lundi 19 août 2019

"L'Incal" - intégrale - de Jorodorowsky et Moëbius

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L'histoire : Dans un futur lointain, une autre galaxie ou un autre espace-temps, l'Incal et l'immense pouvoir qu'il confère exacerbent toutes les convoitises. John Difool, minable détective de classe R adepte d'homéoputes et de bon ouisky se retrouve embarqué malgré lui dans cette course à l'Incal. Il aura affaire à des mouettes qui parlent, des extraterrestres idiots, un empire dictatorial ultra violent, des rats de 15 mètres commandés par une déesse nue, une bataille mémorable dans une fourmilière, une secte adepte des trous noirs, et enfin une bataille intersidérale entre le bien et le mal.

La critique de Mr K : Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous savez que je suis friand de SF et d’auteurs que je considère comme des demi-dieux notamment Jodorowsky et Moëbius. Mais voila, malgré tout l’amour que je leur porte, je l’avoue et le confesse, je n’avais jamais lu la série de l’Incal ! Booouuuu, honte à moi ! Le tort est réparé désormais car, il y a déjà quelques temps, j’ai offert à ma douce Nelfe la présente intégrale qu'elle avait déjà lu et adoré il y a quelques années, et ces vacances d’été étaient l’occasion idéale pour plonger dans les aventures rocambolesques de John Difool. Je peux déjà vous dire que je n’ai pas été déçu !

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Modeste détective de classe R, on retrouve John Difool en fâcheuse posture dès la première planche : il est en train de tomber dans le vide et la mort se rapproche à vitesse grand V sous la forme d’un lac d’acide au dessus duquel est construit la ville futuriste où il réside. Le ton est donné donc dès le départ et ça ne va pas s’arranger. Très vite, un mystérieux artefact (le fameux Incal) le choisit pour mener une nébuleuse mission attirant sur lui des convoitises multiples. Traqué, passant son temps à s’enfuir, rencontrant des compagnons pour le moins inattendus, vivant des expériences hallucinantes, John n’est pas au bout de ses peines et son existence banale prend alors une dimension beaucoup plus importante dans la marche du monde, il se pourrait bien qu’il puisse même... sauver l’univers !

Dès le départ, on se prend d’affection pour John, genre de détective un peu raté, vivant d’expédients, d’homéoputes et de cigarettes hallucinatoires entre deux affaires et quelques règlements de compte avec des types des bas fond. Très attachant par son détachement, son inconséquence, son côté has been et son caractère, on aime suivre ses pérégrinations qui bien que sérieuses ne sont pas tristes avec notamment ses réactions parfois ubuesques et complètement à côté de la plaque. Il va peu à peu évoluer (mais un peu seulement...) au contact de l’Incal, prendre conscience de vérités cachées et va même participer à une espèce de prophétie ! Vous l’avez compris, la patte Jodorowsky est à l’œuvre, le scénario classique des débuts vire à partir de la quatrième partie à l’aventure initiatique mâtinée de mysticisme et d’onirisme. Pour avoir assister à une conférence du maître aux Utopiales en 2011, je peux vous dire que ça dépote et que l’on va loin, très loin dans l’exploration mentale des personnages en lien direct avec la déréliction du monde.

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D’une grande densité et cohérence, le monde futuriste qu’on nous propose est de toute beauté, magnifié par les dessins de Moëbius. On explore les villes, mondes et terres désolées, planètes et espaces mentales avec une facilité déconcertante entre étonnement, ravissement et même angoisse. Derrière ces tribulations distrayantes, en filigrane apparaissent des thématiques très contemporaines qui font souci : le recul de la nature face à la technologie et la course à la croissance de l’homme, la mise sous perfusion médiatiques des masses par un pouvoir central corrompu et obsédé par la conservation de ses avantages, la méfiance généralisée envers tout ce qui est différent et la policiarisation de la société ou encore, le recul du spirituel face au matérialisme forcené nourrissant les illusions d’un bonheur factice... Pour beaucoup de thèmes, on sent les auteurs en avance sur leur temps (les prémices de la chute étaient déjà en germe) et la vision proposée est d’une grande justesse et interpelle encore le lecteur en 2019. Quel bonheur de conjuguer à la fois divertissement et réflexion avec en prime des questionnements qui font écho à nos propres interrogations existentielles. Délectable !

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Background très poussé, personnages variés avec chacun une caractérisation profonde, des rebondissements nombreux et souvent surprenants, avec L’Incal on est constamment sur le qui-vive car tout semble pouvoir arriver. Un tout petit bémol, j’avais plus ou moins deviné le rebondissement final mais je dois avouer que Jodorowsky avait livré quelques éléments de sa pensée lors de la conférence à laquelle nous avions assisté. Cela n’a pas gâché mon plaisir entre planches d’une grande beauté, dynamisme des dessins et du scénario, plongée dans une mystique aussi fascinante que délirante et au final, un cycle qu’on oublie pas. J’ai mis le temps pour la découvrir mais Dieu que c’était bon ! On en redemande !


mardi 30 juillet 2019

"Omale" de Laurent Genefort - Intégrale volume 1

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L’histoire : Omale...
Imaginez une sphère de matière ultra-dense, englobant un soleil. À l'intérieur de cette coquille de dizaines de millions de fois la surface terrestre : de l'air et de la vie ; des espèces intelligentes, aussi. Là, sous un soleil à jamais immobile, les Humains, arrivés par une éphémère porte de Vangk, ont dû repartir de zéro. Au fur et à mesure des âges, alors que l'univers extérieur se muait en simple mythe, ils ont dû tisser une histoire avec leurs voisins extraterrestres : les Chiles, grands et puissants, et les sages Hodgqins. Une histoire faite de commerce et de guerre, d'exploration des Confins, mais où les grands mystères demeurent : quels êtres aux pouvoirs semi-divins ont édifié Omale, et pourquoi y ont-ils piégé toutes les espèces de la galaxie ?

La critique de Mr K : C’est un sacré pavé de 1043 pages que je vous présente aujourd’hui. Je peux désormais en parler après quinze jours de lecture intensive début juillet. Le cycle Omale de Laurent Genefort est considéré comme sa grande œuvre. Dans ce premier volume sont réunis le roman éponyme Omale et Les Conquérants d’Omale qui bien que divergents en terme de périodes décrites ont beaucoup de points communs et se complètent l’un l’autre pour le plus grand plaisir du lecteur.

