mardi 20 novembre 2012

"Home" de Toni Morrison

home

L'histoire: Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

La critique Nelfesque: La quatrième de couverture est pour le moins énigmatique mais le décor  est planté: avec "Home" nous sommes dans l'Amérique des 50's. Je suis aventureuse, je suis dingue, je me lance dans cette lecture comme on se jette dans le vide, l'inconnu droit devant.

Toni Morrison à 80 ans, prix nobel de littérature en 1993, nous livre là son dixième roman. J'avoue mon ignorance sur ce coup là, "Home" fut pour moi la découverte de cet auteur. Son écriture est belle, fluide, visuelle. "Home" est la confession de Frank Money, parcourant les Etats-Unis à une époque où le racisme est une violence ordinaire. Sur sa route de Seattle à Atlanta où il va retrouver sa soeur Cee après son appel à l'aide, il va nous conter ses souvenirs de la guerre de Corée, guerre dont il est revenu traumatisé, mais aussi ses souvenirs d'enfant noir parmi les Blancs.

Les années 50 aux Etats-Unis est une période difficile de l'Histoire pour les hommes de couleurs: les Noirs sont persona non grata aux restaurants, ont des places réservées dans les bus, ne sont pas non plus les bienvenus dans les milieux culturels... En plein maccarthisme, les noirs américains sont rabaissés et les lois raciales font légion. 

C'est dans cette ambiance haineuse que Frank parcourt le pays, son "Negro Motorist Green Book" à la main. Entre noirs la solidarité est de mise et les restaurants et pensions accueillants les gens de couleur sont autant de bonnes adresses qui passent de main en main. Entre angoisses dûes à la guerre et peur pour sa soeur grandement malade, il va braver les difficultés pour l'ultime voyage, celui qu'il fera avec sa petite soeur sur les routes de son enfance.

Sa route sera un exutoire à sa vie passée, un long chemin fait de souffrances et de résignations pour trouver le pardon, celui qu'il doit donner aux hommes blancs et à sa vie pour avancer et se délester de sa rancoeur. Avec sa soeur, il retournera à la source, Lotus, ville où ses parents se sont réfugiés chez ses grands-parents après avoir été chassés du Texas, ville où ils se sont épuisés dans les champs de coton, ville où sa grand-mère désignera Cee comme la cause de tous ses malheurs et lui en fera payer le prix...

Un roman dur qui avait tout pour me plaire mais qui au final me laissera, contre toute attente, distante. Même si l'écriture de Toni Morrison est de qualité, même si les faits relatés sont émouvants, je n'ai pas été touchée. Le roman est court (153 pages) et tout n'est qu'effleuré. Je ne suis pas fan du pathos à outrance mais il y a un tel détachement dans cette oeuvre qu'on survole les faits sans grande émotion. Sans doute trop épuré pour moi.

Je ne suis pas habituée des notes (je déteste cela) mais pour permettre aux organisateurs des Matchs de la Rentrée Littéraire de "compter les points", exceptionnellement et par respect des règles, je me prête au jeu. J'attribue donc à ce roman 8/20.

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lundi 12 novembre 2012

"Toi" de Zoran Drvenkar

ToiL'histoire: Imagine une tempête de neige sur l’autoroute. Un bouchon qui s’étire sur plusieurs kilomètres, aucune visibilité. Un homme sort de sa voiture et en silence assassine méticuleusement, à mains nues, vingt-six personnes dans les véhicules alentours. C’est le début d’une série de meurtres sans mobiles apparents commis par celui que la presse surnomme Le Voyageur.

Imagine maintenant cinq adolescentes. Cinq amies avec leurs espoirs et leurs peurs, leurs envies et leurs problèmes. Cinq jeunes filles que rien ne peut séparer, qui vont être prises au piège d’une situation qui les dépasse. Prises en chasse par un homme à qui tu ne voudrais pas avoir affaire, elles vont se jeter dans une fuite en avant sauvage et désespérée.

