mercredi 19 avril 2017

"Le Gang des honnêtes gens" de Pierre Nemours

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L’histoire : Dans ce braquage, ils ont tous une bonne raison d’agir.
Il y a Francis, et sa petite fille malade, qui a besoin de soins dispendieux. Il y a Norbert, qui a épousé une femme qui le prend pour un minable, et ne se prive pas pour le lui dire tous les soirs. Il y a Raphaël, qui rêve d’un nouveau départ, loin de la France et de ses boulots minables.
Et surtout, il y a Paul, ses cinquante ans, sa carrière brisée et son besoin de revanche sur la vie. Oui, décidément, dans ce braquage, il n’y a que des honnêtes gens. Alors pourquoi devraient-ils échouer ?

La critique de Mr K : Nouvelle découverte enthousiasmante dans le domaine du polar populaire avec ce volume paru chez French Pulp Edition depuis peu. Populaire ne veut pas dire pour autant accessible dans le genre simpliste ou encore populiste et populeux. Ici, j’ai eu la joie de découvrir un artiste des mots, un façonneur d’intrigue efficace et un roman qui laisse pantelant son lecteur lorsque l’ouvrage se referme. Bref, que du bonheur !

Quatre hommes bien sous tous rapports, mais que la vie n’a pas gâtés, décident d’un casse dans un crédit régional du secteur. On les suit lors des préparatifs, de l’exécution du plan principal et durant l’après braquage dans une mécanique scénaristique certes huilée mais diablement bien menée. Ces honnêtes gens vont essayer de conjurer le sort de leurs existences balbutiantes ou frustrantes à travers un "coup" original, enlevé dans l’action et en théorie très bien payé. Mais comme toutes les mécaniques, il suffit d’un grain de sable pour dérégler l’ensemble...

La grande force de ce "Gang des honnêtes gens" tient dans ses personnages. Entre le flic cassé par sa hiérarchie qui végète dans un obscur commissariat de quartier, l’immigré déçu qui souhaite partir en Amérique du sud, le père de famille qui veut tout faire pour pouvoir offrir des soins décents à sa fille malade et le patron dépossédé de son entreprise et en pleine errance morale, on est servi. Tous ces êtres sont décrits avec sensibilité, ne laissant rien au hasard et ancrant le récit dans une réalité brute et sans fioriture. Le sous-texte est plutôt pessimiste tant l’auteur insiste sur la difficulté de vivre et de pourvoir aux besoins de sa famille. Et puis, il y a les fêlures exposées à vif et qui auront pour certaines un rôle important à jouer au cours de ce roman. L’ensemble est très séduisant, les personnages accrochant le lecteur par leur charisme, leur courage mais aussi leurs faiblesses bien humaines. Dans le domaine, on se régale et on souffre, tant l’empathie fonctionne à plein régime.

Bien que plutôt classique dans son déroulé (on est rarement surpris, il faut bien l’avouer), l’auteur excelle pour maintenir le suspens notamment à travers des phases descriptives très réussies qui donne une patine bien particulière aux lieux et une ambiance bien pesante sur l’ouvrage. Ainsi, la description liminaire du port est une merveille du genre qui en même temps de nous présenter Paul (l’initiateur du projet) permet de lancer un climax qui ne fera que s’alourdir en cours de lecture. Malgré cela, on se prend à y croire tant le plan exposé est ingénieux et novateur. On suit avec intérêt les différentes phases, on admire l’ingéniosité déployée et on se dit que si tout se passe bien ce serait tant mieux, tant parfois on a tendance à applaudir des deux mains certains exploits criminels bernant la police sans pour autant faire de victime.

Dans ces conditions, vous imaginez bien qu’il est impossible de relâcher ce volume. C’est bien simple, je l’ai quasiment terminé d’une traite, pris par la science narrative de Pierre Nemours et sa langue à la fois efficace, nuancée et terriblement immersive. On se prend complètement au jeu, on en redemande même tant l’ouvrage est court (232 pages seulement) et le final laisse complètement pantois. Une belle réussite pour un polar venu de 1970 mais qui n’a pas à rougir du temps qui passe. Les amateurs se doivent de tenter l’aventure !

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samedi 15 avril 2017

"Le Jour du chien" de Patrick Bauwen

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L’histoire : Les ténèbres sont mon domaine. Le métro, ma cité des morts. La souffrance de mes victimes, mon plaisir.
Je suis le Chien. Inquisiteur ou Guerrier saint, comme vous voudrez. Dieu est avec moi.
Djeen, je croyais l'avoir tuée. C'était il y a trois ans. Déchiquetée par les roues du métro. Et voilà qu'elle me menace... Je dois la retrouver avant que Kovak ne le fasse. Et ce jour-là signera l'apogée du Mal.

La critique de Mr K : Cette lecture est ma deuxième incursion chez Patrick Bauwen après son excellent roman L’oeil de Caine. Un ouvrage qui m’avait littéralement embarqué, sans efforts, totalement prenant et virevoltant en terme de rebondissements et au suspens intenable. C’est dire que j’attendais beaucoup de son nouveau thriller tout juste débarqué en librairie. Le moins que l'on puisse dire c’est que je n’ai pas été déçu !

Dès le début, en une cinquantaine de pages, l’emprise du livre est immédiate. Un veuf éploré qui n’arrive pas à faire son deuil, victime d’une agression dans le métro en compagnie d’une juge d’application des peines (JAP) esseulée, un tueur psychopathe totalement borderline qui erre et tue, des fantômes du passé qui torturent la psyché du héros, des victimes qui s'amoncellent, des nantis qui observent le cirque des communs mortels avec attention et prudence... Ce ne sont ici que quelques pièces du puzzle infernal que nous livre un Bauwen tisseur de toile d’araignée, un auteur orfèvre en la matière.

