mercredi 2 mars 2011

"La peine du menuisier" de Marie Le Gall

menuisierL'histoire: Son père est une ombre solitaire, sa maison bruisse de silences et les murs de pierre suintent le mystère... La narratrice grandit dans une atmosphère lourde de non-dits. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions. mais on est taiseux dans le Finistère.
Livrée à ses doutes et à ses intuitions, elle écoute les murmures, rassemble les bribes. Tisse patiemment une histoire. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance, mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité.

La critique Nelfesque: J'ai terminé ce roman il y a peu et encore aujourd'hui je reste mitigée à son sujet. En effet, bien que l'histoire soit en accord avec ce que j'aime dans les romans (une enfance douloureuse et la quête de ses origines), la façon de traiter le sujet est vraiment particulière.

Pendant 315 pages, le lecteur cotoie la mort. La narratrice est obsédée par les défunts, l'ambiance est macabre et l'enfant qui nous est présentée est sinistre. Loin des préoccupations enfantines, elle cherche à connaître son passé familial, elle laisse trainer ses oreilles là où on ne veut pas qu'elle entende, elle veut savoir pourquoi son père (le menuisier) est si silencieux. Comprendre pour mieux grandir, comprendre pourquoi sa soeur est "folle", pourquoi ses rapports sont si distants avec certains membres de la famille...

A mesure que Marie grandit, elle ne cesse de chercher, elle fouille dans les souvenirs des anciens, elle cherche dans les photos des défunts accrochés sur les murs, dans les greniers et les registres de la mairie, des bribes d'informations. Elle ne comprend pas toujours, ne trouve pas ce qu'elle cherche, alors elle brode et s'invente des personnages. Complètement obnubilée par ses questionnements qui devraient la mener vers une compréhension et une acceptation de soi, elle va faire de ses morts, une obsession qui l'empêche d'avancer réellement. Elle piétine dans le morbide et poursuit sa quête malsaine.

Malgré le côté noir de ce roman, "La peine du menuisier" m'a touchée sur certains points. Loin d'être obsédée comme l'auteur, je m'intéresse beaucoup à l'histoire de ma famille et je me suis retrouvée dans l'imagination de Marie. Comme elle, j'ai de la tendresse pour les personnes âgées et j'ai un besoin vital de me rendre sur le caveau familial. De plus la plume de Marie Le Gall est emplie de nostalgie et des passages me sont allés droit au coeur:

"Les vieux avaient plein d'arthrose et du mal à tenir la casserole ou le bol, surtout quand celui-ci faisait la taille d'une soupière. Maintenant, on ne vit plus sans tuyaux. La mort est lente à venir, et pour les plus malheureux se fait attendre des années. Le repos n'est plus perçu comme l'ultime récompense d'une vie, chez soi, au chaud sous les draps de lin et l'édredon gonflé de plumes. On ne meurt plus en entendant une dernière fois le chant du coq ou celui des oiseaux de nuit.
Et si ce jour-là on est entouré, on a de la chance."

Je conseillerai ce roman mais uniquement aux champions de l'optimisme. Mieux vaut avoir un moral au top car on frôle assez facilement la déprime quand on referme la dernière page.

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dimanche 27 février 2011

"Le vieil homme et la mer" d'Ernest Hemingway

VHELML'histoire: Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, j'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ca m'est égal lequel de nous deux tue l'autre.

Qu'est-ce que je raconte? Pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson.

E.Hemingway

La critique de Mr K: Au début du récit, nous faisons la connaissance de Santiago, un vieux pêcheur qui ne ramène plus rien de ses parties de pêche. Il a pour seul ami, un jeune garçon qui l'accompagnait lors de ses journées au large. Ses parents, ne voyant pas cela d'un bon œil, le font embarquer sur un autre bateau où la pêche est plus abondante. Au début du roman, c'est donc seul que le vieil homme part après 84 jours de disette poissonneuse. Il va croiser sur son chemin un espadon d'une taille peu commune qui va lui donner du fil à retordre.

