mardi 30 juillet 2013

"Fleur de tonnerre" de Jean Teulé

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L'histoire: Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s'appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu'il venait d'exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

La critique de Mr K: Le dernier roman de Teulé m'a été prêté par mon père qui m'avait fait découvrir cet auteur avec Darling. Depuis j'en ai lu quelques uns et à chaque fois la lecture s'est révélée truculente (le style de l'auteur) et passionnante de par les histoires proposées et les personnages livrés en pâture au lecteur. Ici, l'action se déroule en Bretagne (Yes!) et nous suivons la route funèbre empruntée par la plus grande criminelle française: Hélène Jegado native de Plouhinec en Morbihan (c'est pas loin de chez nous ça!). Cuisinière émérite allant de place en place en semant la mort et la consternation, son talent caché d'empoisonneuse va s'exercer pendant des décennies sans qu'elle soit soupçonnée. Elle finira par être découverte et sera guillotinée sur la place publique.

Plus on avance dans cette lecture, plus on est horrifié! Les morts s'accumulent et on se demande comment elle n'a pas pu être inquiétée par les forces de l'ordre de l'époque. Il faut dire qu'au XIXème siècle, la médecine n'en est alors qu'à ses balbutiements et que les symptômes de l'empoisonnement via l'arsenic sont très proches de ceux du choléra et que cette maladie est endémique à l'époque. Personne ne trouve grâce à ses yeux: hommes et femmes, jeunes et vieux (voir même nourrisson!), laïcs et clercs, tout le monde y passe! L'explication vient très tôt avec deux / trois chapitres sur son enfance et sur le trauma qui a causé ce désordre psychique. La figure de l'Ankou (travailleur de la mort des légendes bretonnes) la marque à jamais et elle va se substituer à lui pour faire son travail. Mélange de folie, de cruauté et d'ignorance, le personnage d'Hélène Jegado est à la fois fascinant et repoussant tant elle éclaire la nature humaine sous un jour des plus déplaisants mais malheureusement possible. J'en ai encore des frissons dans le dos!

Ce livre témoigne aussi d'un grand travail de recherche de Teulé sur les us et coutumes de la basse Bretagne de l'époque. Population froide et superstitieuse ne communiquant qu'en breton, ne sachant même pas que la Bretagne est en France, l'ambiance est lourde et menaçante comme un soir de tempête sur la côte sauvage de Quiberon! Sans en faire trop, le portrait de notre belle région est ici sans concession et ne donne pas vraiment envie de venir y passer ses vacances! Deux personnages récurrents vont d'ailleurs en subir les conséquences pendant tout l'ouvrage: deux perruquiers normands venus en Bretagne pour acheter des cheveux pour confectionner des perruques. Au fil des différentes étapes de la Jégado dans de nombreuses villes bretonnes (Plouhinec, Hennebont, Vannes, Lorient, Pontivy, Guern etc...), on les retrouve souvent en mauvaise posture face aux populations rustres ou à la météo capricieuse. On peut le dire, ils s'en prennent plein la tête et cela donne lieu à des moment de pure comédie noire. J'ai personnellement adoré!

J'ai dévoré ce livre en très peu de temps comme à chaque fois avec cet auteur. Le style reste inimitable et gouleyant à souhait. Le sujet en lui même m'intéressait et on ressort de cette lecture abasourdi et interloqué. Petit défaut, la première partie s'apparente plus à un catalogue de meurtres plus glauques les uns que les autres, tout cela manque de lien et de psychologie. Cependant Teulé se rattrape par la suite avec de beaux passages qui sauvent le tout. Un Teulé restant un Teulé, même si celui-ci n'est pas son meilleur, il vaut largement le détour et la période estivale s'y prête à merveille! Venez découvrir une autre Bretagne à la fois sombre et mystérieuse!

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez
-Le Montespan


jeudi 25 juillet 2013

"La petite fille de Monsieur Linh" de Philippe Claudel

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L'histoire: C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qui s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

La critique de Mr K: Retour vers un auteur qui m'avait profondément marqué avec son ouvrage «J'abandonne» que j'ai lu il y a plus de dix ans. J'avais pleuré comme jamais, saisi que j'avais été par une émotion intense d'une pureté sans faille. Par peur de laisser s'échapper toutes les larmes de mon corps mais aussi par omission, je n'avais jamais re-pratiquer Claudel jusqu'ici. Le mal est réparé et je nourris quelques regrets d'avoir reporté cet acte tant cet ouvrage confirme tout le bien que je pense de cet auteur.