Puis très vite, le déroulé perturbe l’équilibre précaire du départ. Certaines certitudes tombent à l’eau, d’autres pistes se font sentir. Étalé sur dix jours, la narration est rapide, concise et efficace. Pas de temps morts, de rares éclaircies et des vérités qui commencent à émerger provoquant de multiples chamboulements sur les personnages et l’intrigue elle-même. L’ambiance est bien souvent glaçante, désespérée et les corps et esprits sont mis à rude épreuve. À qui peut-on se fier réellement ? Comment réagir face à l’impossible ? Peut-on vivre sans passé ? Autant de questionnements qui s’entremêlent et livrent des personnages en roue libre, victimes d’un fatum qui semble implacable.

L’action se déroule sur Paris et au détour des coups du sort qui s’acharnent sur les protagoniste, on en apprend beaucoup sur la Capitale et l’envers du décor. Rave party dantesques où l’hybris des puissants peut s’exprimer librement et sans contraintes, le monde parallèle des sans-abris et des milieux souterrains parisiens avec son économie souterraine, ses clans et ses rapports de force, l’histoire des catacombes, du métro et de l’exploitation des sous-sols avec leur lot d’anecdotes stupéfiantes ici remarquablement bien insérés dans le récit au contraire d’un Dan Brown très peu inspiré comme dans son opus Inferno. C’est érudit mais sans effet de manche ou de volonté d’épater la galerie, les infos et points de connaissances nourrissent le roman, l’enrichissent d’une dimension réaliste qui se confronte à la folie des hommes.

Le confort de lecture est donc maximal, l’immersion totale. Difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions. J’ai juste arrêté le temps de dormir un peu et hop, j'étais de retour dans les souterrains de Paris à courser le serial-killer. L’addiction est vraiment puissante, rare sont les auteurs qui y parviennent avec moi. Page turner efficace et nuancé, cet ouvrage vaut le détour. Très classique dans les armes littéraires qu’il emploie, les faux-semblants, les effets déclenchés et les révélations successives. Le Jour du chien est le thriller dans sa forme la plus pure, la plus viscérale, celle qui réussit à séduire et horrifier à la fois. Franchement, on en a pour son argent et question suspens, on atteint des sommets.

Difficile d’en dire plus sans livrer des clefs et spoiler un roman monolithique, à la tension incroyable et au renversement final bien vu et assez tétanisant dans son genre. Un livre à découvrir, dévorer, digérer et à partager !

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jeudi 13 avril 2017

"Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits" de Salman Rushdie

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L'histoire : Quand il advient – tous les quelques siècles – que se brisent les sceaux cosmiques, le monde des jinns et celui des hommes entrent momentanément en contact. Sous apparence humaine, les jinns excursionnent alors sur notre planète, fascinés par nos désirables extravagances et lassés de leurs sempiternels accouplements sans plaisir.

Venue une première fois sur terre au XIIème siècle, Dunia, princesse jinnia de la Foudre, s’est éprise d’Ibn Rushd (alias Averroès), auquel elle a donné une innombrable descendance dotée de l’ADN des jinns. Lors de son second voyage, neuf siècles plus tard, non seulement son bien-aimé n’est plus que poussière mais les jinns obscurs, prosélytes du lointain radicalisme religieux de Ghazali, ont décidé d’asservir la terre une fois pour toutes. Pour assurer la victoire de la lumière sur l’ombre dans la guerre épique qu’elle va mener contre les visées coercitives de ses cruels semblables, Dunia s’adjoint le concours de quatre de ses rejetons et réactive leurs inconscients pouvoirs magiques, afin que, pendant mille et une nuits (soit : deux ans, huit mois et vingt-huit nuits), ils l’aident à faire pièce aux menées d’un ennemi répandant les fléaux du fanatisme, de la corruption, du terrorisme et du dérèglement climatique

La critique de Mr K : Une sacrée lecture que cet ouvrage de Salman Rushdie paru l’année dernière en France et que j’avais laissé échapper à mon attention. Heureusement, Noël est passé par là et le père Noël m’a permis de rattraper cet oubli ! Bien que âpre (il m’a fallu huit jours pour en venir à bout), on peut dire qu’on se trouve face à une lecture inoubliable entre érudition, récit polymorphe et critique acerbe de notre triste monde contemporain. Attention cependant, c’est un livre exigeant, qui mérite que le lecteur s’y attarde pour se laisser prendre au jeu. Si vous êtes plutôt un lecteur recherchant la légèreté et le easy-reading, passez votre chemin.

Ça faisait un petit bout de temps que je n’avais pas fréquenté cet auteur malgré deux autres volumes présents dans ma PAL et en attente que mon choix s’arrête sur eux (oui je sais, je suis cruel mais j’assume !). Dans mes lectures, j’avais notamment adoré Haroun et la mer des histoires, La Terre sous ses pieds et le fameux Les Versets sataniques qui ont tant exaspéré les intégristes de tout poil qui comme chacun sait manquent désespérément d’humour et de goût en terme de littérature. Ouvrir un volume de cet auteur, c’est la promesse d’aller à la rencontre d’un écrit foisonnant, à la langue chargée de sens et incroyablement riche. C’est aussi une invitation au voyage d’une rare force avec un discours épris d’humour, d’humanisme et de sagesse.

Par bien des aspects, cet ouvrage s’apparente à un récit de fin du monde, ce qui est loin de me déplaire. Une porte s’est ouverte entre le monde des jinns et celui des humains. Ces créatures divines s’amusent alors à visiter notre monde entre aventures amoureuses pour la princesse de la foudre et destructions massives pour les jinns obscurs qui laissent libre cours à leur déviance et leur volonté de semer la mort et la désolation. Difficile de vraiment résumer l’histoire tant elle s’apparente à un récit à tiroir sur fond d’apocalypse inéluctable. Sachez simplement qu’on retrouve pêle-mêle une très belle histoire d’amour qui transcende les siècles et les personnes, une lutte sans merci entre amis de longues dates, un récit mythologique cuisiné à la sauce moderne et humoristique de Rushdie et en filigrane une belle réflexion sur le genre humain et ses dérives.

