samedi 27 décembre 2014

"La Course au mouton sauvage" d'Haruki Murakami

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L'histoire: La vie du narrateur, jeune cadre publicitaire à Tokyo, n'a rien d'exceptionnelle. Jusqu'au jour où, pour avoir utilisé une photographie où figure un mouton d'une espèce rare, il est approché par une puissante organisation d'extrême droite. Le voici contraint de retrouver l'animal – doué, il est vrai, de pouvoirs extraordinaires.

La critique de Mr K: La Course au mouton sauvage me faisait l'œil depuis un sacré bout de temps et je n'avais pas lu de Murakami depuis longtemps, l'occasion était donc trop belle de replonger dans l'univers si envoûtant de cet auteur vraiment à part que j'aime pratiquer régulièrement.

La lecture commence inhabituellement pour tout amateur du maître. Nous suivons la vie sans relief et monotone du narrateur. Sa femme le quitte car rien d'excitant ne se passe dans leur existence conjugale et il se retrouve seul sans que cela ne semble le faire réagir tant l'inertie la plus totale semble l'habiter. On ne saura jamais son nom ni d'ailleurs celui de quiconque dans ce livre. Un jour, il est contacté par un agent de la pègre pour partir à la recherche d'un mouton extrêmement rare au dos étoilé et qui a comme particularité de pouvoir prendre possession des gens pour mener à bien ses desseins. Oui, oui, vous avez bien lu! En même temps, c'est un livre de Murakami!

On retrouve toute sa poésie dans ce volume avec une galerie de personnages particulièrement décalés. Le narrateur en lui même semble d'une banalité affligeante de prime abord, en fait c'est un rêveur borderline qui se perd en réflexions et a sa propre conception de la réalité. Il est très amoureux de sa girl friend (comme il dit) dont il admire les oreilles d'une perfection hypnotisante (cela donne lieu à des pages de purs délice et délire). Il va rencontrer un chauffeur de limousine qui passe des coups de fil à Dieu (il a son numéro de téléphone), un secrétaire de la pègre altruiste qui voudra bien lui garder son chat vieillissant pendant sa quête (un pur moment délirant!), le Rat un de ses meilleurs amis parti se mettre au vert pour échapper au quotidien, un docteur ès mouton qui le guidera dans ses recherches, une âme égarée et bien évidemment, le fameux mouton assoiffé de pouvoir qui détient la clef du destin du héros.

L'action se déroule à Tokyo puis lors de la fameuse "course" le récit se transporte à Hokkaidō, l'île la plus septentrionale de l'archipel japonais. Le voyage est fascinant, oscillant comme toujours avec Murakami entre réalisme brut et touches fantastiques voir surréalistes. Le style reste simple, épuré à la japonaise mais cependant dense en terme de caractérisation des lieux et des personnages. L'immersion est totale surtout que cette enquête étonnante est racontée à la première personne. Par petites touches, l'histoire se dévoile mais gardez-vous d'attendre un explication rationnelle de l'ensemble, ce n'est pas le genre de la maison et chacun devra imaginer ce qui remplit les zones de brumes. Plus original par rapport à mes lectures précédentes de Murakami, ici l'auteur distille par ci par là quelques éléments explicatifs sur l'histoire des lieux et plus farfelu, sur les moutons!

Ce roman est une fois de plus une belle expérience de lecture navigant entre policier et onirisme avec un humour parfois mordant et de belles métaphores sur l'existence humaine. Conte déviant, cruel à l'occasion, La Course au mouton sauvage est encore une preuve du génie Murakami en action. Pour information, sachez que ce volume fait partie d'une trilogie dont les premiers tomes ne sont pas traduits car l'auteur se refuse à le faire. Rien de gênant à cela, ce livre se lit totalement indépendamment et vous procurera un plaisir extrême si vous être adepte des œuvres fascinantes qui déroutent et entraînent leur lecteur dans des contrées fort fort lointaines...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "1Q84 : Livre I, Avril-Juin"
- "1Q84 : Livre II, Juillet - Septembre"
- "1Q84 : Livre III, Octobre - Décembre"
- "Kafka sur le rivage"
- "La Ballade de l'impossible"
- "Sommeil"


samedi 20 décembre 2014

"Le Prestige" de Christopher Priest

le prestige roman

L'histoire: Alfred Borden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs hors du commun, s'affrontent dans un duel sans merci.
Trois générations plus tard, au cours d'une enquête sur une secte, le journaliste Andrew Wesley fait la connaissance de Kate Angier. Elle lui révèle qu'il s'appelle en fait Andrew Borden, et qu'une guerre oppose leurs deux familles depuis la fin du XIXème siècle. Quand Andrew découvre le rôle exact joué par le scientifique Tesla dans toute cette affaire, sa vie en est bouleversée à jamais...

La critique de Mr K: C'est aux Utopiales que j'avais acquis Le prestige avec en prime la dédicace de l'auteur himself. Nous avions vu quelques heures auparavant l'adaptation cinématographique de Christopher Nolan qui nous avait bien plu. Dans la file d'attente, certains festivaliers nous avaient prévenu que la fin du livre était différente (pas seulement la fin en fait!) et même supérieure au métrage. Après une lecture rapide et passionnée, je ne peux qu'abonder dans leur sens, on tient avec ce livre un petit chef d'œuvre de construction et d 'intelligence.

