est vraiment réchauffé, on se félicite d’avoir un vrai antagoniste (non, ce n’est pas Dark Vador, rêvez pas non plus !). On retrouve donc Rey et sa fine équipe en quête de ce sith bien planqué qui prépare sa revanche en utilisant Kylo Ren toujours aussi paumé et perché. Ce dernier pourtant n’est toujours pas fixé et l’on sent des atermoiements chez lui qui pourraient le refaire basculer de l’autre côté. Le reste de l’histoire est une compilation de scènes échevelés, de passages héroïques à décoller la rétine, d'autres sur l’amitié écrits par un enfant de huit ans et de créatures gadgets qui permettront à Mickey de vendre plein de figurines et de s’enrichir encore un peu plus.

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Clairement, pour éviter de m’énerver, j’ai pris ce film pour ce qu’il est : une série B bien guimauve, complètement what the fuck, bourrée d’invraisemblances mais qui remplit sa mission de spectacle démesuré. C’est beau, ça pète dans tous les sens et globalement on ne s’ennuie pas. Rien d’original, le scénario coule de source et Disney oblige, ça finit bien. Je rêve d’une victoire écrasante des Sith, métaphore d’une dictature ultralibérale répressive à la mode Macron. Ça aurait eu de la gueule mais les enfants auraient pleuré... et il ne faut jamais faire pleurer les gamins. L’élément qui franchement a douché mon enthousiasme très vite est la narration choisie, l’extrême découpage des séquences à la mode jeu vidéo ou film de mecs en slips (Marvel and co), on prend vraiment les spectateurs pour des abrutis et je trouve qu’on perd en portée. Je vous raconte pas la génération de zappeurs qu’on nous prépare...

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Bref, j’étais bien parti pour lui mettre 3/6 voir 2/6 quand cet empaffé d’Abrams trouve le moyen de ressortir des Ewoks (horreur, malheur, je déteste ces bestiaux sauf en BBQ !)... Mais voila, il y a Adam Driver et son perso d’éternel adolescent perdu qui cherche la reconnaissance du père qui l’a délaissé. Que j’aime le perso de Kylo Ren qui m’a ému profondément et offre deux scènes particulièrement touchantes (le duel sur l’épave et la scène finale). J’avoue, j’ai pleuré ! Même pas honte, franchement balaise cet arc narratif et rien que d’y penser j’ai les poils. Quel jeu d'acteur, quelle intensité dans le regard ! I love this guy! Rey n’est pas mal non plus avec ce lien ésotérique qui la relie à lui, le mystère sur ses origines. Tout ici est enfin révélé et je me suis fait avoir. Bon, c’est un peu gros mais ça passe et explique bien ce qui a précédé. La vraie force de cette trilogie réside vraiment dans la relation unique qui relie ces deux personnages. Là dessus, on est vainqueur et ce film mérite bien la note que je lui attribue.

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Né l’année de sortie du tout premier Star Wars, je suis tombé dedans tout petit et même si je ne peux que me plaindre de la direction mercantile de la franchise, on passe un bon moment et au cinéma l’effet sur le spectateur est assez bluffant. C’est en tout cas le dernier que j’irai voir au cinéma, les studios ayant décidé de partir vers d’autres horizons et d’autres domaines de l’univers crée par Lucas. Personnellement, je vais me rabattre sur des comics forts séduisants et surtout continuer à regarder les séries animées qui sont loin d‘être ridicules. Que la Force soit avec vous !

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lundi 19 août 2019

"L'Incal" - intégrale - de Jorodorowsky et Moëbius

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L'histoire : Dans un futur lointain, une autre galaxie ou un autre espace-temps, l'Incal et l'immense pouvoir qu'il confère exacerbent toutes les convoitises. John Difool, minable détective de classe R adepte d'homéoputes et de bon ouisky se retrouve embarqué malgré lui dans cette course à l'Incal. Il aura affaire à des mouettes qui parlent, des extraterrestres idiots, un empire dictatorial ultra violent, des rats de 15 mètres commandés par une déesse nue, une bataille mémorable dans une fourmilière, une secte adepte des trous noirs, et enfin une bataille intersidérale entre le bien et le mal.

La critique de Mr K : Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous savez que je suis friand de SF et d’auteurs que je considère comme des demi-dieux notamment Jodorowsky et Moëbius. Mais voila, malgré tout l’amour que je leur porte, je l’avoue et le confesse, je n’avais jamais lu la série de l’Incal ! Booouuuu, honte à moi ! Le tort est réparé désormais car, il y a déjà quelques temps, j’ai offert à ma douce Nelfe la présente intégrale qu'elle avait déjà lu et adoré il y a quelques années, et ces vacances d’été étaient l’occasion idéale pour plonger dans les aventures rocambolesques de John Difool. Je peux déjà vous dire que je n’ai pas été déçu !