Imagine enfin un voyage jusqu’à un hôtel isolé en Norvège où tous ces protagonistes vont se retrouver pour une confrontation à la tension extrême et un dénouement qui te laissera sans voix.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Zoran Drvenkar l'an dernier, lors de la sortie en France de son roman "Sorry" que j'avais adoré. C'est donc tout naturellement que je me suis jetée sur ce nouveau roman, "Toi", sorti en librairie le 8 novembre. Je n'ai pas regardé la quatrième de couverture, j'ai seulement noté la couleur criarde de la couv' et le titre énigmatique.

C'est une fois à la maison que je me suis attachée à découvrir l'histoire de ce roman avec les quelques phrases à l'arrière du livre. "Etrange cette façon de tutoyer le lecteur" me dis-je. Je tords le nez, je n'aime pas trop ça mais ce que j'ignore encore c'est que ce procédé est utilisé durant tout le roman!

Il m'a bien fallut une centaine de pages pour m'habituer à l'écriture de l'auteur et commencer à apprécier ma lecture. Au départ, j'ai été décontenancée par ce tutoiement permanent que j'ai ressenti limite comme une agression, chose sans doute voulue par Zoran Drvenkar. Autant dire donc que c'est efficace! Le "tu" est d'autant plus difficile à cerner qu'à chaque chapitre le sujet diffère. On s'y perd et mieux vaut s'accrocher pour la suite de la lecture.

C'est ce que j'ai fait et j'ai bien fait! Peu à peu, cette deuxième personne du singulier s'éclipse, elle n'apparait plus importante face aux personnages présentés et aux moindres recoins de leurs psychologies explorés. Le lecteur est littéralement dans la tête de chaque personnage de cette histoire et ces derniers n'en deviennent que d'autant plus attachants. On ne sait pas très bien où l'auteur veut nous emmener, les scénettes se suivent sans lien apparent entre elles, les personnages se multiplient et en tant que lecteur, il faut bien l'avouer, on est paumé... Puis peu à peu encore une fois la lumière se fait et "Toi" s'apparente à un énorme puzzle où les indices sont donnés au compte goutte à l'aide de flash back et de visions multiples de la même scène et laisse présager d'un final en apothéose.

"Toi" est un roman qui se mérite, ce n'est pas une lecture aisée mais pour qui fait l'effort de poursuivre, il se révèle vraiment addictif. Chaque personnage a son importance, chaque détail également et le final est étonnant. Un roman à dévorer!

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jeudi 8 novembre 2012

"Coule la Seine" de Fred Vargas

97822914L’histoire: "Ton collègue blond est assez emmerdant mais je l’aime bien, et puis il est généreux. Il se pose des questions sans fond, il s’inquiète et ça fait le bruit des vagues. Toi en revanche, tu fais le bruit le vent. Ca se voit à ta manière de marcher, tu suis ton souffle. Ton ami blond voit une flaque. Il s’arrête, examine la chose et il la contourne, il prépare bien son affaire. Toi, tu ne vois même pas cette flaque mais tu passes à côté sans le savoir, au flair. Tu piges? T’es comme un magicien..."

Il a raison ce clochard, le commissaire Adamsberg est un véritable magicien. Trois nouvelles pour le prouver, trois enquêtes du commissaire, à Paris, là où coule la seine.

La critique de Mr K: Retour dans l’univers de Vargas et de son personnage clef, Jean Baptiste Adamsberg, commissaire le plus nébuleux de la planète policière qui nous revient ici dans trois nouvelles réunies dans ce volume. Trois enquêtes où ses capacités de déduction et sa finesse d’esprit seront mis en exergue par le rythme de la Seine.

Les trois récits sont centrés sur Paris ce qui détonne un peu des autres ouvrages que j’ai pu lire de Vargas. Pas de voyages ici mais des déambulations au gré du macadam de paname avec des rencontres inoubliables et des dialogues qui touchent toujours autant par leur naturel et leur caractère évocatoire. J’ai particulièrement apprécié les passages où Adamsberg discute avec un étrange SDF qui est au centre d’une affaire plus complexe. Le face à face est haletant et lourd de secrets qui ne demandent qu’à être libérés.