Appartenant au sous-genre de Science-Fiction du Space Opera, cette saga est d’une richesse épatante, à commencer par l’univers original créé de toutes pièces par un auteur à l’imagination foisonnante. Omale est un monde plat enfermé dans une sphère de matière, Heliale son Soleil s’occupe d’entretenir la vie. Plantes, animaux mais aussi trois espèces dominantes se partagent son sol entre entente cordiale et parfois conflit armé pluriséculaire. Placé dans l’univers des Portes de Vangk, ces mystérieux passages qui permettent de passer d’un univers à un autre, sur Omale le passage a disparu et l’humanité a dû relancer son évolution en recommençant presque de zéro. Mais ils ne sont pas seuls, comme dit précédemment, ils doivent composer avec les Chiles et les Hodqins. Pour nous en parler, Genefort va tour à tour nous décrire deux voyages initiatiques qui posent des questions essentielles sur les origines d’Omale et vont nous éclairer sur ce monde étrange et parfois dangereux.

Dans Omale, on suit la destinée de trois personnages à qui des inconnus ont confié des bris de coquille vide. Chacun semble guidé par un fatum implacable qui va les faire se rencontrer dans une nef en partance pour le bout du monde. D’origines raciales et d’extractions sociales différentes, ils vont apprendre à se connaître pour mieux découvrir les raisons profondes de leur périple à l’objectif pour le moins nébuleux au départ. Ce premier roman constitue une excellente mise en bouche à l’univers d’Omale. Avec ses personnages attachants et charismatiques, on se plaît à accompagner les six protagonistes vers une révélation finale d’importance. L’aventure n’est pas de tout repos avec entre autre une scène de piraterie d’une grande efficacité mettant aux prises des vaisseaux gigantesques qui nous démontre une fois de plus le talent immense de Genefort pour nous immerger dans des mondes imaginaires et relater de beaux morceaux de bravoure. Chaque personnage se confie aussi lors de flashback aussi instructifs qu’intenses. Au cœur de l’intrigue, vous l’avez deviné : le mystère des origines du monde d’Omale. Quelle est la véritable nature de ce monde ? D’où viennent exactement les peuples qui y résident ? Qu’est-ce qui a pu bien se passer ? Des réponses sont données en toute fin d’aventure et ouvrent la voie à de multiples possibilités pour les romans ultérieurs... Passionnant !

Les Conquérants d’Omale se déroule 500 ans avant le précédent roman, les trois races dominantes d’Omale ne s’entendent pas et une guerre sans merci courant sur 25 000 km de front oppose Humains et Chiles. Malgré les moyens déployés, le conflit s’enlise... Dans ce contexte difficile, nous suivons quelques humains dans une mission quasi-suicidaire qui pourrait bien faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre selon la réussite ou l’échec. En parallèle, nous suivons les préparatifs d’une rencontre diplomatique avec en apothéose l’envol de représentant d’Omale au cœur d’un Aethir, créatures spatiales mythiques aussi monumentales que mystérieuses dans leurs intentions. Enfin, on accompagne aussi une expédition de cartographes chargés de répertorier des terra Incognita dans le grand atlas d’Omale. Ces trois points de vue s’interposent et se complètent eux aussi et vont finir par livrer des vérités bien dérangeantes. Le ton est différent ici, même si l’on retrouve un peu l’aspect initiatique, c’est un Genefort plus engagé qui se livre à nous avec une histoires aux accents antimilitaristes d’une rare force et sagacité. Horreur du conflit, destructions, annihilation, oubli et résurgences sont au cœur d’un récit enlevé qui laisse peu de place à l’espoir. Plus dispersé dans sa construction même, il faut s’accrocher lors de sa lecture, faire davantage de liens que dans le roman précédent de la série mais au final le plaisir de lire est le même et l’on aime toujours autant se plonger dans l’univers d’Omale.

Très belle lecture donc que ce premier volume d’intégrale. L’aventure et le dépaysement sont au rendez-vous au centre d’un monde très riche qui regorge de détails. C’est bien simple, vous saurez tout sur tout sur Omale et son fonctionnement. Loin de tomber dans un encyclopédisme barbant, Genefort par petites touches successives nous offre un tableau dantesque livrant un monde cohérent et complexe. Forces en présence, arcanes du pouvoir, luttes d’influence, organisation sociale, ethnologie extra-terrestre, foi et religion, philosophie en cours, faune et flore, lois physiques et beaucoup d’autres aspects sont abordés dans ces romans où le monde d’Omale se livre peu à peu. On en redemande presque ! Ce qui me rassure, c’est que le tome 2 m’attend bien au chaud dans ma PAL.

On retrouve le talent de conteur de Genefort qui n’est plus à prouver. Sans conteste, il est un des meilleurs auteurs de SF française en activité proposant réflexion et plaisir instantané de lecture. Malgré l’épaisseur du volume, les pages se tournent toutes seules avec un plaisir de lecture renouvelé qui ne se dément jamais. À lire absolument pour tous les amateurs de SF à la sauce space-opera. Pour ma part, j’y retournerai très prochainement !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Mémoria
Les Opéras de l'espace
- Une Porte sur l'éther
- Points chauds

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vendredi 5 juillet 2019

"Touche pas à mes deux seins" - Série Le Poulpe - de Martin Winckler

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L’histoire : Le Poulpe fait une entrée remarquée dans le monde de la médecine. Il retrouve pour l'occasion un ancien ami, Bruno Sachs, dans des circonstances pour le moins morbides... Le professeur Goffin, éminent spécialiste du cancer du sein, est un personnage sans foi ni loi qui utilise ses patientes à des fins expérimentales. Il vient d'être froidement assassiné dans son appartement parisien. Le crime prend des airs de règlement de comptes... Martin Winckler nous mène de rebondissements en surprises à travers les méandres d'une affaire aux thèmes très actuels. Cette rencontre inattendue entre deux univers bien distincts, polar et milieu médical, est une véritable réussite.

La critique de Mr K : Retour en terres poulpesques aujourd’hui avec Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler qui m’a permis de retrouver avec grand plaisir le personnage de Gabriel Lecouvreur, enquêteur atypique très engagé. Lorgnant vers le thriller médical, ce volume est une très belle réussite et se classe directement parmi les meilleurs de la série à mes yeux.

