vendredi 27 mars 2015

"Silo" de Hugh Howey

silo-couverture

L'histoire: Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, une communauté d'hommes et de femmes a organisé sa survie dans un silo souterrain géant. Du monde extérieur, devenu hostile, personne ne sait rien, sinon que l'atmosphère y est désormais irrespirable. Les images de mauvaise qualité relayées par d'antiques caméras, montrant un paysage de ruines et de dévastation balayé de vents violents et de noirs nuages, ne semblent laisser aucune place à l'illusion. Pourtant, certain continuent d'espérer. Ces individus, dont l'optimisme pourrait s'avérer contagieux, représentent un danger potentiel. Leur punition est simple. Ils se voient accorder cela même à quoi ils aspirent: sortir.

La critique de Mr K: Belle découverte que cette occasion trouvée à un très bon prix chez notre abbé chéri fin janvier où nous avions une fois de plus craqué! La quatrième de couverture m'a séduit immédiatement et Nelfe m'avait plus ou moins parlé de phénomène littéraire concernant cet ouvrage. C'est plus tard que j'appris que Hugh Howey était capitaine de yacht, qu'il s'était auto-publié et qu'il a depuis connu un grand succès avec Silo qui se décline désormais en une trilogie que je ne manquerai pas de compléter vu le goût de revenez-y certain que m'a procuré ce premier tome (qui d'ailleurs pouvait se suffire à lui-même).

Ce volume est constitué de cinq grands chapitres, plus ou moins cinq grandes nouvelles qui tissent une histoire plutôt classique (ce sera mon seul reproche). Le monde extérieur n'est plus vivable et une communauté humaine s'est installée dans un silo souterrain géant qui s'étale sur 140 niveaux. On trouve de tout: une cafétéria avec vue imprenable sur le monde extérieur inhabitable, un shérif et ses bureaux (plus une cellule), des fermes hydroponiques, des mines et des mécanos, une manufactures pour la fabrication de pièces et objets, un mystérieux niveau réservé aux instances dirigeantes qui proscrivent absolument toute idée d'évasion et d'espoir, se contentant de faire appliquer des règles fixées il y a des décennies. Tout contrevenant est relâché en dehors du silo et se voit ainsi condamné à une mort certaine, empoisonné par un air devenu irrespirable. Pour autant, on ne peut empêcher les personnes de réfléchir et de se poser des questions, le changement est en marche...

Il s'agit du premier livre de SF édité par Acte Sud et franchement c'est une belle réussite. Pas étonnant d'ailleurs que ce soit eux qui l'ait signé tant cette œuvre sort des sentiers battus et se révèle très "littéraire" dans sa forme. Ne vous attendez-pas à une débauche d'action et de détails très science-fictionnels... Hugh Howey semble avant tout chose s'attacher à ses personnages et l'évolution de leur psychologie. Ils sont nombreux et c'est peu à peu qu'on apprend à les connaître avec leurs fêlures et leurs aspirations. Attention cependant à ne pas trop vous attacher à eux car l'auteur n'hésite pas à en sacrifier un certain nombre pour le bienfait de l'histoire générale. Vous côtoierez la shérif, le maire, les mécanos prolos du fin fond du silo, des enfants perdus, de mystérieux commanditaires et bien d'autres personnes que je vous laisse découvrir. Tout ce petit monde vis en vase clos ce qui apporte une touche indéniable de paranoïa et de claustration à un ouvrage à nul autre pareil.

En effet, l'auteur s'attache aussi beaucoup à nous décrire ce monde isolé, tourné sur lui-même et ses certitudes qui lui sont assénés par une rigueur implacable. On voyage beaucoup à l'intérieur du silo, on découvre des us et coutumes proches des nôtres mais tout de même modifiées à cause des conditions de vie étriquées et soumises à un avenir qui semble bouché. Ainsi la démographie est contrôlée pour éviter la surpopulation (un système de loterie permet d'élire les heureux élus pour former une famille), les rations calculées pour éviter toute pénurie et les esprits maintenus dans une ignorance crasse de ce qui s'est passé auparavant et des réalités du monde extérieur. Drôle d'ambiance donc qui fait sortir ce roman du lot et maintient un mystère durant tout ce premier volume qui en appelle clairement d'autres pour lever le voile sur des éléments non dévoilés et seulement évoqués au détour d'un paragraphe et d'une page. Si si, il y a un côté frustrant!

Le suspens ne retombe jamais durant ces quelques 550 pages qui se dévorent littéralement, la faute à un sens du récit certain, un goût pour le réalisme et des scènes chocs d'une rare intensité. L'écriture est agréable, exigeante par moment (surtout au départ, cela devient plus classique sur les deux derniers chapitres) et évocatrice à souhait. On partage vraiment la vie de ce silo et on en explore vraiment tous les aspects. Il y a un côté livre-somme avec un background très bien travaillé. Les mauvaises langues diront qu'il n'y a rien de nouveau (beaucoup d'éléments et de thématiques ont déjà été explorées) mais en toute honnêteté, je ne me suis pas ennuyé une seconde et l'ensemble se tient, maintenant une balance équilibrée entre récit vif et passages plus descriptifs forçant la réflexion. Beau mélange qui a fonctionné pour moi à plein.