On retrouve le style bien particulier de l’auteur qui s’adapte parfaitement au genre de la nouvelle. Il ressort de cette lecture une impression d‘immédiateté et de réalisme qui immerge littéralement le lecteur avec douceur et une ambiance jazzy unique. L’humanité profonde qui se dégage du commissaire rayonne et la lecture se fait douceur, friandise trop courte mais tellement succulente.

Un bon plaisir de simplicité que je vous convie à découvrir au plus vite tant ce livre est un petit bonheur de tous les instants.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain
- L'homme aux cercles bleus

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mardi 9 octobre 2012

"Stabat Mater" de Tiziano Scarpa

stabatmaterL'histoire: Cecilia, la narratrice, est orpheline. Elle a été abandonnée à sa naissance et recueillie par l'hospice de la Pietà, à Venise. Chaque jour, masquée et dérobée au regard du public, Cecilia joue du violon. Dans cet univers confiné, la musique est sa seule source de joie et de réconfort, tandis que chaque nuit elle parle et écrit à cette mère inconnue dont l'absence la fait cruellement souffrir. L'année de ses seize ans, un nouveau professeur de musique vient remplacer le vieil abbé qui officiait auparavant: un jeune prêtre aux cheveux roux, Antonio Vivaldi.

La critique Nelfesque: J'étais très enthousiaste à l'idée de lire "Stabat Mater", un roman se situant dans la Venise du XVIIIème siècle et ayant pour thème principal la musique et Vivaldi.

Sur l'époque et le lieu, je n'ai rien à redire. J'ai adoré suivre les "aventures" de Cecilia dans cet orphelinat, ses sorties hors les murs de l'hospice avec tout le cérémonial qui va avec, les us et coutumes des vénitiens de l'époque... Les descriptions plongent bien le lecteur dans l'ambiance XVIIIème et ce court roman de 153 pages est une mine d'information. Toutefois, à trop vouloir être juste à ce niveau là, l'écriture de Tiziano Scarpa, à mon sens, perd de son pouvoir d'empathie, d'identification et tout simplement je n'ai pas été touchée par le personnage de Cecilia. J'ai parcouru ces pages plus par soif de connaissance que par réel engouement pour ce qui peut arriver au personnage principal. Dommage...

J'ai également aimé le rapport à la musique et ce qu'elle représente pour Cecilia. Son apprentissage, sa relation avec son instrument, ce que la musique amène de lumière dans sa vie. Pour avoir moi-même suivi un enseignement classique, j'ai retrouvé des similitudes avec ma propre expérience, mon ressenti. Mais il y a un mais... Encore... Je pensais être plus plongée dans l'univers de Vivaldi, que ce dernier prenne une place importante dans le roman. Au final, il n'est qu'anecdotique, ses oeuvres étant plus évoquées que l'homme. Frustration pour moi...

Ce roman se lisant très rapidement, je vous conseille tout de même de le parcourir pour l'immersion dans une époque et une ville mythiques. A découvrir donc.

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jeudi 27 septembre 2012

"Les chemins de Katmandou" de Barjavel

les-chemins-de-KatmandouL'histoire: C'est l'histoire de quelques garçons et quelques filles, et parmi eux, d'un couple, Olivier et Jane, en marche vers l'impossible.

De tous les coins de la terre, garçons et filles, déjà plus ou moins drogués, se mettent en marche vers Katmandou, la ville qui dresse ses deux mille temples au pied de l'Himalaya, à la frontière du Tibet. Que vont-ils y chercher? L'illusion d'un Dieu plus proche? Ou la liberté de vivre comme ils veulent, et de fumer "l'herbe" sans crainte de la police? Pour la plupart d'entre eux c'est un voyage vers leur propre destruction...

