mercredi 25 janvier 2012

"Rêves de gloire" de Roland C. Wagner

Reves-de-GloireL'histoire: Le 17 octobre 1960 à 11h45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d'une mitrailleuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles: "On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chientlit..."

De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d'OAS, pas d'accords d'Évian, pas de référendum et Alger reste française.

De nos jours, à Alger, l'obsession d'un collectionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin de voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements...

La critique de Mr K: Une belle claque bien délirante aujourd'hui avec ce roman qui m'a été offert par mes parents pour Noël (merci papa, merci maman), œuvre qui a reçu le grand prix des Utopiales 2011 de Nantes. Il s'agit d'une longue pièce de choix (700 pages) qui nous entraîne dans un univers uchronique proprement sidérant tant il s'avère paradoxalement réaliste dans sa déviation originelle. De Gaulle victime d'un attentat! Excusez du peu, je savais Wagner original depuis que Nelfe et moi avons assisté à une de ses conférences à Nantes mais l'écrit qu'il nous livre ici est proprement hallucinant et jouissif.

En fait, il ne reste dans le livre qu'une enclave française en Algérie: Alger. Le reste a été cédé aux indépendantistes et l'Algérois, comme on l'appellen a pris son indépendance vis-à-vis d'une France autoritaire aux mains de putschistes qui l'ont sortie de l'Europe! La pression est énorme sur ce lopin de terre qui essaie de résister comme il peut aux pressions étrangères qui voudraient le récupérer. En parallèle, on suit aussi le phénomène du mouvement vautrien né en France à Biarritz lors de l'été insensé sous la houlette de Tim Leary qui prône la vie communautaire et la non violence. Comme un des personnages principaux est collectionneur de disques, on suit aussi une étonnante histoire du rock des années 60' où certaines stars existent bel et bien (notamment Iggy Pop à ces début, Jeff Beck) mais où d'autres n'ont jamais existé ou sous un nom différent (Beatles et Stones notamment!). Au centre de ce maelström, un disque qui semble maudit car tous ceux qui le possèdent ou le recherchent disparaissent dans d'étranges circonstances!

Déroutant est le premier terme qui m'est venu à l'esprit au bout de 100 pages. Le livre est intégralement écrit à la première personne du singulier et comme on suit différents témoignages anonymes les uns après les autres, il est facile de se perdre. Il faut accepter ce fait pour vraiment rentrer dans le livre. Cette lecture est donc différente dans le sens où il ne faut pas s'attendre à du linéaire pur et dur, plus une sorte de patchwork qui mis bout à bout va former un tout d'une consistance et d'une maestria hors norme. La conclusion est fameuse et le construction qui y mène superbement orchestrée. Prévoyez cependant de longues plages de lecture de une à deux heures minimum pour vraiment gouter et vous imprégner de ce titre tant il faut être à 100% immergé dedans pour en apprécier le contenu et la forme.

L'écriture est un réel bonheur d'inventivité, de simplicité et d'efficacité. Le style Wagner est vraiment excellent car à la fois très abordable et ambitieux. Les personnages croqués sont criants de réalisme et nous les suivons avec passion notamment celui du collectionneur et de sa quête du Graal. Ce côté polar rajoute un petit côté ludique à ce livre-somme. Nombre de critiques insistent sur le côté parfois autobiographique de ce livre, ceci explique sans doute cette impression de vérité et de terrain connu qui s'exhale de l'œuvre au fur et à mesure qu'on en tourne les pages alors qu'on est en pleine uchronie. Il ressort de ce délire fictionnel beaucoup de questions et de réflexion sur l'Histoire, sa construction et sur l'usage qu'on peut en faire. On dépasse par là même la simple volonté d'écrire une histoire car cette dernière rencontre l'Histoire avec un grand H, une Histoire encore bien douloureuse dans notre pays (la guerre d'Algérie a laissé des cicatrices, il suffit de voir les programmes scolaires la concernant pour s'en convaincre).

