vendredi 16 mars 2012

"Le Montespan" de Jean Teulé

jean-teule-le-montespanL'histoire : Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan...

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...

La critique de Mr K : Retour aujourd'hui à un auteur que j'affectionne tout particulièrement et dont le présent ouvrage m'a été prêté par mon paternel. J'en avais entendu beaucoup de bien et ce n'est pas moi qui dirait le contraire: il m'a pas fallu longtemps pour le dévorer et l'apprécier. Impossible de se détacher des mots de Teulé tant ils frappent et marquent le lecteur.

À mes yeux, ce livre est avant tout une magnifique histoire d'amour. J'ai été transporté par la passion déchirante qui emporte le marquis. Romantique à souhait, ce personnage court constamment après l'absolu et la perfection, il a trouvé auprès d'Athénaïs (alias LA montespan) une alter-égo, la moitié qui lui manquait et chaque jour qui se lève est pour eux un renouveau mais aussi un renforcement de leurs liens. Ils ne roulent pas vraiment sur l'or (Montespan est plutôt ce qu'on appelle un hobereau -noble campagnard de moindre importance-) mais ils vivent d'amour et d'eau fraîche si je puis dire... Mon côté fleur bleue (si si !) a hautement apprécié les élans d'affection et les rapports entre les deux amoureux. On veut croire en leur histoire malgré le résumé de la quatrième de couverture...

Et puis patatra! Voulant améliorer l'ordinaire du couple vu les échecs successifs de son mari dans ses tentatives d'accéder au cercle des intimes de Sa Majesté par les voies de la guerre, la marquise se fait introduire à la cour du roi de France. Cela donne lieu à des pages que l'on dirait toutes droites sorties du script du film "Ridicule". Monde de l'apparence, des mensonges et des belles paroles, l'innocence n'y a pas sa place au milieu des calculs et des aspirations de chacun. La monstespan va s'y perdre et son mari va rentrer littéralement en guerre contre le monarque absolu. Cela donne lieu à des épisodes truculents, débridés voir dramatiques. Fou d'amour pour sa femme, il ne peut s'imaginer la partager avec quiconque même avec le représentant de Dieu sur terre (alias Louis XIV RTC -Roi Très Chrétien-). On sourit toujours mais on sent la trame du drame se refermer sur les protagonistes et c'est toujours à travers les yeux du cocu qu'on suit l'histoire. On oscille constamment entre le ton pathétique et le ton quasiment épique, on sourit, on s'attriste... Teulé ne nous épargne pas.

On retrouve le style inimitable de cet auteur, un souffle évocateur rare qui m'a guidé tout au long de cette lecture passionnante. Personnages charismatiques, sens aigu du récit et détails crus font de cette expérience, une de celles dont on se souvient longtemps après l'avoir vécue. Sans doute un des meilleurs ouvrages de l'auteur.

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez

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mardi 13 mars 2012

"Frères de sang" de Richard Price

freresdesangL'histoire: Le Bronx, dans les années 1970. A bientôt dix-huit ans, il est temps pour Stony de choisir son chemin. Tout le pousse à suivre les pas de son père, et à devenir électricien? Une perspective qui ne l'enchante guère. Mais entre une petite amie volage, un jeune frère anorexique qu'il essaie de protéger de leur mère et une famille envahissante, Stony n'a pas le temps de penser à son avenir. Pourtant, lorsqu'il trouve un emploi dans un hôpital, il se prend à rêver d'une autre vie que celle à laquelle la tradition familiale le destine. Mais pourra-t-il échapper à ses origines?

La critique Nelfesque: Avec "Frères de sang", j'ai pris une bien belle claque. Ames sensibles d'abstenir! Entre déterminisme social, famille de cas soc' et amour fraternel, on suit la vie de toute la tribu De Coco: Chubby et Tommy, respectivement l'oncle et le père de Stony, deux queutards sans vergogne qui partagent leur temps entre les chantiers où ils sont électriciens et le bar du coin où ils séduisent des filles faciles; Marie, sa mère, égoïste et violente avec son petit frère Albert, 8 ans et anorexique; Phillis, sa tante décérébrée... et Butler, son meilleur ami.

Ce roman est violent de par les mots qu'il emploie et les idées qu'il véhicule. Richard Price, afin de pousser jusqu'à son paroxysme la violence quotidienne de cette famille, utilise des mots crus, des mots vulgaires qui peuvent choquer le lecteur à la première approche mais qui se trouvent être appropriés au climat de son roman. Les scènes de sexe et de violence physique sont explicites et ne ménagent pas le lecteur. Ici, on appelle un chat un chat...