On retrouve donc dans l'ouvrage cette compétition acharnée que se livre Borden et Angier à la différence qu'il n'ont pas été amis au départ. Très vite la pression monte et les coups bas pleuvent. Chacun essaie de voler le secret de l'autre notamment celui de l'illusion de l'homme transporté où le magicien disparaît pour apparaître à l'autre bout de la scène. En ce début de XXème siècle, la science se développe et fait son apparition dans le quotidien (notamment l'électricité), un lien ténu se crée entre la magie de l'illusion et les évolutions scientifiques. C'est au bout de plus de trente ans de démêlés, de spectacles, de jalousie, de malentendus, de maladresses, d'actes de réconciliation ratés et autres aventures que le voile sera levé sur la réelle nature des numéros présentés.

La grosse différence entre le livre et son adaptation réside d'abord dans sa forme. Tour à tour dans l'ouvrage de Priest, on lit le journal de Borden et celui d'Angier. Le lecteur fait donc peu à peu le recoupement des événements à travers le prisme de la pensée et du ressenti de chacun. Cela donne de purs moments de plaisir avec la redécouverte de moments clefs de cette histoire intrigante et complexe. Beaucoup moins manichéen et dirigiste, l'ouvrage fait la part belle à l'humanité profonde des deux protagonistes sans caricaturer, sans raccourci facile. Pourtant le film de Nolan est très bon mais on ne peut que s'incliner devant la profondeur du propos, la dimension fantastique et science fictionnelle de Priest. La fin en est une belle illustration, elle ne serait pas passée auprès des majors américaines car trop étrange, dérangeante pour le grand public que l'on doit gaver de produits prédigérés. Ici, on reste cloué par la révélation finale. Seul regret, ne l'avoir pas lu avant d'avoir vu le film de Nolan pour recevoir un plus gros choc encore!

On pénètre donc dans ce livre dans les arcanes de la magie avec ses secrets inavouables et sa logique. Il faut que le public y croit, que l'illusion soit parfaite. On suit les préparatifs des deux performers, leurs débuts balbutiants voir leurs échecs et leurs hontes. C'est aussi l'occasion de voir la vie familiale de chacun d'eux, la difficulté de conjuguer vie personnelle et professionnelle, ambition, désirs et besoins. L'écriture virtuose de Priest permet de fournir une œuvre à la fois dense et facile d'accès. L'envoutement est total et notre curiosité titillée à chaque page via une atmosphère étrange à l'image des tours de prestidigitation. Pour rajouter un échelon à cette lecture hors norme, trois chapitres mettent aux prises les descendants des deux antagonistes principaux mettant en perspective des aspects non évoqués dans le métrage. Intéressant et malin, surtout à l'image de l'ultime chapitre se passant à notre époque et qui ne manquera pas de vous glacer le sang.

Ne tournons pas en rond, ce livre est un must dans son genre et son traitement. Une très belle lecture à la fois divertissante et enrichissante que vous devez entreprendre au plus vite tant elle vous comblera de bienfaits. À bon entendeur!

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mercredi 17 décembre 2014

"La Mort du roi Tsongor" de Laurent Gaudé

la mort du roi tsongor

L'histoire: Dans une antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais, au deuxième jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate: c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré – mais aussi le haïssable – roi Tsongor.

La critique de Mr K: Je commence à avoir ma petite expérience avec Gaudé que j'ai déjà lu à de multiples reprises et qui ne m'a jamais déçu. La Mort du roi Tsongor traîne déjà depuis quelques temps dans ma PAL et certaines lectrices m'avait encouragé fortement à le lire au plus vite tant il s'était avéré être un coup de cœur. J'ai depuis rempli mon office et je vous l'avoue, ce fut un coup de foudre!

Il y a du Homère dans ce roman, clairement je me suis retrouvé plongé dans l'ambiance et le ressenti que j'ai pu éprouver vers mes huit ans quand mes parents m'avait mis un volume de contes et légendes mythologiques entre les pattes. Une femme à conquérir, une cité assiégée et une guerre menée dont on ne voit pas le bout. Rajoutez là-dessus des intrigues de palais, un vieux roi réfléchissant à sa postérité et une quête initiatique et vous obtenez un roman d'une grande force au souffle épique où un destin sombre plane au dessus des protagonistes.

L'action se déroule dans un pays imaginaire à une époque qui rappelle l'antiquité. Beaucoup d'influences se font ressentir à travers les descriptions des lieux et de batailles, de l'Égypte ancienne, en passant par la Grèce antique et les vieux royaumes africains, c'est un meltingpot culturel qui nous est proposé ici. Cela donne une dimension encore plus universelle au message que veut faire passer l'auteur. Comme à son habitude, Gaudé dose à merveille entre phases descriptives et actions / dialogues, aucune lourdeur donc et un plaisir de lecture optimum.

On croise de sacrés figures héroïques dans ce roman même si un fatum fatal semble menacer chacun d'entre eux. Ainsi le roi Tsongor au summum de sa gloire est un roi apprécié et reconnu mais qui a construit son pouvoir sur la ruine et la désolation. Sa mort est proche et telle une malédiction antédiluvienne, il va plonger sa descendance dans le malheur avec sa mort et le non choix qu'il a effectué juste avant celle-ci. Le cœur des hommes est noir et cette épopée en est une belle illustration même si l'odyssée de Souba (son plus jeune fils chargé d'ériger sept tombeaux) s'apparente plus à une quête initiatique, un voyage rédempteur pour laver les pêchés passés de sa famille. L'intime côtoie ici le grandiose et le dépassement de soi, chacun pourra y piocher ce qu'il y trouvera. Enrichissant est l'adjectif qui convient le mieux à ce livre assez extraordinaire dans son genre.

