jeudi 9 septembre 2010

"Nazis dans le métro" série Le Poulpe de Daeninckx

Nazis_dans_le_metroL'histoire: Un homme de 78 ans passé à tabac dans un parking et qui émerge d'un coma profond avec un gros trou à la place de la mémoire, c'est un fait divers banal. Mais quand cet homme est André Sloga, écrivain et homme libre, qui préparait un livre sur une affaire d'empoisonnement dans le Poitou, le Poulpe ne peut que s'y intéresser. Et quand il découvre d'autres personnages qui, eux, empoisonnent depuis trop longtemps l'atmosphère du pays, c'est sans douceur qu'il pose ses gros poings d'interrogation sur des crânes rasés. Ex-dissidents déjantés, ex-gauchos bouffés aux mythes antisémites, ex-yougos un petit peu massacreurs et néo-nazis tout à fait nazes, les verts-de-gris grouillent comme vers de vase: le marécage parisien est bien plus dangereux que le marais poitevin.

Mais pour parvenir à ces malfaisants, le Poulpe devra répondre à la question: qui est Max, et quel est ce haut-parleur qui gueule sur la place?

La critique de Mr: Il y avait déjà un petit bout de temps que je n'avais été rendre visite à ce cher Gabriel, alias le poulpe. Comble de la goujaterie, je n'avais toujours pas lu, le volume écrit par Daeninckx, ô combien apprécié par les amateurs de l'invertébré. Le tort est aujourd'hui réparé et je m'en vais vous parler de mes retrouvailles avec ce privé plus que spécial!

Comme tout opus de la série, après la scène d'expo, le roman débute derrière le zinc où Gabriel a ses habitudes: le Pied de porc (tout un programme!). Au détour d'une lecture du journal, il tombe sur un fait divers dont la victime n'est autre qu'un de ses auteurs fétiches. Il n'aura de cesse de s'arrêter qu'une fois les responsables hors d'état de nuire. Commence pour lui, une lente et longue descente dans les milieux fachos qu'ils soient de droite ou de gauche.

On retrouve ici tout le talent de Daeninckx pour mêler histoire et roman policier, on se rappelle notamment de ses deux chefs d'œuvres: Cannibale et Meurtres pour mémoire. Ici, il plonge dans les milieux extrémistes: petites frappes skins de seconde zone, écrivains révisionnistes, politiques véreux et librairies complaisantes envers les verts-de-gris (surnom des soldats allemands pendant l'occupation, appellation aujourd'hui réservée aux fachos de tout poil). Intéressant de voir les passerelles possibles et empruntées par certains entre l'extrême gauche anti-capitaliste et l'extrême droite. L'extrémisme est d'ailleurs un thème cher à l'auteur, le racisme étant présent au coeur de nombre de ses ouvrages.

Belle langue, légèreté des mots, phrases qui claquent et qui font mouche. On suit avec plaisir le Poulpe entre scènes de bar, de filature, d'interrogatoires plus ou moins musclés, baston à l'occasion. On sourit à chaque apparition de Chéryl, sa coiffeuse d'amoureuse dont le charisme n'a d'égal que son côté décalé. Une lecture agréable donc, rapide et franchement défouloire (acte final terrible) en ces temps où certains de nos gouvernants flirtent avec l'extrémisme.

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lundi 6 septembre 2010

"L'homme à l'envers" de Fred Vargas

untitledL'histoire: Laisser les loups vivre en liberté dans le Mercantour, c'était une bonne idée, dans l'air du temps. Ce n'était pas celle des bergers et, quelques mois plus tard, la révolte gronde.

Mais est-ce bien un loup qui tue les brebis autour du village de Saint-Victor? Les superstitions resurgissent, un bruit se propage: ce n'est pas une bête, c'est un loup-garou... Lorsqu'une éleveuse est retrouvée égorgée dans sa bergerie, la rumeur tourne à la psychose. À Paris, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Marcantour: "Comme des tisons, mon gars, comme des tisons ça fait, les yeux du loup, la nuit".

La critique de Mr K: Ca faisait un petit bout de temps que cet auteur m'intéressait et me faisait de l'oeil. Les 40 premières lignes du chapitre 2 ont été le sujet du DNB technologique il y a déjà quelques années et je l'utilise souvent lors de DNB blanc pour mes loupiots, régulièrement à la Fnac je tombe sur les oeuvres de cette archéologue-écrivain et je remets à plus tard l'achat d'un volume, enfin mes parents m'en avait déjà parlé au détour d'une conversation à propos de nos lectures respectives... Tout ça pour dire que c'est mon premier Vargas! Et franchement, si j'avais su, j'aurai fréquenté cet auteur bien plus tôt.