Cette écriture crée une ambiance particulière et dès le départ, on sait que quelque chose d'irréversible va avoir lieu. De la première à la dernière ligne, on appréhende ce moment tout en sachant qu'il est inévitable. On ne sait pas encore de quoi il en retournera et l'espoir peut poindre par moment mais on est comme résigné, à l'image des personnages. En vrai roman noir, la lecture se fait sous une chape de plomb et on vit avec Stony les moindres évènements de sa vie avec fatalisme.

Loin d'être manichéen, ce roman ne se contente pas de présenter le combat de Stony pour mener sa propre vie face à une famille bornée qui veut faire de lui un électricien comme le père et l'oncle et à un milieu social populaire dans tout ce qu'il a de plus veul (alcoolisme, violence physique et morale, populisme, racisme...) qui ne l'aide pas à atteindre son rêve: travailler avec des enfants. Plus que cela, il brosse, à travers la famille De Coco, le portrait d'une société qui place l'argent, la sécurité de l'emploi et la chaleur de la routine avant les aspirations personnelles et les rêves d'idéaux. En cassant les espoirs de Stony, c'est leurs vies qu'ils créditent, leurs propres démons, leurs rêves brisés... On rentre alors en détail dans la destinée de chaque personnage et certains paraissant vraiment abjectes au premier regard deviennent humain. On comprend ainsi (sans excuser) pourquoi Marie s'acharne sur Albert même si cette relation est vraiment très difficile à lire. La scène du riz est à la limite du soutenable (vous comprendrez quand vous l'aurez lu). J'en avais les larmes aux yeux, chose très rare lors de mes lectures...

Au final, "Frères de sang" est un roman dur, au langage cru et aux destinées tragiques. Un très beau roman noir qui laisse un drôle de goût dans la bouche tant on s'attache aux personnages et qui laisse le lecteur pantois et triste. Un roman poignant.

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lundi 12 mars 2012

"1Q84: Livre III, Octobre - Décembre" d'Haruki Murakami

1Q84-3L'histoire: Ils ne le savaient pas alors, mais c'était là l'unique lieu parfait en ce monde. Un lieu totalement isolé et le seul pourtant à n'être pas aux couleurs de la solitude.

Le Livre 3 fait entendre une nouvelle voix, celle d'Ushikawa.

Et pose d'autres questions: quel est ce père qui sans cesse revient frapper à notre porte? La réalité est-elle jamais véritable? Et le temps, cette illusion, à jamais perdu?

Sous les deux lunes de 1Q84, Aomamé et tengo ne sont plus seuls...

La critique de Mr K: Acheté quasiment à sa sortie, on peut dire que je l'ai attendu celui-là! Suite aux lectures hautement addictives des deux premiers volets, les mois ont semblé bien long en attendant de connaître la fin de parcours d'Aomamé et Tengo. Le risque majeur dans ce cas de figure est la déception face aux attentes suscitées. Il m'a fallu quelques jours pour dévorer ce Livre 3 et clairement... c'est une réussite totale, une joie sans pareille, de voir un cycle se terminer de cette façon! Franchement, la trilogie 1Q84 est un chef d'œuvre qui gagne directement mon top 10!

Ce troisième tome se situe dans la lignée du précédent: très intimiste, on colle au plus près des protagonistes, suivant leurs gestes quotidiens, leurs doutes et leurs espoirs. Petite nuance et non des moindres, l'ajout d'un point de vue supplémentaire, celui de d'Ushikawa (privé déjà croisé dans les tomes précédents). Le volume 3 fonctionne donc sur un rythme ternaire, on passe du privé, à Aomamé, à Tengo puis on revient à Ushikawa et ainsi de suite. Le Livre 2 nous laissait avec nombre de questions, le Livre 3 y répond avec soin et délicatesse à l'image du style de l'auteur. Tengo et Aomamé vont-ils se retrouver? Où finiront-ils: dans notre réalité ou le monde de 1Q84? Aomamé va-t-elle suivre les indications du leader de la secte avant sa mort? Sans compter tout le reste: les little people, Fukaëri, Tamaru, la vieille dame et consorts...

