mercredi 22 septembre 2010

"Le secret du bayou" de John Biguenet

bayouL'histoire: 1957, côte de Louisiane.
Dans le monde impitoyable des pêcheurs d'huîtres à la drague en haute mer, une flamboyante saga familiale tissée de haine, de violence, d'amour et de souffrance, aussi inexorable qu'une tragédie grecque.

La critique Nelfesque: Mais qu'est ce que c'est que ce résumé? De quoi ça parle exactement ce roman de John Biguenet? C'est vrai qu'on ne peut pas faire plus vague comme quatrième de couverture... J'avais fortement envie de lire ce livre après en avoir lu le plus grand bien sur la blogosphère littéraire. J'étais dans le flou, j'ai tenté ma chance et j'ai bien fait!

L'histoire tourne autour de deux familles: les Petitjean et les Bruneau. Entre les deux, une haine ancestrale et un drame qui va raviver ce sentiment enfoui. Quels secrets portent ces deux familles? Nous l'apprendrons au fil de notre lecture. "Le secret du bayou" n'invente rien en soi, l'histoire est banale, les ficelles sont connues mais l'ensemble est tellement bien maitrisé que l'on oublie que l'on a déjà lu ce genre de récit. On se prend au jeu, on s'attache aux personnages.

Therese, la fille des Petitjean, est le personnage central du roman, celle par qui tout va se réveler. Elle provoque le destin, elle incite aux confidences, elle démèle les fils d'une rancoeur passée. D'un caractère fort, elle tranche avec la gente féminine des années 50 et d'autant plus avec les femmes de pêcheurs d'huîtres de sa région. Elle ne veut pas vivre la vie d'une femme au foyer qui recoud les filets, elle veut pêcher avec les hommes, dès l'aube, sur les bateaux et mener sa vie comme bon lui semble. On s'attache à cette jeune fille au caractère bien trempé, tellement moderne pour l'époque et en même temps si attachée à certaines valeurs que sont la famille, la loyauté, le respect.

Ce roman me laisse un goût sucré dans la bouche. Je l'ai aimé, j'ai passé un très bon moment avec lui mais je ne peux pas pour autant occulter ses défauts. Le principal est que l'ensemble est très manichéen, les gentils sont très gentils et sont méchamment embêtés par les méchants qui sont très très méchants. Bien entendu dans les méchants, il y a un gentil. Forcément celui-ci on l'aime bien, on y tient. Et la gentille a les mêmes sentiments que nous... Bref vous imaginez facilement la suite. Alors oui, c'est facile, non ce n'est pas très original, mais que voulez vous, moi, les sagas familiales à grosses ficelles qui se passent dans un milieu rural difficile, j'aime. Je plaide coupable.

Jusqu'ici vous vous dites que c'est une lecture de nana, que c'est mielleux et dégoulinant? Et bien non! Ah ah! Car il y a un fond beaucoup plus noir, un meurtre qui va faire remonter des secrets enfouis et mettre une touche de suspens dans ce roman. On est alors plongé dans le passé des personnages, dans la jeunesse des anciens, d'où tous les éléments découlent. On a envie de savoir ce qui s'est passé, pourquoi l'histoire en est là et où elle nous mène.

Vous aussi vous êtes dans le flou? Faîtes comme moi, tentez votre chance!

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mardi 21 septembre 2010

"L'os de Dionysos" de Christian Laborde

dionysosL'histoire: Pas de résumé officiel trouvable. On suit sur 158 pages les tribulations et les pensées d'un professeur de français dans un établissement privé.

La critique de Mr K: On ne peut parler de ce livre sans en raconter l'histoire mouvementée et surtout, l'accouchement difficile. Le 12 mars 1987, L'Os de Dionysos a été interdit pour "trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale" par le Tribunal de Grande Instance de Tarbes. Il est donc à ce titre le dernier ouvrage "censuré" en France. Nous sommes alors en pleine période de cohabitation: Chirac est premier ministre de Mitterrand et Pasqua est à l'Intérieur.

Qu'en est-il aujourd'hui en 2010? Le temps a passé et certes ce texte reste marquant mais on a un peu du mal à penser qu'il ait pû faire couler autant d'encre. Autre siècle autres moeurs sans doute... Nous avons devant nous un récit érotico-satirique violent et provocateur nous dit-on au dos du livre. Pour une fois, ce n'est pas simplement un argument commercial avancé pour attirer le chaland. Le héros est un obsédé du cul (comme beaucoup de profs de français diront certains...) et voue littéralement un CULte à Laure sa compagne: un amour charnel, passionnel. Au fil de ses pensées intimes et des quelques "films" qu'il se fait (et il va loin le bougre!), on cerne peu à peu ce personnage aussi hors norme qu'attachant.

Pour faire contrepoids à cet érotisme, il y a tous les chapitres où l'on voit notre héros sur son lieu de travail: un collège privé. Lui, un être si extrême et passionné, baigne dans un milieu conformiste, navigue au milieu d'individus plus mesquins et rigides les uns que les autres. Forcément le contact entre ces deux mondes est explosif et donne lieu à de véritables duels et autres disputes d'anthologie. J'ai particulièrement apprécié ses "échanges" avec la directrice et son jeu du chat et de la souris avec un de ses collègues plus que maniaque sur les horaires de cours. Les élèves eux ne s'ennuient pas...

