samedi 16 mars 2013

"Zéro pointé - Quand les profs se lâchent"

zeroLe sujet: Quand un élève n'a pas compris la question, répond n'importe quoi ou tente de faire de l'humour dans sa copie, c'est le drame: le professeur se lâche dans son commentaire, lui répond sur le même ton, se défoule, en rajoute... et cela donne des textes pleins d'humour et de dérision, surprenants et hilarants!

Retrouvez dans ce livre près de 300 copies d'élèves, 100% véridiques, qui sentent bon l'encre bleue, les feuilles à grands carreaux et les radiateurs au fond de la classe...

La critique Nelfesque: Les éditions "J'ai Lu" viennent de lancer une nouvelle collection "humour". J'aurai l'occasion de parler d'autres titres dans les prochains jours mais commençons par ce "Zéro pointé".

Dans ce recueil de copies d'élèves de collège / lycée, rien de nouveau sous le soleil pour moi. Vous savez que Mr K est prof de Lettres Histoire et j'ai l'occasion de temps en temps de lire certaines copies "collector". Je ne le fais pas souvent car cet exercice me fait à chaque fois hésiter entre grosses poilades et désolation...

Ici, c'est la même chose. Des orthographes approximatifs qui donnent un tout autre sens aux phrases, des bouteilles lancées à la mer pour se dédouaner de ne pas avoir appris sa leçon, de gros foutages de gueule de la part de certains élèves qui me font prendre conscience que non, jamais, je ne ferai JAMAIS prof. Face à autant de crétinerie, bêtise, naïveté, voir insolence ou inconscience, les profs ont du mal à garder leurs sérieux parfois. Comme je les comprends...

Ce qu'il y a de drôle dans ce recueil, ce n'est pas tant les réponses des élèves que la répartie des profs. Certains sont sérieux, s'inquiètent pour l'avenir de leurs chérubins (ce qui est tout à fait compréhensible vu les inepties qu'ils sont capable de pondre...). D'autres (ceux que je préfère et qui me rappelle mon prof d'Histoire Géo au lycée) s'en donnent à coeur joie dans leurs corrections. Cynisme, rire jaune, jeux de mots, ironie. Un festival!

Quelques exemples pour le fun:

- Ce qui a entraîné le choc émotionnel au départ c'est les règles.
- Oui, c'est toujours un choc...

- 30,76923% des électeurs il a convaincu.
- Arrêter de regarder "La Guerre des Etoiles" tu dois!

- Si vous nous demandez de démontrer que le triangle est équilatéral c'est qu'il l'est. Donc le triangle ABC est équilatéral.
- Bravo pour cette démonstration de bon sens. Moi je dis: "Vivement le brevet!"

Certains élèves ont tout de même le chic pour sortir des réponses plus évoluées mais malheureusement pour eux complètement hors sujet (ils me plaisent bien ceux là):

- Exercice 5: Flavie veut connaître la concentration en sirop de son diabolo menthe. Proposer un protocole expérimental qui permettrait de résoudre son problème.
- Chère Flavie, comment peux-tu te poser de telles questions alors qu'en ce moment même, le monde s'écroule petit à petit? Si tu veux une réponse claire, ressers toi un verre et mesure la quantité de sirop AVANT de mettre l'eau. Cordialement, Un littéraire.

- Une corde de guitare coûte 2.25€. Le jeu compet de 6 cordes est à 13€. Est-ce plus intéressant d'acheter le jeu complet ou 6 cordes?
- C'est mieux d'acheter les 6 cordes à 13€ parce que imagine que tes 3 cordes pètent tant qu'à faire pour pas aller au magasin toutes les 5 minutes autant prendre le jeu complet.
- Certes, mais j'attendais plutôt un calcul ici.

"Zéro pointé" est donc une lecture détente où l'on peut piocher quelques anecdotes quand on en a envie. Je ne vous dirai pas où j'ai mis ce recueil mais je vais vous donner un indice:  c'est le genre d'endroit où on ne passe pas longtemps mais où on aime bien s'occuper... Je vous conseille de le mettre au même endroit, c'est parfait!

Amis profs, bon courage pour vos corrections (vous faites un boulot usant psychologiquement). Quant à vous, amis élèves, quitte à faire ma vieille conne, profitez bien de vos années d'insouciance parce que la vie se chargera de vous donner un peu plus de sérieux... Parole d'une nana qui a passé sa scolarité à côté du radiateur au fond de la classe ^^ (mais qui était un petit gabarit comparée aux énergumènes présents dans ce bouquin).