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Modeste détective de classe R, on retrouve John Difool en fâcheuse posture dès la première planche : il est en train de tomber dans le vide et la mort se rapproche à vitesse grand V sous la forme d’un lac d’acide au dessus duquel est construit la ville futuriste où il réside. Le ton est donné donc dès le départ et ça ne va pas s’arranger. Très vite, un mystérieux artefact (le fameux Incal) le choisit pour mener une nébuleuse mission attirant sur lui des convoitises multiples. Traqué, passant son temps à s’enfuir, rencontrant des compagnons pour le moins inattendus, vivant des expériences hallucinantes, John n’est pas au bout de ses peines et son existence banale prend alors une dimension beaucoup plus importante dans la marche du monde, il se pourrait bien qu’il puisse même... sauver l’univers !

Dès le départ, on se prend d’affection pour John, genre de détective un peu raté, vivant d’expédients, d’homéoputes et de cigarettes hallucinatoires entre deux affaires et quelques règlements de compte avec des types des bas fond. Très attachant par son détachement, son inconséquence, son côté has been et son caractère, on aime suivre ses pérégrinations qui bien que sérieuses ne sont pas tristes avec notamment ses réactions parfois ubuesques et complètement à côté de la plaque. Il va peu à peu évoluer (mais un peu seulement...) au contact de l’Incal, prendre conscience de vérités cachées et va même participer à une espèce de prophétie ! Vous l’avez compris, la patte Jodorowsky est à l’œuvre, le scénario classique des débuts vire à partir de la quatrième partie à l’aventure initiatique mâtinée de mysticisme et d’onirisme. Pour avoir assister à une conférence du maître aux Utopiales en 2011, je peux vous dire que ça dépote et que l’on va loin, très loin dans l’exploration mentale des personnages en lien direct avec la déréliction du monde.

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D’une grande densité et cohérence, le monde futuriste qu’on nous propose est de toute beauté, magnifié par les dessins de Moëbius. On explore les villes, mondes et terres désolées, planètes et espaces mentales avec une facilité déconcertante entre étonnement, ravissement et même angoisse. Derrière ces tribulations distrayantes, en filigrane apparaissent des thématiques très contemporaines qui font souci : le recul de la nature face à la technologie et la course à la croissance de l’homme, la mise sous perfusion médiatiques des masses par un pouvoir central corrompu et obsédé par la conservation de ses avantages, la méfiance généralisée envers tout ce qui est différent et la policiarisation de la société ou encore, le recul du spirituel face au matérialisme forcené nourrissant les illusions d’un bonheur factice... Pour beaucoup de thèmes, on sent les auteurs en avance sur leur temps (les prémices de la chute étaient déjà en germe) et la vision proposée est d’une grande justesse et interpelle encore le lecteur en 2019. Quel bonheur de conjuguer à la fois divertissement et réflexion avec en prime des questionnements qui font écho à nos propres interrogations existentielles. Délectable !

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Background très poussé, personnages variés avec chacun une caractérisation profonde, des rebondissements nombreux et souvent surprenants, avec L’Incal on est constamment sur le qui-vive car tout semble pouvoir arriver. Un tout petit bémol, j’avais plus ou moins deviné le rebondissement final mais je dois avouer que Jodorowsky avait livré quelques éléments de sa pensée lors de la conférence à laquelle nous avions assisté. Cela n’a pas gâché mon plaisir entre planches d’une grande beauté, dynamisme des dessins et du scénario, plongée dans une mystique aussi fascinante que délirante et au final, un cycle qu’on oublie pas. J’ai mis le temps pour la découvrir mais Dieu que c’était bon ! On en redemande !

mardi 30 juillet 2019

"Omale" de Laurent Genefort - Intégrale volume 1

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L’histoire : Omale...
Imaginez une sphère de matière ultra-dense, englobant un soleil. À l'intérieur de cette coquille de dizaines de millions de fois la surface terrestre : de l'air et de la vie ; des espèces intelligentes, aussi. Là, sous un soleil à jamais immobile, les Humains, arrivés par une éphémère porte de Vangk, ont dû repartir de zéro. Au fur et à mesure des âges, alors que l'univers extérieur se muait en simple mythe, ils ont dû tisser une histoire avec leurs voisins extraterrestres : les Chiles, grands et puissants, et les sages Hodgqins. Une histoire faite de commerce et de guerre, d'exploration des Confins, mais où les grands mystères demeurent : quels êtres aux pouvoirs semi-divins ont édifié Omale, et pourquoi y ont-ils piégé toutes les espèces de la galaxie ?

La critique de Mr K : C’est un sacré pavé de 1043 pages que je vous présente aujourd’hui. Je peux désormais en parler après quinze jours de lecture intensive début juillet. Le cycle Omale de Laurent Genefort est considéré comme sa grande œuvre. Dans ce premier volume sont réunis le roman éponyme Omale et Les Conquérants d’Omale qui bien que divergents en terme de périodes décrites ont beaucoup de points communs et se complètent l’un l’autre pour le plus grand plaisir du lecteur.

