vendredi 28 janvier 2011

"Mental" de Kââ

kaaL'histoire: Qui donc joue à quoi avec qui? À la fin, qui veut quoi, pour qui? Ce genre de combines ahurissantes mais enrichissantes dans lesquelles on se retrouve contraint de jouer une partie dont les règles vous échappent, comment s'en dégager?

Évidemment, il y a Karola. Et Karola est un atout. Mais est-ce un atout maître?

Et "Mental", c'est quoi? Un état d'esprit, un zombie ou un fou? Ou encore une jolie zone d'obscurité en de grasses combines, combines bien trop voyantes pour que tout cela dure interminablement.

Mais pendant que ça dure...

La critique de Mr K: Cette critique est toute particulière pour moi car je connaissais l'auteur. Kââ (pseudonyme de Pascal Marignac) était mon professeur de philosophie en Terminale L... était, car ce personnage hors-norme est décédé depuis d'une longue maladie. Grand escogriffe à la rhétorique bien trempée et au charisme propre aux esprits inaccessibles, je savais qu'il avait écrit un certain nombre de polars publiés chez de petites maisons d'édition. C'est mon cher ami Vince qui à l'occaz de mon anniversaire (décidemment, j'ai été gâté!) m'a envoyé ce cadeau par le biais du lutin "Plugu le barbu". Je l'ai lu en deux jours, voici mes impressions...

Mental se lit très vite. Court roman, on suit les aventures abracadabrantesques d'un tueur à gage nommé Cinquante qui est contacté pour exécuter un autre tueur qui aurait fait faux bond à l'organisation qui l'aurait engagé. Derrière tout cela, se cache une sombre histoire de manipulation et un mystérieux convoi qui attise les appétits. On voyage beaucoup entre la Suisse et le Morbihan sud (Belle île, Auray, Quiberon... notre coin quoi!). Le héros lui, enchaîne les verres, les clopes et les bastons... C'est craspec, glauque et souvent truculent à l'image de l'auteur qui clopait à l'occasion dans la salle de classe. On retrouve aussi dans ce livre sa passion pour les armes à feu qu'il décrit ici avec un détail et un amour sans pareil (façon duels à la Sergio Léone, l'arme se révelant être la prolongation d'une pulsion, d'une personnalité). On retrouve aussi son goût pour le gore bien dérangeant et les citations de ses philosophes préférés comme Hegel et Nietzsche.

Cependant, cette lecture ne m'a pas pour autant convaincu. Le langage trivial et direct marche un temps mais finit par lasser, ce qui faisait la virtuosité et le charme d'un maître à penser le fait passer ici pour un vulgaire tâcheron. Il m'est très dur de le juger ainsi mais c'est l'impression générale qui se dégage à la fin de ma lecture. Beaucoup de répétitions de termes comme monstrueux, grotesque que l'on retrouve toutes les trois pages, des incohérences au niveau du scénar (les poursuivants sont vraiment trop cons pour bosser pour une société de cette envergure), des personnages d'origine étrangères qui parlent avec des termes trop pompeux... c'est bancal et finalement, ça atténue et neutralise les qualités suscitées.

Ce livre, il faut le prendre comme une série B (une série Z diraient les esprits chagrins), un petit divertissement sans prétention. Dommage que la forme ne suive pas le fond, que l'écrivain ne rejoigne pas le fabuleux maître à penser qu'il a été pour moi. Reste un regard sans concession sur la nature humaine et des fulgurances à la Lautréamont au détour de quelques pages. A chacun de s'y frotter et de juger!

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mercredi 26 janvier 2011

"La chambre des morts" de Franck Thilliez

chambreL'histoire: Imaginez…
Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints.
Devant vous, un champ d’éoliennes désert. Soudain le choc, d’une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d’euros, à portée de la main.
Que feriez-vous ?
Vigo et Sylvain, eux, ont choisi.
L’amitié a parfois le goût du sang : désormais le pire de leur cauchemar a un nom… La Bête.

La critique Nelfesque: Adepte de thrillers "à la Grangé", voici quelques temps que je croisais le nom de Franck Thilliez. Je lisais partout de bons avis sur ses romans et les "Attention Mr Grangé, Mr Thilliez frappe à la porte" ont fini de me convaincre... Avec autant d'accroches, difficile de ne pas avoir envie de découvrir cet auteur et c'est avec "La chambre des morts" que j'ai décidé de commencer.