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jeudi 14 mars 2013

"Le secret de Ji" de Pierre Grimbert

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L'histoire: Un jour vint Nol, le prophète, et il demanda à tous les royaumes de dépêcher leurs plus sages représentants pour un mystérieux voyage vers l'île de JI. Peu en revinrent, et ceux qui le firent ne parlèrent jamais de ce qu'ils virent. Et ainsi la tragique histoire sombra peu à peu dans l'oubli, seulement commémorée par les descendants des élus...

Jusqu'à aujourd'hui, où les fanatiques de la secte Züu ont entamé une traque impitoyable pour les éliminer l'un après l'autre. Qui commandite ces assassinats? Les héritiers devront répondre à ces questions au plus vite: ils ne sont déjà plus que six. Mais il leur faudra avant tout revenir à la véritable source de tous ces mystères: que s'est-il passé sur l'île de Ji, cent dix-huit ans auparavant?

La critique de Mr K: Deux volumes pour le prix d'un aujourd'hui avec ce roman trouvé dans un troc et puce d'une ville voisine. Il y a eu comme un tilt lorsque je les ai vus parmi d'autres titres de fantasy. Grimbert a plutôt bonne presse et je n'avais pas des masses de fantasy dans ma PAL. Le temps a passé et je suis retombé dessus il y a peu. Après une semaine et demi de lecture mon avis est plus que mitigé et je ne pense pas retourner dans l'univers de cet auteur malgré les quelques opus supplémentaires qu'il a pu écrire par la suite.

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Pourtant tout commence bien: il y a quatre pages de cartes en début de chaque volume! J'adore! Ça me fait tout de suite penser au trip Tolkien ou Martin quand on peut se référer à une carte pour se repérer lors du développement de l'intrigue. Je commence ma lecture réjoui. Tout est réuni pour que la mayonnaise monte. Un groupe de simili-exilés à la quête nébuleuse et pleine de rebondissements, tous les éléments ne sont pas donnés dès le départ et on suit le déroulement de l'histoire en se demandant bien ce qui va suivre. L'écriture est agréable, simple mais cependant exigeante. On plonge dans les tableaux de paysages qui nous sont livrés et l'on apprend à connaître les personnages peu à peu.

L'illusion tient ainsi durant le premier volume puis le soufflé retombe. On devine ce qui va se passer ensuite au fil de la progression, les personnages se révèlent caricaturaux dans leurs rapports et leurs caractères, le lecteur a du mal à s'attacher à eux. La coquille sonne de plus en plus creux et je dois avouer avoir lutté quelques peu dans les 100 dernières pages. Tout cela pour aboutir à une fin abrupte et ouverte... frustration extrême! J'ai fini ma lecture énervé et un peu dégouté.

En y repensant, cet ouvrage m'a semblé vain et exempt de toute surprise. C'est vraiment dommage car le pitch de départ est excellent et Grimbert a du style. Tout est ici une question d'originalité et de surprise, deux concepts qui m'ont semblé totalement absent de cet ouvrage. Next!

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samedi 9 mars 2013

"Room" d'Emma Donoghue

roomL'histoire: Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque.
Il ne pense qu'à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l'entoure, comptant sur sa mère pour répondre à ses questions. Celle-ci occupe dans sa vie une place immense, d'autant plus qu'il vit seul avec elle dans la même pièce, depuis sa naissance. Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais la mère fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec lui. Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle ne peut pas continuer à entretenir l'illusion d'une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s'enfuir.

La critique Nelfesque: Je n'avais encore jamais entendu parlé de ce livre. J'ai flashé sur la quatrième de couverture qui présente un enfant en proie à des souffrances morales (conscientes ou inconscientes). Au risque de passer pour une dérangée, j'aime ce genre d'histoires qui mélangent drames familiaux et complexité des sentiments... J'ai donc ouvert la première page de "Room" et j'ai été prise en otage par Emma Donoghue!

J'ai failli dire "kidnappée" mais le mot aurait été mal choisi ici... La jeune femme, maman de Jack, âgé de 5 ans, a justement été kidnappée il y a 7 ans par le Grand Méchant Nick. Depuis, elle vit dans une chambre, La Chambre, dans une cabane au fond du jardin. Une cabane "grand luxe" puisqu'elle est équipée d'une porte blindée, de murs ultra isolés phoniquement, de grillage anti intrusion sous le sol... Une vie entre 4 murs d'où on ne peut s'échapper.