Ce livre s'apparente à un road-movie campagnard (roman picaresque comme disait mon vieux prof de français de Lycée, Mr B) oscillant constamment entre suspens et moments de franche rigolade. Il est surtout prétexte à la présentation et à la mise en action de personnages hauts en couleur. Il y a Adamsberg, pas très présent d'ailleurs au début, personnage étrange, au charisme puissant et aux manières délicates mais fermes (nombre de blogueurs vantent ses mérites, il a ses fans!). Camille, une ex, qui s'est éxilée en pleine cambrousse et dont le plus grand plaisir est de se plonger dans les catalogues d'outillage professionnel pour "s'évader" et parfois se ressourcer. Lawrence, son amant canadien au phrasé minimaliste, amoureux de la nature, spécialiste des grizzlis, expatrié en France pour étudier les loups du Mercantour. Soliman, fils adoptif d'une éleveuse sauvagement assassinée, d'origine africaine, amateur des définitons du dictionnaire et conteur hors-pair de petites sagesses africaines de son crû! Exemple:

- Avant, commença Soliman, aux commencements du monde, les hommes ne faisaient pas la cuisine.
- Ah merde, dit le Veilleux.
- Et c'était comme ça pour toutes les bêtes de la terre.
- Oui, coupa le Veilleux en versant le vin. Adam et Eve ont couché ensemble, et ensuite ils ont dû trimer et se faire à manger toute la vie.
- Pas du tout, dit Soliman. Ce n'est pas ça l'histoire.[...] Partout, la nourriture était à portée de leur main, continuait Soliman. Mais l'homme prenait tout pour lui et les crocodiles se plaignaient de sa voracité égoïste. Pour en avoir le coeur net, le dieu du marais puant pris la forme d'un crocodile et s'en alla contrôler la situation par lui-même. Après avoir souffert la faim pendant trois jours, le dieu du marais convoqua l'homme et lui dit: "Dorénavant, l'Homme, tu seras partageux". "Que dalle", lui répondit l'Homme. "J'en ai rien à branler des autres". Alors le dieu du marais entra dans une terrible colère et ôta à l'homme le goût du sang, de la chair fraîche et de la viande crue. À dater de ce jour, l'homme dut faire la cuire tout ce qu'il portait à sa bouche. Ca lui prit beaucoup de temps et les crocodiles eurent la paix dans leur royaume de la viande crue.
- Pourquoi pas, dit Camille.
- Alors l'homme humilié d'être devenu la seule créature à manger cuit, repassa tout le boulot à la femme. Sauf moi, Soliman Melchior, parce que je suis resté bon, parce que je suis resté noir, et ensuite parce que je n'ai pas de femme.

Mais mon personnage préféré reste sans conteste et de loin: le Veilleux! Berger d'un âge certain et collaborateur fidèle de la première victime, il décide avec Soliman et Camille de "coller au cul" du meutrier pour retrouver le responsable de la mort de sa patronne. Ce personnage est dantesque: stoïque, inquiétant, gâteux mais curieux, tolérant mais aussi plein de principes (il faut lire le passage où il dérouille à l'aide de sa vieille pétoire trois motards lepénistes s'en prenant à Soliman et Camille!)... Il inspire le respect et en même temps le rire, tellement il est décalé par rapport aux autres personnages et représente la vieille France paisible et traditionnelle mais à la fois accueillante.

On passe vraiment un excellent moment en compagnie de tous ces énergumènes, c'est mon premier road-movie en bétaillère mené tambour battant! Loin de se moquer du monde paysan et de la ruralité, on est plus dans une immersion picaresque à vocation humoristique et naturaliste. Ca se dévore, ca se déguste et ca se digère très bien! un bon livre que je vous conseille chaudement!

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dimanche 5 septembre 2010

"May le monde" de Michel Jeury

mayL'histoire: May a dix ans. Peut-être est-elle en train de mourir. Le docteur Goldberg l'a envoyée en vacances dans la maison ronde, au milieu de la forêt, rejoindre quatre locataires, Thomas et Lola, Nora et la docteure Anne. Ils sont chargés en fait de distraire les enfants malades. Et de leur apprendre le monde.
Un monde qui ressemble au nôtre. Mais qui n'est pas le nôtre, qui en est prodigieusement distinct et distant, sur une autre "brane". Où tout, en réalité, est différent, subtilement ou violemment. Le docteur Goldberg vous expliquera ça.
Encore heureux qu'il y ait le "Changement", sans lequel la vie ne vaudrait pas d'être vécue. Et l'"Extension", si vaste qu'elle cache peut-être, dans quelque recoin d'un monstrueux capharnaüm, ce que May nomme en langage grimm's "mondo paradisio".

La critique Nelfesque: Au secours! Je suis arrivée au bout des 393 pages de "May le monde" au prix d'un effort quasi physique et avec un sentiment que je n'avais encore jamais éprouvé à ce point: celui d'avoir perdu mon temps.

Je n'irai pas par quatre chemins. Malgré la 4ème de couverture alléchante, je ne conseillerai pas ce livre. Et ce pour plusieurs raisons.

