mardi 20 mai 2014

"Tu ne m'échapperas pas" de Lisa Gardner

lisagardnerL'histoire: "À toutes les unités, à toutes les unités... On nous signale une fusillade à la cité scolaire."
Baskerville, bourgade tranquille de l'Oregon. Il est 13 h 50 lorsque Rainie Conner reçoit l'appel : on a ouvert le feu sur des collégiens. Quand l'inspectrice arrive sur place, deux adolescentes et leur enseignante gisent à terre. Le meurtrier est là. Il n'a que treize ans. Pis, c'est le fils du shérif - le supérieur hiérarchique et l'ami de Rainie... Pour la jeune femme, qui s'est engagée dans la police afin d'oublier le drame qui l'a marquée, l'épreuve ne fait que commencer. Il lui faut mener l'enquête alors que la pression exercée par les parents, les médias et le FBI se fait chaque jour plus forte... Pourra-t-elle faire face, elle qui se sait si fragile psychologiquement et ne cesse d'être hantée par les ombres de son passé?

La critique de Mr K: Ah! Un Lisa Gardner! Voilà une écrivaine au talent machiavélique que j'aime pratiquer à l'occasion. Dans mes deux précédentes lectures, j'ai jubilé face à ses thrillers haletants et aux multiples rebondissements. Mais voilà, il y a une fin à tout et je dois bien avouer que je suis resté sur ma faim même si ce livre s'avère être un divertissement juste sympathique. Une icône tombe!

Dans Tu ne m'échapperas pas, tout commence par une fusillade en milieu scolaire comme cela arrive encore trop souvent aux États-Unis. Une professeur et deux petites filles ont été tuées et un jeune garçon du nom de Danny est arrêté les armes à la main, le regard hagard. Il avoue bien vite le triple meurtre et on se dit que l'affaire va être vite pliée. Mais voilà, quand on en arrive là, on n'est qu'à la page 100 et on se doute bien que derrière cet aspect simpliste se cache quelque chose de plus gros et de plus sombre. D'autant plus qu'à l'occasion de fins de chapitre, un mystérieux inconnu rode dans les parages s'intéressant de très près à notre héroïne d'inspectrice et aux conséquences de la tuerie. Bizarre, vous avez dit bizarre? Effectivement, le mystère s'épaissit et on ne peut que continuer en attendant que l'auteur nous livre toute la vérité.

On retrouve ici les qualités des précédents opus que j'ai pu lire de Lisa Gardner. Un style direct et franc qui n'épargne personne et un don certain pour planter une situation dramatique. On touche en plus ici à un sujet brûlant et cet aspect est bien traité: l'horreur de l'assassinat de jeunes enfants, le traumatisme qui en découle pour la communauté et les dérives vengeresses d'une foule en colère. Nous suivons une fois de plus le point de vue de l'enquêtrice et le voile ne se lève que par toutes petites pièces, on enrage d'en savoir si peu et pourtant la lecture se poursuit plutôt agréablement. Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour en venir à bout, pour autant je ressors déçu de cette lecture.

J'ai tout d'abord trouvé les personnages principaux plutôt insipides. On lorgne bien souvent vers le soap à deux dollars notamment l'attirance mutuelle qui s'installe entre Rainie et Quincy le super flic du FBI. On flirte avec la collection Harlequin et cela discrédite ces deux personnages plutôt attachants de prime abord. De manière générale, j'ai trouvé les protagonistes plutôt plats et caricaturaux, l'empathie ne fonctionne pas et on en arrive presque à se désintéresser d'eux, ce qui est tout de même un comble pour ce genre de littérature. Je dois aussi vous dire que même si l'intrigue se tient et marque le lecteur dans sa chair, je l'ai trouvé plutôt convenu et sans surprise. Les rebondissements ne sont pas si nombreux et j'ai deviné à l'avance certains d'entre eux. Cela m'a quelques peu gâché le plaisir.

Au final, cette lecture m'a contrarié tant j'en attendais plus. On vire dans le thriller commun, chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout de la part de Lisa Gardner. Attention, on est loin de la purge littéraire mais Tu ne m'échapperas pas s'apparente davantage à un petit roman de plage qu'à un thriller percutant. Vous voilà prévenus!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Disparue
- Sauver sa peau
- La maison d'à côté

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dimanche 18 mai 2014

"Joyland" de Stephen King

joylandL'histoire: Les clowns vous ont toujours fait peur?
L'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse?
Alors, un petit conseil: ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d'orage...

La critique Nelfesque: En premier lieu et avant de donner mon avis sur "Joyland", je tiens à dire que si vous avez toujours eu peur des clowns et si l'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse, vous pouvez lire ce livre. Je ne sais pas ce qu'a fumé la personne qui a rédigé la 4ème de couverture ou si même, pire, elle a bien lu le roman, parce qu'il n'est pas du tout question de clown dans cet ouvrage! Quant à l'atmosphère de cette fête foraine, elle est tout sauf angoissante. Une vraie publicité mensongère que ces quelques lignes! Moi qui au contraire attendez des clowns pour renouer avec l'ambiance "Ca", j'ai bien été déçue sur ce point.

Cela faisait de nombreuses années que je n'avais pas lu d'ouvrage de Stephen King. J'en ai été très fan à mon adolescence puis peu à peu j'ai commencé à me lasser, voyant de grosses ficelles reprises maintes et maintes fois, étant déçue par les fins de roman bâclées... Le cycle "Désolation" / "Les régulateurs" en 96 a signé ma rupture avec l'auteur.