Jane et Olivier, les héros de cette histoire, ont pris chacun un des "chemins" de Katmandou, peut-être parce qu'ils avaient été profondément blessés dans leurs rapports avec leurs parents. Mais ceux-ci n'étaient-ils pas aussi des victimes? Les chemins de Katmandou commencent parmi nous. Prêtez-y attention: sans que vous vous en doutiez, l'un d'eux peut commencer chez vous...

La critique de Mr K: Suite de mon opération "vidage de PAL" avec un livre que nombre de nos lecteurs m'avait conseillé lors de ma chronique de l'inénarrable et indépassable Flash de Michel Duchaussois. Je ne suis pas adepte de Barjavel mais le sujet m'intéresse au plus au point et beaucoup de personnes m'ont dit que cet ouvrage détonnait par rapport au reste de la bibliographie de l'auteur. Je me suis donc lancé et le moins que l'on puisse dire c'est que je n'ai pas été déçu du voyage...

Par le biais de chapitre très courts (j'adore!), on passe d'un destin à un autre. Des jeunes gens essentiellement qui, pour diverses raisons, dirigent leurs pas vers la mythique Katmandou, synonyme d'ivresse, de découverte de soi et de renouveau spirituel. Pour d'autres comme pour Olivier, c'est la promesse de retrouver un père absent et lui faire cracher la monnaie! Ce personnage de jeune rebelle ayant participé activement aux événements de mai 1968 et en ressortant déçu m'a beaucoup plu. Véritable boule de colère, sur la route il va rencontrer Jane et en tomber amoureux, chose nouvelle pour lui. Le hasard va les séparer puis les remettre en contact mais la drogue et la déchéance qui l'accompagne va bousculer leurs vies respectives jusqu'au point de non retour.

Ce livre est un remarquable témoignage de l'ambiance qui pouvait régner en France et en extrême orient à la fin des années 1960. Paris bloquée et révoltée est plus vraie que nature et l'on cerne un peu mieux cet instant de protestation à nul autre pareil depuis. C'est aussi l'occasion à travers les personnages de toucher du doigt les rêves déchus et le désespoir de toute une génération. Car finalement, ces voyageurs sont avant tout des fugueurs qui détournent les yeux de la réalité occidentale et se nourrissent de rêves artificiels et de chansons. Le tableau que nous en brosse Barjavel est sévère et dur... Peut-être trop je pense. En ce sens, j'ai vraiment préféré en la matière Flash qui certes ne masquait pas la réalité mais parlait aussi des "bons moments", des trips et des découvertes de soi en profondeur.

Reste que l'ouvrage de Barjavel est aussi une superbe fenêtre ouverte sur l'Inde, Katmandou et le monde des routards de l'époque avec des descriptions ahurissantes, grisantes et parfois à la limite du soutenable. On y croise pèle-mêle les temples et les vaches sacrées, des paysages à couper le souffle, des femmes belles comme des déesses et des demi-dieux barbus adeptes de l'amour libre et universel, les palais privés, les hotels bondés de hippies-clochards, la pauvreté la plus extrême, des routiers violeurs et tueurs et tout un tas d'autres hurluberlus et concepts qui nous sont étrangers. Impossible dans ces conditions de redescendre sur terre et j'ai lu ce livre très rapidement, totalement "happé" par l'histoire. Un beau mais rude voyage en quelque sorte, que je vous encourage à entreprendre si ce n'est déjà fait.

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jeudi 20 septembre 2012

"Le dernier voeu" d'Andrzej Sapkowski

sorceleur,-tome-1---le-dernier-voeu-167354-250-400L’histoire: Geralt de Riv est un homme inquiétant, un mutant devenu le parfait assassin. En ces temps obscurs, ogres, goules et vampires pullulent, et les magiciens sont des manipuleurs experts. Contre ces menaces, il faut un tueur à gages à la hauteur, et Geralt est plus qu’un guerrier ou un mage. C’est un sorceleur. Au cours de ses aventures, il rencontrera une magicienne aux charmes vénéneux, un troubadour paillard au grand cœur... et, au terme de sa quête, peut-être réalisera-t-il son dernier vœu : retrouver son humanité.

