lundi 17 juillet 2017

"La Mallorée - Intégrale" de David Eddings

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L’histoire : Voici venus les temps où les peuples respirent. Torak est mort, le Dieu-Dragon, l’Enfant des Ténèbres, et la menace cosmique paraît conjurée. Tout est calme en tous lieux dans les royaumes du Ponant. Pourtant la Prophétie des Ténèbres est bien gravée dans les mémoires : une parole, ça ne peut pas mourir. Et le vieux Gorim, dans sa grotte, entend gémir et gronder la terre : une pierre maléfique s’est réveillée à l’autre bout du monde. Le culte de l’Ours aurait-il encore, contre toute attente, des adeptes secrets ? Çà et là, on complote, on assassine, on repère des enfants marqués par le destin. Déjà, la guerre s’allume dans les états du Sud. Puis, une nuit, la Voix parle à Garion. Qu’est ce que le Sardion, la pierre tombée du ciel dont le nom fait frémir les Ulgos ? Où est "l’endroit qui n’est plus" ? Faut-il combattre encore les Ténèbres vaincues ? Bien, les Gardiens du Ponant vont reprendre du service...

La critique de Mr K : Il y a deux ans, je vous parlais de ma chouette découverte fantasy du moment : la très belle et fun pentalogie de La Belgariade de David Eddings, lue durant notre voyage de noces à l’autre bout du monde. Lors du même chinage en janvier 2015, j’avais récupéré la deuxième partie de la saga nommée La Mallorée. Je n’avais donc que trop attendu pour retourner dans ces terres d’aventures et d’humour. Je me lançai il y a un mois dans cette deuxième partie de la saga en entrecoupant mes lectures pour prolonger au maximum le plaisir.

La Mallorée compte cinq romans :
- Les Gardiens du Ponant
- Le Roi des Murgos
- Le Démon majeur de Karanda
- La Sorcière de Darshiva
- La Sibylle de Kell

C’est avec une impatience non feinte que je replongeai dans le cycle de David Eddings dont l’action reprend quelques mois après la défaite de Torak dans La Belgariade. La paix semble être revenue sur tous les territoires qui ont échappé de peu à la catastrophe et le retour de l’âge des ténèbres. C’est le temps de l’espoir, de l’insouciance entre rencontres amicales entre grands, naissances et globalement des tensions moindres entre royaumes et empires. Cependant, une nouvelle menace va faire son apparition, une influence séditieuse tout d’abord qui se conclura ensuite par un rapt d’enfant qui pourrait bien changer la face du monde. Le Mal a été vaincu par le passé mais peut-on combattre le Chaos lui-même ? Commence alors pour nos anciens amis de la Belgariade une nouvelle quête haute en danger et sensations à travers deux continents dans un road movie ponctué de moments de bravoures, de découvertes mystiques, d’alliances improbables et d’engueulades drolatiques.

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Qui dit heroïc-fantasy dit aventure et voyage. Une fois de plus le contrat est largement rempli avec un ouvrage faisant la part belle à la route, ses rencontres et péripéties. Durant les deux premiers volumes, on replonge avec délectation dans les royaumes du Ponant et les territoires Angaraks entre les royaumes du nord humain, le territoire des hommes serpents perdus dans des jungles impénétrables (ou presque), les lointains territoires Murgos... La joyeuse troupe en parcourt des kilomètres et va même par la suite découvrir un deuxième continent, pendant du premier et qui leur réserve bien des surprises. Cette lecture est donc l’occasion de se confronter à nombre de civilisations et sociétés diverses avec leurs différences de culture, de religion et de manière de vivre. On en profite aussi pour parcourir des paysages grandioses avec cette science si particulière qu’à Edding de nous immerger dans des espaces hallucinants sans pour autant nous perdre en route avec une multitude de détails qui au final ne compterait pas beaucoup dans la compréhension globale. Rajoutez là dessus, une exploration de royaumes livrés au mal absolu avec un chaos menaçant et implacable et cela vous donne un cycle de fantasy totalement bluffant et gigantesque en terme de background.

Loin d‘être seulement un gigantesque tableau, le cycle de La Mallorée complète à merveille le précédent en réutilisant des éléments et personnages présents dans les cinq premiers tomes, et en y rajoutant un certain nombre de créatures nouvelles au premier rang desquelles des dragons et surtout des démons tout droit sortis des enfers (l’aspect Dark Fantasy est ici plus poussé pour ma plus grande satisfaction). La magie est toujours aussi présente et l’aspect mystique encore davantage expérimenté avec en toile de fond une lutte pour la suprématie pour le monde entre anciennes et nouvelles divinités. L’aventure est donc dantesque entre rencontres impromptues, morceaux de bravoure, complots et stratégies tramés à l’ombre des cours, passages plus intimistes et la vie du groupe.

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C’est la grande force d’Edding, la caractérisation des personnages est toujours aussi fun. Loin de rester coincé dans le style parfois ampoulé du genre fantasy, les personnages bien que plutôt classiques livrent des duels verbaux de haute volée et l’on rit énormément notamment dans les discussions et piques que se lancent Belgarion, sa tante et son grand-père autour desquels gravitent une pléthore de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Malgré une trame de fond sombre, les personnages vivent leur vie pleinement entre querelles de générations, histoires d’amour naissantes, confrontations des ego et tracas divers et variés de la vie d’aventurier. On passe donc régulièrement du rire à des émotions plus noires et à des passages assez impressionnants en terme d’aventure pure et de révélations. Quelle imagination et quelle maestria dans l’art d’agencer l’ensemble ! L’équilibre entre les deux est toujours bien dosé, sans rajouts inutiles et toujours pour le grand bonheur du lecteur.

