vendredi 25 février 2011

"À genoux" de Michael Connelly

agenouL'histoire: Le corps du Dr Stanley Kent vient d'être retrouvé au belvédère naturel proche de Mulholland Drive: deux balles dans la nuque, style exécution. Nouvellement affecté à la section Homicide Special, l'inspecteur Harry Bosch découvre vite que le Dr Kent avait accès à des matières radioactives utilisées dans le traitement de certains cancers féminins... et que ces matières ont disparu. Aux yeux de l'agent spécial du FBI Rachel Walling, que Bosch aime encore malgré leur rupture après le fiasco d'Echo Park, ce meurtre et cette disparition risquent fort de marquer le début d'un attentat terroriste à la bombe sale. Donc conflit ouvert et cette fois, Bosch n'est pas sûr d'avoir le dessus: il y a certes de la parano dans les services de la sécurité du territoire, mais la menace islamiste est bien réelle...

La critique de Mr K: Une fois de plus, l'abbé m'a permis d'ajouter une pièce dans ma collection de Connelly et cette fois ci en grand format! À genoux se situe juste après Echo park que j'avais bien apprécié. À tout bien réfléchir, Connelly ne m'a jamais vraiment déçu.

On retrouve ici une Harry Bosch fraîchement muté dans la section spéciale spécialisée dans l'élucidation de meurtres particulièrement retors. Notre inspecteur préféré va être confronté dans cette enquête à un crime de sang froid sonnant comme une exécution. Livre construit comme un compte à rebours (Harry trop fort, résout l'affaire en 8 heures!), des pistes apparaissent rapidement. Véritable course aux indices, on se laisse embarquer immédiatement par les personnages déjà rencontrés dans de précédents ouvrages de Connelly, mention spéciale à l'agent Rachel Welling dont le charme tout naturel ne laisse par Bosch indifférent. Retrouvailles forcées, coups de gueule et petits jeux de séduction ponctuent une enquête trépidante enchaînant révélations et coups de théâtre... du Connelly pur jus et du meilleur crû.

Intrigue bien ficelée, parano ambiante bien rendue (Connelly égratigne au passage l'Amérique et sa psychose de l'arabe terroriste), rythme effréné, la ville de Los Angeles remarquablement rendue une fois de plus, des personnages creusés et complexes... Non ne cherchez plus, le maître a encore frappé!

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jeudi 24 février 2011

"La Princesse des glaces" de Camilla Läckberg

princessedesglacescouvL'histoire: Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint.
A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge dans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide.

La critique Nelfesque: Depuis sa sortie, j'ai très envie de lire "L'Oiseau de mauvaise augure"de Camilla Läckberg. Oui mais voilà, il fait parti de la saga "Erica Falck et Patrik Hedstrôm" et bien que chaque roman possède une histoire propre, je risquai de passer à côté de nombreux détails composant le fil conducteur de l'ensemble de la saga.

Cette auteur fait beaucoup parler d'elle. Moi qui n'aime pas les modes, je me suis tout de même lancée dans cette lecture parce que j'adore les thrillers, parce que j'aime beaucoup les polars venus du froid (à l'instar de Millénium 1, 2 et 3) et parce que j'adore la collection "Actes noirs" au look sobre et aux tranches noires qui donnent un côté classe à ma bibliothèque.