Dans cette pièce, comme dans un tombeau éclairé par une unique lucarne sur le toit, elle va donner naissance à Jack. Son rayon de soleil, sa raison de vivre, sa porte de sortie dans un quotidien fait d'angoisse. Ce petit garçon est comme tous les petits garçons, exception faite qu'il ne connait rien d'autres que son environnement immédiat. Madame Télé lui raconte des histoires, Monsieur Tapis est son aire de jeu, Madame Table protège Madame Araignée qui tisse sa toile dessous. Monsieur Mur Côté Lit et Monsieur Mur Côté Porte sont ses uniques repères. Pour lui, cette vie est normale... Maman lui donne son Doudou-Lait, joue avec lui à la course autour de Monsieur Lit, lui lit des histoires. Tout va bien. Maman est là. Mais un jour, elle lui explique ce qu'il s'est vraiment passé et il découvre qu'un Dehors existe. La chambre n'est pas le monde réel. Ensemble, ils vont mettre au point un plan pour s'évader et Jack va se montrer très "peurageux". Il va alors prendre la réalité de plein fouet.

Ce roman est un bijou et j'ai vraiment été touchée par cette lecture. L'auteur a écrit cet ouvrage avec des mots d'enfants, des raisonnements d'enfants... Dérouté au départ, le lecteur se laisse attendrir par ce petit bonhomme si fort et si fragile. Sa relation avec sa mère, pure et belle, nous rappelle que l'essentiel est là mais n'est pas forcément suffisant. Cette mère, dont on ne connaitra jamais le prénom, a vu sa vie basculer à l'âge de 19 ans et à 26 elle va devoir réapprendre à vivre sans brusquer son petit garçon. S'évader de la Chambre est un pas mais le chemin est encore long vers la libération.

Le roman est contruit en plusieurs parties: "Mes cadeaux", "Pour de vrai", "Mourir", "Après" et "Le dehors". Chaque page qui se tourne est une claque. L'amour filial, le regard d'une mère pour son fils dans l'horreur de l'enfermement, la création d'un monde à part, la découverte de l'inconnu, le réapprentissage de la vie pour l'un et la découverte de la vraie vie pour l'autre sont autant de sujets abordé dans "Room" de façon pudique et poignante.

Je vous conseille fortement cette lecture qui je pense me marquera longtemps à l'image d'un "Des fleurs pour Algernon" de Daniel Keyes (dans un autre genre). C'est le type de romans dont on ne ressort pas indemne, qui fait réfléchir sur la vie et nous incite à la vivre à 100%. Une grosse claque!

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mardi 5 mars 2013

"Conjuration Casanova" de Giacometti et Ravenne

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L'histoire: En Sicile, de nos jours. Cinq couples, réunis afin de pratiquer des rituels mêlant spiritualité et érotisme, sont immolés sur les ordres d'un maître de cérémonie, Dionysos. Seule Anaïs en réchappe miraculeusement.

À Paris, le ministre de la Culture, franc-maçon, est retrouvé près du corps sans vie de sa maîtresse. Le commissaire Marcas, frère d'obédience, est chargé d'enquêter sur les circonstances étranges de cette mort.

De rites érotiques en courses-poursuites sanglantes, de Paris à Venise, Marcas et Anaïs vont remonter la piste meurtrière d'un mystérieux manuscrit signé de la main du sulfureux Casanova...

La critique de Mr K: Lu en quatrième de couverture: "Aussi haletant que le Da Vinci code" 20 minutes. Je vous rassure c'est tout d'abord son prix modique (0,5 euros chez l'abbé) qui m'a attiré et m'a obligé à commettre l'irréparable: l'acheter! Je vous rassure encore (ou alors je fais tout pour garder notre lectorat...), je ne pense vraiment pas que 20 minutes soit un journal très indiqué pour apprécier la littérature et conseiller d'éventuels lecteurs... Et oui, je l'avoue avec ce volume, j'ai touché le fond de l'indigence littéraire et franchement on ne m'y reprendra plus: Giacometti et Ravenne pour moi, c'est du passé! Pour info, j'avais apprécié l'oeuvre de Dan Brown sans crier au génie pour autant...

Pourtant, il y avait matière à pondre un polar bien sordide et saignant avec la quatrième de couverture: sexe, meurtre et complot politique... tout était réuni pour emmener le lecteur dans une enquête prenante. Mais voilà, Giacometti et Ravenne écrivent avant tout pour faire du fric et comme il ne faut pas trop choquer les foules, on appâte le chaland avec des formules toutes faites et au lieu de déranger, cette oeuvre ennuie profondément. En effet, finalement, il ne se passe quasiment rien dans ce livre, tout est extrêmement prévisible et même si les pages se tournent facilement, on a impression de perdre son temps. C'est plat, convenu et la fin est vraiment ratée à mon avis.

Les personnages sont plus des caricatures qu'autre chose. Certes Marcas reste attachant mais que dire d'Anaïs qui franchement est d'une bêtise et connerie sans non (désolé pour la vulgarité) mais franchement les gars - Ravenne et Giacometti - il faut essayer de prendre des cours de psychologie de base, parce que là, on frise à plusieurs reprises le grand n'importe quoi. Dionysos est loin d'être un dieu du crime et franchement, les scènes de meurtre et de sexe sont davantage du voyeurisme qu'autre chose. Mal écrites, leur intérêt est mineur sauf pour le compte en banque des auteurs et éditeurs. Dommage car l'érotisme quand il est maîtrisé et sert l'histoire peut donner des oeuvres inoubliables (L'Amant de Lady Chatterley pour n'en citer qu'un ouvrage). Ici nous avons clairement affaire à du bankable et uniquement cela.