L’accroche est immédiate et l’on retrouve le style si efficace d’Edding avec une langue accessible mais néanmoins nuancée qui provoque un plaisir de lire durable. Les pages se tournent toutes seules amenant le lecteur bien souvent à se coucher à des heures indues. Je me suis vraiment plu à lire cette suite entre retrouvailles et nouvelles découvertes, c’est le cœur un peu gros que j’ai terminé cette nouvelle pentalogie très réussie et qui me semble essentielle à découvrir pour tout amateur de fantasy. Je vais désormais me rabattre sur d’autre titres du même écrivain qui paraît-il réserve encore de beaux ouvrages. Miam miam !

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mardi 11 juillet 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 9 et 10 de G. J. Arnaud

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L’histoire : Lien Rag était un aventurier, un rebelle qui s’était dressé maintes fois contre la tyrannie des grandes compagnies ferroviaires. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un ingénieur bien rémunéré, choyé par la plus puissante des compagnies, la panaméricaine.

Mais quand les projets de son impitoyable dirigeante, Mrs Diana, mettent en danger la vie de millions de personne, Lien Rag sait qu’il n’a plus le choix : il lui faut, de nouveau, entrer en résistance...

La chronique de Mr K : C'est avec un grand plaisir que je me suis replongé dans la lecture de la saga de La Compagnie des glaces de G. J. Arnaud. On en arrive aux volumes 9 et 10 compilés ici dans un ouvrage de 400 pages faisant une fois de plus la part belle à l'anticipation dans un monde apocalyptique gelé et contrôlé d'une main de fer par des compagnies ferroviaires toutes puissantes qui ont remplacé les anciens États. Encore une fois le voyage fut exquis et immersif à souhait malgré quelques scories qui commencent à apparaître, certaines obsessions de l'auteur qui à mon sens en fait un peu trop.

On retrouve donc nos personnages principaux, Lien Rag, Le Kid, Yeuse et Jdrien qui chacun a fort à faire. L'un doit désormais s'affranchir de la tutelle dominatrice de lady Diana qui pour les intérêts de la Panamérica n'hésite pas à planifier un véritable génocide au nom de l'agrandissement et l'enrichissement de sa compagnie au détriment du droit et de la morale. Ne pouvant plus soutenir cette politique et échappant de peu à un attentat contre la commission de vérification, il tente de s’enfuir vers l’est. Le Kid lui, continue d’étendre sa compagnie ferroviaire en essayant de conserver ses idéaux démocratiques, il doit cependant faire face à des esprits séditieux et le regroupement des Hommes Roux aux abords de la cité. Ces derniers attendent une sorte de messie qui devrait les libérer du joug des humains, ce ne serait nul autre que le fils de Lien Rag, mais Jdrien a disparu...

À travers sa saga, G-J Arnaud en profite pour critiquer en filigrane notre propre monde. Cette fois ci, c’est clairement l’ONU et ses organismes apparentés qui sont visés. On ne peut que rester sceptique face à leur impuissance à agir contre l’incurie de certains pays ou entreprises multinationales. C’est aussi le cas dans ces volumes où finalement Mrs Diana va tout faire pour contourner les lois internationales pour mener à bien ses projets d’hégémonie, toute ressemblance avec les crises ukrainienne et syrienne est fortuite vu la date d’écriture du roman mais ça m’y a diablement fait penser. C’est donc le cœur déchiré qu’on suit les développements de l’histoire qui conjugue les notions de complot, de trahison et d'extermination en masse d’innocents au nom du sacro-saint pouvoir. C’est puissant, bien vu et bien mené.

On continue aussi à suivre des personnages qu’on a appris à aimer. J’ai une tendresse toute particulière pour le Kid et Yeuse qui ayant tout perdu (la compagnie de cirque/théâtre qui les employait a disparu) doivent se refaire entièrement malgré leur disgrâce et leur condition (un nain et une femme). Ils se caractérisent par une intelligence et une capacité d’adaptation hors du commun. Même s’il est moins présent dans cet ouvrage, Jdrien est toujours aussi attachant, il grandit et commence à avoir des velléités d’indépendance car ses pouvoirs se développent et il est irrémédiablement attiré par son peuple qui semble se réunir pour lui. Lien Rag lui m’indiffère de plus en plus, il semble bien trop souvent obnubilé par son appareil génital, l’auteur se complaît à nous livrer ses pseudos états d’âme et désirs, quitte à virer dans le roman érotique à deux balles où les femmes ne sont là que pour satisfaire les désirs du mâle alpha. Ce qui était marrant en début de saga devient un peu lourd-dingue à la longue et a freiné quelque peu mon enthousiasme lors de certains passages mettant en jeu ce perso. J’en viendrais presque à souhaiter qu’il disparaisse pour alléger l’ensemble mais bon, gageons que la suite me donnera tort.

Au delà de cette déception ponctuelle, c’est toujours un bonheur de replonger dans cette terre gelée où le danger peut venir de partout et de n’importe qui, on ne peut que s’incliner devant le talent déployé pour décrire ce monde rude où chacun survit à sa manière malgré des obstacles de plus en plus importants. L’écriture aérienne la plupart du temps immerge immédiatement le lecteur et les 400 pages se lisent quasiment d’une traite quitte à s’endormir très tard. Un bon volume donc qui fait avancer la trame principale et incite à poursuivre sa lecture. Vivement la suite !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
La Compagnie des glaces tomes 5 et 6
- La Compagnie des glaces tomes 7 et 8

samedi 8 juillet 2017

"Les Technopères - Intégrale" de Jodorowsky, Janjetov et Beltran

Les-Technoperes

L’histoire : L'histoire d'Albino, créateur de jeu devenu dieu dans une anticipation régie par la violence, le rêve et le commerce.

La critique de Mr K : C’est un sacré monument de la BD que je vous convie à découvrir ce soir avec la chronique de l’intégrale des Technopères de Jodorowsky. Merci à l’ami Franck de m’avoir permis de découvrir cette saga SF haute en couleur tant au sens propre qu’au sens figuré. Même si elle n’est pas exempte de défauts, ce fut une vraie claque visuelle et une belle mise en abîme des déviances du monde actuel. Attendez-vous à un voyage hallucinant dans l’espace spatial, cyber et cervical.