La critique de Mr K: C’est un beau cadeau d’anniversaire que je chronique aujourd’hui. Miss C qui me l’a offert s’est ainsi vengée de l’addiction qui l’habite depuis qu’elle a mis le nez dans la saga du Trône de fer que je lui avais grandement conseillé. Le premier contact s’est révélé décevant du fait de l’hideuse couverture choisie par l’éditeur qui semble avoir à coeur de battre le concours de la couverture la plus pourrie. Mais comme le disent si bien nos voisins d’outre-manche: Don’t judge a book by his cover. Mesdames et messieurs de chez Milady, vous avez un catalogue fort honorable, rendez lui honneur!

Le Sorceleur est une oeuvre reconnue dans le milieu de la fantasy. Ce recueil est le premier d’un diptyque qui tient lieu de préquelle à la saga centrale. On y retrouve toute une série de nouvelles mettant en scène Geralt de Riv, le fameux sorceleur qui donne son nom à la série. Par petites touches, au fil des pages, Sapkowski égrène de petits détails le portrait de cet être étrange tour à tour inquiétant et séduisant. A la fin de ce premier tome, on en sait suffisamment pour se faire une idée précise de ses motivations et de sa psyché. Tout autour de lui gravitent tout un ensemble de personnages secondaire qui ne sont qu’effleurés pour le moment mais qui sans doute s’étofferont dans les futurs volumes.

Avec Sapkowski on entre dans une héroïc fantasy furieuse et virevoltante à la manière d’un auteur comme Howard, le papa de Conan le Barbare qu’on ne présente plus. Ici l’auteur s’illustre particulièrement dans les scènes de combat mêlant allègrement magie et lames dans un rythme effréné et subtil. Les scènes d’action sont remarquables et l’on assiste littéralement aux scènes qui nous sont décrites. Le style est donc incisif et laisse moins de place aux phases descriptives propre souvent au genre (aaaaah! Tolkien et Martin!). Ce sera mon seul bémol pour ce premier contact avec Sapkowski, j’aurai aimé davantage d’immersion à travers de grands tableaux de lieux et d’ambiances.

Au final, j’ai lu ce volume en très peu de temps avec un plaisir non feint. Je prolongerai le mois prochain avec le volume 2 qui m’a été offert en même temps afin de me forger une opinion plus affermie sur un auteur qui vaut cependant le détour. Work in progress...

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mardi 18 septembre 2012

"De bons voisins" de Ryan David Jahn

bonsvoisinsL'histoire: A quatre heures du matin le 13 mars 1964, à New York, dans le Queens, une jeune femme qui rentre chez elle est agressée dans la cour de son immeuble. Des voisins entendent ses cris, mais personne n'appelle les secours. Concentré sur deux heures, De bon voisins raconte les derniers instants de cette femme. Mais c'est aussi l'histoire de ses voisins, témoins inertes de son calvaire: une jeune recrue de l'armée, angoissée à la veille de la visite médicale qui décidera de son départ pour le Viêtnam; une femme qui pense avoir tué un enfant; un couple qui fait sa première expérience échangiste... C'est enfin l'histoire de la ville, de ses nuits faussement calmes, de la violence aveugle.

La critique Nelfesque: Voilà un moment que j'ai lu "De bons voisins" et je n'ai pas pris le temps d'en parler ici. Je répare cela tout de suite car ce roman mérite d'être connu.

Au début de ma lecture, je m'attendais à un roman policier, voir un thriller, et au final "De bons voisins" est bien plus que cela. Bien sûr il y a la tentative de meurtre sur la jeune voisine, résidante du rez-de-chaussée de l'immeuble, son agonie pendant de longues heures et le suspens que cela entraine. Le tueur va-t-il revenir finir le boulot? La victime va-t-elle s'en sortir? Quelqu'un va-t-il l'aider?... Mais au final ce fait divers, basé sur une histoire vraie, n'est qu'un prétexte à dépeindre la vie de multiples personnages.