Bon, mais esthétisme mis à part, que dire de "La Princesse des glaces"? Camilla Läkberg a une écriture très fluide et une fois commencé, il m'a été difficile de lâcher ce roman avant une centaine de pages et l'arrivée de la petite voix dans ma tête me disant d'éteindre la lumière et de dormir. Ce thriller ne révolutionne pas le genre mais reste très agréable à lire. L'histoire est assez classique mais les liens qui unissent les différents personnages accrochent le lecteur. C'est là que se situe pour moi le point fort de ce roman (je ne parle pas de la saga dans son ensemble, je ne veux pas m'avancer avant de les avoir lus). Certains n'ont pas aimé ce roman justement parce que l'auteur s'attache beaucoup à la psychologie de ses personnages, à ce qu'ils pensent, à leurs vies privées... A mon sens, il faut voir cet opus comme une oeuvre pilote. Ici, l'auteur plante le décor (un village suédois), accroche le lecteur sur une trame de fond (l'enquête et la vie privée d'un écrivain et d'un flic local) et personnellement, la perspective de lire la suite des aventures d'Erica Falck et Patrik Hedstrôm me ravit. Il y a pour l'instant 5 tomes traduits en français, donc amplement de quoi faire! J'ai déjà acheté le second tome, "Le Prédicateur".

Ici, nous faisons connaissance avec Erika Falck, auteur de biographies, elle est de retour dans sa ville natale suite au décès de ses parents afin de mettre en ordre leurs "affaires" et la succession qui va avec. Tout en continuant d'écrire la biographie sur laquelle elle travaille, elle s'attelle à une nouveau projet. Cela fait plusieurs années qu'elle songe à écrire un roman et l'heure est venue. Une des premières arrivées sur le lieux de ce qui semble être un crime, elle découvre son amie d'enfance, Alexandra Wijkner, les poignets tailladés dans sa baignoire. Elle va alors se rapprocher de la famille de la défunte qui va lui demander d'écrire la nécrologie de son amie. L'auteur commence alors une "enquête" pour se familiariser avec l'Alexandra d'avant sa mort, elle qui n'a connu cette femme qu'enfant.

Elle va croiser la route de Patrik Hedstrôm, officier de police, qui mène l'enquête officielle. Avec leurs retrouvailles après des années, remontent alors les souvenirs d'enfance et d'adolescence.

"La princesse des glaces" fut une belle découverte pour moi. J'attends de lire la suite pour voir si l'essai est transformé mais, moi qui adore les romans qui s'attachent ainsi à la psychologie et à la vie des personnages, je n'ai pas été déçue.

lundi 21 février 2011

"Une porte sur l'été" de Robert Heinlein

Une_porte_sur_l_ete_Robert_HeinleinL'histoire: Il est le meilleur ingénieur de son temps. Il a inventé le robot à tout faire et crée l'usine qui le construit.

Mais le voilà dépossédé de tout par la trahison de son meilleur ami et de la femme qu'il aimait.

Il s'enfuit dans l'avenir au moyen du long sommeil. Avec pour seul compagnon Petronius le Sage, le chat qui sait qu'en faisant le tour de la maison, il trouvera, en plein hiver, une Porte qui ouvre sur l'été.

La critique de Mr K: Retour à la SF aujourd'hui avec un livre de Robert Heinlein, grand auteur dans le domaine avec notamment Starship Troopers ou Révolte sur la Lune. Sorti en 1957, il a été réédité en mai 2010 dans la collection SF du livre de poche. C'est cette version que j'ai pu dévorer après un échange fructueux avec une lectrice virtuelle.

Le postulat est simple, le héros, ingénieur de métier, est trahi par sa fiancée et son meilleur ami. Spolié, il se fait cryogéniser pour 30 ans et se réveille en l'an 2000. Le monde a bien changé, son ressentiment non, il commence alors à échafauder son plan. Beaucoup d'aspects de la vie sont abordés dans ce petit livre (280 pages): l'amour, la trahison, la notion de progrès, le capitalisme libéral. Le tout sans préciosité, dans un style simple et non pompeux. C'est avec plaisir que l'on suit ce héros dépassé par les événements au départ, naïf sur lequel le sort semble s'acharner. J'ai particulièrement apprécié les rapports qu'il entretient avec Petronius (alias Pete) son chat qui lui répond et semble le comprendre instinctivement, tous les amoureux de tigres de salon s'y retrouveront. C'est d'ailleurs ce compagnon à quatre patte qui va l'inciter à trouver cette fameuse porte vers l'été, symbole hautement poétique de la recherche du bonheur dans cet ouvrage.

