samedi 12 mars 2011

"Marina" de Carlos Ruiz Zafon

marinaL'histoire: Dans la Barcelone des années 1980, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

La critique de Mr K: Une lecture inoubliable, dernière traduction en date en France de Carlos Ruiz Zafon, un auteur que j'affectionne tout particulièrement depuis mes lectures de L'ombre du vent et Le jeu de l'ange. Marina est une œuvre "de jeunesse", le deuxième roman d'un auteur au succès grandissant chez nous et incontournable dans la péninsule ibérique. Dès la lecture du quatrième de couverture, on pressent que l'on va lire un livre au charme particulier vu les mots employés par l'auteur pour le décrire: Au fur et à mesure que j'avançais dans l'écriture, tout dans cette histoire prenait peu à peu le goût des adieux, et quand je l'eus terminée, j'eus l'impression que quelque chose était resté au fond de moi, quelque chose qu'aujourd'hui encore je ne peux définir mais qui me manque chaque jour.

Dès les premiers chapitres, on est en terrain connu pour qui pratique et apprécie cet écrivain: Barcelone, ville-personnage à part entière aux mystères insondables et à l'ambiance si attachante; une histoire d'amour romantique à souhait sans pathos et touchante au plus haut point; un secret éventé qui va bouleverser la vie des héros et des autres protagonistes rencontrés; des personnages attirants et séduisants à la psychologie fouillée.. et surtout une langue qui fait mouche et dépeint à merveille un univers «burtonien» à souhait, entre mélancolie et espoir.

Poésie, noirceur, mystère, suspens auxquels s'ajoute dans Marina une première incursion dans le fantastique pour Carlos Ruiz Zafon (du moins dans sa bibliographie éditée en français). Autant vous le dire de suite, c'est une franche réussite tant les éléments irréels se mêlent à merveille dans l'intrigue et le style de l'auteur. Ces points m'ont fait repenser à La mécanique du cœur que j'ai lu et apprécié en son temps. Au détour d'une histoire qui se renouvelle sans cesse, vous serez confrontés à une créature de cauchemar et prendrez connaissance de recherches secrètes et taboues sur le secret de la vie et de la mort. C'est un véritable voyage que le lecteur entreprend en choisissant de suivre les pas d'Oscar et Marina. Un périple éprouvant pavé d'espoir et de déceptions que j'ai ressenti littéralement au plus profond de moi, me laissant pantelant lorsque la dernière page fut tournée.

Marina est à mes yeux une lecture essentielle. Mon livre préféré de Zafon à ce jour, auteur à l'écriture atypique et conteur hors pair qui marque ses lecteurs bien après sa lecture. Une petite merveille que je ne saurais trop vous conseiller!

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vendredi 11 mars 2011

"No et moi" de Delphine De Vigan

No_et_moiL'histoire: Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d'amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu'au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu'elle. No, ses vêtemets sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l'errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin.
Mais nul n'est à à l'abri...

La critique Nelfesque: Je n'ai fait qu'un bouchée de ce roman que j'ai adoré. Très sensible, tellement vrai aussi, il met le doigt sur certaines "choses" que l'on ne veut pas voir dans la vie de tous les jours.

A travers les yeux d'une adolescente, ses préoccupations et ses mots simples, "No et moi" nous met sous le nez ce qui nous est si facile d'"oublier".... Il nous bouscule dans notre indifférence douillette et met un coup de pied dans la fourmilière.

Lou est surdouée, elle aime faire des expériences de toute sorte et, à la maison, tout peut devenir sujet d'expérimentation. La résistance du papier toilette, des tests comparatifs de boîtes de fromage... Lou comble sa vie avec ses sujets d'étude, sous l'oeil amusé de ses parents. Mais, à l'école, dans la vie de tous les jours, Lou est une petite fille timide et réservée. Ce monde de calcul est pour elle un refuge. Son quotidien à la maison est loin d'être rose depuis qu'elle a perdu sa petite soeur et que sa mère s'est murée dans le silence.