C’est parfois difficile de s’y retrouver en début de lecture tant les événements et personnages semblent désordonnés et sans réelles relations sensibles pendant les 80 premières pages. Problème de temporalité, de mise en lien et beaucoup de questions restent en suspens. C’est dérangeant et troublant à la fois, il faut s’accrocher vraiment pour poursuivre sa lecture. Surtout, il faut accepter de ne pas tout comprendre tout de suite, de laisser s’échapper le sens un temps, tout en profitant au maximum du style versatile et brillant d’un auteur en état de grâce. Il faut alors se contenter de parcelles d’existence, de va-et-vient constants entre humanité et monde mystique sans pour autant pouvoir appréhender la suite. Mais déjà, on soupçonne qu’un projet plus grand va émerger et ce n’est pas pour rien que les portraits, descriptions et autres digressions sont légions. Il y a la matière du livre en elle-même mais il y a aussi le discours que veut faire passer Salman Rushdie. Il n’hésite pas ainsi à s’écarter du récit principal pour nous interpeller sur les jeux de pouvoir, les extrémismes ou tout simplement sur la nature réelle de l’amour. J’ai rarement lu un texte aussi pointu et complet que celui-ci.

Rassurez-vous, au bout d’une petite centaine de pages, l’action progresse et ne s’arrêtera plus malgré quelques passages de verbiage à la Rushdie qui continuent d’égrainer ici et là l’histoire, la complétant et l’enrichissant considérablement. Du lien se crée entre les personnages, les références énoncées précédemment par l’auteur s’entremêlent pour donner un ensemble cohérent, d’une grande justesse et surtout d’une puissance évocatrice hors-norme. Le lecteur se détend, rentre complètement dans ce projet d’écriture et bénéficie d’un récit maîtrisé et entraînant comme jamais. Impossible de relâcher le volume dans ses conditions tant l’envoûtement est total entre langue novatrice et histoire surprenante. Cela vaut vraiment le coup de dépasser ses difficultés premières pour toucher ce que Rabelais appelait la substantifique moelle. Quand j'ai refermé Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, je vous avoue que je n’étais pas loin de l’illumination tant le sous-texte et certains personnages m’ont touché, ému et au final remué.

Rolls-Royce de la littérature, Salman Rushdie livre ici un ouvrage total, sans concession et d’une grande profondeur. Ce roman à l'écriture ciselée, à l’image de l’histoire et des personnages, est à découvrir absolument pour les plus courageux d’entre vous et les fans du maître car voici un roman qui compte et comptera longtemps dans la littérature. Une expérience inouïe.

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dimanche 9 avril 2017

"Le Jour J du jugement" de Graham Masterton

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L’histoire : Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L'un d'entre eux, un Sherman, était resté, abandonné là depuis la fin de la guerre sur le bas-côté de la route.
Les gens évitaient de s'en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l'équipage, parler entre eux à l'intérieur du char.
Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C'était déjà une erreur : Mais, surtout, jamais il n'aura dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

La critique de Mr K : J’éprouve toujours un grand plaisir à retourner dans les griffes de Graham Masterton. Bon écrivain dans le style, il procure à coup sûr des frissons bien placés et une évasion immédiate et efficace. Dans le genre épouvante / horreur, il fait partie des meilleurs à mes yeux. La quatrième de couverture m’a drôlement interloqué quand je tombai par hasard dessus lors d’une énième visite chez l’abbé, il ne m’en fallait pas plus pour embarquer le volume et en débuter la lecture quelques jours après cette acquisition.

Dan est cartographe et séjourne en Normandie pour réaliser des métrés pour illustrer un futur ouvrage de référence sur le débarquement. Par la même occasion, il goûte au doux charme de la région entre gastronomie, jolis paysages et ambiance de terroir. Au hasard d’une rencontre de fortune, on lui raconte une bien étrange histoire de tank hanté datant de la Seconde Guerre mondiale, un véhicule mystérieusement oublié. Sa curiosité piqué, il va commettre l’irréparable en brisant un sceau condamnant à jamais l’ouverture du tank, il ne sait pas encore qu’il a commis l’irréparable et que des forces obscures vont se déchaîner.

On retrouve toutes les qualités de l’auteur dans sa manière de gérer son intrigue. Non avare de détails, il va tout de même à l’essentiel en proposant avec Le Jour J du jugement un récit vif, aux multiples rebondissement sans laisser de réel temps mort au lecteur pris en otage. La preuve en est que je l’ai lu quasiment d’une seule traite seulement gêné dans mon avancement par un repas et quelques menus travaux de jardinage. Il s’en passe des vertes et des pas mûres dans ce roman mêlant références historiques, démonologie ancienne et choc des cultures entre l’américain et la population du crû. Certes on n’échappe pas à certains clichés, ainsi le héros a comme voiture de location une 2CV, il croise des gars portant le béret et la baguette est omniprésente sur toutes les tables. Personnellement, j’ai trouvé cela plutôt rigolo.

On flippe bien à certains moments avec des scènes peut-être moins gores que d’habitude (et encore certains passages sont bien salés dans ce domaine), l’auteur jouant plutôt sur la peur ancestrale du noir, de l’ombre cachée derrière la porte, des voies étranges que l’on croit entendre (le passage avec le magnétophone est un modèle du genre) et celle terrible de la possession de son âme et de son corps par des êtres pervers et démoniaques. Mission réussie dans le domaine avec des passages totalement barrés, une tension qui monte crescendo sans jamais baisser en intensité. Un regret cependant, une fin trop rapide, un peu téléphonée et finalement plutôt convenue. Pas de quoi regretter la lecture des 190 pages de l’ouvrage car la fin est logique mais j’aurais aimé davantage d’originalité voir un dénouement bien plus thrash. C’est mon côté sadique qui s’exprime !