J'ai lu ce roman en 2 jours. Franck Thilliez est un auteur qui se lit très vite. Il sait ménager le suspense, tenir le lecteur en haleine et les pages se tournent sans que l'on s'en rende vraiment compte. C'est là le point fort de Thilliez. Je suis actuellement en train de lire un autre roman de lui donc on verra si je transforme l'essai.

Pour en revenir à "La chambre des morts", bien qu'ayant lu que ce n'était pas le meilleur Thilliez, j'ai bien accroché (ce qui est plutôt prometteur pour la suite!). Plus particulièrement, c'est les rapports entre les deux amis d'enfance, Sylvain et Vigo, qui m'ont plu. Ces deux derniers trouvent une valise pleine d'argent. Ils décident de la garder et, par ce fait, leur vie va basculer. D'où vient cet argent? A quoi était-il destiné? Que vont-ils en faire? Autant de questions auxquelles les deux personnages n'ont pas les mêmes réponses. Leur rapport à l'argent est différent, leurs vies sont différentes (l'un est "vieux garçon", l'autre a une femme et un bébé) et au final leur sentiment de culpabilité va aller du néant pour l'un à l'obsession pour l'autre. Cet argent, ils en ont besoin et ça va les rendre fous, changer leurs rapports et leurs vies. Ils vont commettre des actes irréparables et rien ne sera plus comme avant. Leur amitié elle-même en souffrira de façon irréversible.

A côté de l'histoire de ces deux amis, nous suivons celle d'une Bête dont nous ignorons l'identité. Nous visitons sa maison, ses sous-sols étranges, faisons la connaissance de ses victimes... L'auteur y va franchement dans les détails sanglants et c'est avec répulsion et fascination que le lecteur retrouve cet individu sanguinaire et fétichiste. Que se cache-t-il sous cette apparence répugnante? Que justifient de tels actes? La réponse de Thilliez est originale et j'ai été surprise par sa façon d'amener les choses. Bon point!

Un bon thriller pour ceux qui aiment le suspense et qui ne tordent pas trop le nez à la vue du sang. Mieux vaut être prévenu, avec "La chambre des morts", le lecteur se retrouve du côté obscure de la force...

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mardi 25 janvier 2011

"CosmoZ" de Claro

9782742793198L'histoire: Ils sont nés en 1900, non dans ce monde mais dans l'imagionaire d'un écrivain, simples personnages d'un roman tout entier voué à la fantaisie: Le Magicien d'Oz. Mais déjà le siècle les convoque, déjà les voilà lâchés dans une réalité qui flirte avec l'apocalypse, exhibés autant que menacés, indésirables orphelins en quête d'un paradis perdu.

Séparément, puis ensemble, Dorothy, jeune femme un peu naïve, Nick Chopper, un mutilé de 14-18, et Oscar Crow, son alter ego sans mémoire, ainsi qu'Elfeba, une aviatrice qui rêve d'écrire dans le ciel et Avram et Eizik, deux nains recherchés par le FBI, vont errer de par l'Europe et les États-Unis jusqu'au bout de l'arc-en-ciel des possibles - l'Histoire les veut freaks, les sait autres, et les nouvelles politiques du pire se liguent pour leur interdire l'accès à la condition humaine.

Réclamés tour à tour par la guerre, les cirques, les asiles et les camps, manipulés par toutes sortes de charlatans, Dorothy et ses compagnons n'auront de cesse de guetter des signes de cet Oz mythique qui les a vus naître, dans l'espoir à la fois fou et saugrenu de devenir, enfin, ce qu'ils sont. Le monde est-il en train de commencer ou de finir? La tornade qui se prépare va-t-elle les sauver ou les détruire?

La critique de Mr K: Et bien, il m'aura donné du fil à retordre ce livre: 15 bons jours pour en venir à bout. Cadeau de Noël de ma chère belle doche, c'est un livre qui se mérite, un livre éprouvant et désarçonnant mais une belle expérience finalement.

Il s'agit d'une variation autour du Magicien d'Oz, équivalent pour les jeunes pousses américaines de nos contes de Perrault: un classique. Claro, auteur, traducteur et blogueur s'amuse ici à détourner l'histoire originelle et à malmener les personnages principaux que sont Dorothy, l'épouvantail, l'homme de fer et le lion. Pour les puristes, rassurez-vous, on retrouve aussi les sorcières de l'est et de l'ouest et le fameux magicien-usurpateur mais aussi la tornade, la ferme du Kansas et la fameuse route de briques jaunes. Il transpose cet univers onyrique dans la brutalité et la violence du XXème siècle, le choc est sidérant et mélancolique à la fois. Ca fait mal et ca fait du bien!