Il s'agit ici de la relecture d'un classique qui m'avait marqué lors de ma pré-adolescence. Vingt ans après, le choc est toujours là, même évasion et même réflexion éveillées par cette parabole intemporelle sur l'âge et l'accomplissement de soi. Une plume simple, réaliste au millimètre (on est avec le vieil homme, dans sa barque, dans son quotidien) qui est au service d'un récit universel. On ne peut s'empêcher de voir dans cette histoire une parabole sur l'existence humaine notamment sur l'espoir et le courage qu'il nous faut pour tenter d'approcher nos rêves. La vie humaine est parsemée de défaites et de victoires mais ce qui semble compter le plus ce n'est pas le résultat en lui-même mais l'intensité des efforts déployés pour tendre vers la réussite. Dans cet ouvrage, malgré l'échec total du héros, ce dernier en ressort grandi dans sa dignité d'homme par rapport aux efforts immenses qu'il a fourni pour attraper le fameux poisson. Dans cette lutte longue et âpre, il se crée un lien, un respect mutuel entre les deux adversaires, d'ailleurs le vieux pêcheur s'adresse directement à l'espadon à de nombreuses occasions, façon pour lui de tenir le coup.

Une immense œuvre qui faut avoir lu une fois dans sa vie. Je crois que je vais me remettre à Hemingway dans les mois qui viennent histoire de relire Pour qui sonne le glas et découvrir L'Adieu aux armes.

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samedi 26 février 2011

Babies challenges 2011

Bon, ça n'aura échappé à personne qu'à la maison, nous sommes de gros lecteurs. Je crois que pour passer inaperçus, on a un peu foiré notre coup... Je fréquente quelques forums de lecture et en début d'année, j'ai dégoté des challenges intéressants. Comme je suis une grosse feignasse, je n'ai pas pris le temps jusqu'à présent de signifier ma participation aux 3 babies challenges ci-dessous.

Le but est simple: lire dans l'année le plus de romans possibles présents sur ces listes. Comme certains ne m'intéressent pas, je ne cherche pas à faire le carton plein mais comme j'en ai d'autres dans ma PAL ou ma LAL... why not! Et puis il y a des médailles en jeu, ça rigole pas!

Médaille d'or : 20/20
Médaille d'argent : 16/20
Médaille de bronze : 12/20
Médaille de chocolat : 8/20

Je m'inscris donc au baby challenge "Drame", au baby challenge "Contemporain" et au baby challenge "Thriller" (ça tombe bien hey c'est trois genre que j'aime beaucoup!).

Voyons ça de plus près... Sont portés en gras les romans que j'ai déjà lu et qui seront validés ainsi que les liens vers ceux qui ont été chroniqués ici.

BCdrame
Pour le baby challenge "Drame", je vise la médaille en chocolat (trop la classe!)

1 - Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini
2 - Neige de Maxence Fermine
3 - La voleuse de livres de Markus Zusak
4 - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee
5 - La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier
6 - La ferme des animaux de George Orwell
7 - Le Vieil Homme et la Mer d'Ernest Hemingway
8 - Le temps n'est rien / De toute éternité de Audrey Niffenegger   
9 - Ne t'inquiète pas pour moi de Alice Kuipers
10 - La route de Cormac McCarthy
11 - Le liseur de Bernhard Schlink
12 - Junk de Melvin Burgess
13 - L'attentat de Yasmina Khadra
14 - Le maître des illusions de Donna Tartt
15 - Un secret de Philippe Grimbert
16 - Si je reste de Gayle Forman
17 - Oliver Twist de Charles Dickens
18 - Les yeux Jaunes des Crocodiles de Katherine Pancol
19 - Lolita de Vladimir Nabokov
20 - Parce que je t'aime de Guillaume Musso

contemporain
Pour le baby challenge "Contemporain", je vise la médaille en chocolat (trop la classe bis!)