L'histoire tout d'abord est inintéressante car servie avec une écriture indigeste qui prime sur tout le reste. Ce roman de Michel Jeury est vendu comme étant un évènement, un chef-d'euvre poignant, un renouveau de la science-fiction avec une langue inventée et un style jusqu'alors jamais vus. J'ai envie de dire "Tant mieux!!!". Pour que vous vous fassiez une idée voici un extrait, pris au hasard dans ce roman:

'Mam's chérie, tu vas à peine reconnaître ma façon de parler. C'est que Thomas m'a aidée. Il m'a billée des idées, des chicos et des dingos, et il m'a même corrigé mon brouillon avec une pointe cochon noir le dernier cri genre. Comme ça ma lettre sera moins mal foutue. Je te ferai un mel-i quand je serai rentrée à Eckhart. A la Magerie, ils ne sont pas connectés, le fili et l'électricité sont mezzo pourris depuis cent ans. Le mel-i, quand je peux, c'est plus facile pour moi, et mon copain Dimi m'aide si je m'emberlife. Grandp' a un tzar Ape, mais il fonctionne plus depuis longtemps. Et puis Thomas dit qu'il faut se méfier des ordi singes. Trop branché cul. Lui a un senseur rétine rêve rose , assez coquin mais pas trop."

Ce genre d'écriture, enfantine, pourrait être drôle et fraîche sur quelques pages mais au bout d'un moment, c'est vraiment pénible. D'autant plus que l'oeuvre est très pauvre en vocabulaire. Le langage, soit disant inventé, se résume à raccourcir des mots ("mom" pour moment, "anim" pour animaux, "hum" pour humain), à changer une lettre du mot français ("mondo" pour monde, "éternété" pour éternité, "toubab" pour toubib signifiant docteur en argot), à user d'anglissisme ("chite" pour merde, "chiterie" pour saloperie, "phone" pour téléphone)... Tout cela ne suffit pas, à mon sens, à l'invention d'une langue. Prenons Nosfell et son Klokobetz dans le monde musical, ou en restant dans la littérature, les nombreuses langues inventées par Tolkien. Là il y a de la recherche, tout un univers et une construction grammaticale, étymologique et lexicale autour de ces langues. On en est loin ici. Les quelques mots "détournés" reviennent en boucle dans le roman. On tourne sans arrêt autour du même thème, du même vocabulaire, des mêmes formulations. C'est le serpent qui se mort la queue et on s'ennuie.

Passé les 100 premières pages, je me suis dit que tout cela devait avoir un but, comme dans l'excellent "Des fleurs pour Algernon" de Daniel Keyes où l'écriture et la syntaxe servent merveilleusement le roman. Et bien non pas vraiment... Ce moment tant espéré n'est jamais arrivé. D'autant plus que les choses se corsent quand on arrive à la mot-phrase (formé d'un seul mot), à la locution-phrase (de plus d'un mot) ou carrément au petit-nègre comme ici:

"Si un trou? Tomber profond? Impossible. Non espace non temps. Nuit. Oeuf monde. Mes yeux accoutument distinguer un peu ciel. Petite clarté. Bruit encore. Hélivoles peut-être. Bon mom aime entendre les hélivoles. Machines vivent en ciel. Avancer. Chien aide prie sens cherche le chemin. Sol trop mou pas le chemin. Mes pieds enfoncent chien aussi. Je rattrape par peau du dos essaie tirer."

Plus d'une fois j'ai voulu arrêter ma lecture afin de m'attaquer à un des nombreux autres romans que j'ai en attente. Mais une petite voix me disait "Ne fais pas ça, il y a forcément une explication". Encore une fois j'avais "Des fleurs pour Algernon" dans la tête mais j'ai compris à 100 pages de la fin que l'on ne pouvait définitivement pas comparer les deux oeuvres. A ce moment précis, j'ai bien failli dire stop au masochisme avec un chapitre entier écrit ainsi:

"Mots
rivière arbre feuille feuillard oc herbe sable vent oiseau ciel eau bruit chant
village rose chemin soleil fruit coton
cheval soleil fille été éternété soir voyage chaleur soleil
noir
silence
mots
amour mort chagrin espace étoile nom étoile bételgeuse procyon comète nombre fille homme esclave camp"

etc etc

L'écriture demande un tel effort, monopolise une telle énergie au lecteur qu'il devient impossible d'en faire abstraction et tout le reste est occulté. Les personnages par exemple m'ont semblés insipides et il m'a été impossible de m'attacher à l'un d'entre eux.

Vous l'aurez compris, j'ai été complètement hermétique à ce roman. Je suis tout de même allée jusqu'au bout, par respect pour l'auteur et afin de rédiger un billet en toute connaissance de cause. Je ne sais pas si ce sentiment est partagé avec d'autres lecteurs et je vais de ce pas rechercher sur le net des avis sur "May le monde". Je serai bien curieuse de lire des opinions positives, autres que celles d'attachés de presse, afin de comprendre enfin la clé de cette oeuvre. Clé à côté de laquelle je suis complètement passée.