Jusqu'au jour où son chemin croise celui de No, jeune SDF qu'elle rencontre à la Gare d'Austerlitz. No devient alors son sujet d'exposé pour son cours de sciences économiques et sociales. Elle va lui faire découvrir toute l'horreur de la vie dans la rue: la faim, le froid... Mais cette fois ci, bien plus qu'une expérience pour Lou, No va devenir son amie et elle va vouloir l'aider, la sortir de cette misère qui fait son quotidien, aider cette jeune fille d'à peine 18 ans à sortir de la rue. L'héberger chez elle, lui trouver une assistante sociale pour avoir un travail, lui faire sortir la tête de l'eau, qu'elle arrête les médicaments et l'alcool. Voici la nouvelle mission de Lou, accompagnée de son ami Lucas, le dernier de la classe. Pour une fois, elle non plus n'est plus seule et en aidant No, elle aide sa famille et se donne une raison d'exister.

Ce roman est superbe, on ne ressort pas indemne de cette lecture. Certains passages sont criants de vérité et agissent comme des électrochocs sur le lecteur:

"On est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des miliards d'informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue."

"No et moi" est un roman qu'il faut absolument lire. Plein d'humanité et de justesse, sans jamais tomber dans la facilité et le pathos, Delphine De Vigan nous dépeint des destins solitaires qui vont s'unir pour tenter de subsister.

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jeudi 10 mars 2011

"Ceux qui sauront" de Pierre Bordage

ceux_qui_sauront

L'histoire: Et si la Révolution française n'avait pas eu lieu? Voici le portrati d'une France qui ne fut jamais, où une minorité d'aristocrates continue, aujourd'hui, d'asservir les masses populaires, notamment en interdisant l'instruction. Jean, fils d'ouvrier, en fait la dure expérience lorsqu'une descente de police met un terme brutal aux cours qu'il suit clandestinement. Incarcéré, puis libéré par la Résistance, il devient un hors-la-loi. Clara, elle, est née du bon côté de la barrière. Pourtant, la vie dorée qu'on lui impose et les inégalités dont souffre son pays la révoltent. Deux personnages, un destin commun: changer le monde...

La critique de Mr K: Retour en uchronie avec le présent ouvrage de Bordage. Cela faisait déjà un certain temps que je tournais autour dans les librairies et la semaine dernière, j'ai craqué! Lu en deux séances, il est relativement cours (318 pages) et le style de Bordage toujours aussi porteur. C'est vrai qu'il est à classer dans mes auteurs favoris (Les guerriers du silence est un livre Culte, je ne le répèterai jamais assez) et son œuvre est prolifique, j'ai déjà beaucoup parlé de lui ici, encore ici, là aussi, ah et puis ici encore. Pour autant, Ceux qui sauront constitue plus une distraction ou une œuvre initiatrice pour les plus jeunes qu'autre chose... j'y reviendrai.

L'entrée en matière comme toujours impressionne. Bordage a l'art de planter un décor, une époque et des personnages en seulement deux, trois pages. L'immersion est totale et très vite on s'accroche et ceci jusqu'à la dernière ligne: description des deux mondes qui cohabitent en s'opposant, références uchroniques constituant un background riche et flippant (exemple: exécution de Jules Ferry en 1882 pour avoir tenté d'apporter au roi une demande de réforme pour que tous puissent accéder au savoir avec une école publique et gratuite), paysages improbables ou plus quotidiens sont remarquablement rendus et le tout, sans lourdeurs, à la manière d'un chocolat fondant sous le palais. Ca se déguste!

Comme je le disais plus haut, je suis tout de même ressorti de cette lecture légèrement déçu. Je pense que le facteur «âge» est important à prendre en compte. Je l'aurais lu à mes débuts d'amateurs de SF, j'aurais davantage apprécié. Mais voilà, j'ai lu un certain nombre d'uchronies et celle-ci fait tout de même pâle figure face à des oeuvres essentielles comme Le maître du Haut Château de K. Dick ou encore Fatherland de Harris, (ici chroniqué par Nelfe). Les personnages sont tout de même caricaturaux (on semble déjà les avoir rencontrés au détour de certaines lectures), les événements sont prévisibles et la fin laisse sur sa faim. Je n'ai pas une seule fois été surpris ou interloqué, dommage... c'est quelque chose que j'apprécie quand je lis.

Une lecture distrayante cependant que je recommande tout particulièrement aux plus jeunes ou à ceux qui veulent s'essayer à l'uchronie sans trop se prendre la tête.