Au début, je me suis dit que j'étais en terrain connu. J'ai vite été déconcerté... Aujourd'hui, une semaine après la fin de la lecture, je n'ai toujours pas tout compris! CosmoZ est d'une lecture complexe car l'auteur passe allègrement du réel à l'imaginaire, du personnage originel à la variation de Claro, on se retrouve même parfois en face de Baum l'auteur du Magicien d'Oz lui-même. Bref, c'est complètement branque et c'est dur à suivre... Difficile dans ces conditions de pouvoir fournir un avis solide même si par définition une critique est subjective donc le reflet d'une personnalité et de ses goûts. Sachez simplement que l'écriture est une merveille d'originalité et d'imagerie nouvelle, forçant le lecteur lambda à la relecture et à une phase de digestion. Oui, je sais, ça fait peur dit ainsi mais CosmoZ fait partie de ces livres qu'il faut mâcher et remâcher pour espérer dénouer les fils de son intrigue et la portée de son histoire.

Un bon livre donc pour public averti tant il s'apparente à un marathon de la lecture. On en ressort cependant heureux quoiqu'harassé, avec le sentiment d'avoir monté l'Everest de littérature SF, Vélum d'Hal Duncan à côté c'est rien! Livre pour les amateurs uniquement...

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samedi 22 janvier 2011

"Le Livre des Choses Perdues" de John Connolly

connollyL'histoire: Il était une fois - car c'est ainsi que toutes les histoires devraient débuter - un garçon de 12 ans qui venait de perdre sa maman. Inconsolable, David a trouvé refuge dans les livres pour oublier le remariage de son père et la naissance de Georgie, son demi-frère.
Une nuit, persuadé d'entendre sa mère l'appeler, David découvre un passage caché au fond du jardin. Il le franchit et se retrouve propulsé dans un monde fantastique, peuplé de personnages issus de ses lectures et de son imaginaire.
Alors que la Seconde Guerre mondiale déferle sur l'Europe, David entame un périple à la recherche d'un vieux roi qui conserve ses secrets dans Le Livre des choses perdues, sésame qui permettrait au jeune garçon de quitter ce royaume. Mais le conseiller du souverain a pour lui d'autres desseins...

La critique Nelfesque: Lecture coup de coeur! J'avais lu beaucoup de bien de ce "Livre des choses perdues" et je suis maintenant en mesure de dire que ces éloges étaient fondés.

Ce roman mêle pas mal de sentiments, on passe par toutes les phases. J'ai eu la larme à l'oeil, j'ai eu peur... On s'attache très rapidement au petit David qui vient de perdre sa maman et qui voit son quotidien bouleversé tout d'abord par cette épreuve douloureuse puis par son passage dans un monde parrallèle.

Les aventures qui vont lui arriver dans ce monde sont tout sauf merveilleuses. Il va croiser la route de créatures mi-loups mi-hommes, de femmes-biches, d'une chasserresse sanguinaire... Quand je dis que j'ai eu peur, j'ai eu vraiment peur (et pourtant je ne suis pas une gamine de 10 ans) alors quand je lis que cette oeuvre est un roman jeunesse, je dis: attention, à ne pas mettre entre toutes les mains! C'est très violent et glauque pour un petit bout de chou. Les actes sanglants ne sont pas édulcorés et on peut ressentir l'appréhension du jeune héros.

Mais il n'y a pas que des passages effrayants dans "Le livre des choses perdues", il y a aussi des passages très drôles notamment quand John Connolly s'appuie sur des contes revisités tels que "Blanche neige et les sept nains". Là où l'enfant trouvera amusant ce passage, l'adulte aura une lecture à un niveau plus politique. Niveau conte, on voit aussi redéfini "Hansel et Gretel", "La belle au bois dormant"...

Je conseille fortement ce livre aux grands enfants et aux adultes pour son côté merveilleux tout en étant "réaliste", pour l'humour et la plume de l'auteur qui sait remanier l'univers des contes fort bien et nous emmène avec lui dans ce monde. On en redemande!

La critique de Mr K:  Un très bon livre. Je l'ai lu suite à l'avis fort enthousiaste de Nelfe. Il est classé dans le style littérature jeunesse mais après lecture ce n'est pas le genre d'ouvrage que je refilerai à mes gamins avant un certain âge, le contenu est parfois difficile à appréhender et à supporter pour des esprits encore trop jeunes.