J'ai beaucoup apprécié cette lecture. On ne reste pas pour le scénario qui n'est qu'un prétexte ou pour la critique sociale soujacente qui a mal vieilli... On reste pour la langue. Tout bonnement somptueuse, Laborde est le digne héritier des surréalistes selon certains. L'écriture est à la fois simple, directe et évocatrice. On plonge instantanément dans les méandres de la psyché du héros et il est très difficile d'en ressortir tant on a l'impression de découvrir une autre façon de s'exprimer. Le caractère séditieux des propos s'efface pour laisser place à une révolution du verbe, fruit d'un écrivain-poète qui ne réiterera jamais ce coup d'éclat.

Petit extrait choisi sur sa vision des profs:

Un prof, c'est lâche. Ca s'arrête pas de lècher. Ca lèche les élèves, ca lèche le dirlo, ca lèche l'inspecteur. Ca a la trouille, au lieu d'avoir le trac. Un prof digne de ce nom devrait avoir tué au moins une fois dans sa vie. Un inspecteur par exemple, le jour de l'inspection. Quand on voit arriver ce malade mental, ce cocu du réel, ce petit flic, cet assassin propre, couvert par la Loi, on devrait sortir son colt Python 357 Magnum. Au lieu de ça, on le reçoit en grande pompe. On a sorti la cravate, la jupette bleu marine, on est passé au nettoyage à sec, on a demandé à Ossi [la directrice] une salle propre, bien éclairée, on a demandé à Bernard Bernardini [surgé] d'empêcher les élèves d'y fumer pendant la récréation...
On le reçoit l'inspecteur, on lui désigne la jolie table qu'on lui a réservée, avec la jolie chaise, on l'a entouré des meilleurs élèves, on lui porte soi-même le cahier de textes de la classe... On est lamentable, larvesque. Au lieu de lui loger une bastos dans les entrailles, on le reçoit, tapis rouge, trouille au cul, et on se chie dessus pendant une heure, devant les élèves! La honte! Un prof, c'est lâche, ça ne tirera jamais sur un inspecteur. L'inspecteur le sait. C'est pour ça qu'il vient...

Un livre à la fois drôle et impressionnant de maestria stylistique que je conseille à tous les amateurs non-puritains de bons mots et de belles formules.

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dimanche 19 septembre 2010

"Thornytorinx" de Camille de Peretti

thornitorinxL'histoire: Depuis toujours, Camille est une princesse.
Elle doit donc avoir de jolies robes (traduisez: faire du shopping), être intelligente (comprenez intégrer une grande école de commerce) et être toujours la plus belle (en d'autres termes être mince). Elle s'attelle consciencieusement à la tâche et, à vingt ans, c'est une élève brillante, élégante, et une véritable brindille de 50 kilos pour 1 mètre 70. Mais lorsque ses études l'éloignent de ses rêves, que son coeur s'enflamme pour un beau ténébreux et que son poids commence à fluctuer, rien ne va plus.
Son recours? Se faire vomir, systématiquement, jusqu'à l'obsession: Camille est devenue une boulimique anorexique. Seulement, les princesses ne sont pas malades, et pour l'ex-petite fille modèle va alors commencer un long et tortueux combat...

La critique Nelfesque: "Thornytorinx" est un livre très court, 152 pages seulement, mais c'est bien assez pour ressentir le mal être de Camille. Cette jeune fille, élève d'une haute école de commerce, a des problèmes psychologiques concernant son poids depuis plusieurs années. Le long de ces 152 pages, on assiste à son premier vomissement, sa première délivrance, sa première purge. On comprend ce qui se passe dans la tête d'une anorexique boulimique et on la comprend.

Ce livre de Camille de Peretti est un roman à consonance autobiographique. Oui, cette très jolie fille, dont la plastique ferait pâlir de jalousie 80% de la gente féminine, s'est trouvée moche, grosse, n'était pas sûre d'elle et a sombré dans la maladie. Elle sait donc bien de quoi elle parle et quand le personnage principal, Camille, nous expose son malaise, cela sonne horriblement vrai.

Dans ce roman, non content d'être mal dans sa peau et d'avoir besoin de se faire vomir pour se sentir bien, Camille oscille entre bien-être et sentiment de honte, honte d'être comme elle est, honte de devoir mentir et de dissimuler ses agissements à ses proches, ses amis, sa famille. Le ton se veut alors agressif et interpelle le lecteur. On se prend alors en pleine face, tels des uppercuts, les pensées de Camille avec des mots durs et crus. Il faut bien appeller un chat un chat quand on veut guérir! Le début du roman donne le ton: "J'ai vomi partout. Partout où j'ai pu. Autant que j'ai pu. N'importe où, n'importe quoi, n'importe quand. J'ai vomi avec mon index et mon majeur agrippés au fond de ma gorge. J'ai vomi à Paris et à Londres, j'ai vomi à Tokyo. J'ai vomi au réveil, sous le soleil et sous la pluie. En plein jour. Je me suis relevée jusque tard dans la nuit pour vomir. J'ai vomi dans les toilettes de la maison de ma mère, dans les toilettes des appartements de mes copines, dans celles de mon école et dans celles des boîtes de nuit. Puis les toilettes elles-mêmes sont devenues obsolètes. Alors j'ai vomi partout. Dans les rues." Mieux vaut donc avoir le coeur bien accroché ou ne pas être une petite nature...