Le cadavre d’une sommité de la médecine est retrouvé dans son appartement, le docteur Goffin, un gynécologue de renommée mondiale avait mis au point un nouveau traitement thérapeutique pour guérir le cancer du sein sans avoir usage de chirurgie. Autant dire qu’il était perçu comme le messie par nombre de femmes touchées par cette horrible maladie. Mais si meurtre il y a eu, c’est qu’il y a sans doute des choses à gratter et le vernis des apparences cache souvent des éléments peu reluisants. Lorsque dans son bar préféré, Le Poulpe lit l’article concernant cette disparition, des vieux souvenirs ressurgissent et Gabriel va se confier à sa douce Cheryl, lui racontant une partie de sa houleuse jeunesse.

Ce roman se distingue des autres Poulpe par sa construction même. Pour une fois, nous ne suivons pas vraiment une enquête du Poulpe à proprement parler. On alterne ses confessions avec son amoureuse où il est question de ce qu’il a pu faire et qui il a pu rencontrer après l’obtention de son bac. Il se mêle ainsi à une bande de jeunes gens (étudiants pour la plupart) navigant entre le milieu de la médecine, du glandage et des soirées. Très vite, on se rend compte que cela a un lien très fort avec le crime qui l’a remué le matin même. Amitiés, amours et ambitions sont au coeur d’une intrigue bien retorse où tout peut basculer au gré d’une décision ou d’un coup du sort.

En parallèle de cette promenade dans la jeunesse de Gabriel, on suit les investigations et interrogatoires menés par le juge d’instruction Walteau. L’affaire lui a été redonnée dans des circonstances peu claires et en avançant dans son enquête et préparation du dossier, on prend conscience que cette affaire peut faire du bruit, que le docteur Goffin connaissait beaucoup de monde et que sa chute va révéler des pratiques douteuses que certains n’aimeraient pas voir remonter à la surface... Un troisième personnage, un certain Bruno, intervient aussi par moments et apporte son éclairage sur Goffin mais aussi sur la petite bande d’amis.

Au fil de la lecture, on croise les informations et une mécanique infernale se fait jour. Les lignes bougent, les révélations pleuvent et l’affaire dans son ensemble prend une tournure toute autre que celle que l’on pressentait au départ. Comme souvent avec Le Poulpe, nous avons le droit ici encore à une belle galerie de personnages, authentiques, parfois truculents, parfois tragiques, tous mus par une envie de vivre et d’être heureux. On se prend de compassion pour les deux sœurs jumelles que la vie n’épargne pas, on aime suivre les événements relatés par Gabriel et qui le touchent encore beaucoup des années après, on frémit face aux non-dits en cours dans le milieu hospitalier et les pratiques invisibles possibles... N’étant pas un fan de l’hôpital, je dois avouer que je n’étais pas fier lors de cette lecture et c’est d’ailleurs pour cela que j’évite de lire ce genre d'ouvrage d’habitude... Pour autant, j’ai passé un excellent moment entre intrigue tortueuse, charisme des protagonistes, complexité des interactions entre personnages et un Poupe toujours aussi attachant.

L’écriture de Martin Winckler fait merveille et contribue à livrer un volume du Poulpe addictif et jubilatoire. Ecrit simplement mais avec une précision diabolique, original dans sa construction et ménageant le suspense comme jamais, Touche pas à mes deux seins est un grand Poulpe, de ces volumes qui contribuent à donner ses lettres de noblesse à cette série littéraire au charme décidément incroyable !

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
Chicagone
- Les Damnés de l'artère
- Allah recherche l'autan perdu

mardi 12 mars 2019

"La Sirène" de Camilla Läckberg

La SirèneL'histoire : Un homme a mystérieusement disparu à Fjällbacka. Toutes les recherches lancées au commissariat de Tanumshede par Patrik Hedström et ses collègues s'avèrent vaines. Impossible de dire s'il est mort, s'il a été enlevé ou s'il s'est volontairement volatilisé.
Trois mois plus tard, son corps est retrouvé figé dans la glace. L'affaire se complique lorsque la police découvre que l'une des proches connaissances de la victime, l'écrivain Christian Thydell, reçoit des lettres de menace depuis plus d'un an. Lui ne les a jamais prises au sérieux, mais son amie Erica, qui l'a aidé à faire ses premiers pas en littérature, soupçonne un danger bien réel. Sans rien dire à Patrik, et bien qu'elle soit enceinte de jumeux, elle décide de mener l'enquête de son côté. A la veille du lancement de La Sirène, le roman qui doit le consacrer, Christian reçoit une nouvelle missive. Qulqu'un le déteste profondément et semble déterminé à mettre ses menaces à exécution.

La critique Nelfesque : Me voici de nouveau plongée dans les aventures d'Erica Falck et Patrik Hedström avec "La Sirène", 6ème volet de la saga. Tous les amateurs des récits de Camilla Läckberg s'accordent sur un point : il est aussi plaisant de suivre la vie privée de ses personnages principaux que les enquêtes en elles-même. On ne déroge pas à la règle avec ce tome-ci qui voit Erika, enceinte jusqu'aux yeux, et de jumeaux qui plus est, aller encore une fois au bout d'elle-même et se révéler être une wonder-woman du quotidien.

Parce qu'elle est comme ça Erika. Une nana qui ne tient pas en place, qui a du mal à se dire qu'elle doit lever le pied parfois et qui, sous la plume de Camilla Läckberg, est toujours confrontée à des histoires trépidantes. Il est intéressant ici de voir les processus d'écriture et la vie d'auteur entre sortie d'un nouveau titre, soirées inaugurales et promotion autour de son ami Christian, déjà rencontré dans les précédents tomes, et qui sort ici son premier roman.

Ce fameux Christian reçoit des lettres anonymes menaçantes et intrigantes. Il dit ne pas y accorder d'importance mais tout porte à croire qu'un secret se cache là dessous et Erika est bien déterminée à le dénicher. D'autant plus que cela survient en parallèle d'une enquête dont son mari, Patrik, a la charge. Un homme a été retrouvé sur le port de Fjällbacka, figé dans la glace.