Je suis sorti touché comme rarement de cette lecture SF. C'est un genre qui m'apporte beaucoup mais qui à part quelques titres comme Des fleurs pour Algernon ou La route reste purement récréatif ou réflectif. Ici, même si des passages s'apparentent à une réflexion sur le progrès (robots ménagers à tout faire, l'abolition de la gravité) ou sur le capitalisme (voir les rapports compliqués et à couteaux tirés avec le directeur marketing de la boîte qui l'emploie en 2000), ce qui m'a le plus marqué c'est la quête du bonheur qu'entretient Dan B. Devis avec notamment une histoire d'amour assez osée pour l'époque, flirtant avec le mythique Lolita de Nabokov. À ce propos, j'ai trouvé que ce roman se situait parfois à la limite de la misogynie avec notamment un portrait bien trop caricatural de son ex-fiancée Belle, personnage exécrable à côté duquel Marine Le Pen se révèlerait fréquentable... c'est dire! C'est pour moi le seul et unique défaut de cet ouvrage.

Je l'ai lu en une journée, impossible de le lâcher avant la fin. Un très bon livre entre SF et une histoire d'amour intemporelle qui a ravi mon cœur de midinette (oui je sais, je cache bien mon jeu). Avis aux amateurs!

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jeudi 17 février 2011

"Le Prince des marées" de Pat Conroy

prince_des_mar_esL'histoire: Tom, Luke et Savannah ont grandi au paradis, dans le sud faulknérien, sur la petite île de Melrose où leur père pêchait et leur mère régnait par sa beauté. Comment survivre à tant de bonheur et de poésie ? Leur enfance éblouie et perdue préfigure les drames inévitables de l'âge adulte. Parce qu'ils refusent de mûrir, de vieillir, leurs rêves d'art, d'exploits, de justice vont se heurter à la brutalité du monde réel. La géniale et tragique Savannah et ses frères affrontent l'amour, la solitude et la peur de vivre avec une ironie désespérée. De leurs blessures inguérissables naissent des fous rires sans fin et une immense tendresse.

La critique Nelfesque: J'ai acheté "Le Prince des marées" sur un coup de tête, sans en avoir jamais entendu parler, pour la 4ème de couverture qui tombe pile poil dans les "drames" que j'aime: une enfance entre deux eaux avec ses joies et ses peines et le long parcours vers l'âge adulte à l'image de "Le petit copain", "Le secret du bayou", "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" ou encore"Seul le silence". J'ai tenté le coup et ce malgré les 1068 pages de ce pavé. Et oui, j'aime le risque!

Quelle bonne idée j'ai eu là! Je m'attendais à un récit familial chronologique et ce roman est tout autre. Tom, coach de football américain, veut venir en aide à sa soeur jumelle Savannah, aujourd'hui écrivain de talent. Après plusieurs tentatives de suicide, elle est internée dans un hôpital psychiatrique où sa psychologue, admiratrice de ses écrits, veut percer le mystère de son mal-être. Pour ce faire, elle fait appel à Tom pour qu'il l'aide à démêler les fils de leur passé commun. A travers plusieurs séances chez ce spécialiste et diverses conversations privées avec elle, Tom va se mettre à raconter ce qui a fait son enfance: leurs vies sur une île proche du continent, le métier de crevettier de leur père, l'amour particulier de leur mère, les liens de leur fratrie, les drames qui ont eu lieu... Et le lecteur est pris dans un récit passionant mêlant vie de tous les jours, lutte des classes, regards d'enfant et souvenirs poignants.

Tom n'a jamais quitté sa région et se retrouve confronté à la vie new-yorkaise, trépidante et où les habitants sont bien différents de ses relations habituelles. Face à son enfance, face à ses peurs, il va aider sa soeur et s'aider lui-même. L'occasion lui ai donné de tout mettre à plat et de se réconcilier avec son passé.