Les scènes de guerre rappellent les meilleurs passages de L'Illiade d'Homère avec des références certaines aux combats de héros, aux mêlées de poussières et aux pensées des plus illustres personnages. Nous suivons le point de vue des deux camps et tour à tour l'auteur nous interroge sur le poids de l'histoire familial et ses méandres, le sens de l'honneur avec ses aspirations et ses limites, les conséquences de nos actes aussi avec ici une successions de causes et d'effets qui font penser à la machine infernale chère à Cocteau.

Au final, on se retrouve en fin de lecture pantelant et abasourdi devant une œuvre vraiment magistrale, totale, qui provoque un plaisir de lecture rarement égalé. Un classique de plus!

Egalement lus et appréciés au Capharnaüm éclairé:
- "Je finirai à terre"
- "La Porte des Enfers"
- "Pour seul cortège"
- "Le Soleil des Scorta" (il n'y a malheureusement pas de chronique car lu avant de tenir ce blog)

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mardi 16 décembre 2014

"Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël" de S. G. Browne

Le Jour où les zombiesL'histoire : Pauvre Andy Warner. L'ex-star contestataire des morts-vivants a passé une année entière soumis à des tests expérimentaux dans un laboratoire de recherches sur les zombies dans l'Oregon. Heureusement, un miracle se produit : à quelques jours de Noël, il parvient à s'échapper et fausse compagnie à ses poursuivants en enfilant un costume de Santa Claus. Le déguisement parfait... À deux réserves près : des collègues de décomposition le reconnaissent et exigent de lui qu'il soit leur chef ; et une adorable fillette solitaire le suit partout, convaincue qu'il est vraiment le père Noël...
Une comédie horriblement délicieuse à lire sous le sapin.

La critique Nelfesque : On ne pouvait pas rêver meilleure période pour lire "Le Jour où les zombies ont dévoré de Père Noël" de S. G. Browne que celle où le sapin trône fièrement dans le salon. Noël approche à grand pas et voici une lecture tout à fait de saison.

Dans ce présent volet, on retrouve Andy, jeune mort-vivant rencontré dans "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" (notez qu'une fois encore un soin tout particulier a été apporté au titre du roman) pour une nouvelle aventure loufoque où sa condition de zombie ne fait pas bon ménage avec le quotidien des "respirants" alentours.

Andy se réveille au début du roman dans un laboratoire de recherche dans lequel il est un cobaye tout trouvé. Lui, zombie de son état, semble avoir des prédispositions biologiques particulières et fortes intéressantes pour la médecine qui voit en lui un objet d'étude pour contrecarrer ce phénomène zombiesque qui prend de plus en plus d'ampleur. Là où le premier tome était plus centré sur la découverte de sa condition et son mal-être grandissant entraînant une lutte pour les droits des "non vivants", ce dernier fait la part belle à la critique des laboratoires de recherche et des conditions de vie des cobayes. Ici il s'agit d'hommes (morts certes mais anciens vivants tout de même) et cela rend le propos encore plus fort mais, de nouveau, l'auteur amène une réflexion transposable à d'autres situations, notamment à celle des animaux de laboratoire.

Dans un grand bâtiment froid et impersonnel, les zombies sont enfermés et torturés pour la Science. Les bouches cousues avec des points de suture, ils restent là des semaines, des mois voir des années jusqu'à ce que mort s'en suive (comprenez par là jusqu'à ce qu'ils ne soient plus exploitables puisque techniquement, morts, ils le sont déjà). Amputations, tests de produits sur la peau, injections, sevrage visuel et conditionnement mental à la Orange mécanique... Toutes les expériences y passent et même si le ton est majoritairement drôle, le lecteur est bouleversé par le peu d'empathie dont les praticiens font preuve dans cet établissement.

Au delà de cela, "Le Jour où les zombies..." est une fois de plus traité avec beaucoup d'humour. Un humour salvateur qui donne une dimension comique à l'ensemble et permet de dédramatiser une situation qui est loin de l'être. De mon point de vue, celui ci est moins drôle que le précédent, peut être aussi parce que l'effet de surprise est derrière nous, mais beaucoup plus sensible avec notamment une histoire avec une petite fille qui n'est pas sans rappeler la relation qu'Andy avait de son vivant avec sa propre fille.

Des situations touchantes, un humour toujours présent, pas de redites et toujours autant de plaisir à lire les aventures d'Andy, ce roman à l'écriture efficace se lit d'une traite et apporte au lecteur un moment particulier où fun et esprit de noël se côtoient. A lire assurément et au mois de décembre, sous le sapin, c'est encore mieux !

Ce roman ci peut très bien se lire indépendemment du précédent, il n'y a aucune obligation d'avoir lu "Comment j'ai cuisiné..." pour comprendre l'histoire ici présente.