Bien fait pour moi! Il est bon parfois de réfréner ses instincts. Je n'ai perdu finalement que 5h de ma vie en lisant cette bouse. Désolé pour les amateurs mais moi, ça ne passe pas. J'ai vraiment l'impression d'avoir été pris pour un imbécile à qui l'on a fait croire que ce roman était très bon alors qu'il a fait pshiiiit très vite lors de ma lecture. Je ne peux donc que le déconseiller...

Autres livres chroniqués ici même des mêmes auteurs:
- Le rituel de l'ombre
- Le septième templier

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mardi 26 février 2013

"Le Diable et Daniel Silverman" de Theodore Roszak

lediableL'histoire: Daniel Silverman, un romancier dont le dernier succès remonte à près de vingt ans, est invité par le collège évangélique d'une petite ville perdue du Minnesota: on lui demande de faire une conférence. Lorsqu'il arrive à destination, il découvre que les membres du collège en question sont des fondamentalistes chrétiens, dont le mode de vie et la vision du monde sont plutôt déroutants. Quel intérêt présente alors à leurs yeux Daniel Silverman, juif athée et homosexuel, autrement dit l'incarnation quasi parfaite de l'Antéchrist? Alors que le blizzard se déchaîne, Daniel va de surprise en surprise et vit un véritable cauchemar.

La critique de Mr K: Une excellente lecture aujourd'hui avec un deuxième livre de Théodore Roszak à mon actif après une lointaine mais superbe lecture de son opus le plus connu: La conspiration des ténèbres, livre que j'avais adoré en son temps. On change d'univers ici et l'on suit les pérégrinations de Daniel, juif homosexuel vivotant de médiocres cours à la fac en attendant le retour de l'inspiration. En effet, depuis son premier roman et un certain succès d'estime, il tourne à vide, reproduit les mêmes schémas d'écriture, ne surprend plus et du coup... ne vend plus! Ainsi, quand une association chrétienne le contacte pour qu'il vienne participer à un colloque en échange d'une belle petite somme, il lui est quasiment impossible de refuser. Bien mal lui en prend comme le lui avait plus ou moins prédit son petit ami.

Passé les quarante premières pages de présentation du personnage principal, de sa vie et de ses attentes, on rentre très vite en contact avec une étrange communauté pieuse et renfermée sur elle-même. Peu à peu, au fur et à mesure que la météo se dégrade, un sentiment de défiance envahit à la fois Daniel et le lecteur, le brouillard d'hiver ne pourra pas masquer longtemps la réalité: Daniel est cerné par des fanatiques fous furieux! L'ambiance devient alors très pesante et je dois avouer que c'était aussi très éprouvant pour le lecteur, gage d'un récit à la fois prenant et réaliste. La dimension psychologique est très développée à la fois pour les personnages principaux que pour le moindre personnage secondaire ce qui donne à ce roman une densité peu commune, à la manière de La conspiration des ténèbres dont je parlai plus haut.

Mais ce livre ne se contente pas de faire peur, on rit aussi beaucoup. Vu le pitch du roman, on pourrait se dire que c'est déplacé... Et bien pas du tout! Ces moments de répit sont salutaires et bienvenus. Le personnage de Daniel en devient encore plus attachant car profondément humain et juif (l'humour est bien typé dans ce livre, on aime ou on aime pas, moi j'ai adoré!). Cela donne donc un cocktail détonnant où l'on passe très vite du rire à l'effroi avec notamment une scène de prise de parole de Daniel dans une église face à un parterre de fachos intégristes à la fois drolatique et dramatique. J'ai aussi beaucoup apprécié la relation amoureuse entre Daniel et son copain, sensible, loin des clichés et du pathos habituel, et une relation de confiance bien rendue entre vannes et moments tendres. Très touchante, je crois que c'est la première fois qu'une relation homosexuelle me touche à ce point là.

Rajoutez à cela une écriture aérienne, souple mais cependant exigeante et vous obtenez une vraie petite bombe littéraire qui se parcourt en à peine deux jours et dont on ressort à la fois réjoui et un peu inquiet (y'a vraiment des dingues sur terre, les actus nous le rappellent tous les soirs!). Une belle expérience que je vous conseille de tenter au plus vite!

