vendredi 10 février 2012

"Les Anges de New York" de R. J. Ellory

angesdenyL'histoire: Frank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C'est un homme perdu, qui n'a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d'élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs.
Alors qu'il vient de perdre son partenaire et qu'il est l'objet d'une enquête des affaires internes, Frank s'obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d'une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d'un tueur en série qui sévit dans l'ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu'ajouter à un passif déjà lourd.
Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l'histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.

La critique Nelfesque: Un nouvel Ellory sort en librairie le 15 mars prochain et j'ai eu la chance de le lire en avant première. Grande amatrice de la plume de cet auteur, j'en suis doublement ravie.

"Les Anges de New York" ne fait pas pâle figure au côté des autres romans d'Ellory aujourd'hui traduits en français ("Seul le silence", "Vendetta" ou encore "Les Anonymes"). Il est même clairement dans la lignée de "Vendetta"!

Nous sommes ici dans une histoire sombre et complexe, jonglant dans les méandres des souvenirs de Frank Parish et son enquête en cours. L'enquête est classique, un tueur en série sévit dans la ville et Frank est persuadé d'avoir le coupable sans les preuves qui vont avec. Il va alors tout mettre en place pour le faire tomber, allant jusqu'aux limites de la légalité et mettant sa carrière déjà fragile en péril. Sur l'enquête pure de ce roman, je n'ai pas été transportée. Tout s'imbrique comme par magie et c'est presque trop simple pour être attirant. Les coïncidences fusent, les convictions de Frank dominent et même son nouvel équipier, Radick, ne tique pas... Mouais... Heureusement, ce roman a deux facettes.

Il ne faut cependant pas s'attendre à lire un polar classique quand on se plonge dans "Les Anges de New York". Ici, bien avant l'enquête policière, c'est la psychologie et l'histoire familiale du personnage principal qui priment. Ellory est très fort à ce petit jeu et le lecteur s'attache toujours profondément à ses personnages. Ici, on ne déroge pas à la règle avec Frank Parish, personnage fouillé aux félures palpables. C'est avant tout son "enquête personnelle" qui séduit le lecteur, son chemin pour faire la paix avec le passé et changer ses comportements. Alors certes, les policiers alcooliques et fragiles sous des apparences dures sont assez courants dans les romans policiers mais j'ai rarement vu des personnages aussi aboutis, crédibles et attachants que ceux d'Ellory. Nous sommes ici dans le vrai roman de flics, celui où les magouilles cotoient la mafia et les nuits blanches l'alcool. Il y a un arrière goût de polar noir à l'image d'"Un amour fraternel" de Pete Dexter dans ce roman. Dès les premières pages, le lecteur ressent toute la force de l'écriture de cet auteur, une écriture magnifique qui nous transporte au delà du simple polar/thriller.

"Les Anges de New York", à l'image de "Seul le silence", est un roman qu'il faut lire avant tout pour ses personnages, pour leurs descentes aux enfers, pour leurs travers et pour leurs malaises. Ellory nous fait ressentir des sentiments que peu d'auteurs nous proposent dans le polar/thriller. Je suis une fois de plus charmée par Ellory et vous invite à sauter sur cet ouvrage dès sa sortie en librairie. De mon côté, je n'ai plus qu'à attendre le prochain...

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lundi 6 février 2012

"Survivant" de Chuck Palahniuk

chuckL'histoire: «Personne ne peut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun? Rien que l'inconnu qui fiche la trouille».

Tender Branson est bien placé pour le dire. Il est le dernier survivant d'une secte d'allumés et il navigue seul, après l'avoir détourné, dans un boeing 747 mis en pilotage automatique à 13 000 mètres d'altitude. Destination l'Australie et le crash assuré. Plus que sept heures de vol à vivre pour raconter à la boîte noire ses incroyables secrets. Quelques litres de kérosène avant de finir éclaté en milliards de petits débris...

La critique de Mr K: Autant j'avais été déçu lors de ma lecture de Peste du même auteur (Fight Club quand même!), autant Palahniuk m'a bien calmé et cueilli avec Survivant. On suit ici la confession d'un allumé total lors des dernières heures de sa vie et quelle existence! De son enfance au sein de la secte des Creedish à sa survie après le suicide collectif de ses frères, en passant par son élévation au statut de nouveau prophète, c'est à un récit s'apparentant à des montagnes russes que nous convie l'auteur. Mettez bien vos ceintures car ça secoue!