Père Noel Mirobole

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mercredi 10 décembre 2014

"Tout ce qui meurt" de John Connolly

Tt ce qui meurtL'histoire : Charlie Parker, un flic new-yorkais qu'on surnomme Bird, est parti se souler après une dispute avec sa femme, un soir de décembre. En rentrant chez lui, titubant, Bird ne sait pas encore qu'il vient de franchir pour longtemps la porte de l'enfer : dans la cuisine, maculée de sang, gisent les corps atrocement mutilés de sa femme Susan et de sa fille Jennifer. Rongé par la culpabilité, Bird démissionne de la police et part sur les traces du monstrueux assassin.
De New York à La Nouvelle-Orléans, il suit celui qu'on appelle le Voyageur, fin stratège et amateur de poésie macabre qui sème derrière lui des cadavres, comme autant d'appâts. La traque mène alors les deux hommes dans les bayous de Louisiane, qui digèrent lentement les victimes écorchées du Voyageur...

La critique Nelfesque : Je connaissais John Connolly (à ne pas confondre avec Michael Connelly) pour son excellent livre jeunesse "Le Livre des Choses Perdues". Pourtant adepte de littérature policière, je ne savais même pas que ce même auteur avaient écrit des dizaines de romans dans ce genre là. Honte à moi ! C'est lors d'une discussion avec Xavier Mauméjean à la dernière édition des Utopiales que je décidais de découvrir cette autre facette de l'auteur. Il m'a tellement vanté cette saga "Charlie Parker", dont "Tout ce qui meurt" est le premier d'une longue série, que je n'ai pas pu résister longtemps.

A la lecture de ce tout premier roman je me dis que j'aurai peut être dû... L'histoire a pourtant tout pour me plaire : une découverte traumatisante et gore à souhait, un serial killer affublé d'un petit nom qui sème la peur et la désolation partout où il passe, un héros ancien flic cassé, une enquête à la Nouvelle-Orléans qui fleure bon le vaudou. On est pile poil dans le stéréotype du thriller page turner que j'adore lire pour passer un bon moment. Je suis comme ça moi, je passe des bons moments avec des personnages littéraires peu recommandables! S'il vous plaît, n'appellez pas les urgences psychiatriques tout de suite...

"Tout ce qui meurt" commence plutôt bien. On rentre très vite dans le vif du sujet avec la découverte des corps de Susan et Jennifer dès les premières pages. Connolly ne s'encombre pas de détails et ne tourne pas autour du pot. C'est efficace et j'aime ça ! Malheureusement assez vite, je comprends que je vais compter les heures avec ce roman qui sera sans doute beaucoup plus fastidieux à lire que ce que j'avais pressenti au départ.

L'auteur nous présente un nouveau personnage, puis un autre, puis un autre, encore un autre, 3 ou 4 par ci, une bande de malfrats par là... Et peu à peu on se noie dans une kyrielle de personnages et on en oublie presque qui est qui. Mieux vaut être concentré lors de sa lecture car Connolly nous présente au détour des pages des policiers de plusieurs états mais aussi deux familles adeptes du grand banditisme. Perso, j'en ai perdu mon latin... Rajoutant à cela que peu enthousiaste avec ma lecture j'ai passé plusieurs jours dessus, j'ai sorti les rames et j'ai failli prendre l'eau.

Ce roman date de 1998 et peut-être qu'en son temps il a eu un bel accueil mais aujourd'hui tant de bons bouquins sont sortis dans ce genre de littérature et sur des thèmes similaires (je vous laisse piocher dans la rubrique thriller du blog), que si je notais mes lectures je ne mettrais à "Tout ce qui meurt" qu'une petite moyenne. De facture classique, je n'ai pas eu de réelles surprises à la lecture de ce roman. Les personnages sont caricaturaux, l'histoire est cousue de fil blanc et la fin bien que sympathique aurait pour le coup méritée d'être plus longue.

Loin de moi l'idée de dire que cet ouvrage est mauvais, il est "sympathique" mais dans le genre j'ai lu 1.000 fois mieux. Dommage... Je vais tout de même continuer cette saga à l'occasion. Non pas que je sois maso mais vu ce que m'en a dit Mauméjean, son enthousiasme pour cette série et le fil conducteur sous-jacent, j'ai fortement envie de voir où tout cela va mener le lecteur. Même si pour cela il faut passer par quelques déconvenues...

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mardi 9 décembre 2014

"Une Enquête philosophique" de Philip Kerr

enquête philosophiqueL'histoire: Je tue, donc je suis.
L'inspecteur principal "Jake" Jacowicz mène l'enquête. Une dure à cuire drôlement futée, dont la particularité est de détester les hommes. Son adversaire est à la hauteur: un serial killer qui figure sur une liste ultra-secrète de criminels sexuels potentiels, tous affublés -sécurité oblige!- d'un nom de philosophe. Le méchant, baptisé Wittgenstein, ayant infiltré l'ordinateur central du ministère de l'intérieur, entreprend d'éliminer ses compères un à un. Le duel hautement philosophique et pervers qui se livre ici oscille entre le cynisme et une extrême drôlerie.

La critique de Mr K: Le problème avec une PAL trop fournie c'est que parfois on ne sait pas par quoi commencer! Dans ces moments d'égarements avec Nelfe nous avons une combine. On laisse l'autre dépoussiérer trois volumes qui le tenterait et l'autre doit choisir celui qu'il va lire. Vous l'avez deviné Une Enquête philosophique est de ceux-là! Bien en a pris, il n'avait que trop attendu (environ 4 ans!) et c'est une très belle réussite!