Tout a sa réponse si on sait attendre et être patient. Loin de la tension sous-jacente à la fin du volume 2, on reprend la série dans un rythme très lent qui pourrait en exaspérer certains. Pour ma part, j'ai trouvé cela idéal pour replonger dans l'univers à la fois poétique et mystérieux que Murakami nous a concocté. Les détails qui de prime abord apparaissent comme sans importance s'amoncèlent, se croisent, se complètent mutuellement pour arriver à la fin que je souhaitais de tout mon cœur. On suit avec émerveillement et impatience cette histoire d'amour platonique qui au fur et à mesure monte crescendo. On peste et on tourne les pages en espérant l'impensable... et finalement, c'est la révélation, la rencontre et le voyage final. Franchement, j'en pleurais presque de joie sous ma couette... Plus romantique tu meurs! Attention, on n'est pas ici dans du soap ou du ringard, ici c'est la passion et la pureté qui l'emporte mais de façon tellement naturelle et innée qu'on ne peut qu'être conquis! Pour peu, je me transformerais en midinette!

Les personnages sont toujours aussi bien cernés, leurs motivations et réactions disséquées entre justesse et onirisme larvé à chaque détour de phrase. Le style de l'auteur fait ici encore merveille et il est difficile de lâcher son livre tant on est emporté par cette œuvre. Vive le bovarisme! Le retour au monde réel est parfois difficile quand on on se sent si bien dans un livre! Je crois que je vais vraiment mettre du temps à me remettre de cette lecture à la fois exaltante et pure: un pur bonheur que l'on a envie de partager et repartager tant il irradie longtemps après la lecture. Une œuvre puissante et essentielle!

Les Livres précédents déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"

mercredi 7 mars 2012

"Les Piliers de la Terre" de Ken Follett - ADD-ON Nelfesque

les piliersMr K a déjà lu et chroniqué ce roman le 25/08/10. Je viens de le terminer et de le chroniquer à mon tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de mon avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique Nelfesque à la suite de celle de Mr K.

Nous procédons ainsi pour les romans déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lu à nouveau par l'un de nous.

Pour "Les Piliers de la Terre", ça se passe par là.

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mardi 6 mars 2012

"Instinct" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

instinctL’histoire: Et s’il suffisait de 25 tueurs pour plonger la France dans le chaos? Une meute sans visage dressée par un pervers de génie pour frapper leurs cibles avec une perfection terrifiante…

Et s’il suffisait d’un seul homme? Pour que nous nous mettions tous à douter…

Je,
Tu,
Nous,
Sommes la meute.
Seule la meute compte,
Tout ce qui n’est pas nous doit ignorer notre existence,
Tout ce qui s’oppose à nous doit être éliminé, par tous les moyens.
Jusqu’à ce que notre destin s’accomplisse.
Et que le Maître vienne.
Nous sommes la meute,
Nous,
Tu,
Je.

La critique de Mr K: Dernier élément de la trilogie des Voies de l’ombre, Instinct est aussi à mes yeux le moins réussi du lot. Pour autant, il ne m’a fallu que trois jours pour le dévorer et l’intérêt a toujours été là. Malheureusement certaines scories ont entaché ma lecture et m’ont quelques peu déçu.

L’action débute treize mois après la fin de Stigmate. Kurtz encore vivant (il est tenace le bougre!) est prisonnier de geôliers inconnus sur une terre glaciaire. Pendant la moitié du livre, on suit ses difficultés pour comprendre où il est et pourquoi. On suit aussi ses errances spirituelles et notamment le doute qui s’installe peu à peu dans son esprit malade mais néanmoins perfectionniste. C’est un nouveau Kurtz que l’on découvre et même s’il n’est pas touchant (c’est une des plus belles ordures jamais créée en littérature), le lecteur l’aborde autrement et du coup les écrivains évitent ainsi tout sentiment de lassitude. En parallèle, on suit le destin d’une jeune fille à priori amnésique qui se réveille dans une chambre d’hôpital en Allemagne, entourée d’inconnus. Elle s’enfuit, réchappe de deux tentatives d’assassinat et rentre par ses propres moyens sur Paris. Peu à peu, plane autour de sa personne un mystère diffus, un sentiment de fausseté qui sera révélé dans la deuxième partie du texte.