Camille n'aime pas sa vie mais ne fait rien pour arranger les choses. Elle se laisse porter par l'existence, spectatrice de son destin. Elle n'aime pas les chiffres mais fait une haute école de commerce. Elle n'aime pas être enfermée dans un bureau à lire des journaux spécialisés dans les finances mais choisi de faire son stage dans une très grande banque parisienne. On a alors envie de la secouer, de lui mettre des baffes, de lui dire de vivre sa vie, d'arrêter de se prendre pour une princesse qui doit paraître et d'enfin être ce qu'elle veut être! Quand elle ne pèse plus que 39kg, on s'inquiète pour elle. Oui, je me suis inquiétée pour cette fille qui sous certains aspects ressemble à beaucoup de femmes. Jeune, belle, tonique, elle n'a pas le droit à l'erreur, elle se met la pression toute seule. Rajoutez à cela une mère qui toute sa vie a été focalisé sur son poids et vous aurez le cocktail détonnant d'une jeune adulte paumée.

Comment se termine l'histoire? Je vous invite à le découvrir avec ce livre court mais intense. Au final ce n'est pas de la pitié que l'on ressent pour Camille mais une très grande empathie. Les bien-pensants adeptes du "quand on veut, on peut" ne s'en remettront pas.

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jeudi 16 septembre 2010

"Le dernier testament" de Philip Le Roy

testamentL'histoire: Judée, en 70 après J.-C. : Yehoshua Ben Yossef enterre son testament.

Fairbanks, de nos jours : une équipe de scientifiques, travaillant sur le mystérieux projet Lazare, est massacrée dans un laboratoire clandestin de recherche clinique. Parmi les victimes, deux prix Nobel de médecine, un agent du FBI et un cobaye humain dont l'autopsie révèle qu'il était déjà mort. Bientôt des créatures monstrueuses rôdent par moins quarante autour de la ville... Le FBI rappelle alors Nathan Love, crack du profiling rompu aux arts martiaux et adepte du zen, qui vit reclus depuis le meurtre de sa femme. Faisant équipe avec une Esquimaude, Nathan va enquêter sur une série de meurtres de plus en plus violents de l'Alaska à la Californie, de l'Europe aux Philippines et des plus hautes officines secrètes du pouvoir américain jusqu'au Vatican... pour lever le voile sur l'un des secrets les mieux gardés de l'humanité

La critique de Mr K: Avis mitigé encore une fois sur un livre trouvé chez Emaüs et qui avait attiré mon regard avec l'inscription en bas de couverture: Grand prix de la littérature policière 2005. Le résumé me plaisait bien, j'ai donc embarqué ce livre avec quelques autres histoire de me faire mon idée.

Je l'ai lu très rapidement en à peu près trois jours. C'est son point fort, l'écriture est souple, agréable et dans l'ensemble on a plaisir à parcourir le style de cet auteur français exilé aux USA (Ca m'a rappelé le CV de Chattam). On navigue en plein mystère et plus on avance au départ, plus tout semble s'obscurcir. On nage en pleine théorie du couplot et on ressent le sentiment de paranoïa qui peu à peu s'installe chez les personnages. Franchement jusqu'à la 400ème page ca se tient, malgré des défauts un peu rébarbatifs.

Parlons-en des défauts! Le héros, horripilant à souhait lors de ses phases zens! Beaucoup de bla-bla à la limite du compréhensible qui au bout d'un moment donne envie de lui mettre un pruneau dans le derrière pour voir comment il réagirait. C'est too much et ca en devient ridicule à la moitié du livre. Heureusement, l'auteur se calme sur ce point par la suite mais par moment je riais à la lecture de ces portes ouvertes et autres propos mystico-zen. Ca vaut pas un Confuccius ou un Lao Tseu! Les personnages sont nombreux mais souvent caricaturaux, on frôle du coup souvent l'humour involontaire ce qui est toujours dommage quand on lit un thriller censé filer la frousse et maintenir le suspens (à priori l'auteur n'avait pas vocation à écrire un livre marrant!). Les méchants sont vraiment méchants et les gentils vraiment gentils. Pour un français exilé, il s'est drôlement vite adapté à la morale cucul américaine. Dommage...

Dommage aussi et surtout pour la fin (que je ne revèlerai pas ici). Elle tire vers le Dan Brown du Da Vinci code version grand guignolesque! Non que je sois un fan absolu de Brown mais lui au moins essayait d'étayer son histoire avec un minimum d'apport historique crédible (j'ai bien dit un minimum!). Ici le dénouement est révélé en une page, limite bâclé et franchement invraisemblable. Pour vous dire, elle plaira à tous ceux qui pensent que l'homme n'a jamais posé le pied sur la lune ou que les attentats du World Trade Center ne sont qu'une énorme supercherie montée de toute pièce par les néoconservateurs américains.

Cette lecture s'est donc révélée décevante et je ne comprends toujours pas comment on a pu lui décerner un prix (à priori le jury est constitué de personnes sérieuses). Certes c'est distrayant mais on est loin de Connelly, Daeninckx et autres maîtres du policier. À chacun de voir s'il veut tenter l'expérience...

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vendredi 10 septembre 2010

"Les âmes grises" de Philippe Claudel

philippe_claudel_les_ames_grisesL'histoire: Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s'étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour-là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu'ils soufflaient l'air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s'effilocher. On n'entendait rien. Même les canons semblaient avoir gelé.
"C'est peut être enfin la paix... hasarda Grosspeil"
- La paix mon os!" lui lança son collègue qui rabattit la laine trempée sur le corps de la fillette.