Et aujourd'hui, arrive en librairie un nouveau roman qui attise ma curiosité, me donne envie de renouer avec l'univers de SK. Une fête foraine, des clowns (je croyais en trouver...), une ambiance malsaine... Je me lance avec l'espoir de retrouver l'engouement de mes jeunes années. Bien que n'ayant pas trouvé dans "Joyland" les ingrédients promis dans le résumé, j'ai retrouvé, contre toute attente, l'envie de poursuivre ma lecture au fil des pages, une véritable empathie pour les personnages et la joie d'une sensation depuis longtemps perdue.

Vous l'aurez compris, j'ai aimé "Joyland"! J'ai aimé me perdre dans ses pages, suivre Devin dans son quotidien d'étudiant et sa découverte de Joyland, un parc d'attraction dans lequel il va travailler pendant l'été 1973. Jeune homme attachant et respectueux, presque trop gentil, il va durant cet été vivre en accéléré une expérience enrichissante et grandir en quelques mois comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors. Autour de lui gravite toute une clique de saltimbanques originaux, gais et sympathiques qui vont le prendre sous leurs ailes et lui raconter les secrets du parc d'attraction, et plus particulièrement ceux de la Maison de l'Horreur.

Il fera aussi la connaissance d'Erin et Tom, ses colloc' et collègues le temps d'un été et amis pour la vie, Mike et sa maman, petit garçon handicapé aux pouvoirs surprenants... Les personnages gravitant autour de Dev sont des plus attachants. On ressent une vrai sympathie pour eux tout le long de la lecture, ce qui facilite l'identification aux personnages et l'appât du lecteur pour ce roman qu'il ne peut plus lâcher.

Habituée aux romans d'horreur avec Stephen King, ici on en est bien loin. Ce sont les rapports humains qui sont le point central de "Joyland" et la découverte d'un autre monde, celui des forains. Il y a bien une petite dimension fantastique mais pour moi on est ici dans de la littérature contemporaine.

C'est un Stephen King apaisé et recentré que j'ai retrouvé dans "Joyland" avec beaucoup de plaisir et de tendresse. Il nous prouve ici qu'il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes dans le gore et l'épouvante pour faire vibrer les lecteurs et qu'un peu de finesse est la bienvenue dans ce monde de surenchère. Un roman que je vous conseille, même si d'ordinaire vous détestez Stephen King. Je prends les paris qu'il saura ici vous charmer!

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samedi 17 mai 2014

"Combat de fauves au crépuscule" d'Henri-Frédéric Blanc

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L'histoire: "Comment lui, si prudent, si futé, si prompt à déjouer les manœuvres sournoises des autres, lui dont l'intelligence et l'imagination créatrice étaient réputées dans tout le milieu publicitaire parisien, lui qui possédait le don de flairer les bons coups avant ses concurrents et d'agir plus vite qu'eux, comment avait-il pu se faire piéger aussi bêtement?"
En cherchant un appartement, Charles Cuvelier, jeune loup de la pub, se retrouve bloqué dans un ascenseur, à la merci des occupants de l'immeuble. Cette fois le stratège surdoué va devoir lutter pour sa vie.

La critique de Mr K: Voilà une très belle surprise que m'a réservé un séjour de plus chez l'abbé. J'aime beaucoup la collection Acte Sud (elle édite notamment Laurent Gaudé), la couverture m'a attiré l'œil de suite avec ce chat malicieux et la quatrième de couverture n'a fait qu'attiser ma curiosité. Vu le prix modique, il me semblait dommage de ne pas tenter l'aventure... Bien m'en a pris!

Il y a des jours où il n'est pas bon sortir de chez soi, Charles Cuvelier va l'apprendre à ses dépens. Publiciste renommé et redoutable, il se rend dans un immeuble afin de visiter un appartement à louer. Erreur fatale, il prend l'ascenseur et le coup de la panne prend une autre dimension. Coincé dans cet espace clos, le jeune loup va devoir s'accrocher à la vie. Loin de lui venir en aide, la proprio du dernier étage et quelques autres hurluberlus vivant là semblent se complaire dans la situation inconfortable dans laquelle se retrouve Charles. Ce dernier essaie nombre d'approches différentes, diverses tentatives de séduction mais il rencontre un mur. Peu à peu, son mental se fissure et le huis-clos vire au cauchemar.

Très court (106 pages), "Combat de fauves au crépuscule" se dévore d'une traite. On est constamment balancé entre répugnance pour le personnage principal (pur produit de la société consumériste que nous subissons) et l'inhumanité du traitement qu'il subit. Plus les pages se tournent, plus nous le voyons plonger. Il passe du simple souci à l'inquiétude grandissante quand il se rend compte que ses tours ne fonctionnent pas sur ses "kidnappeurs". Mais rien n'y fait, son charme et son éloquence ne fonctionnent pas et le récit s'envenime très vite pour mener à des sommets insoupçonnés. La froideur des lieux et des gens qui y vivent l'atteignent le plein de fouet, on sent bien que Charles peu à peu se rapproche du gouffre, de la folie. Ses contradicteurs mettent en relief la chute du héros par leur froideur et leur normalité. On nage en pleine folie ambiante dans un quotidien implacable et désespérant. La révélation finale est de toute beauté et vient couronner d'une aura plus forte cette petite histoire à visée universelle.