Un grand et superbe livre donc, difficile d'accès au prime abord mais qui mérite vraiment qu'on s'y attarde tant on touche au sublime en terme d'évocation de la guerre, des conflits entre factions mais aussi aux voyages psychédéliques et à la passion musicale. Tout un programme non?

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lundi 23 janvier 2012

"Le livre sans nom" d'Anonyme

Le_livre_sans_nomL'histoire: Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets...
Un serial killer assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom...
La seule victime encore vivante du tueur se réveille, amnésique, après cinq ans dans le coma.
Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll de l'année !

La critique Nelfesque: Whoutch! Double combo dans ta face! Ca pour être rock'n'roll, "Le livre sans nom" est rock'n'roll! C'est vulgaire, gore et bourré de caricatures mais putain que c'est bon! Très loin de ce que l'on peut avoir l'habitude de lire en matière de thriller, ce roman surprend par sa fraicheur et sa dérision. Du western, du polar, du fantastique: tout y est!

"Le livre sans nom" a beaucoup fait parler de lui. Tout d'abord parce qu'on ignore le nom de l'auteur se cachant derrière ses pages et parce que l'écriture est plus cinématographique que littéraire. Le style est punchy, les scènes fonctionnent comme des story board et la trame défile sous nos yeux à la manière d'un film de Tarantino (mince, j'ai dit le nom). Tout nous rappelle l'univers de ce réalisateur: le côté décalé, le western moderne, l'alcool et les personnages hauts en couleur. Les références cinématographiques sont omniprésentes dans ce roman et cet ouvrage a forcément été écrit par un connaisseur de cet art.

Pourtant je l'avoue, je n'aime pas les western, je ne suis pas spécialement fana des débordements de testostérone, des univers mââââles à vomir, et les dimensions fantastiques dans des romans qui ne sont pas rangés dans cette catégorie me désarçonnent souvent dans le mauvais sens. Mais là miracle, la magie opère et les pages se tournent à une vitesse folle! On se prend au jeu et on est même fasciné par l'intrigue et le personnage principal, le mystérieux et énigmatique Bourbon Kid. Les personnages secondaires ne sont pas en reste avec une galerie de portraits à mourir de rire (noir): des piliers de bar indéboulonnables, des moines karatekas un peu idiots sur les bords, des bandits à la petite semaine toujours sur les bons coups...

Atypique, distrayant, original: voici les termes qui me viennent à l'esprit pour décrire ce roman. Un bon gros coup de fouet qui fait du bien et nous désencroûte de notre quotidien avec efficacité. A découvrir d'urgence! Vous saurez très vite si vous adhérez au style ou pas.

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jeudi 19 janvier 2012

"Voyage au bout du jour" de Behemoth

behemothL'histoire: La mort de sa femme hantait Philippe jour et nuit et il pensait trouver l'oubli en roulant jusqu'à cette île d'Ouessant que le soleil éclaire de ses derniers rayons avant de s'enfoncer derrière l'horizon. Mais sur sa route, il croisa Liane, la fille aux yeux pâles. Ils furent désormais deux à fuir leurs souvenirs. Et lorsqu'ils franchirent la mer pour gagner Ouessant, l'horreur tentaculaire tapie dans les abysses se mut à leur rencontre. Décidément, il est des voyages qu'il vaut mieux ne jamais entreprendre, surtout s'ils vous conduisent jusqu'au bout de la peur et jusqu'au bout du jour...

La critique de Mr K: Derrière ce pseudo démoniaque à souhait se cache Kââ et derrière ce deuxième avatar se tapissait mon ex prof de philo aujourd'hui passé dans l'outre-monde. Il me faut bien l'avouer, j'avais peu goûté au précédent ouvrage que j'avais lu et chroniqué du monsieur: Mental. Vince, un vieil ami et un blogger de renommée internationale (au moins!), me l'avait offert et m'avait sermoné suite à ma critique peu élogieuse. Pour lui, je n'avais finalement pas réussi à briser et déguster la substantifique moelle... Il y a peu, à l'occasion de mon anniversaire, il est revenu à la charge en m'offrant du même auteur ce Voyage au bout du jour et en me disant qu'avec celui-ci ça changeait de style et de genre. Mon voyage de l'autre côté de la Manche était l'occasion idéale pour me livrer corps et âme à cet ouvrage...