La tuerie présente dans la cour de l'immeuble n'est que le point central, l'axe autour duquel de nombreux personnages gravitent. Séparé par une fenêtre et quelques mètres de haut, chacun voit la scène, s'en afflige sans s'en soucier vraiment (tous persuadés que quelqu'un d'autre a appelé, appelle en ce moment ou appelera les secours) et continue de vivre sa vie. Ryan David Jahn utilise alors la scène de crime pour figer un instant de vie et présenter un microcosme de notre société contemporaine.

Tour à tour nous rentrons dans la vie du jeune homme appelé au Viêtnam et de sa mère souffrante, celle du voisin qui s'est construit une vie de famille virtuelle pour (se) cacher son homosexualité, celle d'un jeune couple mixte dans la crainte d'avoir percuté un enfant sur la route, celle d'un couple en bout de course pratiquant sa première expérience échangiste... Celle de la victime bien sûr, seule physiquement et psychologiquement, voyant ces regards aux fenêtres mais ne comprenant pas pourquoi personne ne réagit pour lui venir en aide. Enfin, nous suivons un flic borderline dans sa patrouille nocturne au coeur de New York. Tout ce beau monde se rejoindra à l'aube sur le parvis de la résidence et constatera, écoeuré des autres et d'eux-même, qu'une véritable boucherie s'est déroulée sous leurs fenêtres, dans l'indifférence générale.

Au final, il est difficile de dire ce qui fait le plus peur dans ce roman: le crime en lui même, la détresse de la victime, le désoeuvrement apparent des voisins, la police véreuse, la société actuelle, les problèmes existentiels des uns et des autres... "De bons voisins" est encore bien présent dans ma mémoire alors que je l'ai lu il y a plus de 2 mois. Connaissant ma mémoire de poisson rouge pour les romans, c'est gage de qualité! Etonnant et vraiment bien foutu.

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jeudi 13 septembre 2012

"Une autre terre" de Pierre Pelot

Uneautreterre

L'histoire: Arian Dhaye n’est pas un tueur… Pourtant il supprime cent mille individus. Kirja n’est pas un Dieu. Pourtant un peuple entier le vénère et le suit.Mais entre ces deux hommes, il n’y a peut-être qu’une simple différence d’univers, de dimension. L’existence des mondes parallèles permettra-t-elle de rapprocher, d’unir et même d’identifier ces deux destinées?

La critique de Mr K: Un petit ouvrage jeunesse à mon actif aujourd’hui avec ce vieil ouvrage (1972) de Pierre Pelot. Il s’agit du premier opus mettant en scène le personnage d’Arian Dhaye (je lirai le second avant la fin de l’année). On le retrouve ici sur Terre dans quelques siècles, une Terre au bord de la catastrophe qui voit les êtres humains au bord de l’extinction. Les hommes sont sous le joug de l’Elite, oligarchie despotique qui use de la science sans conscience. Le pouvoir en place a établi une société très proche de celle décrite par Huxley dans Le meilleur des mondes, ainsi les naissances sont contrôlés et les êtres fabriqués à des fins très précises (en l’occurrence ici, faire la guerre). Les tableaux peints par Pelot font mouches et ça fait plaisir de voir que l’on ne prend pas nos chers têtes blondes forcément pour des imbéciles.

Parallèlement aux démêlés d’Arian Dhaye, on suit le réveil de Kirja, un homme qui se réveille d’un très long sommeil et que les peuplades primitives prennent pour un Dieu. Il ne se rappelle plus de rien et va découvrir peu à peu qu’il serait le descendant de mystérieux hommes descendus du ciel dans des chars flamboyants. Peu à peu, la lumière va se faire sur son destin et il va trouver sa place dans ce monde inconnu qui se révèle très vite être notre planète mais dans un univers parallèle et coexistant du notre.