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mardi 12 février 2013

"L'île aux enragés" de Pierre Pelot

couverture-12868-pelot-pierre-l-ile-aux-enragesL'histoire: Sur cette île dont les habitants semblent être revenus à l'âge de pierre, Arian Dhaye est certain de pouvoir découvrir le secret de son étrange condition d'homme prisonnier d'un univers parallèle. 

Avec les deux ermites isolés au sommet de l'île, il part pour retrouver son peuple, sa terre... 

La critique de Mr K: Cet ouvrage est la suite directe d'Une autre Terre que j'ai lu du même auteur il y a déjà quelques temps. On retrouve le personnage d'Arian Dhaye, naufragé d'un monde parallèle désespérément en quête de son monde d'origine. Hasard ou coïncidence, avec Nelfe nous venions juste de terminer la saison 4 de la série Fringe dans la thématique centrale est rigoureusement identique! Toujours est-il que le précédent livre de Pelot m'avait bien plu et que c'est avec un plaisir non dissimulé que je plongeais dans ce récit. 

L'essentiel de l'action se déroule donc sur une mystérieuse île nommée Higg-la-maudite... Tout un programme! Nombreux sont les personnes qui l'ont abordé et qui ne sont jamais revenus. Justement, les pas d'Arian l'y mène tout droit car des réponses à ses questions doivent s'y trouver. Après une traversée mouvementée (un très très beau chapitre mettant en scène une tempête apocalyptique), notre héros se retrouve sur une île sauvage peuplée d'être dégénérés ressemblant beaucoup aux bersekers que l'on peut trouver dans l'univers des jeux de rôles. Pour les novices, sachez que ce sont des fous à liés, incapables de se contrôler, uniquement mus par la soif du sang. Très vite, Arian va trouver de l'aide auprès de deux ermites étranges qui vont le guider sur la voie de la vérité. 

Ce livre jeunesse est très court, comme le précédent il fait 154 pages. Les événements y sont donc condensés et on retrouve un peu de frustration à ne pas en savoir davantage. Pour autant, cette lecture s'est révélée très plaisante par son histoire maîtrisée et haute en couleur, les révélations sont nombreuses et les événements s'enchainent à toute vitesse. L'écriture de Pelot touche juste une fois de plus mêlant phases descriptives très évocatrices, sans lourdeurs inutiles et phases d'action frénétiques. Seul regret, une fin bien trop elliptique à mon goût qui laisse un goût d'inachevé dans la bouche quand on sait qu'il n'y a pas de volume à suivre concernant les aventures d'Arian Dhaye. 

L'île des enragés reste cependant un très bon livre d'aventure jeunesse qui s'écarte de la science fiction plus présente dans le premier volume. À découvrir si vous trouvez ce spécimen, qui paraît-il, est plutôt rare.

Lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "La Guerre olympique"
- "Une autre Terre"

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samedi 9 février 2013

"Tu verras" de Nicolas Fargues

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L'histoire: Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d’écouter des chansons vulgaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête chaque fois qu’il voulait m’emmener au musée. Il ajoutait toujours : "Plus tard, tu comprendras que c’est pour ton bien que je te disais ça, tu verras."

La critique Nelfesque: Nicolas Fargues a reçu le prix Télérama-France Culture 2011 pour "Tu verras" et en le lisant on se dit que c'est amplement mérité. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en commençant ce roman. J'en suis ressortie bouleversée.

Les quelques lignes de la quatrième de couverture laissent entrevoir une relation père/fils difficile, une relation ado/adulte faite de tension, de contradiction et d'amour mélés. Entre les lignes, on voit également pointé le regret. "Tu verras" est tout cela à la fois. Centrée sur le père de famille qui est ici le narrateur, l'histoire est celle d'un père et son fils. Un père qui veut le meilleur pour son gamin, qui souhaiterait le voir vivre une vie d'adulte épanoui, ouvert et cultivé mais qui va devoir faire face au cauchemard de tout parent: la perte d'un enfant.

La plume de Nicolas Fargues est superbe. Tout en retenue, il use de mots simples pour transmettre au lecteur des sentiments bruts. Il se dégage de ces pages une ambiance à la fois triste, douce et appaisante. On suit ce père dans l'acceptation du deuil, dans ses souvenirs de relation tantôt dure tantôt complice avec son fils. Ce gamin, pas encore un homme, qui aime son père mais souhaite s'affirmer en allant à l'encontre de ce qu'il prône. Un ado un peu rebelle, ancré dans son époque (MSN, Facebook, rap...) tout en restant un petit enfant aimant et attendrissant.

Ce père se repasse le film de la vie de son fils en posant un focus sur les petits moments du quotidien où à postériori il se trouve vieux-jeu, autoritaire, dur et lamentable. Pour une éducation qu'il voulait bonne, il est ainsi passé à côté de son fils si prématurément perdu. Maintenant il se retrouve seul et empli du regret de ne pas l'avoir assez aimé.