La critique Nelfesque: Wahou! Quelle lecture! Je ne connaissais Philippe Claudel que de nom, sans avoir jamais lu un seul de ses livres. Que de temps perdu me dis-je après avoir refermé celui-ci.

Une écriture simple mais tellement belle, tout en finesse et en poésie. Des phrases courtes, visant le coeur du lecture. Je ne suis pas une sentimentale et ce livre m'a mis les larmes aux yeux. Bravo pour l'exploit! J'ai lu les 10 dernières lignes en les vivant et la dernière m'a achevée. Autant vous prévenir qu'il vaut mieux être en forme pour lire ce livre. Si vous vous sentez déprimés ou si vous êtes dépressifs, remettez le à plus tard. Il en va de votre santé mentale!

Le narrateur est le policier chargé de l'Affaire, celle du meurtre de la fille cadette du propriétaire du restaurant du village. L'histoire se passe en pleine Première Guerre Mondiale, à quelques kilomètres du front. Qui a tué Belle? Voici le fond de l'histoire. Toutefois ce meurtre est "prétexte" à dépeindre une ambiance, une époque, celle d'une période difficile de l'Histoire, à présenter des personnages tous plus touchants les uns que les autres, du Procureur qui a perdu sa femme il y a plusieurs dizaines d'années, à l'institutrice, étrangère au village mais qui est tellement aimée ici, en passant par l'idiot du village qui a une tendresse particulière pour cette dernière. Le narrateur, qui tient à bout de bras la trame de l'histoire, n'est pas en reste avec un vécu touchant et un "combat ordinaire" des plus poignants. Avec lui, nous abordons les questions de la mort, de l'honnêteté, de la souffrance, de l'illusion, de l'injustice, de tout ce qui fait la vie de chacun, avec pudeur et simplicité. Des réflexions d'une telle évidence que nous ne pouvons qu'adhérer et nous interroger sur le sens même de notre vie.

Au final savoir qui a tué Belle passe au second plan et quand la révélation arrive on se surprend à avoir oublié l'enquête, tellement happés que nous étions par les histoires personnelles de chacun et par leurs souffrances. Le verdict nous cueille et nous laisse coi. On ne s'y attendait pas à celle ci!

Je ne saurais que conseiller la lecture de ce livre. "Les âmes grises"  est une merveille. Beau, émouvant et tellement vrai. Des romans comme celui-ci, des auteurs d'un tel talent, j'aimerai en croiser plus souvent.

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jeudi 9 septembre 2010

"Nazis dans le métro" série Le Poulpe de Daeninckx

Nazis_dans_le_metroL'histoire: Un homme de 78 ans passé à tabac dans un parking et qui émerge d'un coma profond avec un gros trou à la place de la mémoire, c'est un fait divers banal. Mais quand cet homme est André Sloga, écrivain et homme libre, qui préparait un livre sur une affaire d'empoisonnement dans le Poitou, le Poulpe ne peut que s'y intéresser. Et quand il découvre d'autres personnages qui, eux, empoisonnent depuis trop longtemps l'atmosphère du pays, c'est sans douceur qu'il pose ses gros poings d'interrogation sur des crânes rasés. Ex-dissidents déjantés, ex-gauchos bouffés aux mythes antisémites, ex-yougos un petit peu massacreurs et néo-nazis tout à fait nazes, les verts-de-gris grouillent comme vers de vase: le marécage parisien est bien plus dangereux que le marais poitevin.

Mais pour parvenir à ces malfaisants, le Poulpe devra répondre à la question: qui est Max, et quel est ce haut-parleur qui gueule sur la place?

La critique de Mr: Il y avait déjà un petit bout de temps que je n'avais été rendre visite à ce cher Gabriel, alias le poulpe. Comble de la goujaterie, je n'avais toujours pas lu, le volume écrit par Daeninckx, ô combien apprécié par les amateurs de l'invertébré. Le tort est aujourd'hui réparé et je m'en vais vous parler de mes retrouvailles avec ce privé plus que spécial!

Comme tout opus de la série, après la scène d'expo, le roman débute derrière le zinc où Gabriel a ses habitudes: le Pied de porc (tout un programme!). Au détour d'une lecture du journal, il tombe sur un fait divers dont la victime n'est autre qu'un de ses auteurs fétiches. Il n'aura de cesse de s'arrêter qu'une fois les responsables hors d'état de nuire. Commence pour lui, une lente et longue descente dans les milieux fachos qu'ils soient de droite ou de gauche.

On retrouve ici tout le talent de Daeninckx pour mêler histoire et roman policier, on se rappelle notamment de ses deux chefs d'œuvres: Cannibale et Meurtres pour mémoire. Ici, il plonge dans les milieux extrémistes: petites frappes skins de seconde zone, écrivains révisionnistes, politiques véreux et librairies complaisantes envers les verts-de-gris (surnom des soldats allemands pendant l'occupation, appellation aujourd'hui réservée aux fachos de tout poil). Intéressant de voir les passerelles possibles et empruntées par certains entre l'extrême gauche anti-capitaliste et l'extrême droite. L'extrémisme est d'ailleurs un thème cher à l'auteur, le racisme étant présent au coeur de nombre de ses ouvrages.