Bien évidemment, ces deux êtres sont faits pour se rencontrer et c’est seulement vers la fin de l’ouvrage (assez court, 153 pages) que l’on va saisir les tenants et les aboutissants. Pour un lecteur chevronné en la matière, la surprise n’a pas vraiment été au rendez-vous mais je m’imagine découvrant cette histoire tout môme et je pense sincèrement que j’aurai été bluffé. La langue de Pelot fait merveille et l’imagination fonctionne à plein devant les descriptions dantesques du maître de plume qui officie (les sous-sols de la cité futuriste, l’exode du peuple des montagnes vers la région des lacs…). On se prend à se dire que le livre est bien trop court et qu’on aurait voulu en lire plus. Mais point trop n’en faut, cet ouvrage se suffit à lui-même et se révèle être une belle réussite.

Lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "La Guerre olympique"

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mardi 11 septembre 2012

"Le trône de fer: le bûcher d'un roi" (vol. 13) de George R. R. Martin

bdrATTENTION CRITIQUE À HAUTE CONTENANCE DE SPOILERS !!!

L’histoire: Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin.

Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionnale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998ème Commandant en chef de la Gard de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées.

La critique de Mr K: Ca y est! J’ai franchi le rubicond! Incapable d’attendre la sortie du volume 5 d’intégrale, je me suis lancé avidement dans la lecture de ce fameux volume 13. C’est avec un plaisir sans borne que j’ai tout d’abord retrouvé Tyrion qui est mon personnage fétiche. Totalement absent du volume 4 de l’intégrale, on le retrouve ici pendant sa fuite de Port Réal suite au meurtre de son géniteur. Devenu parricide indésirable, il traverse le détroit pour se retrouver dans les terres des cités libres. Bien qu’affaibli, il n’a rien perdu de son hardiesse verbale et de ses qualités d’intrigueur. Faisant la connaissance de maître Illyrio (aperçu au début des pérégrinations de Daenyris), il est envoyé vers la princesse Dragon qui est confrontée à de multiples périls dans sa cité de Meeren. Perso, je n’adhère pas trop à ce personnage depuis le début mais dans ce tome je trouve que Daenyris gagne en épaisseur. Les mauvaise langue diront que ce n’est pas trop tôt.

Autre grand plaisir, celui de retrouver Jon Snow sur l’immense mur de glace qui protège Westeros de l’hiver qui est censé venir depuis déjà quelques volumes. Me voila rassuré, il arrive plus froid et mortel que jamais. Entre les manigances des ennemis du batard Stark, la quête de la corneille à trois yeux par Bran et ses compagnons, on entraperçoit un peu plus précisément la menace qui guette les Sept Royaumes. Cela donne lieu à de furieux combats contre ces êtres blancs non morts aux yeux bleus fluorescents et à des tableaux apocalyptiques de l’avancée de l’hiver. En plus, à travers Bran et Jon, on fait plus ample connaissance avec les capacités des zomans, ces mystérieux hommes capables de pénétrer les esprits et de les posséder. Du coup, on suit le point de vue de loups, d’aigles et autre bêtes.

J’ai adoré ce volume mais bon... ceux qui me lisent régulièrement ne seront pas surpris. Le talent de l'auteur est intact après 5 ans d'absence, l’histoire très maîtrisée et on en redemande encore et encore. Dur dur d’attendre la suite tant il reste d’éléments en suspens. Je pense notamment à la pauvre Brienne restée au bout d’une corde à la fin du volume 4... mon Dieu, pourvu qu’il ne la fasse pas périr! Un très bon livre en tout cas que ce volume 13, à l’image de cette saga qui décidément ne redescend jamais en intensité et en qualité littéraire. Chapeau bas l’artiste!

Lu et aussi adorés (sic!) du même auteur:
- Le trône de fer, intégrale 1
- Le trône de fer, intégrale 2
- Le trône de fer, intégrale 3
- Le trône de fer, intégrale 4

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lundi 10 septembre 2012

"Kaïken" de Jean-Christophe Grangé

kaikenL'histoire: Quand le Soleil Levant devient un Soleil Noir,
Quand le passé devient aussi tranchant qu'une lame nue,
Quand le Japon n'est plus un souvenir mais un cauchemar,
Alors, l'heure du kaïken a sonné.