Appartenant au sous-genre de Science-Fiction du Space Opera, cette saga est d’une richesse épatante, à commencer par l’univers original créé de toutes pièces par un auteur à l’imagination foisonnante. Omale est un monde plat enfermé dans une sphère de matière, Heliale son Soleil s’occupe d’entretenir la vie. Plantes, animaux mais aussi trois espèces dominantes se partagent son sol entre entente cordiale et parfois conflit armé pluriséculaire. Placé dans l’univers des Portes de Vangk, ces mystérieux passages qui permettent de passer d’un univers à un autre, sur Omale le passage a disparu et l’humanité a dû relancer son évolution en recommençant presque de zéro. Mais ils ne sont pas seuls, comme dit précédemment, ils doivent composer avec les Chiles et les Hodqins. Pour nous en parler, Genefort va tour à tour nous décrire deux voyages initiatiques qui posent des questions essentielles sur les origines d’Omale et vont nous éclairer sur ce monde étrange et parfois dangereux.

Dans Omale, on suit la destinée de trois personnages à qui des inconnus ont confié des bris de coquille vide. Chacun semble guidé par un fatum implacable qui va les faire se rencontrer dans une nef en partance pour le bout du monde. D’origines raciales et d’extractions sociales différentes, ils vont apprendre à se connaître pour mieux découvrir les raisons profondes de leur périple à l’objectif pour le moins nébuleux au départ. Ce premier roman constitue une excellente mise en bouche à l’univers d’Omale. Avec ses personnages attachants et charismatiques, on se plaît à accompagner les six protagonistes vers une révélation finale d’importance. L’aventure n’est pas de tout repos avec entre autre une scène de piraterie d’une grande efficacité mettant aux prises des vaisseaux gigantesques qui nous démontre une fois de plus le talent immense de Genefort pour nous immerger dans des mondes imaginaires et relater de beaux morceaux de bravoure. Chaque personnage se confie aussi lors de flashback aussi instructifs qu’intenses. Au cœur de l’intrigue, vous l’avez deviné : le mystère des origines du monde d’Omale. Quelle est la véritable nature de ce monde ? D’où viennent exactement les peuples qui y résident ? Qu’est-ce qui a pu bien se passer ? Des réponses sont données en toute fin d’aventure et ouvrent la voie à de multiples possibilités pour les romans ultérieurs... Passionnant !

Les Conquérants d’Omale se déroule 500 ans avant le précédent roman, les trois races dominantes d’Omale ne s’entendent pas et une guerre sans merci courant sur 25 000 km de front oppose Humains et Chiles. Malgré les moyens déployés, le conflit s’enlise... Dans ce contexte difficile, nous suivons quelques humains dans une mission quasi-suicidaire qui pourrait bien faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre selon la réussite ou l’échec. En parallèle, nous suivons les préparatifs d’une rencontre diplomatique avec en apothéose l’envol de représentant d’Omale au cœur d’un Aethir, créatures spatiales mythiques aussi monumentales que mystérieuses dans leurs intentions. Enfin, on accompagne aussi une expédition de cartographes chargés de répertorier des terra Incognita dans le grand atlas d’Omale. Ces trois points de vue s’interposent et se complètent eux aussi et vont finir par livrer des vérités bien dérangeantes. Le ton est différent ici, même si l’on retrouve un peu l’aspect initiatique, c’est un Genefort plus engagé qui se livre à nous avec une histoires aux accents antimilitaristes d’une rare force et sagacité. Horreur du conflit, destructions, annihilation, oubli et résurgences sont au cœur d’un récit enlevé qui laisse peu de place à l’espoir. Plus dispersé dans sa construction même, il faut s’accrocher lors de sa lecture, faire davantage de liens que dans le roman précédent de la série mais au final le plaisir de lire est le même et l’on aime toujours autant se plonger dans l’univers d’Omale.

Très belle lecture donc que ce premier volume d’intégrale. L’aventure et le dépaysement sont au rendez-vous au centre d’un monde très riche qui regorge de détails. C’est bien simple, vous saurez tout sur tout sur Omale et son fonctionnement. Loin de tomber dans un encyclopédisme barbant, Genefort par petites touches successives nous offre un tableau dantesque livrant un monde cohérent et complexe. Forces en présence, arcanes du pouvoir, luttes d’influence, organisation sociale, ethnologie extra-terrestre, foi et religion, philosophie en cours, faune et flore, lois physiques et beaucoup d’autres aspects sont abordés dans ces romans où le monde d’Omale se livre peu à peu. On en redemande presque ! Ce qui me rassure, c’est que le tome 2 m’attend bien au chaud dans ma PAL.