Ce fut donc une lecture des plus plaisantes, longue, parfois plombante, parfois emplie d'espoir, où l'émotion fait la part belle à la réflexion et l'anticipation. Un bel ouvrage que je prolongerai dans les mois à venir en essayant de me procurer les tomes suivants.

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mardi 24 mars 2015

"Le Secret d'Orbae" de François Place

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L'histoire: Il y a cette île de l'autre côté du monde, entourée de fleuves de brume, dont le nom se prononce dans un souffle: Orbae. Il y a aussi une mystérieuse toile à nuages, et certaines cartes qui ne se lisent qu'à la clarté de la Lune… Il y a Cornélius, le jeune marchand de drap des froides villes du nord. Il y a Ziyara, la petite gardienne de chèvres des montagnes de Candaâ. Même les routes les plus contraires peuvent se rencontrer…

La critique de Mr K: J'avais entendu parler de François Place essentiellement en tant qu'illustrateur dans des œuvres jeunesses notamment avec les trois tomes de l'Atlas des géographes d'Orbae, œuvre cartographique imaginaire présentant un monde foisonnant et très complet. L'occasion s'est alors présentée à moi de lire le présent volume Le secret d'Orbae édité en poche chez Casterman, et donc de lire une œuvre faisant la part belle au voyage et à la découverte. Je ressors déçu de cette lecture.

L'auteur nous invite à suivre deux destins bien distincts qui vont finir par se rencontrer. Il y a tout d'abord Cornélius, un jeune drapier qui n'a qu'un rêve, trouver les mystérieuses montagnes bleues qui peuplent ses rêves et où il trouvera l'origine d'étranges étoffes aux reflets changeants comme le ciel. Sa route va le mener très loin de chez lui et il connaîtra moultes aventures avant d'avoir la révélation finale sur le but de son voyage. Dans la deuxième partie du volume, Ziyara simple bergère va connaître elle aussi un bouleversement dans son existence au détour d'une cérémonie qui lui révélera son destin. Commence alors la grande aventure de sa vie entre bannissement fondateur de sa contrée natale et exploration des océans du monde entier. Ces deux là vont finir par se rencontrer.

Vous l'avez compris, cet ouvrage est une invitation au voyage et l'on en traverse des régions durant les 400 pages que compte cet ouvrage. C'est la grande réussite de ce livre sur lequel souffle un vent d'aventure. Nos héros font de multiples rencontres, se heurtent à d'autres us et coutumes, traversent des paysages grandioses et observent des créatures étranges. Le hic réside dans le fait qu'il se dégage une impression de superficialité de l'ensemble. En effet, l'auteur passe très vite sur les différents lieux et les péripéties rendent une impression de "liste de course" d'actions et de descriptions bâclées au détriment de la profondeur de l'intrigue et de la psychologie des personnages. À faire trop d'ellipses, on ne fait que survoler les voyages de Cornélius et Ziyara. Du coup, même si la trame principale intrigue et accroche le lecteur, j'ai eu le plus grand mal à m'attacher aux deux héros et à leur destinée. On pourrait alors se dire que ce n'est qu'un ouvrage jeunesse mais j'en ai lu un certain nombre et celui-ci m'a semblé creux en terme de matière. Vraiment dommage car la quatrième de couverture était évocatrice à souhait.

Autre défaut, la tendance de François Place à s'attarder par contre sur les techniques de la cartographie dans son monde imaginaire et sur d'autres notions de géographie. Déjà que le récit manque de liant mais ces lourdeurs risquent d'égarer en chemin un certain nombre de jeunes lecteurs pour qui certains passages pourraient s'apparenter à du verbiage inutile (ils ne le dirait d'ailleurs certainement pas ainsi!). La langue de l'auteur est agréable mais j'ai trouvé qu'elle manquait d'épaisseur et de pouvoir de captation. C'est sans doute lié à ma perception négative de sa gestion du récit.

J'ai donc mis pas mal de temps à lire cet ouvrage alors qu'en général, je ne peux décrocher d'une lecture. La preuve s'il en est que celle-ci s'apparente à un coup dans l'eau… Dommage.

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lundi 23 mars 2015

"Qui ?" de Jacques Expert

Qui Jacques ExpertL'histoire : 1994, Carpentras, résidence pavillonnaire du Grand Chêne. Un lotissement où tout le monde connaît tout le monde, calme et sans histoires. Jusqu'à ce jour de mars, où la petite Laetitia Doussaint, est retrouvée violée et assassinée dans les bois alentours. Crime crapuleux dont l'auteur ne sera jamais identifié.

2013 : Quatre hommes s'apprêtent à regarder à la télé l'émission " Affaires non résolues ", dont le thème, ce soir là, est le meurtre de Carpentras. Quatre hommes hantés par l'affaire depuis ce jour où ils ont retrouvé le corps de Laetitia. Tous étaient voisins à cette époque, tous habitaient la résidence du Grand Chêne. Durant l'heure que va durer l'émission, avec son lot de questions et de révélations, ceux-ci se souviennent. Leurs épouses également. Certains secrets reviennent à la surface, des suspicions anciennes, des non-dits. Au terme de l'heure que dure l'émission, le voile sera levé. L'un de nos quatre hommes est en effet bel et bien le coupable du viol et du meurtre de Laetitia. Mais qui ?