Une fois de plus, Camilla Läckberg nous offre ici un tome bien construit et dans lequel on a toujours autant de plaisir à suivre la petite équipe et leurs déboires personnels. Certaines choses peuvent être devinées en amont (et oui c'est ça quand on est coutumier de ce genre de littérature, il y a des ficelles que l'on détecte à des kilomètres) mais de petites surprises sont aussi disséminées tout au long de l'ouvrage. Le bilan, si bilan il doit y avoir, et donc relativement positif. Disons-le clairement, ce n'est pas le meilleur tome de la saga pour l'enquête qui y est exposée et les résolutions de celle-ci mais on a forcément hâte de lire la suite à la vue du dernier chapitre... Sans vouloir spoiler (rassurez-vous, ce n'est pas le genre de la maison), j'ai tout de même envie de dire : NON MAIS CAMILLA CA VA PAS BIEN DE NOUS LAISSER AVEC CES DERNIERS PHRASES !?

Si vous n'avez jamais lu du Läckberg, ne commencez pas par celui-ci. Cela n'aurait aucun intérêt et vous perdriez toute la dynamique de la saga dans son ensemble tant ici l'auteure nous fait faire un bond dans l'histoire. C'est la première fois, de mémoire, qu'elle relie autant deux tomes entre eux. C'est bien simple, si vous n'avez pas le 7ème tome, "Le Gardien de phare", à portée de main, vous allez devenir fou ! C'est une bonne chose car il va y avoir, je sens et je l'espère, une accélération dans la narration. Cette saga est finalement très pépère et au bout d'un moment ce rythme peut commencer à lasser d'autant plus que les ficelles sont plus ou moins recyclées d'un tome à l'autre. L'auteure ici nous laisse présager une suite tourmentée et c'est tant mieux ! Un nouveau vent se lève sur Fjällbacka !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"
- "L'Enfant allemand"

mardi 5 mars 2019

"Requiem" de Tony Cavanaugh

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L'histoire : Quelques mots prononcés dans la panique au téléphone : "Darian, il faut que tu viennes. Tu es le seul à pouvoir nous aider. Il y a tant de corps !" ... puis plus rien. L'appel vient d'Ida, une jeune fille que Darian Richards, ex-flic des homicides de Melbourne, a sauvé quelques mois plus tôt d'une sale affaire. Si Richards a décidé d'abandonner un métier trop éprouvant pour ceux qui, comme lui, prennent les choses trop à cœur, il ne peut pas laisser Ida sans réponse. Son appel de détresse ayant été localisé, Darian gagne la Gold Coast, région des plages d'Australie, où les étudiants se retrouvent pour fêter la fin de leurs examens. Il est alors loin de se douter que la disparition d'Ida n'est presque qu'un détail dans une enquête qui va bientôt se transformer en véritable cauchemar.

La critique de Mr K : On peut dire que je l'attendais cet ouvrage, troisième aventure de Darian Richards, héros récurrent des romans de Tony Cavanaugh que l'on surnomme le Michaël Connelly australien. Requiem s'inscrit dans la lignée de L'Affaire Isobel Vine et de La Promesse, deux ouvrages puissants, sans concession et redoutablement addictifs. C'est donc avec grande impatience que je débutai ma lecture et je peux vous dire que je n'ai pas été déçu !

Darian coule des jours peinards dans sa petite cabane de pêcheur perdue au milieu de nul part à pêcher et observer les oiseaux. Elle est bel et bien derrière lui sa carrière d'avant, quand il était le chef d'une brigade criminelle réputée comme la plus efficace du pays. Bon, il avait fait une entorse à son règlement intérieur le temps de deux enquêtes précédentes mais promis, on ne l'y reprendrait plus... C'est du moins ce qu'il pensait jusqu'à ce qu'une ancienne connaissance ne l'appelle en lui laissant un message pas rassurant. Ni une ni deux, voila toutes ses bonnes résolutions balayées et il part à nouveau sur la route, direction la Golden Coast, haut lieu de perdition pour les étudiants en fin de cycle qui viennent s'y lâcher une fois les examens derrière eux. Le souci, c'est que les disparitions puis les cadavres s'accumulent... Darian aura besoin de tout son talent, de ses relations et d'un peu de chance pour pouvoir démêler une affaire qui, au fur et à mesure qu'elle se creuse, s'avère infernale.

D'entrée de jeu, on retrouve le charme d'un antihéros pas comme les autres. Au bout d'un chapitre, impossible de ne pas succomber au style rugueux de Darian qui une fois de plus va jouer au justicier durant plus de 300 pages, se jouant des règlements et lois en vigueur. Borderline mais pas tant que ça, en roue libre mais toujours avec un minimum de maîtrise, on aime à le suivre dans son enquête qui sous ses aspects classiques va révéler un monde interlope qui côtoie le nôtre sans que l'on ne s'en rende compte. Jouant au chat et à la souris avec les flics (cela donne de doux moments bien délectables), se rapprochant au plus près de ses ennemis, il garde une sorte de flegme et de distance qui laissent à penser que rien ne peut lui arriver. Dans les faits, il est déjà bien démoli, a perdu toutes se illusions mais il brille toujours au fond de lui cette petite étincelle de vie, d'espoir qui le font aller de l'avant. Vous l'avez compris, le personnage garde tout son charisme et l'on s'y attache immédiatement sans avoir l'impression d'avoir déjà tout lu sur le sujet.

On retrouve avec plaisir le personnage de Maria, une flic ambitieuse qui est toujours dans les pattes de Darian (elle sort avec un de ses meilleurs potes, ça aide!) et à qui il en fait voir des vertes et des pas mûres ; et puis, il y a Isosceles, un de ses comparses geek qui est capable de réaliser tout un tas d'opération high tech comme s'il bossait pour la défense (peut-être le fait-il d'ailleurs). Ces trois là s’entendent ou non selon les circonstances, donnant lieu à des scénettes tantôt drolatiques, tantôt plus tendues, au cœur d'une enquête qui peu à peu donne à voir un réseau mafieux peu ragoûtant. D'ailleurs, intercalés entre deux narrations basée sur Darian, on apprend à connaître un personnage féminin et sa trajectoire dramatique jusqu'au moment présent. On comprend bien vite qu'elle est au centre de l'histoire et qu'elle détient les clefs pour résoudre l'affaire. Que ce soit pour elle comme pour les autres, Cavanaugh livre une fois de plus des portraits nuancés, pleins de fougues qui électrisent le lecteur et ne lui laissent aucune chance de s'échapper.