Un jeune garçon à la vie éprouvante va trouver un passage vers un autre monde où il va connaître de multiples aventures. Le parcours initiatique du jeune David n'est qu'un prétexte pour l'auteur qui dans ce livre s'adonne au détournement systématique et mordant des contes de fée: Blanche neige est une horrible matrone et les sept nains des ouvriers exploités adeptes de Marx, la chasseresse est un sérialkiller digne héritière du Dr Mengelheim, le preux chevalier est homosexuel et ne se bat pas pour toutes les causes nobles qui viennent à lui... On rit beaucoup mais le frisson est aussi au RDV! On sent d'ailleurs ici le goût prononcé de l'auteur pour le genre thriller qui lui est plus habituel: ça saigne en abondance avec moultes détails. Sympa quand on a l'âge requis, cette lecture pourrait se révéler traumatisante pour les plus petits. Certes les originaux de Perrault sont saignants et il est important de ne pas sur-protéger nos chers têtes blondes mais là, on est parfois dans l'étalage de barbaque.

Le final bien qu'attendu est réussi et ressemble un peu dans l'esprit à la fin du film Le labyrinthe de Pan. Aventure vécue? Délire de l'inconscient? Chacun se fera sa propre idée. Une lecture que je vous conseille fortement.

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mercredi 19 janvier 2011

"Evadés de l'Enfer!" d'Hal Duncan

duncanL'histoire: Eli est un clochard, brisé, au bout du rouleau, Belle une prostituée qui cherche à fuir son mac. Matthew est un jeune homosexuel, Seven un tueur à gages sans pitié. Ils ne se connaissent pas mais se retrouvent ensemble sur le même bateau... en partance pour l'Enfer. Un Enfer un peu particulier, qui pourrait être New York mais n'en est qu'une copie... franchement décalée. Tous quatre, armés de leurs seuls soucis et accompagnés par un étrange personnage, n'ont plus alors qu'une idée en tête : trouver un moyen de s'évader.

La critique Nelfesque: Mr K adore Hal Duncan et "Le livre de toutes les heures" avec notamment"Velum". De mon côté, je n'avais jamais lu de roman de cet auteur et c'est avec "Evadés de l'Enfer!" que j'ai fait le grand saut.

La première chose qui vient en tête c'est: "ça décoiffe!!!". Le rythme est endiablé (ha ha que je suis drôle), on ne s'ennuie pas une seconde, il se passe des choses à toutes les pages et on a fini le livre sans s'en rendre compte tant il n'y a pas de temps morts. Si on donnait l'adaptation à faire à un bon réalisateur, je suis sûre que ça ferait un très bon film d'action.

Oui mais voilà, c'est violent, c'est vulgaire, c'est crade, c'est gore, ça pue, c'est glauque. Ca tombe bien, nous sommes en enfer, et niveau descriptif, Hal Duncan n'y a pas été avec le dos de la cuillère. Pas de doute possible, on est bien dans un monde de pourris, où les "récemment décédés" passent de la surprise et de l'effarement à la colaboration. Ici la règle est simple, les morts arrivent par bateau, ils ne s'attendent pas à ce qui va leur arriver, ils ne savent même pas qu'ils sont en enfer (à peine, qu'ils sont morts) et après un petit passage à la case dépouillement, humiliation, viol et passage à tabac, ils atterrissent dans ce qui doit faire désormais leur quotidien: la représentation de leur "péché". Eli, ancien clochard, se retrouve à errer parmis les Oubliés; Belle, ancienne prostituée, se réveille dans un hôtel de passe où tous les hommes du coin viennent se vider 24h/24; Matthew, homosexuel, doit être guerri de sa "maladie" à l'hôpital et Seven, ex tueur à gages, est condamné à se faire tabasser sans discontinuer pendant l'éternité. Rajoutez à celà la TV qui hurle des infos live non stop afin d'exciter les troupes... De quoi devenir dingue! Seul susucre: si ils sont dociles et conciliants, ils pourront monter en grade et faire parti des tortionnaires. Sinon, pas d'autres choix que de s'évader pour tenter de gagner le Paradis.

L'évasion, c'est le choix que vont faire les 4 protagonistes de cette histoire et à partir de là des litres de sang vont être déversés, des boyaux vont défiler au mètre, des obtacles répugnants vont se dresser sur leur route. Trouveront-ils la sortie? Avec qui devront-ils pactiser? Par qui se feront-ils duper? Belzébuth? L'ange Gabriel? Si vous êtes catholiques, accrochez-vous à vos baskets car certaines visions du Bien et du Mal et de qui fait quoi peuvent s'avérer difficile à avaler... Mais tout comme pour "Le sang du Christ" de Frédéric Mars, il faut prendre "Evadés de l'Enfer!" pour ce qu'il est: un roman. D'autant plus que certaines descriptions bibliques, notamment celle des limbes ou encore du passage du Styx, sont très justes et superbement rendues sous la plume d'Hal Duncan... Ce roman est donc dérangeant mais en même temps fascinant sous certains aspects.