On retrouve le talent de conteur de Genefort qui n’est plus à prouver. Sans conteste, il est un des meilleurs auteurs de SF française en activité proposant réflexion et plaisir instantané de lecture. Malgré l’épaisseur du volume, les pages se tournent toutes seules avec un plaisir de lecture renouvelé qui ne se dément jamais. À lire absolument pour tous les amateurs de SF à la sauce space-opera. Pour ma part, j’y retournerai très prochainement !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Mémoria
Les Opéras de l'espace
- Une Porte sur l'éther
- Points chauds

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vendredi 5 juillet 2019

"Touche pas à mes deux seins" - Série Le Poulpe - de Martin Winckler

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L’histoire : Le Poulpe fait une entrée remarquée dans le monde de la médecine. Il retrouve pour l'occasion un ancien ami, Bruno Sachs, dans des circonstances pour le moins morbides... Le professeur Goffin, éminent spécialiste du cancer du sein, est un personnage sans foi ni loi qui utilise ses patientes à des fins expérimentales. Il vient d'être froidement assassiné dans son appartement parisien. Le crime prend des airs de règlement de comptes... Martin Winckler nous mène de rebondissements en surprises à travers les méandres d'une affaire aux thèmes très actuels. Cette rencontre inattendue entre deux univers bien distincts, polar et milieu médical, est une véritable réussite.

La critique de Mr K : Retour en terres poulpesques aujourd’hui avec Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler qui m’a permis de retrouver avec grand plaisir le personnage de Gabriel Lecouvreur, enquêteur atypique très engagé. Lorgnant vers le thriller médical, ce volume est une très belle réussite et se classe directement parmi les meilleurs de la série à mes yeux.

Le cadavre d’une sommité de la médecine est retrouvé dans son appartement, le docteur Goffin, un gynécologue de renommée mondiale avait mis au point un nouveau traitement thérapeutique pour guérir le cancer du sein sans avoir usage de chirurgie. Autant dire qu’il était perçu comme le messie par nombre de femmes touchées par cette horrible maladie. Mais si meurtre il y a eu, c’est qu’il y a sans doute des choses à gratter et le vernis des apparences cache souvent des éléments peu reluisants. Lorsque dans son bar préféré, Le Poulpe lit l’article concernant cette disparition, des vieux souvenirs ressurgissent et Gabriel va se confier à sa douce Cheryl, lui racontant une partie de sa houleuse jeunesse.

Ce roman se distingue des autres Poulpe par sa construction même. Pour une fois, nous ne suivons pas vraiment une enquête du Poulpe à proprement parler. On alterne ses confessions avec son amoureuse où il est question de ce qu’il a pu faire et qui il a pu rencontrer après l’obtention de son bac. Il se mêle ainsi à une bande de jeunes gens (étudiants pour la plupart) navigant entre le milieu de la médecine, du glandage et des soirées. Très vite, on se rend compte que cela a un lien très fort avec le crime qui l’a remué le matin même. Amitiés, amours et ambitions sont au coeur d’une intrigue bien retorse où tout peut basculer au gré d’une décision ou d’un coup du sort.

En parallèle de cette promenade dans la jeunesse de Gabriel, on suit les investigations et interrogatoires menés par le juge d’instruction Walteau. L’affaire lui a été redonnée dans des circonstances peu claires et en avançant dans son enquête et préparation du dossier, on prend conscience que cette affaire peut faire du bruit, que le docteur Goffin connaissait beaucoup de monde et que sa chute va révéler des pratiques douteuses que certains n’aimeraient pas voir remonter à la surface... Un troisième personnage, un certain Bruno, intervient aussi par moments et apporte son éclairage sur Goffin mais aussi sur la petite bande d’amis.

Au fil de la lecture, on croise les informations et une mécanique infernale se fait jour. Les lignes bougent, les révélations pleuvent et l’affaire dans son ensemble prend une tournure toute autre que celle que l’on pressentait au départ. Comme souvent avec Le Poulpe, nous avons le droit ici encore à une belle galerie de personnages, authentiques, parfois truculents, parfois tragiques, tous mus par une envie de vivre et d’être heureux. On se prend de compassion pour les deux sœurs jumelles que la vie n’épargne pas, on aime suivre les événements relatés par Gabriel et qui le touchent encore beaucoup des années après, on frémit face aux non-dits en cours dans le milieu hospitalier et les pratiques invisibles possibles... N’étant pas un fan de l’hôpital, je dois avouer que je n’étais pas fier lors de cette lecture et c’est d’ailleurs pour cela que j’évite de lire ce genre d'ouvrage d’habitude... Pour autant, j’ai passé un excellent moment entre intrigue tortueuse, charisme des protagonistes, complexité des interactions entre personnages et un Poupe toujours aussi attachant.

L’écriture de Martin Winckler fait merveille et contribue à livrer un volume du Poulpe addictif et jubilatoire. Ecrit simplement mais avec une précision diabolique, original dans sa construction et ménageant le suspense comme jamais, Touche pas à mes deux seins est un grand Poulpe, de ces volumes qui contribuent à donner ses lettres de noblesse à cette série littéraire au charme décidément incroyable !