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samedi 5 mars 2011

"Le symbole perdu" de Dan Brown

le_symbole_perduL'histoire: Robert Langdon, professeur en symbologie, est convoqué d'urgence par son ami Peter Solomon, philanthrope et maçon de haut grade, pour une conférence à donner le soir même. En rejoignant la rotonde du Capitole, il fait une macabre découverte.
Ce sera le premier indice d'une quête haletante, des sous-sols de la Bibliothèque du Congrès aux temples maçonniques, à la recherche du secret le mieux gardé de la franc-maçonnerie.

La critique de Mr K: Il n'y a pas que Lady K qui ait remporté un livre lors du concours sur Le symbole perdu. Le livre de poche en a envoyé un exemplaire aux tenanciers du Capharnaüm éclairé et c'est bibi qui s'est chargé de sa lecture. Je suis amateur du genre et sans crier au génie (loin de là même), j'avais apprécié les deux précédentes aventures de Robert Langdon, plus particulièrement Anges et Démons.

Après ses pérégrinations en Europe, on pourrait penser que le fameux Robert se serait reposé. Et ben non, cet ouvrage le met aux prises avec la franc-maçonnerie et ses mystères, dans une course-poursuite haletante dans la capitale américaine. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'une fois de plus, la documentation est fournie et nous (re)découvrons une ville de Washington où la modernité côtoie les symboles les plus anciens. C'est d'ailleurs un des reproches que l'on peut faire au livre: son côté donneur de leçon, cours d'histoire parfois intéressant, parfois bien enquiquinant pour rester poli (surtout à la fin du livre). Malgré cela, ça se lit vite, c'est du light et ça passe facilement (3 jours pour en venir à bout). Sans dévoiler l'intrigue, sachez que pour ma part la fin est bâclée et surtout attendue et un peu cucul... Américaine quoi!

On retrouve dans cet opus les mêmes ficelles de l'auteur: chapitres alternés, courts avec un suspens à chaque fin de passage. L'écriture est simple, limpide et le rythme effréné. Mais voilà, tout cela ne fait pas un livre inoubliable (ça aurait été le premier de cet auteur): en plus de la fin que je n'ai pas apprécié, on ne peut s'empêcher de penser que Dan Brown n'invente rien et se contente d'explorer ses cours d'histoire et de bricoler une intrigue autour. Il manque le feu sacré et le caractère qui en aurait fait une œuvre unique et marquante. Reste cependant un polar distrayant qui se lit vite et bien mais qui se situe un ton en dessous des deux précédents. Avis aux amateurs!

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vendredi 4 mars 2011

"La lamentation du prépuce" de Shalom Auslander

lamentationL'histoire: Jeune époux et futur papa, Shalom pourrait être le plus heureux des hommes. Mais l'enfance peut commettre bien des ravages… Élevé dans la plus stricte orthodoxie juive, il en a gardé une vision très personnelle du « Tout-Puissant » et une paranoïa aiguë. Trente-cinq ans que cela dure. Trente-cinq ans d'une relation complexe, faite d'incompréhension et de pure terreur. Alors, à l'adolescence, Shalom s'est rebellé : gavage de hot dogs, lectures pornos… Et il a attendu, tremblant, le châtiment divin. Mais rien… Aujourd'hui, la grossesse de sa femme le laisse désemparé. Partagé entre son désir d'émancipation et sa peur maladive de Dieu, le voilà confronté à l'agonisante question : quel sort doit-il réserver au prépuce de son enfant ?

La critique Nelfesque: J'ai commencé la lecture de "La lamentation du prépuce" suite à un thriller de Thilliez. Après tout le gore propre à cet auteur, j'avais besoin d'un roman drôle. Celui-ci était dans ma PAL et semblait correspondre tout à fait à mes attentes.

Quel bon choix j'ai fait là! J'ai adoré ce roman. A la fois très drôle et très juste, on sent derrière l'ironie de l'auteur, une souffrance bien plus profonde. Shalom nous propose là une critique de la religion sans rien de pompeux avec humour et auto-dérision. On apprend beaucoup de choses sur les coutumes juives, sur la construction religieuse des enfants, sans pour autant que cela soit lourd et fastidieux. L'auteur nous montre les travers de sa religion, tout ce qui fait l'absurde de certains rites mais toujours avec tendresse.