On suit ici les pérégrination d'un vieillard, Mr Linh, qui a du quitter précipitamment son pays d'origine à cause d'une guerre qui ne dit pas son nom. Il a sous sa protection sa petite fille qui semble être la seule rescapée de la famille. Après une brève première partie mettant en scène son départ pour l'exil, nous accompagnons Mr Linh dans ses premiers pas sur une terre inconnue: le premier contact avec le foyer pour réfugié, ses diverses attentions envers sa petite-fille, les rencontres qu'il va faire lors de ses premières promenades dans le monde extérieur... Peu à peu, une ambiance pesante s'impose et le lecteur sent bien que tout ceci cache quelque chose.

J'ai adoré ce petit livre de 184 pages que j'ai lu en deux heures tant j'ai été happé par l'histoire et le style. Le thème du déracinement en lui même est passionnant, il est ici remarquablement traité. J'ai retrouvé le style d'écriture simple et abordable d'Albert Camus dans «L'Étranger» avec l'ultra-sensibilité en plus. Le vieil homme porte ici toute la souffrance des réfugiés du monde et Philippe Claudel par quelques lignes bien senties mais toujours très pudiques nous explique en restant délibérément vague les circonstances qui ont provoqué la fuite du vieil homme. Les rapports avec sa petite fille sont emprunts d'émotion, de finesse et j'ai eu l'œil humide plus d'une fois, ce qui m'arrive très rarement lors de mes lectures... Quant au switch final, j'en suis resté sans voix. L'ensemble est porté par un souffle universaliste qui force la réflexion et permet au lecteur de relativiser sur sa situation et son avenir. 

Pas besoin d'en dire plus, ce livre est un must dans son genre. Emprunt d'une poésie rare, d'une humanité touchante au possible, ce roman est à lire absolument tant il est bouleversant, marquant l'esprit du lecteur longtemps après sa lecture. À lire!

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mercredi 24 juillet 2013

"Nid de guêpes" d'Inger Wolf

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L'histoire: Une semaine avant Noël, dans une maison abandonnée de la ville danoise d’Århus, un agent immobilier tombe sur le cadavre d’un adolescent. Tout autour du corps, un amas de guêpes mortes. La nuit même, l’hôpital psychiatrique voisin signale la disparition d’un patient hanté par d’étranges réminiscences – une fillette aux traits flous, une maison blanche derrière un marronnier, et des guêpes...

Rappelé en urgence de ses vacances familiales en Croatie, le commissaire Daniel Trokic ne tardera pas à se rendre compte que, lorsque les adultes mentent, les enfants se vengent.

La critique Nelfesque: Je ne connaissais pas Inger Wolf avant de lire "Nid de Guêpes", pourtant l'auteure signe là son quatrième roman et son premier chez Mirobole Editions, toute jeune maison d'édition ayant vu le jour au printemps dernier.

"Nid de Guêpes" est un roman policier nordique. Je n'en suis pas à mon coup d'essai dans la lecture de ce genre et là où certains peuvent être déstabilisés par les noms de personnages ou de villes très "tirés par les cheveux" pour les français que nous sommes, je me rends compte que dorénavant je n'ai plus aucun soucis d'adaptation. C'est un gain de temps et un confort de lecture non négligeable (j'ai souvenir de mon tout premier roman suédois avec l'excellentissime "Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes" de Stieg Larsson où il a fallut vraiment râmer pour se souvenir de tous ces noms aux consonances inhabituelles).

Etant une grande fan de thrillers et polars en tout genre et commençant à être "rodée" sur ceux venus du nord, je suis de plus en plus exigeante sur mes lectures de ce genre. Les sirènes des plans comm' mettant en avant le fait même que le roman en question est nordique ne marchent que moyennement sur moi et quand je me fais avoir, je peux être très en colère (cf "Morte la bête" de Lotte et Soren Hammer). Bon j'arrête de tourner autour du pot et donne mon avis sur "Nid de guêpes"!

