mardi 12 mars 2019

"La Sirène" de Camilla Läckberg

La SirèneL'histoire : Un homme a mystérieusement disparu à Fjällbacka. Toutes les recherches lancées au commissariat de Tanumshede par Patrik Hedström et ses collègues s'avèrent vaines. Impossible de dire s'il est mort, s'il a été enlevé ou s'il s'est volontairement volatilisé.
Trois mois plus tard, son corps est retrouvé figé dans la glace. L'affaire se complique lorsque la police découvre que l'une des proches connaissances de la victime, l'écrivain Christian Thydell, reçoit des lettres de menace depuis plus d'un an. Lui ne les a jamais prises au sérieux, mais son amie Erica, qui l'a aidé à faire ses premiers pas en littérature, soupçonne un danger bien réel. Sans rien dire à Patrik, et bien qu'elle soit enceinte de jumeux, elle décide de mener l'enquête de son côté. A la veille du lancement de La Sirène, le roman qui doit le consacrer, Christian reçoit une nouvelle missive. Qulqu'un le déteste profondément et semble déterminé à mettre ses menaces à exécution.

La critique Nelfesque : Me voici de nouveau plongée dans les aventures d'Erica Falck et Patrik Hedström avec "La Sirène", 6ème volet de la saga. Tous les amateurs des récits de Camilla Läckberg s'accordent sur un point : il est aussi plaisant de suivre la vie privée de ses personnages principaux que les enquêtes en elles-même. On ne déroge pas à la règle avec ce tome-ci qui voit Erika, enceinte jusqu'aux yeux, et de jumeaux qui plus est, aller encore une fois au bout d'elle-même et se révéler être une wonder-woman du quotidien.

Parce qu'elle est comme ça Erika. Une nana qui ne tient pas en place, qui a du mal à se dire qu'elle doit lever le pied parfois et qui, sous la plume de Camilla Läckberg, est toujours confrontée à des histoires trépidantes. Il est intéressant ici de voir les processus d'écriture et la vie d'auteur entre sortie d'un nouveau titre, soirées inaugurales et promotion autour de son ami Christian, déjà rencontré dans les précédents tomes, et qui sort ici son premier roman.

Ce fameux Christian reçoit des lettres anonymes menaçantes et intrigantes. Il dit ne pas y accorder d'importance mais tout porte à croire qu'un secret se cache là dessous et Erika est bien déterminée à le dénicher. D'autant plus que cela survient en parallèle d'une enquête dont son mari, Patrik, a la charge. Un homme a été retrouvé sur le port de Fjällbacka, figé dans la glace.

Une fois de plus, Camilla Läckberg nous offre ici un tome bien construit et dans lequel on a toujours autant de plaisir à suivre la petite équipe et leurs déboires personnels. Certaines choses peuvent être devinées en amont (et oui c'est ça quand on est coutumier de ce genre de littérature, il y a des ficelles que l'on détecte à des kilomètres) mais de petites surprises sont aussi disséminées tout au long de l'ouvrage. Le bilan, si bilan il doit y avoir, et donc relativement positif. Disons-le clairement, ce n'est pas le meilleur tome de la saga pour l'enquête qui y est exposée et les résolutions de celle-ci mais on a forcément hâte de lire la suite à la vue du dernier chapitre... Sans vouloir spoiler (rassurez-vous, ce n'est pas le genre de la maison), j'ai tout de même envie de dire : NON MAIS CAMILLA CA VA PAS BIEN DE NOUS LAISSER AVEC CES DERNIERS PHRASES !?

Si vous n'avez jamais lu du Läckberg, ne commencez pas par celui-ci. Cela n'aurait aucun intérêt et vous perdriez toute la dynamique de la saga dans son ensemble tant ici l'auteure nous fait faire un bond dans l'histoire. C'est la première fois, de mémoire, qu'elle relie autant deux tomes entre eux. C'est bien simple, si vous n'avez pas le 7ème tome, "Le Gardien de phare", à portée de main, vous allez devenir fou ! C'est une bonne chose car il va y avoir, je sens et je l'espère, une accélération dans la narration. Cette saga est finalement très pépère et au bout d'un moment ce rythme peut commencer à lasser d'autant plus que les ficelles sont plus ou moins recyclées d'un tome à l'autre. L'auteure ici nous laisse présager une suite tourmentée et c'est tant mieux ! Un nouveau vent se lève sur Fjällbacka !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"
- "L'Enfant allemand"


mardi 5 mars 2019

"Requiem" de Tony Cavanaugh

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L'histoire : Quelques mots prononcés dans la panique au téléphone : "Darian, il faut que tu viennes. Tu es le seul à pouvoir nous aider. Il y a tant de corps !" ... puis plus rien. L'appel vient d'Ida, une jeune fille que Darian Richards, ex-flic des homicides de Melbourne, a sauvé quelques mois plus tôt d'une sale affaire. Si Richards a décidé d'abandonner un métier trop éprouvant pour ceux qui, comme lui, prennent les choses trop à cœur, il ne peut pas laisser Ida sans réponse. Son appel de détresse ayant été localisé, Darian gagne la Gold Coast, région des plages d'Australie, où les étudiants se retrouvent pour fêter la fin de leurs examens. Il est alors loin de se douter que la disparition d'Ida n'est presque qu'un détail dans une enquête qui va bientôt se transformer en véritable cauchemar.

La critique de Mr K : On peut dire que je l'attendais cet ouvrage, troisième aventure de Darian Richards, héros récurrent des romans de Tony Cavanaugh que l'on surnomme le Michaël Connelly australien. Requiem s'inscrit dans la lignée de L'Affaire Isobel Vine et de La Promesse, deux ouvrages puissants, sans concession et redoutablement addictifs. C'est donc avec grande impatience que je débutai ma lecture et je peux vous dire que je n'ai pas été déçu !

Darian coule des jours peinards dans sa petite cabane de pêcheur perdue au milieu de nul part à pêcher et observer les oiseaux. Elle est bel et bien derrière lui sa carrière d'avant, quand il était le chef d'une brigade criminelle réputée comme la plus efficace du pays. Bon, il avait fait une entorse à son règlement intérieur le temps de deux enquêtes précédentes mais promis, on ne l'y reprendrait plus... C'est du moins ce qu'il pensait jusqu'à ce qu'une ancienne connaissance ne l'appelle en lui laissant un message pas rassurant. Ni une ni deux, voila toutes ses bonnes résolutions balayées et il part à nouveau sur la route, direction la Golden Coast, haut lieu de perdition pour les étudiants en fin de cycle qui viennent s'y lâcher une fois les examens derrière eux. Le souci, c'est que les disparitions puis les cadavres s'accumulent... Darian aura besoin de tout son talent, de ses relations et d'un peu de chance pour pouvoir démêler une affaire qui, au fur et à mesure qu'elle se creuse, s'avère infernale.