On alterne donc, un chapitre sur deux, avec les souvenirs de Tom et les rendez-vous chez la psychologue. Les personnages sont fouillés et complexes, les rapports entre eux sont passionnants et c'est avec plaisir qu'on les retrouve à chaque lecture (oui 1068 pages c'est long mais on ne voit finalement pas le temps passer). Entre poésie, drame et humour parfois, on s'attache rapidement à la vie à la dure mais si belle dans cette région des Etats-Unis dans les années 60. Si vous n'êtes pas rebutés par les gros livres, je vous conseille fortement ce roman que j'ai adoré.

1000"Le Défi des Mille" ayant donné son top départ alors que j'étais en pleine lecture de ce roman, j'ai raccroché les wagons. Ca tombe bien, j'ai encore quelques pavés dans ma PAL!

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mercredi 16 février 2011

"Le Secret du treizième apôtre" de Michel Benoît

13eme_apotreL'histoire: Ceux qui ont tenté de percer l'énigme du treizième apôtre ne sont plus là pour en parler...

Assassiné dans le train Rome-Paris, le père Andrei était sur le point de découvrir un secret que l'Église s'acharne, depuis sa fondation, à dissimuler. Avant sa mort, il avait eu le temps de se confier à son ami, le père Nil. À son tour, celui-ci se lance sur les traces d'une mystérieuse épître qui prouverait que Jésus n'est pas le fils de Dieu... Rome va tout faire pour l'en empêcher, Jérusalem et La Mecque aussi: car c'est l'ordre du monde qui est en jeu.

La critique de Mr K: Un excellent thriller mystico-historique que j'ai lu très rapidement. Il faut dire que je suis particulièrement friand du genre mêlant à la fois les ficelles du policier et les références historico-religieuses (reliquat de mes années fac avec option histoire des religions). J'avais apprécié en leur temps Anges et Démons et le fameux Da Vinci Code malgré des défauts et plus récemment, j'avais moins aimé Le dernier testament de Le Roy que j'avais plutôt trouvé raté. Avec Michel Benoît, j'ai retrouvé les frissons qui m'avait habité lors de ma lecture du Nom de la rose et j'ai passé un très bon moment en compagnie du père Nil courant derrière une vérité qui dérange nombre de puissants (dont les prélats des trois religions monothéistes et une secte).

Il est ici question de la nature de Jésus: être divin fils de Dieu, simple mortel à la rhétorique et au charisme impressionnant? Rappelez-vous avant tout qu'ici on se trouve devant un roman ce qui est d'ailleurs précisé dans les appendices situés en fin d'ouvrage et qui permettent de faire la différence entre le vrai et le faux. L'auteur est un ancien moine bénédictin qui a quitté les ordres et qui s'est intéressé de très près à la vie de Jésus. Son talent d'écrivain n'a d'égal que l'étendue de ses recherches et les liens qu'il a pu tisser entre des éléments à priori disparates (manuscrits de la mer morte, étude approfondie des quatre Évangiles, les aveux de certains templiers....). Dans ce livre, on pénètre au plus profond du dogme catholique, au centre de la foi des chrétiens: Jésus. Le personnage du père Nil, vite convoqué au Vatican, va s'enfoncer de plus en plus profondément dans ses recherches au cœur de la cité des Papes (pas vraiment peace and love d'ailleurs mais on s'en doute un peu...) et va bien malgré lui provoquer bien des remous. Un chapitre sur deux est l'occasion pour Michel Benoît d'effectuer des flashback remontant à la période de la vie et de la mort du Messie, la fuite des nazaréens, éradication des Templiers ou encore l'Hégire...

