mercredi 19 janvier 2011

"Evadés de l'Enfer!" d'Hal Duncan

duncanL'histoire: Eli est un clochard, brisé, au bout du rouleau, Belle une prostituée qui cherche à fuir son mac. Matthew est un jeune homosexuel, Seven un tueur à gages sans pitié. Ils ne se connaissent pas mais se retrouvent ensemble sur le même bateau... en partance pour l'Enfer. Un Enfer un peu particulier, qui pourrait être New York mais n'en est qu'une copie... franchement décalée. Tous quatre, armés de leurs seuls soucis et accompagnés par un étrange personnage, n'ont plus alors qu'une idée en tête : trouver un moyen de s'évader.

La critique Nelfesque: Mr K adore Hal Duncan et "Le livre de toutes les heures" avec notamment"Velum". De mon côté, je n'avais jamais lu de roman de cet auteur et c'est avec "Evadés de l'Enfer!" que j'ai fait le grand saut.

La première chose qui vient en tête c'est: "ça décoiffe!!!". Le rythme est endiablé (ha ha que je suis drôle), on ne s'ennuie pas une seconde, il se passe des choses à toutes les pages et on a fini le livre sans s'en rendre compte tant il n'y a pas de temps morts. Si on donnait l'adaptation à faire à un bon réalisateur, je suis sûre que ça ferait un très bon film d'action.

Oui mais voilà, c'est violent, c'est vulgaire, c'est crade, c'est gore, ça pue, c'est glauque. Ca tombe bien, nous sommes en enfer, et niveau descriptif, Hal Duncan n'y a pas été avec le dos de la cuillère. Pas de doute possible, on est bien dans un monde de pourris, où les "récemment décédés" passent de la surprise et de l'effarement à la colaboration. Ici la règle est simple, les morts arrivent par bateau, ils ne s'attendent pas à ce qui va leur arriver, ils ne savent même pas qu'ils sont en enfer (à peine, qu'ils sont morts) et après un petit passage à la case dépouillement, humiliation, viol et passage à tabac, ils atterrissent dans ce qui doit faire désormais leur quotidien: la représentation de leur "péché". Eli, ancien clochard, se retrouve à errer parmis les Oubliés; Belle, ancienne prostituée, se réveille dans un hôtel de passe où tous les hommes du coin viennent se vider 24h/24; Matthew, homosexuel, doit être guerri de sa "maladie" à l'hôpital et Seven, ex tueur à gages, est condamné à se faire tabasser sans discontinuer pendant l'éternité. Rajoutez à celà la TV qui hurle des infos live non stop afin d'exciter les troupes... De quoi devenir dingue! Seul susucre: si ils sont dociles et conciliants, ils pourront monter en grade et faire parti des tortionnaires. Sinon, pas d'autres choix que de s'évader pour tenter de gagner le Paradis.

L'évasion, c'est le choix que vont faire les 4 protagonistes de cette histoire et à partir de là des litres de sang vont être déversés, des boyaux vont défiler au mètre, des obtacles répugnants vont se dresser sur leur route. Trouveront-ils la sortie? Avec qui devront-ils pactiser? Par qui se feront-ils duper? Belzébuth? L'ange Gabriel? Si vous êtes catholiques, accrochez-vous à vos baskets car certaines visions du Bien et du Mal et de qui fait quoi peuvent s'avérer difficile à avaler... Mais tout comme pour "Le sang du Christ" de Frédéric Mars, il faut prendre "Evadés de l'Enfer!" pour ce qu'il est: un roman. D'autant plus que certaines descriptions bibliques, notamment celle des limbes ou encore du passage du Styx, sont très justes et superbement rendues sous la plume d'Hal Duncan... Ce roman est donc dérangeant mais en même temps fascinant sous certains aspects.

Au final, je vous conseille cette lecture mais soyez avertis, on est loin des bisounours et des simples flammes de l'enfer...

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lundi 10 janvier 2011

"La onzième plaie" d'Aurélien Molas

55075563L'histoire: Ils sont tombés sur quelque chose qui les dépasse. Qu'ils n'auraient pas dû découvrir...

Dans un Paris survolté, où la violence éclate à chaque carrefour, des équipes de flics sans attaches, en proie à leurs propres démons, s'engagent avec l'énergie du désespoir dans une croisade sans merci.

La critique de Mr K: Il s'agit ici du premier livre d'un tout jeune auteur français et l'accroche éditoriale a le mérite d'être intrigante... la méthode Grangé a fait ses preuves! Ca tombe bien, j'aime bien Grangé et c'est le genre de lecture-divertissement que j'affectionne tout particulièrement...