Une belle expérience qui pourtant n'était pas gagnée d'avance. En effet, j'ai eu du mal à rentrer dedans. Passé la description clinique d'un corps lors d'une autopsie, on passe directement à une conférence très technique que donne l'héroïne sur les techniques de mise en application de la loi et de méthodologie en matière d'enquête criminelle. C'est dense, parfois abscons quand on ne travaille pas dans le milieu mais à fortiori je me suis rendu compte que cela servait l'intérêt de cette enquête pas tout à fait comme les autres. Notre enquêtrice de choc a fort à faire avec ce mystérieux serial killer qui sévit rapidement et sans laisser de trace. À force de provocations, elle va pouvoir établir un lien avec lui, commence alors un petit jeu pervers digne de la relation trouble entre l'agent Sterling et Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. Et non, je n'exagère pas, on est ici au même niveau de finesse.

L'intérêt du livre réside beaucoup dans les relations qu'entretient Jake avec les autres et notamment les hommes pour qui elle voue une haine féroce. Pas lesbienne pour autant (on évite ici l'évident cliché), un passé douloureux donne un début d'explication à ce comportement déviant qui lui joue des tours notamment avec ses supérieurs de New Scotland Yard. Travailleuse et fonceuse, on se prend vite de sympathie pour cette âme à la dérive dont la vie personnelle est inexistante et qui se raccroche à son travail. Un chapitre sur deux, Philip Kerr nous donne à lire le carnet de pensées personnelles du tueur qui lui aussi est une âme abîmée et esseulée. Bien que ténus, des ponts se forment au fil de la lecture pour livrer une fin d'une grande mélancolie et d'une portée qui va au delà du thriller moyen.

L'action se passe en 2013 mais ce livre a été écrit en 1992... Cela donne une mise en perspective intéressante de notre époque à travers l'esprit quasi visionnaire de Philip Kerr. Il avait anticipé les dérives policières et sécuritaires, la banalisation de la pensée raciste et le repli sur soi d'un grand nombre de personnes que l'on peut constater avec les avancées en matière de nouvelles technologies. La société britannique présentée dans cet ouvrage fait peur: mélange des différents pouvoirs politiques tendant vers l'autocratie (Sans séparation des pouvoirs point de liberté, Montesquieu), répression systématique et fin de la politique d'éducation et de prévention, invention du coma préventif pour les criminels les plus dangereux mettant à mal les principaux droits de l'homme et surtout la peur omniprésente et transmise par des médias adeptes du faits divers sanglant érigé à l'état d'exemple et de règle. On a froid dans le dos tout au long du roman surtout que l'héroïne fervente supportrice de la méthode musclée commence à se questionner fortement sur le bien fondé de cette orientation politique.

Malgré quelques lourdeurs stylistiques que je trouvais âpres en début de lecture, je me suis habitué au style de Philip Kerr pour finalement ne plus pouvoir lâcher le volume tant on est happé par l'histoire et son background. Le suspens est insoutenable et les répercussions réflectives nombreuses. On termine sa lecture heureux d'avoir pu lire une œuvre aussi intelligente que sensible au rythme de références philosophiques très bien choisies et éclairantes quant à la nature de l'homme et des sociétés qu'il a engendré. Le tout est abordable et très malin.

C'est donc une lecture que je qualifierai d'obligatoire pour tous les amateurs du genre tant elle détonne et fait réfléchir. Un petit bijou, je vous dis!

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mercredi 3 décembre 2014

"Trois coeurs, trois lions" de Poul Anderson

trois coeursL'histoire: Holger Carlsen, Danois vivant aux États-Unis, décide de rejoindre sa terre natale pendant la Deuxième guerre mondiale. Alors qu'il est impliqué dans des actions de résistance, sur le point de mourir, il se réveille dans un monde étrange, médiéval, peuplé de nains et de sorcières... Dans cet univers, la Loi et le Chaos se livrent une lutte sans merci et il semble que Holger ait un rôle essentiel à jouer dans ce combat. Mais qui est réellement Holger Carlsen, héros malgré lui?

La critique de Mr K: Retour aujourd'hui à la SF avec un ouvrage de Poul Anderson dont j'avais apprécié La Patrouille du temps, un récit classique dans la thématique des voyages dans le temps. Avec Trois coeurs, trois lions, j'abordais un autre versant de l'œuvre de cet auteur, celui de la fantasy, un genre que j'aime beaucoup mais que je trouve bien trop souvent enfermé dans des codes qui brident l'imaginaire.

Le pitch de départ est simple et a tout pour plaire. Un homme de notre époque se retrouve embarqué dans ce qui semble être une autre dimension, un autre monde où la réalité diverge particulièrement de la nôtre. Ingénieur de métier, Holger Carlsen va vite se rendre compte que les lois physiques ne sont plus exactement les mêmes et qu'il est entré de plein pied dans un univers où la magie règne en maître, où les chevaliers font régner l'ordre et la justice et où l'on peut rencontrer nombre de créatures interlopes et extraordinaires. Mais que fait-il ici? Au fil de ses pérégrinations, il va devoir se redécouvrir et trouver un but à sa nouvelle existence.