D'entrée de jeu, on retrouve le charme d'un antihéros pas comme les autres. Au bout d'un chapitre, impossible de ne pas succomber au style rugueux de Darian qui une fois de plus va jouer au justicier durant plus de 300 pages, se jouant des règlements et lois en vigueur. Borderline mais pas tant que ça, en roue libre mais toujours avec un minimum de maîtrise, on aime à le suivre dans son enquête qui sous ses aspects classiques va révéler un monde interlope qui côtoie le nôtre sans que l'on ne s'en rende compte. Jouant au chat et à la souris avec les flics (cela donne de doux moments bien délectables), se rapprochant au plus près de ses ennemis, il garde une sorte de flegme et de distance qui laissent à penser que rien ne peut lui arriver. Dans les faits, il est déjà bien démoli, a perdu toutes se illusions mais il brille toujours au fond de lui cette petite étincelle de vie, d'espoir qui le font aller de l'avant. Vous l'avez compris, le personnage garde tout son charisme et l'on s'y attache immédiatement sans avoir l'impression d'avoir déjà tout lu sur le sujet.

On retrouve avec plaisir le personnage de Maria, une flic ambitieuse qui est toujours dans les pattes de Darian (elle sort avec un de ses meilleurs potes, ça aide!) et à qui il en fait voir des vertes et des pas mûres ; et puis, il y a Isosceles, un de ses comparses geek qui est capable de réaliser tout un tas d'opération high tech comme s'il bossait pour la défense (peut-être le fait-il d'ailleurs). Ces trois là s’entendent ou non selon les circonstances, donnant lieu à des scénettes tantôt drolatiques, tantôt plus tendues, au cœur d'une enquête qui peu à peu donne à voir un réseau mafieux peu ragoûtant. D'ailleurs, intercalés entre deux narrations basée sur Darian, on apprend à connaître un personnage féminin et sa trajectoire dramatique jusqu'au moment présent. On comprend bien vite qu'elle est au centre de l'histoire et qu'elle détient les clefs pour résoudre l'affaire. Que ce soit pour elle comme pour les autres, Cavanaugh livre une fois de plus des portraits nuancés, pleins de fougues qui électrisent le lecteur et ne lui laissent aucune chance de s'échapper.

Dans ce volume, l'auteur délaisse les grands espaces vides qui étaient plus au centre des deux romans précédents. On découvre dans Requiem, la côte touristique australienne avec son urbanisation folle, ses soirées déjantées et cette jeunesse dorée qui s'oublie dans un tourbillon de surf, de strass, de beat et d'alcool. Le contraste avec le vieux loup solitaire Darian est saisissant et même bien cynique. Il laisse traîner son regard sur ces faits entre amusement et dégoût sans pour autant tomber dans le syndrome du vieux con aigri. Cette balade urbaine est une bonne expérience littéraire qui rejoint pas mal par moment mes aspirations profondes à plus de tranquillité et un détachement parfois nécessaire du monde hyper-connecté qui nous aliène.

On passe donc un excellent moment avec ce roman, entre histoire bien ficelée, personnages au charme irrésistible et écriture toujours aussi prenante et précise. Descriptions au couteau, dialogues impeccables nous accompagnent tout du long pour un plaisir de lecture optimum qui n'a qu'un seul défaut : celui de se terminer trop vite ! Vivement le prochain !

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jeudi 13 décembre 2018

"La Ligne verte" de Stephen King

La ligne verte

L'histoire : Octobre 1932, pénitencier d'État, Cold Mountain, Louisiane. Le bloc E, celui des condamnés à mort, reçoit un nouveau pensionnaire : John Caffey rejoint ceux qui attendent de franchir la ligne verte pour rencontrer la chaise électrique, Miss Cent Mille Volts. Mais Caffey n'est pas comme les autres. D'accord, on l'a retrouvé auprès des cadavres ensanglantés de deux petites filles, mais il est étrangement absent. Jusqu'au jour où Paul, le gardien-chef, tombe malade et alors une terrible vérité semble s'esquisser. Qui est ce prétendu meurtrier aux pouvoirs étranges ? Qui dresse Mister Jingles, l'étrange souris, bien trop intelligente ? Quand Paul commence à répondre à ces questions, il sent que personne dans le bloc E ne sortira indemne de la rencontre avec John Caffey.

La critique de Mr K : Voici un titre qui m'échappait depuis un certain temps. Je l'avoue, j'ai eu beaucoup plus jeune une grosse période Stephen King, un auteur qui me faisait frissonner comme personne et qui m'avait bluffé à plusieurs reprises avec notamment des titres comme Shining, Simetière ou encore le fabuleux recueil de nouvelles Danse macabre. C'est pendant un chinage que je tombai sur l'édition originale de La Ligne verte (magnifiques couvertures !), un récit écrit à la manière des feuilletonistes d’antan et dont j'ai déjà vu plusieurs fois l'adaptation en film. Il ne m'a pas fallu plus de cinq secondes pour me porter acquéreur des six volumes pour enfin pouvoir me faire ma propre idée sur cette histoire dans sa version littéraire.

Le narrateur Paul écrit depuis sa maison de retraite où il attend sa fin. À travers des feuillets qu'il écrit régulièrement, il revient sur des événements marquants de sa vie lorsqu'il était gardien chef du quartier des condamnés à mort d'une prison d'État de Louisiane dans les années 30 durant la Grande Dépression. Homme de principe, il vit alors pour son travail et sa famille dans une routine qu'il a fait sienne et qui lui convient malgré l'omniprésence de la mort. L'arrivée d'un colosse noir accusé d'un crime atroce va chambouler les existences bien réglées de l'équipe qu'il dirige, révéler la nature de chacun et même explorer les mystères de la foi et du surnaturel.

Il faut bien l'avouer, Stephen King est un redoutable conteur et une fois le premier volume entamé, il ne m'a pas fallu longtemps pour tomber dans le piège, devenir addict et enchaîner les heures de lecture. Style simple et direct, personnages charismatiques (bien que caricaturaux) et récit enlevé sont les principales force de cette histoire toujours aussi séduisante. Certes, il n'y a aucune réelle surprise comme j'avais vu l'adaptation cinématographique auparavant (très fidèle soit dit en passant) mais on se laisse porter par l'ensemble entre plaisir, révolte et grande tristesse. Ah, il s'y connaît le King pour faire monter la sauce, exacerber les tensions et nous faire bondir dans notre fauteuil ! D'ailleurs, je dois bien avouer que certains passages sont vraiment too much, notamment le personnage-repoussoir de Percy qui à mes yeux n'est vraiment pas crédible car véritable incarnation du Diable. Bon, on connaît l'aspect manichéen qui habite les œuvres du maître de l'horreur mais là c'était trop. Ce qui passe en film est souvent moins digeste en littérature...