Un homme quitte donc Paris pour oublier la mort de sa femme, embrigade au détour d'une étape éthylique brestoise une charmante donzelle et se retrouve confronté à des pieuvres géantes! Tout est dit dans le résumé, vous l'avez compris comme il y a des B-movies, ce livre est un B-book et un morceau de choix en la matière! Amateurs du premier degré, choisissez un autre chemin sinon vous allez passer un mauvais moment! On retrouve dans ce titre les obsessions de l'auteur pour les belles filles bien roulées et la pratique du sexe en toute liberté. La picole aussi est très présente avec des morceaux de bravoure entre éclusage sec et délires alcooliques. En fait, on se retrouve dans un univers un peu à la San Antonio, la gaudriole en moins tant l'oeuvre baigne dans l'obscurité malgré l'intitulé du livre.

La violence était un des sujets qu'abordait souvent en classe ce professeur hors norme. Elle est ici abordée de plein fouet, sans concession aucune. D'ailleurs le passage à l'acte est ici marqué du sceau de la folie et de la difficulté de ne pas transgresser les règles, la norme admise communément. Attention aux âmes sensibles, ça charcute et trucide à tout va et on se plait parfois à en redemander un peu comme dans le premier Kill Bill de Tarantino lorsque la mariée se bat contre tout un gang déchaîné.

J'ai donc trouvé le contenu intéressant et la fin quoiqu'un peu abrupte est peu commune et surtout complètement barrée! Reste cependant une écriture qui décidément me désole à certaines occasions. Absence de style? Trop de style au contraire? Bien que court et aisé à lire, j'ai trouvé des passages lourdingues, beaucoup de redondances inutiles et quelques raccourcis malencontreux pour la clarté du récit.

Merci tout de même à Vince pour cette franche poilade brute de décoffrage qui est à réserver aux lecteurs avertis... qui a dit pervertis?

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mercredi 18 janvier 2012

"La Route" de Cormac McCarthy - ADD-ON Nelfesque

cormac_mccarthy_la_routeMr K a déjà lu et chroniqué ce roman le 01/06/10. Je viens de le terminer et de le chroniquer à mon tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de mon avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique Nelfesque à la suite de celle de Mr K.

Nous procèderons dorénavant ainsi pour les romans déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lu à nouveau par l'un de nous.

Pour "La Route", ça se passe par là.

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samedi 14 janvier 2012

"Le rituel de l'ombre" de Giacometti et Ravenne

phillL'histoire: Rome, mai 2005. Une archiviste du Grand Orient est assassiné lors d'une soirée à l'ambassade de france, suivant un rituel qui évoque la mort d'Hiram, fondateur légendaire de la franc-maçonnerie. À Jérusalem, un archéologue en possession d'une énigmatique pierre gravée subit un sort similaire.

Le commissaire Antoine Marcas, maître maçon, et son équipière, Jade Zewinski, qui abhorre les "frères", se trouvent confrontés aux tueurs implacables d'une confrérie nazie occulte, la société Thulé, adversaire ancestrale de la maçonnerie.

Soixante ans après la chute du IIIème Reich, les archives des francs-maçons, dérobées par les Allemands en 1940, continuent à faire couler le sang. Mais quel secret immémorial se dissimule entre leurs pages jaunies? Un secret pour lequel on tue sans scrupules...