Ce livre se lit avec une facilité déconcertante. La langue est accessible, sans chichi (sans grand relief diront les plus durs) et on est immergé complètement dans le récit. On accompagne avec douleur et un soupçon de perversité le puissant d'hier devenu simple mortel. C'est l'occasion en filigrane de se poser des questions sur la réussite mais surtout sur la solitude de nos civilisations modernes. L'esprit humain est ici mis à nu avec une simplicité déconcertante et rafraichissante. On n'en ressort pas forcément indemne tant l'auteur fait appel à notre ressenti et notre libre-arbitre. Les limites ne sont plus très claires et c'est ce qui rend cette histoire aussi haletante que novatrice.

Ce fut donc une très bonne lecture à la fois récréative et réflective. Un petit bonheur de littérature et de condensé de l'âme humaine, un petit bijou quoi!

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jeudi 15 mai 2014

"Tunnel" d'André Ruellan

tunnelL'histoire: En 2025, à Paris, rue de Rivoli... Une croix d'acier tous les cent mètres. Sur vingt kilomètres. Et sur chaque croix, un homme qui saigne et meurt. Un "Crâne".
Qui sont-ils, ces hommes à la tête rasée que traque la police? Des voyous venus des mpontagnes d'ordures de la banlieue et qui, de nuit, se glissent dans Paris pour tuer? Ou bien des révolutionnaires porteurs de l'espoir d'un avenir plus humain? Qu'importe ce soir à Manuel Dutôt qui ne songe qu'à sauver sa femme carole – plongée dans le coma et qui attend un enfant. À l'arracher à la mort que prescrit une loi impitoyable. Dans cette ville maudite, Manuel fuit, erre, croit enfin trouver refuge dans les ruines puantes de Clichy.
Il est sur le territoire des Crânes...

La critique de Mr K: Une nouvelle couverture de Caza, une quatrième de couverture flirtant bien avec la série B et l'annonce d'un brin de dénonciation de l'autoritarisme... Il n'en fallait pas moins pour que je me laisse tenter par le présent volume lors d'une énième visite chez notre abbé préféré. André Ruellan, ancien médecin reconverti nous invite à un voyage dans un futur des plus ténébreux et angoissant avec Tunnel, un ouvrage qui va vous plonger dans un Paris à nul autre pareil.

En 2025, le monde a bien changé et notamment dans l'ancienne capitale parisienne. Dirigée par un conglomérat autoritaire, les libertés individuelles n'existent quasiment plus, laissant place à un modèle global et consumériste. La répression est terrible pour les opposants, en témoignent les routes parsemées de croix où se meurent lentement de mystérieux prisonniers au crâne rasé. Manuel et Carole font partie de ce nouveau monde mais très vite leur vie bascule quand Carole est victime d'un accident et se retrouve plongée dans un profond coma. Selon la loi en vigueur, elle doit être euthanasiée. Fou de douleur, son mari se refuse à accepter cette fatalité, enlève le corps de sa femme et s'exile dans la banlieue extérieure, territoire échappant au contrôle de Paris, zone de non-droit réputée extrêmement dangereuse. Il va y faire la rencontre des Crânes...

De manière générale, cet auteur ne perd pas son temps en fioritures et se concentre sur l'essentiel: l'immersion et l'action. On rentre dans le vif du sujet dès le premier chapitre avec une première scène marquante se déroulant rue de Rivoli. L'immersion est fulgurante dans ce futur où la technologie la plus poussée n'arrive pas à masquer les cris des mourants sur leur croix. Véritable référence à l'histoire de Spartacus, le lecteur sent poindre un malaise qui ne va aller que grandissant au fil de sa lecture. Bien que relativement courtes, les descriptions de ce futur sont efficaces et très vite, je me suis fait une idée précise de cet univers déviant et terrifiant. Tout à tour, vous côtoierez le luxe et l'uniformisation de néo-Paris, puis vous irez dans la ceinture parisienne qui s'est transformée en véritable décharge publique, où seule semble régner la loi du plus fort et du Talion. Belle réussite sur ce plan pour ce roman qui parvient vraiment à nous transporter dans un ailleurs bien dépaysant quoique loin d'être joyeux.

Là où le bas aurait tendance à blesser, ce serait en terme de personnages et d'histoire. Je les ai plutôt trouvés creux et stéréotypés dans l'ensemble malgré quelques nuances des plus agréables par moment. On ne verse pas vraiment dans le manichéisme à tout crin mais on s'en rapproche dangereusement ce qui peut laisser une impression de platitude à l'ensemble. Dommage quand on voit les possibilités qui s'offraient avec un background tel que l'a imaginé André Ruellan. J'ai été aussi rarement surpris par les démêlés du scénario qui ne surprennent jamais vraiment avec une trame qui ressemble beaucoup à de nombreuses autres histoires que j'ai pu lire en SF ou autres transfictions. Comme les personnages sont monolithiques, on finit par s'attendre à leurs réactions et on peut même parfois deviner ce qui va arriver.

Pourtant ce livre se lit bien, la langue n'est pas forcément exceptionnelle avec parfois des lourdeurs de style, notamment les descriptions de blessures et autres maux. On sent bien alors que l'auteur a été médecin dans une autre vie. Ces scories sont compensées par un récit sans temps morts et un rythme assez enlevé malgré parfois des ellipses qui m'ont semblé hasardeuses.

Au final, la lecture de ce livre m'est apparue plaisante mais pas sensationnelle. Une sorte de petit plaisir coupable que tous les amateurs de série B SF peuvent tenter si l'histoire les inspire.