Nicolas Fargues pose ici des questions d'éducation, d'écoute de l'autre. Il s'interroge sur la notion même d'amour filiale. Vaste programme, vaste débat. J'ai lu que c'est en immaginant perdre son propre enfant que l'auteur a accouché de ce roman si touchant et beau. Il n'a pas la solution pour aider ce père, la frontière entre le bien et le mal est floue, chacun y verra des messages différents selon sa propre éducation et sa propre vision de la vie. Là où certains verront un bon père, d'autre le trouveront minable. Il rabachait sans arrêt à son fils qu'il portait ses jeans trop bas sur les fesses, qu'il écoutait de la musique de sauvage, que ses copains n'étaient peut être pas les fréquentations idéales...

Cependant, il ignorait tout de ce fils qu'il pensait connaitre sur le bout du coeur. Il ignorait ses talents de poète. Il ignorait jusqu'où il serait capable d'aller pour l'amour d'une fille. Maintenant, il le sait... et cette connaissance a un goût amer. Le final du roman peut surprendre mais c'est la suite logique de la vie. Continuer d'avancer malgré tout...

Avec "Tu verras", l'auteur nous emmène dans une litanie aux phrases longues qui nous berce, nous transporte et nous fait vivre un moment intense. Un très beau roman tout simplement.

Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict avec les éditions Folio. Merci à eux.

 

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mardi 5 février 2013

"Nécrologie" de Paul Cleave

necrologieL'histoire: Christchurch, Nouvelle-Zélande: ses façades victorienne, ses squares bien tranquilles, ses séismes à répétition, ses tueurs en série.

A la suite d'un drame personnel, Théodore Tate, un ancien flic, s'est reconverti en détective privé. Alors que la police est occupée à chasser le fameux Boucher de Christchurch, le serial killer qui terrorise la ville, c'est lui qu'on mandate pour s'occuper d'une banale exhumation, celle du corps d'un directeur de banque dont la veuve est suspectée d'homicide. Là, un glissement de terrain accidentel révèle la présence de trois cadavres immergés dans le lac qui borde le cimetière. S'agit-il de victimes du Boucher, ou bien un autre tueur en série est-il à l’oeuvre? Lorsqu'en plus on découvre dans le cercueil à la place du corps de l'honorable banquier, celui d'une jeune inconnue, c'est le début d'un engrenage infernal pour Théodore qui va devoir découvrir seul la vérité sur cette affaire. Avant que la police ne découvre la vérité sur lui... et sur ses terribles secrets.

La critique Nelfesque: "Nécrologie" est le troisième roman de Paul Cleave traduit en France. Et quelle roman!

J'ai lu et apprécié "Un Employé modèle" et "Un Père idéal". "Nécrologie" va au delà du simple fait d'apprécier un roman. J'ai aimé cet ouvrage, j'ai aimé Théodore Tate, j'ai souffert avec lui.

Dans "Nécrologie", on est plus près du roman noir que du thriller et l'auteur laisse de côté l'humour noir et le cynisme qui le caractérise dans ses précédents opus pour nous entrainer dans un monde de regrets, de chagrin et de sordide. Paul Cleave met l'accent sur le personnage principal, Théodore Tate, nous le montrant dès les premières pages comme un homme blessé. Théodore a perdu sa famille, fauchée par un chauffard en pleine rue. Sa fille demeure dorénavant 6 pieds sous terre et sa femme est murée dans le silence où l'hôpital psychiatrique est sa prison. Dès lors, brisé, il laisse de côté sa carrière de policier mais reste plus ou moins dans "la maison" en ouvrant un bureau de détective privé. Ici, sa dernière affaire va ressurgir du passé et le faire culpabiliser. Dès lors, trouver la clé de l'énigme devient vital pour lui et il va explorer au fil des mois tous les sentiments humains.

La psychologie des personnages est la grande force de ce roman. Plus que l'enquête à proprement parlé, qui est d'ailleurs très bien menée, c'est le devenir des hommes et des femmes peuplant "Nécrologie" qui tient le lecteur en haleine. Théodore Tate, c'est un peu de chacun d'entre nous. Que deviendrions-nous si notre vie se voyait basculer du jour au lendemain passant du bonheur d'une famille aimante à l'horreur du deuil? Tate chute, doute, croit détenir la vérité, se fait vengeur, se fourvoie, sombre dans l'alcoolisme... Va-t-il s'y perdre totalement ou se relever? Va-t-il démêler l'affaire et se montrer plus efficace que la police actuellement occupée par celle du Boucher de Christchurch (et hop, un clin d'oeil à l'un des précédents romans de Paul Cleave)? Le lecteur est tenu en haleine par l'histoire et la quête de la vérité mais aussi par l'affection qu'il a développé au fil des pages pour cet ancien flic.