Belle langue, légèreté des mots, phrases qui claquent et qui font mouche. On suit avec plaisir le Poulpe entre scènes de bar, de filature, d'interrogatoires plus ou moins musclés, baston à l'occasion. On sourit à chaque apparition de Chéryl, sa coiffeuse d'amoureuse dont le charisme n'a d'égal que son côté décalé. Une lecture agréable donc, rapide et franchement défouloire (acte final terrible) en ces temps où certains de nos gouvernants flirtent avec l'extrémisme.

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lundi 6 septembre 2010

"L'homme à l'envers" de Fred Vargas

untitledL'histoire: Laisser les loups vivre en liberté dans le Mercantour, c'était une bonne idée, dans l'air du temps. Ce n'était pas celle des bergers et, quelques mois plus tard, la révolte gronde.

Mais est-ce bien un loup qui tue les brebis autour du village de Saint-Victor? Les superstitions resurgissent, un bruit se propage: ce n'est pas une bête, c'est un loup-garou... Lorsqu'une éleveuse est retrouvée égorgée dans sa bergerie, la rumeur tourne à la psychose. À Paris, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Marcantour: "Comme des tisons, mon gars, comme des tisons ça fait, les yeux du loup, la nuit".

La critique de Mr K: Ca faisait un petit bout de temps que cet auteur m'intéressait et me faisait de l'oeil. Les 40 premières lignes du chapitre 2 ont été le sujet du DNB technologique il y a déjà quelques années et je l'utilise souvent lors de DNB blanc pour mes loupiots, régulièrement à la Fnac je tombe sur les oeuvres de cette archéologue-écrivain et je remets à plus tard l'achat d'un volume, enfin mes parents m'en avait déjà parlé au détour d'une conversation à propos de nos lectures respectives... Tout ça pour dire que c'est mon premier Vargas! Et franchement, si j'avais su, j'aurai fréquenté cet auteur bien plus tôt.

Ce livre s'apparente à un road-movie campagnard (roman picaresque comme disait mon vieux prof de français de Lycée, Mr B) oscillant constamment entre suspens et moments de franche rigolade. Il est surtout prétexte à la présentation et à la mise en action de personnages hauts en couleur. Il y a Adamsberg, pas très présent d'ailleurs au début, personnage étrange, au charisme puissant et aux manières délicates mais fermes (nombre de blogueurs vantent ses mérites, il a ses fans!). Camille, une ex, qui s'est éxilée en pleine cambrousse et dont le plus grand plaisir est de se plonger dans les catalogues d'outillage professionnel pour "s'évader" et parfois se ressourcer. Lawrence, son amant canadien au phrasé minimaliste, amoureux de la nature, spécialiste des grizzlis, expatrié en France pour étudier les loups du Mercantour. Soliman, fils adoptif d'une éleveuse sauvagement assassinée, d'origine africaine, amateur des définitons du dictionnaire et conteur hors-pair de petites sagesses africaines de son crû! Exemple:

- Avant, commença Soliman, aux commencements du monde, les hommes ne faisaient pas la cuisine.
- Ah merde, dit le Veilleux.
- Et c'était comme ça pour toutes les bêtes de la terre.
- Oui, coupa le Veilleux en versant le vin. Adam et Eve ont couché ensemble, et ensuite ils ont dû trimer et se faire à manger toute la vie.
- Pas du tout, dit Soliman. Ce n'est pas ça l'histoire.[...] Partout, la nourriture était à portée de leur main, continuait Soliman. Mais l'homme prenait tout pour lui et les crocodiles se plaignaient de sa voracité égoïste. Pour en avoir le coeur net, le dieu du marais puant pris la forme d'un crocodile et s'en alla contrôler la situation par lui-même. Après avoir souffert la faim pendant trois jours, le dieu du marais convoqua l'homme et lui dit: "Dorénavant, l'Homme, tu seras partageux". "Que dalle", lui répondit l'Homme. "J'en ai rien à branler des autres". Alors le dieu du marais entra dans une terrible colère et ôta à l'homme le goût du sang, de la chair fraîche et de la viande crue. À dater de ce jour, l'homme dut faire la cuire tout ce qu'il portait à sa bouche. Ca lui prit beaucoup de temps et les crocodiles eurent la paix dans leur royaume de la viande crue.
- Pourquoi pas, dit Camille.
- Alors l'homme humilié d'être devenu la seule créature à manger cuit, repassa tout le boulot à la femme. Sauf moi, Soliman Melchior, parce que je suis resté bon, parce que je suis resté noir, et ensuite parce que je n'ai pas de femme.

Mais mon personnage préféré reste sans conteste et de loin: le Veilleux! Berger d'un âge certain et collaborateur fidèle de la première victime, il décide avec Soliman et Camille de "coller au cul" du meutrier pour retrouver le responsable de la mort de sa patronne. Ce personnage est dantesque: stoïque, inquiétant, gâteux mais curieux, tolérant mais aussi plein de principes (il faut lire le passage où il dérouille à l'aide de sa vieille pétoire trois motards lepénistes s'en prenant à Soliman et Camille!)... Il inspire le respect et en même temps le rire, tellement il est décalé par rapport aux autres personnages et représente la vieille France paisible et traditionnelle mais à la fois accueillante.

On passe vraiment un excellent moment en compagnie de tous ces énergumènes, c'est mon premier road-movie en bétaillère mené tambour battant! Loin de se moquer du monde paysan et de la ruralité, on est plus dans une immersion picaresque à vocation humoristique et naturaliste. Ca se dévore, ca se déguste et ca se digère très bien! un bon livre que je vous conseille chaudement!