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, ce livre n'a vraiment rien d'exceptionnel, il est très moyen. L'histoire est bateau et déjà lue, ici on traque un réseau pédophile particulièrement étendu et pervers (meurtres systématiques des pauvres petites victimes). À ce propos le titre fait référence aux plaies qui ont frappé l'Égypte, j'imagine que la onzième est ce crime contre-nature... L'enquête est haletante dans le sens où les chapitres sont extrêmement courts (à la Grangé) mais franchement il ne se passe pas grand chose, 4 péripéties à tout casser et franchement ça ressemble à du polar de seconde zone (des portes ouvertes comme s'il en pleuvait... ça doit faire mal!). Quant au climat chaotique évoqué dans le résumé, il n'a aucune réelle incidence sur le déroulement de l'investigation et se révèle anecdotique (là encore, on tombe dans la caricature).

La quatrième de couverture nous promettait des personnages livrés à leurs démons... On suit trois destins de flics dans des chapitres séparés (mais liés). L'idée est certes intéressante mais le résultat l'est moins. L'auteur empile les clichés, en rajoute dans la noirceur et le glauque (il paraît que ça fait vendre...) et au bout d'un moment, on passe plus de temps à suivre leurs états d'âme que l'enquête... un comble quand il s'agit d'enquêter sur des crimes particulièrement atroces! C'est vrai, travailler dans une unité spécialisée dans la lutte contre la pédophilie doit laisser des séquelles et abimer l'âme mais ce n'est pas crédible de laisser de telles épaves bosser pour la police ou alors il y a de quoi flipper!

Le gros point noir surtout, c'est que j'ai deviné la fin au bout de 40 pages! Bah ouais, faut croire que je pratique trop ce genre de littérature ou que l'auteur a raté son soufflé. Toujours est-il que je déteste trouver la solution avant la toute fin et qu'ici c'est tombé à l'eau très vite. Dommage... Vous l'avez compris, ce livre n'est pas une catastrophe mais pas non plus un bon livre. Un polar de seconde zone qui a fleuri parmi d'autres sur les étagères de nos chers revendeurs...

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dimanche 2 janvier 2011

"Vous plaisantez, monsieur Tanner" de Jean-Paul Dubois

tannerL'histoire: Avant d'hériter de la maison familiale, Paul Tanner menait une existence paisible. Mais depuis qu'il a décidé de la restaurer, rien ne va plus ! Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous, tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible. Chronique d'un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains : le récit véridique d'un chantier infernal, coloré d'une bonne dose d'humour...noir !

La critique de Mr K:  Ce livre fait partie d'un lot que ma mère m'a cédé lors du grand tri de leur bibliothèque. Encore un livre dévoré en quelques heures, encore un petit bijou! Que c'est bon de lire de bons opus! Dans cet ouvrage, l'auteur est aux prises avec une série de personnages hauts en couleur allant du rocambolesque aux pires crapules que l'univers ait porté! Page 173-174: [...]les innombrables portraits que j'avais le don de collectionner, et qui, présentés en enfilade, formaient la plus intrigante exposition d'originaux et d'hurluberlus que l'on puisse imaginer.

Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous n'êtes pas sans savoir que nous aussi nous avons été confronté à des individus sans scrupules et notamment, dernièrement à un chauffagiste peu scrupuleux de son travail. Vous faites un condensé de tous les défauts de chacun des artisans déviants de ce livre et vous obtenez notre bon Mr H qui nous a laissé sans chauffage pendant six mois! On sent le vécu par l'auteur et ce qui m'a plu c'est que ses mésaventures ont trouvé un écho en moi par rapport à ce que nous avions pu vivre de notre côté. Petit exemple pris à la page 126: Inutile de dire qu'il n'y eut pas de Simko le lundi à huit heures. Ni d'ailleurs le mardi, encore moins le mercredi. Adrien Simkolochuski appartenait à cette race d'artisans pour qui toute journée passée est une jornée de gagnée. Il vivait avec une sorte d'effaceur dans la tête. Sitôt qu'il avait raccroché, qu'il n'entendait pas votre voix, vous n'existiez plus. Jusqu'à ce que vous le coinciez à nouveau et l'acculiez à formuler d'inconfortables et ridicules mensonges, il se considérait en règle avec lui-même et aussi avec son agenda. Menant plusieurs chantiers de front, payant le matériel de l'un avec les avances de l'autre pendant qu'il travaillait chez un troisième, Simko avait une existence de fildefériste, d'équilibriste sans cesse au bord de la chute.