Le livre commence dare-dare. Après un court chapitre où un mystérieux narrateur nous fait un petit point topo sur le jeune héros, ce dernier est très vite plongé dans la contrée onirique de Faërie. Poul Anderson remplit bien son contrat et nous fait partager avec une grande maîtrise le décalage et le déphasage du héros par rapport au monde qui l'entoure. Pataud et désorienté, il croise déjà un drôle de nain pas farouche et une sorcière peu ragoûtante. S'ensuit alors tout un voyage abracadabrantesque avec passage obligé en auberge, lutte contre un dragon cracheur de feu, combat homérique contre un troll, séduction par des créatures malicieuses et fatales, et tout une autre palanquée de péripéties des plus rafraîchissantes! Le rythme est haletant, pas le temps de s'ennuyer surtout que Poul Anderson ne fait pas l'erreur de se prendre trop au sérieux et une petite dose d'autodérision dans les personnages donne à cette entreprise une saveur toute particulière.

Bien qu'assez classique dans sa conception et son déroulé (pas de réelle grande surprise dans cette lecture), l'aventure surprend par son côté léger. Il y a une touche de ton épique mais les personnages ramènent l'entreprise au niveau terrestre. L'immersion est totale dans ce monde qui par bien des aspects ressemble un peu à notre bonne vieille Terre. Ainsi, vous y croiserez des éléments de la quête arthurienne mais certains personnages feront directement référence à des royaumes moyen-âgeux ayant vraiment existé. Il ressort donc une drôle d'impression qui mêle fiction et réalité historique, je dois avouer que cet aspect m'a touché et a rendu ma lecture encore plus enthousiaste.

Ajoutées à ce récit principal, les éditions Folio SF ont mis à la la suite deux nouvelles qui n'ont qu'un rapport lointain avec Trois coeurs, trois lions. Il y est question d'une auberge fabuleuse qui a la particularité de se mouvoir à travers le temps et où les habitués sont de célèbres personnages de l'histoire. Vous pourrez par exemple discuter avec Villon ou encore assister à des échanges fort à propos entre Léonard de Vinci et Albert Einstein. Très dépaysant et très réussi.

L'écriture de Poul Anderson fait une fois de plus merveille. Son apparente simplicité n'est en fait prétexte qu'à fournir des personnages ciselés et bien amenés avec une économie de mots peu commune. Les phases plus descriptives sont dans la même veine et provoque l'adhésion immédiate du lecteur prisonnier qui ne peut décemment s'échapper avant d'avoir lu le mot fin. Cet ouvrage fait partie des meilleurs représentants du genre des années 60. Si le cœur vous en dit, vous ne serez pas déçu!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Patrouille du temps
- Les Croisées du Cosmos

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mercredi 26 novembre 2014

"Personne n'en saura rien" de Sylvie Granotier

personne n'en saura rienL'histoire: Mélusine, Jeanne, Irène... Aucune n'est ressortie vivante de l'arrière de cette camionnette qui sillonnait les côtes françaises. L'assassin n'a jamais été inquiété. Isabelle a seize ans quand elle croise sa route. Elle est prête à tout pour survivre.
Aujourd'hui, elle est seule à savoir qui se cache derrière ce gros type solitaire jugé pour viol sur mineure. Pourtant elle se tait et c'est lui qui a peur. La victime est-elle bien celle que l'on croit?

La critique de Mr K: "Personne n'en saura rien" est une histoire de face à face. Isabelle est une rescapée, elle a réussi à échapper à l'ogre des temps modernes Jean Chardin. Le procès commence et étonnamment les rôles semblent s'inverser entre la victime et le bourreau. Il est sur ses gardes et pétrifié alors que la jeune fille a un comportement peu commun entre silence et instrumentalisation. Le récit alterne donc scènes de procès et flashbacks, la vérité est peu à peu levée au fil des révélations successives...

Je suis plus que mitigé sur cet ouvrage qui m'a laissé de marbre. Pourtant il se lit vite et avec un certain intérêt. Ce dernier réside essentiellement dans le jeu de l'auteur consistant à lier les souvenirs épars des uns et des autres et le jugement en cours. J'ai particulièrement aimé les passages concernant Jean Chardin dont l'enfance porte en germe le monstre en devenir qui croît peu à peu en lui. Bien mené à défaut d'être original, le parcours de ce personnage tour à tour émeut, effraie et révulse le lecteur. En parallèle, nous vivons les derniers instants de quelques unes de ses victimes et rentrons dans la tête d'Isabelle. Là, je dois avouer que je m'en suis complètement désintéressé! Terrible quand même! L'auteur enfile cliché sur cliché, on navigue dans le commun et finalement l'accroche n'est pas là. On en viendrait presque à regretter qu'elle ait survécu. Bon... j'avoue que j'exagère un peu mais vu le rôle que lui a attribué Sylvie Granotier, je m'attendais vraiment à une figure beaucoup plus puissante et plus soignée dans sa caractérisation.

Là où le bât blesse c'est surtout sur la promesse non tenue par la quatrième de couverture! Le suspens n'a rien de sombre et d'intense, tout retombe comme un soufflé. On se doute dès la première moitié de ce qui se trame. D'ailleurs en relisant le résumé au dos, je me rends compte que tout est dit implicitement... Vraiment ballot pour un roman de la série Special Suspense! Raté à ce niveau là, il ne reste pas grand chose pour sauver ce volume qui ne m'a pas donné spécialement envie de découvrir davantage cette auteure qui en plus n'écrit pas de manière marquante. Il y a des passages vraiment fulgurants (toujours autour de Jean Chardin) mais le reste m'a semblé plat et sans rythme. Dommage, dommage car le thème et l'histoire me séduisaient sur le papier...