Fruit non désiré d’un viol atroce, Albino n’a qu’un rêve devenir développeur de jeu virtuel pour changer le monde. Les galaxies sont en effet régies par des castes de privilégiés pour qui le rêve virtuel permet de contrôler les peuples et civilisations par la violence et la rapacité. La quête de ce jeune homme hors du commun sera longue et difficile, chaque étape lui imposera des sacrifices mais l’élèvera encore un peu plus. En parallèle, nous suivons le parcours de sa famille à savoir sa vestale-rebelle de mère assoiffée de vengeance et ses frères et sœurs. Nombreux seront les périls qu’ils affronteront avant le chapitre final.

En terme de scénario, on en prend plein la tête comme c’est d’ailleurs l’habitude avec Jodorowsky adepte d’ésotérisme et de spiritualités diverses. Il nous sert ici un plat bien garni, qui perdra sans doute quelques âmes en route, mais totalement pensé pour crédibiliser un univers gigantesque et cohérent. Dieux et esprits côtoient les machines et systèmes artificiels dans un mélange de cyberculture et d’influences plus tribales. C’est plutôt osé mais très intéressant car finalement, on pourrait résumer le conflit principal décrit dans ce volume comme l’éternel conflit entre les anciens et les modernes sauf qu’ici les réactionnaires sont plus les tenants de la technologie à tout va qui emprisonne les êtres plutôt qu'elle les libère. Prônant un retour au bio (dans son sens premier, la vie) Albino va devoir feinter, faire croire à son anoblissement technologique pour mieux ensuite conduire un nouvelle exode pour recréer le monde.

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Ce côté volontiers biblique (un peu too much parfois il faut bien l’avouer) est contrecarré par une histoire virevoltante à souhait. Certes le schéma narratif se répète concernant le héros qui à chaque étape a tendance à douter, puis trouver une solution et enfin vaincre une espèce d’adversaire terrifiant (style boss de fin de niveau ou chevalier d’or pour les amateurs des Chevaliers du Zodiaque) et la répétition peut lasser certains (j’ai lu quelques chroniques peu amènes sur le sujet avant d’écrire la mienne) mais au final, derrière ce parcours plutôt balisé et sans surprise se cache un véritable rite initiatique, une découverte de soi qui se fait progressivement et sous différents angles. J’ai aimé cette transformation menant à une révélation cruciale pour le destin de l’humanité. Le tout alterne séances mystiques avec passages d’action bien hard boiled, ça saigne, ça interpelle et l’amateur de récits bien speed est lui aussi convaincu par des scènes dantesques et complètement délirantes (la planète des guerrières, les comètes folles, la planète arbre amatrice de chair humaine...). Les symboles sont forts, les analogies nombreuses et on se plaît à essayer de comprendre les références énoncées ou seulement évoquées. Il y a un côté ludique certain dans cette lecture.

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La critique est acerbe, et l’on reconnaît volontiers dans les maux décrits dans cet ouvrage ceux qui émergent dans nos sociétés occidentales. L’individualisme forcené, l’attrait du virtuel qui nous fait parfois passer à côté de l’essentiel, la course au profit au détriment de l’humain et l’avilissement qui attend les peuples soumis à une dictature. C’est grandiloquent et extrême dans cette BD mais tout a un début et le mécanisme de fonctionnement du pouvoir autoritaire est très bien expliqué à travers les différentes phases de découverte du héros : le contrôle des âmes, du portefeuille, de l’opinion et même des rêves fait que l’homme ne possède plus aucun libre arbitre ni sens commun. Cela donne lieu ici à des images abominables et des perspectives bien funestes pour qui aime s’exercer à l’anticipation à partir des derniers développements de l’Histoire. Pas rassurant mais toujours enrichissant.

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Et puis, c’est sacrément beau et bien écrit. On en prend plein les mirettes et même si ici la couleur a été numérisée, franchement le résultat flatte mon sens de l’esthétique et la poésie est loin d’être absente entre deux cases choc. Certaines planches sont de véritables tableaux et illustre à merveille un univers foisonnant et dépaysant. Clairement, je placerai cette intégrale en haut de mon étagère en compagnie de mes Druillet, Caza et Moébius. En terme de SF ça vaut son pesant d’or. Alors certes, la fin m’a un peu laissé sur ma faim, le dernier volume (le huitième dans l’édition originelle) est plus plat, limite décevant mais quelle épopée et que de rebondissements entre temps ! Tout amateur de SF se doit d'avoir lu Les Technopères au moins une fois dans sa vie mais ceci n’est que mon modeste avis...

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lundi 19 juin 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 7 et 8 de G. J. Arnaud

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L’histoire : On l’a surnommé le gnome, car il mesure à peine plus d’un 1m10. Nain dans un monde recouvert de glace, où tout est étroitement contrôlé par de grandes compagnies ferroviaires, il est devenu le père adoptif de Jdrien, l’enfant hybride de Lien Rag...

Son rêve ? Fonder sa propre compagnie ferroviaire ! Et en faire la compagnie la plus puissante du globe ! Mais entre le envieux qui préparent un coup d’état, la puissante panaméricaine qui complote pour lui voler ses ressources, et Lien Rag qui souhaite toujours, plus que tout, lui récupérer son fils, le Kid arrivera-t-il un jour à réaliser son rêve ?

La critique de Mr K : Retour dans l’univers de la saga de La Compagnie des glaces de G. J. Arnaud dont les tomes 7 et 8 sont réunis dans cette réédition tout juste sortie chez French Pulp éditions. La plus grande saga de SF jamais écrite, revient ici en laissant quelque peu de côté le héros principal Lien Rag pour s’attarder davantage sur son métis de rejeton aux prises avec la cupidité et le racisme des hommes et sur l’aventure commerciale menée par l’ancien aboyeur du théâtre Miki devenu entrepreneur de compagnie ferroviaire. Loin de ralentir la progression de l’intrigue principale, ces deux volumes complètent la caractérisation principale de ce monde futuriste inquiétant et procure un plaisir de lecture inchangé depuis les débuts de la saga.