Heureusement, il y a les autres personnages qui rattrapent l'ensemble avec leurs contradictions et leur simplicité somme toute humaine (notamment l'équipe de surveillance). Gardiens comme prisonniers sont décrits, mis en action avec finesse, tendresse et beaucoup d'efficacité. Peu de temps mort à déplorer, les flash-back, descriptions et autres sources d'information se mêlent à l'histoire qui avance à un rythme soutenu. Pêle-mêle, j'ai adoré le personnage de Paul (notamment ses rapports avec sa femme), mais aussi Dean le jeune père de famille un peu en retrait, Brutal le gros ours au cœur tendre, Mr Jingles la souris apprivoisée par Delacroix un prisonnier attendrissant malgré le crime qu'il a commis. Et puis, évidemment, il y a John Caffey, le mystérieux détenu qui semble posséder des pouvoirs divins, victimes expiatoires de la cruauté des hommes et qui semble accomplir miracles sur miracles. Là encore, on tombe dans la caricature outrancière à grosses ficelles mais sa naïveté naturelle, son absence totale de cupidité et d'ambition ne peut que faire fondre le lecteur et il est bon parfois de revenir aux fondamentaux. On finit la lecture sur les genoux, les yeux baignés de larmes et même si c'est téléphoné, c’est efficace. Une sorte de terrorisme psychologique comme disait Björk à propos de l'histoire de Dancer in the Dark de Von Trier, un de mes films cultes.

Au final, je suis donc partagé entre un plaisir de lire évident pour une histoire qui marque les esprits et un sous-texte tout de même simpliste et réducteur à 10 000 lieues de ce que révèle être la nature humaine, subtile mélange contradictoire qui n’apparaît pas trop ici (les gardiens principaux et les détenus sont vraiment tous très sympas, c’est magique !). Je dirai qu'on a ici face à nous une œuvre purement récréative, un super brûlot anti peine de mort (ça tombe bien, j'ai toujours été contre) mais pour la nuance on repassera. Dommage dommage car c'est justement ce qui nous manque dans le monde d'aujourd'hui : de la pondération ! Je garde tout de même un avis positif sur ce livre car il a le mérite vraiment de faire passer un bon moment, notamment pour les plus jeunes qui y trouveront des trésors d'humanité qu'ils pourront à leur tour cultiver.

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samedi 7 juillet 2018

"L'Aube incertaine" de Roland C. Wagner

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L’histoire : En 2064, les multinationales règnent sans partage sur un monde d'où toute trace de criminalité a été éliminée. Enfin, presque, car aujourd'hui, Tem, le privé transparent, enquête sur une vague de décès suspects qui frappe les jeunes artistes du Délirium, un courant alternatif très populaire. L'affaire se révèle plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord, d'autant que le talent de Tem fait à nouveau des siennes : le voilà devenu cette fois presque totalement invisible !

La critique de Mr K : Roland C. Wagner me manque. Parti trop tôt à la fleur de l’âge, c’était un monument de la SF nationale. J’avais notamment adoré Rêves de gloire qui a obtenu en son temps le Grand Prix des Utopiales. Dans L'Aube incertaine, j’expérimentais un épisode de sa série littéraire intitulée Les Futurs Mystères de Paris (référence au talentueux feuilletonniste du XIXème siècle Eugène Sue) qui met en scène un inspecteur au talent particulier dans un Paris futuriste, le tout enrobé à la sauce roman noir. Bonne pioche pour un récit à la structure classique transcendé par un background stupéfiant et des personnages hauts en couleur.

Temple de l’aube radieuse (c’est le nom du héros !) est convoqué par un membre imminent d’une confrérie pour enquêter sur les meurtres suspects d’artistes de premier plan. Inexplicables, incongrues et assez thrash dans leur genre, ces disparitions font peser une menace insidieuse sur les esthètes déconnectés de la réalité (shootés jusqu’aux yeux) qui s’avèrent être très vite des rebelles de canapé entretenus par le pouvoir en place pour entretenir un succédané de liberté dans une société autoritaire adepte du contrôle des masses. Notre enquêteur va devoir démêler le vrai du faux et plonger dans un monde interlope qui lui est inconnu. Pour couronner le tout, son don de transparence lui joue des tours et il semble que toute personne ayant eu un contact quel qu’il soit avec lui l’ait oublié... On a connu mieux comme conditions d’enquête...

Que la SF est bonne aussi quand elle ne se prend pas au sérieux ! Les personnages délirants se collectent à la pelle ici entre un enquêteur rigide dont les pouvoirs lui échappent et qui doit se coltiner des partenaires pour le moins particuliers : une Intelligence Artificielle activiste d’extrême gauche adepte de Louise Michel, un indic et sa compagne adeptes de la fumette, des artistes complètement à l’ouest et des tenants du pouvoir narquois qui cachent des desseins peu rassurants. On sourit beaucoup devant les jeux de mots, les réparties franches et directes de certains, on se rapproche même d’un Audiard par moment. Vu les étranges personnages que l’on croise et les diverses substances psychoactives qu’ils prennent, ce n’est pas étonnant ! Au milieu de tout cela, notre héros sobre en toute circonstance a besoin de toute sa tête surtout que son talent de camouflage devient presque trop efficace ! En effet, non content de passer inaperçu physiquement, tout souvenir de lui s’efface de l’esprit de ses proches et des personnes qu’il rencontre lors de son enquête. Complètement déphasé, à la limite de la rupture, on s’attache beaucoup à cet enquêteur hors-norme aux belles capacités d’analyse et de déduction.

Au delà de la détente, de la rigolade et de l’aspect psychédélique, ce livre se distingue aussi par un univers très bien fouillé, crédible et même inquiétant. Pouvoir inique ne reculant devant aucun stratagème pour asseoir sa domination sur la société et ses membres, consumérisme forcené pour maintenir la population sous contrôle sont au programme d’un roman qui fait la part belle à la dénonciation de cette course à l’individualisme qui brise les liens sociaux et entretiennent les chimères d’un bonheur apaisant. Les quartiers déshérités où les désirs inassouvis et les paradis artificiels tiennent lieu d’échappatoire à une réalité insoutenable coexistent avec des nantis oisifs, inconséquents et intouchables. L’enquête mettra en exergue injustices et inégalités, la conclusion venant d’ailleurs mettre un bon coup de pied dans la fourmilière.