Au final, je considère cette lecture comme purement alimentaire et je ne peux vraiment pas vous la conseiller tant il se fait beaucoup de choses bien mieux et plus haletantes dans le domaine. Les forcenés du genre en tout cas feraient mieux de passer leur chemin!

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lundi 24 novembre 2014

"La Longue Guerre" de Terry Pratchett et Stephen Baxter

la longue guerre

L'histoire: Dix ans ont passé depuis que Josué Valienté est revenu des profondeurs de la Longue Terre. Il mène désormais une existence paisible dans une jeune colonie à plus d'un million de mondes de sa Terre d'origine et n'aspire plus qu'à vivre en famille sans se mêler des problèmes du multivers.
C'est alors que surgit sa vieille amie Sally Linsay, porteuse de graves nouvelles. Les trolls, nos cousins pacifiques, sont de plus en plus souvent victimes de la maltraitance des hommes. Josué restera-t-il longtemps les bars croisés?
D'autant que la tension monte entre les mondes lointains et la Primeterre, où l'inquiétant Brian Cowley, le nouveau président des États-Unis, ne cesse de durcir sa politique à l'égard des colonies. Exaspérés par les spoliations et les abus dont ils font l'objet, les pionniers déclarent leur indépendance. Il n'en fallait pas plus pour décider l'administration Cowley à lancer une expédition punitive censée ramener les brebis égarées dans le droit chemin.

La critique de Mr K: J'avais adoré La Longue Terre lors de ma lecture, une œuvre fleuve, sensible et drôle. Assez unique en son genre! Quand j'avais appris qu'il s'agirait d'une trilogie, ma première réaction ne fut pas tendre, il faut dire qu'aujourd'hui la mode est aux sagas, à la multiplication des volumes dans un ensemble qui souvent ressemble à un délayage informe, sans saveur et finalement uniquement commercial. Mais bon... quand on connaît sieur Pratchett, on ne peut décemment l'accuser de telles fourberies, c'est donc plutôt confiant que j'entamais le présent volume. Quel bonheur encore une fois!

Il s'en est passé du temps depuis le premier roman. Les héros d'hier ne sont plus les mêmes, Josué vit désormais en père de famille comblé, l'agent Jansson est en retraite et atteinte d'une maladie, Sally Linsay reste elle totalement imprévisible quant à Lobsang je vous laisse le découvrir par vous-même! L'exploration des multivers continue, on cherche désormais à dépasser les 2.000.000 de planètes parallèles à la notre et la colonisation progresse avec son lot d'incertitudes et de défis. La tension monte entre les colonies florissantes et la Primeterre qui voit d'un bien mauvais œil la diaspora humaine se développer dans ces mondes parallèles sans pouvoir la contrôler. On s'oriente donc vers un conflit. C'est à travers le prisme de multiples personnages, très différents les uns des autres que les auteurs nous proposent un voyage à nul autre pareil entre exploration, realpolitik et échanges entre populations et espèces.

On retrouve toutes les qualités du premier volume dans celui-ci. Tout d'abord un monde foisonnant, neuf dans sa représentation qui tranche pas mal dans l'univers SF traditionnel. Certes le thème des mondes parallèle a été et reste traité régulièrement mais il y a ici une ambiance bien particulière partagée entre le côté scientifique de cette expérience littéraire (des explications forts pointues mais bien menées ponctuent certains chapitres) et une écriture décontractée, marque de fabrique de Terry Pratchett qui ici n'abuse point de l'humour mais le dispatche avec finesse et efficacité. Ce n'est pas la grande gaudriole comme pouvaient se révéler l'être les aventures se passant dans le Disque-monde. L'écriture souple, accessible et parfois enchanteresse accompagne à merveille le lecteur pris immédiatement en otage par deux auteurs au sommet de leur forme.

On voyage énormément entre petites colonies de quelques âmes, grandes cités de la Primeterre et tout un ensemble de mondes plus étranges les uns que les autres malgré leur ressemblance avec notre bonne vieille terre pour paraphraser le capitaine Haddock. Des passages entiers sont consacrés aux nouvelles organisations nées de ces installations dites "sauvages" par le gouvernement central. Cela donne de belles pages évoquant l'aventure avec un grand A, celle notamment des premiers explorateurs du XVIème siècle avec des problèmes à régler propres à une primo-installation (l'accès à l'eau, l'électricité, les lois, la justice...). C'est aussi la rencontre avec l'Autre. On retrouve avec grand plaisir les trolls, grands humanoïdes proches de nous, pacifiques et avides de connaissances qui malheureusement doivent se heurter à la nature égoïste et agressive de l'être humain. Plus étonnant, drôles et inquiétantes en même temps, une race d'hommes-chiens que l'on rencontre vers la fin de ce volume et qui va s'avérer être au centre de la trame principale. Les descriptions des créatures, des paysages, la gestion des différents personnages de chapitre en chapitre sont d'une rare qualité et clarté, ce qui ne peut que faire avancer la cause de la SF!