La critique de Mr K: À l'occasion de notre séjour en terres anglaises, j'avais apporté avec moi cet ouvrage qui est le deuxième que je lis du duo Giacometti / Ravenne après Le 7ème templier. Le Rituel de l'ombre est leur première collaboration, c'est aussi donc la première apparition de leur héros charismatique Antoine Marcas, inspecteur franc-maçon.

Tout débute par deux meurtres rigoureusement identiques qui sont commis à plusieurs milliers de kilomètres de distance. Une archiviste du Grand Orient (loge maçonnique) et un archéologue juif ont été tué en suivant le rituel de la mort d'Hiram, fondateur mythique de la franc-maçonnerie. Au fil de l'enquête, le lecteur va rentrer dans l'univers mystérieux des frères mais aussi celui à la fois mystique et fasciste de la confrérie Thulé, une organisation nazie, ennemie héréditaire des francs-maçons.

On retrouve dans ce volume le goût des deux auteurs pour l'ésotérisme et le suspens. Force est de constater qu'ils servent le couvert avec efficacité. Nous assistons à une véritable course contre la montre haletante où les personnages ne sont pas épargnés. On se prend au jeu devant les enjeux sous-entendus même s'il faut bien avouer qu'il n'y a rien de véritablement neuf notamment au niveau des personnages qui se révèlent un peu trop stéréotypés, histoire de capter un maximum de lecteurs-acheteurs. La surprise vient du dénouement qui se situe quelque part entre religion, mysticisme et botanique! Elle m'a ravi et m'a refait penser à mes études comparées des différentes religions du monde dont les liens possibles entre religions monothéistes et chamanisme.

Loin d'être un classique, ce livre est à prendre avant tout comme une bonne récréation, un moment de détente sans prétention, un livre de plage ou de voyage diront certains. A vous de voir...

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dimanche 8 janvier 2012

"Mygale" de Thierry Jonquet

mygaleL'histoire : Ève ? Qui est-elle ? Qui est Richard Lafargue, l'homme qui la promène à son bras dans les soirées mondaines puis l'enferme à double tour dans une chambre ? Pourquoi ce sourire subtil sur les lèvres de la jeune femme et autant de rage si mal contenue sur les traits creusés de son compagnon ? Pourquoi vivre ensemble si c'est pour se haïr avec tant de passion ? Drôle de couple... Quel incompréhensible passé lie ces deux êtres hors du commun qui se cachent la plupart du temps derrière les murs de leur villa si tranquille ? Pourquoi les paroles si douces de The Man I love deviennent-elles entre eux l'expression radicale de la haine la plus absolue ?

La critique de Mr K : C'est ce que j'appellerai une authentique et magnifique claque ! Sans doute l'un des tout meilleurs romans noirs que j'ai pu lire. Je n'ai pu détacher mes yeux de cet ouvrage durant les 153 pages qui le composent tant l'histoire est prenante, bien menée et finalement implacable. Vous êtes prévenus !

Au cœur de l'intrigue trois personnages principaux autour desquels l'auteur va tourner. Le fameux couple étrange légèrement esquissé en quatrième de couverture (Richard et Ève) dont on suit le quotidien et les rapports très insolites. Il se dégage de ces deux être une ambiance malsaine et pesante au possible. Vient se greffer dessus, le parcours d'un casseur de banque, Alex, dont on ne voit pas de prime abord le rapport qu'il peut entretenir avec le reste de l'histoire.

Par petites touches, les pièces du puzzle s'amoncèlent dans un semblant de désordre général. L'auteur prend un malin plaisir à égarer ses lecteurs. Puis peu à peu, les rôles semblent s'inverser entre victimes et bourreaux, les frontières entre le bien et le mal deviennent floues et l'on arrive complétement abasourdis à la vérité finale qui laisse pantois. On a l'impression de se trouver face à La machine infernale de Cocteau, machine à broyer l'espoir et les destinées humaines. À ce propos, Jonquet est un véritable virtuose quand il s'agit d'explorer l'âme humaine et ses motivations. Ses personnages sont ciselés avec précision et concision, pas de lenteur ou de superflu dans un récit efficace et carré.