Je n'en dirais pas plus sur le contenu pour ne pas éventer l'ensemble. Sachez simplement que l'ensemble est remarquablement mené et crédible même si après chacun se fera sa propre opinion. Perso, je me revendique comme animiste et je ne crois pas un instant à l'incarnation de Dieu en homme. La lecture de ce roman est aisée: l'écriture est remarquable de légèreté et de facilité malgré la teneur des propos, on tourne les pages sans s'en rendre compte. Je m'en cache pas, j'ai pris un pied monstrueux à la lecture de ce livre que je conseille à tous les amateurs du genre!

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dimanche 13 février 2011

"Il a jamais tué personne mon papa" de Jean-Louis Fournier

ilatuepersonnemonpapaL'histoire: Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier. Un drôle de docteur qui s'habillait comme un clochard, faisant ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d'argent. Ses patients lui offraient un verre.
Il n'était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu ; il disait alors qu'il allait tuer sa femme. Un jour il est mort : il avait quarante-trois ans.
Longtemps après, son fils se souvient. A petites touches, en instantané, il trace le portrait de ce personnage étonnant, tragique et drôle à la fois. Il a appris, en devenant grand, l'indulgence. Et qu'il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui, plus fragiles, choisissent de " mauvais " moyens pour supporter l'insupportable.

La critique de Mr K: J'aime beaucoup Jean-Louis Fournier, j'utilise régulièrement en cours sa "Grammaire française et impertinente" et j'avais particulièrement apprécié son roman sur la vieillesse "Mon dernier cheveu noir". L'abbé aidant, je suis tombé sur ce livre fortement autobiographique où Fournier nous parle de son père médecin alcoolique et de la vie quotidienne de la petite famille.

"Il a jamais tué personne, mon papa" se présente sous la forme d'une succession de cours chapitres d'une page présentant une facette du père: La claque à papa, Papa et moi, Mon papa était docteur etc... C'est le jeune Jean-Louis qui nous parle avec un vocabulaire enfantin, des ellipses aussi d'enfant qui ne comprend pas tout au monde des adultes et surtout au comportement de son père. Ce livre très court, je l'ai lu en une heure à tout casser tant on est pris par cette vie décrite simplement. Les émotions sont multiples, on passe très rapidement du rire au nœud à l'estomac. Impossible de ne pas sourire face aux réparties improbables du père bourré rentrant le soir à la maison, surtout quand ces répliques sont retranscrites par un enfant. Impossible de ne pas être saisi par la mélancolie ambiante dans cette famille où les enfants et parfois la mère ont peur du mari qui rentre à la maison, mari qui dépense la plupart de l'argent du foyer dans les troquets du coin. En voici un petit chapitre:

ON A PERDU PAPA (page 63)

Un jour, papa a disparu. Maman était sûre qu'il n'était pas sorti de la maison, mais impossible de le trouver.

On a cherché partout, on a fouillé toute la maison, on inspecté toutes les pièces, on a regardé sous les lits, on a ouvert les placards, les grandes armoires, rien, pas de papa.

Quelqu'un a eu l'idée d'aller revoir dans son cabinet. Dans son cabinet, il y avait un piano, le piano était dans un angle de la pièce. Et derrière le piano, allongé, une cigarette au bec, il y avait papa, avec un drôle de sourire. Il avait l'air de dire «Je vous ai bien eus».

Il aimait bien jouer à cache-cache, mon papa.

Plus on avance, plus le malaise s'installe car on le sait dès le départ, l'histoire va mal finir, cet homme médecin reconnu et apprécié va mourir, sa maladie le ronge lui et sa famille. L'enfant n'en veut pas vraiment à son père mais les regrets sont nombreux. Les chapitres défilent à une vitesse folle et la fin nous cueille sans coup férir nous laissant pantelant. C'est du réel, rien que du réel, sans artifice aucun. Une lecture touchante dont je me rappellerai longtemps.