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dimanche 5 septembre 2010

"May le monde" de Michel Jeury

mayL'histoire: May a dix ans. Peut-être est-elle en train de mourir. Le docteur Goldberg l'a envoyée en vacances dans la maison ronde, au milieu de la forêt, rejoindre quatre locataires, Thomas et Lola, Nora et la docteure Anne. Ils sont chargés en fait de distraire les enfants malades. Et de leur apprendre le monde.
Un monde qui ressemble au nôtre. Mais qui n'est pas le nôtre, qui en est prodigieusement distinct et distant, sur une autre "brane". Où tout, en réalité, est différent, subtilement ou violemment. Le docteur Goldberg vous expliquera ça.
Encore heureux qu'il y ait le "Changement", sans lequel la vie ne vaudrait pas d'être vécue. Et l'"Extension", si vaste qu'elle cache peut-être, dans quelque recoin d'un monstrueux capharnaüm, ce que May nomme en langage grimm's "mondo paradisio".

La critique Nelfesque: Au secours! Je suis arrivée au bout des 393 pages de "May le monde" au prix d'un effort quasi physique et avec un sentiment que je n'avais encore jamais éprouvé à ce point: celui d'avoir perdu mon temps.

Je n'irai pas par quatre chemins. Malgré la 4ème de couverture alléchante, je ne conseillerai pas ce livre. Et ce pour plusieurs raisons.

L'histoire tout d'abord est inintéressante car servie avec une écriture indigeste qui prime sur tout le reste. Ce roman de Michel Jeury est vendu comme étant un évènement, un chef-d'euvre poignant, un renouveau de la science-fiction avec une langue inventée et un style jusqu'alors jamais vus. J'ai envie de dire "Tant mieux!!!". Pour que vous vous fassiez une idée voici un extrait, pris au hasard dans ce roman:

'Mam's chérie, tu vas à peine reconnaître ma façon de parler. C'est que Thomas m'a aidée. Il m'a billée des idées, des chicos et des dingos, et il m'a même corrigé mon brouillon avec une pointe cochon noir le dernier cri genre. Comme ça ma lettre sera moins mal foutue. Je te ferai un mel-i quand je serai rentrée à Eckhart. A la Magerie, ils ne sont pas connectés, le fili et l'électricité sont mezzo pourris depuis cent ans. Le mel-i, quand je peux, c'est plus facile pour moi, et mon copain Dimi m'aide si je m'emberlife. Grandp' a un tzar Ape, mais il fonctionne plus depuis longtemps. Et puis Thomas dit qu'il faut se méfier des ordi singes. Trop branché cul. Lui a un senseur rétine rêve rose , assez coquin mais pas trop."

Ce genre d'écriture, enfantine, pourrait être drôle et fraîche sur quelques pages mais au bout d'un moment, c'est vraiment pénible. D'autant plus que l'oeuvre est très pauvre en vocabulaire. Le langage, soit disant inventé, se résume à raccourcir des mots ("mom" pour moment, "anim" pour animaux, "hum" pour humain), à changer une lettre du mot français ("mondo" pour monde, "éternété" pour éternité, "toubab" pour toubib signifiant docteur en argot), à user d'anglissisme ("chite" pour merde, "chiterie" pour saloperie, "phone" pour téléphone)... Tout cela ne suffit pas, à mon sens, à l'invention d'une langue. Prenons Nosfell et son Klokobetz dans le monde musical, ou en restant dans la littérature, les nombreuses langues inventées par Tolkien. Là il y a de la recherche, tout un univers et une construction grammaticale, étymologique et lexicale autour de ces langues. On en est loin ici. Les quelques mots "détournés" reviennent en boucle dans le roman. On tourne sans arrêt autour du même thème, du même vocabulaire, des mêmes formulations. C'est le serpent qui se mort la queue et on s'ennuie.

Passé les 100 premières pages, je me suis dit que tout cela devait avoir un but, comme dans l'excellent "Des fleurs pour Algernon" de Daniel Keyes où l'écriture et la syntaxe servent merveilleusement le roman. Et bien non pas vraiment... Ce moment tant espéré n'est jamais arrivé. D'autant plus que les choses se corsent quand on arrive à la mot-phrase (formé d'un seul mot), à la locution-phrase (de plus d'un mot) ou carrément au petit-nègre comme ici:

"Si un trou? Tomber profond? Impossible. Non espace non temps. Nuit. Oeuf monde. Mes yeux accoutument distinguer un peu ciel. Petite clarté. Bruit encore. Hélivoles peut-être. Bon mom aime entendre les hélivoles. Machines vivent en ciel. Avancer. Chien aide prie sens cherche le chemin. Sol trop mou pas le chemin. Mes pieds enfoncent chien aussi. Je rattrape par peau du dos essaie tirer."