Puis on change de dimension avec l’irruption des forces de l’ordre et notamment de l’ex commissaire Eliah Daza. Le grand œuvre de Kurtz se met en place et les tenants et aboutissants se font plus clairs. Les pièces se mettent en place et la menace se précise. Inutile de vous dire que le suspens bat son plein jusqu’au final, le tout orchestré sous forme de chapitres très courts de six pages maximum passant de protagonistes en protagonistes en nous laissant sur la touche! C’est remarquablement bien construit et à aucun moment l’ennui ne s’installe. À noter que les auteurs ont glissé à la fin du récit des facs-similés des carnets intimes rédigés par Kurtz afin de justifier certains de ces actes et lever le voile sur certaines ellipses du récit.

Mais voila… nul n’est parfait et j’ai trouvé cet ouvrage un ton en dessous des précédents. La faute essentiellement à nombre d’invraisemblances qui parsèment ce volume, des événements qui ne collent pas, que les auteurs ont rajouté pour augmenter la dose de terreur mais qui au final alourdissent et font perdre en crédibilité au récit. Du coup, on y croit moins contrairement aux deux premiers tomes excellents en terme de réalisme et de cohérence. De plus, les auteurs se répètent, ressassent et semblent parfois faire du surplace (les états d’âme des personnages c’est bien... mais faut pas pousser!). Enfin des expressions reviennent régulièrement et traduisent de façon très visible la médiocrité littéraire de l’ensemble déjà remarquée dans le volume 1 Predation (l'expression "le cœur au bord des lèvres" revient 8 fois en 500 pages).

Avis mitigé donc pour Instinct. Je ne vais pas pour autant bouder mon plaisir face à une trilogie vraiment prenante qui, même si elle ne se termine pas dans l’apothéose désirée, est réussie et a le mérite de tenir en haleine ses lecteurs.


mercredi 29 février 2012

"Stigmate" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

stigmateL'histoire: Quand les victimes d'un monstre fascinant et obscène se lancent sur les traces du prédateur qui a dévasté leur vie, elles ignorent qu'elles n'auront pour seules issues que la fuite, la mort ou... les voies de l'ombre.

J'ai de l'amour pour mes chiens d'attaque. Certains il a fallu les tabasser, d'autres pas. Il n'y a pas de règles. C'est ça l'extraordinaire chimie de la nature humaine. C'est passionnant. Approche-toi, ami voyeur. Et n'aie pas honte de ton vice. Viens pénétrer le monde d'un artiste du crime. Il est temps que je me présente et que j'offre ma réflexion à la multitude.

Kurtz

La critique de Mr K: Dans l'enthousiasme de ma lecture du premier volume, Prédation, voici aujourd'hui mon compte-rendu sur le suivant: Stigmate. Je n'ai pas pu résister très longtemps vu le suspens dans lequel nous avaient laissé les auteurs. L'histoire reprend quelques semaines après les derniers faits relatés dans Predation. Rufus a disparu ainsi que Kurtz et les prisonniers-esclaves de l'odieux tortionnaires sont libres... du moins physiquement! Car ça tourne à plein régime dans leurs cerveaux désormais malade: la vengeance comme l'état qui anime Michèle veuve inconsolable naviguant à vue dans sa solitude, le pardon comme Thomas a su le donner à son geôlier, la désorientation la plus totale pour Andréas qui ne se contrôle plus et a peur pour sa fille Clara... Au delà de leur emprisonnement, Kurtz joue encore avec leurs vies et croyez moi ce n'est pas fini!

Dans la digne lignée du premier, on retrouve tous les points forts du premier opus. Un sens millimétré du suspens tout d'abord, avec des chapitres courts qui laissent pantelant le lecteur et l'oblige à poursuivre sa lecture jusqu'à parfois très très tard... C'est avec un plaisir non dissimulé que l'on retrouve des personnages connus dans la suite de leur cauchemar. Loin de calmer le jeu, les auteurs le complexifient en donnant notamment davantage la parole au génie du mal. Ainsi un chapitre sur trois / quatre en moyenne est consacré à l'exposition d'une partie du manuscrit de Kurtz: Les voies de l'ombre. Il faut s'accrocher car il s'agit d'un ramassis d'horreurs sur la nature supposée soumise de l'homme et autres bêtises du même acabit. Là où c'est prenant, c'est qu'on a vraiment l'impression de pénétrer dans l'esprit dérangé d'un fou sanguinaire. En parallèle, on voit les applications de ces paroles en suivant les différentes victimes qu'il a semé en route et qui ont survécu.