1 - Une Prière Pour Owen de John Irving
2 - La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Daniel Pennac
3 - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol de Lian Hearn
4 - Entre chiens et loups, tome 1 de Malorie Blackman
5 - Kafka sur le rivage de Haruki Murakami
6 - La porte des enfers de Laurent Gaudé
7 - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer
8 - Les Thanatonautes de Bernard Werber
9 - Oscar et la dame rose de Eric-Emmanuel Schmitt
10 - L'évangile selon Pilate, suivi de Journal d'un roman volé de Eric-Emmanuel Schmitt
11 - Seul le silence de R.J. Ellory
12 - La vie devant soi de Emile Ajar
13 - Le monde de Sophie de Jostein Gaarder
14 - L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
15 - La ferme des animaux de George Orwell
16 - L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt
17 - Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda
18 - Les enfants de la liberté de Marc Levy
19 - Cosmétique de l'ennemi de Amélie Nothomb
20 - Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

thriller
Pour le baby challenge "Thriller", je vise la médaille de bronze (on ne m'arrête plus!)

1 - Shutter Island de Dennis Lehane
2 - Le silence des Agneaux de Thomas Harris
3 - La mémoire fantôme de Franck Thilliez
4 - Le chuchoteur de Donato Carrisi
5 - Seul le silence de R.J. Ellory
6 - Robe de marié de Pierre Lemaitre
7 - La nuit des enfants rois de Bernard Lenteric
8 - Les Rivières Pourpres de Jean-Christophe Grangé
9 - Cul-de-sac (Piège Nuptial) de Douglas Kennedy
10 - Chroniques des vampires, tome 01 : Entretien avec un vampire de Anne Rice
11 - Thérapie de Sebastian Fitzek
12 - La chambre des morts de Franck Thilliez
13 - La Trilogie du mal, tome 1 : L'Âme du mal de Maxime Chattam
14 - L'Evangile selon Satan de Patrick Graham
15 - Le Serment des Limbes de Jean-Christophe Grangé
16 - Dragon Rouge de Thomas Harris
17 - Dead Zone de Stephen King
18 - L'Oeil de Caine de Patrick Bauwen
19 - Le 5e règne de Maxime Chattam
20 - Le Vol des Cigognes de Jean-Christophe Grangé

vendredi 25 février 2011

"À genoux" de Michael Connelly

agenouL'histoire: Le corps du Dr Stanley Kent vient d'être retrouvé au belvédère naturel proche de Mulholland Drive: deux balles dans la nuque, style exécution. Nouvellement affecté à la section Homicide Special, l'inspecteur Harry Bosch découvre vite que le Dr Kent avait accès à des matières radioactives utilisées dans le traitement de certains cancers féminins... et que ces matières ont disparu. Aux yeux de l'agent spécial du FBI Rachel Walling, que Bosch aime encore malgré leur rupture après le fiasco d'Echo Park, ce meurtre et cette disparition risquent fort de marquer le début d'un attentat terroriste à la bombe sale. Donc conflit ouvert et cette fois, Bosch n'est pas sûr d'avoir le dessus: il y a certes de la parano dans les services de la sécurité du territoire, mais la menace islamiste est bien réelle...

La critique de Mr K: Une fois de plus, l'abbé m'a permis d'ajouter une pièce dans ma collection de Connelly et cette fois ci en grand format! À genoux se situe juste après Echo park que j'avais bien apprécié. À tout bien réfléchir, Connelly ne m'a jamais vraiment déçu.

On retrouve ici une Harry Bosch fraîchement muté dans la section spéciale spécialisée dans l'élucidation de meurtres particulièrement retors. Notre inspecteur préféré va être confronté dans cette enquête à un crime de sang froid sonnant comme une exécution. Livre construit comme un compte à rebours (Harry trop fort, résout l'affaire en 8 heures!), des pistes apparaissent rapidement. Véritable course aux indices, on se laisse embarquer immédiatement par les personnages déjà rencontrés dans de précédents ouvrages de Connelly, mention spéciale à l'agent Rachel Welling dont le charme tout naturel ne laisse par Bosch indifférent. Retrouvailles forcées, coups de gueule et petits jeux de séduction ponctuent une enquête trépidante enchaînant révélations et coups de théâtre... du Connelly pur jus et du meilleur crû.