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lundi 12 mai 2014

"L'Elixir d'amour" d'Éric-Emmanuel Schmitt

elixirL'histoire: "L'amour relève-t-il d'un processus chimique ou d'un miracle spirituel? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l'élixir qui jadis unit Tristan et Iseult? Est-on, au contraire, totalement libre d'aimer?".
Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres d'un de l'autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s'avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi: provoquer l'amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège?

La critique de Mr K: C'est toujours avec un petit sourire aux lèvres que je commence un Éric-Emmanuel Schmitt. Il touche à tous les genres littéraires (roman, nouvelle, théâtre) et je n'ai jamais été déçu. Ici, on a affaire au roman épistolaire, un style bien particulier et qui m'a ravi par le passé avec notamment Inconnu à cette adresse ou encore les classiques Les liaisons dangereuses et Dracula. Je me lançai donc plein d'optimisme dans cette lecture qui ne devait durer que deux heures! En effet, 160 pages composent l'ensemble mais les lettres que s'envoient les deux protagonistes sont assez courtes et je n'ai pu détacher mes yeux des pages tant j'ai été captivé par cet échange épistolaire.

Adam et Louise se sont aimés ardemment pendant cinq ans. Cette dernière décide de rompre et pour mieux rebondir de partir à Montréal pour refaire sa vie professionnelle. Adam souhaite entreprendre avec elle une nouvelle histoire placée cette fois-ci sous le signe de l'amitié. Le démarrage est timide, puis peu à peu, Louise accepte. Ils commencent alors à se livrer l'un à l'autre comme jamais auparavant et se questionnent mutuellement sur l'amour, sa nature et ses finalités. Peu à peu, leurs vies personnelles évoluent et les rapports de force semblent fragiles tant la correspondance qui nous est ici livrée met à nue les âmes et les actions des deux protagonistes. On se dirige tout droit vers une révélation finale qui remettra chacun à sa place et éclairera le lecteur sur l'amour et ses conséquences.

Ce petit livre s'apparente à un puzzle. Lettre après lettre, les scripteurs lèvent le voile sur leur caractère et leurs idées sur l'amour. Il est jouisseur et passionné, elle semble plus raisonnable et détachée. Étrange donc se dit-on que ces deux êtres essaient de nouer une amitié tant ils semblent éloignés spirituellement l'un de l'autre. Mais ils ont un commun une somme d'expérience qui semble pouvoir combler ce trou affectif pas si différent de l'amour sauf "par la peau" comme le dit Adam dès ces premières lettres. Peu à peu, les débats tournent autour de leurs nouvelles vies et de la notion d'amour. Peut-on le provoquer? Adam en est sûr et va s'employer à essayer de le prouver à Louise en expérimentant une technique sur Lily, une jeune femme qu'il va rencontrer par l'entremise de sa correspondante. Commence alors la lente déconstruction de tout ce qui a précédé pour mener tout droit à une fin qui vient cueillir le lecteur comme un néophyte.

Par son caractère court et épuré "L'élixir d'amour" fait merveille. Schmitt n'a pas besoin d'accumuler les lignes pour réussir à cerner ses personnages. En très peu de mots, on se fait très vite une idée assez précise de Louise et Adam. Le genre épistolaire aidant, se rajoute sur la trame une impression d'urgence et d'immédiateté qui prend au cœur le lecteur otage d'une mécanique implacable et très bien huilée. On navigue en eaux troubles, on se laisse prendre par les subtilités de cette joute réflective et parfois cynique, comme il peut s'établir entre deux anciens amants. On rit, on s'émeut, on se rembrunit à loisir au fil des lettres échangées. On fait corps avec ces deux inconnus qui nous touchent au plus profond de soi et on s'interroge sur sa propre situation. Je suis ressorti étrangement léger et heureux de cette lecture.

Livre profond, construit d'une manière astucieuse et d'une précision de métronome, la langue simple et délicate de l'auteur met en relief cette histoire sans âge et universelle d'une manière instantanée et à haute valeur émotionnelle. Ce plaisir insidieux et durable est à découvrir au plus vite!

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute

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jeudi 8 mai 2014

"Les opéras de l'espace" de Laurent Genefort

les opérasL'histoire: Axelkahn est un ténor hors du commun, presque un dieu vivant. Ses interprétations des airs d'opéras les plus périlleux sont des instants volés à l'éternité. Tout cela grâce aux biopuces que lui ont implantées les mystérieux Yuweh. Jusqu'au jour où ces greffes tombent en panne, renvoyant Axelkahn à sa condition de simple mortel. Il ne lui reste plus qu'à tenter de retrouver un Yuweh, dont la légende raconte qu'il aurait disparu au cœur des Bulbes Griffith, gigantesque artefact spatial composé de stations reliées entre elles par des filins créant une inextricable toile d'araignée. Il forme donc une troupe de théâtre aussi hétéroclite qu'attachante et se lance en quête d'une hypothétique guérison.

La critique de Mr K: Une très belle découverte aujourd'hui que je dois à un partenariat Livr'addict grâce à l'intercession de Nelfe. Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous savez que je pratique de manière régulière le genre SF et une fois de plus la maison d'édition Folio SF frappe un grand coup avec ce roman singulier et enthousiasmant de la première à la dernière page. Immédiatement embarqué par l'auteur, avec "Les opéras de l'espace", j'ai fait un voyage à nul autre pareil qui me restera en mémoire longtemps tant cette histoire s'est révélée profonde et d'une virtuosité narrative sans faille.