Dans ce volume, l'auteur délaisse les grands espaces vides qui étaient plus au centre des deux romans précédents. On découvre dans Requiem, la côte touristique australienne avec son urbanisation folle, ses soirées déjantées et cette jeunesse dorée qui s'oublie dans un tourbillon de surf, de strass, de beat et d'alcool. Le contraste avec le vieux loup solitaire Darian est saisissant et même bien cynique. Il laisse traîner son regard sur ces faits entre amusement et dégoût sans pour autant tomber dans le syndrome du vieux con aigri. Cette balade urbaine est une bonne expérience littéraire qui rejoint pas mal par moment mes aspirations profondes à plus de tranquillité et un détachement parfois nécessaire du monde hyper-connecté qui nous aliène.

On passe donc un excellent moment avec ce roman, entre histoire bien ficelée, personnages au charme irrésistible et écriture toujours aussi prenante et précise. Descriptions au couteau, dialogues impeccables nous accompagnent tout du long pour un plaisir de lecture optimum qui n'a qu'un seul défaut : celui de se terminer trop vite ! Vivement le prochain !

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jeudi 13 décembre 2018

"La Ligne verte" de Stephen King

La ligne verte

L'histoire : Octobre 1932, pénitencier d'État, Cold Mountain, Louisiane. Le bloc E, celui des condamnés à mort, reçoit un nouveau pensionnaire : John Caffey rejoint ceux qui attendent de franchir la ligne verte pour rencontrer la chaise électrique, Miss Cent Mille Volts. Mais Caffey n'est pas comme les autres. D'accord, on l'a retrouvé auprès des cadavres ensanglantés de deux petites filles, mais il est étrangement absent. Jusqu'au jour où Paul, le gardien-chef, tombe malade et alors une terrible vérité semble s'esquisser. Qui est ce prétendu meurtrier aux pouvoirs étranges ? Qui dresse Mister Jingles, l'étrange souris, bien trop intelligente ? Quand Paul commence à répondre à ces questions, il sent que personne dans le bloc E ne sortira indemne de la rencontre avec John Caffey.

La critique de Mr K : Voici un titre qui m'échappait depuis un certain temps. Je l'avoue, j'ai eu beaucoup plus jeune une grosse période Stephen King, un auteur qui me faisait frissonner comme personne et qui m'avait bluffé à plusieurs reprises avec notamment des titres comme Shining, Simetière ou encore le fabuleux recueil de nouvelles Danse macabre. C'est pendant un chinage que je tombai sur l'édition originale de La Ligne verte (magnifiques couvertures !), un récit écrit à la manière des feuilletonistes d’antan et dont j'ai déjà vu plusieurs fois l'adaptation en film. Il ne m'a pas fallu plus de cinq secondes pour me porter acquéreur des six volumes pour enfin pouvoir me faire ma propre idée sur cette histoire dans sa version littéraire.

Le narrateur Paul écrit depuis sa maison de retraite où il attend sa fin. À travers des feuillets qu'il écrit régulièrement, il revient sur des événements marquants de sa vie lorsqu'il était gardien chef du quartier des condamnés à mort d'une prison d'État de Louisiane dans les années 30 durant la Grande Dépression. Homme de principe, il vit alors pour son travail et sa famille dans une routine qu'il a fait sienne et qui lui convient malgré l'omniprésence de la mort. L'arrivée d'un colosse noir accusé d'un crime atroce va chambouler les existences bien réglées de l'équipe qu'il dirige, révéler la nature de chacun et même explorer les mystères de la foi et du surnaturel.

Il faut bien l'avouer, Stephen King est un redoutable conteur et une fois le premier volume entamé, il ne m'a pas fallu longtemps pour tomber dans le piège, devenir addict et enchaîner les heures de lecture. Style simple et direct, personnages charismatiques (bien que caricaturaux) et récit enlevé sont les principales force de cette histoire toujours aussi séduisante. Certes, il n'y a aucune réelle surprise comme j'avais vu l'adaptation cinématographique auparavant (très fidèle soit dit en passant) mais on se laisse porter par l'ensemble entre plaisir, révolte et grande tristesse. Ah, il s'y connaît le King pour faire monter la sauce, exacerber les tensions et nous faire bondir dans notre fauteuil ! D'ailleurs, je dois bien avouer que certains passages sont vraiment too much, notamment le personnage-repoussoir de Percy qui à mes yeux n'est vraiment pas crédible car véritable incarnation du Diable. Bon, on connaît l'aspect manichéen qui habite les œuvres du maître de l'horreur mais là c'était trop. Ce qui passe en film est souvent moins digeste en littérature...

Heureusement, il y a les autres personnages qui rattrapent l'ensemble avec leurs contradictions et leur simplicité somme toute humaine (notamment l'équipe de surveillance). Gardiens comme prisonniers sont décrits, mis en action avec finesse, tendresse et beaucoup d'efficacité. Peu de temps mort à déplorer, les flash-back, descriptions et autres sources d'information se mêlent à l'histoire qui avance à un rythme soutenu. Pêle-mêle, j'ai adoré le personnage de Paul (notamment ses rapports avec sa femme), mais aussi Dean le jeune père de famille un peu en retrait, Brutal le gros ours au cœur tendre, Mr Jingles la souris apprivoisée par Delacroix un prisonnier attendrissant malgré le crime qu'il a commis. Et puis, évidemment, il y a John Caffey, le mystérieux détenu qui semble posséder des pouvoirs divins, victimes expiatoires de la cruauté des hommes et qui semble accomplir miracles sur miracles. Là encore, on tombe dans la caricature outrancière à grosses ficelles mais sa naïveté naturelle, son absence totale de cupidité et d'ambition ne peut que faire fondre le lecteur et il est bon parfois de revenir aux fondamentaux. On finit la lecture sur les genoux, les yeux baignés de larmes et même si c'est téléphoné, c’est efficace. Une sorte de terrorisme psychologique comme disait Björk à propos de l'histoire de Dancer in the Dark de Von Trier, un de mes films cultes.

Au final, je suis donc partagé entre un plaisir de lire évident pour une histoire qui marque les esprits et un sous-texte tout de même simpliste et réducteur à 10 000 lieues de ce que révèle être la nature humaine, subtile mélange contradictoire qui n’apparaît pas trop ici (les gardiens principaux et les détenus sont vraiment tous très sympas, c’est magique !). Je dirai qu'on a ici face à nous une œuvre purement récréative, un super brûlot anti peine de mort (ça tombe bien, j'ai toujours été contre) mais pour la nuance on repassera. Dommage dommage car c'est justement ce qui nous manque dans le monde d'aujourd'hui : de la pondération ! Je garde tout de même un avis positif sur ce livre car il a le mérite vraiment de faire passer un bon moment, notamment pour les plus jeunes qui y trouveront des trésors d'humanité qu'ils pourront à leur tour cultiver.