La critique Nelfesque : En lisant la quatrième de couverture de "Qui ?" j'ai eu tout de suite envie de tenter l'expérience. Et le mot "expérience" est tout à fait justifié ici. Jacques Expert nous fait vivre le temps d'une soirée télé banale l'horreur d'un meurtre vieux de presque 20 ans.

La petite Laetitia a été retrouvée morte en 1994 après avoir été enlevée et avoir subi un viol. Deux décennies plus tard, l'assasin n'a toujours pas été retrouvé. Pourtant, l'enquête est toujours en cours et le commissaire Bouvard est bien déterminé à débusquer le coupable. Mais après tant d'années, difficile de faire la lumière sur cette affaire. Le temps a passé, les habitants du quartier du Grand Chêne ont déménagé, la vie a continué...

L'émission TV de ce soir vient à point nommé pour réveiller les souvenirs enfouis. Une sorte de "Complément d'enquête" qui va semer le trouble dans la vie bien rangée du coupable, de sa famille mais aussi de ses voisins de l'époque. Le temps d'une soirée, ils vont revivre les faits et l'enquête au cours des années suivantes pour enfin peut-être ce soir mettre un nom sur le meurtrier de Laetitia.

Jacques Expert nous livre là un thriller psychologique rondement mené. Tour à tour, le lecteur entre dans le salon de plusieurs familles ayant vécu de près ou de loin le drame de 94. Certaines ont aidé pour les recherches, d'autres ont payé le prix de rumeurs, d'autres encore ont perdu un membre de leur famille et l'un d'eux est l'assassin. Mais qui ? Une chose est sûre, tous ont vu leurs vies changées. L'auteur nous balade d'un personnage à un autre, nous perd dans les méandres des souvenirs des uns et des autres, nous fait croire à la culpabilité de l'un pour mieux nous surprendre...

Parfois caricaturaux, les personnages sentent la misère, la vie à l'usine, l'alcool, bobonne aux fourneaux et la soumission. Il existe une vraie solidarité dans ce quartier et le drame vient ébranler les certitudes, réveillant les plus vils instincts chez les habitants. Qui va devenir un tyran, qui va devenir fou, qui va s'inventer une vie pour mieux dissimuler ses méfaits... La valse des hypocrites est en marche.

Chaque couple présenté ce soir se connaît, ont été voisins, sont partis en vacances ensemble. Dès le début du roman, Jacques Expert nous présente le premier d'entre eux. Le mari est le coupable, sa femme le soupçonne. Le ver est dans le fruit, le lecteur est hameçonné. La suite se déroule à une vitesse folle et les pages sont dévorées.

Roman à la construction singulière, "Qui ?" mêle passé et présent pour mieux perdre le lecteur. Chacun aura sa petite idée, chacun sa théorie et ses certitudes. Tous se planteront ! Si vous êtes amateurs de thrillers psychologiques et romans noirs aux ambiances lourdes et au rythme lent, lisez cette oeuvre qui vous baladera pour mieux vous cueillir. Un autre Sonatine à découvrir !

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vendredi 20 mars 2015

"L'Armée furieuse" de Fred Vargas

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L'histoire: Avec sa petite blouse à fleurs et son air timide, Valentine Vendermot et son histoire de fantômes ne sont pas de taille à mobiliser une brigade parisienne. Pourtant, le commissaire Adamsberg a très envie de s'intéresser à cette chevauchée nocturne dans le bocage normand. Il délègue l'enquête en cours et se rend sur les lieux: Ordebec, son église, son bistrot, son chemin de Bonneval, ses crimes atroces.

La critique de Mr K: L'Armée furieuse est l'avant dernier roman en date de Fred Vargas dans les aventures du commissaire Adamsberg. Je l'ai dégoté déjà depuis un certain temps et il me faisait de l'œil dans ma PAL de romans policiers. Je cédai donc à la tentation et plongeai avec délice dans l'univers si particulier de cette auteure que j'affectionne tout particulièrement.

Une fois de plus Adamsberg et son fidèle second Danglard (ainsi que toute la fine équipe) se retrouvent confrontés à une série de meurtres sanglants, cette fois-ci dans la campagne normande profonde. Il décide de se mettre plus ou moins au vert suite à l'escapade d'un suspect depuis les geôles de son commissariat (une histoire de riche personnalité assassinée et de bouc-émissaire banlieusard). Dans les brumes de Normandie, une compagnie fantastique erre dans les chemins de traverse en quête d'âmes à emporter en Enfer. Les cadavres s'accumulent, les indices moins... L'enquête progresse très lentement au rythme des éclairs de génie d'un Adamsberg toujours aussi nébuleux dans ses raisonnements et ses rapports aux autres.

Ce qu'il y a de bien chez Vargas, c'est l'impression de se retrouver chez soi avec des familiers dès le premier chapitre. Adamsberg reste égal à lui même, son charme reste toujours aussi prégnant avec en plus dans ce volume la découverte de son fils oublié qu'il avait retrouvé lors du roman précédent. Zerk et lui se ressemblent beaucoup et ils commencent à s'apprivoiser l'un l'autre, vu leur natures taciturnes, ce n'est pas évident au départ. On retrouve aussi Danglard à l'érudition digne d'une encyclopédie et au goût immodéré pour le vin blanc (mais comment fait-il pour tenir autant!) qui aura fort affaire avec Veyrenc dont il jalouse la relation étrange avec Adamsberg. C'est aussi au détour de certaines pages les apparitions remarquables et remarquées de Rettancourt, ogresse de la police nationale aussi efficace que forte en gueule et tous les autres membres de la brigade ainsi que le gros chat qui paresse à longueur de journée sur la photocopieuse (elles savent ce qui est bon ces bestioles-là!).