Difficile d'en dire plus sans trahir le scénario mais sachez que je ne me suis à aucun moment douté de la nature réelle des rapports qu'entretiennent les personnages principaux et que la révélation finale est littéralement estomaquante. Beaucoup de suspens et d'angoisse pour une lecture addictive et angoissante à souhait. Un grand livre à lire d'urgence !

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mercredi 4 janvier 2012

"Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" de Mathias Malzieu

malzieuxL'histoire: Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi? Qu'est-ce qui se passe pour toi là? Du rien? Du vide? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort?

Mathias, une trentaine d'années mais une âme d'enfant, vient de perdre sa mère. Sans le géant qu'il rencontre sur le parking de l'hôpital, que serait-il devenu? Giant Jack, 4,50m, "docteur en ombrologie", soigne les gens atteints de deuil. Il donne à son protégé une ombre, des livres, la capacité de vivre encore et de rêver malgré la douleur... Il le fera grandir.

La critique de Mr K: C'est mon troisième ouvrage du chanteur de Dionysos et c'est un troisième délice qui s'est ouvert à moi. Un pur moment de bonheur de lecteur malgré un sujet grave et douloureux: le deuil d'un parent, ici la mère du héros. Le livre s'attache à suivre le parcours mental de ce fils endeuillé entre réalisme du ressenti et envolées lyriques et fantastiques à la Burton. Un sacré programme qui ne déçoit pas!

Tout un pan de cette œuvre suit une progression classique des étapes qui ponctuent la mort d'une personne dans une famille: le choc de l'annonce et l'incrédulité qui en résulte, les choix terribles que l'on doit faire en ce qui concerne la cérémonie et qui rappellent de façon cruelle la disparition de l'être aimé, la cérémonie en elle-même et les sentiments confus que l'on peut ressentir à cette occasion et enfin, la vie sans l'autre, difficile à appréhender et peuplée de souffrance au départ. Mathias Malzieu fait montre de beaucoup de pudeur et de sensibilité alors même qu'il est ici question de lui face à la disparition de sa mère. L'émotion est palpable à chaque mot, ligne ou phrase et c'est autant de fleurs littéraires que l'on cueille petit à petit.

Pour transcender son sujet et montrer l'évolution de ce jeune homme encore enfantin, l'auteur fait appel à un personnage fantastique: un bon gros géant (comme dirait Roald Dahl) qui va l'aider à traverser cette pénible épreuve de la vie à laquelle on sera tous un jour confronté. Malzieu décolle littéralement de la réalité pour nous emporter dans son univers si onirique et si attachant que l'on retrouve dans chacun de ses livres. Loin d'amoindrir l'intensité de la douleur, il la transforme, la "divinise", la rend universelle et poétique, un peu à la manière des thématiques sombres développées chez Burton. C'est ainsi qu'on accompagne le héros dans le pays des morts où les fantômes mange du brouillard, où l'on peut "capter" leurs cris dans une machine appelée le sanglophone et d'où peu de vivants ont pu repartir.

Difficile d'en dire plus sans trahir ou spoiler, sachez simplement que la langue de Mathias Malzieu est toujours aussi enchanteresse et nous emporte loin du quotidien. C'est un merveilleux voyage dans l'intime auquel nous sommes ici conviés, un périple certes douloureux mais ô combien instructif et décalé tant la forme ici proposée est étrange. Très court (150 pages) mais suffisant, voici une lecture qui ne se refuse pas! Avis aux amateurs!

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog:
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel

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lundi 26 décembre 2011

"Le monde enfin" de Jean Pierre Andrevon

andrevonlmeL'histoire: Un vieil homme à cheval parcourt la France, vidée de ses habitants comme la totalité de la planète, à la suite d'une pandémie foudroyante quarante-cinq ans plus tôt. En chemin, il traverse des villes envahies par la végétation et peuplées par des animaux sauvages, ainsi que quelques communautés de survivants octogénaires. Au crépuscule de savie, égrenant ses souvenirs, il veut une dernière fois voir la mer.