Les autres personnages sont à l'avenant: deux couvreurs-duétistes incompétents voir délinquants, un chauffagiste dépressif au travail bâclé et lent, un électricien moscovite illuminé pratiquant des messes catholiques en russe dans toutes les pièces où il doit intervenir, un peintre en bâtiment détestant son travail (artiste d'art contemporain non reconnu!)... bref toute une brochette de bras cassés qui puisent abondamment dans les fonds du narrateur et lui causent bien du tracas. Rassurez-vous, ce gigantesque chantier va lui permettre de faire de belles rencontres notamment avec Khaled, jointeur de son état, philosophe de chantier à ses heures perdues.

C'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai lu ce livre. Ecriture abordable, chapitres très courts (3 à 4 pages maximum) et une histoire racontée à travers des portraits au vitriol. L'humour est corrosif, tranchant comme je l'apprécie et l'on a le sourire aux lèvres pendant toute la lecture. On rit beaucoup mais avant tout on rit jaune, on baigne dans l'humour noir tant le narrateur-héros subit de contrariétés et de catastrophes. Un très bon livre à découvrir!

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mardi 28 décembre 2010

"Paranoid Park" de Blake Nelson

paranoidL'histoire: Bon, c'était la dernière semaine de l'été et on se trouvait dans le centre-ville quand Jared a suggéré qu'on fasse un tour à Paranoid Park, histoire de voir. Sur le coup, je n'ai rien dit. J'avais entendu parler de Paranoid, bien sûr, mais je n'avais jamais songé à y aller. Je me disais que ce n'était pas à ma portée. Mais lorsque j'ai fini par répondre que je ne pensais pas être prêt pour ça, Jared s'est marré et a répliqué un truc du style: "Personne n'est jamais prêt pour Paranoid Park". Et c'est là que tout a commencé.

B.N.

La critique de Mr K: Je poste cet avis suite au partenariat que nous avons obtenu auprès de B.O.B. Ce livre est constitué de plusieurs lettres adressées à une inconnue (la destinataire sera connue à la toute fin) par le héros, jeune skater américain de 17 ans qui tue accidentellement un agent de sécurité. Un cadavre, pas de témoin. Il va devoir affronter ses démons entre désir d'oubli et culpabilité qui ressurgit régulièrement.

Avec ce petit livre de 187 pages, Blake Nelson nous offre un portrait saisissant des affres de l'adolescence. Son style concis et efficace dresse sans fioritures les états d'âme changeants d'un jeune homme en chute libre. Ses parents sont au bord du divorce, il commence à s'intéresser aux filles sans vraiment les comprendre, puis le drame suscité se produit et sonne la fin des repères pour ce jeune américain lambda. Tout autour de lui gravitent des personnages qui sentent bien qu'il commence à glisser mais le héros s'enferme dans sa carapace et il a de plus en plus de mal à se sortir de son désarroi.

J'ai lu cet ouvrage très rapidement. On est vite pris par l'histoire et l'écriture de Nelson est très évocatrice. Le souci, et il est majeur, c'est la petite citation inscrite au début de ce roman: «Jeune homme, reprit-il en se redressant, je crois lire de l'affliction sur votre visage», Fiodor Dostoïevski, Crime et châtiment. J'avais adoré ce roman russe quand je l'ai lu et malheureusement, inconsciemment pendant la lecture de Paranoid Park, je n'ai pu faire autrement que de comparer et franchement, il n'y a pas photo. Certes, l'histoire est menée avec délicatesse et réalisme dans le livre de Nelson mais cela reste pauvre par rapport à la maestria de Dostoïevski. Le personnage du bourreau devenu victime de ses remords est beaucoup plus poussé et plus marquant.

Malgré ce reproche, Paranoïd Park reste une lecture intéressante que je recommande même si, finalement, il n'y a rien de véritablement nouveau dans le contenu, beaucoup de livres traitants du même sujet. Il ne me reste plus qu'à regarder l'adaptation de Gus Van Sant.

La critique Nelfesque: J'ai lu "Paranoid Park" à la suite de Mr K. Petit livre, il fut vite avalé. Effectivement il n'est pas très original mais on se prend d'affection pour le personnage principal de ce roman qui a tout d'un ado ordinaire mais qui voit sa vie bousculée par une "erreur de parcours". On se retrouve presque en lui, ayant toujours en tête l'insouciance et les préoccupations de notre adolescence: s'amuser, draguer, le lycée et les copains.