Vargas n'a pas son pareil pour planter un décor et des personnages de la ruralité. La Normandie des campagnes est très bien décrite dans ce roman depuis les descriptions du village d'Ordebec au caractère quelques peu renfermé des habitants. Nous nous promenons en compagnie du commissaire dans les bois et les chemins de d'exploitation à la recherche de lord Hellequin, seigneur mort-vivant venu sur Terre chercher les pêcheurs ne méritant pas une vie meilleure. Naturalisme, expressionnisme et même une pointe de fantastique à l'occasion, curieux mélange que ses errances champêtres où Adamsberg cherche une vérité enfouie dans le passé commun de cette commune où amitiés et haines perdurent entre les familles et les personnes. Les dialogues sont aussi succulents entre les parisiens tout frais débarqués et les personnes du crû aussi familières que pleines de bon sens. Au fil des rencontres, des expériences, les fausses pistes abondent et tour à tour le lecteur se prend à envisager toutes sortes de pistes sans vraiment pouvoir affirmer qu'elles soient bonnes pendant plus de dix pages tant l'auteur se complaît à nous surprendre de chapitre en chapitre.

Écriture une fois de plus simple et efficace, un sens du suspens vraiment incroyable, des personnages très attachants, une révélation finale qui se tient et difficile à deviner... autant de bons points qui font de cet opus une très belle réussite de plus à mettre à l'actif de Fred Vargas. À lire!

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
L'Homme à l'envers 
Sous les vents de Neptune
Dans les bois éternels
Un lieu incertain
L'homme aux cercles bleus
Coule la Seine
Sans feu ni lieu
- Ceux qui vont mourir te saluent

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samedi 14 mars 2015

"La Piscine-bibliothèque" d'Alan Hollinghurst

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L'histoire: Au bord de la piscine du Corinthian, lieu de drague et de sexe, un jeune dandy extraverti rencontre un homme plus âgé, puissant et conservateur, qui lui demande d'écrire sa biographie…

La critique de Mr K: L'occasion m'a été donné de pouvoir lire La Piscine-bibliothèque qui était jusque là introuvable en France, n'ayant jamais été réédité en langue française depuis sa sortie initiale en 1988. C'est désormais chose faite chez Albin Michel avec cette ressortie du livre majeur d'Alan Hollinghurst, un des auteurs britanniques contemporains les plus importants de sa génération avec ici une histoire se déroulant dans le milieu gay du Londres débridé des années 80.

William, jeune héritier oisif d'une grande famille anglaise passe sa vie à passer de bras en bras, à faire la fête et à fréquenter le club sélect Corinthian (haut-lieu du milieu homo du Londres de l'époque) avec sa piscine et sa salle de sport. Il a une attirance toute particulière pour les jeunes noirs et ne s'interdit aucune aventure suivant sa philosophie de jouisseur hors-norme. Il n'est jamais réellement tombé amoureux, a peu d'ami à part James, un médecin généraliste avec qui il partage ses ressentis et ses aventures.

Cependant rien n'est éternel et plusieurs rencontres vont le marquer chacune à sa manière. Il y a Arthur un jeune black issu des quartiers difficiles de l'est de Londres qui va lui faire entrapercevoir le sentiment amoureux qui se confirmera par la suite avec Phil, un jeune employé timide travaillant dans un hôtel de luxe et parfaisant son corps d'athlète au Corinthian. Il y a aussi la rencontre avec Charles, vieil aristocrate au bord de la sénilité qui va le convaincre d'écrire sa biographie et lui confier ses journaux intimes livrant par la même toutes les clefs d'une vie remplie et aventureuse au possible. Peu à peu, on sent de légères failles se dessiner dans l'idéal de vie de William qui va irrémédiablement changer et peut-être d'une certaine manière trouver le bonheur…

Ce qu'il y a d'épatant dans ce livre, c'est la langue de Hollinghurst. D'une finesse et d'une pureté incroyable même dans les moments les plus scabreux, elle met merveilleusement en lumière la profondeur des personnages. Jamais précieuse mais exigeante et limite poétique par endroit, c'est un plaisir renouvelé de lecture qui se présente au lecteur à chaque page tournée. Et même si je n'ai pas forcément beaucoup aimé le personnage de William qui est très éloigné de mes choix de vie, ce fut un réel plaisir que de lire son histoire qui réserve bien des moments forts.

Il y a évident la drague, le désir et le sexe qui sont centraux dans ce roman. Âmes prudes passez votre chemin car la chair est ici déballée et détaillée assez régulièrement entre très belles descriptions de l'autre, naissance et accomplissement du désir mais aussi parfois érotisme violent et passages purement pornographiques mais jamais gratuits. Même si l'aspect purement sexuel m'a laissé de marbre (on n'est pas du même bord), j'ai grandement goûté les descriptions mentales et physiques des amants de Will qui finalement traduisent bien cet état d'émerveillement que l'on peut ressentir lors d'une première rencontre ou d'un premier RDV. Loin d'être à classer dans le porno soft à la mode depuis quelque temps en littérature (vous savez de quoi je parle…), il est ici question de la recherche de l'Amour avec un grand A, celui qui fait mal et nous habite pendant longtemps, chose inconnue pour William avant les rencontres-clefs narrées dans ce volume.