Avec ce deuxième opus, on fait un pas de plus vers l'horreur. Moins concentré sur les sévices, il est davantage question vous l'avez compris d'explorer les fêlures des êtres humains avilis par un monstre. Ce dernier, manipulateur hors-norme, tient toujours les ficelles et joue habilement pour arriver à son grand projet. Et oui! Jusqu'à maintenant tout n'était qu'entraînement et préparation, vers la fin du présent volume, s'esquisse un objectif bien plus important qui sera exploré dans la troisième partie de ce cycle. Pour certains personnages, Stigmate est une véritable traversée des Enfers mêlant haine, désir de meurtre, alcoolisme, camisole chimique et autres dérivatifs de la réalité... N'espérez aucune pitié des auteurs à votre endroit, des personnages que vous adorez vont encore s'en prendre plein la figure voir disparaître à jamais... ces deux écrivains sont diaboliques!

Une bien bonne lecture donc! Même si l'écriture reste moyenne (mais on s'y fait à la longue), l'envie d'en lire plus l'emporte largement et il est vraiment très difficile de se détacher de l'histoire. D'ailleurs, il faut que je vous laisse car le volume 3 Instinct m'attend! À découvrir!

lundi 27 février 2012

"Les Ecriveurs: tome 1 - La Cité lumineuse" de Frédéric Mars

ecriveursL'histoire: "Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi ce cadeau ou cette place d'honneur qui vous semblaient destinés ont atterri dans les mains d'un autre que vous? Pourquoi des obstacles de dernière minute se dressaient sur votre route alors que rien ne semblait s'opposer à votre succès? Pourquoi le bus que vous deviez prendre partait sans vous à quelques secondes près?
Vous invoquez le sort, la malchance, la fatalité? Vous pensez que c'est comme ça et qu'on n'y peut rien?
Mais bientôt, dans quelques instant, VOUS SAUREZ. Ma vie et la vôtre, que vous le vouliez ou non, sont dorénavant liées à jamais...
Pourquoi ça? Oh, c'est très simple. Ca se résume même en une phrase:
Votre vie, c'est moi qui l'écris!"

La critique Nelfesque: J'ai découvert Frédéric Mars avec "Le Sang du Christ" et transformé l'essai il y a quelques mois avec "Non stop". Cet auteur a décidément de multiples facettes puisqu'avec ce premier tome "La Cité lumineuse", de sa nouvelle saga "Les Ecriveurs", il s'attaque à la littérature jeunesse. Je ne suis pas spécialement adepte de ce genre ci mais comme c'est justement Frédéric Mars qui tient la plume et que j'avais aimé les deux ouvrages pré-cités, j'ai tenté l'expérience.

Je commence par les points positifs ou les points négatifs? Allez, pour faire envie de vais m'attaquer aux bons côtés de ce roman. Si vous ne voulez pas entendre parler de ses défauts, vous pourrez ainsi en rester là.

Points positifs donc: "Les Ecriveurs" est un très bon page turner. Je n'arrêtais pas de râler sur ce roman et finalement je l'ai lu très rapidement. Pour en finir plus vite diront les mauvaises langues? Non pas vraiment. Ok, ce roman est clairement dédié aux jeunes lecteurs (ados et pré-ados) et de ce fait je n'ai pas vraiment été conquise par l'histoire, la trouvant trop lisse, trop propre et trop simple, mais on peut lui accorder le fait que l'écriture est dynamique et le choix de la narratrice et personnage principal, Lara Scott, qui découvre ses "pouvoirs" d'écriveurs et son destin, est judicieux. Cette gamine est fraîche, drôle, elle n'a pas la langue dans sa poche et découvrir ses pensées en même temps que l'histoire est savoureux.