On passe quand même un super moment avec un personnage principal bien planté dont les positions évoluent grandement au fil du récit, j’ai aussi beaucoup aimé le prêtre Aubry sorte de grand-père bienveillant qui va apporter nombre de réponses au jeune américain en pleine crise de foi. Mention spéciale aussi au démon libéré qui m’a bien plu par son côté joueur sanguinaire qu’aucune barrière morale humaine ne parvient à dévier de son but. On frissonne face à ses actes, on se prend parfois à sourire de ses mots si bien trouvés, le maître des tentateurs semble veiller sur les lignes qui courent devant les yeux enfiévrés du lecteur. Les autres personnages ont tous leur intérêt malgré parfois quelques passages un peu caricaturaux, attendus, un peu comme quand on regarde régulièrement des films d’horreur (c’est notre cas à Nelfe et à moi) et que finalement, même si on apprécie le spectacle, on trouve qu’il se répète et fait penser à des choses déjà lues / vues. Reste aussi de très belles évocations de la campagne normande entre atmosphère glauque à la tombée de la nuit, grisaille pénétrante et villages reculés aux pierres anciennes. L’ambiance est remarquable durant tout l’ouvrage et contribue vraiment à distiller un certain malaise au lecteur. Encore un bon point !

On retrouve ici le talent d’écriture de Graham Masterton qui est loin d’être un tâcheron en la matière. Cet ouvrage n’est certainement pas son meilleur mais il tient la route et remplit son office en matière de divertissement horrifique. Un petit plaisir coupable que je vous invite à entreprendre si le cœur vous en dit et que vous êtes amateur d’horreur en littérature.

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
- La Cinquième sorcière

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vendredi 7 avril 2017

"Zombie Island" de David Wellington

Zombie IslandL'histoire : A la suite d'une catastrophe mondiale les pays les plus développés sont envahis par des hordes de zombies cannibales. Seules quelques enclaves subsistent, en Somalie notamment. A la recherche d'un remède au virus, un groupe d'adolescentes surarmées, menées par un vétéran, se rend à New York. Tous se croient préparés au pire. Mais dans l'île de Manhattan en ruine, ils vont bientôt découvrir que la non-mort est loin d'être le destin le plus terrifiant...

La critique Nelfesque : Je me suis lancée dans "Zombie Island" comme dans une lecture divertissement. Je n'attendais rien de phénoménal ni dans le style ni dans l'histoire (et il n'y a rien de phénoménal), je ne cherchais pas non plus un roman qui révolutionne le genre (ce qui n'est pas non plus le cas) mais j'avais une furieuse envie de zombie et de déconner un peu (oui parce que moi, quand j'ai envie de me marrer, je regarde un bon film d'horreur ou je lis une histoire d'épouvante (cherchez pas, c'est inexplicable)).

"Zombie Island" est le premier volume d'une trilogie de David Wellington, "Zombie Story". Le monsieur a aussi à son actif une pentalogie sur les vampires, "Vampire Story" (côté titres, l'auteur fait dans l'originalité), mais je dois avouer que les vampires c'est nettement moins mon truc (ou alors les classiques).

Les zombies envahissent le monde et les survivants sont à la recherche non seulement d'un endroit safe pour tenter de survivre relativement tranquillement mais aussi de médicaments et plus précisément ici d'un traitement contre le sida. La trithérapie en période de paix, c'est déjà pas évident mais quand en plus on ne peut pas mettre le nez dehors sans être acculés d'êtres dévoreurs de chair humaine, c'est encore plus compliqué.

On suit ici donc plus précisément un groupe de personnes venant de Somalie à bord d'un bateau et souhaitant accoster à New-York. Composée de Dekalb et d'un groupe d'adolescentes armées jusqu'au dent et entraînées au combat, cette bande  n'a qu'une idée en tête : ramener son traitement à la big boss restée au pays. Quitte à perdre quelques éléments en chemin, quitte à mourir elles-même. Dekalb est un petit plus pragmatique et préférerait éviter de se faire croquer en route...

Parallèlement, nous faisons la connaissance de Gary, un personnage qui clairement sauve le roman. Si il n'était pas là, l'histoire serait assez banale. En voyant ses semblables humains se faire dévorer les uns après les autres, Gary ne se résigne pas. Si il doit devenir zombie, chose qui parait inéluctable, il le deviendra par ses propres moyens et non pas en servant de casse-croûte à un être au QI d'huitre. Médecin dans la vie, il va trouver un moyen de devenir zombie sans entacher ses qualités mentales. Comprenez qu'il veut bien pourrir sur pied mais pas perdre sa tête ! Cette action va faire de lui une sorte de zombie évolué qui va avoir un pouvoir unique sur ses nouveaux amis peu adeptes du déo.

Tous ces personnages vont bien sûr se rencontrer et une nouvelle intrigue à base de Maître du Monde et de Super Zombie Surpuissant va prendre le pas. Bon, disons le clairement, c'est un peu beaucoup WTF mais c'est fun, l'écriture est fluide et on passe un bon moment (si tant est que l'on ne soit pas rebuté à l'évocation du sang ou de scènes d'antropophagie (ben oui, ils sont pas très vegan ces zombies)). L'histoire est prenante, le personnage de Gary bien que complètement cramé de la tête est attachant et nous ferait presque oublier l'écriture parfois très limite de David Wellington. Ce n'est pas de la grande littérature encore une fois et mieux vaut ne pas être très regardant de ce côté là.

Vous l'aurez compris, "Zombie Island" n'est pas LE roman zombiesque à lire absolument mais pour une chouette récré, il fait bien le taf. Reste à voir si le second volume "Zombie Nation" continue dans cette veine...