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jeudi 10 février 2011

"La guerre des mondes" de H. G. Wells

guerre10L'histoire: Mars est une planète plus éloignée du soleil que la terre. Considérant que le cycle de la vie sur Terre s'arrêtera le jour où le soleil s'éteindra, Mars logiquement est une planète qui mourra bien longtemps avant la planète bleue.

Ce que n'avait pas imaginé les terriens, c'est qu'il y a de la vie sur Mars. Un jour, les Martiens, doivent quitter leur planète pour survivre. Ils arrivent donc sur Terre...

La critique de Mr K: Aujourd'hui, critique d'un livre dont tout le monde a entendu parlé, un classique du genre qui m'avait jusqu'alors échappé. C'est une fois de plus chez l'abbé que "La guerre des mondes" m'a fait des œillades et que j'ai décidé de l'adopter. J'ai vu les deux adaptations qui en avait été faite dont la dernière au cinéma réalisée par Spielberg avec un scientologue bien connu dans le rôle du héros principal. Adaptation est le mot qui convient tant la matière originelle m'a surprise et désarçonnée au départ...

J'avais oublié que HG Wells était né au XIXème siècle, c'est donc la première histoire d'invasion martienne que je lis qui se passe à cette époque... et ça surprend au début. Lors de la panique, on se retrouve face à des embouteillages de cabriolets et autres voitures à cheval, la riposte se fait par batteries d'artillerie et la cavalerie est encore présente dans les corps d'armée. Inutile de vous dire que dans la première partie, c'est la débandade pour l'espèce humaine. C'est un des premiers livres du genre et l'on y retrouve les ingrédients récurrents propre au genre: la supériorité technologique des extras-terrestre (décrite ici de façon imagée et archaïque, l'ouvrage date tout de même!), le héros séparé de ses amis, de sa famille et son nécessaire parcours pour les retrouver, la bêtise humaine dans les moments de panique, les scènes de destruction et de mort et le renversement de situation sous forme de deus ex machina qui à la vue de l'actualité récente n'en est que plus plausible.

Le livre se lit très facilement même si le style parfois lourd de Wells trahit l'âge de cet opus. L'histoire est racontée par le héros lui-même ce qui facilite l'identification au personnage. Tout est vu, décrit et expliqué à travers les yeux du personnage principal. C'est d'ailleurs la grande force du métrage de Spielberg qui avait décidé de montrer l'invasion des extras-terrestres à hauteur d'homme, suivant constamment le regard que portait Tom Cruise sur les événements (remarquable en ces temps de surenchères de vues aériennes apocalyptiques dans les salles obscures). On suit donc très facilement les événements, on les vit. Malgré quelques réticences au départ, je me suis laissé embarqué et un sourire non feint pouvait se lire sur mon visage à la fin de ma lecture. Je l'ai lu et aimé comme tant d'autres avant moi.

Vous savez ce qui vous reste à faire!

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mercredi 9 février 2011

"L'année de la pensée magique" de Joan Didion

pens_e_magiqueL'histoire: Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante. Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie. La souffrance, l'incompréhension, l'incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d'implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience - et sa rédemption par la littérature.

La critique Nelfesque: Nous avons tous connu des périodes de deuil, nous avons tous perdu des personnes aimées. Dans "L'année de la pensée magique", Joan Didion revient sur la perte de son mari et essaye de comprendre ce qui s'est passé dans sa tête durant l'année qui a suivi ce décès.

L'auteur parle là de son expérience personnelle et de la façon dont elle a géré les évènements seule mais ce livre parle à tous les lecteurs, pas seulement les veufs ou les veuves. Car perdre quelqu'un, ça fait mal. Devoir gérer les papiers administratifs, trier les affaires, se faire à la vie sans lui ou elle et continuer malgré tout de vivre, ça fait mal.