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
Chicagone
- Les Damnés de l'artère
- Allah recherche l'autan perdu

mardi 12 mars 2019

"La Sirène" de Camilla Läckberg

La SirèneL'histoire : Un homme a mystérieusement disparu à Fjällbacka. Toutes les recherches lancées au commissariat de Tanumshede par Patrik Hedström et ses collègues s'avèrent vaines. Impossible de dire s'il est mort, s'il a été enlevé ou s'il s'est volontairement volatilisé.
Trois mois plus tard, son corps est retrouvé figé dans la glace. L'affaire se complique lorsque la police découvre que l'une des proches connaissances de la victime, l'écrivain Christian Thydell, reçoit des lettres de menace depuis plus d'un an. Lui ne les a jamais prises au sérieux, mais son amie Erica, qui l'a aidé à faire ses premiers pas en littérature, soupçonne un danger bien réel. Sans rien dire à Patrik, et bien qu'elle soit enceinte de jumeux, elle décide de mener l'enquête de son côté. A la veille du lancement de La Sirène, le roman qui doit le consacrer, Christian reçoit une nouvelle missive. Qulqu'un le déteste profondément et semble déterminé à mettre ses menaces à exécution.

La critique Nelfesque : Me voici de nouveau plongée dans les aventures d'Erica Falck et Patrik Hedström avec "La Sirène", 6ème volet de la saga. Tous les amateurs des récits de Camilla Läckberg s'accordent sur un point : il est aussi plaisant de suivre la vie privée de ses personnages principaux que les enquêtes en elles-même. On ne déroge pas à la règle avec ce tome-ci qui voit Erika, enceinte jusqu'aux yeux, et de jumeaux qui plus est, aller encore une fois au bout d'elle-même et se révéler être une wonder-woman du quotidien.

Parce qu'elle est comme ça Erika. Une nana qui ne tient pas en place, qui a du mal à se dire qu'elle doit lever le pied parfois et qui, sous la plume de Camilla Läckberg, est toujours confrontée à des histoires trépidantes. Il est intéressant ici de voir les processus d'écriture et la vie d'auteur entre sortie d'un nouveau titre, soirées inaugurales et promotion autour de son ami Christian, déjà rencontré dans les précédents tomes, et qui sort ici son premier roman.

Ce fameux Christian reçoit des lettres anonymes menaçantes et intrigantes. Il dit ne pas y accorder d'importance mais tout porte à croire qu'un secret se cache là dessous et Erika est bien déterminée à le dénicher. D'autant plus que cela survient en parallèle d'une enquête dont son mari, Patrik, a la charge. Un homme a été retrouvé sur le port de Fjällbacka, figé dans la glace.

Une fois de plus, Camilla Läckberg nous offre ici un tome bien construit et dans lequel on a toujours autant de plaisir à suivre la petite équipe et leurs déboires personnels. Certaines choses peuvent être devinées en amont (et oui c'est ça quand on est coutumier de ce genre de littérature, il y a des ficelles que l'on détecte à des kilomètres) mais de petites surprises sont aussi disséminées tout au long de l'ouvrage. Le bilan, si bilan il doit y avoir, et donc relativement positif. Disons-le clairement, ce n'est pas le meilleur tome de la saga pour l'enquête qui y est exposée et les résolutions de celle-ci mais on a forcément hâte de lire la suite à la vue du dernier chapitre... Sans vouloir spoiler (rassurez-vous, ce n'est pas le genre de la maison), j'ai tout de même envie de dire : NON MAIS CAMILLA CA VA PAS BIEN DE NOUS LAISSER AVEC CES DERNIERS PHRASES !?

Si vous n'avez jamais lu du Läckberg, ne commencez pas par celui-ci. Cela n'aurait aucun intérêt et vous perdriez toute la dynamique de la saga dans son ensemble tant ici l'auteure nous fait faire un bond dans l'histoire. C'est la première fois, de mémoire, qu'elle relie autant deux tomes entre eux. C'est bien simple, si vous n'avez pas le 7ème tome, "Le Gardien de phare", à portée de main, vous allez devenir fou ! C'est une bonne chose car il va y avoir, je sens et je l'espère, une accélération dans la narration. Cette saga est finalement très pépère et au bout d'un moment ce rythme peut commencer à lasser d'autant plus que les ficelles sont plus ou moins recyclées d'un tome à l'autre. L'auteure ici nous laisse présager une suite tourmentée et c'est tant mieux ! Un nouveau vent se lève sur Fjällbacka !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"
- "L'Enfant allemand"

mardi 5 mars 2019

"Requiem" de Tony Cavanaugh

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L'histoire : Quelques mots prononcés dans la panique au téléphone : "Darian, il faut que tu viennes. Tu es le seul à pouvoir nous aider. Il y a tant de corps !" ... puis plus rien. L'appel vient d'Ida, une jeune fille que Darian Richards, ex-flic des homicides de Melbourne, a sauvé quelques mois plus tôt d'une sale affaire. Si Richards a décidé d'abandonner un métier trop éprouvant pour ceux qui, comme lui, prennent les choses trop à cœur, il ne peut pas laisser Ida sans réponse. Son appel de détresse ayant été localisé, Darian gagne la Gold Coast, région des plages d'Australie, où les étudiants se retrouvent pour fêter la fin de leurs examens. Il est alors loin de se douter que la disparition d'Ida n'est presque qu'un détail dans une enquête qui va bientôt se transformer en véritable cauchemar.