Oui mais voilà... Les points positifs, en ce qui me concerne, s'arrêtent là... Alors que les premiers avis glanés sur la blogosphère font éloge de ce premier tome, j'ai été parasité par des références en matière de littérature jeunesse (une référence en l'occurence (oui mais quelle référence!)) qui m'ont complètement gâché ma lecture. De là à y voir de la pâle copie plutôt que de l'inspiration, il n'y a qu'un pas. Si je vous dis: une jeune fille découvre ses pouvoirs qui jusque là lui étaient inconnus, ça vous rappelle quelque chose? Et si je vous dis qu'elle va se retrouver dans un monde dont tout un chacun ignore l'existence afin de faire ses classes et apprendre à se servir de ses facultés et les apprivoiser ça ne vous dit toujours rien? Le fait que son stylo avec lequel elle doit écrire ses ordres pour contrôler ses "Ecrits" soit fabriqué par un artisan unique et qu'il doit être essayé par l'Ecriveur afin de voir si il lui correspond réellement car chaque Ecriveurs à son stylo propre... Toujours rien? Vous n'y mettriez pas un peu de mauvaise foi là!? Bon alors j'en rajoute une couche en vous parlant d'un sport complètement inventé par l'auteur, sport dont les habitants sont friands et dont on nous détaille les règles, les matchs et les joueurs pendant des pages et des pages. Et enfin, clou du spectacle, figurez-vous que Lara a perdu sa maman très jeune, celle ci ayant un ennemi qui maintenant va devenir celui de sa fille... et qui la cherche partout... lui tend des pièges... Ca sent la confrontation avec Voldemort ça! Oups, miiiiince, j'ai dit le nom... Bon ben voilà c'est dit, c'est bien à la saga "Harry Potter" que j'ai pensé pendant toute ma lecture. Vous conviendrez que c'est balot tout de même... Surtout quand on sait que cette dernière est une putain de tuerie (désolée d'être vulgaire) et qu'elle ne pourra pas être égalée sur son terrain...

Au final, j'ai aimé le style d'écriture de ce roman mais les détails précédents m'ont tellement mise en colère que j'ai même fini par croire que c'était une blague. J'espère que la suite présentera une réelle originalité et ne se contentera pas d'être Harry version SF au pays des illuminés. En ce qui me concerne je m'arrêterai là. Dommage, ça aurait pu être pas mal...

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vendredi 24 février 2012

"Predation" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

pred'L'histoire: Un cadavre dénudé est découvert dans une friche industrielle, la main droite est déchiquetée. Un homme se tire une balle en pleine tête, dans un centre commercial bondé. Un jeune père, dressé comme un chien, est tourmenté sans relâche au fond d'un cachot sans porte ni fenêtre. 

Aucune piste, aucun lien, aucun mobile... Qui sont ces hommes? Pourquoi ont-ils été choisis? Pour quelle mise à mort aberrante?

La critique de Mr K: Predation est le premier volume de la trilogie Les voies de l'ombre (du moins à ce jour!). C'est une série de romans mettant la police aux prises avec un psychopathe d'une rare perversité et intelligence: Kurtz. Être dégénéré, à l'enfance broyée, amateur des Doors et du film Apocalypse Now, il enlève, rééduque et se débarrasse de ses victimes comme il l'entend suivant un plan machiavélique, millimétré et implacable. Depuis le personnage d'Hannibal dans les œuvres de Thomas Harris, je n'avais pas rencontré un tel "génie du mal". Âmes sensibles s'abstenir car la descente est rude et toute trace de raison disparaît au profit de la folie la plus pure et la plus sombre! Sachez simplement que Kurtz mène le jeu et qu'il ne connaît aucunement la pitié et la commisération.

Face à Kurtz, on suit les pérégrinations de quelques policiers typiques: le vieil inspecteur à qui on la fait pas en pleine dépression (Rufus), la coéquipière sympathique un peu jeune dans le métier et volontaire (Cécile), le légiste lugubre à souhait et plus étonnant, un commissaire plutôt cool avec ses troupes et facilitant le travail de ses hommes. La tension dans l'équipe d'enquêteur ne vient donc pas des conditions de travail (ce qui est souvent le cas dans ce type de livre) mais plutôt de la prise de conscience de la nature du monstre qu'ils doivent combattre. Insaisissable mais proche à la fois, les indices sont rares et les rares survivants de ses méfaits sont incapables de se remettre de leur épreuve. Ils sont transformés et irrémédiablement différents. La manipulation est de mise et les auteurs s'en donnent à cœur joie pour égarer le lecteur et le faire frémir: pour cela, ils sont très efficaces! Essayez aussi ne pas trop vous attacher aux personnages principaux, vous pourriez être très déçus... les auteurs ne les ménagent pas et attendez-vous à des changements de taille!

Le livre se lit très vite car dès les premières pages on est pris par l'histoire et touché en plein cœur par certains personnages. Pour ma part, j'ai adoré le traitement clinique qu'ont adopté les auteurs pour nous présenter et nous livrer le personnage d'Andréas, la dernière victime de Kurtz qui découvre ses conditions de détention extrêmes et le deal que lui propose son tortionnaire. Les chapitres sont courts et s'enchainent à vitesse grand V! Petit bémol, j'ai trouvé l'écriture très moyenne (pourtant ils se sont mis à deux pour écrire), les auteurs se bornant à faire des phrases simples donnant un effet "liste de course" à certains passages qui auraient gagnés en noirceur en rallongeant les phrases et en densifiant les détails. Mais finalement, on finit par s'habituer et l'ensemble des éléments fournis s'imbriquant de façon parfaite, on ne perd rien à cause de ce défaut.