Au final, je vous conseille cette lecture mais soyez avertis, on est loin des bisounours et des simples flammes de l'enfer...

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lundi 10 janvier 2011

"La onzième plaie" d'Aurélien Molas

55075563L'histoire: Ils sont tombés sur quelque chose qui les dépasse. Qu'ils n'auraient pas dû découvrir...

Dans un Paris survolté, où la violence éclate à chaque carrefour, des équipes de flics sans attaches, en proie à leurs propres démons, s'engagent avec l'énergie du désespoir dans une croisade sans merci.

La critique de Mr K: Il s'agit ici du premier livre d'un tout jeune auteur français et l'accroche éditoriale a le mérite d'être intrigante... la méthode Grangé a fait ses preuves! Ca tombe bien, j'aime bien Grangé et c'est le genre de lecture-divertissement que j'affectionne tout particulièrement...

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, ce livre n'a vraiment rien d'exceptionnel, il est très moyen. L'histoire est bateau et déjà lue, ici on traque un réseau pédophile particulièrement étendu et pervers (meurtres systématiques des pauvres petites victimes). À ce propos le titre fait référence aux plaies qui ont frappé l'Égypte, j'imagine que la onzième est ce crime contre-nature... L'enquête est haletante dans le sens où les chapitres sont extrêmement courts (à la Grangé) mais franchement il ne se passe pas grand chose, 4 péripéties à tout casser et franchement ça ressemble à du polar de seconde zone (des portes ouvertes comme s'il en pleuvait... ça doit faire mal!). Quant au climat chaotique évoqué dans le résumé, il n'a aucune réelle incidence sur le déroulement de l'investigation et se révèle anecdotique (là encore, on tombe dans la caricature).

La quatrième de couverture nous promettait des personnages livrés à leurs démons... On suit trois destins de flics dans des chapitres séparés (mais liés). L'idée est certes intéressante mais le résultat l'est moins. L'auteur empile les clichés, en rajoute dans la noirceur et le glauque (il paraît que ça fait vendre...) et au bout d'un moment, on passe plus de temps à suivre leurs états d'âme que l'enquête... un comble quand il s'agit d'enquêter sur des crimes particulièrement atroces! C'est vrai, travailler dans une unité spécialisée dans la lutte contre la pédophilie doit laisser des séquelles et abimer l'âme mais ce n'est pas crédible de laisser de telles épaves bosser pour la police ou alors il y a de quoi flipper!

Le gros point noir surtout, c'est que j'ai deviné la fin au bout de 40 pages! Bah ouais, faut croire que je pratique trop ce genre de littérature ou que l'auteur a raté son soufflé. Toujours est-il que je déteste trouver la solution avant la toute fin et qu'ici c'est tombé à l'eau très vite. Dommage... Vous l'avez compris, ce livre n'est pas une catastrophe mais pas non plus un bon livre. Un polar de seconde zone qui a fleuri parmi d'autres sur les étagères de nos chers revendeurs...

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dimanche 2 janvier 2011

"Vous plaisantez, monsieur Tanner" de Jean-Paul Dubois

tannerL'histoire: Avant d'hériter de la maison familiale, Paul Tanner menait une existence paisible. Mais depuis qu'il a décidé de la restaurer, rien ne va plus ! Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous, tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible. Chronique d'un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains : le récit véridique d'un chantier infernal, coloré d'une bonne dose d'humour...noir !

La critique de Mr K:  Ce livre fait partie d'un lot que ma mère m'a cédé lors du grand tri de leur bibliothèque. Encore un livre dévoré en quelques heures, encore un petit bijou! Que c'est bon de lire de bons opus! Dans cet ouvrage, l'auteur est aux prises avec une série de personnages hauts en couleur allant du rocambolesque aux pires crapules que l'univers ait porté! Page 173-174: [...]les innombrables portraits que j'avais le don de collectionner, et qui, présentés en enfilade, formaient la plus intrigante exposition d'originaux et d'hurluberlus que l'on puisse imaginer.

Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous n'êtes pas sans savoir que nous aussi nous avons été confronté à des individus sans scrupules et notamment, dernièrement à un chauffagiste peu scrupuleux de son travail. Vous faites un condensé de tous les défauts de chacun des artisans déviants de ce livre et vous obtenez notre bon Mr H qui nous a laissé sans chauffage pendant six mois! On sent le vécu par l'auteur et ce qui m'a plu c'est que ses mésaventures ont trouvé un écho en moi par rapport à ce que nous avions pu vivre de notre côté. Petit exemple pris à la page 126: Inutile de dire qu'il n'y eut pas de Simko le lundi à huit heures. Ni d'ailleurs le mardi, encore moins le mercredi. Adrien Simkolochuski appartenait à cette race d'artisans pour qui toute journée passée est une jornée de gagnée. Il vivait avec une sorte d'effaceur dans la tête. Sitôt qu'il avait raccroché, qu'il n'entendait pas votre voix, vous n'existiez plus. Jusqu'à ce que vous le coinciez à nouveau et l'acculiez à formuler d'inconfortables et ridicules mensonges, il se considérait en règle avec lui-même et aussi avec son agenda. Menant plusieurs chantiers de front, payant le matériel de l'un avec les avances de l'autre pendant qu'il travaillait chez un troisième, Simko avait une existence de fildefériste, d'équilibriste sans cesse au bord de la chute.

Les autres personnages sont à l'avenant: deux couvreurs-duétistes incompétents voir délinquants, un chauffagiste dépressif au travail bâclé et lent, un électricien moscovite illuminé pratiquant des messes catholiques en russe dans toutes les pièces où il doit intervenir, un peintre en bâtiment détestant son travail (artiste d'art contemporain non reconnu!)... bref toute une brochette de bras cassés qui puisent abondamment dans les fonds du narrateur et lui causent bien du tracas. Rassurez-vous, ce gigantesque chantier va lui permettre de faire de belles rencontres notamment avec Khaled, jointeur de son état, philosophe de chantier à ses heures perdues.

C'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai lu ce livre. Ecriture abordable, chapitres très courts (3 à 4 pages maximum) et une histoire racontée à travers des portraits au vitriol. L'humour est corrosif, tranchant comme je l'apprécie et l'on a le sourire aux lèvres pendant toute la lecture. On rit beaucoup mais avant tout on rit jaune, on baigne dans l'humour noir tant le narrateur-héros subit de contrariétés et de catastrophes. Un très bon livre à découvrir!

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mardi 28 décembre 2010

"Paranoid Park" de Blake Nelson

paranoidL'histoire: Bon, c'était la dernière semaine de l'été et on se trouvait dans le centre-ville quand Jared a suggéré qu'on fasse un tour à Paranoid Park, histoire de voir. Sur le coup, je n'ai rien dit. J'avais entendu parler de Paranoid, bien sûr, mais je n'avais jamais songé à y aller. Je me disais que ce n'était pas à ma portée. Mais lorsque j'ai fini par répondre que je ne pensais pas être prêt pour ça, Jared s'est marré et a répliqué un truc du style: "Personne n'est jamais prêt pour Paranoid Park". Et c'est là que tout a commencé.

B.N.

La critique de Mr K: Je poste cet avis suite au partenariat que nous avons obtenu auprès de B.O.B. Ce livre est constitué de plusieurs lettres adressées à une inconnue (la destinataire sera connue à la toute fin) par le héros, jeune skater américain de 17 ans qui tue accidentellement un agent de sécurité. Un cadavre, pas de témoin. Il va devoir affronter ses démons entre désir d'oubli et culpabilité qui ressurgit régulièrement.

Avec ce petit livre de 187 pages, Blake Nelson nous offre un portrait saisissant des affres de l'adolescence. Son style concis et efficace dresse sans fioritures les états d'âme changeants d'un jeune homme en chute libre. Ses parents sont au bord du divorce, il commence à s'intéresser aux filles sans vraiment les comprendre, puis le drame suscité se produit et sonne la fin des repères pour ce jeune américain lambda. Tout autour de lui gravitent des personnages qui sentent bien qu'il commence à glisser mais le héros s'enferme dans sa carapace et il a de plus en plus de mal à se sortir de son désarroi.