Ici c'est le plaisir immédiat et l'impression de rentrer dans un univers différent qui prédominent, les deux auteurs ont bien eu raison de prolonger l'aventure car il y a de quoi faire. Surtout qu'au détour des méandres de l'histoire, on se surprend à s'interroger sur soi-même et l'évolution du monde actuel. Pas de catastrophisme pour autant (ce n'est pas le genre de Pratchett) mais quelques piqûres de rappel bien placées pour ne pas ressortir de cette lecture sans bagage réflectif. Intelligent et drôle, je vous l'avais dit!

Il est fortement conseillé d'avoir lu le premier volume pour s'attaquer à celui-là mais croyez moi ça vaut le détour! Il y a une vraie fin à La Longue Guerre même si on imagine aisément vers où les auteurs veulent nous mener pour le troisième et ultime volume. Gageons qu'il soit aussi réussi que ses deux prédécesseurs!

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mardi 18 novembre 2014

"Graal, La Légende des chevaliers" de Christian de Montella

GraalL'histoire: Entrez dans la légende du Graal...
Découvrez les origines de la quête,
la puissance du Magicien Merlin,
les terribles fées Viviane et Morgane...
Chevauchez aux côtés des valeureux chevaliers Lancelot,
Perceval et galahad.
Combattez au nom du roi Arthur
pour la victoire de la Table Ronde,
de la Lumière contre les Ténèbres...

La critique de Mr K: Depuis ma découverte de Merlin l'enchanteur des studios Disney, la méga-claque cinématographique que fut Excalibur de Boorman (d'ailleurs il faudrait que je me le revisionne un de ces jours...) et le cycle des Dames du lac de Zimmer Bradley en littérature, j'ai toujours adoré le cycle arthurien qui est tout de même un élément fondateur de notre culture commune. On y trouve à la fois les origines païennes et barbares de l'Europe ainsi que l'émergence du christianisme symbolisé par la quête du fameux Graal. L'occasion m'a été donné de parcourir Graal, la légende des chevaliers de Christian de Montella, un ouvrage jeunesse fort malin et d'une très grande beauté.

Le présent volume est divisé en trois grandes parties. La première est consacrée aux origines du Graal. En 18 pages, l'auteur revient sur les derniers jours du Christ, sa crucifixion et Joseph d'Arimathie recueillant le sang du messie dans la fameuse coupe. Il finit par fuir vers le nord et la mystérieuse île d'Avalon. S'ensuit un bond dans le temps avec une partie de 26 pages consacrée à Merlin, figure tutélaire de la légende du Graal. Christian de Montella commence par la naissance de Merlin (fils du Diable et d'une humaine tout de même! Ce n'est pas rien!) jusqu'à l'intronisation d'Arthur suite au défi d'Excalibur. Pour achever l'ouvrage, 22 pages sont réservées à la quête du Graal et surtout la désignation de l'élu qui pourra l'approcher. Trois grands chevaliers sont alors évoqués: Lancelot, Perceval et surtout Galahad. Quête mystique et intérieure, voie vers la révélation de la présence de Dieu et promesse de mille ans de paix, tels sont les enjeux de cette recherche éperdue.

Graal 1

J'ai volontairement noté le nombre de pages dans mon petit résumé pour vous faire part de ce qui révèle être un point fort ou un point faible selon la manière dont on aborde cet ouvrage. Pour un premier contact, ce recueil est idéal, court en terme de textes, il permettra aux novices d'aborder la légende arthurienne sans crainte et d'une manière certes survolée mais allant à l'essentiel. Les symboles forts sont là ainsi que les principales péripéties, il ravira les jeunes gens en quête d'un premier contact à la fois flamboyant et mystique. A la nuit tombée, il suivra les pas du Christ sur le mont Golgotha, frissonnera autour de la vraie nature de Merlin et chevauchera en compagnie des chevaliers de la table ronde.

Il sera sans nul doute conquis par la beauté des textes et des images. Les illustrations sont en effet de toute beauté mélangeant symboles christiques et païens, naturalisme et images chevaleresques. Elles ne ressemblent à rien d'autre de ce que j'ai pu voir dans mes anciens ouvrages destinés aux jeunes et marquent les esprits. Elles font merveilleusement écho aux textes accessibles et exigeant qui immergent à souhait le lecteur dans ces temps de légende et d'histoire. Le livre a un défaut, il se lit très vite et je vois déjà les jeunes âmes en réclamer encore plus... mais tant mieux si cela leur permet d'ouvrir leurs horizons à d'autres cieux littéraire. Je pense vraiment que ce livre est une porte qui ne demande qu'à s'ouvrir.

Graal 2

Par contre, si votre enfant ou pré-adolescent est un grand fan de cette période et de cette thématique, la déception risque d'être grande. L'auteur allant à l'essentiel ne vise pas un public de passionnés. Passez alors votre chemin et dirigez-vous plutôt vers un Zimmer Bradley qui est ce qui se fait de mieux à mes yeux en roman tournant autour de la légende arthurienne. Cependant, l'ouvrage de Montella conviendra parfaitement aux plus jeunes lecteurs en quête d'aventures.

Une belle découverte en tout cas, faites avec intelligence et finesse. Profitons-en, il paraît que ça se fait de plus en plus rare!

Posté par Mr K à 18:29 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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