On retrouve dans L'Aube incertaine la verve si séduisante de Wagner, maître du récit à rebondissements à l’esprit libertaire qui faisait régner un souffle novateur sur le genre. Les pages se tournent toutes seules, le récit à tiroirs se disputant la primauté avec les phases descriptives et contemplatives qui émaillent un roman drôle, touchant où plane un doux parfum de zénitude (le héros) et de rébellion. Un bon titre pour qui aime la SF décalée et source de réflexion.

samedi 30 juin 2018

"La Malédiction du rubis" de Philip Pullman

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L’histoire : Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne... Sans qu'elle le sache encore, un grand danger rôde autour d'elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d'un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère...

La critique de Mr K : Lecture bien particulière aujourd’hui avec ma chronique de La Malédiction du rubis de Philip Pullman. Autant vous dire de suite que j’en attendais beaucoup vu le culte que je voue à la trilogie des Royaumes du nord qui est à mes yeux l’un des meilleurs ouvrages écrits pour la jeunesse. Le hasard a voulu que je croise la route de ce livre (le premier d’une série de quatre à priori -sic-) lors d’un chinage de plus et il a bien fait. Ce fut une fois de plus une bonne lecture mettant en avant les belles qualités d’un auteur décidément à suivre.

Une fois de plus, le personnage principal est une jeune fille dans cet ouvrage de Pullman. Sally Lockhart a alors seize ans et déjà une lourde histoire derrière elle. Orpheline de mère très tôt, elle vient de perdre son père, mystérieusement disparu en mère de Chine. Présumé mort, elle habite désormais chez une vieille tante éloignée qui lui mène la vie dure. Ce destin à la Princesse Sarah n’est donc pas des plus heureux mais Sally a du courage à revendre et un esprit de déduction à toute épreuve. Éprise des chiffres, brillante et ingénieuse elle ne s’en laisse pas compter et tente de démêler le vrai du faux d’une affaire qui la touche de près (la mort de son père) à laquelle vient s’ajouter la course à un mystérieux rubis réputé porteur de malheur. Une menace insidieuse se rapproche de Sally, les cadavres se multiplient et un terrible secret semble se profiler...

Destiné à un lectorat de plus de onze ans (minimum), voila un petit roman rondement mené et très malin qui emporte quasi immédiatement l’adhésion du lecteur. Sans un temps mort, après exposition des personnages principaux et des grands enjeux, on est parti pour une enquête trépidante dans le Londres de la fin du XIXème siècle. On explore avec Sally nombre de pans de la société victorienne avec les petites gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les bas fonds de Londres, le port de la capitale anglaise et les multiples activités qui l’entourent (de la compagnie maritime à laquelle appartenait son père aux salons d’opium), la vie des bourgeois déconnectés de la réalité.

Elle rencontrera dans sa quête nombre de personnages qui lui apporteront leur aide, soutien et même l’aideront à grandir, à gagner en maturité. Mention spéciale à la fratrie Garland (Frédérick et Rosa) qui vont devenir très vite comme une deuxième famille et lui permettre de se cacher. En effet, très vite, l’héroïne se rend compte qu’elle est confrontée à un ennemi puissant et d’une grande cruauté. Une vieille dame manipulatrice semble très liée au secret du rubis et elle n’hésite pas à envoyer des hommes de main qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. L’enquête s’avère donc de plus en plus difficile, très périlleuse pour une jeune fille qui n’a que seize ans et qui passe très proche du gouffre à de multiples reprises. En parallèle, elle va elle aussi apportée son aide aux Garland pour relancer leur salon de photographie qui peine à rentrer dans ses frais alors que l’époque voit le développement de ce nouvel art.

On ne s’ennuie donc jamais un seul instant avec La Malédiction du rubis qui fait la part belle à l’amitié, l’abnégation mais aussi la réflexion sur le poids des responsabilités et de l’hérédité. Bien des mystères entourent Sally, elle va devoir les lever pour découvrir qui elle est vraiment tout en luttant pour rester en vie et s’en sortir. Beau mix que tout cela pour un livre à l’écriture limpide et très accessible. Bien que destiné à la jeunesse (on le sent dans certaines situations, dans la réaction parfois étranges de certains personnages adultes), j’ai dévoré cet ouvrage avec un plaisir non feint et il va rejoindre sans rougir la trilogie précitée qui reste cependant inatteignable. En écrivant cette chronique, j’ai appris qu’il y avait trois autres tomes consacrés à cette héroïne. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas à m’en porter acquéreur.

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jeudi 10 mai 2018

"Allah recherche l'autan perdu" - Série Le Poulpe - de Roger Dadoun

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L’histoire : Un coup de fil ironique, un tract intégriste happé la Goutte d’Or et signé Le Protocole des Imams de Qom et voilà le Poulpe qui s’embarque, comme disent ses potes de la Sainte Scolasse, dans une sacre galère arabe : un projet parano de racket islamiste à l’échelle planétaire le fait passer du 11ème (place Voltaire !) Riyadh avec sa shariah, au Caire avec son université millénaire al Azhar, et Téhéran, où il fait office de serveur chez un ayatollah ; entre religieux fanatiques, théologiens orthodoxes, agents butés, il y a les femmes, dont une journaliste de CNN qui lui en fait voir de belles. S’il ne demande qu’à voir, son mot d’ordre reste : cherchez l infâme.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie du Poulpe aujourd’hui avec Allah recherche l’autan perdu de Roger Dadoun qui signe ici la 26ème aventure de Gabriel Lecouvreur, détective privé libertaire au verbe haut. On le retrouve plongé dans cet ouvrage au cœur de la dimension islamiste pour un périple bien périlleux. Si l’humour, le verbiage unique du héros sont au RDV, l’enquête est cette fois ci quelque peu décevante malgré une très belle immersion dans le monde multiple et parfois ésotérique de l’Islam.

Suite à la découverte de flyers intégristes faisant part d’un mystérieux projet, le Poulpe se voit confier une enquête très dangereuse qui va le mener bien loin de son arrondissement parisien préféré. En effet, il va devoir s’envoler pour l’Arabie Saoudite, l’Égypte puis l’Iran pour suivre une piste nébuleuse faisant la part belle à un projet de grande mosquée financée par un racket dans les communautés musulmanes du monde entier. Il croisera sur son chemin de nombreux personnages toujours aussi délicieusement croqués comme un universitaire musulman, des ayatollah peu recommandables, des agents très très spéciaux, une journaliste aux atouts certains (pas forcément ceux auxquels on pense de prime abord, bande de machos !) et arrivera même à mêler la délicieuse Chéryl (sa coiffeuse d’amour) à son enquête de haute voltige.