Mais Joan Didion ne s'attache pas seulement à exposer sa peine ou ses questionnements, son roman s'appuie également sur des études plus généralistes qui ont été menées (articles, essais...) et, de ce point de vue, l'ouvrage est très intéressant. Loin du larmoyant, elle cherche à comprendre, autant médicalement que sociologiquement ou encore psychologiquement, ce qui provoque un décès et comment les proches réagissent. Plus qu'une remise en question, c'est une étude du deuil qui est exposée. Elle cherche des explications dans tout ce qu'elle voit, dans tout ce qu'elle vit, et au final nous amène un large éventail de début de réponse. C'est simple, c'est sobre, c'est aussi très pudique et je pense que ça peut aider modestement les gens qui traversent cette épreuve et qui ne comprennent pas ce qui leur arrive et pourquoi ça leur arrive à eux.

A ces questions, malheureusement, il n'y a pas vraiment d'échos tranchés mais pouvoir se situer dans un groupe à ce moment là plutôt que d'être seul face à soi même, là est la force de ce livre. Je le conseillerai donc aux personnes qui éprouvent le besoin de comprendre ou de lire une histoire similaire à la leur. Personnellement j'y ai trouvé quelques éléments révélateurs.

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dimanche 6 février 2011

"Mon chien Stupide" de John Fante

mon_chien_stupideL'histoire: D'origine italienne, Henry Molise vit en Californie, mais garde au fond de lui son rêve de partir vivre à Rome pour retrouver ses origines. Mais ce rêve est également symptomatique du mal-être qui l'habite. Auteur de scénarii minables, père de quatre ados-adultes indignes, relations instables avec sa femme, Henry se demande où est sa vraie place. Jusqu'à l'arrivée de Stupide, un énorme chien errant qui a élu domicile chez cette famille -pas si- atypique.
Ce nouveau venu va faire remonter à la surface les rancœurs, les vraies personnalités, et les vérités de chacun. Henry doit alors faire des choix entre ses rêves et sa famille, pour trouver la stabilité qui calmera ce joyeux bordel à l'américaine.

La critique de Mr K: Et une lecture distrayante de plus. Ce livre fait partie d'un pack que mes parents m'ont refilé lors du grand tri du grenier familial! Je l'ai lu très vite et je l'ai grandement apprécié.

On suit pendant 155 pages, les tribulations d'une famille américaine assez déjantée et l'irruption dans leur vie d'un gros chien qu'ils trouvent un jour vautré au beau milieu de leur jardin. Ce livre est avant tout un prétexte pour l'auteur pour nous présenter toute une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres: le narrateur-héros (Bandini) est un quinquagénaire, écrivain de scénarios pour le cinéma et surtout la télé qui est sur la pente descendante, son heure de gloire est derrière lui. Ce que ne manque pas de lui faire remarquer régulièrement avec cynisme trois de ses quatre enfants, véritables sangsues au quotidien, accrochés à leurs parents comme des moules à leur rocher. Les réparties sont donc souvent violentes et la vie familiale plutôt agitée. Reste le troisième frère plutôt effacé qui fait la joie de ses parents et la mère, toujours aussi follement amoureuse de son râleur de mari, au caractère aussi bien trempé que celui de son homme. C'est dans ce contexte que Stupide (c'est le nom du chien!) va rentrer dans la famille. Directement ou indirectement, il va changer leur vie et provoquer bien du remue-ménage.

La principale force de cet ouvrage, c'est que l'on oscille régulièrement entre comédie et drame. Ainsi, le chien est un sérial-violeur à tendance homosexuelle qui s'excite et se frotte à tous les êtres mâles qu'il peut croiser (chiens de garde, avocat bronzant sur la plage, le père...)! A ce propos, le narrateur s'adonne à un exercice de psychanalyse canine particulièrement délirant lorsqu'il se rend compte des pulsions incontrôlables de son nouveau chien. Les dialogues entre les différents membres de la famille sont savoureux et les descriptions du narrateur souvent décalées avec un «nonsense» à l'anglaise. Cependant, derrière ce côté rigolo, l'auteur aborde des sujets plus graves comme le départ des enfants de la maison familiale (ils ont beau être chiants, ils manquent à leurs parents), la vieillesse et le bilan que l'on peut faire de sa vie, la disparition d'un animal de compagnie... autant de passages où le ton devient pathétique et donne une certaine consistance supplémentaire aux acteurs de cette histoire, bonifiant par là même un livre qui aurait pu se contenter de verser dans le comique.