Plus d'une fois j'ai voulu arrêter ma lecture afin de m'attaquer à un des nombreux autres romans que j'ai en attente. Mais une petite voix me disait "Ne fais pas ça, il y a forcément une explication". Encore une fois j'avais "Des fleurs pour Algernon" dans la tête mais j'ai compris à 100 pages de la fin que l'on ne pouvait définitivement pas comparer les deux oeuvres. A ce moment précis, j'ai bien failli dire stop au masochisme avec un chapitre entier écrit ainsi:

"Mots
rivière arbre feuille feuillard oc herbe sable vent oiseau ciel eau bruit chant
village rose chemin soleil fruit coton
cheval soleil fille été éternété soir voyage chaleur soleil
noir
silence
mots
amour mort chagrin espace étoile nom étoile bételgeuse procyon comète nombre fille homme esclave camp"

etc etc

L'écriture demande un tel effort, monopolise une telle énergie au lecteur qu'il devient impossible d'en faire abstraction et tout le reste est occulté. Les personnages par exemple m'ont semblés insipides et il m'a été impossible de m'attacher à l'un d'entre eux.

Vous l'aurez compris, j'ai été complètement hermétique à ce roman. Je suis tout de même allée jusqu'au bout, par respect pour l'auteur et afin de rédiger un billet en toute connaissance de cause. Je ne sais pas si ce sentiment est partagé avec d'autres lecteurs et je vais de ce pas rechercher sur le net des avis sur "May le monde". Je serai bien curieuse de lire des opinions positives, autres que celles d'attachés de presse, afin de comprendre enfin la clé de cette oeuvre. Clé à côté de laquelle je suis complètement passée.

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mercredi 25 août 2010

"Les piliers de la terre" de Ken Follett

follettL'histoire: Dans l'Angleterre du XIIème siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s'assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l'amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d'épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles... et de saintes ruses. La haine règne, mais l'amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

La critique de Mr K: Quel bon moment j'ai passé en lisant cet ouvrage! Bon, en même temps je ne prenais pas trop de risque: ça se passe au moyen-âge et les avis sur la blogosphère sont en général élogieux. C'est aussi mon premier bouquin depuis notre retour de Thaïlande. Un gros pavé pour préparer la rentrée! Difficile en tout cas de lâcher ce livre tant j'ai été pris dans cette histoire tourbillonnante, d'une densité conséquente et dans l'écriture leste et agréable de Follett. À noter que c'est ma première lecture de cet auteur.

L'histoire tout d'abord. En entrant dans Les pilliers de la terre vous faites le tour des différentes classes de la société médiévale à travers les destins croisés de nombreux personnages. Le Tiers État, représenté ici par Tom le batisseur et sa famille, reflet d'une réalité extrêmement difficile pour tous les travailleurs manuels de l'époque. Le Clergé avec le père Philip confié à Dieu suite au meurtre brutal de ses parents. Enfin, Aliéna et son frère dépossédés de leur comté, ayant juré à leur père moribond de tout faire pour récupérer le bien de leur famille, sont les représentants de la noblesse. Toute autour de ce triptyque, gravite un nombre impressionnant de personnages secondaires tous plus fouillés les uns que les autres, entre rencontres fortuites, rivalités diverses et haines passionnelles. Mention spéciale à William Hamleigh qui décroche la médaille de meilleur méchant de l'année littéraire de Mr K (bon, il reste encore 4 mois!): perfide, possédé, violent, sanglant, rustre, couard... tout pour plaire quoi!

Impossible en quelques lignes de résumer cette oeuvre monumentale. On passe de page en page de scènes intimistes à des discussions de la plus haute importance, de l'échelle locale à des considérations qui auront un impact européen. On cotoie à la fois les gueux et les puissants. Là où Follett est très très fort, c'est qu'on se rend compte que tout ce petit monde se débat pour survivre et résister aux affres du temps, les trahisons, les désirs contrariés quelque soit sa condition sociale. Rajoutez à cela la rudesse des conditions de vie et les lois de l'époque (codes religieux, codes royaux, codes seigneuriaux) et vous plongez avec délice (et parfois dégoût) en plein moyen-âge. Pas un moyen-âge de pacotille ou fantasmé, Le moyen-âge tel qu'il a du se dérouler et que des historiens comme Duby et Le Goff ont étudié toute leur vie. Pour cela, Follett est vraiment à féliciter!

1050 pages! Énorme... et pourtant, ça se lit tranquillement, sans aucun ennui qui pointe le bout de son nez et c'est avec surprise que parfois on relève les yeux et qu'on se rend compte qu'on a passé 2 heures dessus sans s'en rendre compte. Très bien écrit, sans lourdeur, Follett est un maître pour ce qui est de dérouler son intrigue et ménager le suspens. Les rebondissements sont nombreux et les coups de sang (coups de coeur aussi) du lecteur sont nombreux. J'aurais bien réglé son compte à quelques personnages du livre. Vraiment, je n'ai pas pu me détacher de ces différents destins et c'est un peu groggy (mais satisfait) que j'ai tourné la dernière page du livre. Une grande et bonne lecture comme il y en a peu dans le domaine de la littérature historique.

La critique Nelfesque (edit du 07/03/12): Bien qu'ayant vu Mr K adorer sa lecture durant l'été 2010 et ayant entendu beaucoup d'éloges sur ce présent roman, j'ai mis du temps à décider de lire "Les Piliers de la Terre". A cela, il y a plusieurs raisons. La première, et non des moindres, est que le Moyen-Age et moi ça fait 2! Je ne suis pas une fana de cette époque de l'Histoire que j'apparente d'emblée à la crasse et à la saleté. J'aime visiter des sites et des bâtiments moyen-âgeux mais je ne vais pas spontanément me documenter et lire des romans dessus. Rajoutez à cela que cette oeuvre-ci fait plus de 1000 pages et vous comprendrez mon hésitation.