On retrouve la nonchalance légendaire de notre Poulpe. Râleur, hâbleur amateur de houblon, rebelle dans l’âme, il a fort affaire ici avec son infiltration difficile dans les mondes musulmans. Très éloigné de ses idéaux et de ses pratiques, il y trouvera cependant des parcelles d’humanité et de tendresse qui vont contrebalancer les dangereux individus sur lesquels il doit enquêter. Décalé, irrévérencieux mais cependant respectueux de l’humain, cet amateur de Blanqui et de son ni-dieu ni-maître voit sa liberté d’action très vite freinée par toute une série de forces contraires qui semblent s’amonceler autour de lui. Qui manipule qui ? Le Poulpe a très vite des doutes tant il se sent impuissant par moment face à ses commanditaires et adversaires. C’est plutôt rare de le voir dans cette position et plutôt agréable de le découvrir sur le fil de rasoir à certains moments clefs du roman.

Clairement, ce n’est pas pour autant le meilleur volume, la faute à une enquête que j’ai trouvé bâclée, sans réelles surprises et finalement sans densité. On passe très vite d’un pays à un autre avec quelques micro-péripéties mais finalement aucune vraie grosse découverte ou révélation. Plutôt plate, on se rabat plutôt sur l’ambiance respectée et toujours aussi jouissive d’un Poulpe : les bonnes punchlines bien senties, les rapports conflictuels du Poulpe avec à peu près tout le monde et l’aspect militant qui pointe le bout de son nez. C’est aussi une belle ouverture sur le monde musulman et quelques points de culture générale à ne pas négliger avec notamment une belle clarification sur les positions de chacune des obédiences de l’Islam, les vertus prônées par les musulmans orthodoxes et un beau voyage dans des pays souvent fantasmés mais jamais vraiment découverts avec des yeux neutres. En cela, Gabriel Lecouvreur est un beau révélateur et l’écrivain apporte un œil neuf et non désabusé sur le Moyen Orient. Un bon point donc !

Roger Dadoun respecte parfaitement le cahier des charges de tout écrivain s’attaquant au Poulpe : humour, personnage de Gabriel Lecouvreur, nombre de pages restreint et nouveaux apports se mêlent bien. On se prend au jeu et les amateurs de la série y trouveront leur compte. Pour les autres, je ne saurais que trop vous conseiller de commencer par un autre titre pour vous faire une idée sur Le Poulpe, un enquêteur vraiment à part dans le paysage littéraire français. Toutes mes chroniques sont à suivre en forme de lien en dessous de celle-ci.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
Chicagone
- Les Damnés de l'artère

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mercredi 18 avril 2018

"La Promesse" de Tony Cavanaugh

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L’histoire : Ex-flic des homicides à Melbourne, Darian Richards a laissé derrière lui un cortège de vies anéanties, de familles en deuil, de réponses impossibles à donner. Épuisé par cette litanie de souffrances, il a pris une retraite solitaire dans le Queensland, loin des villes et de leurs turpitudes. Mais les démons sont partout. Et dans la région, depuis quelques mois, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. La police locale parle de fugues. C'est en général ce qu'on dit quand on ne retrouve pas les corps, Darian le sait, mais il ne veut plus s'en mêler. Ce n'est plus son histoire. Et pourtant... malgré la promesse qu'il s'est faite de se tenir éloigné des tragédies, l'idée de laisser toutes ces familles sans réponses le hante. Aussi décide-t-il de prendre les choses en main. Mais à sa façon cette fois, sans s'encombrer du protocole. Il est loin d'imaginer ce qui l'attend.

La critique de Mr K : Retour en Australie avec cette sortie récente qui m’a littéralement retourné l’esprit et l’estomac. Je vous avais parlé il n’y a pas si longtemps de tout le bien que je pensais de L’Affaire Isobel Vine de Tony Cavanaugh. Ce dernier remet le couvert avec La Promesse, polar bien hard boiled lui-aussi qui explore encore plus en profondeur la psyché torturée de Darian Richards, ex flic possédé par son sens de la mission et qui dans ce volume est aux prises avec un serial killer des plus retors. Attention, ça dépote !

Darian Richards coule des jours presque tranquilles depuis qu’il a quitté le poste de chef de la brigade criminelle de Melbourne. Loin des crimes, des affaires de corruptions et des bisbilles entre flics, il passe son temps à profiter du temps qui passe, de la nature et des grands espaces. Il a noué une relation étrange avec Angie, une prostituée qui lui met du baume au cœur et à qui il s’est attaché, lui l’homme buriné par la vie. Mais voila, on ne se refait pas et les familles des victimes de jeunes filles enlevées par un maniaque réclament justice. Touché par cette détresse et toujours avide de servir son prochain et son goût pour la vengeance, notre héros reprend du service, contacte des équipiers passés, une vieil ami qui lui doit un service, son hacker de collaborateur et il se lance sur la piste d’un redoutable prédateur. L’enquête ne sera pas de tout repos entre ses démons intérieurs, le jeu du chat et de la souris avec la police officiellement sur l’enquête et un adversaire diablement malin et pervers.

C’est un véritable plaisir de retrouver tout d’abord le personnage principal. Darian est vraiment complètement fondu et borderline. Flirtant constamment avec les limites, le politiquement correct est totalement absent de cet ouvrage. Tout le monde en prend pour son grade, seul l’instinct semble guider cet anti-héros mu par une morale personnelle très particulière : intimidation, violence mais aussi parfois collaborations surprenantes composent un récit très rythmé qui met à mal les certitudes du lecteur. Malgré des aspects repoussoirs, on aime suivre les pas de Darian. Sans doute que, comme lui, je n’ai guère d’illusions sur un monde qui va mal et où le vice et l’appât du gain règnent en maître. Pour autant, lors d’un échange, d’une rencontre ou d’une action l’espoir semble émerger du noir. Et même si c’est très fugace, on se prend à y croire à nouveau, à se dire que les choses vont finir par s’arranger... C’est mal connaître l’auteur qui se plaît à distiller une ambiance d’un noir profond qui n’épargne vraiment personne.

Il faut dire que le bad guy est d’une rare perversité ici. Les âmes sensibles risquent d‘être choquées car régulièrement certains chapitres nous mettent dans la tête de ce kidnappeur – violeur - tueur qui aime les très jeunes filles. On suit donc ses élucubrations sans queue ni tête qu’il nous adresse directement et qui justifient ses actes immondes. Il faut vraiment s’accrocher, j’ai d’ailleurs noté des similitudes avec le tueur schizophrène qui ouvre le cultissime Les Racines du Mal du regretté Maurice G. Dantec. C’est vraiment effrayant et d'une noirceur totale. Il s’apparente à un prédateur sans barrière morale qui se repaît de la souffrance de ses victimes et entretient une mégalomanie sans borne. Abject, mystérieux et extrêmement intelligent ; il est un adversaire redoutable qui va donner bien du fil à retordre à ses poursuivants et semer la mort sur son passage.