Au delà du milieu gay qui est très bien retranscrit sans clichés ni portes-ouvertes, c'est une certaine époque de liberté exacerbée qui nous est décrite. Notamment, la liberté sexuelle sans sida qui ne fera son apparition que quelques années plus tard. C'est aussi de manière larvée une belle description des différences de classe existant au Royaume-Uni notamment au travers du trajet que fait le bourgeois de héros dans les quartiers difficiles pour essayer de retrouver son jeune amant disparu. C'est aussi au détour d'un passage tétanisant racontant l'agression physique et verbale que subit le héros par deux skins, l'occasion d'aborder la discrimination dont fait encore parfois preuve la communauté gay souvent montrée du doigt. Les différentes ambiances sont très bien retranscrites et on navigue constamment entre des sentiments changeants tant cet ouvrage fait la part belle à l'humanité la plus profonde et les surprises que la vie peut nous réserver.

J'ai donc passé un très bon moment avec ce livre assez unique d'Alan Hollinghurst. Je comprends maintenant bien mieux l'engouement qu'il a pu susciter notamment dans la communauté homosexuelle. Une très belle écriture, des personnages marquants et une histoire d'une grande richesse en font un ouvrage de référence que je vous invite à découvrir au plus vite si le cœur vous en dit.

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samedi 7 mars 2015

"La Guerre des Mūs : L'Empire d'Atlantia" de Lisa Fiedler

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L'histoire: On peut être petit et avoir le coeur grand. Dans la mystérieuse cité d'Atlantia, Hopper se retrouve plongé au milieu d'une dangereuse guerre des territoires entre chats et rats. Pour rétablir la paix, la souris devra faire preuve d'un grand courage et accepter le secret qui entoure sa naissance.

La critique de Mr K: Voici une bien belle découverte que ce premier volume d'une tétralogie à venir dont ce premier tome est sorti le 4 mars. Décidément Flammarion a de beaux titres dans sa collection jeunesse avec ici un roman faisant la part belle à l'aventure et l'amitié sans concéder la moindre once de terrain à la facilité et au "mâchage" de travail pour nos chères têtes blondes.

Hooper est un souriceau qui vit dans une animalerie avec sa turbulente sœur et son chétif de frère. Maman a été enlevé un beau matin et les voila orphelin. C'est avec horreur qu'ils voient rentrer dans la boutique un ado boutonneux amateur de serpents convoitant avec sadisme le bocal à rongeur pour nourrir son beau boa (sic!). Ni une ni deux, les rongeurs élaborent un plan d'évasion et arrivent à leur fin. Le hasard les sépare et voici Hopper perdu dans le sous sol interlope du Bronx. Échappant de peu à une mort atroce grâce à un mystérieux prince rebelle, il va devoir affronter de multiples dangers pour trouver sa voie et peut-être retrouver ses proches.

L'immersion est immédiate avec Lisa Fiedler, une auteur qui va dans le fond du sujet très vite. La caractérisation des personnages est rapide mais non dénuée de nuance, les protagonistes gagnant en consistance au fil de ce premier volume. On se prend très vite d'affection pour le jeune héros qui se retrouve projeté héros malgré lui dans un univers à la fois étrange et effrayant. Il pourra compter sur l'aide du jeune prince Zucker en rébellion contre son empereur de père (qui s'est allié aux chats au mépris de toute morale) et sur une jolie rate hors-la-loi au tempérament de feu. Amoureux de la gente féline, point de mignons chat-chats à sa mémère ici mais plutôt des créatures cyniques et sans scrupules sous des oripeaux des plus séduisants! On croise aussi des criquets, des réfugiés concentrés dans des camps (écureuils et autres animaux perdus dans les sous sols de New York) et de-ci delà quelques humains plutôt inquiétants. Le petit monde souterrain s'anime sous les yeux du lecteur séduit par cet univers si proche et si éloigné à la fois où nos petits déchets représentent une mine de convoitise pour les créatures du monde du dessous.

L'écriture est très abordable, elle conviendra à merveille aux néo-lecteurs qui se laisseront happer par une histoire certes classique mais bien menée et amenant quelques questionnements pas inintéressants sur la notion d'amitié et de respect. On ne sombre pas pour autant pas dans la mièvrerie totale, certains passages sont même plutôt dark pour le jeune héros qui va devoir apprendre les aléas de la vie et se confronter à la tristesse et la déception. Le lecteur passe donc par tout pleins d'états entre exaltation, curiosité, inquiétude et même par moment par de légers passages mélancoliques (pas de quoi le faire rentrer en dépression pour autant je vous rassure!). Le rythme est enlevé, pas le temps de s'ennuyer et l'on arrive très vite au mot fin sans s'être rendu compte du temps passé. Si ça ce n'est pas un bon point, je ne m'y connais pas!