La critique de Mr K : On peut dire que je l'attendais cet ouvrage, troisième aventure de Darian Richards, héros récurrent des romans de Tony Cavanaugh que l'on surnomme le Michaël Connelly australien. Requiem s'inscrit dans la lignée de L'Affaire Isobel Vine et de La Promesse, deux ouvrages puissants, sans concession et redoutablement addictifs. C'est donc avec grande impatience que je débutai ma lecture et je peux vous dire que je n'ai pas été déçu !

Darian coule des jours peinards dans sa petite cabane de pêcheur perdue au milieu de nul part à pêcher et observer les oiseaux. Elle est bel et bien derrière lui sa carrière d'avant, quand il était le chef d'une brigade criminelle réputée comme la plus efficace du pays. Bon, il avait fait une entorse à son règlement intérieur le temps de deux enquêtes précédentes mais promis, on ne l'y reprendrait plus... C'est du moins ce qu'il pensait jusqu'à ce qu'une ancienne connaissance ne l'appelle en lui laissant un message pas rassurant. Ni une ni deux, voila toutes ses bonnes résolutions balayées et il part à nouveau sur la route, direction la Golden Coast, haut lieu de perdition pour les étudiants en fin de cycle qui viennent s'y lâcher une fois les examens derrière eux. Le souci, c'est que les disparitions puis les cadavres s'accumulent... Darian aura besoin de tout son talent, de ses relations et d'un peu de chance pour pouvoir démêler une affaire qui, au fur et à mesure qu'elle se creuse, s'avère infernale.

D'entrée de jeu, on retrouve le charme d'un antihéros pas comme les autres. Au bout d'un chapitre, impossible de ne pas succomber au style rugueux de Darian qui une fois de plus va jouer au justicier durant plus de 300 pages, se jouant des règlements et lois en vigueur. Borderline mais pas tant que ça, en roue libre mais toujours avec un minimum de maîtrise, on aime à le suivre dans son enquête qui sous ses aspects classiques va révéler un monde interlope qui côtoie le nôtre sans que l'on ne s'en rende compte. Jouant au chat et à la souris avec les flics (cela donne de doux moments bien délectables), se rapprochant au plus près de ses ennemis, il garde une sorte de flegme et de distance qui laissent à penser que rien ne peut lui arriver. Dans les faits, il est déjà bien démoli, a perdu toutes se illusions mais il brille toujours au fond de lui cette petite étincelle de vie, d'espoir qui le font aller de l'avant. Vous l'avez compris, le personnage garde tout son charisme et l'on s'y attache immédiatement sans avoir l'impression d'avoir déjà tout lu sur le sujet.

On retrouve avec plaisir le personnage de Maria, une flic ambitieuse qui est toujours dans les pattes de Darian (elle sort avec un de ses meilleurs potes, ça aide!) et à qui il en fait voir des vertes et des pas mûres ; et puis, il y a Isosceles, un de ses comparses geek qui est capable de réaliser tout un tas d'opération high tech comme s'il bossait pour la défense (peut-être le fait-il d'ailleurs). Ces trois là s’entendent ou non selon les circonstances, donnant lieu à des scénettes tantôt drolatiques, tantôt plus tendues, au cœur d'une enquête qui peu à peu donne à voir un réseau mafieux peu ragoûtant. D'ailleurs, intercalés entre deux narrations basée sur Darian, on apprend à connaître un personnage féminin et sa trajectoire dramatique jusqu'au moment présent. On comprend bien vite qu'elle est au centre de l'histoire et qu'elle détient les clefs pour résoudre l'affaire. Que ce soit pour elle comme pour les autres, Cavanaugh livre une fois de plus des portraits nuancés, pleins de fougues qui électrisent le lecteur et ne lui laissent aucune chance de s'échapper.

Dans ce volume, l'auteur délaisse les grands espaces vides qui étaient plus au centre des deux romans précédents. On découvre dans Requiem, la côte touristique australienne avec son urbanisation folle, ses soirées déjantées et cette jeunesse dorée qui s'oublie dans un tourbillon de surf, de strass, de beat et d'alcool. Le contraste avec le vieux loup solitaire Darian est saisissant et même bien cynique. Il laisse traîner son regard sur ces faits entre amusement et dégoût sans pour autant tomber dans le syndrome du vieux con aigri. Cette balade urbaine est une bonne expérience littéraire qui rejoint pas mal par moment mes aspirations profondes à plus de tranquillité et un détachement parfois nécessaire du monde hyper-connecté qui nous aliène.

On passe donc un excellent moment avec ce roman, entre histoire bien ficelée, personnages au charme irrésistible et écriture toujours aussi prenante et précise. Descriptions au couteau, dialogues impeccables nous accompagnent tout du long pour un plaisir de lecture optimum qui n'a qu'un seul défaut : celui de se terminer trop vite ! Vivement le prochain !