Intrigue bien ficelée, parano ambiante bien rendue (Connelly égratigne au passage l'Amérique et sa psychose de l'arabe terroriste), rythme effréné, la ville de Los Angeles remarquablement rendue une fois de plus, des personnages creusés et complexes... Non ne cherchez plus, le maître a encore frappé!

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jeudi 24 février 2011

"La Princesse des glaces" de Camilla Läckberg

princessedesglacescouvL'histoire: Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint.
A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge dans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide.

La critique Nelfesque: Depuis sa sortie, j'ai très envie de lire "L'Oiseau de mauvaise augure"de Camilla Läckberg. Oui mais voilà, il fait parti de la saga "Erica Falck et Patrik Hedstrôm" et bien que chaque roman possède une histoire propre, je risquai de passer à côté de nombreux détails composant le fil conducteur de l'ensemble de la saga.

Cette auteur fait beaucoup parler d'elle. Moi qui n'aime pas les modes, je me suis tout de même lancée dans cette lecture parce que j'adore les thrillers, parce que j'aime beaucoup les polars venus du froid (à l'instar de Millénium 1, 2 et 3) et parce que j'adore la collection "Actes noirs" au look sobre et aux tranches noires qui donnent un côté classe à ma bibliothèque.

Bon, mais esthétisme mis à part, que dire de "La Princesse des glaces"? Camilla Läkberg a une écriture très fluide et une fois commencé, il m'a été difficile de lâcher ce roman avant une centaine de pages et l'arrivée de la petite voix dans ma tête me disant d'éteindre la lumière et de dormir. Ce thriller ne révolutionne pas le genre mais reste très agréable à lire. L'histoire est assez classique mais les liens qui unissent les différents personnages accrochent le lecteur. C'est là que se situe pour moi le point fort de ce roman (je ne parle pas de la saga dans son ensemble, je ne veux pas m'avancer avant de les avoir lus). Certains n'ont pas aimé ce roman justement parce que l'auteur s'attache beaucoup à la psychologie de ses personnages, à ce qu'ils pensent, à leurs vies privées... A mon sens, il faut voir cet opus comme une oeuvre pilote. Ici, l'auteur plante le décor (un village suédois), accroche le lecteur sur une trame de fond (l'enquête et la vie privée d'un écrivain et d'un flic local) et personnellement, la perspective de lire la suite des aventures d'Erica Falck et Patrik Hedstrôm me ravit. Il y a pour l'instant 5 tomes traduits en français, donc amplement de quoi faire! J'ai déjà acheté le second tome, "Le Prédicateur".

Ici, nous faisons connaissance avec Erika Falck, auteur de biographies, elle est de retour dans sa ville natale suite au décès de ses parents afin de mettre en ordre leurs "affaires" et la succession qui va avec. Tout en continuant d'écrire la biographie sur laquelle elle travaille, elle s'attelle à une nouveau projet. Cela fait plusieurs années qu'elle songe à écrire un roman et l'heure est venue. Une des premières arrivées sur le lieux de ce qui semble être un crime, elle découvre son amie d'enfance, Alexandra Wijkner, les poignets tailladés dans sa baignoire. Elle va alors se rapprocher de la famille de la défunte qui va lui demander d'écrire la nécrologie de son amie. L'auteur commence alors une "enquête" pour se familiariser avec l'Alexandra d'avant sa mort, elle qui n'a connu cette femme qu'enfant.

Elle va croiser la route de Patrik Hedstrôm, officier de police, qui mène l'enquête officielle. Avec leurs retrouvailles après des années, remontent alors les souvenirs d'enfance et d'adolescence.

"La princesse des glaces" fut une belle découverte pour moi. J'attends de lire la suite pour voir si l'essai est transformé mais, moi qui adore les romans qui s'attachent ainsi à la psychologie et à la vie des personnages, je n'ai pas été déçue.


lundi 21 février 2011

"Une porte sur l'été" de Robert Heinlein

Une_porte_sur_l_ete_Robert_HeinleinL'histoire: Il est le meilleur ingénieur de son temps. Il a inventé le robot à tout faire et crée l'usine qui le construit.