Écrit à la première personne, le lecteur est dès les premières pages immergé dans cet esprit que l'on devine malade. Plus on avance, plus la lumière se fait sur les raisons réelles de ces névroses. On se rend compte qu'on a face à soi un homme qui depuis sa prime enfance est manipulé et quasiment télécommandé par des personnes ou des groupes. Il y a la secte bien sûr, ensuite il y a l'assistante sociale chargée de son cas suite au suicide collectif de ses proches puis l'agent qui va "s'occuper" de lui lors de son accession à la célébrité. Autant vous le dire de suite, c'est rude et éprouvant car Tender est finalement plus une victime qu'autre chose et la boule à l'estomac ne fait que grandir au fil de la lecture. On retrouve donc ici les thématiques chères à l'auteur comme la manipulation mentale, les camisoles chimiques et leur empreinte sur un esprit, la violence des foules et les destins individuels brisés face à des intérêts privés puissants.

L'ensemble est habillé du style inimitable de Palahniuk. Beaucoup de cynisme tout d'abord avec un portrait au vitriol de l'Amérique et de ses habitants (le passage concernant la finale du Superbowl est édifiant dans ce domaine!), ça taille dans le vif et personne ne s'en sort indemne entre les politiques, la police et les acteurs de l'entertainment. L'humour est corrosif, d'un noir épais mais toujours au service d'une réflexion bienvenue en ces temps de doute sur le bienfondé du modèle capitaliste-libéral. La conclusion est d'ailleurs sans appel et aboutit à l'effacement de l'individu au profit de la conscience grise commune. L'écriture est toujours aussi limpide, abrupte et parfois virtuose (notamment les lignes relatant les pensées contradictoires du "héros"). Petit détail et non des moindres, le chapitrage est inversé (du chapitre 47 au chapitre 1) ainsi que le numéro des pages (365 à 1) ce qui rajoute en intensité et en tension, on a l'impression d'assister à un véritable compte à rebours à l'image de Tender qui n'a qu'environ 7 heures pour témoigner au monde de son parcours de vie.

C'est tout chamboulé mais heureux que je suis sorti de cette lecture qui fera date. Expérience peu commune et assez radicale, on ne perd pas son temps et on en ressort un peu différent. C'est pour moi le signe d'une grande et enrichissante rencontre entre le lecteur et l'auteur. Un petit bijou de plus en somme!

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vendredi 3 février 2012

"Cygnis" de Vincent Gessler

cygnisL'histoire: Est-ce le ciel ou la forêt? Un fourmillement frémit à la limite de son champ de conscience, sensation familière associée au danger. Il se redresse à demi et s’empare de son fusil. Ses oreilles bourdonnent. L’œil à la lunette, il fait défiler différents modes de vision. Au-delà de l’espace délimité par l’ouverture de l’abri s’étend la forêt. Et au milieu, bien droit sous la pluie, un robot solitaire. Il n’a pas d’arme et se contente de regarder Syn dans les yeux.

C’est l’histoire de Syn, un trappeur accompagné de son loup au pelage greffé de bandes synthétiques, dans un monde de ruines technologiques. La menace est partout, une guerre se déclare mais Syn ne veut plus tuer ses semblables…

La critique Nelfesque: Je suis revenue des Utopiales avec (entre autres) "Cygnis" dans ma besace. Après une rencontre fort sympathique avec l'auteur, j'avais hâte de découvrir le Prix Utopiales 2010. C'est à l'occasion d'une lecture commune que je me suis plongée dans ce roman et j'en suis ravie.

La couverture est superbe et l'écrin ne ment pas sur le contenu de ce roman de science-fiction qui surprend de par l'écriture poétique de Vincent Gessler. Je n'avais encore jamais lu un roman de SF capable de mêler avec brio poésie et images crues. Parfois l'histoire et les descriptions sont difficiles, éprouvantes, mais l'ensemble est tellement bien emballé que le lecteur ne peut qu'être agréablement surpris. Le monde dans lequel vit Syn est froid et hostile, pourtant sous la plume de Gessler, les paysages sont beaux. Cela donne un foisonnement de descriptions qui cassent le rythme de ce roman et le laisse glisser davantage vers le contemplatif que vers l'action. Personnellement, cela ne m'a pas gênée (bien au contraire) mais il est important de souligner cet aspect pour les futurs lecteurs.