Axelkahn, le divo interplanétaire le plus célèbre ne peut que constater que sa voix s'affaiblit et qu'il ne pourra bientôt plus pratiquer son art. C'est le choc pour cet homme replet et suffisant pour qui tout était dû jusqu'ici. La chute et les désillusions qui l'accompagnent sont rudes et il se retrouve très vite dans la peau d'un humain lambda, à l'orée d'une nouvelle vie bien différente et qui le terrifie. Pour autant, il lui reste un espoir, une petite possibilité de récupérer sa voix. Pour cela, il va devoir entreprendre un voyage périlleux au cœur de l'espace dans un ensemble de colonies terriennes parties cherchées un avenir meilleur au sein des bulbes Griffith, amas de sphères rappelant une grappe de raisin, un monde nouveau et sauvage où Axelkahn aura fort à faire pour mener à bien sa quête.

Niveau SF, on est servi et de la plus belle manière. À la manière d'un Pierre Bordage, Genefort réussit à nous immerger avec talent et délicatesse dans un univers cohérent et passionnant. Quel bonheur d'errer de station en station dans les bulbes Griffith en compagnie du héros et de ses compagnons. Les descriptions glissent avec un bonheur de tous les instants, fourmillants de détail et de vie. Ce monde hors norme s'agite devant nous et le lecteur se retrouve ailleurs, plongé dans un univers où les règles ont changé tant pour la nature (qui survit comme elle peut) que pour les communautés humaines qui survivent entre commerce et piraterie. On apprend au détour d'un paragraphe que la Terre a été livrée toute entières aux multinationales et que les hommes se sont lancés à la conquête de nouveaux mondes. Nous voyageons beaucoup, rencontrons nombre de sociétés et peuplades aux mœurs de plus en plus étranges au fur et à mesure qu'Axelkahn se rapproche du centre des bulbes où il devrait trouver les réponses à ses questions.

Là où tout bascule et rend cet ouvrage unique, c'est quand la troupe de théâtre est montée. L'expédition d'exploration se transforme alors en une tournée périlleuse dans des mondes renâclant voir bannissant les artistes. En effet, les communautés humaines se concentrent sur les activités de survie et le spectacle est bien souvent considéré comme du temps inutilement dépensé dans un univers au fragile équilibre. La vie d'une troupe entre voyage, déballage, spectacle, écriture, préparations diverses mais aussi gestion de la foule et des puissants est ici remarquablement rendue. On s'y croirait et cela donne une impression étrange qui mêle à la fois le dépaysement lié au caractère SF des mondes explorés et le caractère plus classique de ces artistes qui se battent pour se faire une place comme tant d'autres avant eux pendant l'époque moderne ou encore le XIXème siècle. Le mélange des deux est détonnant, jamais insipide et fournit une réflexion intéressante sur la part de l'imaginaire et de la fantaisie dans nos vies. Le tout sans lourdeur ni morale. Parce qu'en plus, Genefort a un style brillant et happant en diable. L'écriture évocatrice comme jamais sert un récit certes classique (on est rarement surpris) mais d'une richesse foisonnante, d'un rythme enlevé et d'un fond réflectif vraiment universel. On nage avec délice dans cette oeuvre attachante et accessible. La preuve en est qu'il ne m'a fallut que deux jours pour la dévorer, y pensant même quand j'avais reposé mon livre. Les personnages sont légions et attachants avec une mention particulière pour Axelkahn qui entreprend sans le savoir une espèce de voyage initiatique et tous les autres membres de la troupe, espèce de condensé de parias que l'aventure théâtrale va à jamais transformer.

Sans exagérer, on tient là un grand et beau livre de SF qui ravira les amateurs du genre mais permettra aussi aux novices de prendre un plaisir sans borne tant l'auteur est accessible et malin dans sa manière de mener son récit. Un bijou qu'il serait dommage de laisser passer.

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mardi 6 mai 2014

"13 jours" de Valentina Giambanco

13joursL'histoire: L’assassin lui a donné 13 jours. 13 jours pour tenter de comprendre. 13 jours avant de plonger dans les ténèbres...
À Seattle, personne n’a oublié le mystère de la Hoh River : trois gamins enlevés, cachés dans les bois. Seuls deux d’entre eux avaient réapparu, incapables de se souvenir de ce qui leur était arrivé. Vingt-cinq ans plus tard, un couple et ses deux fils sont sauvagement assassinés. Au-dessus de la porte de la chambre, le tueur a laissé un message : 13 jours. Très vite convaincue que les deux affaires sont liées, puisque le père de famille qui vient d’être assassiné était l’un des trois enfants kidnappés, la police manque pourtant de preuves. Pour sa première grande enquête, l’inspecteur Alice Madison devra se fier à son instinct. Au cœur des forêts, le cauchemar va recommencer. Dans 13 jours.

La critique Nelfesque: "13 jours" est un roman qui m'a séduite par sa 4ème de couv'. Un thriller mettant en scène des enfants, une "bleue" à la Crim', il ne m'en faut pas plus!

J'ai mis bien moins de 13 jours pour lire ce roman de 540 pages, je l'ai torché en 3 jours. Autant le dire tout de suite, c'est le genre de bouquin que l'on a du mal à lâcher. La scène de départ, le meurtre d'une famille entière, les 2 enfants en bas âge compris, arrive très vite et le lecteur est d'office immergé dans l'ambiance. Pas de fioritures, pas de gore gratuit non plus mais suffisamment de détails pour accrocher les amateurs du genre dès les premières pages.