Le héros est un fana de skate et sa passion le perdra. Un soir comme un autre, il va faire un tour de trop à "Paranoid Park" et ce qui jusque là pouvait s'assimiler à une soirée ordinaire va vite tourner à la catastrophe. S'ensuivent de longues nuits blanches où la culpabilité et les analyses de la soirée tournent dans la tête du jeune homme. Comment bascule-t-il de la banalité de la vie lycéenne à la délinquance? Est-il vraiment délinquant? Comment effacer définitivement cette soirée de sa mémoire?

On suit ce jeune garçon dans la tourmente et le doute, on se demande comment il va pouvoir se sortir de ce mauvais pas et qu'elle fin aura ce cauchemar. Un roman qui se lit très bien et respecte l'univers adolescent sans tomber dans la caricature. Je vous le conseille.

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lundi 27 décembre 2010

"Sous les vents de Neptune" de Fred Vargas

Sous_les_vents_de_NeptuneL'histoire: Une jeune fille assassinée par trois coups de poinçon, un ivrogne qui ne se souvient de rien mais que tout accuse... Pour le commissaire Adamsberg, il n'y a aucun doute: le passé refet surface. Le tueur au trident est de retour. Celui-là même qui avait poignardé la fiancée de Raphaël, le frère du commissaire, des années plus tôt dans leur contrée natale des Pyrénées. Seul hic: l'homme est mort depuis vingt ans...

Se pourrait-il qu'Adamsberg, cet homme rêveur et sensible, coure après un fantôme et perde la raison?

La critique de Mr K: Cette lecture constitue ma deuxième incursion dans l'univers de cet auteur. J'avais particulièrement apprécié cette première expérience entre suspens et humour. Je n'avais qu'entraperçu le héros récurrent de Vargas, le commissaire Adamsberg et vu ce qu'on en dit dans la blogosphère, il me tardait d'être confronté à nouveau à ce personnage pour pouvoir mieux le jauger et le découvrir davantage.

L'histoire fait la part belle au commissaire Adamsberg qui voit ressurgir du passé le monstre qu'il avait poursuivi pendant plus de dix ans lors de ses débuts. C'est l'occasion d'en savoir un peu plus sur ce héros hors du commun et notamment sur ce frère qu'il a perdu: mort, disparu, en fuite? La réponse est dans ce livre. Adamsberg est vraiment unique en son genre: flegmatique parfois jusqu'à l'extrême, doté d'un sens de l'observation aigü, il a des intuitions qui lui permettent d'avoir toujours un coup d'avance. J'ai éprouvé une grande sympathie à son endroit, derrière le commissaire à la carrière exemplaire (quoiqu'ici légèrement menacée!), on découvre au détour de certains paragraphes quelques éléments de fragilité, de faiblesse: sa rupture non digérée avec Camille, ses rapports ambigus avec Danglard son adjoint précieux et ultra-cultivé (cette relation m'a régalé pendant toute ma lecture, confiance ou méfiance?), ses regrets vis-à-vis de son frère... Profondément humain, Adamsberg m'a touché et épaté vu qu'il réussit des prouesses.

La majeure partie du récit se déroule au Canada. En effet, Adamsberg et une partie de ses agents doivent y effectuer un stage sur les nouvelles techniques d'investigation (relevés et traitement de l'ADN, nouvelles technologies de recherches...). J'ai bien aimé ce petit voyage qui m'a rappelé celui que j'avais fait en 2005 quand j'étais allé à Montréal et Québec voir des amis. On retrouve l'ambiance et la beauté des paysages (passage de la visite d'Adamsberg près d'un lac). Dépaysement donc pour le lecteur mais aussi pour le héros qui va vaciller en plein milieu de l'histoire. Parmi les stagiaires, j'ai particulièrement apprécié Retancourt, femme imposante et grassouillette qui semble ne pas apprécier des masses son commissaire. Elle a un rôle clef dans cette histoire et se révèle aussi inventive que vive (le contraire d'Adamsberg). Les seconds rôles sont tout aussi intéressants comme Danglard dont j'ai déjà parlé et les membres formateurs canadiens qui encadrent les français fraîchement débarqués du vieux monde (rancunes contre les français, incompréhensions, amitiés naissantes, soupçons...).