J'ai aimé ce roman sans pour autant le trouver inoubliable. De facture classique, je l'ai trouvé plaisant mais je n'ai pas trouvé la patte de l'auteur, le petit quelque chose en plus qui fait d'un thriller banal, un roman qui tue! Le crime qui ouvre l'oeuvre de Wolf est comme il faut: gore, sans excès mais qui imprime bien dans le cerveau du lecteur la folie du meurtrier (attention aux âmes sensibles tout de même, je précise une fois encore que ce n'est pas "ma première scène de crime" (et certains la trouveront affreuse (alors je préfère préciser (et j'arrête les parenthèses)))). Le début était prometteur... On rentre tout de suite dans le vif du sujet!

Le commissaire Trokic est de ces flics qui font fureur dans les romans policiers... Un être solitaire cachant une blessure... Oui, c'est pas mal, ça permet au lecteur de s'attacher au personnage... Il est d'ailleurs plutôt bien construit et sa psychologie est intéressante mais alors mince quoi suis-je la seule à en avoir marre de ce cliché que l'on retrouve dans pratiquement tous les thrillers? Ah c'est sûr qu'un flic clown, heureux de vivre et qui lance des blagues toutes les deux secondes c'est moins charismatique mais c'est aussi nettement plus rare. Coup de gueule qui n'est pas spécialement dirigé vers "Nid de guêpes" mais vers la plupart des romans de ce genre aujourd'hui en librairie. Mesdames et messieurs les auteurs, s'il vous plait, arrêtez de nous dépeindre toujours les mêmes flics! C'est lassant à force...

Un chapitre sur deux, on laisse de côté le comissaire Trokic et l'enquête pour se retrouver à côté du meurtrier. Bien qu'ayant deviné la fin du roman très rapidement (et oui, l'habitude du thriller, tout ça...), j'aime ce genre de construction qui nous permet d'être au plus près du mal, de pouvoir l'appréhender, d'essayer de le comprendre. Si l'on met de côté les faits et la morale qui s'y rattache, il y a toujours une explication aux actes. Ici, sans trop en dévoiler, l'explication et la façon dont elle est amenée tient le lecteur en haleine et est assez efficace.

Ainsi "Nid de guêpes" se lit en moins de temps que l'on a le temps de dire "ouf!", l'écriture est fluide et le rythme est au rendez-vous. Les chapitres sont courts et les pages se tournent facilement. Inger Wolf signe là un bon thriller donc mais pas non plus LE thriller de l'année. Rassurez-vous, je parais bougonne sur ce coup mais je n'ai pas boudé mon plaisir pour autant. A découvrir, en particulier si vous n'êtes pas un habitué du genre pour en apprécier toutes les ficelles sans impression de déjà-vu.

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dimanche 21 juillet 2013

"Arrêtez le carrelage" série Le Poulpe, Patrick Raynal

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L'histoire: Un vieux chalutier qui saute sur une mine allemande en plein dans la rade de Lorient et Le Poulpe repart en guerre...

Contre qui cette fois? Qui peut bien vouloir la fin du village de Kerletu? Qui peut être assez avide pour vouloir s'emparer d'un morceau d'éternité niché entre granit et océan?

Est-il vraiment possible d'arrêter le carrelage du vieux druide? Le Poulpe aura bien du mal à répondre...

La critique de Mr K: Retour dans l'univers haut en couleur de la série du Poulpe avec cette enquête en terre bretonne. Cette aventure du Poulpe avait une saveur toute particulière à mes yeux car l'essentiel de l'action se déroule dans les environs de mon lieu de travail, dans les terres de l'est de la rade lorientaise. Peu ou pas d'éléments toponymiques ont été modifiés et du coup l'immersion s'est faite très vite, me vissant un sourire au coin des lèvres durant toute ma lecture.

C'est en feuilletant sa feuille de chou quotidienne que Gabriel Lecouvreur alias le Poulpe tombe sur une drôle d'histoire: un chalutier a coulé suite à une collision avec une mine anti-sous marine allemande datant de la Seconde Guerre mondiale. Il n'en faut pas plus pour attiser sa curiosité et l'amener à promener sa défroque dans le Morbihan sud sur sa vieille moto anglaise. Très vite, il va se heurter à une certaine hostilité de la part de quelques habitants et va découvrir que derrière ce fait divers à priori anodin se cache une conspiration plus importante mettant en danger l'identité culturelle même du paisible petit village de Kerlétu (aujourd'hui quartier de la ville de Gâvres).