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lundi 3 avril 2017

"Un seul parmi les vivants" de Jon Sealy

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L’histoire : Caroline du Sud, 1932. Par un soir d’été caniculaire, le vieux shérif Furman Chambers est tiré de son sommeil par un coup de téléphone : deux hommes ont été froidement abattus à la sortie d’une ancienne auberge qui sert désormais de couverture au trafic d’alcool de Larthan Tull, le "magnat du bourbon".

Quand Chambers arrive sur les lieux, le nom du coupable circule déjà : Mary Jane Hopewell, un vétéran de la Grande Guerre, qui vit en marge de la société. Mais le shérif décide de mener l’enquête et se retrouve plongé dans une spirale de violence qui va bouleverser le destin de personnages inoubliables.

La critique de Mr K : Attention petit chef d’œuvre ! Sous ces dehors de classicisme en terme de thématiques et de personnages se cache un petit bijou d’humanité, placé sous le signe de la Grande Dépression et de la noirceur. Émotions multiples, sous-texte passionnant, Un seul parmi les vivants est une vraie réussite comme vous allez pouvoir le lire.

Tout commence par un double meurtre sordide à la sortie d’un bar. Deux jeunes gens sont à terre, un homme est en fuite... Tout le désigne comme coupable et sa vie marginale ne plaide pas en sa faveur. Le shérif a cependant des doutes, tout se sait dans cette petite bourgade industrielle en pleine perte de vitesse où le baron de la distribution clandestine d’alcool (Prohibition oblige) règne en maître sur son empire et des intérêts plus gros sont en jeu. Cette affaire va réveiller de vieilles rancœurs, remettre en question l’ordre établi et précipiter la chute de nombres de personnages que l’on apprend vite à aimer ou détester.

Ce roman développe à merveille un microcosme urbain en pleine déliquescence. La crise frappe durement et le quotidien est bien difficile pour certaines familles. La précarité est prégnante avec son cortège de spectres effrayants comme la mort d’un enfant en bas âge, les fins de mois difficiles, l’alcool ou tout simplement l’appréhension du lendemain. Les portraits sont saisissants et lèvent le voile sur les personnalités torturées qui nous sont données à découvrir. La vie est dure, les cœurs secs parfois et les drames jamais très loin. Pourtant chacun trime et se débat avec une énergie parfois proche du désespoir et donne une densité incroyable à l’ensemble.

Le shérif dans tout ça doit mener une enquête difficile qui se confronte aux mensonges et duperies, l’ordre établi qui s’accroche aux lambeaux de ses souvenirs et à son propre passé qui est loin d'être tout blanc. Abîmé par le temps qui passe, affaibli par une vie de couple insipide, l’enquêteur va devoir faire des choix cruciaux et parfois même détourner les yeux. C’est l’homme dans toute sa complexité qui nous est donné à voir à travers lui, un être perfectible mais déterminé à mener à bien sa mission malgré les risques à prendre. Tout le monde se connaît dans cette bourgade et il est difficile d’avancer sans blesser qui que ce soit dans ses recherches, une chape de plomb pèse lourdement sur cette communauté refermée sur elle-même. Un grain de sable va bousculer cet équilibre et conduire le lecteur vers une fin d’une noirceur glaçante.

L’auteur, Jon Sealy, s’y entend à merveille pour faire monter la tension une fois les principaux ressorts de l’histoire installés. Le meurtre, une histoire d’amour adolescente, un ancienne bavure policière, le shérif, un caïd au bord du gouffre. Tout va concourir à s’entremêler et déclencher une série de péripéties redoutables pour les nerfs du lecteur englué dans une toile bien développée dont on ne peut s'échapper. Dialogues au cordeau, intrusion dans les esprits et descriptions immersives captent l’attention et insinuent une multitude d’émotions contradictoires qui laissent le lecteur accroché tout au long des 358 pages d’un ouvrage difficile à relâcher.

Le style est très incisif, accessible et nuancé, produisant un déclic très rapide et emportant l’adhésion dans sa capacité à raconter une histoire prenante, captivante et lourde de sens notamment sur le rapport entre riches et pauvres, l’existence en temps de crise et une certaine Amérique des années 30. C’est beau, puissant, intemporel dans son portrait de l’âme humaine et terrifiant d’efficacité dans son dénouement. Un uppercut littéraire au talent immense vous attend ici. Courez-y !

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samedi 1 avril 2017

"De Bons présages" de Terry Pratchett et Neil Gaiman

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L’histoire : L'Apocalypse est pour demain. Avec ses trompettes, ses flammes de l'Enfer, son courroux du ciel et tout le tremblement. L'éternel lutte entre les forces du Bien et celles du Mal arrive enfin à son terme. On va pouvoir savoir qui est l'heureux gagnant.

Sauf que certains ont pris goût à l'humanité et s'imaginent qu'on pourrait éventuellement essayer de penser les choses avec un peu plus de subtilité. N'en déplaise à leurs maîtres respectifs, l'ange Aziraphale (bouquiniste à temps partiel) et le démon Rampa (qui aimerait bien écouter autre chose que Queen sur l'autoradio de sa Bentley) se sont mis d'accord pour repousser l'apocalypse d'une éternité ou deux.

Encore faudrait-il pour ça mettre la main sur l'Antéchrist. Mais allez trouver un garnement pareil dans un bled paumé de l'Angleterre. Et puis, gare ! il est flanqué d'un terrible molosse des enfers dont le nom même fait frémir : Toutou.