Après la lecture de ce livre, je voulais enchaîner sur tout autre chose. Malheureusement, la fin ne laisse aucune chance à l'heureux lecteur que je suis d'échapper à l'emprise de Kurtz et consorts. Comme ma mère m'a prêté les tomes 2 et 3, j'ai enchainé directement sur Stigmate, le volume 2 qui d'ors et déjà s'annonce aussi bon que celui-ci, mais vous le saurez bientôt dans une chronique à venir. En attendant, je ne peux que vous conseiller très fortement de tenter l'expérience même si elle s'avère extrême et éprouvante. Un excellent plaisir coupable de plus!

lundi 20 février 2012

"Les voies d'Anubis" de Tim Powers

anuL'histoire: Vraiment, pourquoi Brendan Doyle, jeune professeur californien, aurait-il refusé de faire à Londres cette conférence payée à prix d'or? Comment deviner que l'attend la plus folle et la plus périlleuse des aventures?

Voyez plutôt: à peine arrivé, le voici précipité, par une mystérieuse brèche temporelle, dans les bas-fonds de Londres. De Londres en 1810! Sorciers, sectes et rumeurs de loup-garou... Et, nul doute, quelqu'un cherche à l'enlever sinon à le tuer! 

Au hasard de sa fuite, Doyle régressera jusqu'en 1685 puis sera projeté dans l'Égypte de 1811 où des magiciens vénèrent encore le dieu Anubis. 

Traqué, maintes fois capturé et toujours s'échappant, il cherche à corps perdu la "brèche" du retour. 

Ô douce Californie d'aujourd'hui, où es-tu? 

La critique de Mr K: Voila un livre que je voulais lire depuis longtemps et qui s'est éternisé dans ma PAL. Deux ans tout de même pour une œuvre considérée comme un classique dans le cercle des amateurs de Science-Fiction. Tim Powers est considéré comme un incontournable dans le milieu et malgré son absence de dernière minute à sa séance de dédicace aux Utopiales 2011, je me lançai dans cette histoire de voyage dans le temps, thème classique par excellence mais qui m'a toujours attiré. Mon avis final après une semaine de lecture est mitigé, partagé que je suis entre la densité impressionnante du scénario, les personnages attachants / repoussants à souhait et finalement un livre que je vais oublier assez vite... 

Un des gros points fort de ce livre est le héros: Brendan Doyle. Citoyen lambda par excellence, il est entraîné dans des aventures qui le dépasse et nous sommes plongés avec lui dans d'ahurissants bouleversements de situation et d'étranges rencontres. Malgré un background de SF pure (c'est pas tous les jours qu'on peut revenir dans le passé!), on baigne dans le réalisme pur au niveau du traitement du personnage principal et l'on se dit que dans les mêmes conditions, on aurait fait la même chose. L'empathie fonctionne à plein régime et l'on passe par tous les états car le malheureux subit un nombre incroyable d'épreuves avant la fin du livre! Face à lui, des êtres de cauchemar sortis de l'imagination débridée de l'auteur le pourchassent: le lecteur se retrouve face à une galerie effrayante de sorciers dégénérés, d'êtres hybrides aussi mystérieux qu'étranges (un loup garou changeant de corps en même temps que de victime) et d'armées de gueux sorties des tréfonds de Londres. C'est à leur apparition que l'on lorgne avec les frontières de la fantasy et du fantastique. On tremble à de nombreuses reprises et je dois l'avouer, c'est plutôt rare de ressentir cela en lisant (hormis assez régulièrement dans le genre polar). 

Autre point positif, la façon dont l'auteur a éludé les explications liées aux voyages dans le temps. Il n'aborde jamais de front le problème, se contentant d'évoquer des failles existantes qui auraient été créées par un sorcier dément (mention spéciale au Dr Romany, belle figure du mal dans le livre). En fait, il me semble que Tim Powers privilégie sciemment le côté "aventure" du récit (certains vont jusqu'à parler de roman picaresque) ce qui lui donne un rythme endiablé, un peu comme quand on regarde un bon vieil Indiana Jones. 