Dans ce monde désert, quelques destins se croisent: une femme cherche désespérement à mettre un enfant au monde, l'équipage de la première expédition avortée vers une autre étoile atterrit en catastrophe. Mais l'existence de ces survivants n'est peut-être pas due au hasard: quel est ce météore bleu vif que les rescapés aperçoivent parfois dans le ciel? Un espoir venu d'ailleurs ou le dernier signe de l'apocalypse?

La critique de Mr K: La fin de l'espèce humaine! En voila une accroche! Quand j'ai vu ce volume chez l'abbé, il ne m'a pas fallu longtemps pour jeter mon dévolu dessus. Quand en plus, je me suis rendu compte qu'il avait été écrit par l'auteur de Gandahar, je me suis dit banco! Ben... je me suis trompé!

Ce livre raconte la destinée de quelques survivants suite à la disparition massive des hommes à cause d'un virus foudroyant qui par contre a épargné toutes les autres formes de vie tant végétales qu'animales. La Nature a donc repris ses droits et l'on retrouve dans cet ouvrage un souffle épique teinté de misanthropie extrême qui n'est pas pour me déplaire. Cet aspect est ici bien traité et l'auteur tout au long des 634 pages se plait à nous décrire avec une multitude de détails à la manière des naturalistes du XIXème siècle la reconquête de la flore et les rites de la faune, nouveaux souverains de la planète Terre.

C'est justement au niveau du parti pris d'écriture que le bas blesse... Il ne se passe pas grand chose durant ces 634 pages! Ca fait une somme de descriptions assomantes et pas forcément très utiles. Au bout de 100 pages, l'ennui commence à pointer son nez mais on se prend à rêver qu'il s'agit pour Andrevon de bien planter le décor... Que nenni! La ligne directrice ne change pas d'un iota jusqu'à la dernière ligne pour arriver à une conclusion mille fois lue et pour moi pas assez ambitieuse et réaliste. L'auteur laisse entrevoir un vague espoir pour la race humaine alors que depuis le début il nous décrit un apocalypse irréversible... De qui se moque-t-on?

Bref, voilà une lecture fort dispensable! J'ai décroché pas mal de fois mais j'ai persisté par égard envers l'auteur, personnage haut en couleur que j'apprécie humainement. Pas sûr du tout par contre que je replonge un jour dans sa littérature...

Jean Pierre Andrevon déjà chroniqué ici même:
- Un horizon de cendres
- Tout à la main

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vendredi 23 décembre 2011

"Cul-de-sac" de Douglas Kennedy

culdesacL'histoire: Cul-de-sac est le récit d'un voyage au paradis des grands espaces australiens qui vire au cauchemar éveillé. Nick, héros bien malgré lui de ce thriller féroce, n'avait rien contre ce pays avant d'écraser un kangourou par une nuit sans lune. Sa rencontre avec la jeune et robuste Angie va le mener en plein coeur du bush. Au milieu de nulle part. Au sein d'un clan d'allumés coupés du monde, sans aucune route pour quitter ce traquenard. Nick, désormais n'aura qu'une seule obsession : comprendre ce qu'il fait là et sauver sa peau. Fuir alors que toute la communauté le surveille.

La critique Nelfesque: "Cul-de-sac", aussi connu sous le nom "Piège nuptial", est un bon petit roman noir qui tient le lecteur en haleine. Certes il ne révolutionne pas le genre et peut même s'avérer redondant et peu original pour les amateurs de films d'horreur (dont je fais partie) mais j'ai tout de même été séduite par cette oeuvre qui a le mérite d'être accrocheuse.