On retrouve dans cet ouvrage toutes les qualités de la série. Tout d'abord, il y a toute une série de portraits plus grolandais les uns que les autres: un gang de bikers réactionnaires, un notaire filou, des habitants froids et retors, une jeune bretonne crépière aussi allumée que son bilig... ils sont trop nombreux pour tous les citer ici. Tout ceci confère une ambiance unique à cet ouvrage et plonge notre héros dans une enquête difficile qui ne se résolvera que dans les ultimes pages de l'ouvrage. Peu propice aux descriptions vu la brieveté imposée aux auteurs de la série, ma chère Bretagne, ses paysages, son bâti et son charme intemporel sont ici remarquablement rendus par petites touches sensibles et justes. L'écriture de Raynal fait merveille et les phases dialoguées sont croustillantes à souhait dans le pur style du Poulpe. La lecture se fait donc sans effort et avec un plaisir renouvelé page après page.

Ce fut donc une lecture très rapide et agréable au possible. Un bon moment en terre bretonne doublé d'une intrigue maîtrisée et une fois de plus terriblement actuelle dans les thèmes qu'elle aborde. Avis aux amateurs!

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé:
- Nazis dans le métro
- J'irai faire Kafka sur vos tombes
- Du hachis à Parmentier
- Vomi soit qui malle y pense
- La petit fille aux oubliettes
- La bête au bois dormant

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samedi 20 juillet 2013

Grand déballage annuel d'Emmaüs

Vous connaissez notre amour immodéré pour Emmaüs, notre dealer favori de romans de seconde main. On aime y aller à l'occasion et on en revient toujours les bras chargés de bouquins. Aujourd'hui, c'est le Grand déballage annuel et nous étions bien entendu au rendez-vous!

Là où habituellement, une partie seulement du site d'Emmaüs est accessible à la vente, aujourd'hui les portes s'ouvrent et c'est une immense braderie qui se tient! Romans, meubles, jouets, matériels médicaux, vêtements, objets anciens... Il y en a pour tous les goûts et tous les intérêts. Avec la petite photo de famille de nos achats du jour vous verrez clairement que de notre côté ce qui compte c'est la musique, la lecture et la picole (!):

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Côté "picole":
- Bouteille à eau de vie (héhé à nous la Poire Williams maison!)
- 2 verres à demi

Côté musique:
- "Crises" de Mike Oldfield
- "Albedo 0.39" de Vangelis
- "Confession d'un malandrin" d'Angelo Branduardi
- "Islands" de Mike Oldfield

Côté lecture:
- "Les Garçons sauvages" de Burroughs
- "Colère du présent" de Jean-Bernard Pouy
- "Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus" d'Eric-Emmanuel Schmitt
- "Allah recherche l'autan perdu" (série Le Poulpe) de Roger Dadoun
- "La Main froide" de Serge Brussolo
- "Gandhi (1869-1948) Parcours d'un citoyen peu ordinaire" de Christophe Bouillet
- "La Maison d'à côté" de Lisa Gardner
- "Un boulevard pour Sarko" de Plantu
- "Les Chiens de l'hiver" de Dan Simmons
- "Une femme fuyant l'annonce" de David Grossman
- "En mémoire de la forêt" de Charles T. Powers
- "La Demoiselle de la légion d'honneur" d'Annie Goetzinger et Pierre Christin

Bonne récolte!

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jeudi 18 juillet 2013

"La Reine Margot" d'Alexandre Dumas

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L'histoire: Sous des rideaux de velours fleurdelisé d'or, dans un lit de chêne sculpté, une femme à moitié nue, appuyée sur son bras, ouvrait des yeux fixes d'épouvante.

La Mole se précipita vers elle.

"Madame! S'écria-t-il, on tue, on égorge mes frères; on veut me tuer, on veut m'égorger aussi. Ah! Vous êtes la reine... Sauvez-moi."

Et il se précipita à ses pieds, laissant sur le tapis une large trace de sang.