Ses rapports à Dieu, à sa famille... sont relatés avec beaucoup d'humour. Toute sa vie, il va défier Dieu, prenant pour attaques personnelles, toutes droites venues du Divin, les difficultés de la vie. Comme si Dieu n'avait qu'un but: le faire chier! Alors face à cet acharnement, Shalom va faire de même et passer outre toutes ses craintes et tout ce qu'on lui a appris à l'école juive ou dans sa famille. Il va montrer à Dieu de quoi il est capable et lui clouer le bec! Plus il va grandir, plus il va faire des expériences interdites: manger des aliments impurs, allumer la lumière pendant le shabbat, se masturber... Ce roman est très loin d'être idiot et, sous couvert de l'humour, nous propose une lecture plus sensible: un homme en souffrance dans sa religion.

"La lamentation du prépuce" est un roman savoureux! Humour et prise de conscience jalonnent cet ouvrage drôle et émouvant à la fois.

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mercredi 2 mars 2011

"La peine du menuisier" de Marie Le Gall

menuisierL'histoire: Son père est une ombre solitaire, sa maison bruisse de silences et les murs de pierre suintent le mystère... La narratrice grandit dans une atmosphère lourde de non-dits. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions. mais on est taiseux dans le Finistère.
Livrée à ses doutes et à ses intuitions, elle écoute les murmures, rassemble les bribes. Tisse patiemment une histoire. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance, mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité.

La critique Nelfesque: J'ai terminé ce roman il y a peu et encore aujourd'hui je reste mitigée à son sujet. En effet, bien que l'histoire soit en accord avec ce que j'aime dans les romans (une enfance douloureuse et la quête de ses origines), la façon de traiter le sujet est vraiment particulière.

Pendant 315 pages, le lecteur cotoie la mort. La narratrice est obsédée par les défunts, l'ambiance est macabre et l'enfant qui nous est présentée est sinistre. Loin des préoccupations enfantines, elle cherche à connaître son passé familial, elle laisse trainer ses oreilles là où on ne veut pas qu'elle entende, elle veut savoir pourquoi son père (le menuisier) est si silencieux. Comprendre pour mieux grandir, comprendre pourquoi sa soeur est "folle", pourquoi ses rapports sont si distants avec certains membres de la famille...

A mesure que Marie grandit, elle ne cesse de chercher, elle fouille dans les souvenirs des anciens, elle cherche dans les photos des défunts accrochés sur les murs, dans les greniers et les registres de la mairie, des bribes d'informations. Elle ne comprend pas toujours, ne trouve pas ce qu'elle cherche, alors elle brode et s'invente des personnages. Complètement obnubilée par ses questionnements qui devraient la mener vers une compréhension et une acceptation de soi, elle va faire de ses morts, une obsession qui l'empêche d'avancer réellement. Elle piétine dans le morbide et poursuit sa quête malsaine.

Malgré le côté noir de ce roman, "La peine du menuisier" m'a touchée sur certains points. Loin d'être obsédée comme l'auteur, je m'intéresse beaucoup à l'histoire de ma famille et je me suis retrouvée dans l'imagination de Marie. Comme elle, j'ai de la tendresse pour les personnes âgées et j'ai un besoin vital de me rendre sur le caveau familial. De plus la plume de Marie Le Gall est emplie de nostalgie et des passages me sont allés droit au coeur:

"Les vieux avaient plein d'arthrose et du mal à tenir la casserole ou le bol, surtout quand celui-ci faisait la taille d'une soupière. Maintenant, on ne vit plus sans tuyaux. La mort est lente à venir, et pour les plus malheureux se fait attendre des années. Le repos n'est plus perçu comme l'ultime récompense d'une vie, chez soi, au chaud sous les draps de lin et l'édredon gonflé de plumes. On ne meurt plus en entendant une dernière fois le chant du coq ou celui des oiseaux de nuit.
Et si ce jour-là on est entouré, on a de la chance."

Je conseillerai ce roman mais uniquement aux champions de l'optimisme. Mieux vaut avoir un moral au top car on frôle assez facilement la déprime quand on referme la dernière page.