On ne peut pas vraiment comparer "Nécrologie" aux romans de Paul Cleave déjà parus. Comme je l'ai déjà dit, l'humour n'a pas ici sa place et on se rapprocherait plus d'un traitement des personnages à la R.J. Ellory. N'est-ce pas un excellent argument pour vous faire découvrir ce roman d'urgence?

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Un Employé modèle
- Un père idéal

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lundi 4 février 2013

"Le prisonnier du ciel" de Carlos Ruiz Zafon

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L'histoire: Des secrets de sinistre mémoire viennent hanter Daniel Sempere et son ami Fermín, les héros de L'Ombre du vent.
Barcelone, Noël 1957. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l'offre à Fermín, accompagné d'une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats. Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Interrogé par Daniel, Fermín révèle ce qu'il a toujours caché.
La terrible prison de Montjuïc en 1939. Une poignée d'hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l'enfer. Parmi eux Fermín et David Martín, l'auteur de La Ville des maudits. Une évasion prodigieuse et un objet volé...
Dix-huit ans plus tard, quelqu'un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

La critique de Mr K: Ce livre était le cadeau de Noël 2012 de mes parents qui m'avait convertis à cet auteur ibère avec Le Jeu de l'ange. J'avais embrayé directement avec L'Ombre du vent et j'étais tombé sous le charme de Marina quelques temps après (son meilleur ouvrage à mes yeux). Ironie du sort, sachant mes géniteurs fort amateurs de Zafon, je leur ai offert le même livre pour Noël aussi, comme quoi les grands esprits se rencontrent et que les chiens ne font pas des chats. Je pars toujours avec un à priori positif quand je débute un livre de cet auteur. J'ai tellement été charmé par son écriture et par le background de ses histoires que c'est avec un grand sourire aux lèvres que je débutai ma lecture...

Quel plaisir de replonger dans la Barcelone intemporelle chère à cet auteur catalan. Dans Le prisonnier du ciel, deux époques se chevauchent au fil du récit. Il y a d'abord la Barcelone des années 50/60 où l'on suit Daniel Sempere et son ami haut en couleur Fermin. On re-rentre dans la librairie Sempere père et fils et très vite on sait qu'une menace nouvelle plane sur Fermin qui dans ce volume est clairement le personnage principal. On le retrouve d'ailleurs régulièrement dans certains chapitres, dans sa jeunesse quand il a été embastillé dans la forteresse franquiste surplombant la ville de Barcelone. Il va y faire la rencontre clef de sa vie, s'en échapper par un moyen peu orthodoxe et son existence sera à jamais changée. Ce constant va et vient entre deux époques densifie l'histoire et lève le voile sur certains pans des histoires narrées dans les précédents volumes consacrés au cimetière des livres oubliés. À ce propos, ne vous attendez pas à des révélations fracassantes sur ce dernier, l'auteur ne l'évoquant qu'à la toute fin du roman et il faut bien avouer que cela arrive comme un cheveu sur la soupe.

On retrouve dans Le prisonnier du ciel tout le talent de l'auteur pour planter le décor et décrire une époque. Des passages sont vraiment effrayants notamment dans la description des geôles fascistes et les pratiques des tortionnaires et autres bras armés de Franco. Au détour d'une page, Zafon ressuscite même l'abominable inspecteur Fumero pour une séance de torture atroce dont il a le secret (le flasback est décidément une technique bien pratique pour se faire se relever les morts). Zafon peint sans concession cette nouvelle Espagne qui se rêvait supérieure à ses voisin mais qui ne s'est révélée qu'un régime autoritaire et injuste dont les plaies ne sont pas encore pansées et dont le souvenir reste vif outre Pyrénées. Les personnages sont toujours aussi riches en terme de psychologie et ce volume complète par petites touches tous les aspects déjà entraperçus même si tout n'est pas révélé loin de là... Vous l'avez compris, Zafon n'en a pas terminé avec les Sempere!