Ce n'est pas pour autant que l'histoire se révélerait plate et sans rebondissements. Dans ce monde post-apocalyptique aux accents de Moyen-Age, le lecteur prend ses marques entre fantasy (contexte et techniques de guerre) et cyberpunk. Un étrange mélange me direz-vous? Et hop, deuxième surprise! Des robots, vestiges d'un monde disparu, semblent traquer les hommes. Pourquoi cette guerre? Et qui est ce monstre dont l'auteur sur quelques chapitres nous présente la vision et la quête? Au fil des pages de ce roman, le lecteur emmagasine des informations qui ne prendront toute leur ampleur qu'une fois la dernière page lue. C'est un final en apothéose que nous propose Gessler avec un univers gigantesque et une destinée complexe.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui sort des sentiers battus et mérite son Prix. Le fond et la forme sont surprenants, l'histoire est originale et au delà d'une fin qui mériterait à lui seul la lecture de ce roman, c'est l'univers dépeint par Gessler qu'il faut découvrir.

challenge_fin_du_monde_apocalypse_post_apo_7A lire également, les avis de mes compagnes de lecture: Cachou et Lhisbei

Ce roman entre aussi dans le cadre du Challenge [Fins du Monde] de Tigger Lilly.

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mercredi 1 février 2012

"Quand la porte s'ouvre" de Béatrice Saubin

quand-la-porte-s-ouvre-89542-250-400L'histoire: Dans L'épreuve, Béatrice Saubin racontait son odyssée dramatique en malaisie: son arrestation, son séjour dans le quartier des condamnés à mort, ses années de détention et sa libération en octobre 1990.

Les jours et les mois qui ont suivi furent une autre forme d'épreuve. Après dix ans d'enfermement, la liberté est devenue une notion abstraite. Elle ne sait plus ce que c'est.

Cette liberté, il lui faut l'apprivoiser, la conquérir. La jeune femme brisée doit se reconstruire, admettre à nouveau qu'elle existe, qu'elle n'est plus un matricule, qu'elle peut redevenir un être autonome, éprouver des sentiments, aimer, se laisser aimer, enfin, renaître à la vie.

La critique de Mr K: J'avais grandement apprécié la lecture de L'épreuve que ma mère m'avait prêté il y a déjà un certain temps. J'avais été aspiré par ce témoignage à la fois brut et détaché d'une femme victime d'une injustice flagrante, condamnée tout d'abord à la pendaison puis à la prison à perpétuité. C'est une fois de plus par hasard que je suis tombé chez l'abbé sur cet exemplaire que je ne connaissais pas: la suite du récit précédent, l'histoire de la rédemption et du retour à la réalité.

On suit donc Béatrice Saubin depuis l'annonce de sa libération prochaine à trois ans après son retour en France. Sans réelle pudeur mais aussi sans voyeurisme, on assiste à ses états d'âme et sa lente transfiguration face au retour. Difficile en effet de se libérer intérieurement après dix ans de calvaire, difficile d'enlever les vêtements et l'esprit de la prisonnière pour se muer en femme libre et indépendante. Heureusement, elle peut compter sur les amis qu'elle a pu se faire durant son incarcération et qui continuent à la suivre et la soutenir après sa sortie.

C'est aussi l'histoire de l'emballement médiatique qui a suivi sa libération avec son lot de sollicitations, de paillettes et de gènes provoquées chez la rescapée. Loin de se décrire comme une victime, elle expose cependant les différentes phases de son mental: l'hésitation et l'appréhension au départ, son passage chez PPDA, le reportage photo chez l'amie qui l'héberge, la demande d'une grande maison d'édition pour rédiger son témoignage, la rédaction de ce dernier, la promo qui s'ensuit... Dure reconstruction personnelle, dur contact aussi avec sa famille (élevée depuis son plus jeune âge par sa grand mère, sa génitrice l'ayant laissée à charge à sa naissance). On ne peut pas dire que la vie l'ait particulièrement gâté...

Elle retourne même en Asie pour les besoins de repérage pour un film qui devait adapter son histoire. C'est l'occasion pour elle de se confronter avec son vécu, ses meilleurs souvenirs (des odeurs, des goûts, des gens) mais aussi ses traumatismes (des passages sont d'ailleurs assez rudes). C'est aussi vers la fin du témoignage la rencontre avec un homme qui va lui redonner le goût de l'amour et va finalement signer la fin de la reconstruction personnelle de l'auteur. Le passage est assez gnan-gnan mais j'imagine que suite aux épreuves endurées, ce fameux chevalier blanc est apparu au bon moment...