Lien Rag exilé loin de lui et Yeuse déportée dans un train goulag pour l’assassinat d’un officier, Jdrien (le fils de Lien, fruit de son union contre-nature avec une femelle des hommes-roux) se retrouve confié au gnome et à sa compagne. Aimé et choyé, il va attirer bien des convoitises, notamment celle d’un général dictateur en fin de vie dont les souffrances sont apaisées par la présence de cet enfant différent. Car la jeune pousse a un don qui pourrait se transformer en malédiction si l’on découvrait sa vraie nature... Le gnome pour sauver cet enfant va devoir entreprendre un périple aux confins du monde et cette expérience va l’amener à s’interroger sur ses rêves et aspirations. Commence alors la longue construction d’un empire ferroviaire avec ses moments de gloire et ses difficultés. En parallèle, aux cours de quelques chapitres, nous retrouvons tout de même Lien Rag aux prises avec Mrs Diana, chef de la puissante compagnie panaméricaine qui souhaite mener à bien un projet qui risquerait bien de provoquer une apocalypse...

Loin de spoiler, ce résumé bref laisse entrevoir les nombreuses péripéties qui peuplent ses pages. On ne change pas une technique qui gagne et en bon feuilletoniste qui se respecte, l’auteur accumule les circonvolutions scénaristiques, les coups de théâtre et les visions hallucinées d’un avenir très sombre. Tractations et complots, trahisons et nouvelles alliances, amours et haines, espoirs et déchéances s’alignent à un rythme enlevé sans jamais perdre le lecteur. On reste en cela dans la droite lignée des opus précédents et même si la surprise est rarement de mise, le flot continue englobe le lecteur dans une douce euphorie et dans des tableaux évocateurs à souhait. Cette terre privée de soleil, plongée dans un froid polaire est décidément bien inhospitalière entre le climat rigoureux et les machinations inhumaines ourdies par les puissants. L’espoir a donc peu de place malgré quelques fulgurances joyeuses et de beaux moments de solidarité qui permettent aux personnages principaux de sortir pour un temps la tête de l’eau.

Derrière l’œuvre d’anticipation se cache aussi toujours de belles paraboles et réflexions sur le genre humain et notamment ici sur la conduite du pouvoir. Qu’il soit autoritaire ou démocratique, la puissance grise et donne à voir le pire de l’être humain. Luttes intestines, répression, propagande, domination des faibles et des minorités, autant d’éléments abordés avec finesse et frontalement par un auteur épris d’humanisme. Cela donne donc des passages parfois bien rudes où l’on se prend à s’agacer face à l’incurie de certains acteurs du roman voir leur passivité coupable. Bien vu aussi dans ce recueil, le focus sur la création d’une compagnie ferroviaire (rappelons qu’elles dominent le monde dans cette saga) depuis l’idée jusqu’à son exploitation. Tous ces passages enrichissent le background déjà exceptionnellement développé de cette saga qui n’en finit pas d’étonner et de bluffer par sa densité et sa qualité littéraire.

En effet, on ne peut que reconnaître le talent déployé en tant que conteur et faiseur d’histoire. La langue reste toujours aussi gouleyante, simple et efficace avec de magnifiques passages descriptifs, des moments plus techniques sur les technologies développées et des dialogues au cordeau, sans ajouts inutiles. Certes certains personnages peuvent se révéler à l’occasion un peu trop caricaturaux mais ils se prêtent finalement très bien au genre du feuilleton SF et l’ensemble dégage une force peu commune. Quand on sait qu’il reste plus de 80 romans de base à rééditer, on n'est pas près de voir se tarir une source de plaisir littéraire sans cesse renouvelée. Merci à French Pulp editions pour cette exhumation fort à propos dans un monde contemporain de plus en plus inquiétant.

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
- La Compagnie des glaces tomes 5 et 6

mercredi 7 juin 2017

"Évolution crash" de G.-M. Dumoulin

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L’histoire : Pour la génération Clash, l’heure est venue d’accéder au pouvoir. Ou du moins, pour son charismatique chef, le jeune Chris Boyd.

Mais en acceptant la main tendue par Cornell Hughes, le machiavélique chef du gouvernement, Chris ne vient-il pas de tomber dans un piège bien plus dangereux que la lutte armée, celui de la politique ?

La critique de Mr K : L’heure est à la conclusion de la saga avec le troisième et ultime volume de la trilogie de Chris le Prez de G.M. Dumoulin. Après le réveil des consciences dans Génération clash et la lutte armée dans Intervention flash, est venu le temps des responsabilités pour Chris dans ce Évolution crash qui fait la part belle à la politique, ses rouages et les défections morales qui en découlent.

Nous avions laissé notre jeune héros dans une situation bancale en fin de volume précédent. Suite à sa prise d’otage de la famille du président honni, ce dernier lui a proposé de travailler avec lui pour établir un monde meilleur. Mais peut-on croire en les bonnes intentions affichées par Cornell Hughes ? Avec les nouvelles responsabilités et tâches qui lui incombent, Chris va vite se rendre compte qu’avec la fin de la lutte sur le terrain, apparaissent de nouvelles difficultés, plus larvées, moins frontales mais tout aussi redoutables. Avec le pouvoir, viennent aussi des ennuis comme les complots ourdis par les factions adverses, le principe de réalité et la mise à mal des idéaux que l’on défend, l’éloignement de la base et le risque de décrocher de la réalité du peuple.