Mais le voilà dépossédé de tout par la trahison de son meilleur ami et de la femme qu'il aimait.

Il s'enfuit dans l'avenir au moyen du long sommeil. Avec pour seul compagnon Petronius le Sage, le chat qui sait qu'en faisant le tour de la maison, il trouvera, en plein hiver, une Porte qui ouvre sur l'été.

La critique de Mr K: Retour à la SF aujourd'hui avec un livre de Robert Heinlein, grand auteur dans le domaine avec notamment Starship Troopers ou Révolte sur la Lune. Sorti en 1957, il a été réédité en mai 2010 dans la collection SF du livre de poche. C'est cette version que j'ai pu dévorer après un échange fructueux avec une lectrice virtuelle.

Le postulat est simple, le héros, ingénieur de métier, est trahi par sa fiancée et son meilleur ami. Spolié, il se fait cryogéniser pour 30 ans et se réveille en l'an 2000. Le monde a bien changé, son ressentiment non, il commence alors à échafauder son plan. Beaucoup d'aspects de la vie sont abordés dans ce petit livre (280 pages): l'amour, la trahison, la notion de progrès, le capitalisme libéral. Le tout sans préciosité, dans un style simple et non pompeux. C'est avec plaisir que l'on suit ce héros dépassé par les événements au départ, naïf sur lequel le sort semble s'acharner. J'ai particulièrement apprécié les rapports qu'il entretient avec Petronius (alias Pete) son chat qui lui répond et semble le comprendre instinctivement, tous les amoureux de tigres de salon s'y retrouveront. C'est d'ailleurs ce compagnon à quatre patte qui va l'inciter à trouver cette fameuse porte vers l'été, symbole hautement poétique de la recherche du bonheur dans cet ouvrage.

Je suis sorti touché comme rarement de cette lecture SF. C'est un genre qui m'apporte beaucoup mais qui à part quelques titres comme Des fleurs pour Algernon ou La route reste purement récréatif ou réflectif. Ici, même si des passages s'apparentent à une réflexion sur le progrès (robots ménagers à tout faire, l'abolition de la gravité) ou sur le capitalisme (voir les rapports compliqués et à couteaux tirés avec le directeur marketing de la boîte qui l'emploie en 2000), ce qui m'a le plus marqué c'est la quête du bonheur qu'entretient Dan B. Devis avec notamment une histoire d'amour assez osée pour l'époque, flirtant avec le mythique Lolita de Nabokov. À ce propos, j'ai trouvé que ce roman se situait parfois à la limite de la misogynie avec notamment un portrait bien trop caricatural de son ex-fiancée Belle, personnage exécrable à côté duquel Marine Le Pen se révèlerait fréquentable... c'est dire! C'est pour moi le seul et unique défaut de cet ouvrage.

Je l'ai lu en une journée, impossible de le lâcher avant la fin. Un très bon livre entre SF et une histoire d'amour intemporelle qui a ravi mon cœur de midinette (oui je sais, je cache bien mon jeu). Avis aux amateurs!

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jeudi 17 février 2011

"Le Prince des marées" de Pat Conroy

prince_des_mar_esL'histoire: Tom, Luke et Savannah ont grandi au paradis, dans le sud faulknérien, sur la petite île de Melrose où leur père pêchait et leur mère régnait par sa beauté. Comment survivre à tant de bonheur et de poésie ? Leur enfance éblouie et perdue préfigure les drames inévitables de l'âge adulte. Parce qu'ils refusent de mûrir, de vieillir, leurs rêves d'art, d'exploits, de justice vont se heurter à la brutalité du monde réel. La géniale et tragique Savannah et ses frères affrontent l'amour, la solitude et la peur de vivre avec une ironie désespérée. De leurs blessures inguérissables naissent des fous rires sans fin et une immense tendresse.