Un livre que j'ai personnellement dévoré. Le style de l'auteur fait merveille une fois de plus. Le parlé québecois est très bien retranscrit et l'on sourit beaucoup à la lecture de cet opus. Vargas ne nous épargne pas pour autant avec une deuxième partie particulièrement haletante dont la conclusion laisse à penser que tout n'est pas encore réglé. Un bon pollar et un personnage principal qui donne envie de creuser davantage dans la bibliographie de Vargas. À lire!

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samedi 18 décembre 2010

"La Vouivre" de Marcel Aymé

untitledL'histoire: Derrière la vipère apparut une fille jeune, d'un corps robuste, d'une démarche fière. Vêtue d'une robe de lin blanc arrêtée au bas du genou, elle allait pieds nus et bras nus, la taille cambrée, à grands pas. Son profil bronzé avait un relief et une beauté un peu mâles. Sur ses cheveux très noirs relevés en couronne, était posée une double torsade en argent, figurant un mince serpent dont la tête, dressée, tenait en sa mâchoire une grosse pierre ovale, d'un rouge limpide. D'après les portraits qu'on lui avait tracés et qu'il avait crus jusqu'alors de fantaisie, Arsène reconnut la Vouivre.

La critique de Mr K: Ce livre trainait depuis un certain temps dans ma PAL. Je ne sais pas pourquoi mon coeur ne balançait pas vers lui alors qu'étant plus jeune j'avais adoré Les contes du chat perché dont mes parents m'avait conseillé la lecture. J'ai retrouvé le même plaisir de lecture avec La Vouivre que j'ai lu en trois séances intensives!

Ce conte (et oui!), c'est avant tout la rencontre lors du premier chapitre entre Arsène simple paysan et la Vouivre être pluri-millénaire, haute figure du folklore jurassien. C'est l'histoire d'une fascination, d'une attirance mais aussi par moment d'une répulsion. Drôles de rapports en tout cas entre les deux personnages principaux de l'ouvrage qui sont à l'opposé l'un de l'autre: le mortel et l'immortelle, le frustre et l'être évolué omniscient, le colérique et la douceur... Autant d'éléments de contraste qui brouillent les pistes et empêchent le lecteur de se sentir entraîner dans une histoire déjà lue.

Ce livre est aussi une magnifique étude sociologique sur le monde paysan au début du XXème siècle, le côté chiant en moins! À côté de l'intrigue principale (à savoir la présence de la Vouivre dans les parages), se superpose l'opposition qui existe entre deux familles d'agriculteurs . Voisins depuis des générations, ils sont en bisbilles pour des broutilles et se tirent dans les pattes à longueur de temps: injures, petits pièges, actes de vengeance mesquins... Le frère d'Arsène marchant dans son ombre pour ne pas avoir à l'affronter, le curé de bon conseil, Juliette la fille de la famille rivale de son aimé, l'homme à tout faire de la métairie qui se fait vieux et à qui on va offrir son logis en une nuit (passage très intéressant)... autant de destins qui s'entremèlent, donnent du corps à l'intrigue et nous offrent une vision réaliste et vivante d'un petit village de jadis. Quant à la fin, elle ne cède pas à la facilité et se révèle implacable.

L'écriture de Marcel Aymé reste toujours aussi moderne et agréable à lire: jamais de lourdeurs, des descriptions qui vont à l'essentiel et un sens de la narration hors-pair. Difficile dans ses conditions de lâcher le volume avant d'en avoir parcouru la dernière ligne. Un classique dont j'encourage fortement la lecture.

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jeudi 16 décembre 2010

"Les anonymes" de R.J. Ellory

anonymesL'histoire: Washington. Quatre meurtres. Quatre modes opératoires identiques. Tout laisse à penser qu'un serial killer est à l'oeuvre. Enquête presque classique pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité, fabriquée de toutes pièces. Qui était-elle réellement ? Ce qui semblait être une banale enquête de police prend alors une ampleur toute différente et va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain.

La critique Nelfesque: Ah! Un nouvel Ellory! Pensez-vous bien que j'ai sauté dessus! J'avais adoré "Seul le silence" au point de le prêter à qui me le demande dans mon entourage et à le conseiller chaudement sur les fora littéraires que je fréquente. J'ai réussi à en convertir plus d'un et j'aurai envie qu'encore plus de lecteurs découvrent cet auteur.

Mais que dire de "Les anonymes"? Bien entendu, je ne peux pas m'empêcher de faire le rapprochement avec "Seul le silence", de chercher les ressemblances ou les sensations ressenties lors de ma précédente lecture. Autant le dire tout de suite "Les anonymes", ce n'est pas "Seul le silence". Nous ne sommes pas là dans le même registre ni dans la même construction d'histoire. Pour autant j'ai aimé ce nouveau roman et tant mieux si ça n'est pas une pâle copie de mon roman préféré de cet auteur!