Dès les premières phrases, l'aspect familier de l'écriture de Douglas Kennedy permet au lecteur de "sympathiser" avec Nick, le personnage principal. J'ai tout de suite aimé ce personnage naturel, aware et peacefull. Nick est américain et débarque en Australie pour visiter le pays sans stress ni contrainte. A partir de là on embarque avec lui dans son trip au coeur de bush, les kilomètres défilent, ses rencontres sont nos rencontres... L'auteur décrit à merveille les ambiances et paysages australiens et les pages défilent.

Puis vient le moment où Nick se fait avoir "comme un bleu" et entre dans la plus grosse galère de sa vie. A partir de là, comme je le disais précédemment, l'originalité n'est pas la vertue principale du roman mais encore une fois Douglas Kennedy nous dépeint tellement bien une galerie de personnages dégénérés que le plaisir est au rendez-vous. Il y a du "La colline à des yeux" dans ce roman! Une communauté vivant en autarcie au coeur du bush va "accueillir" d'une drôle de façon notre héros et on est bien content de n'être que les lecteurs de cette histoire parce qu'une chose est sûre c'est qu'il est mal barré!

L'écriture est punchy et accrocheuse, les personnages sont forts bien présentés, l'ambiance malsaine est au rendez-vous. Alors ok, à la maison on voit ce genre de film (pratiquement) tous les jours mais en littérature c'est une chose plus rare. Je ne me suis pas ennuyée, c'est bien tout ce que j'attendais de ce roman. Il a rempli son contrat!

La critique de Mr K: Voici un petit livre qui se lit en un rien de temps, sans difficulté mais qui contrairement à ce que proclame la quatrième de couverture ne révolutionne aucunement le genre du roman noir. A croire que les critiques et lecteurs cités n'ont jamais rien lu d'autre ou n'ont jamais vu un seul film d'horreur où une personne ou un groupe se retrouve seul face à des dégénérés pervers et cruels (La Colline à des yeux, Wolfcreek, série des Détours mortels et tant d'autres....).

Pour autant, il ne faut pas démolir intégralement ce premier livre de Douglas Kennedy car dans le genre, Cul-de-sac se révèle fort bien écrit et efficace. On suit les traces de Nick un héros peu sympathique (ca change et j'ai bien apprécié le garçon) qui décide de partir découvrir l'Australie sauvage. Très vite, il va se retrouver nez-à-nez avec des australiens peu amènes (c'est le moins que l'on puisse dire) et prisonnier d'une communauté étrange vivant en vase clos.

Kennedy et son écriture évoque avec force justesse le gigantisme et la beauté des paysages de l'Australie profonde. On s'y croirait vraiment d'où une empathie très forte pour le personnage principal. Quand les ennuis arrivent, on commence réellement à frémir et il est impossible de reposer le livre avant la dernière page. L'auteur a en plus choisi une focalisation interne ce qui nous met instinctivement à la place du narrateur-héros et nous immerge dans un cauchemar que l'on ne souhaiterait jamais vivre.

Mais voilà... comme évoqué plus haut, il n'y a aucune once d'originalité dans ce livre. A part le héros, tous les personnages sont des clichés ambulants vus et revus dans les productions horrifiques de ces trente dernières années et comme nous en sommes friands à la maison, j'ai suivi l'histoire avec un certain plaisir mais sans jamais réellement être surpris et la fin est loin d'être extraordinaire. Je m'attendais à un dénouement atroce, bien sombre... sans vouloir spoiler, on est bien dans un esprit ricain bien propre sur lui.

Une semi-déception dans la mesure où je ne m'attendais pas à la 8ème merveille du monde littéraire mais je n'arrive toujours pas à comprendre tout le ramdam que ce livre a pu provoquer autour de lui. Ca a fait pshiiit en quelque sorte!

thrillerCette lecture entre dans le cadre du baby-challenge thriller 2011 auquel Nelfe participe.