D'une lecture aisée et agréable, Quand la porte s'ouvre bien que ne dépassant pas en intensité L'épreuve reste un livre passionnant et un miroir hyper-réaliste du cheminement curatif d'un être humain avili par le désespoir et le confinement carcéral. N'y cherchez donc pas de la joie ou des sourires mais davantage des réponses à certaines questions et une forme d'espoir. Un beau témoignage que je vous invite à parcourir à votre tour.

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jeudi 26 janvier 2012

"Le Chuchoteur" de Donato Carrisi

Le-chuchoteurL'histoire: Cinq petites filles ont disparu.
Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière.
Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.

Depuis qu'ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d'agents spéciaux ont l'impression d?être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d'un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d'appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure...

La critique Nelfesque: Avec Mr K nous avions offert ce thriller à ma belle-mère lors de sa sortie en librairie. J'en avais entendu beaucoup de bien et j'avais pour idée de lui emprunter par la suite (héhé). Nous avons fait un bon gros flop sur ce coup là puisqu'elle n'a pas apprécié cette lecture. Maintenant que je l'ai lu, je comprends pourquoi... Pas vraiment son style, mais le mien assurément! 

Alors attention, si vous commencez ce roman, âmes sensibles s'abstenir. Outre le fait que les victimes soient des enfants, certaines descriptions de scènes de crime et certains faits peuvent choquer. Je ne m'en plains pas puisque j'aime les univers sombres et torturés et que les passages gores ne me déplaisent pas (au contraire (à croire que je suis une psychopathe...)) mais je peux comprendre que cela puisse mettre certains lecteurs mal à l'aise. Par contre, quand j'ai appris que "Le Chuchoteur" s'inspirait de faits réels, là j'ai commencé à tordre du nez. Il y a vraiment des tarés...

Le premier atout de ce roman est d'être efficace. Certes il n'a rien d'original, en terme de thriller il n'invente rien ni par son fond ni par sa forme mais c'est un bon livre qui tient en haleine et surprend le lecteur. Perso, c'est tout ce que j'en attendais. Quand je lis un roman de ce genre, c'est avant tout pour être prise dans l'histoire, pour ne pas pouvoir le lâcher avant de connaître la fin, pour tourner les pages à une vitesse folle et c'est ce qui s'est passé. Je devine assez aisément la fin de ce type de lecture bien souvent avant la page finale mais ce ne fut pas le cas ici. J'ai été surprise par certains rebondissements et même si ce n'est pas le roman du siècle, il est tout de même très bon!

Comme je l'ai évoqué précédemment, les scènes de découverte de cadavres raviront les plus "fondus" d'entre nous. Niveau description, Donato Carrisi envoie du lourd! Les victimes donnent à chaque fois un indice pour mener la police vers une autre affaire sordide et j'ai aimé cet aspect-ci de l'histoire plus que l'enquête en elle-même. Une sorte de serial-killer justicier. Je n'en dis pas trop tout de même pour ne pas gâcher le plaisir de futurs lecteurs mais pour ceux qui l'ont déjà lu, la scène de la maison en construction et tout ce qui en découle m'ont vraiment plu (je vous avais bien dit que j'étais toquée ^^).

En ce qui concerne les personnages, "Le chuchoteur" fait dans les clichés de la flic torturée cachant quelque chose, de la rivalité entre services, de la collègue désagréable, du collègue amouraché et du psy tirant les ficelles du groupe mais j'ai envie de dire "so what!?" . Ca fonctionne, alors pourquoi s'en plaindre? On suit avec plaisir tout ce petit monde dans une enquête glauque à souhait où chacun amène sa pierre et sa touche personnelle au paysage sombre et oppressant.

Un thriller efficace que je conseille donc aux amateurs du genre.

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mercredi 25 janvier 2012

"Rêves de gloire" de Roland C. Wagner

Reves-de-GloireL'histoire: Le 17 octobre 1960 à 11h45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d'une mitrailleuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles: "On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chientlit..."

De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d'OAS, pas d'accords d'Évian, pas de référendum et Alger reste française.