Cette troisième partie s’apparente encore plus que les autres à un roman d’apprentissage, pour celui ici du passage à l’âge adulte. Le jeune révolutionnaire se retrouve plongé dans les arcanes du pouvoir avec ses amis, la naïveté doit désormais se confronter à la realpolitik et Chris ne sera pas non plus épargné par le sort. Il accusera de nombreux coups, perdra des êtres chers et devra s’endurcir encore davantage pour pouvoir mener à bien les réformes et nouvelles impulsions qu’il veut donner à la société. Ainsi au cours des 210 pages de ce court roman, il va devoir présider, intervenir lors de crises aiguës (le passage de médiation dans l’usine est très réussi), survivre à un attentat sur sa personne et s’appuyer encore davantage sur ses amis tant l’adversité semble se renforcer au fil des évolutions qu’il veut imposer. Les forces conservatrices n’ont pas dit leur dernier mot, le combat se déroule maintenant en coulisse à fleurets mouchetés.

Au delà des jeux de pouvoir, ce volume nous offre une vision de la solitude de l’homme de pouvoir. Quelque peu dépassé par sa nouvelle situation, Chris réfléchit énormément sur ses idéaux mais aussi sur sa vie. C’est l’heure des regrets mais aussi des aspirations, il représente bien en cela toute la complexité de l’esprit humain, jamais vraiment satisfait de ce qu’il a accompli et qui tend régulièrement vers la remise en question et la mélancolie du temps qui passe. Le jeune homme reste pour autant fidèle à lui-même et côtoie désormais le gratin de la société, une oligarchie de riches personnages imbus d’eux-mêmes et férocement attachés à leurs privilèges. Le contraste est fort entre le jeune révolutionnaire surdoué et ses barbons rajeunis génétiquement qui s’accrochent à un passé désormais révolu. Ce sont deux visions du monde qui s’affrontent et nombre de ponts peuvent être faits par rapport à ce que nos démocraties occidentales vivent depuis maintenant plusieurs dizaines d’années dans l’évolution des mœurs et la poursuite du bonheur consumériste.

Toujours d’une lecture aisée, l’auteur capte encore avec efficacité l’esprit du lecteur entre scènes d’action très bien rendues et réflexions intérieures de Chris. On se replonge sans souci dans l'histoire et la fin logique vient nous cueillir, nous laissant pantelant et un peu désabusé. Une très bonne trilogie qui ravira tous les amateurs du genre entre aventure, politique-fiction et réflexion sur le pouvoir.

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mercredi 17 mai 2017

"Frankenstein" de Benoit Becker : T5 "Frankenstein rôde" & T6 "La Cave de Frankenstein"

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L’histoire : Quand on est camelot, rien de plus simple que d'avoir un remède à tous les maux : écorce de saule pour la migraine, deux doses d'assurance pour la grippe et trois rations de mensonge pour les rhumatismes. Pourtant, à force de traîner de villages en villages, Wou-Ling va tomber sur le plus impitoyable des clients : le monstre de Frankenstein !

Mais peut-on guérir un être immortel en échappant à la malédiction qui frappe tous ceux qui l'approchent ? Faire appel à un chirurgien pour changer de visage ? Très utile quand on est en cavale... ou qu'on s'appelle Frankenstein ! Mais comment trouver un chirurgien... dont les doigts ne tremblent pas de peur en le voyant ?

La critique de Mr K : Avec ce volume, se termine la réédition des six romans que Benoit Becker consacra au mythe de Frankenstein dans les années 50. Dans la droite lignée des deux opus précédents, on oscille ici entre hommage respectueux et histoires fantastiques classiques très bien servies par l’écriture à la fois alerte et envoûtante d’un auteur décidément inspiré par le classique culte de Mary Shelley.

Dans Frankenstein rôde, nous suivons les pas d’un vendeur ambulant chinois et sa jeune protégée aveugle (clin d’œil à l’histoire originelle) qui se retrouvent pris en plein orage en rase campagne autrichienne. Ils finissent par trouver refuge dans un vieux château en décrépitude. Très vite, ils vont se rendre compte que ce havre de paix pourrait se transformer en tombeau. De facture très très classique, ce premier récit est ultra-balisé et ne réserve quasiment aucune surprise avec des séquences quasi imposées dans ce genre de littérature : la nature impénétrable, le déchaînement des éléments, les personnages mystérieux qui cachent un lourd secret, une menace diffuse et pénétrante qui grandit au fil des péripéties et les passages obligés d’introspection des héros face à une menace inconnue mais bien réelle. Très gothique dans sa manière de représenter les lieux, le temps et les protagonistes, il se dégage de cette première partie de recueil un charme désuet qui pour autant possède un pouvoir d’attraction indéniable et capte l’attention du lecteur de bout en bout. Une bonne distraction qui se termine de façon bien macabre et logique.

La Cave de Frankenstein se déroule lui dans la ville d’Anvers dans un quartier nécessiteux. Samuel un brocanteur juif proche de la retraite va se retrouver confronté à la créature qui veut plus que jamais que les hommes ne le fuit plus. Il va devoir faire appel à un ami ancien chirurgien désormais clochard alcoolique. Malheureusement pour eux, à vouloir pactiser avec un monstre sans âme, on finit toujours par le regretter... Plus original, ce récit réserve quelques surprises avec notamment des personnages qui sortent quelque peu des sentiers battus (pas trop quand même, on n'est pas face à un récit ultra-original non plus) et notamment un ancien docteur déchu qui va devoir essayer de renouer avec sa passion première. Pour autant, la tâche s’avère très difficile surtout lorsqu’on est proche de la démence lors de crises de manque terrifiantes et très bien rendues par l’auteur. La trame plus "urbaine" inscrit la créature dans un cadre novateur mais pas pour autant plus rassurant, la présence lourde et menaçante est ici une fois de plus inquiétante à souhait avec le renfort de quelques familiers qui feront frémir un certain nombre d’entre vous dans le dernier acte haut en couleur.