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mardi 20 décembre 2011

"Los Angeles river" de Michael Connelly

losangelesrivermcL'histoire: Sur la demande de la veuve de Terry McCaleb, l'ex-inspecteur du LAPD Harry Bosch accepte de remettre de l'ordre dans les papiers du défunt. Rendu méfiant par les révélations d'un associé de McCaleb, il enquête et comprend qu'il y a eu meurtre. Encore faut-il le prouver et retrouver un assassin qui a laissé des traces si évidentes qu'on a l'impression qu'il a envie de se faire prendre...

Pendant ce temps-là, l'agent du FBI Rachel Walling reçoit, elle, l'appel qu'elle redoutait depuis des années: le tueur le plus cruel et retors qu'il lui ait jamais été donné de traquer, à savoir... le Poète, est de retour.

La critique de Mr K: Encore un grand moment de lecture en compagnie d'Harry Bosch et de Connelly. Décidément, je les collectionne! Rajoutez à cela trois personnages fétiches de l'œuvre du maître: le Poète alias Bacchus ex du FBI devenu tueur sanguinaire, Terry McCaleb un des transplantés cardiaques des plus célèbres de la planète littéraire et Rachel Walling enquêtrice du FBI ici en disgrâce et vous obtenez un casting d'anthologie mêlé à une intrigue maline à souhait comme sait si bien les concocter Connelly.

Tout débute par deux enquêtes croisées. Harry Bosch est appelé par la veuve de McCaleb (un bon ami à lui déjà vu notamment dans Créance de sang) mort à priori d'une banale crise cardiaque. Dans le même laps de temps, le FBI est sur les dents car il semblerait que le Poète ait refait surface. Très vite, on se rend compte que ces deux investigations vont se rejoindre pour n'en former qu'une! Cependant la suite n'est pas de tout repos et l'écrivain ne nous épargne pas tant les fausses pistes et les rebondissements sont nombreux.

On retrouve dans cet opus toutes les qualités de Connelly et même un petit peu plus! Le style fluide et accessible est bel et bien toujours là et il fait toujours merveille dans les phases descriptives de lieux ou des phases d'actions très réalistes, ne cédant jamais aux sirènes de la surenchère. Ce qui est nouveau, c'est que pour la première fois, Connelly adopte la focalisation interne quand il suit Harry. C'est véritablement révolutionnaire pour tout fan de cet inspecteur hautement attachant. Nous sommes littéralement immergés dans sa psyché et son système de déduction. On ne peut que s'émouvoir lors de ses entrevues avec sa petite fille et ses avancées dans l'enquête gagnent en force et en impact auprès du lecteur.

Autre nouveauté et ici des plus délectables: les mises en abimes présentes dans le récit pendant tout cet ouvrage. Los Angeles river peut être considéré comme la suite de deux ouvrages précédents de Connelly Créance de sang et Le Poète. Or, le premier a été adapté au cinéma avec Clint Eastwood, il y a déjà quelques temps (l'adaptation ne m'a pas plu car fort éloignée de la matrice originelle). C'est ainsi que dans le présent ouvrage, on apprend avec un sourire au coin des lèvres que le grand Clint a assisté à l'enterrement de McCaleb en hommage au personnage qui a interprété au cinéma, une pure jouissance intellectuelle pour l'authentique fan que je suis. A un autre moment, Harry discute avec l'ex associé et ami de McCaleb, Buddy, qui lui fait part de sa colère lorsqu'il a vu son personnage sur grand écran qu'il a trouvé caricatural et avilissant. Autant de mélanges entre réalité et fiction qui font gagner en cohérence et en lien l'univers de Connelly.

Une fois de plus, j'ai été bluffé par ma vitesse de lecture, Connelly est vraiment un as. Le récit coule naturellement, accroche à chaque fin de chapitre et le dénouement ne déçoit pas. Sans doute un des meilleurs de la série.

Autres romans de Connelly chroniqués sur le blog:
Les Egouts de Los Angeles
La Glace noire
La Blonde en béton
Le Dernier coyote
L'Oiseau des ténèbres
Wonderland avenue
Echo park
A genoux
Créance de sang
Le Poète
L'Envol des anges

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