De nos jours, à Alger, l'obsession d'un collectionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin de voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements...

La critique de Mr K: Une belle claque bien délirante aujourd'hui avec ce roman qui m'a été offert par mes parents pour Noël (merci papa, merci maman), œuvre qui a reçu le grand prix des Utopiales 2011 de Nantes. Il s'agit d'une longue pièce de choix (700 pages) qui nous entraîne dans un univers uchronique proprement sidérant tant il s'avère paradoxalement réaliste dans sa déviation originelle. De Gaulle victime d'un attentat! Excusez du peu, je savais Wagner original depuis que Nelfe et moi avons assisté à une de ses conférences à Nantes mais l'écrit qu'il nous livre ici est proprement hallucinant et jouissif.

En fait, il ne reste dans le livre qu'une enclave française en Algérie: Alger. Le reste a été cédé aux indépendantistes et l'Algérois, comme on l'appellen a pris son indépendance vis-à-vis d'une France autoritaire aux mains de putschistes qui l'ont sortie de l'Europe! La pression est énorme sur ce lopin de terre qui essaie de résister comme il peut aux pressions étrangères qui voudraient le récupérer. En parallèle, on suit aussi le phénomène du mouvement vautrien né en France à Biarritz lors de l'été insensé sous la houlette de Tim Leary qui prône la vie communautaire et la non violence. Comme un des personnages principaux est collectionneur de disques, on suit aussi une étonnante histoire du rock des années 60' où certaines stars existent bel et bien (notamment Iggy Pop à ces début, Jeff Beck) mais où d'autres n'ont jamais existé ou sous un nom différent (Beatles et Stones notamment!). Au centre de ce maelström, un disque qui semble maudit car tous ceux qui le possèdent ou le recherchent disparaissent dans d'étranges circonstances!

Déroutant est le premier terme qui m'est venu à l'esprit au bout de 100 pages. Le livre est intégralement écrit à la première personne du singulier et comme on suit différents témoignages anonymes les uns après les autres, il est facile de se perdre. Il faut accepter ce fait pour vraiment rentrer dans le livre. Cette lecture est donc différente dans le sens où il ne faut pas s'attendre à du linéaire pur et dur, plus une sorte de patchwork qui mis bout à bout va former un tout d'une consistance et d'une maestria hors norme. La conclusion est fameuse et le construction qui y mène superbement orchestrée. Prévoyez cependant de longues plages de lecture de une à deux heures minimum pour vraiment gouter et vous imprégner de ce titre tant il faut être à 100% immergé dedans pour en apprécier le contenu et la forme.

L'écriture est un réel bonheur d'inventivité, de simplicité et d'efficacité. Le style Wagner est vraiment excellent car à la fois très abordable et ambitieux. Les personnages croqués sont criants de réalisme et nous les suivons avec passion notamment celui du collectionneur et de sa quête du Graal. Ce côté polar rajoute un petit côté ludique à ce livre-somme. Nombre de critiques insistent sur le côté parfois autobiographique de ce livre, ceci explique sans doute cette impression de vérité et de terrain connu qui s'exhale de l'œuvre au fur et à mesure qu'on en tourne les pages alors qu'on est en pleine uchronie. Il ressort de ce délire fictionnel beaucoup de questions et de réflexion sur l'Histoire, sa construction et sur l'usage qu'on peut en faire. On dépasse par là même la simple volonté d'écrire une histoire car cette dernière rencontre l'Histoire avec un grand H, une Histoire encore bien douloureuse dans notre pays (la guerre d'Algérie a laissé des cicatrices, il suffit de voir les programmes scolaires la concernant pour s'en convaincre).

Un grand et superbe livre donc, difficile d'accès au prime abord mais qui mérite vraiment qu'on s'y attarde tant on touche au sublime en terme d'évocation de la guerre, des conflits entre factions mais aussi aux voyages psychédéliques et à la passion musicale. Tout un programme non?

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lundi 23 janvier 2012

"Le livre sans nom" d'Anonyme

Le_livre_sans_nomL'histoire: Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets...
Un serial killer assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom...
La seule victime encore vivante du tueur se réveille, amnésique, après cinq ans dans le coma.
Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll de l'année !