La critique Nelfesque: J'ai acheté "Le Prince des marées" sur un coup de tête, sans en avoir jamais entendu parler, pour la 4ème de couverture qui tombe pile poil dans les "drames" que j'aime: une enfance entre deux eaux avec ses joies et ses peines et le long parcours vers l'âge adulte à l'image de "Le petit copain", "Le secret du bayou", "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" ou encore"Seul le silence". J'ai tenté le coup et ce malgré les 1068 pages de ce pavé. Et oui, j'aime le risque!

Quelle bonne idée j'ai eu là! Je m'attendais à un récit familial chronologique et ce roman est tout autre. Tom, coach de football américain, veut venir en aide à sa soeur jumelle Savannah, aujourd'hui écrivain de talent. Après plusieurs tentatives de suicide, elle est internée dans un hôpital psychiatrique où sa psychologue, admiratrice de ses écrits, veut percer le mystère de son mal-être. Pour ce faire, elle fait appel à Tom pour qu'il l'aide à démêler les fils de leur passé commun. A travers plusieurs séances chez ce spécialiste et diverses conversations privées avec elle, Tom va se mettre à raconter ce qui a fait son enfance: leurs vies sur une île proche du continent, le métier de crevettier de leur père, l'amour particulier de leur mère, les liens de leur fratrie, les drames qui ont eu lieu... Et le lecteur est pris dans un récit passionant mêlant vie de tous les jours, lutte des classes, regards d'enfant et souvenirs poignants.

Tom n'a jamais quitté sa région et se retrouve confronté à la vie new-yorkaise, trépidante et où les habitants sont bien différents de ses relations habituelles. Face à son enfance, face à ses peurs, il va aider sa soeur et s'aider lui-même. L'occasion lui ai donné de tout mettre à plat et de se réconcilier avec son passé.

On alterne donc, un chapitre sur deux, avec les souvenirs de Tom et les rendez-vous chez la psychologue. Les personnages sont fouillés et complexes, les rapports entre eux sont passionnants et c'est avec plaisir qu'on les retrouve à chaque lecture (oui 1068 pages c'est long mais on ne voit finalement pas le temps passer). Entre poésie, drame et humour parfois, on s'attache rapidement à la vie à la dure mais si belle dans cette région des Etats-Unis dans les années 60. Si vous n'êtes pas rebutés par les gros livres, je vous conseille fortement ce roman que j'ai adoré.

1000"Le Défi des Mille" ayant donné son top départ alors que j'étais en pleine lecture de ce roman, j'ai raccroché les wagons. Ca tombe bien, j'ai encore quelques pavés dans ma PAL!

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mercredi 16 février 2011

"Le Secret du treizième apôtre" de Michel Benoît

13eme_apotreL'histoire: Ceux qui ont tenté de percer l'énigme du treizième apôtre ne sont plus là pour en parler...

Assassiné dans le train Rome-Paris, le père Andrei était sur le point de découvrir un secret que l'Église s'acharne, depuis sa fondation, à dissimuler. Avant sa mort, il avait eu le temps de se confier à son ami, le père Nil. À son tour, celui-ci se lance sur les traces d'une mystérieuse épître qui prouverait que Jésus n'est pas le fils de Dieu... Rome va tout faire pour l'en empêcher, Jérusalem et La Mecque aussi: car c'est l'ordre du monde qui est en jeu.

La critique de Mr K: Un excellent thriller mystico-historique que j'ai lu très rapidement. Il faut dire que je suis particulièrement friand du genre mêlant à la fois les ficelles du policier et les références historico-religieuses (reliquat de mes années fac avec option histoire des religions). J'avais apprécié en leur temps Anges et Démons et le fameux Da Vinci Code malgré des défauts et plus récemment, j'avais moins aimé Le dernier testament de Le Roy que j'avais plutôt trouvé raté. Avec Michel Benoît, j'ai retrouvé les frissons qui m'avait habité lors de ma lecture du Nom de la rose et j'ai passé un très bon moment en compagnie du père Nil courant derrière une vérité qui dérange nombre de puissants (dont les prélats des trois religions monothéistes et une secte).