J'ai lu cet ouvrage très rapidement. On est vite pris par l'histoire et l'écriture de Nelson est très évocatrice. Le souci, et il est majeur, c'est la petite citation inscrite au début de ce roman: «Jeune homme, reprit-il en se redressant, je crois lire de l'affliction sur votre visage», Fiodor Dostoïevski, Crime et châtiment. J'avais adoré ce roman russe quand je l'ai lu et malheureusement, inconsciemment pendant la lecture de Paranoid Park, je n'ai pu faire autrement que de comparer et franchement, il n'y a pas photo. Certes, l'histoire est menée avec délicatesse et réalisme dans le livre de Nelson mais cela reste pauvre par rapport à la maestria de Dostoïevski. Le personnage du bourreau devenu victime de ses remords est beaucoup plus poussé et plus marquant.

Malgré ce reproche, Paranoïd Park reste une lecture intéressante que je recommande même si, finalement, il n'y a rien de véritablement nouveau dans le contenu, beaucoup de livres traitants du même sujet. Il ne me reste plus qu'à regarder l'adaptation de Gus Van Sant.

La critique Nelfesque: J'ai lu "Paranoid Park" à la suite de Mr K. Petit livre, il fut vite avalé. Effectivement il n'est pas très original mais on se prend d'affection pour le personnage principal de ce roman qui a tout d'un ado ordinaire mais qui voit sa vie bousculée par une "erreur de parcours". On se retrouve presque en lui, ayant toujours en tête l'insouciance et les préoccupations de notre adolescence: s'amuser, draguer, le lycée et les copains.

Le héros est un fana de skate et sa passion le perdra. Un soir comme un autre, il va faire un tour de trop à "Paranoid Park" et ce qui jusque là pouvait s'assimiler à une soirée ordinaire va vite tourner à la catastrophe. S'ensuivent de longues nuits blanches où la culpabilité et les analyses de la soirée tournent dans la tête du jeune homme. Comment bascule-t-il de la banalité de la vie lycéenne à la délinquance? Est-il vraiment délinquant? Comment effacer définitivement cette soirée de sa mémoire?

On suit ce jeune garçon dans la tourmente et le doute, on se demande comment il va pouvoir se sortir de ce mauvais pas et qu'elle fin aura ce cauchemar. Un roman qui se lit très bien et respecte l'univers adolescent sans tomber dans la caricature. Je vous le conseille.

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lundi 27 décembre 2010

"Sous les vents de Neptune" de Fred Vargas

Sous_les_vents_de_NeptuneL'histoire: Une jeune fille assassinée par trois coups de poinçon, un ivrogne qui ne se souvient de rien mais que tout accuse... Pour le commissaire Adamsberg, il n'y a aucun doute: le passé refet surface. Le tueur au trident est de retour. Celui-là même qui avait poignardé la fiancée de Raphaël, le frère du commissaire, des années plus tôt dans leur contrée natale des Pyrénées. Seul hic: l'homme est mort depuis vingt ans...

Se pourrait-il qu'Adamsberg, cet homme rêveur et sensible, coure après un fantôme et perde la raison?

La critique de Mr K: Cette lecture constitue ma deuxième incursion dans l'univers de cet auteur. J'avais particulièrement apprécié cette première expérience entre suspens et humour. Je n'avais qu'entraperçu le héros récurrent de Vargas, le commissaire Adamsberg et vu ce qu'on en dit dans la blogosphère, il me tardait d'être confronté à nouveau à ce personnage pour pouvoir mieux le jauger et le découvrir davantage.

L'histoire fait la part belle au commissaire Adamsberg qui voit ressurgir du passé le monstre qu'il avait poursuivi pendant plus de dix ans lors de ses débuts. C'est l'occasion d'en savoir un peu plus sur ce héros hors du commun et notamment sur ce frère qu'il a perdu: mort, disparu, en fuite? La réponse est dans ce livre. Adamsberg est vraiment unique en son genre: flegmatique parfois jusqu'à l'extrême, doté d'un sens de l'observation aigü, il a des intuitions qui lui permettent d'avoir toujours un coup d'avance. J'ai éprouvé une grande sympathie à son endroit, derrière le commissaire à la carrière exemplaire (quoiqu'ici légèrement menacée!), on découvre au détour de certains paragraphes quelques éléments de fragilité, de faiblesse: sa rupture non digérée avec Camille, ses rapports ambigus avec Danglard son adjoint précieux et ultra-cultivé (cette relation m'a régalé pendant toute ma lecture, confiance ou méfiance?), ses regrets vis-à-vis de son frère... Profondément humain, Adamsberg m'a touché et épaté vu qu'il réussit des prouesses.