La critique de Mr K : Je ne me suis jamais vraiment remis du décès de Terry Pratchett, un auteur talentueux à l’écriture magique et à l’humour qui dériderait un mort. Dans mon malheur, un espoir ; l’homme fut prolixe en œuvres et pas seulement dans ses ouvrages se déroulant dans l’univers déjanté du Disque-monde. Ainsi, j’ai beaucoup apprécié sa tétralogie SF (il me reste le quatrième tome à lire d'ailleurs) écrite déjà en collaboration avec Stephen Baxter (La Longue Terre, La Longue Guerre et La Longue Mars). Lors d’une rencontre avec l’auteur Guillaume Chérel pour une sortie chez Mirobole éditions à la librairie L’Archipel des mots à Vannes, je tombai inopinément sur De Bons présages, mis en avant par une libraire transie d’amour envers Pratchett (une note ne tarissant pas d’éloge étaient glissée sur la couverture de l’objet du délit !). La quatrième de couverture acheva de me convaincre avec un mix improbable mais diablement séduisant (sic) d’apocalypse, d'Antéchrist, de buddy guy movie entre un ange et un démon sous le sceau du délirant Pratchett et l’écriture ensorcelante de Neil Gaiman, autre auteur que j’aime beaucoup. Ce n’est pas exagéré que de dire que ce livre était fait pour moi...

L’Apocalypse aura donc lieu en fin de semaine (après le thé) et rien ne semble se passer comme prévu, le pire étant qu’à la manière du merveilleux film La Vie est un long fleuve tranquille, deux bébés ont été échangés à la naissance dont le futur Antéchrist, fils du Diable en personne qui doit mener les opérations et réduire l’humanité en esclavage. Avouez que c’est ballot de s’en rendre compte à moins d’une semaine de l’ultime guerre céleste opposant le Bien et le Mal. Ce recueil relate les putatifs derniers jours de notre monde avec une foule de personnages totalement branques et moult références eschatologiques, bibliques et plus encore. C’est dense, fouillis, tordu et terriblement drôle. Passez votre chemin si vous aimez les narrations à sens unique, vous reposer sur vos lauriers quand vous lisez car ici tout est diablerie stylistique, rebondissements abracadabrantesques et référencés tout azimut, chaque page (chaque phrase même) réservant des surprises et des vannes totalement ubuesques dans la pure lignée des œuvres précitées de Pratchett.

On croise quand même un sacré beau monde durant les 430 pages de ce livre à nul autre pareil. À commencer par un duo fort disparate composé d’un ange et d’un démon qui se connaissent depuis des millénaires et sont censés être opposés. Le temps ne fait rien à l’affaire et des rapprochements se sont opérés, des idées ont émergé dont celle saugrenue s’il en est que l’homme mériterait peut-être d’être sauvé malgré ses errances répétées et ses coups de canifs dans le contrat signé avec Dieu. Pour autant, ce n’est pas gagné pour eux, difficile en effet de désobéir sans conséquences fâcheuses quand son patron est Dieu ou le Diable. Cela donne lieu à nombre de réflexions de hautes volées teintées d’humour totalement anglais, no-sense à la Monty Python dont je suis adepte, des situations cocasses alternant avec des rencontres peu communes avec notamment une descendante d’une Nostradamus femme, un corps d’inquisiteurs que la tentation de la chair guette de très près, un Antéchrist de onze ans (et sa bande de gentils garnements) qui hésite à passer du côté obscur (ils sont sympas les gens quand même !), un chien infernal qui se complaît dans son rôle de meilleur ami de l’homme ou encore les quatre cavaliers de l’Apocalypse amateurs de grosses bécanes chevauchant vers leur destinée suivis par des motards décérébrés... On nage en plein délire, les références et les digressions s’accumulent mais on en redemande.

N’allez pas croire pour autant qu’il ne se passe rien. Certes l’action est lente mais peu à peu, la fin menace et tout se précipite. D’étranges événements se déroulent un peu partout (on croise à l’occasion quelques victimes de l’Apocalypse pas piqués des vers dont une télé-agente qui n’a vraiment pas de bol !), l’orage gronde et inexorablement tous les principaux protagoniste se retrouvent concentrés dans un coin paumé d’Angleterre où se jouera le sort de toute vie sur Terre. Je vous laisse découvrir le génial artifice final qui réglera la situation.

Bien que chargé et fleurissant en concepts désopilants, De Bons présages se lit très facilement si on s’en donne les moyens. Loin d’être indigeste, l’ensemble pourrait être qualifié de livre-somme entre récit alternatif de l’Apocalypse, saillies drolatiques à la Groland pour une bonne critique de notre monde / du genre humain et jeu constant avec nos marqueurs sociétaux et religieux. C’est grandiloquent et irrévérencieux, drôle et ironique, en deux mots : jubilatoire et génial ! Si le cœur vous en dit, foncez ! Vous ne le regretterez pas, ça ne ressemble à rien d’autre.

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mardi 28 mars 2017

"Chanson douce" de Leïla Slimani

Chanson douce

L'histoire : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

La critique Nelfesque : Cela fait un petit moment que j'avais entendu parler de "Chanson Douce" de Leïla Slimani. En premier lieu parce qu'il avait fait grand bruit lors de sa publication en pleine Rentrée Littéraire 2016, ensuite parce que ce roman a reçu la même année le célèbre Prix Goncourt. Ce qui a engendré encore plus de lectures, dont la mienne. Après le très bon Goncourt des Lycéens, "Petit pays" de Gaël Faye, j'avais envie de voir si son aîné était tout aussi bien mérité.

"Chanson douce" a la réputation d'être un roman très fort. Beaucoup de mamans lectrices n'ont pas pu le lire ou ont été choquées par son histoire et notamment la scène très dure qui débute ce roman. Et pour cause, on commence ici avec la découverte d'une scène macabre où les deux enfants en bas âge d'un jeune couple ont été massacrés par leur nounou. Pourquoi cet acte et comment est-il arrivé ?