Valentina Giambanco a un style littéraire très cinématographique. Aucun mal pendant sa lecture à voir défiler les scènes dans sa tête. C'est fluide, rythmé, cadencé comme un long métrage et l'auteur sait en garder sous le coude tout du long pour ménager le suspense. Je dirai que pour cela, "13 jours" est bien efficace. Un bon page turner avec des personnages assez complexes qui titillent la curiosité du lecteur.

Un bon page turner mais un page turner de plus. Rien de transcendant ou de novateur dans ce roman. Ce n'est pas la révélation de l'année dans le genre. Ne boudons pas notre plaisir pour autant et profitons des oeuvres bien construites et plaisantes à lire mais je dois dire qu'en tant qu'amatrice de thrillers / polars / romans noirs, je suis plus à la recherche maintenant de frissons novateurs, d'écriture qui se démarque franchement du commun des thrillers et d'une histoire qui me hante longtemps. Ici, ce n'est pas vraiment ça et j'aurai sans doute oublié les 3/4 du roman dans quelques mois malgré ses points positifs évoqués plus haut.

Côté personnage tout de même, j'ai aimé la froideur de John Cameron, le principal suspect (on l'apprend assez vite) et le côté ambigu de son avocat et ami Nathan Quinn. Cette relation particulière et ce jeu du chat et de la souris avec les autorités par les textes de loi et par la capacité qu'à Cameron de passer inaperçu apportent un plus au roman. Le tueur présumé n'est pas forcément un être déshumanisé et caricatural et c'est appréciable.

Alice Madison, inspectrice nouvellement nommée à la Crim' est tout aussi intéressante par sa jeunesse, ses maladresses mais surtout son amour pour son métier et son envie de bien faire. On s'identifie assez facilement à ce bout de femme à la fois fragile et forte. De plus, un évènement personnel la poussant dans son enquête force la sympathie du lecteur. Classique mais agréable.

Au final, vous l'aurez compris, même si "13 jours" n'est pas LE thriller à lire absolument dans sa vie, il sait ravir les amateurs du genre qui passent un bon moment entre ses pages. Une découverte attrayante que je vous conseille.

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samedi 3 mai 2014

"Zazie dans le métro" de Raymond Queneau

zazieL'histoire: - Zazie, déclare gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai. - Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
- Qu'est-ce qui t'intéresse alors?
Zazie répond pas.
- Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse?
- Le métro.

La critique de Mr K: Voici un livre que je n'avais jamais lu auparavant. J'ai eu ma période "classiques" lors de mes études littéraires et de Queneau, je n'avais lu jusque là que l'excellent Exercice de style qui a nourri le mouvement des ateliers d'écriture et qui interpelle encore les jeunes générations quand on leur présente le procédé utilisé. L'occasion s'est présentée une fois de plus chez l'abbé de découvrir Zazie dans le métro sur lequel j'ai entendu nombre d'avis positifs, parfois dithyrambiques. Je me jetai à l'eau...

C'est l'histoire d'une fillette confiée le temps d'un week-end aux bons soins de son oncle qui réside à Paris. Durant tout le livre, elle serine à qui veut l'entendre qu'elle veut absolument aller voir le métropolitain. Pourtant le séjour ne se passe pas exactement comme prévu... Il est difficile d'en dire plus sans verser dans le spoiler donc vous devrez vous contenter de ce maigre résumé. Et toc!

Qualifié de roman parodique par beaucoup, on se retrouve ici à la croisée du genre entre tranche de vie, policier et théâtre (les dialogues sont croustillants à souhait). Peu ou pas de description pure et dure ici, on sait que Queneau de par son parcours (surréalisme, le mouvement néo-français...) n'était pas adepte de la surcharge littéraire. Par contre, on reconnaît son goût immodéré pour ses personnages et leur caractérisation par leurs actes et leur verbe. Préparez-vous donc à un livre vivant et étrange tant on s'éloigne des sentiers battus. Et dire qu'il date de 1959!

Deux personnages sortent du lot nettement. Tout d'abord l'héroïne éponyme qui est tout sauf une petite fille modèle. Grande adepte de l'argot, elle représente la jeunesse insolente et avide d'expérience. Elle veut vraiment le découvrir le métro! Elle se heurte au monde des adultes, elle le teste, en révèle les failles malgré les adultes qui l'entourent et essaient de lui en monter la cohérence et les règles. Je l'ai trouvé d'une fraîcheur rare et j'ai adoré son sens de la répartie qui fait des ravages. Elle est confiée à son oncle Gabriel, un colosse de 32 ans qui danse travesti en femme la nuit. Il est plein de tendresse et d'esprit paternel avec cette jeune fille haute en couleur. Le choc des générations est ici traité avec finesse via des expériences diverses et des rapports humains francs et touchants. Gabriel est aussi enrobé de mystère concernant ses goût intimes: homosexuel? simple travesti? On en arrive même à se poser des questions sur sa compagne (Homme ou femme? Marceline, Marcel?). Autant de touches plus floues qui ajoutent en profondeur et en réflexion.

On touche à beaucoup de questions primales dans ce petit livre. L'identité notamment entre la jeune fille qui se construit au fil des pages et un oncle décalé qui se voit confier sa nièce durant un week-end. Au détour des rebondissements, c'est l'amitié ou encore le travail qui sont questionnés au travers des scènes de vie dont nous sommes les témoins. C'est l'occasion aussi une fois de plus pour Queneau de jouer avec la langue et les mots. L'expression est ici novatrice pour l'époque notamment dans l'usage de l'argot et le jeu avec le principe du mot-valise. Il en ressort une lecture aisée et impertinente qui n'est pas pour me déplaire. J'ai souvent souri devant l'inventivité dont fait preuve l'auteur et c'est avec facilité et plaisir que j'ai dévoré ce livre.