La critique Nelfesque: Whoutch! Double combo dans ta face! Ca pour être rock'n'roll, "Le livre sans nom" est rock'n'roll! C'est vulgaire, gore et bourré de caricatures mais putain que c'est bon! Très loin de ce que l'on peut avoir l'habitude de lire en matière de thriller, ce roman surprend par sa fraicheur et sa dérision. Du western, du polar, du fantastique: tout y est!

"Le livre sans nom" a beaucoup fait parler de lui. Tout d'abord parce qu'on ignore le nom de l'auteur se cachant derrière ses pages et parce que l'écriture est plus cinématographique que littéraire. Le style est punchy, les scènes fonctionnent comme des story board et la trame défile sous nos yeux à la manière d'un film de Tarantino (mince, j'ai dit le nom). Tout nous rappelle l'univers de ce réalisateur: le côté décalé, le western moderne, l'alcool et les personnages hauts en couleur. Les références cinématographiques sont omniprésentes dans ce roman et cet ouvrage a forcément été écrit par un connaisseur de cet art.

Pourtant je l'avoue, je n'aime pas les western, je ne suis pas spécialement fana des débordements de testostérone, des univers mââââles à vomir, et les dimensions fantastiques dans des romans qui ne sont pas rangés dans cette catégorie me désarçonnent souvent dans le mauvais sens. Mais là miracle, la magie opère et les pages se tournent à une vitesse folle! On se prend au jeu et on est même fasciné par l'intrigue et le personnage principal, le mystérieux et énigmatique Bourbon Kid. Les personnages secondaires ne sont pas en reste avec une galerie de portraits à mourir de rire (noir): des piliers de bar indéboulonnables, des moines karatekas un peu idiots sur les bords, des bandits à la petite semaine toujours sur les bons coups...

Atypique, distrayant, original: voici les termes qui me viennent à l'esprit pour décrire ce roman. Un bon gros coup de fouet qui fait du bien et nous désencroûte de notre quotidien avec efficacité. A découvrir d'urgence! Vous saurez très vite si vous adhérez au style ou pas.

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jeudi 19 janvier 2012

"Voyage au bout du jour" de Behemoth

behemothL'histoire: La mort de sa femme hantait Philippe jour et nuit et il pensait trouver l'oubli en roulant jusqu'à cette île d'Ouessant que le soleil éclaire de ses derniers rayons avant de s'enfoncer derrière l'horizon. Mais sur sa route, il croisa Liane, la fille aux yeux pâles. Ils furent désormais deux à fuir leurs souvenirs. Et lorsqu'ils franchirent la mer pour gagner Ouessant, l'horreur tentaculaire tapie dans les abysses se mut à leur rencontre. Décidément, il est des voyages qu'il vaut mieux ne jamais entreprendre, surtout s'ils vous conduisent jusqu'au bout de la peur et jusqu'au bout du jour...

La critique de Mr K: Derrière ce pseudo démoniaque à souhait se cache Kââ et derrière ce deuxième avatar se tapissait mon ex prof de philo aujourd'hui passé dans l'outre-monde. Il me faut bien l'avouer, j'avais peu goûté au précédent ouvrage que j'avais lu et chroniqué du monsieur: Mental. Vince, un vieil ami et un blogger de renommée internationale (au moins!), me l'avait offert et m'avait sermoné suite à ma critique peu élogieuse. Pour lui, je n'avais finalement pas réussi à briser et déguster la substantifique moelle... Il y a peu, à l'occasion de mon anniversaire, il est revenu à la charge en m'offrant du même auteur ce Voyage au bout du jour et en me disant qu'avec celui-ci ça changeait de style et de genre. Mon voyage de l'autre côté de la Manche était l'occasion idéale pour me livrer corps et âme à cet ouvrage...

Un homme quitte donc Paris pour oublier la mort de sa femme, embrigade au détour d'une étape éthylique brestoise une charmante donzelle et se retrouve confronté à des pieuvres géantes! Tout est dit dans le résumé, vous l'avez compris comme il y a des B-movies, ce livre est un B-book et un morceau de choix en la matière! Amateurs du premier degré, choisissez un autre chemin sinon vous allez passer un mauvais moment! On retrouve dans ce titre les obsessions de l'auteur pour les belles filles bien roulées et la pratique du sexe en toute liberté. La picole aussi est très présente avec des morceaux de bravoure entre éclusage sec et délires alcooliques. En fait, on se retrouve dans un univers un peu à la San Antonio, la gaudriole en moins tant l'oeuvre baigne dans l'obscurité malgré l'intitulé du livre.