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dimanche 27 février 2011

"Le vieil homme et la mer" d'Ernest Hemingway

VHELML'histoire: Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, j'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ca m'est égal lequel de nous deux tue l'autre.

Qu'est-ce que je raconte? Pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson.

E.Hemingway

La critique de Mr K: Au début du récit, nous faisons la connaissance de Santiago, un vieux pêcheur qui ne ramène plus rien de ses parties de pêche. Il a pour seul ami, un jeune garçon qui l'accompagnait lors de ses journées au large. Ses parents, ne voyant pas cela d'un bon œil, le font embarquer sur un autre bateau où la pêche est plus abondante. Au début du roman, c'est donc seul que le vieil homme part après 84 jours de disette poissonneuse. Il va croiser sur son chemin un espadon d'une taille peu commune qui va lui donner du fil à retordre.

Il s'agit ici de la relecture d'un classique qui m'avait marqué lors de ma pré-adolescence. Vingt ans après, le choc est toujours là, même évasion et même réflexion éveillées par cette parabole intemporelle sur l'âge et l'accomplissement de soi. Une plume simple, réaliste au millimètre (on est avec le vieil homme, dans sa barque, dans son quotidien) qui est au service d'un récit universel. On ne peut s'empêcher de voir dans cette histoire une parabole sur l'existence humaine notamment sur l'espoir et le courage qu'il nous faut pour tenter d'approcher nos rêves. La vie humaine est parsemée de défaites et de victoires mais ce qui semble compter le plus ce n'est pas le résultat en lui-même mais l'intensité des efforts déployés pour tendre vers la réussite. Dans cet ouvrage, malgré l'échec total du héros, ce dernier en ressort grandi dans sa dignité d'homme par rapport aux efforts immenses qu'il a fourni pour attraper le fameux poisson. Dans cette lutte longue et âpre, il se crée un lien, un respect mutuel entre les deux adversaires, d'ailleurs le vieux pêcheur s'adresse directement à l'espadon à de nombreuses occasions, façon pour lui de tenir le coup.

Une immense œuvre qui faut avoir lu une fois dans sa vie. Je crois que je vais me remettre à Hemingway dans les mois qui viennent histoire de relire Pour qui sonne le glas et découvrir L'Adieu aux armes.

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samedi 26 février 2011

Babies challenges 2011

Bon, ça n'aura échappé à personne qu'à la maison, nous sommes de gros lecteurs. Je crois que pour passer inaperçus, on a un peu foiré notre coup... Je fréquente quelques forums de lecture et en début d'année, j'ai dégoté des challenges intéressants. Comme je suis une grosse feignasse, je n'ai pas pris le temps jusqu'à présent de signifier ma participation aux 3 babies challenges ci-dessous.

Le but est simple: lire dans l'année le plus de romans possibles présents sur ces listes. Comme certains ne m'intéressent pas, je ne cherche pas à faire le carton plein mais comme j'en ai d'autres dans ma PAL ou ma LAL... why not! Et puis il y a des médailles en jeu, ça rigole pas!

Médaille d'or : 20/20
Médaille d'argent : 16/20
Médaille de bronze : 12/20
Médaille de chocolat : 8/20

Je m'inscris donc au baby challenge "Drame", au baby challenge "Contemporain" et au baby challenge "Thriller" (ça tombe bien hey c'est trois genre que j'aime beaucoup!).

Voyons ça de plus près... Sont portés en gras les romans que j'ai déjà lu et qui seront validés ainsi que les liens vers ceux qui ont été chroniqués ici.

BCdrame
Pour le baby challenge "Drame", je vise la médaille en chocolat (trop la classe!)

1 - Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini
2 - Neige de Maxence Fermine
3 - La voleuse de livres de Markus Zusak
4 - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee
5 - La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier
6 - La ferme des animaux de George Orwell
7 - Le Vieil Homme et la Mer d'Ernest Hemingway
8 - Le temps n'est rien / De toute éternité de Audrey Niffenegger   
9 - Ne t'inquiète pas pour moi de Alice Kuipers
10 - La route de Cormac McCarthy
11 - Le liseur de Bernhard Schlink
12 - Junk de Melvin Burgess
13 - L'attentat de Yasmina Khadra
14 - Le maître des illusions de Donna Tartt
15 - Un secret de Philippe Grimbert
16 - Si je reste de Gayle Forman
17 - Oliver Twist de Charles Dickens
18 - Les yeux Jaunes des Crocodiles de Katherine Pancol
19 - Lolita de Vladimir Nabokov
20 - Parce que je t'aime de Guillaume Musso

contemporain
Pour le baby challenge "Contemporain", je vise la médaille en chocolat (trop la classe bis!)