Au delà des deux récits, c’est avec une certaine émotion qu’on retrouve le monstre artificiel de Frankenstein toujours aussi mystérieux, inspirant une peur viscérale à tous ceux qui croisent sa route. Muet, imposant, implacable, ses apparitions sont rares mais font toujours leur petit effet. Le contre-point de la peur exprimée par les personnages, perdus face à cette menace insidieuse, partageant leurs appréhensions les plus intimes (avec notamment en commun dans ces deux récits la relation père/enfant en sous-texte), rallonge la sauce angoissante et mène à des scènes fortes qui restent ancrées dans la mémoire du lecteur longtemps après sa lecture (la jeune aveugle dans le salon en flamme, l’opération chirurgicale sur le monstre, la découverte d’une vieille tombe abandonnée dans la forêt, les angoisses des personnages...). L’ensemble est efficace, bien mené. Seul petit bémol, quelques lourdeurs dans le rythme et certains passages s’apparentant à du délayage intempestif avec par exemple un personnage tellement flippé qu’il met trois pages à descendre trois marches, paralysé par des sentiments contradictoires. Une fois ça va, mais quand l’opération s’opère deux / trois fois dans le même roman, on frise le sentiment de déjà lu...

Reste une lecture assez jubilatoire dans le genre si on aime et voue un culte au mythique Franky, de belles pages d’horreur pure et une lecture prenante. Le genre de lecture-récréation qu’on ne peut que conseiller !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T1 "La Tour de Frankenstein'' & T2 "Le Pas de Frankenstein"
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T3 "La Nuit de Frankenstein'' & T4 "Le Sceau de Frankenstein"

mardi 9 mai 2017

"Dexter revient !" de Jeff Lindsay

Dexter 2L'histoire : Voici notre cher Dexter - expert judiciaire de la police de Miami le jour, tueur en série la nuit - doublement menacé. D'un côté le sergent Doakes, insensible à son apparence de gentleman, traque le "Passager Noir", l'autre moi sanguinaire et justicier de Dexter. De l'autre, un psychopathe particulièrement pervers laisse Dexter sans voix alors que son appétit meurtrier se réveille. Lequel de ces monstres rattrapera l'autre le premier ?

La critique Nelfesque : Après avoir lu "Ce cher Dexter" l'an dernier, il était temps de s'attaquer à "Dexter revient !", second tome de la saga Dexter bien connue pour son adaptation télévisuelle.

Un ton en dessous du tome précédent, l'enquête est, disons-le, assez anecdotique. On part ici dans un sens, puis dans un autre, pour revenir sur les premiers éléments d'intrigues à la toute fin et voir l'ensemble assez bâclé. Bon... Effectivement côté thriller et suspense, j'ai connu beaucoup mieux.

Toujours est-il que c'est avec plaisir que le lecteur continue son bout de chemin au côté de Dexter, personnage énigmatique et intrigant, si fascinant par son côté froid et dénué de sentiments. Le point fort ici encore réside dans le fait que le lecteur est dans la tête de Dexter et le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas triste ! Le côté décalé et humour noir est ce qui marche le mieux. Certaines situations sont truculentes et les personnages qui l'entourent ne sont pas en reste pour lui donner la réplique. Entre Deb, sa soeur, cash et garçon manqué, Masuoka, complètement obsédé, Batista, encore en retrait et à découvrir, Rita, dans son monde idéalisé, Dex a de quoi faire et naviguer à vue suivant les désirs des uns et des autres.

Dans l'histoire de ce tome, le sergent Oakes est sur les talons de Dexter. Persuadé qu'il a quelque chose à se reprocher et que tout est trop beau chez lui pour être honnête, il ne le lâche pas d'une semelle et le file dans le moindre de ses mouvements. Plus que jamais Dexter doit alors jouer son rôle de genre idéal et ne montrer aucune faiblesse dans son jeu d'acteur. Personne n'est dupe, chacun attendant le faux pas de l'autre, et livre au lecteur une guerre des nerfs assez efficace.

Côté enquête, ça aurait pu être bien gore mais à mon sens ici tout est beaucoup trop survolé pour vraiment nous mettre dans l'ambiance. Un tueur sévit dans les parages et aime démembrer avec soin ses victimes avant de leur arracher la langue et les dépecer. Hum, bon appétit ! Il y a un petit côté "Seven" dans ce procédé surtout lorsque l'équipe découvre un corps encore en vie mais psychologiquement très atteint (tu m'étonnes !). Écris noir sur blanc ça fait froid dans le dos, dans le roman, ça fait mauvais remake. Bref, pas un seul frisson. Dommage.

Vous l'aurez compris, pour du pur thriller qui fait froid dans le dos et fait passer de bonnes nuits blanches à cauchemarder, vous pouvez repasser. En revanche, si vous êtes fan de la série TV et avez envie de découvrir un peu plus les personnages en les accompagnant encore un peu, la saga littéraire et "Dexter revient !" en particulier (ben oui parce que c'est quand même de ce tome ci que l'on parle aujourd'hui) sont faits pour vous. A réserver toutefois aux gros lecteurs qui ne passeront pas 15 jours sur le roman et s'amuseront pendant 1 jour ou 2 à se balader dans la tête du plus charmant psychopathe que la Terre n'ait jamais porté ! Enjoy !

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vendredi 28 avril 2017

"Intervention flash" de G.-M. Dumoulin

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L’histoire : La Génération Clash rêvait de changer le monde.
Enfants surdoués élevés par des machines, ils se sont faits manipuler par des adultes qui leur ont ravi le pouvoir.
Désormais réfugiés à l’extérieur des grandes villes, ils errent en bandes rivales dans les campagnes désertées... en attendant la prochaine attaque du pouvoir en place.
Qui sera capable, parmi eux, de se dresser et d’affronter la menace ?
Chris Boyd, encore une fois ! 

La critique de Mr K : Il y a quelques semaines, je vous parlais ici même du premier tome de la trilogie de Chris Le Prez, œuvre d’anticipation où les jeunes se rebellaient face aux adultes. Mon avis était mitigé car malgré un talent de conteur remarquable, l’ensemble manquait d’originalité. Comme je suis un lecteur persévérant, je me lançai tout de même dans le deuxième tome afin d’affermir mon positionnement et je dois avouer que cette lecture fut plus plaisante notamment grâce à une accélération des événements et un héros qui se densifie dans le bon sens. Suivez le guide ! 