Un très bon livre que je vous conseille fortement notamment à tous ceux qui ont apprécié le film "Little miss sunshine".

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vendredi 4 février 2011

"L'attentat" de Yasmina Khadra

attentatL'histoire: Dans un restaurant de Tel Aviv, une jeune femme se fait exploser au milieu de dizaines de clients. À l'hôpital, le docteur Amine, chirurgien israélien d'origine arabe, opère à la chaîne les survivants de l'attentat. Dans la nuit qui suit le carnage, on le rappelle d'urgence pour examiner le corps déchiqueté de la kamikaze. Le sol se dérobe alors sous ses pieds: il s'agit de sa propre femme. Comment admettre l'impossible, comprendre l'inimaginable, découvrir qu'on a partagé, des années durant, la vie et l'intimité d'une personne dont on ignorait l'essentiel? Pour savoir, il faut entrer dans la haine, le sang et le combat désespéré du peuple palestinien...

La critique de Mr K:  Vous aimez les chefs d'œuvre et les claques dans la gueule? Ça tombe bien, c'est justement ce que je vous propose aujourd'hui avec ce livre époustouflant que j'ai dévoré en deux traites et dont la marque est durable et amère tant son propos est brûlant et malheureusement toujours d'actualité. "L'attentat", c'est une leçon d'Histoire contemporaine et une plongée sans concession dans le conflit israélo-palestinien vu par un des écrivains algériens les plus doué de sa génération.

Un médecin israélien d'origine palestinienne qui a placé sa vie sous le signe de l'engagement médical, un docteur comme tant d'autre qui s'efforce de soigner quiconque a besoin de lui sans faire de distinction va recevoir le choc de sa vie: sa femme, son aimante et douce femme, s'est fait sauter dans un restaurant avec sa ceinture d'explosif causant des dizaines de morts dont de jeunes juifs venus fêter un événement. Il passe par tous les états, du déni jusqu'à l'acceptation. Commence alors pour lui un long voyage vers ses racines pour essayer de s'expliquer ce geste fou qu'il n'accepte pas mais dont il doit éclaircir les motivations afin de reprendre sa vie en main. Le plus terrible réside dans le fait qu'à aucun moment le héros ne s'est douté des intentions de son épouse avant son passage à l'acte.

Le sujet est grave et il ne fallait surtout pas que l'auteur se loupe... le résultat est tout bonnement magistral. Entre pudeur et vérité, le style et la langue de l'auteur font merveille sans jamais nous épargner dans le sens où il explore toutes les facettes du problème et aborde de front la cause palestinienne et la position d'Israël. Autant vous prévenir de suite, vous ne serez pas ménagés, des scènes sont vraiment insoutenables: l'explosion, les cadavres, les contrôles de la police israélienne, la destruction de la maison familiale par les bulldozers, le siège de Janin... on ressort de là éprouvé, rincé, écœuré. J'en ai les poils du cou hérissés rien qu'à vous en parler! C'est un roman certes mais les personnages semblent tout droit sortis de la réalité et c'est cela qui effraie le plus. Il y a le docteur dépassé par les événements mais aussi sa famille, son ami ponte des services d'ordre, un imam intégriste, des militants des brigades d'Al Aqsa, un vieil ermite dépassé par les événements... autant de points de vue exprimés qui rend compte du sac de nœuds de la situation actuelle.

Une lecture essentielle.

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