Malgré toutes ces indéniables qualités, je suis resté sur ma fin. Tout d'abord quand on repense à l'histoire en son entier, il n'y a finalement pas grand chose à se mettre sous la dent dans Le prisonnier du ciel. Il y a certes de belles fulgurances mais il se dégage une impression générale de creux. De plus, la toute fin du récit lance une piste pour une possible suite que je trouve téléphonée et prévisible (pour ne pas dire artificielle). Mais bon... je suis près à tout pardonner à Zafon pour avoir le plaisir de le relire et il m'a fallu très très peu de temps pour terminer Le prisonnier du ciel, preuve s'il en est de la réussite de cet ouvrage et de ses qualités. L'intérêt ne se dément jamais et il est très difficile de relâcher le livre avant la fin. En attendant la suite à venir, je vais devoir m'atteler à lire ses œuvres de jeunesse qui sont sorties en poche depuis peu. Gageons que j'y retrouve tout le plaisir que j'éprouve en lisant l'œuvre de cet auteur ô combien talentueux!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- L'Ombre du vent
- Le Jeu de l'ange
- Marina

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mardi 29 janvier 2013

"Rebecca" de Daphné Du Maurier

9547706

L'histoire: Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l'ouest de l'Angleterre, le souvenir de celle qu'elle a remplacée s'impose à la jeune femme que vient d'épouser Maxim de Winter. Rebecca, morte noyée, continue d'exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle madame de Winter, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l'angoisse qui l'envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.

La critique de Mr K: Une fois de plus, c'est chez l'abbé que je suis tombé sur ce livre. Considéré comme un classique par de nombreux lecteurs et lectrices, je sautais le pas en l'acquérant et il y a peu en le lisant. C'était le début d'une plongée enivrante dans le domaine de Manderley où je faisais la connaissance de personnages bien mystérieux au centre d'une histoire nébuleuse à souhait.

Le livre commence par la rencontre et le début d'idylle entre Maxime de Winter, riche aristocrate anglais veuf et de la jeune narratrice. Tout commence comme un conte de fée et très vite ils célèbrent leur union dans la plus stricte intimité et partent pour l'Italie pour leur voyage de noce. L'histoire débute vraiment quand ils rentrent à Manderley, la maison familiale des De Winter. Une menace plane sur la frêle épouse, Rebecca l'ancienne maîtresse de maison bien que morte dans de mystérieuses circonstances semble encore là. Son aura et sa personnalité ont tellement marqué les lieux que la jeune nouvelle épouse de Maxime De Winter étouffe et ne peut s'imposer de part sa nature effacée et humble (peut-être trop diront certains). C'est le début d'un étrange récit mêlant à la fois la description de la vie quotidienne de la nouvelle Madame De Winter et une enquête pour lever le voile sur les circonstances de la noyade de Rebecca.

J'avais vu, il y a déjà quelques années, l'adaptation brillante qu'en a tiré Hitchcock même si à l'époque je n'avais pas lu le roman originel. Je connaissais donc le twist final de ce roman avant de le lire mais malgré cela, j'ai adoré cette lecture qui me marquera pour longtemps. L'écriture de Daphné Du Maurier est une merveille de finesse, de raffinement et de douceur. Pas une lourdeur, mais une langue qui fond dans la bouche comme un excellent chocolat de Noël, les lignes et les phrases s'enchaînent avec délice pour le lecteur qui tombe immédiatement sous le charme de la vieille demeure de famille, ce manoir fleuri à outrance au bord de la mer qui a connu bien des événements durant son existence. Manderley est un personnage à lui tout seul et on en explore le moindre recoin au fil des rebondissements de ce récit dense. L'auteur nous présente des personnages ciselés à merveille au premier rang d'entre eux, l'épouvantable Miss Danvers (la domestique en chef de Manderley) qui ne s'est jamais remise de la disparition de son ancienne maîtresse. Avec elle, on oscille toujours entre interrogation et répulsion, ceci jusqu'à la toute fin du roman. Le personnage de Maxime est lui aussi fort intriguant et là encore, c'est à la toute fin de l'ouvrage que nous pouvons saisir sa psychologie dans son intégralité. L'héroïne quant à elle navigue à vue et comme elle peut dans cet univers qui lui est étranger et qui semble la rejeter. On suit ses états d'âme et sa lente descente aux enfers (aaah la scène du bal masqué est terrible!). N'oublions pas évidemment Rebecca sur la personnalité de laquelle le voile se lève peu à peu et qui continue à vivre à travers le regard et les actes des habitants de Manderley (jamais un fantôme n'aura été aussi vivant!).

J'ai pris littéralement mon pied avec cette lecture. Daphné Du Maurier n'a pas son pareil pour décrire l'humain dans toute sa complexité et maîtrise son histoire du début à la fin. Cette dernière m'a littéralement cueilli comme lors du visionnage de son adaptation précédemment citée et il en restera longtemps quelque chose dans ma mémoire. Un petit bémol cependant, la fin est trop abrupte à mon goût et j'aurais sans doute prolongé le plaisir sur une vingtaine de pages en plus pour clôturer le récit plus définitivement. Mais je ne vais pas bouder mon plaisir et je ne peux que vous inciter très très fortement à lire cette oeuvre à nulle autre pareille qui vous enchantera par la forme et vous fera frémir (un peu seulement je vous rassure) sur le fond. Un must de plus à mon actif.

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