Oui mais voilà, à force d'entendre que "Les Piliers de la Terre, il FAUT le lire" et autres "ralala c'est génial, tu ne dois pas passer à côté", j'ai craqué. Et j'ai bien fait! 

Dès les premières pages, Ken Follett réalise un véritable kidnapping! Lever les yeux pour faire autre chose que poursuivre sa lecture? Impossible! Manger? Dormir? Sortir? N'y songeons même plus. J'exagère à peine... Cette oeuvre est une vraie addiction. On suit avec passion le destin de plusieurs personnages auxquels on s'attache très rapidement. Tom le batisseur bien entendu mais aussi le père Philip, Aliéna, héritière dépossédée de ses biens, Jack, le "beau-fils" de Tom... sont autant de personnages que l'on a plaisir à suivre d'année en année. "Les Piliers de la Terre" est une véritable saga avec ses espoirs, ses désillusions, ses obstacles à surmonter, ses gentils et ses méchants. Les méchants, parlons en! Alfred et William sont les pires crevures qu'il m'ait été donné de lire. On se plait à les détester, à vouloir les voir se matérialiser pour leur faire leur fête! Au Moyen-Age, on ne faisait pas dans la dentelle et certains encore moins que d'autres...

Les plus de 1000 pages défilent sans que l'on s'en rende compte. Aucun temps mort, aucun moment de répit pour le lecteur qui peut passer du bonheur à la désillusion en quelques pages. Ces états ne sont pas dus à l'écriture de Ken Follett qui a écrit ici une véritable pépite toujours juste et bien narrée, mais à ce qu'il fait subir à ses personnages. Tant de malheur dans la vie de certains (je pense notamment à Aliéna) pousserait au suicide bon nombre de nos contemporains.

Au final, j'ai été surprise par ce roman. Agréablement surprise. Très agréablement surprise même! "Les Piliers de la Terre", c'est du petit lait pour le lecteur qui est presque déçu de tourner la dernière page et voir arriver le mot "fin". Chapeau Ken Follett!

1000Ce roman entre aussi dans le cadre du "Défi des 1000" auquel Nelfe participe.

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dimanche 22 août 2010

"Les Racines du mal" de Dantec

racines_du_malL'histoire : "Andreas Schaltzmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait.
Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut. Cela faisait longtemps que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place, depuis que les nazis et les habitants de Vega s'étaient installés dans ses quartiers."
Andreas est un tueur et il le sait, mais quand on cherche à lui coller sur le dos des crimes qu'il n'a pas commis, du fond de sa clinique, il hurle.

La critique Nelfesque : Mr K m'a longtemps parlé de ce livre. "Il faut que tu le lises ! Il faut ABSOLUMENT que tu le lises !". C'est à peu près ce à quoi j'avais le droit régulièrement. Et puis, quand nous avons décidé de nous conseiller mutuellement des livres à emporter pour notre voyage en Thaïlande, Mr K a trouvé le moment rêvé pour me remettre sous le nez "Les Racines du mal" de Dantec.

L'histoire est effroyable. Je suis friande de bouquins glauques et pour le coup, j'ai été servi.

"Les Racines du mal" commence dans la tête de Schaltzmann, tueur psychotique, persuadé que le monde est contre lui, peuplé d'Aliens nazis. Il a des rites à suivre qui lui assurent sa tranquilité. Il vit seul, est sale et est persuadé qu'un Christ en flamme lui envoie des messages. Jusque là, il fait peur, mais ce n'est rien comparé à la suite... Il se met donc à tuer, des animaux et des hommes, pour se libérer du mal qui le ronge. De carcasses de chats, il fait des smoothies (ça tombe bien, c'est à la mode) qu'il stocke dans des bouteilles de Coca qu'il garde au frais au frigo. Voilà, vous avez le début du roman. Un bon roman, bien glauque, pour qui aime le genre.

Mais ce roman ne se résume pas à une suite de meurtres gratuits et sanguinolents. Brutalement, avec l'arrestation de Schaltzmann  (je ne trahis rien c'est au début de l'oeuvre), on bascule dans le monde de la science, des sciences humaines et de la science fiction. Un groupe de travail se constitue afin de percer le mystère Schaltzmann et enquêter jusqu'à son procès. La suite, je ne la dévoile pas car je gacherai le plaisir des futurs lecteurs.

Tout le long du roman, on suit l'évolution de l'enquête d'Arthur Darquandier, alias Dark, cognicien et spécialiste en informatique qui a pour mission d'acquérir et de représenter de façon formelle des connaissances et des modes de raisonnement en vue de leur simulation à l'aide d'ordinateur. En d'autres termes, Dark est un petit génie supra intelligent qui, à l'aide d'une neuromatrice (une intelligence artificielle), reproduit de façon informatique le raisonnement humain, et ici le raisonnement de tueur en série, afin d'en démeller le fonctionnement et d'anticiper ses raisonnements.

Car bien sûr, l'histoire ne va pas s'arrêter à celle de Schaltzmann... Au fil des pages nous tombons de plus en plus dans l'horreur. Dark et sa neuromatrice mettent le nez dans un filon diabolique. Jusqu'où un être humain peut-il aller dans la perversion et la folie ? Au nom de quoi ? Et que risque Dark à se prêter à ce jeu ?

Mieux vaut être averti avant de commencer à lire ce roman, c'est très violent. Mais putain que c'est bon !

Posté par Nelfe à 18:56 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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