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jeudi 13 décembre 2018

"La Ligne verte" de Stephen King

La ligne verte

L'histoire : Octobre 1932, pénitencier d'État, Cold Mountain, Louisiane. Le bloc E, celui des condamnés à mort, reçoit un nouveau pensionnaire : John Caffey rejoint ceux qui attendent de franchir la ligne verte pour rencontrer la chaise électrique, Miss Cent Mille Volts. Mais Caffey n'est pas comme les autres. D'accord, on l'a retrouvé auprès des cadavres ensanglantés de deux petites filles, mais il est étrangement absent. Jusqu'au jour où Paul, le gardien-chef, tombe malade et alors une terrible vérité semble s'esquisser. Qui est ce prétendu meurtrier aux pouvoirs étranges ? Qui dresse Mister Jingles, l'étrange souris, bien trop intelligente ? Quand Paul commence à répondre à ces questions, il sent que personne dans le bloc E ne sortira indemne de la rencontre avec John Caffey.

La critique de Mr K : Voici un titre qui m'échappait depuis un certain temps. Je l'avoue, j'ai eu beaucoup plus jeune une grosse période Stephen King, un auteur qui me faisait frissonner comme personne et qui m'avait bluffé à plusieurs reprises avec notamment des titres comme Shining, Simetière ou encore le fabuleux recueil de nouvelles Danse macabre. C'est pendant un chinage que je tombai sur l'édition originale de La Ligne verte (magnifiques couvertures !), un récit écrit à la manière des feuilletonistes d’antan et dont j'ai déjà vu plusieurs fois l'adaptation en film. Il ne m'a pas fallu plus de cinq secondes pour me porter acquéreur des six volumes pour enfin pouvoir me faire ma propre idée sur cette histoire dans sa version littéraire.

Le narrateur Paul écrit depuis sa maison de retraite où il attend sa fin. À travers des feuillets qu'il écrit régulièrement, il revient sur des événements marquants de sa vie lorsqu'il était gardien chef du quartier des condamnés à mort d'une prison d'État de Louisiane dans les années 30 durant la Grande Dépression. Homme de principe, il vit alors pour son travail et sa famille dans une routine qu'il a fait sienne et qui lui convient malgré l'omniprésence de la mort. L'arrivée d'un colosse noir accusé d'un crime atroce va chambouler les existences bien réglées de l'équipe qu'il dirige, révéler la nature de chacun et même explorer les mystères de la foi et du surnaturel.

Il faut bien l'avouer, Stephen King est un redoutable conteur et une fois le premier volume entamé, il ne m'a pas fallu longtemps pour tomber dans le piège, devenir addict et enchaîner les heures de lecture. Style simple et direct, personnages charismatiques (bien que caricaturaux) et récit enlevé sont les principales force de cette histoire toujours aussi séduisante. Certes, il n'y a aucune réelle surprise comme j'avais vu l'adaptation cinématographique auparavant (très fidèle soit dit en passant) mais on se laisse porter par l'ensemble entre plaisir, révolte et grande tristesse. Ah, il s'y connaît le King pour faire monter la sauce, exacerber les tensions et nous faire bondir dans notre fauteuil ! D'ailleurs, je dois bien avouer que certains passages sont vraiment too much, notamment le personnage-repoussoir de Percy qui à mes yeux n'est vraiment pas crédible car véritable incarnation du Diable. Bon, on connaît l'aspect manichéen qui habite les œuvres du maître de l'horreur mais là c'était trop. Ce qui passe en film est souvent moins digeste en littérature...

Heureusement, il y a les autres personnages qui rattrapent l'ensemble avec leurs contradictions et leur simplicité somme toute humaine (notamment l'équipe de surveillance). Gardiens comme prisonniers sont décrits, mis en action avec finesse, tendresse et beaucoup d'efficacité. Peu de temps mort à déplorer, les flash-back, descriptions et autres sources d'information se mêlent à l'histoire qui avance à un rythme soutenu. Pêle-mêle, j'ai adoré le personnage de Paul (notamment ses rapports avec sa femme), mais aussi Dean le jeune père de famille un peu en retrait, Brutal le gros ours au cœur tendre, Mr Jingles la souris apprivoisée par Delacroix un prisonnier attendrissant malgré le crime qu'il a commis. Et puis, évidemment, il y a John Caffey, le mystérieux détenu qui semble posséder des pouvoirs divins, victimes expiatoires de la cruauté des hommes et qui semble accomplir miracles sur miracles. Là encore, on tombe dans la caricature outrancière à grosses ficelles mais sa naïveté naturelle, son absence totale de cupidité et d'ambition ne peut que faire fondre le lecteur et il est bon parfois de revenir aux fondamentaux. On finit la lecture sur les genoux, les yeux baignés de larmes et même si c'est téléphoné, c’est efficace. Une sorte de terrorisme psychologique comme disait Björk à propos de l'histoire de Dancer in the Dark de Von Trier, un de mes films cultes.