La critique de Mr K: Retour dans le classique aujourd'hui avec ce roman de Dumas que je n'avais toujours pas lu malgré des lectures enthousiastes comme "Les Trois mousquetaires" ou "20 ans après". J'avais adoré le film de Chéreau lors de sa sortie et pensait alors lire assez rapidement la matrice littéraire originelle. Le temps a passé et seules restent les pensées comme disait l'autre... Puis un soir, Nelfe et moi regardions la dernière émission de l'année de La Grande librairie sur France 5. Des auteurs célèbres étaient conviés pour remplir la valise de vacances parfaite du lecteur, ils devaient donner un nom de classique de la littérature et un titre plus contemporain. L'un deux a proposé "Les Trois mousquetaires" créant la surprise sur le plateau et provoquant chez moi un reflux de souvenirs oubliés. Justement, dans ma PAL, dégoté chez l'abbé, traine depuis bientôt quatre ans, "La Reine Margot" du même auteur! Je me lançai dans sa lecture quelques semaines après...

L'action se déroule dans une période bien particulière de notre Histoire. Charles IX règne alors sous l'égide de sa mère omniprésente Catherine de Médicis. Marguerite (surnommée Margot) sa soeur épouse Henri de Navarre (futur Henri IV) pour consolider les relations du royaume de France avec ce petit territoire frontalier. Mais cela ne suffit pas à rasséréner la vieille reine-mère férue d'astrologie, ultra-possessive avec ses enfants et qui s'étant fait prédire qu'un jour ce petit insolent de navarrais serait roi de France décide de tout mettre en oeuvre pour conforter sa famille dans sa main mise sur le trône.

Pour éviter l'écueil du roman historique lénifiant et ennuyeux, Dumas a rajouté deux personnages imaginaires qui vont se mêler à l'Histoire avec un grand H. Il s'agit du huguenot (protestant) La Mole et du digne comte catholique Coconnas qui vont tomber profondément amoureux l'un de la reine de Margot l'autre d'une comtesse proche du pouvoir. Cela donne lieu à des passages de romance d'une rare sensibilité et de très belles pages sur l'amitié qui contrastent avec les intrigues incessantes qui nous sont décrites. Décidément rien n'est épargné à Henri de Navarre et ses proches, le milieu de la cour est très bien rendu et la figure mortifère sous un masque aimable de la Médicis plâne du début à la fin. La menace est sourde mais discrète, le lecteur ressent un profond malaise et ne peut que s'effrayer devant les travers de la politique de l'époque. Le point d'orgue est une description de la nuit de la Saint Barthélémy d'août 1572 aussi crûe que réaliste, montrant l'absurdité et le fanatisme qui règnent en ces temps de guerre des religions.

Cet ouvrage est remarquable pour de nombreuses raisons. La caractérisation des personnages est un modèle du genre, rien ne nous est épargné de leur nature et de leurs motivations. Leur richesse et leur finesse est incroyable, on les voit vivre et ressentir leur vie sans pouvoir intervenir. Les figures de Margot et d'Henri, les deux épousés au centre d'une union arrangée ne s'aiment pas et pourtant face à leur ennemie commune, ils vont devoir remuer ciel et terre pour survivre et obtenir leur réelle indépendance. On alterne donc scènes de complot et scène d'action rythmées, genres dans lesquels l'écriture de Dumas excèle. De la finesse, de la fluidité, une légèreté très moderne pour l'époque qui font que le plaisir est immédiat et durable. Comme un bon chocolat qui fond dans la bouche, ce roman se dévore et se vit. Bien que très épais, les pages se tournent inexorablement et avec ferveur jusqu'au mot FIN.

Que dire de plus sinon que ce livre est un classique chez les classiques! Il s'apparente à ce qui se fait de mieux dans le domaine du roman historique entre vérité et petits rajoûts personnels pour romancer l'Histoire. Une très belle réussite, une histoire et un style qui marquent et donc un bonheur littéraire à lire ou relire de toute urgence!

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dimanche 14 juillet 2013

"Faërie" de Raymond E. Feist

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L'histoire: La maison Kessler était perdue dans les bois... Une ferme splendide et pleine de recoins, où Phil et Gloria pensaient trouver le calme, loin de la ville et de l'agitation. Mais ce que trouvent leurs trois enfants est bien différent: d'étranges histoires de clairières hantées, de lueurs qui dansent dans la forêt et de trésors enfouis...