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samedi 7 juillet 2018

"L'Aube incertaine" de Roland C. Wagner

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L’histoire : En 2064, les multinationales règnent sans partage sur un monde d'où toute trace de criminalité a été éliminée. Enfin, presque, car aujourd'hui, Tem, le privé transparent, enquête sur une vague de décès suspects qui frappe les jeunes artistes du Délirium, un courant alternatif très populaire. L'affaire se révèle plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord, d'autant que le talent de Tem fait à nouveau des siennes : le voilà devenu cette fois presque totalement invisible !

La critique de Mr K : Roland C. Wagner me manque. Parti trop tôt à la fleur de l’âge, c’était un monument de la SF nationale. J’avais notamment adoré Rêves de gloire qui a obtenu en son temps le Grand Prix des Utopiales. Dans L'Aube incertaine, j’expérimentais un épisode de sa série littéraire intitulée Les Futurs Mystères de Paris (référence au talentueux feuilletonniste du XIXème siècle Eugène Sue) qui met en scène un inspecteur au talent particulier dans un Paris futuriste, le tout enrobé à la sauce roman noir. Bonne pioche pour un récit à la structure classique transcendé par un background stupéfiant et des personnages hauts en couleur.

Temple de l’aube radieuse (c’est le nom du héros !) est convoqué par un membre imminent d’une confrérie pour enquêter sur les meurtres suspects d’artistes de premier plan. Inexplicables, incongrues et assez thrash dans leur genre, ces disparitions font peser une menace insidieuse sur les esthètes déconnectés de la réalité (shootés jusqu’aux yeux) qui s’avèrent être très vite des rebelles de canapé entretenus par le pouvoir en place pour entretenir un succédané de liberté dans une société autoritaire adepte du contrôle des masses. Notre enquêteur va devoir démêler le vrai du faux et plonger dans un monde interlope qui lui est inconnu. Pour couronner le tout, son don de transparence lui joue des tours et il semble que toute personne ayant eu un contact quel qu’il soit avec lui l’ait oublié... On a connu mieux comme conditions d’enquête...

Que la SF est bonne aussi quand elle ne se prend pas au sérieux ! Les personnages délirants se collectent à la pelle ici entre un enquêteur rigide dont les pouvoirs lui échappent et qui doit se coltiner des partenaires pour le moins particuliers : une Intelligence Artificielle activiste d’extrême gauche adepte de Louise Michel, un indic et sa compagne adeptes de la fumette, des artistes complètement à l’ouest et des tenants du pouvoir narquois qui cachent des desseins peu rassurants. On sourit beaucoup devant les jeux de mots, les réparties franches et directes de certains, on se rapproche même d’un Audiard par moment. Vu les étranges personnages que l’on croise et les diverses substances psychoactives qu’ils prennent, ce n’est pas étonnant ! Au milieu de tout cela, notre héros sobre en toute circonstance a besoin de toute sa tête surtout que son talent de camouflage devient presque trop efficace ! En effet, non content de passer inaperçu physiquement, tout souvenir de lui s’efface de l’esprit de ses proches et des personnes qu’il rencontre lors de son enquête. Complètement déphasé, à la limite de la rupture, on s’attache beaucoup à cet enquêteur hors-norme aux belles capacités d’analyse et de déduction.

Au delà de la détente, de la rigolade et de l’aspect psychédélique, ce livre se distingue aussi par un univers très bien fouillé, crédible et même inquiétant. Pouvoir inique ne reculant devant aucun stratagème pour asseoir sa domination sur la société et ses membres, consumérisme forcené pour maintenir la population sous contrôle sont au programme d’un roman qui fait la part belle à la dénonciation de cette course à l’individualisme qui brise les liens sociaux et entretiennent les chimères d’un bonheur apaisant. Les quartiers déshérités où les désirs inassouvis et les paradis artificiels tiennent lieu d’échappatoire à une réalité insoutenable coexistent avec des nantis oisifs, inconséquents et intouchables. L’enquête mettra en exergue injustices et inégalités, la conclusion venant d’ailleurs mettre un bon coup de pied dans la fourmilière.

On retrouve dans L'Aube incertaine la verve si séduisante de Wagner, maître du récit à rebondissements à l’esprit libertaire qui faisait régner un souffle novateur sur le genre. Les pages se tournent toutes seules, le récit à tiroirs se disputant la primauté avec les phases descriptives et contemplatives qui émaillent un roman drôle, touchant où plane un doux parfum de zénitude (le héros) et de rébellion. Un bon titre pour qui aime la SF décalée et source de réflexion.

samedi 30 juin 2018

"La Malédiction du rubis" de Philip Pullman

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L’histoire : Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne... Sans qu'elle le sache encore, un grand danger rôde autour d'elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d'un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère...

La critique de Mr K : Lecture bien particulière aujourd’hui avec ma chronique de La Malédiction du rubis de Philip Pullman. Autant vous dire de suite que j’en attendais beaucoup vu le culte que je voue à la trilogie des Royaumes du nord qui est à mes yeux l’un des meilleurs ouvrages écrits pour la jeunesse. Le hasard a voulu que je croise la route de ce livre (le premier d’une série de quatre à priori -sic-) lors d’un chinage de plus et il a bien fait. Ce fut une fois de plus une bonne lecture mettant en avant les belles qualités d’un auteur décidément à suivre.

Une fois de plus, le personnage principal est une jeune fille dans cet ouvrage de Pullman. Sally Lockhart a alors seize ans et déjà une lourde histoire derrière elle. Orpheline de mère très tôt, elle vient de perdre son père, mystérieusement disparu en mère de Chine. Présumé mort, elle habite désormais chez une vieille tante éloignée qui lui mène la vie dure. Ce destin à la Princesse Sarah n’est donc pas des plus heureux mais Sally a du courage à revendre et un esprit de déduction à toute épreuve. Éprise des chiffres, brillante et ingénieuse elle ne s’en laisse pas compter et tente de démêler le vrai du faux d’une affaire qui la touche de près (la mort de son père) à laquelle vient s’ajouter la course à un mystérieux rubis réputé porteur de malheur. Une menace insidieuse se rapproche de Sally, les cadavres se multiplient et un terrible secret semble se profiler...