Nous suivons là l'enquête de l'inspecteur Miller, coéquipier de Roth, dans une enquête qui va les mener bien plus loin que tout ce qu'ils avaient imaginé. Des meurtres surviennent, tout laisse penser qu'un tueur en série est à l'oeuvre mais la vérité est tout autre. Parallèlement à l'enquête, nous faisons connaissance, dès les premières pages, avec le tueur. Nous apprenons son identité mais ce n'est que bien plus tard que nous comprendrons qui il est vraiment par ses révélations et son cheminement vers le but qu'il s'ait fixé. Ces différences de points de vue au niveau de la narration donnent une dimension plus intime à ce roman. Plutôt que de nous servir le tueur sur un plateau, Ellory choisi de nous faire connaitre sa vie, ses craintes, ses doutes et sa vision du monde. Ainsi la même empathie que celle ressentie dans "Seul le silence" pointe le bout de son nez. Cet écrivain est vraiment très fort pour dépeindre les sensations de ses personnages et nous les rendre plus humains que de simples êtres de papier.

Ainsi nous connaissons le fin mot de l'histoire avant les héros de ce roman mais c'est une vraie jubilation de suivre leurs raisonnements et voir Miller approcher la vérité avec stupéfaction. La police piétine, les investigations tournent en rond et la frustration de l'inspecteur est palpable. Le moment où les deux protagonistes se rejoignent marque un tournant dans l'histoire et la marche de Miller vers la vérité est passionnante. D'autant plus que ce dernier est très touchant, pudique, fragile et inébranlable à la fois avec un passé juridique entâché par une affaire encore fraîche. Cette enquête est pour lui un nouveau départ, une occasion de montrer à tout le monde qu'il est un bon flic. Il s'acroche à elle comme à sa vie et ne ménage pas ses efforts.

Mais, malgré tout, qu'est ce qu'un simple flic face à des enjeux politiques? Ce roman nous mène là où on ne voudrait pas aller si notre monde était merveilleux. "Les anonymes" est un thriller à la construction assez classique mais la plume d'Ellory est toujours là, prète à nous cueillir à chaque page. Au final ce roman se révèle être un polar de qualité qui me fait aimer encore plus cet auteur. Et je l'aimais déjà beaucoup...

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mercredi 15 décembre 2010

"J'irai faire Kafka sur vos tombes" série Le Poulpe, Michel Chevron

9782842190347L'histoire: Le Poulpe chez les vampires.

D'un côté la Muraille de Chine, à Sainte-Croix-des-Eaux, des gens qui ont peur. De l'autre, les Kafkas, ils vivent comme des parias, tenus à l'écart dans une colonie pénitentiaire. Ils ne sortent que la nuit, traqués par la milice de la ville qui leur livre une véritable guerre. Il y a tant de légendes qui circulent sur leur compte... Gabriel est embarqué dans une sacrée galère.

La critique de Mr K: Encore un bon moment passé en la compagnie de Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe. Cette fois ci, il doit enquêter pour le compte d'un ami (Vlad -sic-) travaillant dans le bistrot emblématique de la série: Au pied de porc. Il se rend à Angoulême pour venir en aide à une communauté roumaine un peu particulière, stigmatisée, harcelée voir attaquée par une milice du crû dont la finesse d'esprit des membres n'a d'égal que leur prompte aptitude à tirer sur le moindre "étranger". Vous l'avez compris, les pétoires vont parler!

Le Poulpe resté égal à lui même entre nonchalance, aptitude à l'écoute des petits tracas de chacun et amateur de bonne baston à l'occasion. Le début du récit est hilarant car Gabriel a été mis au régime par sa douce Chéryl. Fini pour lui les demis de blonde et le saucisson! La mission tombe à pique et l'occasion de lever le coude lui sera donnée rapidement. La région où il se rend fait immanquablement penser au Groland profond, peuplés d'êtres aussi bizarres que dézingués. Les personnages secondaires à ce propos sont succulents de bétise et d'inhumanité: gros barriques abrutis fans d'armes à feu et de bière, habitants paranoïaques cloitrés dans leurs maisons dès la nuit venue, des roumains singuliers à priori inoffensif. L'ambiance est lourde et pesante... mais pas seulement.