Il est ici question de la nature de Jésus: être divin fils de Dieu, simple mortel à la rhétorique et au charisme impressionnant? Rappelez-vous avant tout qu'ici on se trouve devant un roman ce qui est d'ailleurs précisé dans les appendices situés en fin d'ouvrage et qui permettent de faire la différence entre le vrai et le faux. L'auteur est un ancien moine bénédictin qui a quitté les ordres et qui s'est intéressé de très près à la vie de Jésus. Son talent d'écrivain n'a d'égal que l'étendue de ses recherches et les liens qu'il a pu tisser entre des éléments à priori disparates (manuscrits de la mer morte, étude approfondie des quatre Évangiles, les aveux de certains templiers....). Dans ce livre, on pénètre au plus profond du dogme catholique, au centre de la foi des chrétiens: Jésus. Le personnage du père Nil, vite convoqué au Vatican, va s'enfoncer de plus en plus profondément dans ses recherches au cœur de la cité des Papes (pas vraiment peace and love d'ailleurs mais on s'en doute un peu...) et va bien malgré lui provoquer bien des remous. Un chapitre sur deux est l'occasion pour Michel Benoît d'effectuer des flashback remontant à la période de la vie et de la mort du Messie, la fuite des nazaréens, éradication des Templiers ou encore l'Hégire...

Je n'en dirais pas plus sur le contenu pour ne pas éventer l'ensemble. Sachez simplement que l'ensemble est remarquablement mené et crédible même si après chacun se fera sa propre opinion. Perso, je me revendique comme animiste et je ne crois pas un instant à l'incarnation de Dieu en homme. La lecture de ce roman est aisée: l'écriture est remarquable de légèreté et de facilité malgré la teneur des propos, on tourne les pages sans s'en rendre compte. Je m'en cache pas, j'ai pris un pied monstrueux à la lecture de ce livre que je conseille à tous les amateurs du genre!

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dimanche 13 février 2011

"Il a jamais tué personne mon papa" de Jean-Louis Fournier

ilatuepersonnemonpapaL'histoire: Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier. Un drôle de docteur qui s'habillait comme un clochard, faisant ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d'argent. Ses patients lui offraient un verre.
Il n'était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu ; il disait alors qu'il allait tuer sa femme. Un jour il est mort : il avait quarante-trois ans.
Longtemps après, son fils se souvient. A petites touches, en instantané, il trace le portrait de ce personnage étonnant, tragique et drôle à la fois. Il a appris, en devenant grand, l'indulgence. Et qu'il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui, plus fragiles, choisissent de " mauvais " moyens pour supporter l'insupportable.

La critique de Mr K: J'aime beaucoup Jean-Louis Fournier, j'utilise régulièrement en cours sa "Grammaire française et impertinente" et j'avais particulièrement apprécié son roman sur la vieillesse "Mon dernier cheveu noir". L'abbé aidant, je suis tombé sur ce livre fortement autobiographique où Fournier nous parle de son père médecin alcoolique et de la vie quotidienne de la petite famille.

"Il a jamais tué personne, mon papa" se présente sous la forme d'une succession de cours chapitres d'une page présentant une facette du père: La claque à papa, Papa et moi, Mon papa était docteur etc... C'est le jeune Jean-Louis qui nous parle avec un vocabulaire enfantin, des ellipses aussi d'enfant qui ne comprend pas tout au monde des adultes et surtout au comportement de son père. Ce livre très court, je l'ai lu en une heure à tout casser tant on est pris par cette vie décrite simplement. Les émotions sont multiples, on passe très rapidement du rire au nœud à l'estomac. Impossible de ne pas sourire face aux réparties improbables du père bourré rentrant le soir à la maison, surtout quand ces répliques sont retranscrites par un enfant. Impossible de ne pas être saisi par la mélancolie ambiante dans cette famille où les enfants et parfois la mère ont peur du mari qui rentre à la maison, mari qui dépense la plupart de l'argent du foyer dans les troquets du coin. En voici un petit chapitre:

ON A PERDU PAPA (page 63)

Un jour, papa a disparu. Maman était sûre qu'il n'était pas sorti de la maison, mais impossible de le trouver.