1 - Une Prière Pour Owen de John Irving
2 - La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Daniel Pennac
3 - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol de Lian Hearn
4 - Entre chiens et loups, tome 1 de Malorie Blackman
5 - Kafka sur le rivage de Haruki Murakami
6 - La porte des enfers de Laurent Gaudé
7 - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer
8 - Les Thanatonautes de Bernard Werber
9 - Oscar et la dame rose de Eric-Emmanuel Schmitt
10 - L'évangile selon Pilate, suivi de Journal d'un roman volé de Eric-Emmanuel Schmitt
11 - Seul le silence de R.J. Ellory
12 - La vie devant soi de Emile Ajar
13 - Le monde de Sophie de Jostein Gaarder
14 - L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
15 - La ferme des animaux de George Orwell
16 - L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt
17 - Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda
18 - Les enfants de la liberté de Marc Levy
19 - Cosmétique de l'ennemi de Amélie Nothomb
20 - Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

thriller
Pour le baby challenge "Thriller", je vise la médaille de bronze (on ne m'arrête plus!)

1 - Shutter Island de Dennis Lehane
2 - Le silence des Agneaux de Thomas Harris
3 - La mémoire fantôme de Franck Thilliez
4 - Le chuchoteur de Donato Carrisi
5 - Seul le silence de R.J. Ellory
6 - Robe de marié de Pierre Lemaitre
7 - La nuit des enfants rois de Bernard Lenteric
8 - Les Rivières Pourpres de Jean-Christophe Grangé
9 - Cul-de-sac (Piège Nuptial) de Douglas Kennedy
10 - Chroniques des vampires, tome 01 : Entretien avec un vampire de Anne Rice
11 - Thérapie de Sebastian Fitzek
12 - La chambre des morts de Franck Thilliez
13 - La Trilogie du mal, tome 1 : L'Âme du mal de Maxime Chattam
14 - L'Evangile selon Satan de Patrick Graham
15 - Le Serment des Limbes de Jean-Christophe Grangé
16 - Dragon Rouge de Thomas Harris
17 - Dead Zone de Stephen King
18 - L'Oeil de Caine de Patrick Bauwen
19 - Le 5e règne de Maxime Chattam
20 - Le Vol des Cigognes de Jean-Christophe Grangé

vendredi 25 février 2011

"À genoux" de Michael Connelly

agenouL'histoire: Le corps du Dr Stanley Kent vient d'être retrouvé au belvédère naturel proche de Mulholland Drive: deux balles dans la nuque, style exécution. Nouvellement affecté à la section Homicide Special, l'inspecteur Harry Bosch découvre vite que le Dr Kent avait accès à des matières radioactives utilisées dans le traitement de certains cancers féminins... et que ces matières ont disparu. Aux yeux de l'agent spécial du FBI Rachel Walling, que Bosch aime encore malgré leur rupture après le fiasco d'Echo Park, ce meurtre et cette disparition risquent fort de marquer le début d'un attentat terroriste à la bombe sale. Donc conflit ouvert et cette fois, Bosch n'est pas sûr d'avoir le dessus: il y a certes de la parano dans les services de la sécurité du territoire, mais la menace islamiste est bien réelle...

La critique de Mr K: Une fois de plus, l'abbé m'a permis d'ajouter une pièce dans ma collection de Connelly et cette fois ci en grand format! À genoux se situe juste après Echo park que j'avais bien apprécié. À tout bien réfléchir, Connelly ne m'a jamais vraiment déçu.

On retrouve ici une Harry Bosch fraîchement muté dans la section spéciale spécialisée dans l'élucidation de meurtres particulièrement retors. Notre inspecteur préféré va être confronté dans cette enquête à un crime de sang froid sonnant comme une exécution. Livre construit comme un compte à rebours (Harry trop fort, résout l'affaire en 8 heures!), des pistes apparaissent rapidement. Véritable course aux indices, on se laisse embarquer immédiatement par les personnages déjà rencontrés dans de précédents ouvrages de Connelly, mention spéciale à l'agent Rachel Welling dont le charme tout naturel ne laisse par Bosch indifférent. Retrouvailles forcées, coups de gueule et petits jeux de séduction ponctuent une enquête trépidante enchaînant révélations et coups de théâtre... du Connelly pur jus et du meilleur crû.