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mercredi 25 août 2010

"Les piliers de la terre" de Ken Follett

follettL'histoire: Dans l'Angleterre du XIIème siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s'assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l'amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d'épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles... et de saintes ruses. La haine règne, mais l'amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

La critique de Mr K: Quel bon moment j'ai passé en lisant cet ouvrage! Bon, en même temps je ne prenais pas trop de risque: ça se passe au moyen-âge et les avis sur la blogosphère sont en général élogieux. C'est aussi mon premier bouquin depuis notre retour de Thaïlande. Un gros pavé pour préparer la rentrée! Difficile en tout cas de lâcher ce livre tant j'ai été pris dans cette histoire tourbillonnante, d'une densité conséquente et dans l'écriture leste et agréable de Follett. À noter que c'est ma première lecture de cet auteur.

L'histoire tout d'abord. En entrant dans Les pilliers de la terre vous faites le tour des différentes classes de la société médiévale à travers les destins croisés de nombreux personnages. Le Tiers État, représenté ici par Tom le batisseur et sa famille, reflet d'une réalité extrêmement difficile pour tous les travailleurs manuels de l'époque. Le Clergé avec le père Philip confié à Dieu suite au meurtre brutal de ses parents. Enfin, Aliéna et son frère dépossédés de leur comté, ayant juré à leur père moribond de tout faire pour récupérer le bien de leur famille, sont les représentants de la noblesse. Toute autour de ce triptyque, gravite un nombre impressionnant de personnages secondaires tous plus fouillés les uns que les autres, entre rencontres fortuites, rivalités diverses et haines passionnelles. Mention spéciale à William Hamleigh qui décroche la médaille de meilleur méchant de l'année littéraire de Mr K (bon, il reste encore 4 mois!): perfide, possédé, violent, sanglant, rustre, couard... tout pour plaire quoi!

Impossible en quelques lignes de résumer cette oeuvre monumentale. On passe de page en page de scènes intimistes à des discussions de la plus haute importance, de l'échelle locale à des considérations qui auront un impact européen. On cotoie à la fois les gueux et les puissants. Là où Follett est très très fort, c'est qu'on se rend compte que tout ce petit monde se débat pour survivre et résister aux affres du temps, les trahisons, les désirs contrariés quelque soit sa condition sociale. Rajoutez à cela la rudesse des conditions de vie et les lois de l'époque (codes religieux, codes royaux, codes seigneuriaux) et vous plongez avec délice (et parfois dégoût) en plein moyen-âge. Pas un moyen-âge de pacotille ou fantasmé, Le moyen-âge tel qu'il a du se dérouler et que des historiens comme Duby et Le Goff ont étudié toute leur vie. Pour cela, Follett est vraiment à féliciter!

1050 pages! Énorme... et pourtant, ça se lit tranquillement, sans aucun ennui qui pointe le bout de son nez et c'est avec surprise que parfois on relève les yeux et qu'on se rend compte qu'on a passé 2 heures dessus sans s'en rendre compte. Très bien écrit, sans lourdeur, Follett est un maître pour ce qui est de dérouler son intrigue et ménager le suspens. Les rebondissements sont nombreux et les coups de sang (coups de coeur aussi) du lecteur sont nombreux. J'aurais bien réglé son compte à quelques personnages du livre. Vraiment, je n'ai pas pu me détacher de ces différents destins et c'est un peu groggy (mais satisfait) que j'ai tourné la dernière page du livre. Une grande et bonne lecture comme il y en a peu dans le domaine de la littérature historique.

La critique Nelfesque (edit du 07/03/12): Bien qu'ayant vu Mr K adorer sa lecture durant l'été 2010 et ayant entendu beaucoup d'éloges sur ce présent roman, j'ai mis du temps à décider de lire "Les Piliers de la Terre". A cela, il y a plusieurs raisons. La première, et non des moindres, est que le Moyen-Age et moi ça fait 2! Je ne suis pas une fana de cette époque de l'Histoire que j'apparente d'emblée à la crasse et à la saleté. J'aime visiter des sites et des bâtiments moyen-âgeux mais je ne vais pas spontanément me documenter et lire des romans dessus. Rajoutez à cela que cette oeuvre-ci fait plus de 1000 pages et vous comprendrez mon hésitation.

Oui mais voilà, à force d'entendre que "Les Piliers de la Terre, il FAUT le lire" et autres "ralala c'est génial, tu ne dois pas passer à côté", j'ai craqué. Et j'ai bien fait! 