Je n'ai pas d'enfants et j'aime les romans noirs, les scènes chocs et les romans qui font réfléchir sur la nature humaine. Avec cet ouvrage de Leïla Slimani j'ai été servie ! L'écriture est simple et tout à fait accessible. N'ayez donc aucune crainte en voyant le bandeau "Prix Goncourt" ici, il est très facile à lire de par sa construction et le vocabulaire employé. L'auteure nous présente ici une histoire ordinaire, banale, un drame qui pourrait arriver dans n'importe quel foyer. Et c'est sans doute cela qui glace le plus le lecteur...

La recherche d'une nounou c'est une rencontre qui nait d'un besoin. Ici Myriam va reprendre son métier d'avocat et une solution doit être trouvée pour permettre à toute la petite famille de continuer à fonctionner correctement. Après plusieurs entretiens, le choix se porte sur Louise, une femme plus âgée, douce et très proche des enfants. Avec elle tout parait naturel. Très arrangeante, elle aime faciliter la vie de ses employeurs et va au delà de ce pour quoi elle a été engagé. La famille de Myriam, c'est sa famille. C'est ainsi que petit à petit elle va prendre de plus en plus de place dans ce foyer jusqu'à y faire planer une ombre malsaine. Lorsque les jeunes parents se rendent compte que la situation dérape, il est déjà trop tard et le drame implacable et froid des premières pages est inéluctable.

Cette lecture est forte car elle va chercher chez chaque lecteur sa capacité de compréhension. Il n'y a pas de suspens ici, un meurtre a eu lieu et on connaît déjà le nom du coupable. La seule question qui subsiste est "pourquoi ?". Sur 220 pages, ce qui est finalement très court, Leïla Slimani va nous présenter la situation, nous faire rentrer dans la bulle de cette famille, nous donner à voir son mode de fonctionnement et surtout nous présenter Louise. En peu de pages, elle détourne le cerveau du lecteur sans jamais donner de réponses précises. L'homme n'est pas une machine avec des fonctions bonnes ou mauvaises, la nature humaine est bien plus complexe et les "et si..." sont légion. Etait-il possible d'éviter ce drame ? Si oui, à quel moment ? En n'engageant pas Louise ou bien plus tôt dans sa vie personnelle ? Chaque acte extrême a un point de départ, une racine, un terreau à analyser pour qui veut bien y mettre les mains et essayer de comprendre.

logo-epubDans ce roman humain par les sentiments qu'il dégage et pourtant tout ce qu'il y a de plus factuel dans son approche, l'auteure questionne l'homme avec pudeur et discrétion. Elle met le doigt sur nos souffrances, nos ambiguïtés et nos contradictions. Ambiance glaçante, drame inéluctable, le lecteur est happé dans cette histoire sordide et cette atmosphère malsaine dont on ne peut plus détacher le regard avant la dernière page. Un roman qui fait froid dans le dos...

samedi 25 mars 2017

"Les Damnés de l'artère" de Pascale Fonteneau

chéryl post

L’histoire : Ah ! Bruxelles, sa Grand-Place, ses trams, ses gaufres, son métro et ses fonctionnaires européens... Tout pour plaire. Et puis voilà, une bonne intention et tout part de travers. Alors, pendant que les Japonais admirent le Manneken Pis, Cheryl se farcit les squats, le Berlaymont soit disant désert, les communautés religieuses et même la basilique de Koekelberg ! Et tout ça sans connaître un seul grand principe révolutionnaire ! Dingue. Mais pas plus dure qu’une belle coupe au carré ou un chignon perlé.

La critique de Mr K : Ceux qui nous suivent depuis un certain temps connaissent mon amour immodéré pour les aventures du Poulpe et mon attachement tout particulier à Cheryl, la petite amie attitrée de Gabriel Lecouvreur, délicieuse et gouailleuse coiffeuse parisienne qui lui vient bien souvent en aide en lui fournissant réconfort et soutien. Les Damnés de l’artère de Pascale Fonteneau s’apparente à un spin-off car il la met en lumière et lui donne le rôle titre en laissant le poulpe au café Pied de Porc à la Sainte Scolasse à ruminer ses pensées en lisant le journal et en sirotant une bonne bière...

Et pourtant, au départ rien ne prédestinait Cheryl à vivre des aventures rocambolesques dans la capitale belge. Partie seulement pour assister à des conférences en rapport avec la coiffure et à des présentations de produits dernier cri, elle se retrouve embarquée dans une sombre histoire de meurtre maquillé en suicide (un homme a été brûlé vif à l’insu de son plein gré sur le quai de la gare bruxelloise). En compagnie d’une amie de circonstance (sacré binôme de coiffeuses délurées que Cheryl et Anastasia), elle va rencontrer une bande de gentils loubards, un vieil idéaliste de la Révolution et un prêtre bien atteint au niveau du ciboulot. Cependant au fil du récit, l’histoire prend une tournure plus grave, les ramifications de l’affaire prennent une tournure inattendue et notre jolie Cheryl n’est vraiment pas au bout de ses peines...

Disons-le tout de go, on n'est pas face à un grand crû. La faute tout d’abord à l’envie de donner du sens là où il n’y en a pas forcément en intercalant des citations du théoricien révolutionnaire Victor Serge (aka Viktor Lvovitch Kibaltchitch) en guise d’intermède entre deux scènes. Je trouve que c’est donner trop de profondeur à une suite d’événements qui tiennent bien plus du roman policier classique que du parcours initiatique de révolutionnaire en goguette. Certes Cheryl est une femme libérée (et c’est pas si facile...) mais elle ne croit pas au Grand Soir, sa vie étant vouée à ses clients, ses copines et son Gabriel. Le procédé m’a paru maladroit et sans objet, il aurait bien convenu par contre dans un récit du Poulpe classique tant on connaît le penchant libertaire du Poulpe. Un coup dans l’eau pour le coup !