Lire un Queneau est décidément un acte un peu à part dans la pratique de la lecture. L'auteur aime à nous surprendre et à renouveler le langage. Il en ressort une lecture pas tout à fait comme les autres, qui en déconcertera sans doute certains mais qui personnellement m'a captivée et enrichit l'âme et l'esprit. Ça se tente, non?

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mercredi 30 avril 2014

"Ceux qui vont mourir te saluent" de Fred Vargas

ceuxquivontmourirL'histoire: À priori, tous les dessins de Michel-Ange ont été répertoriés. Et lorsque l'un d'eux fait une apparition discrète sur le marché, il y a tout lieu de supposer qu'il a été volé. Le plus incroyable, c'est que celui qui est proposé à Henri Valhubert, célèbre expert parisien, provient probablement de la bibliothèque vaticane!
Qui se risquerait à subtiliser les trésors des archives papales? L'affaire se complique lorsque Valhubert est assassiné, un soir de fête, devant le palais farnèse.
Instantanément, les soupçons se portent sur le fils de la victime. Ce dernier fait partie d'un curieux triumvirat d'étudiants, aux surnoms d'empereurs: Claude, Néron et Tibère. En résidence à Rome depuis plusieurs années, tous trois entretiennent des liens singuliers avec la veuve de Valhubert. Une femme au charme envoûtant et dont le passé comporte quelques zones d'obscurité...

La critique de Mr K: Un petit plaisir policier aujourd'hui avec ce volume de Fred Vargas qui patientait déjà depuis un petit bout de temps dans ma PAL. Ce titre n'est pas à classer dans la série des Adamsberg et propose une enquête haletante dans le milieu de l'art, de la diplomatie inter-étatique et des secrets de famille. Derrière le meurtre principal se cache tout un réseau de relations plus étranges et nébuleuses que la normale que Vargas avec son grand talent d'écrivaine va tâcher de dénouer pour nous dans un volume aussi court (190 pages) qu'efficace.

Pour ce qui est de l'intrigue, on reste dans du classique pur jus. L'auteure commence par nous faire côtoyer les trois membres d'une confrérie pas tout à fait comme les autres. Claude, Tibère et Néron sont trois passionnés d'histoire antique et plus particulièrement de l'époque romaine. Ils mènent leurs études, courent la gueuse et participent à des soirées estudiantines endiablées. Leurs rapports relèvent quasiment de la fratrie et ils partagent tout. Tout bascule quand le père de Claude meurt au cours d'une soirée et que les soupçons s'orientent vers ce petit groupe d'ami. L'agent spécial Valence, envoyé pour étouffer l'affaire qui pourrait faire grand bruit et porter préjudice à certains membres du gouvernement, va très vite s'apercevoir qu'on lui cache bien des choses et que la vérité va être difficile à découvrir entre fausses pistes et faux-semblants. Pour démêler cet imbroglio, Il va pouvoir compter sur l'aide précieuse de l'inspecteur italien Ruggieri qui tient pas dessus tout à résoudre cette affaire sans épargner personne.

Vargas une fois de plus nous livre toute une galerie de personnages plus réussis les uns que les autres. Valence tout d'abord, bloc de la quarantaine implacable (il y a un peu d'Adamsberg chez lui) mène son enquête à un rythme aussi lent que mesuré. Doué d'un sens de la déduction fort développé, il rencontre et interroge des personnes de tout milieu sans rencontrer de grosses difficultés. Forçant le respect parfois jusqu'à l'inquiétude, il va se heurter à une jeune veuve au passé sombre et aux rapports ambigus avec le triumvirat précédemment évoqué. Simple affection, amour, attirance purement charnelle, réseau mafieux? Autant d'hypothèses tour à tour abordées, mises à l'épreuve et parfois écartées. Le chemin vers la révélation finale est ici sinueux entre manipulations affectives, manœuvres d'intimidation, confessions dangereuses et autres confidences fallacieuses. On en perd son latin, les rebondissements sont nombreux et la fin cueille le lecteur entre logique et stupéfaction.

On retrouve le caractère profondément humaniste et finaud de Vargas dans le traitement de ses personnages et des relations qu'ils entretiennent. La description est réaliste et complexe comme le sont les rapports humains. Pas de superficialité ici, plutôt une analyse au scalpel des désirs et motivations profondes de chacun. Chacun a sa part d'ombre, sa somme d'expérience et quand les destins individuels se chevauchent, la théorie des dominos s'applique et donne lieu à des circonvolutions scénaristiques de haute volée. Bien que petit par la taille, ce récit est d'une rare densité émotionnelle et factuelle. On ressort de cette lecture ravi et conforté dans l'idée d'avoir lu un excellent policier.

Vous l'avez compris, si vous êtes amateurs du genre et que vous ne connaissez pas encore ce roman, il serait vraiment temps de vous pencher sur la question car cette lecture est un plaisir de chaque instant qui vous réservera de nombreuses surprises et vous rendra addict dès les premières pages.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain
- L'homme aux cercles bleus
- Coule la Seine
- Sans feu ni lieu

Posté par Mr K à 17:27 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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lundi 28 avril 2014

Vacances d'avril = nouveaux livres!