Dès les premières pages, Ken Follett réalise un véritable kidnapping! Lever les yeux pour faire autre chose que poursuivre sa lecture? Impossible! Manger? Dormir? Sortir? N'y songeons même plus. J'exagère à peine... Cette oeuvre est une vraie addiction. On suit avec passion le destin de plusieurs personnages auxquels on s'attache très rapidement. Tom le batisseur bien entendu mais aussi le père Philip, Aliéna, héritière dépossédée de ses biens, Jack, le "beau-fils" de Tom... sont autant de personnages que l'on a plaisir à suivre d'année en année. "Les Piliers de la Terre" est une véritable saga avec ses espoirs, ses désillusions, ses obstacles à surmonter, ses gentils et ses méchants. Les méchants, parlons en! Alfred et William sont les pires crevures qu'il m'ait été donné de lire. On se plait à les détester, à vouloir les voir se matérialiser pour leur faire leur fête! Au Moyen-Age, on ne faisait pas dans la dentelle et certains encore moins que d'autres...

Les plus de 1000 pages défilent sans que l'on s'en rende compte. Aucun temps mort, aucun moment de répit pour le lecteur qui peut passer du bonheur à la désillusion en quelques pages. Ces états ne sont pas dus à l'écriture de Ken Follett qui a écrit ici une véritable pépite toujours juste et bien narrée, mais à ce qu'il fait subir à ses personnages. Tant de malheur dans la vie de certains (je pense notamment à Aliéna) pousserait au suicide bon nombre de nos contemporains.

Au final, j'ai été surprise par ce roman. Agréablement surprise. Très agréablement surprise même! "Les Piliers de la Terre", c'est du petit lait pour le lecteur qui est presque déçu de tourner la dernière page et voir arriver le mot "fin". Chapeau Ken Follett!

1000Ce roman entre aussi dans le cadre du "Défi des 1000" auquel Nelfe participe.

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dimanche 22 août 2010

"Les Racines du mal" de Dantec

racines_du_malL'histoire : "Andreas Schaltzmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait.
Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut. Cela faisait longtemps que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place, depuis que les nazis et les habitants de Vega s'étaient installés dans ses quartiers."
Andreas est un tueur et il le sait, mais quand on cherche à lui coller sur le dos des crimes qu'il n'a pas commis, du fond de sa clinique, il hurle.

La critique Nelfesque : Mr K m'a longtemps parlé de ce livre. "Il faut que tu le lises ! Il faut ABSOLUMENT que tu le lises !". C'est à peu près ce à quoi j'avais le droit régulièrement. Et puis, quand nous avons décidé de nous conseiller mutuellement des livres à emporter pour notre voyage en Thaïlande, Mr K a trouvé le moment rêvé pour me remettre sous le nez "Les Racines du mal" de Dantec.

L'histoire est effroyable. Je suis friande de bouquins glauques et pour le coup, j'ai été servi.

"Les Racines du mal" commence dans la tête de Schaltzmann, tueur psychotique, persuadé que le monde est contre lui, peuplé d'Aliens nazis. Il a des rites à suivre qui lui assurent sa tranquilité. Il vit seul, est sale et est persuadé qu'un Christ en flamme lui envoie des messages. Jusque là, il fait peur, mais ce n'est rien comparé à la suite... Il se met donc à tuer, des animaux et des hommes, pour se libérer du mal qui le ronge. De carcasses de chats, il fait des smoothies (ça tombe bien, c'est à la mode) qu'il stocke dans des bouteilles de Coca qu'il garde au frais au frigo. Voilà, vous avez le début du roman. Un bon roman, bien glauque, pour qui aime le genre.

Mais ce roman ne se résume pas à une suite de meurtres gratuits et sanguinolents. Brutalement, avec l'arrestation de Schaltzmann  (je ne trahis rien c'est au début de l'oeuvre), on bascule dans le monde de la science, des sciences humaines et de la science fiction. Un groupe de travail se constitue afin de percer le mystère Schaltzmann et enquêter jusqu'à son procès. La suite, je ne la dévoile pas car je gacherai le plaisir des futurs lecteurs.

Tout le long du roman, on suit l'évolution de l'enquête d'Arthur Darquandier, alias Dark, cognicien et spécialiste en informatique qui a pour mission d'acquérir et de représenter de façon formelle des connaissances et des modes de raisonnement en vue de leur simulation à l'aide d'ordinateur. En d'autres termes, Dark est un petit génie supra intelligent qui, à l'aide d'une neuromatrice (une intelligence artificielle), reproduit de façon informatique le raisonnement humain, et ici le raisonnement de tueur en série, afin d'en démeller le fonctionnement et d'anticiper ses raisonnements.

Car bien sûr, l'histoire ne va pas s'arrêter à celle de Schaltzmann... Au fil des pages nous tombons de plus en plus dans l'horreur. Dark et sa neuromatrice mettent le nez dans un filon diabolique. Jusqu'où un être humain peut-il aller dans la perversion et la folie ? Au nom de quoi ? Et que risque Dark à se prêter à ce jeu ?