Tout un monde secret, enchanté par l'ancienne magie celtique et habité par de mystérieuses présences. S'agit-il des fées et du vieux peuples des légendes? Ou d'êtres plus dangereux, animés de désirs inquiétants?...

Bientôt, ce qui avait la couleur du rêve se change en un terrifiant cauchemar. Des puissances oubliées se sont réveillées et convoitent les enfants. Pire encore: leurs âmes.

La critique de Mr K: Une lecture bien agaçante aujourd'hui avec Faërie de Feist. Pour ceux qui nous lisent régulièrement, il n'a pas dû vous échapper que cet auteur nous avait bien charmé avec son premier cycle de Krondor. Nelfe me l'avait fait découvrir et j'avais apprécié la plume et la maîtrise scénaristique dont faisait montre sieur Feist. C'est donc plutôt optimiste et même disons-le avec impatience que je me plongeai dans la lecture du présent volume. Au final, une belle déception malgré de bons moments. Le pitch pourtant était accrocheur à souhait et dès que j'avais lu la quatrième de couverture, je pensais que ce livre était fait pour moi...

Une famille déménage dans une vieille maison cossue bordée par la forêt. Dès le début on le sait, il y a quelque chose de pas clair, quelque chose de malveillant qui rode. Mais voilà, Feist s'embourbe très vite dans la description des liens familiaux qui unissent les membres de cette famille recomposée. Sortez les violons et la guimauve, on se retrouve dans une ambiance mormone à souhait où les bons sentiments s'enfilent comme des perles entre niaiseries et fadeur. A part les deux jumeaux garnements, tous les autres personnages humains sont à vomir tant ils sont conventionnels et leurs réactions prévisibles. On s'ennuie, on rit involontairement puis franchement, en citant des passages bien ringards à ma blogueuse de coeur! Pffffou! Je vous assure que la finesse des personnages est digne d'un parpaing-plein de construction période seventies!

Heureusement, la menace se précise un peu plus tous les trois chapitres et insinue un peu de doute dans cette famille ricaine bien sous tout rapport. Mais les touches sont vraiment légères et peu développées dans les trois quart du roman. Il faut donc s'accrocher! Heureusement, la dernière partie est bien plus enlevée, bascule dans le fantastique et la fantasy avec une maestria d'écriture qui fait penser aux meilleurs passages de l'auteur de Krondor. Une instabilité émotionnelle s'installe enfin et le lecteur se sent impliqué. Le final n'est pas des plus original mais n'est pas décevant. Heureusement, vu le mal que je me suis donné pour survivre à la morale bien pensante qui pèse tellement sur ce livre.

Le style de l'auteur reste égal à lui de même entre accessibilité et exigence descriptive (ça se lit vite et bien) avec des passages tout bonnement stupéfiants comme le charme érotique dont est victime la fille ainée ou l'exploration finale que doivent entreprendre les deux jeunes fils de la famille. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'on pouvait supprimer une bonne moitié du livre tant des passages entiers font remplissage et alourdissent inutilement l'ensemble. Au final mon admiration pour Feist en a pris un coup et je ne pense pas le relire de sitôt. Dommage...

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vendredi 12 juillet 2013

"L'Armoire des robes oubliées" de Riikka Pulkkinen

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La critique Nelfesque: A la lecture de la quatrième de couverture et au titre de ce roman, "L'Armoire des robes oubliées", je n'étais que moyennement enthousiaste à l'idée de commencer cette lecture. "Qu'importe c'est l'été, me dis-je, et une petite histoire à l'eau de rose c'est de saison!". J'ai donc commencé ma lecture avec pour idée de lire un roman léger sans vraiment accrocher. Je connais mes goûts en matière de littérature... J'étais pleine de préjugés et mal m'en a pris. "L'Armoire des robes oubliées" malgré son titre Arlequinesque et son résumé accrocheur de midinettes n'est pas à ranger dans la catégorie des romans faciles, légers et creux. 