La violence était un des sujets qu'abordait souvent en classe ce professeur hors norme. Elle est ici abordée de plein fouet, sans concession aucune. D'ailleurs le passage à l'acte est ici marqué du sceau de la folie et de la difficulté de ne pas transgresser les règles, la norme admise communément. Attention aux âmes sensibles, ça charcute et trucide à tout va et on se plait parfois à en redemander un peu comme dans le premier Kill Bill de Tarantino lorsque la mariée se bat contre tout un gang déchaîné.

J'ai donc trouvé le contenu intéressant et la fin quoiqu'un peu abrupte est peu commune et surtout complètement barrée! Reste cependant une écriture qui décidément me désole à certaines occasions. Absence de style? Trop de style au contraire? Bien que court et aisé à lire, j'ai trouvé des passages lourdingues, beaucoup de redondances inutiles et quelques raccourcis malencontreux pour la clarté du récit.

Merci tout de même à Vince pour cette franche poilade brute de décoffrage qui est à réserver aux lecteurs avertis... qui a dit pervertis?

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mercredi 18 janvier 2012

"La Route" de Cormac McCarthy - ADD-ON Nelfesque

cormac_mccarthy_la_routeMr K a déjà lu et chroniqué ce roman le 01/06/10. Je viens de le terminer et de le chroniquer à mon tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de mon avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique Nelfesque à la suite de celle de Mr K.

Nous procèderons dorénavant ainsi pour les romans déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lu à nouveau par l'un de nous.

Pour "La Route", ça se passe par là.

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samedi 14 janvier 2012

"Le rituel de l'ombre" de Giacometti et Ravenne

phillL'histoire: Rome, mai 2005. Une archiviste du Grand Orient est assassiné lors d'une soirée à l'ambassade de france, suivant un rituel qui évoque la mort d'Hiram, fondateur légendaire de la franc-maçonnerie. À Jérusalem, un archéologue en possession d'une énigmatique pierre gravée subit un sort similaire.

Le commissaire Antoine Marcas, maître maçon, et son équipière, Jade Zewinski, qui abhorre les "frères", se trouvent confrontés aux tueurs implacables d'une confrérie nazie occulte, la société Thulé, adversaire ancestrale de la maçonnerie.

Soixante ans après la chute du IIIème Reich, les archives des francs-maçons, dérobées par les Allemands en 1940, continuent à faire couler le sang. Mais quel secret immémorial se dissimule entre leurs pages jaunies? Un secret pour lequel on tue sans scrupules...

La critique de Mr K: À l'occasion de notre séjour en terres anglaises, j'avais apporté avec moi cet ouvrage qui est le deuxième que je lis du duo Giacometti / Ravenne après Le 7ème templier. Le Rituel de l'ombre est leur première collaboration, c'est aussi donc la première apparition de leur héros charismatique Antoine Marcas, inspecteur franc-maçon.

Tout débute par deux meurtres rigoureusement identiques qui sont commis à plusieurs milliers de kilomètres de distance. Une archiviste du Grand Orient (loge maçonnique) et un archéologue juif ont été tué en suivant le rituel de la mort d'Hiram, fondateur mythique de la franc-maçonnerie. Au fil de l'enquête, le lecteur va rentrer dans l'univers mystérieux des frères mais aussi celui à la fois mystique et fasciste de la confrérie Thulé, une organisation nazie, ennemie héréditaire des francs-maçons.

On retrouve dans ce volume le goût des deux auteurs pour l'ésotérisme et le suspens. Force est de constater qu'ils servent le couvert avec efficacité. Nous assistons à une véritable course contre la montre haletante où les personnages ne sont pas épargnés. On se prend au jeu devant les enjeux sous-entendus même s'il faut bien avouer qu'il n'y a rien de véritablement neuf notamment au niveau des personnages qui se révèlent un peu trop stéréotypés, histoire de capter un maximum de lecteurs-acheteurs. La surprise vient du dénouement qui se situe quelque part entre religion, mysticisme et botanique! Elle m'a ravi et m'a refait penser à mes études comparées des différentes religions du monde dont les liens possibles entre religions monothéistes et chamanisme.

Loin d'être un classique, ce livre est à prendre avant tout comme une bonne récréation, un moment de détente sans prétention, un livre de plage ou de voyage diront certains. A vous de voir...

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