Intrigue bien ficelée, parano ambiante bien rendue (Connelly égratigne au passage l'Amérique et sa psychose de l'arabe terroriste), rythme effréné, la ville de Los Angeles remarquablement rendue une fois de plus, des personnages creusés et complexes... Non ne cherchez plus, le maître a encore frappé!

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jeudi 24 février 2011

"La Princesse des glaces" de Camilla Läckberg

princessedesglacescouvL'histoire: Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint.
A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge dans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide.

La critique Nelfesque: Depuis sa sortie, j'ai très envie de lire "L'Oiseau de mauvaise augure"de Camilla Läckberg. Oui mais voilà, il fait parti de la saga "Erica Falck et Patrik Hedstrôm" et bien que chaque roman possède une histoire propre, je risquai de passer à côté de nombreux détails composant le fil conducteur de l'ensemble de la saga.

Cette auteur fait beaucoup parler d'elle. Moi qui n'aime pas les modes, je me suis tout de même lancée dans cette lecture parce que j'adore les thrillers, parce que j'aime beaucoup les polars venus du froid (à l'instar de Millénium 1, 2 et 3) et parce que j'adore la collection "Actes noirs" au look sobre et aux tranches noires qui donnent un côté classe à ma bibliothèque.

Bon, mais esthétisme mis à part, que dire de "La Princesse des glaces"? Camilla Läkberg a une écriture très fluide et une fois commencé, il m'a été difficile de lâcher ce roman avant une centaine de pages et l'arrivée de la petite voix dans ma tête me disant d'éteindre la lumière et de dormir. Ce thriller ne révolutionne pas le genre mais reste très agréable à lire. L'histoire est assez classique mais les liens qui unissent les différents personnages accrochent le lecteur. C'est là que se situe pour moi le point fort de ce roman (je ne parle pas de la saga dans son ensemble, je ne veux pas m'avancer avant de les avoir lus). Certains n'ont pas aimé ce roman justement parce que l'auteur s'attache beaucoup à la psychologie de ses personnages, à ce qu'ils pensent, à leurs vies privées... A mon sens, il faut voir cet opus comme une oeuvre pilote. Ici, l'auteur plante le décor (un village suédois), accroche le lecteur sur une trame de fond (l'enquête et la vie privée d'un écrivain et d'un flic local) et personnellement, la perspective de lire la suite des aventures d'Erica Falck et Patrik Hedstrôm me ravit. Il y a pour l'instant 5 tomes traduits en français, donc amplement de quoi faire! J'ai déjà acheté le second tome, "Le Prédicateur".

Ici, nous faisons connaissance avec Erika Falck, auteur de biographies, elle est de retour dans sa ville natale suite au décès de ses parents afin de mettre en ordre leurs "affaires" et la succession qui va avec. Tout en continuant d'écrire la biographie sur laquelle elle travaille, elle s'attelle à une nouveau projet. Cela fait plusieurs années qu'elle songe à écrire un roman et l'heure est venue. Une des premières arrivées sur le lieux de ce qui semble être un crime, elle découvre son amie d'enfance, Alexandra Wijkner, les poignets tailladés dans sa baignoire. Elle va alors se rapprocher de la famille de la défunte qui va lui demander d'écrire la nécrologie de son amie. L'auteur commence alors une "enquête" pour se familiariser avec l'Alexandra d'avant sa mort, elle qui n'a connu cette femme qu'enfant.

Elle va croiser la route de Patrik Hedstrôm, officier de police, qui mène l'enquête officielle. Avec leurs retrouvailles après des années, remontent alors les souvenirs d'enfance et d'adolescence.

"La princesse des glaces" fut une belle découverte pour moi. J'attends de lire la suite pour voir si l'essai est transformé mais, moi qui adore les romans qui s'attachent ainsi à la psychologie et à la vie des personnages, je n'ai pas été déçue.