L’enquête est donc longue, douloureuse et toujours à la limite de la rupture. Si Isosceles, le geek éternel célibataire enfermé dans sa tour de verre à Melbourne, reste fidèle à son pote Darian, c’est plus compliqué pour ce dernier de s’assurer du concours de Maria une flic en exercice qui sent bien que son supérieur lui cache des choses. On retrouve au passage un tableau peu reluisant des forces de l’ordre encore une fois marquées du sceau du machisme ambiant et des petits arrangements avec l’ordre et la loi. L’Australie présentée dans ces pages n’est donc pas très reluisante et même si les recherches se déroulent dans un paysage de carte postale, l’arrière du décor donne peu envie de se promener seul dans la nuit (surtout si on est une jeune fille ou une femme...) ou de croiser certains flics imbus de leur pouvoir. Le trait est volontairement grossi pour l’intrigue c’est certain, mais ça rajoute vraiment une impression bien glauque à un ouvrage difficile à relâcher tant il tient en haleine le lecteur.

Se lisant tout seul, très éprouvant et redoutablement construit, La Promesse régalera les amateurs de polar hard boiled totalement en roue libre et d’une densité psychologique inouïe. On en ressort rincé mais épaté par tant de maestria déployée, en redemandant encore et encore. Impossible de passer à côté si vous êtes amateur du genre, on tient là une petite bombe qui vous ravira à coup sûr !

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mercredi 28 mars 2018

"L'Affaire Isobel Vine" de Tony Cavanaugh

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L’histoire : Pour n’importe quel passant, les rues, les places, les jardins de Melbourne possèdent un charme certain. Pour Darian Richards, chacun de ces lieux évoque une planque, un trafic de drogue, un drame, un suicide, un meurtre. Lassé de voir son existence ainsi définie par le crime, et uniquement par le crime, il a décidé, après seize ans à la tête de la brigade des homicides, de passer à autre chose. Une vie solitaire, plus contemplative.

Il accepte néanmoins de sortir de sa retraite par amitié pour le chef de la police qui lui demande de disculper son futur successeur, en proie à des rumeurs relatives à une ancienne affaire : en 1990, après une fête donnée chez elle, on a retrouvé le corps sans vie de la jeune Isobel Vine. Suicide, accident, meurtre ? L’enquête fut d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à cette soirée. Elle fut classée sans suite, mais le doute persiste sur ce qui s’est réellement passé.

Reprendre des investigations vingt-cinq ans après les faits n’est jamais une partie de plaisir, surtout quand l’affaire concerne de près la police. Les obstacles ne manquent pas. C’est sans compter sur le caractère obstiné, rebelle et indiscipliné de Darian Richards et sur sa fâcheuse habitude à porter davantage d’attention et de respect aux morts qu’aux vivants. L’enquête rythmée de nombreux rebondissements va peu à peu l’amener aux frontières du bien et du mal, de la vérité et du mensonge, et Richards y perdra peut-être ses dernières illusions.

La critique de Mr K : Lors de sa sortie l’année dernière, ce roman,  L’Affaire Isobel Vine, avait été vanté et vendu comme la version australienne de la série des Harry Bosch de Michaël Connelly, respectivement héros et auteur d’une série de polars bien construits et efficaces dans leur genre que j’ai dévoré ouvrage après ouvrage. Sollicitations diverses et chinages compulsifs ont remisé L’Affaire Isobel Vine de Tony Cavanaugh dans ma PAL durant quelque mois avant qu’il ne se rappelle à mon bon souvenir il y a peu. Grand bien m’en a pris de débuter cette lecture qui m’a fait oublier mes dernières déceptions en matière de policier / thriller. On a bel et bien là un ouvrage addictif, remarquablement écrit et construit. Attention, belle claque en perspective !

Darian Richards s’est retiré de la police depuis un certain temps. Dégoûté du métier, flic d'exception au milieu d’un monde corrompu rongé par les arrangements et le laisser aller, il profite de son temps libre loin de la ville de Melbourne et de ses turpitudes, tout en effectuant quelques missions vengeresses en sous-main dans un genre que n’aurait pas renié un certain Charles Bronson ! Borderline mais épris de justice, la police est donc bien derrière lui et il ne souhaite pas particulièrement renouer avec une activité qui a ruiné sa relation de couple et épuisé son stock d’espoir. Il n’aspire qu’à profiter de la solitude et des bienfaits d’une nature sauvage et préservée.

C’était sans compter la venue impromptue de son ancien supérieur qui vient à lui pour lui confier une enquête hors norme, enterrée depuis vingt-ans : une jeune fille dénudée morte étouffée, sa mort non élucidée (meurtre ? suicide ?), un professeur libidineux très proche de ses élèves, un petit ami lâche, un trafiquant de drogue et surtout, quatre flics qui étaient présents à l’endroit du meurtre au moment fatidique. C’est justement à cause de cela que Darian est appelé. L’un des quatre policiers prétend accéder au poste de commissaire (fonction très important en Australie, juste en dessous du ministre) et il faudrait définitivement le laver de tout soupçon en reprenant l’enquête et en découvrant la vérité. Entièrement libre pour enquêter, il s’entoure de Maria une enquêtrice qu’il respecte énormément et qui a été placardisée pour cause d’efficacité féminine et d’un geek amateur de hautes technologies complètement barré mais redoutable d’efficacité. L’enquête sera longue, tortueuse et remuer le passé fera remonter des effluves nauséabondes.

En lisant le résumé, on pourrait se dire qu’on tombe dans du classique pur jus et qu’aucune surprise n’interviendra pendant le récit qui semble de prime abord très codifié. Et pourtant, très vite on s’attache aux personnages. Ciselés à souhait dans une économie de mot bienvenue, on se prend au jeu de leurs introspections, de leurs questionnements et de leurs rencontres. Loin de se cantonner dans l’examen distant, on en prend plein la tête et entre les forces de l’ordre et les criminels la frontière est parfois très faible. Le héros lui-même n’est finalement pas si clair car s’il est épris de justice, il utilise parfois des méthodes bien hard-boiled presque fascisantes. On n’est pas loin d‘une ambiance à la Sin City par moment, l’auteur donnant à voir une vision parfois effrayante des rouages de la police et des pouvoirs qui s’entremêlent. Nos héros auront donc fort à faire pour dénouer les fils d’une ancienne affaires bâclée mais qui pourrait révéler bien des secrets et des fonctionnements.