Jolie, sympathique et fraîche lecture donc que ce tome 1 de La Guerre des Mūs qui je l'espère sera prolongé de belle manière dans les tomes à venir. Wait and see!

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mercredi 4 mars 2015

"Replay" de Ken Grimwood

replayL'histoire : En ce 18 octobre 1988, Jeff Winston se trouve dans son bureau new-yorkais, et écoute sa femme lui répéter au téléphone : "Il nous faut, il nous faut..." Il leur faudrait, bien sûr , un enfant, une maison plus confortable. Mais surtout parler. A coeur ouvert. Sur ce, Jeff meurt d'une crise cardiaque. Il se réveille en 1963, à l'âge de dix-huit ans, dans son ancienne chambre à l'université. Va-t-il connaître le même avenir ? Non, car ses souvenirs sont intacts. Il sait qui va gagner le prochain Derby, et ce qu'il en sera d'IBM et d'Apple... De quoi devenir l'homme le plus puissant du monde, jusqu'à... sa deuxième mort, et qu'une troisième, puis une quatrième vie commencent...

La critique Nelfesque : Voilà un des bouquins qui m'a accompagnée en Thaïlande, un petit roman SF, alors qu'à la base, c'est plus la came de Mr K. Qu'importe cela faisait longtemps que "Replay" était dans ma PAL et j'avais envie d'une histoire peu commune pour m'accompagner à des milliers de kilomètres.

Des milliers de kilomètres, c'est un peu ce que va parcourir Jeff Winston. Des milliers de kilomètres et des espaces-temps différents. Comme voyage, on fait pas mieux ! Comme flippe non plus ! Imaginez-vous dans une journée banale, décrocher votre téléphone nonchalamment et vivre vos derniers instants. Du moins dans cette vie là puisqu'une nouvelle occasion vous ai donné de recommencer votre vie depuis le début.

De belles opportunités certes, l'occasion d'être richissime grâce à de bons placements mais aussi une vie complètement différente où tout reste à construire et tout est à conquérir, à commencer par le coeur de sa moitié si tant est que vous étiez heureux avec elle dans votre précédente vie. C'est tout cela que va vivre Jeff sous la plume de Ken Grimwood. Désappointement, stimulation, exaltation, richesse mais aussi déception, solitude et abattement par moment. Car qui est-on vraiment quand tout ce que l'on a bâti au fil des années disparaît dans un souffle ? Qu'est ce qui définit vraiment l'homme et qu'en reste-t-il lorsqu'il n'est plus ?

"Replay" est un roman étrange et familier à la fois. Nous suivons Jeff dans des moments de sa vie que nous avons tous vécu : les études, les premiers flirts, le quotidien au travail, le rapport aux autres... Puis vient le moment des questionnements lorsqu'on se demande ce que l'on ferait à sa place. Choisir d'investir et devenir riche ? Refaire sa vie à l'identique ? Mais le battement d'ailes d'un papillon peut déclencher une tornade à l'autre bout du monde et chaque choix fait dévier le cours d'une vie...

J'ai lu ce roman avec beaucoup d'intérêt et curieuse de voir comment Jeff réussirait à mener sa barque dans ses nouvelles existences. Je nourrissais également le secret espoir de le voir retomber sur ses pattes et retrouver le cours de sa vie passée car bien des choses seraient différentes après autant d'expériences nouvelles. Sur la fin j'ai ressenti un petit pincement au coeur. Une petite déception sur les choix narratifs de Ken Grimwood ou triste de quitter Jeff, personnage auquel je m'étais attachée ? Sûrement un peu des deux car "Replay" est un roman pour lequel on ne peut qu'avoir de la tendresse.

Roman de science-fiction mais aussi un vrai questionnement sur la vie, je vous conseille cette lecture que vous soyez ou non versé dans ce style littéraire. Vous n'êtes pas au bout de vos surprises...

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lundi 2 mars 2015

"Étoiles, Garde à vous! (Starship Troopers)" de Robert A. Heinlein

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L'histoire: La grande guerre atomique de la fin du XXème siècle a réduit le monde au chaos. Pour maîtriser les hordes barbares nées du désordre, les survivants durent remettre leur sort entre les mains de l'armée. Un siècle plus tard, la civilisation, arrivée à l'âge des étoiles, demeure dirigée par les militaires.

La fleur au fusil laser, Juan Rico s'engage le jour de ses dix-huit ans dans l'Infanterie Spatiale, un des plus prestigieux corps d'armée. Il ne sait pas quel sort terrible attend les soldats qui, sur les mondes lointains, affrontent les armées Arachnides... 

La critique de Mr K: Retour sur une lecture d'un monument de la SF selon beaucoup d'amateurs du genre. Personnellement, je n'en ai entendu parler qu'après avoir vu l'adaptation de Verhoeven, mélange subtil de dénonciation cynique d'un ordre militaire et combats sanglants et endiablés contre de sacrées bébêtes intersidérales. Il était donc temps que je me fasse ma propre idée sur l'ouvrage d'origine trouvé une fois de plus au hasard d'une pérégrination de chineur obsessionnel. 