Pour autant, comme je vous le disais plus haut, cette œuvre n'est pas impérissable à mes yeux. Je ne ressentais pas un besoin irrépressible de revenir vers ce livre, l'addiction n'est jamais venue! Il y a même eu de grands moments de lassitude et d'ennui, la faute essentiellement à une écriture certes maîtrisée et évocatrice en diable mais que j'ai trouvé sclérosée et trop souvent ampoulée. Du coup, un sentiment de malaise m'a envahi peu à peu: c'est censé être un chef d'oeuvre mais je n'accroche pas! J'ai aussi été rarement surpris et je pouvais quasiment prédire ce qui allait arriver par la suite. Dommage vraiment car à la base tout était réuni pour que cette lecture soit bonne et enrichissante: SF, voyages dans le temps et XIXème siècle littéraire (références nombreuses aux grands poètes anglais dont mon chouchou, Byron). 

Au final, un bilan mi-figue mi-raisin. À chacun de se faire sa propre opinion vu les qualités certaines de ce livre mais aussi quelques défauts qui peuvent se révéler rédhibitoires. À vous de tenter l'expérience!

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lundi 13 février 2012

"Le fond de l'enfer" d'Ian Rankin

rankin

L'histoire: Un junkie retrouvé mort dans un squat d'Édimbourg, juste un cadavre dont le corps a été placé sur le sol selon un étrange rituel. Une jeune fugueuse terrifiée qui pense que son ami a été assassiné.

Mais tout le monde s'en moque. Ce sont les déchets de la société, des drogués et des petits délinquants. Mieux vaut s'intéresser aux nouvelles entreprises en plein essor et aux lotissements flambants neufs qui vont apporter la prospérité à une ville qui se vante déjà de sa "qualité de vie".

Il n'y a guère que l'inspecteur Rebus pour s'en préoccuper, sentir quelque chose de trop malsain, de trop dangereux pour être laissé dans l'ombre... Quelque chose qui n'est peut-être pas sans lien avec le monde merveilleux que promettent promoteurs et publicistes...

la critique de Mr K: J'avais été enchanté par mon premier séjour livresque dans l'univers de l'inspecteur Rébus et d'Ian Rankin: Nom de code: Witch. Puis le temps a passé, les livres se sont accumulés dans ma PAL (ô malédiction du lecteur!) et c'est seulement deux ans et quelques après ce premier contact que je replonge... Mais quelle immersion et quel plaisir!

L'action se déroule à Édimbourg, Écosse. Dès les premières pages, le décor est planté: l'Écosse c'est gris, ça boit, ça se traîne et l'ambiance n'est pas des plus joviales. Au milieu de ce charmant tableau, un cadavre de junkie qui gène pas mal de monde et du beau linge en plus! Flairant l'entourloupe, l'inspecteur Rebus se met en chasse pour essayer d'abord de comprendre le pourquoi de cette overdose instrumentalisée puis trouver les responsables. Tout au long des 300 pages que compte cet ouvrage, on va suivre les errances de cet inspecteur peu commun entre lieux du crime et pubs enfiévrés peuplés d'habitués hauts en couleur.

Aaaah, Rebus! Il est de la race des Adamsberg et des Bosch, un gars meurtris par la vie possédant un haut sens de la justice mais qui aime à se laisser aller quand son âme se teinte de gris. Dans Le Fond de l'Enfer, il s'est fait larguer par sa compagne et ne s'en est jamais vraiment remis. Son chef nouvellement nommé l'indiffère (pour rester poli) et la routine le guette. Sa route va rencontrer celle de Tracy, jeune paumée liée au défunt. Cette boule d'énergie désespérée va lui permettre de se remettre en selle et finalement de se sentir utile. Cet inspecteur est vraiment très attachant car oscillant constamment entre le râleur invétéré, le pygmalion motivant pour ces jeunes troupes (constable in english) et l'être sensible au fond du gouffre.

L'enquête est intense et nous suivons les moindres pistes explorées par Rebus et ses acolytes. Les rebondissements sont nombreux et la fin est implacable à sa manière car même si l'énigme est résolue, la justice n'est pas forcément rendue. On est donc loin du happy end et clairement, on se situe dans le genre du polar bien poisseux où toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire et où les apparences sont trompeuses. Avis aux amateurs de polar et policier, Ian Rankin est vraiment très doué et il serait bien dommage de passer à côté!

Posté par Mr K à 17:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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