Au fur et à mesure que le lecteur suit Gabriel dans ses pérégrinations, une drôle d'impression s'insinue petit à petit. On se rapproche des lisières du fantastique "genre non poulpesque". L'écriture de Chevron à cet égard est un modèle du genre entre sous-entendu et verbiage imagé à outrance. Je me suis vu relire une page deux fois pour être sûr d'avoir tout saisi. Vers la fin, on se demande même où l'auteur va mener notre héros... jusqu'à la baffe finale! On ne s'y attend pas mais en même temps ça rassure vu la tournure des événements! Vous verrez le procédé n'est pas original mais l'effet est là. Penaud et heureux tel était mon état d'esprit à la fin d'une lecture rapide et agréable, un Poulpe quoi! Vous reprendrez bien un coup?

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mardi 14 décembre 2010

"Millénium 3 - La reine dans le palais des courants d'air" de Stieg Larsson

millenium3Attention ne lisez pas la 4ème de couv si vous n'avez pas encore lu le tome 2!

L'histoire: Que les lecteurs des deux premiers tomes de la trilogie Millénium ne lisent pas les lignes qui suivent s'ils préfèrent découvrir par eux-mêmes ce troisième volume d'une série rapidement devenue culte.
Le lecteur du deuxième tome l'espérait, son rêve est exaucé : Lisbeth n'est pas morte.
Ce n'est cependant pas une raison pour crier victoire : Lisbeth, très mal en point, va rester coincée des semaines à l'hôpital, dans l'incapacité physique de bouger et d'agir. Coincée, elle l'est d'autant plus que pèsent sur elle diverses accusations qui la font placer en isolement par la police. Un ennui de taille : son père, qui la hait et qu'elle a frappé à coups de hache, se trouve dans le même hôpital, un peu en meilleur état qu'elle...
Il n'existe, par ailleurs, aucune raison pour que cessent les activités souterraines de quelques renégats de la Säpo, la police de sûreté. Pour rester cachés, ces gens de l'ombre auront sans doute intérêt à éliminer ceux qui les gênent ou qui savent.
Côté forces du bien. on peut compter sur Mikael blomkvist, qui, d'une part, aime beaucoup Lisbeth mais ne peut pas la rencontrer, et, d'autre part, commence à concocter un beau scoop sur des secrets d'Etat qui pourraient, par la même occasion, blanchir à jamais Lisbeth. Mikael peut certainement compter sur l'aide d'Armanskij, reste à savoir s'il peut encore faire confiance à Erika Berger, passée maintenant rédactrice en chef d'une publication concurrente.

La critique Nelfesque: Raaaaaa nooooooooon "Millénium" c'est finiiiiiiiiiiii! Voilà à peu près l'état dans lequel j'étais à la fin de la lecture de ce troisième et dernier tome de la saga qui a eu un succès monstre et qui le mérite amplement. Comment ne pas craquer pour Lisbeth!

"La reine dans le palais des courants d'air" fait directement suite au tome 2. On m'avait conseillé, pour le bien de ma santé mentale, d'avoir ce tome à disposition quand j'étais encore plongée dans la lecture du tome 2. Comme d'habitude je me suis laissée prendre par le temps et je n'avais pas encore acheté celui ci quand j'ai terminé le précédent. Et là, ce fut le drame... En effet le tome 2 termine sur une grosse ouverture pour le tome suivant et n'ayant pas bien écouté les conseils, je me suis mangée les doigts! J'exagère à peine... Donc j'en rajoute une couche, si vous lisez le 2, achetez d'urgence le 3 pour pouvoir enchainer directement.

Ici, Lisbeth est encore une fois au centre du roman. Difficile de dissocier les 2 tomes. Autant le premier,"Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" peut se lire comme un roman classique, autant les 2 suivants doivent se lire comme un seul et même roman. Pas de problème donc d'adaptation au début de la lecture, chronologiquement on se situe le lendemain du dénouement du tome 2 et l'ensemble des protagonistes est présent. Il faut toutefois s'accrocher avec la meute de flics et d'agents qui enquêtent et gravitent autour des drames du tome 2, ils sont nombreux.

Je ne peux malheureusement pas trop détailler cette oeuvre pour préserver le suspense pour ceux qui ne l'ont pas encore lu. Le suspense, l'acharnement avec lequel on poursuit sa lecture pour comprendre enfin le pourquoi du comment de toute l'histoire, c'est là la force de cette trilogie et de ce tome en particulier. Vous ne verrez pas les heures défiler et les pages se tourner.