Juan Rico, fils de bonne famille décide de s'engager quitte à décevoir ses parents qui le vouait à un brillant avenir. Mais voilà, la propagande a fait son chemin dans la tête du jeune homme et l'infanterie mobile lui fait miroiter le statut de Citoyen et la possibilité de vivre l'aventure avec un grand A. Il faut dire aussi qu'il n'est pas assez doué pour devenir pilote de vaisseau ou chercheur en nouvelle technologie... On suit alors sa progression dans l'armée depuis son entraînement de base pour jeune troufion décérébré à son arrivée dans l'univers des officiers. Et oui, vous l'avez bien lu, peu ou pas de baston contre les Arachnides dans ce livre, plutôt la description du cursus d'un homme lambda qui va monter en grade et savoir saisir les occasions qui se présentent à lui. 

Honnêtement la première partie du roman fait furieusement penser à la première heure de Full metal jacket de Kubrick. Un chef épouvantable semble avoir été nommé pour torturer de multiples façons des jeunes recrues qu'il a en charge. Les endurcir, tester leur résistance, séparer le bon grain de l'ivraie... rien ne leur est épargné. La camaraderie leur permet de surpasser cela mais il y a tout de même des morts et des humiliation terribles. La pression se relâche une fois cette première étape passée. C'est alors l'heure des premières missions où la déception pointe son nez chez le lecteur. En effet, on attend un peu à ce que ça défouraille sec, que l'on ait droit à des descriptions de l'ennemi et sa capacité à agir mais il n'en est rien, le héros-narrateur éludant les passages de pur affrontement en expliquant que c'est trop rude à raconter... Tout cela pour revenir à d'autres passages montrant Juan Rico allant à l'école des officiers et devant surpasser d'autres difficultés. Mouais... pas terrible comme perspective. 

Je pense que pour lire ce livre, il faut être fan de l'environnement militaire pur et dur ce qui n'est vraiment pas mon cas. Alors on me dira, oui mais Mr K c'est pour mieux dénoncer un monde autoritaire dominé par l'armée. L'argument est faible à mes yeux vu le peu de profondeur de la réflexion proposée par un auteur certes talentueux la plume à la main mais loin d'être aussi fin qu'un K.Dick, qu'un Simak ou encore qu'un Silverberg. L'ensemble se lit tout de même assez bien mais il ressort une impression de platitude et d'avoir perdu son temps. Étonnamment pour la première fois, je peux crier haut et fort que la version cinéma est supérieure au livre! 

Ce livre se révèle donc totalement dispensable pour tout gros amateur de SF qui dans le genre fournit des ouvrages de bien plus grande qualité sur le même thème. Vous voilà avertis!

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vendredi 27 février 2015

"Que ta volonté soit faite" de Maxime Chattam

que ta volonté soit faiteL'histoire : Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis... S'il n'y avait Jon Petersen.
Il est ce que l'humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin.
Et là... Sans doute réveillera-t-il l'envie de tuer qui sommeille en vous.

La critique Nelfesque : En bonne amatrice de thrillers, je surveille de près les sorties des romans de Maxime Chattam en librairie. Son dernier, "Que ta volonté soit faite", est disponible depuis début janvier.

Jon Petersen est un gars du coin. Un habitant de Carson Mills pur jus. Un 100% Midwest version populaire et une case en moins. Dans les premières pages du roman le lecteur fait sa connaissance dans un moment clé de sa vie. Dès les premières minutes de lecture, on comprend que ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux conditionnera toute sa vie. Ce petit gars là n'a pas de chance. Il n'est pas né dans la bonne famille et va grandir comme une mauvaise herbe, sans attention et dans l'indifférence totale. Pire même puisqu'il subira les violences physiques et morales de son père qui lui feront perdre tout repères et l'amèneront à des actes abjectes.

Comme une longue pente que l'on dévale lentement, nous suivons Jon dans sa jeunesse et son adolescence. Notre instinct de lecteur nous souffle très tôt que l'issue sera dramatique. Son père l'humilie quotidiennement, son entourage est glacial, ses camarades de classe sont cruels comme peuvent l'être les enfants face à ce qui ne leur ressemble pas... Toujours seul, à l'écart, Jon va commencer à avoir des comportements étranges et à l'adolescence ses agissements vont basculer dans l'horreur.

Avec "Que ta volonté soit faite", Maxime Chattam n'est pas dans son registre habituel. Nous sommes plus ici dans un roman noir que dans du thriller pur. J'ai été particulièrement surprise par ce changement de style, agréablement même car l'histoire dépeinte ici est de qualité et que la vie de Jon tient vraiment le lecteur en haleine. Avec des scènes chocs, comme Chattam sait si bien les écrire, le lecteur n'est pas ménagé. Tout commence par le viol de sa tante un soir d'été et c'est une descente aux enfers qui débute.

Efficace et sans concession, ce roman laisse le lecteur pantois entre dégoût de ce qu'il peut lire par moment et curiosité de découvrir la suite. Et sur ce point Chattam sait exactement où il veut nous mener. J'ai été prise dans l'histoire, j'ai voulu savoir quel sort serait réservé à Jon et découvrir qui était véritablement ce narrateur mystérieux extérieur à la scène (sur ce point, je n'ai pas été surprise, mais ce n'est pas bien grave). Si je notais mes lectures, j'aurais mis une très bonne note à ce roman. Si je notais mes lectures... Et si ce roman n'avait pas eu une fin qui a mon sens est complètement bâclée !