Mieux vaut être averti avant de commencer à lire ce roman, c'est très violent. Mais putain que c'est bon !

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mardi 17 août 2010

"L'araigne" d'Henri Troyat

araigneL'histoire: 1938. Un appartement bourgeois, place des Vosges. Gérard Fonsèque y vit avec sa mère et ses trois soeurs. Jeune homme maladif, il reste confiné dans sa chambre où il compte écrire un essai philosophique qui, bien sûr, sera le chef-d'oeuvre du siècle... En fait, il se complaît dans un délire hypocondriaque et exerce une subtile tyrannie sur ces quatre femmes qui sont tout son univers.

De toutes les forces de son amour, de son égoïsme et de sa jalousie, il refuse que ses soeurs se marient et utilise les ressources d'une imagination destructrice pour briser leur bonheur et les garder près de lui. En vain: peu à peu il voit sa propre vie s'effilocher et sera finalement vistime de la toile qu'il a patiemment tissée.

La critique Nelfesque: J'avais commencé ce roman avant de partir en Thaïlande. Je l'ai retrouvé à mon retour et l'ai terminé d'une traite.

Fonsèque est un homme malade, égoïste, manipulateur, sadique... Il réunit tous les défauts qui font d'une personne un être détestable. L'auteur amène, au fil des pages, divers éléments qui font qu'on ne puisse pas aimer ce personnage. Ses 3 soeurs et sa mère sont prisonnières de cet homme qui met tout en oeuvre pour les garder pour lui seul, égoïstement, sans se soucier de leur bonheur.

Et puis arrive un moment clé, je ne saurai dire lequel, c'est imperceptible, où on commence à s'attendrir pour Fonsèque. La machine s'inverse, on se rend compte qu'à travers son égoïsme, c'est de l'amour qu'il éprouve pour sa soeur cadette Marie-Claude. Jusqu'ici on croyait impensable que cet homme puisse ressentir de l'amour, autrement que pour lui même et doucement on commence à éprouver de la pitié pour lui.

Finalement, L'araigne est plus un roman sur la difficulté de vivre d'un homme, habitué à vivre entouré des femmes de sa vie et qui va les voir prendre leur envol les unes après les autres. Fonsèque n'a jamais su couper le cordon et a râté sa vie. Sa fin est sans surprise mais provoque une boule à l'estomac.

Très beau roman qui fait réfléchir sur la vie et qui nous rend plus indulgent avec les personnes qui ont du mal à grandir. A lire.

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samedi 14 août 2010

"Haute fidélité" de Nick Hornby

untitledL'histoire: Gérant d'un petit magasin de disque, Rob vient de se faire larguer par sa compagne (qui est partie avec le voisin du dessus). A 35 ans, Rob a plus de l'ado qui ne veut pas grandir que de l'homme mature qu'il est sensé être.

Ses passions ? La musique bien sur, faire des cassettes de compils, et passer le temps avec ses deux employés à faire des listes du style : les 5 meilleurs morceaux parlant de rupture amoureuse.

Obsédé par les classifications des charts, il décide de dresser le "top 5" de ses plus fameuses ruptures afin de comprendre les raisons de ses déboires sentimentaux répétés.

La critique de Mr K: Seul et unique lecture durant notre voyage en Thaïlande mais quelle lecture! Je connaissais le film tiré de cette œuvre, «High Fidelity», que j'avais trouvé excellent en son temps. Force est de constater qu'une fois encore le livre surpasse largement le film. Le métrage mettait surtout en avant le côté humoristique mais après cette lecture, je me suis rendu compte que tout le côté cynique, auto-destructeur et amer du héros campé à l'écran par John Cusack avait été plus ou moins mis de côté.

Dévoré en deux jours dans notre guest-house de Kanchanaburi, je me suis tout de suite identifié à certains aspect du personnage principal. Je pense que nombre d'hommes s'y retrouveront tant Rob est un concentré de la psyché des jeunes adultes en quête de sens dans leur vie sociale et amoureuse. Pourquoi ça n'a pas marché? Que faire pour m'améliorer? Faut que je m'bouge si je ne veux pas rester vieux garçon?... autant de réflexions développées sérieusement mais sur un ton ironique voir cynique. Il y a du Bridget Jones en Rob, en cela il est attachant et plus d'une fois j'ai ressenti la forte envie de le baffer pour qu'il se remue davantage et cesse de rester centrer sur sa petite personne.

Entre les catastrophes sentimentales, le fait est que Nick Hornby dresse de manière très juste et très drôle un archétype du fan de rock et c’est grâce à cette capacité à décrypter les comportements que Haute Fidélité est un régal d’humour. Le personnage de Barry (joué par Jack Black dans l'adaptation ciné, un régal!) est le stéréotype du connaisseur, le gars qui est capable de vous mépriser à vie parce que vous n’avez pas le premier album de Jesus And Mary Chain ou de vous pourrir parce que vous ne saviez pas que Marvin Gaye a été tué par son propre père et d’insulter un client parce que celui-ci a osé venir lui demander I Just Called To Say I Love You de Stevie Wonder. D’un autre côté, il y a Dick, terriblement timide et introverti, collectionneur frénétique de tout un tas de groupes indé obscurs qu’il essaie vainement de faire découvrir à ses amis en leur copiant des cassettes qu’ils n’écouteront jamais.