La majeure partie du récit se déroule au Canada. En effet, Adamsberg et une partie de ses agents doivent y effectuer un stage sur les nouvelles techniques d'investigation (relevés et traitement de l'ADN, nouvelles technologies de recherches...). J'ai bien aimé ce petit voyage qui m'a rappelé celui que j'avais fait en 2005 quand j'étais allé à Montréal et Québec voir des amis. On retrouve l'ambiance et la beauté des paysages (passage de la visite d'Adamsberg près d'un lac). Dépaysement donc pour le lecteur mais aussi pour le héros qui va vaciller en plein milieu de l'histoire. Parmi les stagiaires, j'ai particulièrement apprécié Retancourt, femme imposante et grassouillette qui semble ne pas apprécier des masses son commissaire. Elle a un rôle clef dans cette histoire et se révèle aussi inventive que vive (le contraire d'Adamsberg). Les seconds rôles sont tout aussi intéressants comme Danglard dont j'ai déjà parlé et les membres formateurs canadiens qui encadrent les français fraîchement débarqués du vieux monde (rancunes contre les français, incompréhensions, amitiés naissantes, soupçons...).

Un livre que j'ai personnellement dévoré. Le style de l'auteur fait merveille une fois de plus. Le parlé québecois est très bien retranscrit et l'on sourit beaucoup à la lecture de cet opus. Vargas ne nous épargne pas pour autant avec une deuxième partie particulièrement haletante dont la conclusion laisse à penser que tout n'est pas encore réglé. Un bon pollar et un personnage principal qui donne envie de creuser davantage dans la bibliographie de Vargas. À lire!

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samedi 18 décembre 2010

"La Vouivre" de Marcel Aymé

untitledL'histoire: Derrière la vipère apparut une fille jeune, d'un corps robuste, d'une démarche fière. Vêtue d'une robe de lin blanc arrêtée au bas du genou, elle allait pieds nus et bras nus, la taille cambrée, à grands pas. Son profil bronzé avait un relief et une beauté un peu mâles. Sur ses cheveux très noirs relevés en couronne, était posée une double torsade en argent, figurant un mince serpent dont la tête, dressée, tenait en sa mâchoire une grosse pierre ovale, d'un rouge limpide. D'après les portraits qu'on lui avait tracés et qu'il avait crus jusqu'alors de fantaisie, Arsène reconnut la Vouivre.

La critique de Mr K: Ce livre trainait depuis un certain temps dans ma PAL. Je ne sais pas pourquoi mon coeur ne balançait pas vers lui alors qu'étant plus jeune j'avais adoré Les contes du chat perché dont mes parents m'avait conseillé la lecture. J'ai retrouvé le même plaisir de lecture avec La Vouivre que j'ai lu en trois séances intensives!

Ce conte (et oui!), c'est avant tout la rencontre lors du premier chapitre entre Arsène simple paysan et la Vouivre être pluri-millénaire, haute figure du folklore jurassien. C'est l'histoire d'une fascination, d'une attirance mais aussi par moment d'une répulsion. Drôles de rapports en tout cas entre les deux personnages principaux de l'ouvrage qui sont à l'opposé l'un de l'autre: le mortel et l'immortelle, le frustre et l'être évolué omniscient, le colérique et la douceur... Autant d'éléments de contraste qui brouillent les pistes et empêchent le lecteur de se sentir entraîner dans une histoire déjà lue.

Ce livre est aussi une magnifique étude sociologique sur le monde paysan au début du XXème siècle, le côté chiant en moins! À côté de l'intrigue principale (à savoir la présence de la Vouivre dans les parages), se superpose l'opposition qui existe entre deux familles d'agriculteurs . Voisins depuis des générations, ils sont en bisbilles pour des broutilles et se tirent dans les pattes à longueur de temps: injures, petits pièges, actes de vengeance mesquins... Le frère d'Arsène marchant dans son ombre pour ne pas avoir à l'affronter, le curé de bon conseil, Juliette la fille de la famille rivale de son aimé, l'homme à tout faire de la métairie qui se fait vieux et à qui on va offrir son logis en une nuit (passage très intéressant)... autant de destins qui s'entremèlent, donnent du corps à l'intrigue et nous offrent une vision réaliste et vivante d'un petit village de jadis. Quant à la fin, elle ne cède pas à la facilité et se révèle implacable.

L'écriture de Marcel Aymé reste toujours aussi moderne et agréable à lire: jamais de lourdeurs, des descriptions qui vont à l'essentiel et un sens de la narration hors-pair. Difficile dans ses conditions de lâcher le volume avant d'en avoir parcouru la dernière ligne. Un classique dont j'encourage fortement la lecture.

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