Car oui il y a un "mais" au milieu de toutes ces éloges : une justification à l'histoire qui pour moi ne vaut pas deux cacahuètes. Le soufflé retombe complètement avec le dernier chapitre du roman où le narrateur, et par là même l'auteur, nous fait une belle leçon de morale à deux balles et lance clairement à la tête du lecteur : "démerde toi avec ça!". Concrêtement, j'ai refermé mon bouquin avec un terrible sentiment de What The Fuck !? Non mais sans blague !? C'est CA la fin de ce roman !?

Déçue et avec l'impression d'avoir été bernée, je me suis demandée si l'auteur ne s'était pas foutu un peu de notre pomme ou si son éditeur ne lui avait pas suggéré de changer sa fin (forcément démentielle) pour une autre plus novatrice, carrément délirante et choc. Et puis dans ce moment de flottement, j'ai regardé, l'air hagard, la couverture de ce roman fraîchement refermé et en lisant son titre j'ai compris que non, Chattam a bien voulu nous amener là où il a clôt son roman. Depuis le début, il avait cette idée en tête et effectivement tout est logique. Je n'adhère pas à la fin, ses justifications sont fumeuses mais soit, l'idée est là. C'est un parti-pris. C'est couillu. Ca ne plaira pas à tout le monde (la preuve) mais pourquoi pas...

"Que ta volonté soit faite" m'a donc laissée mi-figue mi-raisin. Totalement emballée par ce roman durant toute ma lecture, les dernières pages m'ont fait l'effet d'une douche froide. Dommage... Ca aurait pu être un de mes romans de l'année...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"
- "La Patience du diable"

Posté par Nelfe à 19:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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mardi 24 février 2015

"La Fille de la nuit" de Serge Brussolo

brussolo

L'histoire: Elle a survécu par miracle à une balle dans la tête. Dans l'hôpital de Los Angeles où elle se rétablit, on l'appelle désormais Jane Doe. Mais plus personne ne pourra dire qui elle était avant... Peut-être une tueuse, une créature de l'ombre, froidement programmée pour le crime. C'est ce que lui font penser d'étranges réflexes d'auto-défense, des rêves nocturnes où se déroulent d'implacables scénarios de meurtres. À moins que ce ne soit sa blessure qui ait libéré en elle cette nouvelle personnalité? Une seule certitude: on veut toujours sa mort.

La critique de Mr K: Nouvelle incursion chez Brussolo aujourd'hui avec cette histoire plutôt classique dans son postulat de base: une jeune femme se réveille totalement amnésique à l'hôpital suite à un traumatisme violent (on l'appelle alors Jane Doe). Elle se rappelle donc de strictement rien et ne ressent que de vagues impressions. C'est du moins le point de départ car peu à peu ses nuits se peuplent de cauchemars sanglants et de rêves étranges où semble se dessiner une personnalité des plus vindicatives et déviantes. Elle hésite alors entre la recherche d'un passé perdu et la possibilité d'entamer une nouvelle vie vierge de tout souvenir, une incroyable possibilité de tout recommencer à zéro. On navigue constamment entre réalité étrangère et fantasmes ultra-réalistes, l'auteur se plaisant (comme à son habitude) à brouiller les pistes, on ne peut pas vraiment se raccrocher à des éléments précis et on avance très lentement, ce qui peut d'ailleurs agacer...

Vers le premier tiers s'opère alors un glissement narratif heureux, Brussolo mettant l'héroïne au prise avec Sarah, une ancienne militaire devenue experte en protection rapprochée. On se rend compte très vite qu'elle devient le personnage principal de part son omniprésence et le regard aiguisé qu'elle porte sur Jane. S'interrogeant de plus en plus sur cette cliente qui la touche au plus profond d'elle même, elle va mener l'enquête et lever le voile sur une existence effacée. J'ai été douché car je ne m'attendais pas à la révélation finale qui est bien moins flamboyante que prévue mais qui finalement se révèle bien crédible et originale. Bravo Brussolo!

Thriller réussi par son histoire mais aussi grâce à des personnages poussés, oscillant bien souvent entre les frontières du bien et du mal, La Fille de la nuit est une plongée passionnante dans les arcanes de l'esprit humain sur ses capacités de refoulement et d'explosivité parfois. Au détour de certains paragraphes, c'est aussi une certaine vision de la société américaine qui nous est livrée à réflexion avec notamment la ségrégation sociale et raciale toujours d'actualité et une tendance à l'ultra-surveillance au nom de la sacro-sainte sécurité (ici des plus riches des WASP). De l'action, du suspens et de la réflexion, voici un triptyque qui me plaît bien!

Rajoutez là-dessus une langue toujours aussi directe et agréable à lire, malgré une petite lassitude lors des cinquante premières pages, le récit tardant à démarrer au détriment de l'exploration des angoisses intimes de l'héroïne (j'ai trouvé que l'auteur se répétait mais rien d'irrémédiable), vous obtenez tout même ici un bon roman à la fois haletant et surprenant malgré une thématique déjà explorée. Une belle et bonne lecture que je vous conseille fortement si le genre vous plaît.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
- "Le Syndrome du scaphandrier"
- "Bunker"
- "Les Emmurés"

- "Avis de tempête"
- "La Main froide"
- "Pélerin des ténèbres"

Posté par Mr K à 19:11 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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