On a cherché partout, on a fouillé toute la maison, on inspecté toutes les pièces, on a regardé sous les lits, on a ouvert les placards, les grandes armoires, rien, pas de papa.

Quelqu'un a eu l'idée d'aller revoir dans son cabinet. Dans son cabinet, il y avait un piano, le piano était dans un angle de la pièce. Et derrière le piano, allongé, une cigarette au bec, il y avait papa, avec un drôle de sourire. Il avait l'air de dire «Je vous ai bien eus».

Il aimait bien jouer à cache-cache, mon papa.

Plus on avance, plus le malaise s'installe car on le sait dès le départ, l'histoire va mal finir, cet homme médecin reconnu et apprécié va mourir, sa maladie le ronge lui et sa famille. L'enfant n'en veut pas vraiment à son père mais les regrets sont nombreux. Les chapitres défilent à une vitesse folle et la fin nous cueille sans coup férir nous laissant pantelant. C'est du réel, rien que du réel, sans artifice aucun. Une lecture touchante dont je me rappellerai longtemps.

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jeudi 10 février 2011

"La guerre des mondes" de H. G. Wells

guerre10L'histoire: Mars est une planète plus éloignée du soleil que la terre. Considérant que le cycle de la vie sur Terre s'arrêtera le jour où le soleil s'éteindra, Mars logiquement est une planète qui mourra bien longtemps avant la planète bleue.

Ce que n'avait pas imaginé les terriens, c'est qu'il y a de la vie sur Mars. Un jour, les Martiens, doivent quitter leur planète pour survivre. Ils arrivent donc sur Terre...

La critique de Mr K: Aujourd'hui, critique d'un livre dont tout le monde a entendu parlé, un classique du genre qui m'avait jusqu'alors échappé. C'est une fois de plus chez l'abbé que "La guerre des mondes" m'a fait des œillades et que j'ai décidé de l'adopter. J'ai vu les deux adaptations qui en avait été faite dont la dernière au cinéma réalisée par Spielberg avec un scientologue bien connu dans le rôle du héros principal. Adaptation est le mot qui convient tant la matière originelle m'a surprise et désarçonnée au départ...

J'avais oublié que HG Wells était né au XIXème siècle, c'est donc la première histoire d'invasion martienne que je lis qui se passe à cette époque... et ça surprend au début. Lors de la panique, on se retrouve face à des embouteillages de cabriolets et autres voitures à cheval, la riposte se fait par batteries d'artillerie et la cavalerie est encore présente dans les corps d'armée. Inutile de vous dire que dans la première partie, c'est la débandade pour l'espèce humaine. C'est un des premiers livres du genre et l'on y retrouve les ingrédients récurrents propre au genre: la supériorité technologique des extras-terrestre (décrite ici de façon imagée et archaïque, l'ouvrage date tout de même!), le héros séparé de ses amis, de sa famille et son nécessaire parcours pour les retrouver, la bêtise humaine dans les moments de panique, les scènes de destruction et de mort et le renversement de situation sous forme de deus ex machina qui à la vue de l'actualité récente n'en est que plus plausible.

Le livre se lit très facilement même si le style parfois lourd de Wells trahit l'âge de cet opus. L'histoire est racontée par le héros lui-même ce qui facilite l'identification au personnage. Tout est vu, décrit et expliqué à travers les yeux du personnage principal. C'est d'ailleurs la grande force du métrage de Spielberg qui avait décidé de montrer l'invasion des extras-terrestres à hauteur d'homme, suivant constamment le regard que portait Tom Cruise sur les événements (remarquable en ces temps de surenchères de vues aériennes apocalyptiques dans les salles obscures). On suit donc très facilement les événements, on les vit. Malgré quelques réticences au départ, je me suis laissé embarqué et un sourire non feint pouvait se lire sur mon visage à la fin de ma lecture. Je l'ai lu et aimé comme tant d'autres avant moi.

Vous savez ce qui vous reste à faire!

Posté par Mr K à 11:44 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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