Suite au premier tome, Chris se retrouve à la tête d’un clan qui lutte pour sa survie face à la mégalopole tenue de main de maître par les adultes. C’est le temps des luttes fratricides entre groupes qui n’arrivent pas à se souder les uns les autres pour faire front commun. C’est sans compter une offensive terrible (la fameuse intervention flash) qui décime les rangs des jeunes et qui est approuvée par la population hypnotisée par la propagande mise en œuvre par les autorités. Chris va devoir faire évoluer les positions, rallier à sa cause d’autres groupuscules et tenter de porter un coup fatal aux relais du pouvoir. Cela ne se fera pas sans difficultés...

On retrouve dans ce volume tous les points de force du précédent ouvrage, à savoir en premier lieu le sens du rythme d’un auteur décidément doué pour raconter une histoire. La narration est très fluide, segmentée sur des temps forts. Il faut comprendre par là qu’entre les chapitres, il peut y avoir de sacrées ellipses pour éviter d’embourber l’ensemble car l’auteur souhaite avant tout aller à l’essentiel et se concentrer sur les éléments clef de son intrigue. Loin de couper l’herbe sous le pied du lecteur, cela lui permet d’insérer ici ou là quelques passages pseudo-argumentatifs faisant référence à des philosophies politiques ou de la vie, sur les notions d’engagement ou encore de résistance à l’oppression. 

Le mélange est assez détonnant et fonctionne bien. Là où le premier volume paraissait un peu plat, on se retrouve ici dans un récit virevoltant pendant lequel le héros évolue encore beaucoup. Ce changement est progressif et va l’amener à un dernier acte assez brillant et une réaction de sa part assez incroyable, nuancée et apportant un souffle neuf sur ce genre de récit. C’est malin et loin des sentiers battus, j’adhère. Mais avant d’y arriver, quel chemin parcouru par les personnages entre opérations à haut risque, rébellions internes et tentations de diverses sortes ! Long et tortueux est le chemin vers la libération et après ce volume, c’est encore loin d’être gagné...

J’attends donc avec impatience la suite des aventures de Chris et consorts, en espérant que le dernier volume clôturera en beauté cette saga qui prend belle tournure avec ce tome ci. Vivement la suite !

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vendredi 7 avril 2017

"Zombie Island" de David Wellington

Zombie IslandL'histoire : A la suite d'une catastrophe mondiale les pays les plus développés sont envahis par des hordes de zombies cannibales. Seules quelques enclaves subsistent, en Somalie notamment. A la recherche d'un remède au virus, un groupe d'adolescentes surarmées, menées par un vétéran, se rend à New York. Tous se croient préparés au pire. Mais dans l'île de Manhattan en ruine, ils vont bientôt découvrir que la non-mort est loin d'être le destin le plus terrifiant...

La critique Nelfesque : Je me suis lancée dans "Zombie Island" comme dans une lecture divertissement. Je n'attendais rien de phénoménal ni dans le style ni dans l'histoire (et il n'y a rien de phénoménal), je ne cherchais pas non plus un roman qui révolutionne le genre (ce qui n'est pas non plus le cas) mais j'avais une furieuse envie de zombie et de déconner un peu (oui parce que moi, quand j'ai envie de me marrer, je regarde un bon film d'horreur ou je lis une histoire d'épouvante (cherchez pas, c'est inexplicable)).

"Zombie Island" est le premier volume d'une trilogie de David Wellington, "Zombie Story". Le monsieur a aussi à son actif une pentalogie sur les vampires, "Vampire Story" (côté titres, l'auteur fait dans l'originalité), mais je dois avouer que les vampires c'est nettement moins mon truc (ou alors les classiques).

Les zombies envahissent le monde et les survivants sont à la recherche non seulement d'un endroit safe pour tenter de survivre relativement tranquillement mais aussi de médicaments et plus précisément ici d'un traitement contre le sida. La trithérapie en période de paix, c'est déjà pas évident mais quand en plus on ne peut pas mettre le nez dehors sans être acculés d'êtres dévoreurs de chair humaine, c'est encore plus compliqué.

On suit ici donc plus précisément un groupe de personnes venant de Somalie à bord d'un bateau et souhaitant accoster à New-York. Composée de Dekalb et d'un groupe d'adolescentes armées jusqu'au dent et entraînées au combat, cette bande  n'a qu'une idée en tête : ramener son traitement à la big boss restée au pays. Quitte à perdre quelques éléments en chemin, quitte à mourir elles-même. Dekalb est un petit plus pragmatique et préférerait éviter de se faire croquer en route...

Parallèlement, nous faisons la connaissance de Gary, un personnage qui clairement sauve le roman. Si il n'était pas là, l'histoire serait assez banale. En voyant ses semblables humains se faire dévorer les uns après les autres, Gary ne se résigne pas. Si il doit devenir zombie, chose qui parait inéluctable, il le deviendra par ses propres moyens et non pas en servant de casse-croûte à un être au QI d'huitre. Médecin dans la vie, il va trouver un moyen de devenir zombie sans entacher ses qualités mentales. Comprenez qu'il veut bien pourrir sur pied mais pas perdre sa tête ! Cette action va faire de lui une sorte de zombie évolué qui va avoir un pouvoir unique sur ses nouveaux amis peu adeptes du déo.

Tous ces personnages vont bien sûr se rencontrer et une nouvelle intrigue à base de Maître du Monde et de Super Zombie Surpuissant va prendre le pas. Bon, disons le clairement, c'est un peu beaucoup WTF mais c'est fun, l'écriture est fluide et on passe un bon moment (si tant est que l'on ne soit pas rebuté à l'évocation du sang ou de scènes d'antropophagie (ben oui, ils sont pas très vegan ces zombies)). L'histoire est prenante, le personnage de Gary bien que complètement cramé de la tête est attachant et nous ferait presque oublier l'écriture parfois très limite de David Wellington. Ce n'est pas de la grande littérature encore une fois et mieux vaut ne pas être très regardant de ce côté là.