On avance pas à pas à travers des chapitres assez courts où les confrontations sont légions, parsemées de ci de là par quelques descriptions jamais très longues. On est ici dans le polar le plus pur, le plus dur. Abîmés par la vie mais se débattant comme ils peuvent, les protagonistes ont tous une richesse intérieure impressionnante, y compris les plus détestables qui révèlent au détour d’une ligne ou d’un paragraphe un aspect touchant / différent de ce que l’on attendait d’eux au départ. C’est donc parfois déstabilisant surtout que ce que l’on croyait sûr un chapitre avant peut-être totalement démonté au chapitre suivant. Je dois avouer que l’identité de l’assassin m’a totalement désarçonné et que pour le coup je me suis bien fait avoir ! Le rythme de l’enquête est endiablé, les retournements de situations nombreux, les périls nombreux pour nos trois enquêteurs pris dans un engrenage qui finit par les submerger et va nécessiter de leur part une abnégation sans faille et un courage formidable.

C’est aussi l’occasion d’évoluer à l’autre bout de la planète dans un pays que j’ai peu pratiqué au cours de mes lectures mais qui éveille en nous souvent des images mentales et des idées reçues. Ce n’est pas vraiment ce roman qui donne envie d’y faire du tourisme tant chaque endroit de Melbourne rappelle à Darian un meurtre ou une affaire glauque. Au delà de la palpitante enquête policière, l’auteur égratigne au passage la phallocratie ambiante dans la police australienne (on retrouve l’ambiance de la saison 2 de Top of the lake, la très bonne série de Jane Campion) et plus généralement la suffisance / arrogance des puissants quels qu’ils soient. Il se dégage de l’ouvrage une ambiance crépusculaire sombre à souhait, idéale pour y livrer un combat contre des forces titanesques. Ce roman est un peu de tout cela à la fois.

Pour conclure, il y a l’écriture qui est d’une redoutable efficacité. Claire et directe, l’auteur se plaît derrière cette apparente simplicité à explorer les âmes au scalpel. De la noirceur à l’innocence, tout ici respire le réalisme et la crédibilité. Loin de tomber dans les clichés ou la superficialité, on a vraiment affaire à des êtres humains avant tout, faits de chair et de sang, de contradictions et de pulsions. Impossible dans ces conditions de relâcher ce livre qui a une force de fascination et d’attraction hors norme. On devient totalement addict rapidement et durablement, cédant à l’empressement d’en savoir plus et de nous aussi résoudre le mystère de la mort d’une jeune fille apparemment sans histoire. Un roman à côté duquel il ne faut surtout pas passer si vous êtes amateur du genre. On en redemande !

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vendredi 16 mars 2018

"Un Assassin de première classe" de Robin Stevens

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L’histoire : "Nous étions au milieu du wagon, trop loin de la porte pour partir en courant. Nous devions nous cacher, sinon ils nous surprendraient ! Nous n’avions pas le choix. J’ai plongé sous la nappe et Daisy s’est enfoncée près de moi comme un lapin dans un terrier."

Hazel et Daisy partent en vacances à bord de l’Orient-Express avec M. Wong. Une seule interdiction : jouer les détectives.

Alors qu’un espion se cache dans le train, une riche héritière est assassinée dans une cabine verrouillée de l’intérieur. Le club de détectives est obligé de reprendre du service ! Attention, elles ne sont pas les seules sur l’affaire...

La critique de Mr K : Quel plaisir de retrouver Hazel et Daisy pour une nouvelle enquête du club des détectives. Les deux premiers volumes de la série s’étaient avérés très rafraîchissants, bien maîtrisés et ouvraient des ponts avec des classiques que j’ai aimé dévorer quand j’étais petit notamment ceux de Conan Doyle et Agatha Christie. Ça tombe bien, l’auteure qui a les mêmes goûts que moi a décidé avec ce volume de lorgner vers un roman qu’elle a adoré plus jeune pour lui rendre hommage. Dès le titre de l’ouvrage, on sait de quoi il s’agit...

Après une année bien mouvementée avec deux enquêtes racontées dans les précédents volumes (voir liens en fin d’article), Daisy et Hazel sont invitées par le père de cette dernière à un voyage dans l’Orient-Express durant les congés d’été. De Calais à Istanbul, le programme s’annonce alléchant entre le voyage en lui-même dans le plus grand luxe, visites de grandes villes européennes et défilés de paysages variés. Bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu, à croire que les détectives en herbe attirent les soucis : un meurtre commis durant les premiers jours va faire appel à leur talents d’enquêtrice. Cependant, elles ne sont pas seules sur la piste avec notamment une ancienne connaissance qui ressurgit à la poursuite d'un mystérieux espion et un détective amateur vraiment pas doué dans son genre. Rajoutez là-dessus des adultes suffisants et d’autres qui ne les considèrent que comme des enfants et vous obtenez pas mal d’obstacles pour cette enquête en huis clos.

Le duo Daisy et Hazel fonctionne toujours aussi bien, d’ailleurs l’auteure se concentre encore plus sur elles, les autres membres du club n’étant pas là pour les épauler. Bien que très différentes, les deux jeunes filles se complètent parfaitement entre la bouillonnante Daisy qui n’a pas sa langue dans sa poche et à l’ego très développé, et Hazel plus réservée et secrétaire officiellle du club. Elles partagent cependant un grand sens de l'observation, de belles capacités de déduction et l’envie de résoudre une affaire. L’enquête se révèle très vite ardue, il leur faudra toute leur méthodologie et rigueur pour démêler le vrai du faux. Elles pourront à l’occasion compter sur l’aide bienvenue d’un jeune homme amateur d’enquêtes et sur la fidèle servante de Daisy qui est du voyage elle-aussi.

Les protagonistes nombreux du roman sont donc tour à tour presque tous suspects. La jeune héritière richissime tuée, les soupçons se tournent successivement sur son mari colérique, la servante irrespectueuse, une ancienne comtesse russe qui veut récupérer un bien vendus par les communistes (le mystérieux gros rubis que portait la victime et qui a disparu), une spirit qui suit à la trace la victime pour la faire communiquer avec sa mère décédée, le frère désargenté qui tente de percer dans le milieu de l’édition, un magicien en pleine préparation de nouveaux tours et d’autres qui viennent compléter un casting de choc où les fausses pistes vont se révéler nombreuses. Bien malin le lecteur qui trouvera la solution avant les deux détectives amatrices même si quelques éléments peuvent être découverts par les plus malins.