Ce livre est effectivement bourré de références musicales, mais je ne le vois pas comme un livre rendant hommage à la musique. J'y vois plutôt l'histoire d'une tentative de remise en question d'un homme qui ne veut pas vieillir et qui se sent incapable de prendre de vraies décisions, de peur de manquer d'autres opportunités, et finalement qui a une grande peur de rater sa vie (il a tout de même 36 ans!). Le tout est raconté avec un humour décapant. J'ai particulièrement apprécié sa relation avec ses deux employés: le discret et sensible Dick et le volubile-cynique Barry, célibataire endurci. Mais aussi ses réflexions intérieures sur la dure réalité de la condition masculine confrontée à ces créatures aux moeurs étranges que sont les femmes.

Robert Smith de The Cure qui parlait du livre il y a quelques années à un journaliste de Rock’n’Folk disait : "Un classique pour les maniaques de la musique. Brillant, parfait, j’ai tous les disques qui y sont cités". Je ne peux qu'abonder dans ce sens, Haute fidélité est un vrai et grand livre Rock and roll que je vous recommande très chaudement!

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dimanche 11 juillet 2010

"Seul le silence" de R.J. Ellory

seul_le_silenceL'histoire: Joseph a douze ans lorsqu'il découvre dans son village de Géorgie le corps d'une fillette assassinée. Une des premières victimes d'une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l'affaire semble enfin élucidée, Joseph s'installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d'enfants se multiplient... Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante.

La critique Nelfesque: Gros coup de coeur pour ce roman à l'image de celui que j'ai eu pour "Le petit copain" de Donna Tartt. Même noirceur, même fatalité dans le destin des personnages, même sensation ouatée et même empathie.

Ce roman est présenté comme un thriller. Certes la toile de fond est une série de meurtres sanglants, malsains, abominables, mais il ne faut pas s'attendre à un polar palpitant. En effet ce n'est pas sur le suspens que se base R.J. Ellory mais sur les ambiances et la vie de Joseph, son parcours, ses souffrances... Ayant lu quelques avis, je savais que je ne m'attelais pas à un thriller pur et dur, ça tombe bien, j'avais envie de ce genre de lecture et je n'ai pas du tout été déçue. Bien au contraire!

On suit l'itinéraire de Joseph, de ses 12 ans à l'âge adulte, avec passion. J'ai eu beaucoup de mal à fermer mon livre (souvent le sommeil l'emportant sur mon envie de poursuivre) et quand j'ai eu lu la dernière page, j'étais un peu triste de l'avoir achevé. Ce livre se ressent plus qu'il ne se lit, la souffrance et la culpabilité qu'éprouve cet enfant sont palpables et très touchantes. La vie de Joseph, plus souvent faite de bas que de hauts, est tragique tout en étant réaliste. L'écriture de R.J. Ellory est simple et efficace et de ce fait, on s'installe peu à peu dans une ambiance noire et oppressante où l'envie de connaître le fin mot de l'histoire passe au second plan, tant on éprouve de l'empathie pour le personnage de Joseph. On s'attache à son personnage et on souffre avec lui.

L'histoire commence dans les premières années de la seconde guerre mondiale, nous sommes en plein coeur de l'Amérique, dans un village paumé où chaque habitant se connait et où les rumeurs vont bon train. Commence alors une chronique de la vie ordinaire, les meurtres en plus, mêlant étude sociale et ressenti personnel. J'avais titré mon billet sur "Le petit copain", "De la souffrance de n'être qu'un enfant". Cette phrase irait très bien également à "Seul le silence". Incompréhension, colère, peur enfantine, deuil... tout cela est mêlé avec brio dans ce roman.

Nous avons là les ingrédients parfaits pour moi: une histoire se déroulant dans une période historique qui me passionne, en milieu rural, avec des personnages touchants, tout en finesse et en pudeur. Ce premier roman de R.J. Ellory traduit en France est époustouflant.

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mardi 6 juillet 2010

Ballade avec Harry à Echo park

michael_connelly_echo_park_L_1L'histoire:

C'est devenu une obsession: tous les six mois, Bosch ressort le dossier Gesto. En treize ans d'enquête, il n'a rien pu trouver: ni indice, ni suspect, pas même le corps de la jeune victime. Un jour enfin le coupable passe aux aveux, mais Bosch se méfie: pour lui, l'homme n'est rien d'autre qu'un imposteur talentueux doublé d'un bouc émissaire idéal. Une dernière fois, Bosch reprend l'enquête...