Ensuite, j’ai trouvé l’histoire plutôt bateau, sans réels grands rebondissements malgré quelques saillies bien rigolotes et parfois même bien thrash (le meurtre originel est vraiment affreux et très bien rendu). Il ne se passe finalement pas grand-chose mais une ambiance bien branque se dégage de l’ensemble grâce notamment à des personnages hauts en couleur qui se débattent avec leurs existences dans un monde décidément pas tendre. Tant pis donc si l’ensemble tient plus du bric à brac foutraque, que certains artifices narratifs soient limites en terme de crédibilité, on passe malgré tout un bon moment en compagnie d’une équipe de bras cassés bien attachante dans l’ensemble.

Cheryl garde tout son charisme même si finalement je la trouve plutôt effacée par rapport à ce que j’avais pu entr'apercevoir dans mes lectures du Poulpe (elle a ici moins de franc-parlé et paraît moins engagée). On la suit cependant avec plaisir dans cette aventure belge qui la verra tour à tour se faire une super copine, venger la mort d’un ami et transmettre sa joie de vivre à toutes les heureuses personnes qui croiseront sa route. Le personnage est vraiment à suivre et il me semble d’ailleurs que d’autres volumes lui ont été consacrés, qui sait un jour peut-être mes pas me remettront sur le chemin de Cheryl en aventure solo !

Bien mené quoiqu’un peu creux, bien écrit mais sans génie réel, ce livre est à réserver avant tout aux fans de Cheryl (dont je fais partie vous l’aurez compris !) et du Poulpe. Les autres pourront passer leur chemin et se diriger vers la série d’origine avec d’authentiques chefs-d’œuvre d’humour et d’enquêtes déviantes.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
- Chicagone

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mercredi 22 mars 2017

"Cet été-là" de Lee Martin

Cet été-làL'histoire : Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s'est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent. Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient. Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ?

La critique Nelfesque : Après toutes ces années, vous commencez à savoir que j'aime les thrillers et les romans noirs ("oui, ça on a vu !"). J'aime encore plus quand les deux s'imbriquent et donnent à lire une histoire glaçante avec une intention de démêler les fils petit à petit, sans tambours ni trompettes. Quand l'auteur prend le temps de nous dépeindre une ambiance, un lieu, des gens. C'est exactement ce parti qui est pris par Lee Martin dans son roman "Cet été-là", premier ouvrage traduit en français et récemment publié chez Sonatine.

Katie Mackey a disparu. Un soir d'été, du haut de ses neufs ans et pieds nus, elle est partie à vélo en début de soirée pour rendre ses livres à la bibliothèque. Plus personne ne la reverra ensuite. On retrouvera son vélo à proximité et tout semble dire qu'elle a été enlevée. Oui mais pourquoi et par qui ?

La construction de ce roman est parfaite. Chaque personnage est caractérisé et le lecteur se retrouve souvent intimement lié à lui. Des moments d'introspection, de pensées profondes et inavouables sont disséminés ça et là dans le roman et permettent au lecteur de bien prendre en considération chacun d'entre eux, de les jauger, de les juger et de parfois essayer de se mettre à leur place. Il y a le professeur qui donne des cours particuliers aux enfants de la commune, son voisin qui a un problème d'addiction mais semble toujours prêt à aider les autres, la femme de ce dernier simple et pragmatique, le frère de Katie qui s'en veut terriblement d'avoir fait remarquer ce soir là à sa soeur qu'elle était en retard sur le retour de ses prêts, leurs parents prêts à tout pour connaître la vérité...

Lee Martin nous dépeint ici une petite communauté de l'Indiana, une ville où tout le monde se connaît et où rien ne se passe véritablement si ce n'est la vie. Les habitants sont nés ici, ne bougeront probablement pas et mourront dans leur ville. Non pas parce qu'ils l'aiment particulièrement mais parce que c'est comme ça. Alors entre temps, on se débrouille, on s'entraide, parfois on resquille et pour tromper les apparences dans un lieu où tout le monde sait tout sur tout le monde, on se ménage des petits jardins secrets. Tel personnage nous fait penser à telle personne de notre entourage, tel autre nous attendrit et fait monter en nous une grosse boule d'amour et d'empathie. Mais que cache parfois un excès de gentillesse ? De l'intérêt ? Un besoin d'être aimé ? Ou des contrées honteuses et insoupçonnées ?

"Cet été-là" est un excellent roman noir en cela qu'il tient le lecteur en haleine non pas par le rythme que l'auteur lui donne mais par l'intensité des émotions qu'il lui procure. Ici, peu de suspens ou de rythme haletant mais un simple voyage dans une petite ville des Etats-Unis où chaque habitant tient sa part de responsabilité dans la disparition d'une enfant. Effroyable vie ordinaire...

Comme dans la vie de tous les jours, chaque lecteur y ira de sa théorie, clouera au pilori son coupable, trouvera étrange voire malsain tel ou tel homme. Le lecteur jugera d'après les informations que certains personnages donnent ici 30 ans plus tard. Dans notre monde moderne, plus personne ne peut s'empêcher de juger, de donner son avis. "Ce n'est qu'un avis, cela ne fait de mal à personne" et pourtant... Combien ont vu leur réputation et leur vie ruinées par les on-dit. A chacun de se faire sa propre opinion ici en âme et conscience. Le roman nous interroge à plusieurs occasions et même quand le mot fin est là les doutes persistent. L'histoire de la fumée et du feu qui peut briser la vie d'un honnête homme...

La part d'ombre dans chaque personne, les concours de circonstance, le déterminisme, le manque de repères et d'amour. Il y a un peu de tout cela dans "Cet été-là". Un roman polyphonique à lire d'urgence si vous aimez les ambiances troublées, les chaudes soirées d'été et si vous pensez que dans la vie tout n'est jamais tout blanc ou tout noir. Lee Martin réussit le pari de nous téléporter au coeur des années 70, dans une petite ville discrète et calme, et de nous y piéger sans possibilité de retour. Comme un retour aux sources, comme une introspection. Le lecteur achève ce roman complètement habité...