Se déroulant en 1935, le background est assez savoureux dans son genre et donne une profondeur supplémentaire à l’ouvrage avec l’évocation notamment du chancelier Hitler en Allemagne et sa politique répressive envers les juifs et sa course au pouvoir qui menace l’équilibre de tout le continent. Par petites touches, le jeune lecteur peut ainsi appréhender au détour d’un dialogue ou d’un rebondissement une période difficile qui a marqué notre Histoire. Et puis, il y a la belle évocation du train en lui-même, légende du rail qui m’a toujours fasciné et que l’auteure retranscrit à merveille avec des descriptions précises mais pas envahissantes, des scènes clef comme le service de luxe, le repas pris dans le wagon-restaurant et la vie à bord du train.

La lecture est très très plaisante comme toujours avec cette série d’enquêtes : un rythme soutenu, pas de temps morts à déplorer et une langue qui glisse toute seule. Se dévorant tout seul, l’ouvrage apporte une évasion immédiate, présente des personnages vraiment charismatiques et propose une enquête bien tortueuse mais pour autant totalement à la portée d’un lecteur dès 11/12 ans. Une belle expérience à tenter pour les jeunes amateurs de romans policiers.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Un Coupable presque parfait
- De l'arsenic pour le goûter

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dimanche 4 février 2018

"Star Wars épisode 8 : Le Dernier Jedi" de Rian Johnson

star wars 8 afficheL'histoire : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé...

La critique Nelfesque : Bon ok, ça fait 2 mois qu'on a vu ce film au cinéma et à peu près le même temps que Mr K me demande sans arrêt si j'ai écrit ma chronique sur "Star Wars". Bon... Ben non en fait... Et je traîne, je traîne, tout ça pour pondre ces quelques lignes qui n'apporteront sans doute rien au schmilblick mais qui permettront à mon cher et tendre de pouvoir (ENFIN) poster sa chronique.

Les épisodes de Star Wars se suivent et ces dernières années se ressemblent tous. Alors oui c'est de plus en plus creux et ça agace les puristes de la saga mais visuellement ça claque toujours autant la tronche et pour ma part, je continue d'aller les voir pour ça. Côté fond, ici, ben... 2 mois plus tard je n'en retiens pas grand chose et c'est sans doute révélateur mais pour le spectacle ça vaut la place de ciné (sans compter les créatures mignonnes qui fleurissent à chaque nouveau film (oui je sais, je suis une gamine)).

Non mais regardez-moi ça :

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(J'en veux un !)

Bon sinon, à part ça, on continue de suivre les pérégrinations de la nouvelle bande et ici le personnage de Finn est plus en retrait. Kylo Ren prend de l'épaisseur et son lien avec Ray est assez intéressant. Pas tout à fait noir finalement l'Adam Driver, voyons voir comment tout cela va évoluer. Avec des gros sabots peut-être mais la saga peut ici prendre un virage autre que celui du happy end (ok, c'est Disney mais laissez-moi rêver !).

Tout le monde ou presque a vu et a donné son avis sur cet épisode 8, je suis un peu à la bourre et vais abréger pour laisser Mr K, qui avait écrit sa chronique juste après le visionnage (contrairement à moi (feignasse)), poster son ressenti. Il y aurait des choses à dire et il va vous en parler (comme la mort de Luke). Vous l'aurez compris, perso, les Star Wars, j'aime aller les voir au ciné avant tout pour le fun, sans plus rechercher autre chose, comme ce fut le cas avant. Les temps changent.

Ah si dernière chose, elles aussi je les ai adorées !

star wars 8 7

La critique de Mr K : 3,5/6. Je n’irai pas par quatre chemins, ce volume 8 est un des plus faibles de la saga après un numéro 2 catastrophique. Disney a gagné, on nage bien souvent dans la niaiserie, la bien-pensance et le souffle épique a disparu au profit d’effets humoristiques trop souvent placés au mauvais moment. Pour autant, j’ai pris plaisir à regarder ce film à grand spectacle qui ne ménage pas le spectateur par une action quasiment non stop et certaines scènes diablement séduisantes.

Dans les points forts, il y a tout d’abord la beauté formelle (à part les renards de cristal que j’ai trouvé complètement foirés). On prend une fois de plus des claques à n’en plus finir avec des planètes et des mondes incroyables et dépaysants, des créatures variées et délirantes (mention spéciales aux petites bébêtes trognonnes de l’île de Luke Skywalker) et des engins spatiaux toujours aussi fascinants (les croiseurs impériaux, les X-wing). On en prend plein les mirettes mais aussi plein les oreilles avec de vieilles mélodies remises au goût du jour mais qui fonctionnent toujours aussi bien.

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Les acteurs sont valables une fois de plus même si à mon goût on ne voit pas assez Finn au détriment du décérébré patron de BB8 (beau gosse ténébreux à 2 de QI) mais Ray reste toujours impeccable. Mention spéciale à Mark Hamill qui campe un Luke Skywalker bad-ass à souhait, torturé et finalement héroïque. Que de souvenirs sont remontés à la surface d’un perso qui m’a toujours plu avec Han Solo comme compère loustic. J’aurais aimé aussi le voir plus mais je ne boude pas mon plaisir et Luke a été bien traité. Leia fait du Leia... Le personnage qui a le mieux évolué et pour qui j’ai une tendresse particulière est celui de Kylo Ren , le nouveau bad boy, très ambigu, sale gosse en mal de reconnaissance et joué avec talent par Adam Driver. Ma scène préférée dans le repaire de Snoke prend une tournure magistrale, c’est d’ailleurs le seul moment où j’ai ressenti un authentique frisson de plaisir et d’excitation.

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Car le reste bien que distrayant est d’une platitude sans nom : l’armada rebelle qui résiste comme elle peut pendant 2h30 de film (les gars faut se bouger les doigts du c...), les archétypes des épisodes précédents ressucés à mort (purée, ils nous refont deux / trois scènes de L’Empire contre attaque, le meilleur opus à mes yeux !), un rythme hyper haché qui gâche certaines scènes qui auraient pu devenir cultes, un humour mal dosé par moments, des personnages qui n’évoluent pas assez ou totalement plats (Laura Dern méritait mieux, fuck you Disney ! (les amateurs de Twin Peaks apprécieront la référence)) et franchement, aucune réelle surprise.

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Au final du plaisir mêlé de déception, Star Wars n’est plus qu’un produit commercial comme les autres, un film qui ne sort pas du lot ce qui m’attriste profondément vu mon amour pour la saga originelle (4, 5, 6). Mais comme je suis un geek au dernier degré par moment, j’irai voir le 9 pour voir comment tout cela va s’achever mais je pense que ce sera le dernier que j’irai voir au cinéma si la déception est une fois de plus au rendez-vous.

Posté par Nelfe à 15:09 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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