La critique de Mr K:

C'est toujours avec le même plaisir que j'ai retrouvé Harry dans une enquête à haut suspens, placée ici sous le signe de la manipulation (policière, politique). Je ne reviendrais pas sur les grandes qualités scripturale inhérentes à l'oeuvre de Connelly tant une fois de plus l'auteur montre sa capacité à littéralement "embarquer" son lecteur.

Ce livre traite d'une obsession, Harry veut retrouver le responsable d'une disparition jamais résolue. Cela permet à Connelly d'explorer encore plus profondément la psyché de son personnage emblématique. Quel être complexe que ce Bosch! Inspecteur hors pair, papa depuis quelques temps mais séparé de sa femme, on retrouve son goût pour le jazz et les histoires d'amour complexes. À cette occasion, le lecteur recroise le chemin de l'agent du FBI Rachel Welling déjà croisée dans "Le poète" et évoquée dans d'autres opus de la série.

Deux passages m'ont particulièrement marqué. Celui de l'interrogatoire du tueur en série qui serait incriminé dans la disparition. Je me suis retrouvé dans la situation de Clarisse face à Hannibal Lecter dans "Le silence des agneaux". Vérité? Mensonge? On nage en eau trouble en compagnie d'Harry, un brin de doute et l'enquête prend une toute autre orientation et toutes les certitudes du héros (et donc du lecteur!) se brisent. Une pure merveille que cet entretien haut en couleur. Il y a aussi le passage où le tueur encadré par moulte flicaille va dans Echo park pour montrer l'endroit où il aurait enterré le cadavre. Un des meilleurs passages à suspens de Connelly. On sait qu'il va se passer quelque chose et on passe vraiment par tous les états au fil des pages, jusqu'à l'acte final.

Un très bon pollar une fois de plus à l'actif de Connelly. Bien noir avec quelques lueurs d'espoir par moment et un Harry au sommet de sa forme. Bonne lecture!

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mardi 29 juin 2010

"Les robots" Isaac Asimov

214682_robotsL'histoire:

Susan Calvin est robopsychologue. Née en 1982, elle a aujourd'hui 75 ans. Et c'est à elle que l'on fait appel lorsque des robots sont victimes de pannes ou de comportements anormaux.

Car depuis la vente d'un des leurs comme bonne d'enfant à la famille Weston, les androïdes sont devenus progressivement indispensables à l'homme, en étant toujours plus sophistiqués, plus puissants mais aussi, parfois, plus dangereux.

Heureusement les humains sont bien protégés par la Première Loi, qui rend les robots inoffensifs. Mais qu'adviendrait-il si son interprétation était biaisée? Et si des machines s'imposaient à des postes clés de notre société? Et si les robots venaient à diriger le monde?...

La critique de Mr K:

Asimov fait allusion à Mary Shelley et ce livre a clairement été écrit en réaction à Frankenstein (voir la préface fort intéressante de l'auteur). Contrairement à la créature de Frankenstein, les robots d'Asimov sont infaillibles en ce sens qu'ils ne peuvent pas se rebeller contre leur créateur. C'est donc en réaction à tous ces récits qui veulent mettre en garde l'humanité contre les créations qui se retournent contre elle qu'Asimov a imaginé des robots obéissants, logiques et raisonnables, des machines programmées pour obéir à trois lois, sans aucun libre-arbitre ni sentiment. Quand on ne comprend pas leur attitude, il suffit de penser comme eux et c'est le rôle de Susan Calvin de décrypter ce qui peut apparaître comme des étrangetés de comportement. Les robots apportent toujours une réponse logique à une situation, ne sont jamais irrationnels. Ensuite, le problème provient des hommes qui ne posent pas les bonnes questions, donnent des ordres contradictoires ou voudraient bien que le robot puisse déroger aux lois car suivre la logique n'est pas toujours la meilleur façon d'agir.

Érigé au rang de classique parmi les classiques de la Science-Fiction, j'ai été quelque peu déçu par cette lecture. Le thème est intéressant et les histoires bien ficelées. Malheureusement je n'ai pas apprécié le style que j'ai trouvé vieillissant et ennuyeux. J'ai eu du mal à accrocher et j'ai dû parfois me faire violence pour poursuivre. Décidément, malgré toute sa renommée et son talent (auquel je reste insensible) Asimov se trouve un cran en dessous à mes yeux que K. Dick, Silverberg ou encore Sturgeon. Autant les auteurs que je viens de citer réussissent à me transporter, à me faire partager les émois de leurs personnages; autant Asimov me laisse de glace et ne parvient pas à me faire adhérer. C'est comme Clapton et Hendrix en musique, j'adore le rock et pourtant ces deux artistes m'ont toujours emmerdé malgré le fait indéniable qu'ils soient des génies dans leur domaine. Voilà, je vais repasser à Connelly histoire de me remettre de cette déception...

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