Destiné à un lectorat de plus de onze ans (minimum), voila un petit roman rondement mené et très malin qui emporte quasi immédiatement l’adhésion du lecteur. Sans un temps mort, après exposition des personnages principaux et des grands enjeux, on est parti pour une enquête trépidante dans le Londres de la fin du XIXème siècle. On explore avec Sally nombre de pans de la société victorienne avec les petites gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les bas fonds de Londres, le port de la capitale anglaise et les multiples activités qui l’entourent (de la compagnie maritime à laquelle appartenait son père aux salons d’opium), la vie des bourgeois déconnectés de la réalité.

Elle rencontrera dans sa quête nombre de personnages qui lui apporteront leur aide, soutien et même l’aideront à grandir, à gagner en maturité. Mention spéciale à la fratrie Garland (Frédérick et Rosa) qui vont devenir très vite comme une deuxième famille et lui permettre de se cacher. En effet, très vite, l’héroïne se rend compte qu’elle est confrontée à un ennemi puissant et d’une grande cruauté. Une vieille dame manipulatrice semble très liée au secret du rubis et elle n’hésite pas à envoyer des hommes de main qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. L’enquête s’avère donc de plus en plus difficile, très périlleuse pour une jeune fille qui n’a que seize ans et qui passe très proche du gouffre à de multiples reprises. En parallèle, elle va elle aussi apportée son aide aux Garland pour relancer leur salon de photographie qui peine à rentrer dans ses frais alors que l’époque voit le développement de ce nouvel art.

On ne s’ennuie donc jamais un seul instant avec La Malédiction du rubis qui fait la part belle à l’amitié, l’abnégation mais aussi la réflexion sur le poids des responsabilités et de l’hérédité. Bien des mystères entourent Sally, elle va devoir les lever pour découvrir qui elle est vraiment tout en luttant pour rester en vie et s’en sortir. Beau mix que tout cela pour un livre à l’écriture limpide et très accessible. Bien que destiné à la jeunesse (on le sent dans certaines situations, dans la réaction parfois étranges de certains personnages adultes), j’ai dévoré cet ouvrage avec un plaisir non feint et il va rejoindre sans rougir la trilogie précitée qui reste cependant inatteignable. En écrivant cette chronique, j’ai appris qu’il y avait trois autres tomes consacrés à cette héroïne. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas à m’en porter acquéreur.

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jeudi 10 mai 2018

"Allah recherche l'autan perdu" - Série Le Poulpe - de Roger Dadoun

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L’histoire : Un coup de fil ironique, un tract intégriste happé la Goutte d’Or et signé Le Protocole des Imams de Qom et voilà le Poulpe qui s’embarque, comme disent ses potes de la Sainte Scolasse, dans une sacre galère arabe : un projet parano de racket islamiste à l’échelle planétaire le fait passer du 11ème (place Voltaire !) Riyadh avec sa shariah, au Caire avec son université millénaire al Azhar, et Téhéran, où il fait office de serveur chez un ayatollah ; entre religieux fanatiques, théologiens orthodoxes, agents butés, il y a les femmes, dont une journaliste de CNN qui lui en fait voir de belles. S’il ne demande qu’à voir, son mot d’ordre reste : cherchez l infâme.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie du Poulpe aujourd’hui avec Allah recherche l’autan perdu de Roger Dadoun qui signe ici la 26ème aventure de Gabriel Lecouvreur, détective privé libertaire au verbe haut. On le retrouve plongé dans cet ouvrage au cœur de la dimension islamiste pour un périple bien périlleux. Si l’humour, le verbiage unique du héros sont au RDV, l’enquête est cette fois ci quelque peu décevante malgré une très belle immersion dans le monde multiple et parfois ésotérique de l’Islam.

Suite à la découverte de flyers intégristes faisant part d’un mystérieux projet, le Poulpe se voit confier une enquête très dangereuse qui va le mener bien loin de son arrondissement parisien préféré. En effet, il va devoir s’envoler pour l’Arabie Saoudite, l’Égypte puis l’Iran pour suivre une piste nébuleuse faisant la part belle à un projet de grande mosquée financée par un racket dans les communautés musulmanes du monde entier. Il croisera sur son chemin de nombreux personnages toujours aussi délicieusement croqués comme un universitaire musulman, des ayatollah peu recommandables, des agents très très spéciaux, une journaliste aux atouts certains (pas forcément ceux auxquels on pense de prime abord, bande de machos !) et arrivera même à mêler la délicieuse Chéryl (sa coiffeuse d’amour) à son enquête de haute voltige.

On retrouve la nonchalance légendaire de notre Poulpe. Râleur, hâbleur amateur de houblon, rebelle dans l’âme, il a fort affaire ici avec son infiltration difficile dans les mondes musulmans. Très éloigné de ses idéaux et de ses pratiques, il y trouvera cependant des parcelles d’humanité et de tendresse qui vont contrebalancer les dangereux individus sur lesquels il doit enquêter. Décalé, irrévérencieux mais cependant respectueux de l’humain, cet amateur de Blanqui et de son ni-dieu ni-maître voit sa liberté d’action très vite freinée par toute une série de forces contraires qui semblent s’amonceler autour de lui. Qui manipule qui ? Le Poulpe a très vite des doutes tant il se sent impuissant par moment face à ses commanditaires et adversaires. C’est plutôt rare de le voir dans cette position et plutôt agréable de le découvrir sur le fil de rasoir à certains moments clefs du roman.

Clairement, ce n’est pas pour autant le meilleur volume, la faute à une enquête que j’ai trouvé bâclée, sans réelles surprises et finalement sans densité. On passe très vite d’un pays à un autre avec quelques micro-péripéties mais finalement aucune vraie grosse découverte ou révélation. Plutôt plate, on se rabat plutôt sur l’ambiance respectée et toujours aussi jouissive d’un Poulpe : les bonnes punchlines bien senties, les rapports conflictuels du Poulpe avec à peu près tout le monde et l’aspect militant qui pointe le bout de son nez. C’est aussi une belle ouverture sur le monde musulman et quelques points de culture générale à ne pas négliger avec notamment une belle clarification sur les positions de chacune des obédiences de l’Islam, les vertus prônées par les musulmans orthodoxes et un beau voyage dans des pays souvent fantasmés mais jamais vraiment découverts avec des yeux neutres. En cela, Gabriel Lecouvreur est un beau révélateur et l’écrivain apporte un œil neuf et non désabusé sur le Moyen Orient. Un bon point donc !