La critique Nelfesque: Quand un nouveau Grangé sort en librairie, je deviens folle, il me le faut là maintenant tout de suite! Je campe devant la librairie, je saute dessus comme une droguée en manque. Cette année, j'ai eu la chance de découvrir ce "Kaïken" en avant première. De quoi me rendre limite hystéro, vous vous imaginez bien... J'ai attendu qu'il soit disponible pour vous en parler. Vous pourrez ainsi à la fin de ce billet, vous propulsez chez votre dealer de bouquins!

Dès le premier chapitre, les 6 premières pages, le ton est donné. "Kaïken" va être un roman à 100 à l'heure, un roman qui n'attendra pas la page 120 pour démarrer, un roman qu'il va être difficile de lâcher avant la fin. On retrouve la plume incisive et addictive de Grangé, ses phrases courtes et percutantes, ses chapitres "droits au but". Certains se lassent peut être de ce procédé, maintes fois copié mais difficilement égalé. Personnellement, j'aime à chaque fois retrouver la plume si caractéristique de Grangé, cette plume qui vous prend au bide et vous entraine dans les pires horreurs.

L'originalité de ce roman réside dans le fait que l'on a l'impression de commencer par la fin. On connait le nom du coupable, la traque policière touche à sa fin et très rapidement la main est mise sur le grand méchant du bouquin. Petite feinte de l'auteur qui va faire intervenir ici une seconde histoire dans son roman. L'occasion, comme à son habitude, de nous faire découvrir des contrés lointaines, d'autres coutumes et une façon de vivre littéralement différente de nos vies d'occidentaux.

"Kaïken" est une immersion dans le Japon légendaire, celui des samouraïs et de la philosophie zen, celui des rites initiatiques et de la maîtrise de soi. C'est aussi un bel hommage au Japon d'aujourd'hui et l'occasion pour Grangé de nous faire partager sa passion pour ce pays à travers les 472 pages de son roman. Comme à son habitude, l'auteur nous livre ses connaissances à bon escient et distille des informations sur le thème pour plonger le lecteur dans une ambiance particulière et lui faire comprendre la psychologie de ses personnages.

Niveau gore, le lecteur en prend encore une fois plein la tête avec un tueur sanguinaire détraqué, surnommé "L'accoucheur" parce qu'il enlève des femmes enceintes, les évicère et brûle leurs foetus encore reliés au cordon ombilical. Bon appétit si vous êtes à table! L'enquête sur l'accoucheur est la première du roman mais bien vite, Passan, le flic de l'histoire, va se retrouver confronté à une enquête beaucoup plus personnelle qui touchera l'intérieur même de son foyer. Comment réagit un flic Grangesque lorsqu'un malade cherche sa femme et ses enfants? Réponse: il ne reste pas 2 heures le cul sur sa chaise et agit dans la seconde. Raaaa que ça fait du bien!

Alors OK, l'univers policier est un peu caricatural, un peu comme Olivier Marchal nous le présente au cinéma, mais ce sont ces flics là que j'aime. Je ne m'en plaindrai donc pas. The dark side of the police man!

Léger reproche à faire à ce "Kaïken": une fin trop rapide. C'est d'ailleurs le seul défaut que je trouve à l'ensemble des romans de Grangé. Là où on aimerait une scène finale de 40 ou 50 pages, il nous les torche en 10. Frustration suprême! La fin de ce présent roman, très cinématographique aurait mérité d'être plus longue mais au final c'est le roman dans son ensemble que l'on retient et non la fin. Vous pouvez donc y aller!

Et bien voilà, mis à part pour "La Forêt des Mânes" qui m'a agacée sur plusieurs points, je renouvelle mon amour pour Grangé et vous conseille de découvrir ce dernier roman.

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

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