Vous l'aurez compris, "Zombie Island" n'est pas LE roman zombiesque à lire absolument mais pour une chouette récré, il fait bien le taf. Reste à voir si le second volume "Zombie Nation" continue dans cette veine...

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lundi 27 mars 2017

"La Quête de l'Oiseau du Temps" de Le Tendre et Loisel

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L'histoire : Le légendaire chevalier Bragon pense en avoir fini avec sa vie aventureuse dont les exploits ont fait les heures les plus riches des conteurs d'Akbar. À présent qu'il est vieux, il n'aspire plus qu'au repos, retiré qu'il est dans sa ferme des hauts plateaux du Médir. Mais la tranquillité n'est pas de mise pour les héros.

Un jour vient à lui Pélisse, jeune vierge sauvage et rousse aux formes généreuses, accompagnée de son Fourreux, animal étrange aux mystérieux pouvoirs. Elle lui apporte un message de sa mère, la princesse-sorcière Mara, elle-même ancienne maîtresse de Bragon. La situation est grave : Ramor, le dieu maudit, va bientôt sortir de la conque où les dieux l'avaient enfermé pour contenir sa soif de pouvoir. La destruction et la mort s'étendraient alors sur Akbar sans que quiconque puisse s'y opposer.

Il ne reste que huit jours avant la "Nuit de la saison changeante" où s'achèvera l'enchantement qui retient Ramor prisonnier. Mara a besoin de l'Oiseau du Temps, car il est le seul capable d'arrêter le temps, ce qui lui permettrait d'achever, avant la fin des huit jours, la trop longue incantation qui lie Ramor à la conque. Mais la première épreuve de la quête sera d'aller récupérer la Conque de Ramor, jalousement gardée par Shan-Thung, le prince-sorcier de la Marche des Terres Éclatées.

Sollicité par son ancien amour, agacé par la fougue et l'insolence de Pélisse qui prétend être sa fille, Bragon sort sa fidèle faucheuse de son étui et s'embarque sans plus d'hésitation dans ce qui sera la plus hasardeuse des entreprises jamais vues sur Akbar : La Quête de l'Oiseau du Temps !...

La critique de Mr K : Nouvel emprunt au CDI de mon bahut : l’intégrale de La Quête de l’Oiseau du Temps de Le Tendre et Loisel. Il s’agit d’une relecture pour enfin savoir le fin de mot l’histoire m’étant arrêté au volume 3 à l’époque. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous, à la vue de l’œuvre dans son entier, j’avais bien trop attendu tant cette bande dessinée est une merveille d’intelligence, d’humour et d’esthétisme.

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La trame est plutôt classique : le monde d’Akbar est en grand danger, dans huit jours un dieu vengeur emprisonné dans une conque va se libérer et asservir le monde, rien de moins ! La princesse-sorcière Mara va rassembler une petite troupe et l’envoyer en quête du mystérieux oiseau qui donne son nom aux albums pour pouvoir arrêter le flux du temps et réaliser l’incantation qui convient pour éviter l’apocalypse. Mais vous imaginez bien que cette quête se révélera ardue, riche en rebondissements et le final laissera des traces (y compris sur le lecteur !). On retrouve ici tous les ingrédients qui font une bonne BD de fantasy.

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En premier lieu, une joyeuse bande constituant un groupe disparate où chacun est complémentaire. Une jolie fille gouailleuse accompagnée d’une mystérieuse créature toute mignonne (Kawaï comme on dit maintenant), un vieux chevalier grognon au cœur gros comme ça qui passe son temps à râler (j’adore ce personnage), un mystérieux inconnu masqué aussi couard qu’obsédé par les formes généreuses de l’héroïne et toute une galerie de personnages secondaires tous plus farfelus et délirants les uns que les autres avec notamment un ancien écuyer revanchard, une sorcière obnubilée par sa mission de sauveuse du monde, un chasseur solitaire reclus dans un territoire perdu... L’ensemble forme une communauté imaginaire crédible, originale et très engageante pour un lecteur conquis par ce microcosme crée de toute pièce.

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Ce qu’il y a de génial dans cette série, c’est son aspect drolatique. Bien que n’épargnant par leurs personnages de moments de bravoure intense (on a parfois le souffle coupé au détour d’une ou deux mésaventures), les auteurs n’ont pas voulu fournir une BD qui se prenne trop au sérieux. L’aventure est belle mais l’humour omniprésent lui donne un cachet sympathique qui empêche le sourire esquissé en début de lecture de s’effacer du visage ravi du lecteur. Réparties truculentes, situations ubuesques s’enchaînent pour notre plus grand plaisir empêchant cette histoire de tomber dans les clichés d’une fantasy sans finesse sombrant dans des situations déjà vues et ennuyeuses aux yeux du fan que je suis. Les nanas ont ici de la répartie, les gros bras souvent mis en porte-à-faux voir pire (j’adore Bulrog) et les créatures croisées sont souvent attendrissantes et totalement barrées. Et même si parfois, elles n’apparaissent que sur une case ou deux d’une planche, le souvenir perdure et on rigole encore en y repensant.

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Les deux auteurs nous proposent vraiment une immersion totale avec des planches parfois de toute beauté. Bien que le style ait changé légèrement entre le premier et le quatrième tome, on prend quelques claques esthétiques qui se combinent entre elles pour fournir un scénario intéressant bien que plutôt convenu. Heureusement, le quatrième et ultime tome réserve son lot de surprises et c’est avec une certaine émotion qu’on le referme. J’en avais même les yeux tout humide, chose très rare pour moi en matière de lecture de BD de ce style.

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Rien à reprocher donc à cette tétralogie à la fois immersive en terme d’aventure et comique dans les rapports tissés entre les personnages. Dessins et textes sont au diapason pour fournir un excellent moment de détente dont on se souvient bien longtemps après notre lecture. Cette œuvre est absolument à découvrir si vous êtes amateur de ce type d’univers car dans le domaine on ne fait pas mieux !