Roger Dadoun respecte parfaitement le cahier des charges de tout écrivain s’attaquant au Poulpe : humour, personnage de Gabriel Lecouvreur, nombre de pages restreint et nouveaux apports se mêlent bien. On se prend au jeu et les amateurs de la série y trouveront leur compte. Pour les autres, je ne saurais que trop vous conseiller de commencer par un autre titre pour vous faire une idée sur Le Poulpe, un enquêteur vraiment à part dans le paysage littéraire français. Toutes mes chroniques sont à suivre en forme de lien en dessous de celle-ci.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
Chicagone
- Les Damnés de l'artère

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mercredi 18 avril 2018

"La Promesse" de Tony Cavanaugh

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L’histoire : Ex-flic des homicides à Melbourne, Darian Richards a laissé derrière lui un cortège de vies anéanties, de familles en deuil, de réponses impossibles à donner. Épuisé par cette litanie de souffrances, il a pris une retraite solitaire dans le Queensland, loin des villes et de leurs turpitudes. Mais les démons sont partout. Et dans la région, depuis quelques mois, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. La police locale parle de fugues. C'est en général ce qu'on dit quand on ne retrouve pas les corps, Darian le sait, mais il ne veut plus s'en mêler. Ce n'est plus son histoire. Et pourtant... malgré la promesse qu'il s'est faite de se tenir éloigné des tragédies, l'idée de laisser toutes ces familles sans réponses le hante. Aussi décide-t-il de prendre les choses en main. Mais à sa façon cette fois, sans s'encombrer du protocole. Il est loin d'imaginer ce qui l'attend.

La critique de Mr K : Retour en Australie avec cette sortie récente qui m’a littéralement retourné l’esprit et l’estomac. Je vous avais parlé il n’y a pas si longtemps de tout le bien que je pensais de L’Affaire Isobel Vine de Tony Cavanaugh. Ce dernier remet le couvert avec La Promesse, polar bien hard boiled lui-aussi qui explore encore plus en profondeur la psyché torturée de Darian Richards, ex flic possédé par son sens de la mission et qui dans ce volume est aux prises avec un serial killer des plus retors. Attention, ça dépote !

Darian Richards coule des jours presque tranquilles depuis qu’il a quitté le poste de chef de la brigade criminelle de Melbourne. Loin des crimes, des affaires de corruptions et des bisbilles entre flics, il passe son temps à profiter du temps qui passe, de la nature et des grands espaces. Il a noué une relation étrange avec Angie, une prostituée qui lui met du baume au cœur et à qui il s’est attaché, lui l’homme buriné par la vie. Mais voila, on ne se refait pas et les familles des victimes de jeunes filles enlevées par un maniaque réclament justice. Touché par cette détresse et toujours avide de servir son prochain et son goût pour la vengeance, notre héros reprend du service, contacte des équipiers passés, une vieil ami qui lui doit un service, son hacker de collaborateur et il se lance sur la piste d’un redoutable prédateur. L’enquête ne sera pas de tout repos entre ses démons intérieurs, le jeu du chat et de la souris avec la police officiellement sur l’enquête et un adversaire diablement malin et pervers.

C’est un véritable plaisir de retrouver tout d’abord le personnage principal. Darian est vraiment complètement fondu et borderline. Flirtant constamment avec les limites, le politiquement correct est totalement absent de cet ouvrage. Tout le monde en prend pour son grade, seul l’instinct semble guider cet anti-héros mu par une morale personnelle très particulière : intimidation, violence mais aussi parfois collaborations surprenantes composent un récit très rythmé qui met à mal les certitudes du lecteur. Malgré des aspects repoussoirs, on aime suivre les pas de Darian. Sans doute que, comme lui, je n’ai guère d’illusions sur un monde qui va mal et où le vice et l’appât du gain règnent en maître. Pour autant, lors d’un échange, d’une rencontre ou d’une action l’espoir semble émerger du noir. Et même si c’est très fugace, on se prend à y croire à nouveau, à se dire que les choses vont finir par s’arranger... C’est mal connaître l’auteur qui se plaît à distiller une ambiance d’un noir profond qui n’épargne vraiment personne.

Il faut dire que le bad guy est d’une rare perversité ici. Les âmes sensibles risquent d‘être choquées car régulièrement certains chapitres nous mettent dans la tête de ce kidnappeur – violeur - tueur qui aime les très jeunes filles. On suit donc ses élucubrations sans queue ni tête qu’il nous adresse directement et qui justifient ses actes immondes. Il faut vraiment s’accrocher, j’ai d’ailleurs noté des similitudes avec le tueur schizophrène qui ouvre le cultissime Les Racines du Mal du regretté Maurice G. Dantec. C’est vraiment effrayant et d'une noirceur totale. Il s’apparente à un prédateur sans barrière morale qui se repaît de la souffrance de ses victimes et entretient une mégalomanie sans borne. Abject, mystérieux et extrêmement intelligent ; il est un adversaire redoutable qui va donner bien du fil à retordre à ses poursuivants et semer la mort sur son passage.

L’enquête est donc longue, douloureuse et toujours à la limite de la rupture. Si Isosceles, le geek éternel célibataire enfermé dans sa tour de verre à Melbourne, reste fidèle à son pote Darian, c’est plus compliqué pour ce dernier de s’assurer du concours de Maria une flic en exercice qui sent bien que son supérieur lui cache des choses. On retrouve au passage un tableau peu reluisant des forces de l’ordre encore une fois marquées du sceau du machisme ambiant et des petits arrangements avec l’ordre et la loi. L’Australie présentée dans ces pages n’est donc pas très reluisante et même si les recherches se déroulent dans un paysage de carte postale, l’arrière du décor donne peu envie de se promener seul dans la nuit (surtout si on est une jeune fille ou une femme...) ou de croiser certains flics imbus de leur pouvoir. Le trait est volontairement grossi pour l’intrigue c’est certain, mais ça rajoute vraiment une impression bien glauque à un ouvrage difficile à relâcher tant il tient en haleine le lecteur.

Se lisant tout seul, très éprouvant et redoutablement construit, La Promesse régalera les amateurs de polar hard boiled totalement en roue libre et d’une densité psychologique inouïe. On en ressort rincé mais épaté par tant de maestria déployée, en redemandant encore et encore. Impossible de passer à côté si vous êtes amateur du genre, on tient là une petite bombe qui vous ravira à coup sûr !

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