C'est désormais un rituel, à chaque début de vacances scolaires, nous nous rendons chez notre dealer de bouquins préféré (à savoir Emmaüs) pour faire le plein de lecture. Ce n'est pas qu'on en est véritablement besoin (au sens où on en aurait pas assez), on a tous les 2 une PAL à faire peur, mais c'est un petit rituel auquel on tient. Et en toute franchise, on n'arrive pas à faire autrement!

La pêche du jour fut bonne. Voyez plutôt:

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C'est ce qu'on appelle un nouveau craquage. Oui je sais... Même pas honte d'abord!

Et en détail voilà ce que ça donne pour moi:

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- "Nu dans le jardin d'Eden" d'Harry Crews parce que c'est un Sonatine que je n'ai pas, que j'adore cette maison d'édition et qu'avec eux je ne prends pas beaucoup de risque quant à la qualité de leurs publications.
- "L'égoïste romantique" de Frédéric Beigbeder parce que j'adore cet auteur et que je n'ai pas lu celui ci.
- "Retour à Rédemption" de Patrick Graham parce que j'en ai lu beaucoup de bien et que c'est le genre de romans qui a tout pour me plaire.
- "Les grand-mères" de Doris Lessing. Alors là pur hasard, j'ai aimé la couv' et la 4ème de couv', je le tente!

Et pour Mr K:

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Du contemporain avec:
- "Le Bar sous la mer" de Stefano Benni pour son pitch bien délirant d'un mystérieux bar au fond de la mer. Comme en plus, c'est chez Babel...
- "Mémoires d'un Yakuza" de Junichi Saga parce que ce livre a une excellente réputation et plonge son lecteur dans la vie d'un gangster japonais (tiré d'une histoire vraie). Belle immersion en perspective dans le milieu des Triades japonaises.
- "Combat de fauves au crépuscule" de Henry-Frédéric Blanc parce que c'est une maison d'édition que j'affectionne tout particulièrement, la couverture est imparable (ben ouais, y a un chat qui se la raconte!) et cette histoire de jeune arriviste livré en pâture au commun des mortels n'est pas pour me déplaire.
- "Kennedy et moi" de Jean-Paul Dubois parce qu'il est difficile de résister à un Jean-Paul Dubois, moi je n'hésite même plus! En plus, celui-ci a particulièrement plû à mes parents...
- "Sur la falaise" de Gregor Von Rezzori parce que cet ouvrage m'intrigue tout particulièrement, le court résumé laisse entrevoir un délire littéraire à nul autre pareil. Work in progress...
- "Love & Pop" de Ryû Murakami car on m'en a aussi dit le plus grand bien et que l'auteur est l'homonyme d'un de mes écrivains préféré. Ici, l'univers a l'air plus sombre et la plongée profonde dans une part de la société japonaise.
- "Insecte" de Claire Castillon parce que la quatrième de couverture est complètement barrée. Ca sent la lecture-chalumeau!

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Du policier / thriller avec:
- "Last call" d'Alex Barclay parce que j'ai adoré son premier roman et que dans celui-ci on retrouve un inspecteur qui m'avait ému, rajoutez à cela une écriture maline et machiavélique. Il ne m'en fallait pas plus pour me laisser tenter!
- "Pélerins des ténèbres" de Serge Brussolo pour explorer une autre part de l'oeuvre d'un auteur que j'affectionne. Ici il est question de pélérinage maudit en plein Moyen-Age! Tout un programme!
- "Le syndrome Copernic" d'Henry Loevenbruck parce que j'aime beaucoup cet auteur et que l'occasion fait le larron!
- "Bloody birthday" collectif de recueils de nouvelles parce qu'on y trouve nombre de signatures d'auteurs prestigieux du polar français et que le genre de la nouvelle policière est une invitation à la fulgurance et à la surprise.
- "Mémoire en cage" de Thierry Jonquet parce que je n'ai pas encore lu ce roman d'un des maîtres du genre. J'adore Jonquet, so no comment!
- "Fondu au noir" de Jean-Jacques Reboux parce que je voulais découvrir la plume de cet auteur ailleurs que dans la série du Poulpe. Ici c'est noir et tortueux à priori...

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Et un joyeux mix avec:
- "La Fée et le géomètre" de Jean-Pierre Andrevon, illustré par Enki Bilal parce que cette histoire de royaume des fées envahi et dénaturé par l'homme fait écho à mes convictions profondes sur la nature humaine. La lecture s'annonce tendue, intense et sans doute mélancolique.
- "Ils partiront dans l'ivresse" de Lucie Aubrac car je n'ai jamais eu l'occasion de le trouver auparavant et qu'un témoignage de cette importance me rappellera mes années Fac et me replongera dans une période bien ténébreuse de notre Histoire commune.
- "Nos rêves sont plus grands que le ciel" de Jean Cavé parce que ce roman inspiré d'un personnage réel m'a fasciné en quatrième de couverture. Il est question ici d'idéalisme, de persévérance et de croyance en une vie extra-terrestre; tout ceci au XIXème siècle! Ca promet!
- "Des souris et des hommes" de John Steinbeck car avec Nelfe nous nous refaisons l'intégrale d'une série qui y a fait référence justement hier soir. L'occasion était trop belle de découvrir un roman considéré comme une oeuvre majeure de la littérature américaine.

Un bon aperçu de ce qui sera chroniqué bientôt sur le blog! Maintenant y'a plus qu'à! ;)