Je vous conseille grandement la lecture de l'ensemble de la saga "Millenium". Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi passionnée par une oeuvre.

A lire également:
Millénium 1 - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
Millénium 2 - La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

lundi 13 décembre 2010

"Les arcanes du chaos" de Maxime Chattam

Maxime_20Chattam_20__20Les_20arcanes_20du_20ChaosL'histoire: Quand les ombres envahissent ses miroirs, la vie de Yael bascule dans le cauchemar, la violence, la confusion. Pourquoi ces étranges messages l'invitant à regarder de l'autre côté du monde? Qui sont ces hommes qui tentent de la détruire, et pourquoi?

La critique de Mr K: Un vieil adage dit qu' "il faut toujours écouter sa mère"! Et bien j'aurais dû! Elle m'avait prévenu que celui-ci n'était pas réussi au contraire de la "Trilogie du Mal" du même auteur que j'avais en son temps dévoré et hautement apprécié. Nelfe à ce propos vous en fera la critique en 2011 quand elle se sera laissée tenter... Mais revenons au livre qui nous intéresse. Face à une telle lecture, on peut se poser une question: qu'est-ce qu'un bon livre?

Certains vous diront qu'un bon livre, c'est avant tout un livre qui se lit vite dont on veut savoir la fin. Pour ma part, je l'ai lu en deux jours surtout pour en être débarassé le plus vite possible vu la direction prise dès les 50 premières pages. Et comme, je n'aime pas ne pas finir un livre avant de pouvoir en donner un avis...

D'autres personnes disent qu'un bon livre c'est avant tout une bonne histoire avec des rebondissements et autres twists de folie. Là, c'est plutôt raté! On se retrouve dans une banale histoire mélant théorie de la conspiration et manipulation de masse. On nous cache tout, on ne nous dit rien (attention le chiffre de la Bête est caché dans tous nos codes barre!). Ne vous y trompez pas, j'aime ce genre d'histoire mais ici (malgré d'indéniables apports historiques), le scénario ressemble surtout à un amas d'éléments rafistolés et collés ensemble pour "faire genre". On y croit pas une seconde et ça devient même malsain (même si cela reste avant tout un roman). On a l'impression de se retrouver dans "L'effroyable imposture" de Thierry Meyssan. Personnellement, j'adhère pas. Dans le domaine de la théorie du complot, j'ai largement préféré "L'échiquier du mal" de Dan Simmons ou tout simplement, la série X-Files (saisons 1 à 7).

Un bon livre pour beaucoup, c'est une belle écriture. À ce niveau, les goûts et les couleurs ça ne se commande pas. J'adorais le Chattam du début: celui du "5ème règne" ou de la fameuse "Trilogie du Mal". Je m'étais déjà fait la remarque pour "Le Sang du temps" et je la referai avec celui-ci: on a pas l'impression de lire le même auteur! Le style n'existe plus, les phrases sont lapidaires et l'ensemble fait parfois penser à un gigantesque copié-collé... de là à dire qu'il y a un nègre derrière ce phénomène, il n'y a qu'un pas... En tous les cas, il y a des passages bien ringards notamment les pseudos scènes de séduction à la Harlequin et les coups de flippe qui tombent à l'eau tant on n'y croit pas une seconde. Non, franchement l'écriture est simpliste ce qui contribue à lire le volume plus vite mais en ternit l'aura et surtout, la crédibilité qui tend vers le zéro.

D'autres encore diront que ce sont les personnages qui font la force d'un bon roman, à fortiori un thriller. Ici l'héroïne s'apparente à un avatar sans vie réelle tant elle est caricaturale et indigeste. Franchement, il pouvait lui arriver n'importe quoi durant tout le livre, je m'en foutais, tant elle conjugue mièvrerie et fausse volonté d'en découdre. Fade au possible, elle cotoie nombre de personnages tous plus exagérés ou mal conçus comme elle: un blogueur paranoïaque, un conspirateur méchant (mais alors très méchant), un ami-séducteur qui est en fait une belle crapule, des hommes de main très très méchants (mais alors, très très très méchant!). Je vous fait l'économie de ceux que j'aurais pu oublier... Ca tombe bien, je vais vite oublier ce livre!

Vous l'avez compris, je n'ai pas du tout (mais alors pas du tout!) apprécié ce roman que j'ai trouvé vain et sans saveur. Je ne pense plus remettre les yeux dans un Chattam avant longtemps, niveau thriller c'est pas le choix qui manque!

Posté par Mr K à 18:22 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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