Au final, je suis donc partagé entre un plaisir de lire évident pour une histoire qui marque les esprits et un sous-texte tout de même simpliste et réducteur à 10 000 lieues de ce que révèle être la nature humaine, subtile mélange contradictoire qui n’apparaît pas trop ici (les gardiens principaux et les détenus sont vraiment tous très sympas, c’est magique !). Je dirai qu'on a ici face à nous une œuvre purement récréative, un super brûlot anti peine de mort (ça tombe bien, j'ai toujours été contre) mais pour la nuance on repassera. Dommage dommage car c'est justement ce qui nous manque dans le monde d'aujourd'hui : de la pondération ! Je garde tout de même un avis positif sur ce livre car il a le mérite vraiment de faire passer un bon moment, notamment pour les plus jeunes qui y trouveront des trésors d'humanité qu'ils pourront à leur tour cultiver.

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samedi 7 juillet 2018

"L'Aube incertaine" de Roland C. Wagner

aube incertaine

L’histoire : En 2064, les multinationales règnent sans partage sur un monde d'où toute trace de criminalité a été éliminée. Enfin, presque, car aujourd'hui, Tem, le privé transparent, enquête sur une vague de décès suspects qui frappe les jeunes artistes du Délirium, un courant alternatif très populaire. L'affaire se révèle plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord, d'autant que le talent de Tem fait à nouveau des siennes : le voilà devenu cette fois presque totalement invisible !

La critique de Mr K : Roland C. Wagner me manque. Parti trop tôt à la fleur de l’âge, c’était un monument de la SF nationale. J’avais notamment adoré Rêves de gloire qui a obtenu en son temps le Grand Prix des Utopiales. Dans L'Aube incertaine, j’expérimentais un épisode de sa série littéraire intitulée Les Futurs Mystères de Paris (référence au talentueux feuilletonniste du XIXème siècle Eugène Sue) qui met en scène un inspecteur au talent particulier dans un Paris futuriste, le tout enrobé à la sauce roman noir. Bonne pioche pour un récit à la structure classique transcendé par un background stupéfiant et des personnages hauts en couleur.

Temple de l’aube radieuse (c’est le nom du héros !) est convoqué par un membre imminent d’une confrérie pour enquêter sur les meurtres suspects d’artistes de premier plan. Inexplicables, incongrues et assez thrash dans leur genre, ces disparitions font peser une menace insidieuse sur les esthètes déconnectés de la réalité (shootés jusqu’aux yeux) qui s’avèrent être très vite des rebelles de canapé entretenus par le pouvoir en place pour entretenir un succédané de liberté dans une société autoritaire adepte du contrôle des masses. Notre enquêteur va devoir démêler le vrai du faux et plonger dans un monde interlope qui lui est inconnu. Pour couronner le tout, son don de transparence lui joue des tours et il semble que toute personne ayant eu un contact quel qu’il soit avec lui l’ait oublié... On a connu mieux comme conditions d’enquête...

Que la SF est bonne aussi quand elle ne se prend pas au sérieux ! Les personnages délirants se collectent à la pelle ici entre un enquêteur rigide dont les pouvoirs lui échappent et qui doit se coltiner des partenaires pour le moins particuliers : une Intelligence Artificielle activiste d’extrême gauche adepte de Louise Michel, un indic et sa compagne adeptes de la fumette, des artistes complètement à l’ouest et des tenants du pouvoir narquois qui cachent des desseins peu rassurants. On sourit beaucoup devant les jeux de mots, les réparties franches et directes de certains, on se rapproche même d’un Audiard par moment. Vu les étranges personnages que l’on croise et les diverses substances psychoactives qu’ils prennent, ce n’est pas étonnant ! Au milieu de tout cela, notre héros sobre en toute circonstance a besoin de toute sa tête surtout que son talent de camouflage devient presque trop efficace ! En effet, non content de passer inaperçu physiquement, tout souvenir de lui s’efface de l’esprit de ses proches et des personnes qu’il rencontre lors de son enquête. Complètement déphasé, à la limite de la rupture, on s’attache beaucoup à cet enquêteur hors-norme aux belles capacités d’analyse et de déduction.

Au delà de la détente, de la rigolade et de l’aspect psychédélique, ce livre se distingue aussi par un univers très bien fouillé, crédible et même inquiétant. Pouvoir inique ne reculant devant aucun stratagème pour asseoir sa domination sur la société et ses membres, consumérisme forcené pour maintenir la population sous contrôle sont au programme d’un roman qui fait la part belle à la dénonciation de cette course à l’individualisme qui brise les liens sociaux et entretiennent les chimères d’un bonheur apaisant. Les quartiers déshérités où les désirs inassouvis et les paradis artificiels tiennent lieu d’échappatoire à une réalité insoutenable coexistent avec des nantis oisifs, inconséquents et intouchables. L’enquête mettra en exergue injustices et inégalités, la conclusion venant d’ailleurs mettre un bon coup de pied dans la fourmilière.

On retrouve dans L'Aube incertaine la verve si séduisante de Wagner, maître du récit à rebondissements à l’esprit libertaire qui faisait régner un souffle novateur sur le genre. Les pages se tournent toutes seules, le récit à tiroirs se disputant la primauté avec les phases descriptives et contemplatives qui émaillent un roman drôle, touchant où plane un doux parfum de zénitude (le héros) et de rébellion. Un bon titre pour qui aime la SF décalée et source de réflexion.