C'est un très beau roman que voici. Un roman qui m'a tiré quelques larmes en fin de lecture et qui m'a fait passée par une multitude de sentiments. Les personnages sont dépeints à la perfection dans toute leur complexité, leur joie, leur peine, leur doute, leur colère, leurs questionnements. Ce premier roman de Riikka Pulkkinen est un bijou (allez, je lâche le mot)! Il est profond, juste et laisse le lecteur dans un état émotif rare.

Anna est le faire valoir de l'histoire et la robe dont il est question dans le titre n'est qu'un prétexte à lancer l'histoire. J'ai été peu touchée par le vécu d'Anna mais celui de ses grands-parents et de la nounou de sa mère (complexe et tellement vrai) m'a passionnée. C'est un roman qui se déguste et qui nous montre que les histoires d'amour sont loin d'être simples, méritent toutes d'être vécues et que le jugement n'y a pas sa place. Comment nait une histoire d'amour? Que change-t'elle dans la vie des principaux intéressés mais aussi dans celle de leurs proches et de leurs descendants? Peut-on changer par amour et jusqu'où ce dernier peut-il nous mener?

Je ne rentrerai pas volontairement dans les détails de l'histoire afin de vous laisser découvrir cette oeuvre pleinement, comme ce fut le cas pour moi. Je n'avais lu aucune critique et la magie de ces pages ne m'en a touché que davantage. Le lecteur s'identifie aux personnages, leurs vécus faisant écho au sien. L'amour naissant, l'incompréhension face à certaines situations, le deuil... Vous y retrouverez obligatoirement une part de vous-même.

L'écriture de Pulkkinen est belle. De celle qui vous transporte, pleine de poésie. La lecture de ce roman se mérite, elle n'est pas toujours facile (comme quoi, je m'étais complètement plantée au départ) mais certains passages sont d'une rare beauté. Le lecteur se retrouve dans la tête des personnages comme une petite souris et est parfois géné par la puissance des sentiments qu'éprouvent tour à tour Elsa, Eleonoora, Eeva et Martti.

"L'Armoire des robes oubliées" est puissant, profond et plein d'humanité. Je ne suis pas ressortie indemne de ma lecture et il m'a fallu un petit moment pour redescendre sur terre et revenir à mon quotidien... Il m'est d'ailleurs difficile d'écrire ce billet tant je sais que je ne pourrai pas retranscrire avec justesse l'émotion qui fut la mienne en le lisant. Si les prochaines publications de Pulkkinen se révèlent aussi puissantes, elles devront passer entre mes mains! Comme vous l'aurez compris, je vous conseille vivement cette lecture. Vous passerez alors un moment hors de temps qui vous marquera longtemps.

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lundi 8 juillet 2013

"Métropolice" de Didier Daeninckx

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L'histoire: L'homme à la valise se tenait immobile au bord de la fosse. Le bout de ses chaussures noires entamait la ligne blanche tracée tout le long du quai. Il haussa les épaules quand le grondement se fit plus précis. Jacques se releva et vint se placer juste derrière l'homme. Il frissonna de froid. La sueur mouillait son dos. Ses mains jaillirent de ses poches et se collèrent sur les omoplates de l'homme.

Qui bascula dans un cri terrible.

Il n'avait jamais rien vu de plus gros qu'une motrice de métro.

La critique de Mr K: Retour à Daeninckx aujourd'hui avec un ouvrage tout droit sorti de chez l'abbé. Métropolice le bien nommé nous plonge dans l'univers parallèle du métro parisien nous invitant à côtoyer une faune bigarrée et un univers quotidien suffocant. Roman noir et policier se mêlent pour nous offrir une œuvre brève et immersive au possible.

Tout commence par un événement aussi rare qu'effroyable: un homme transportant une bombe est précipité sous les roues d'une motrice de la RATP. On suit alors deux parcours: celui de la police tout d'abord désarmée face à cet acte fou qui peu à peu va suivre la piste de ce "sérial-pousseur" et remonter sa trace. Le portrait des forces de l'ordre est sans concession notamment par le portrait qui est ici brossé de deux policiers réactionnaires ordinaires et une hiérarchie léthargique qui n'a pas le sens des priorités. Un chapitre sur trois, nous nous retrouvons dans la peau de Jacques, le "pousseur" et suivons ses états d'âme et sa quête effrénée. Le malaise est là, cet homme est plus que perturbé et peu à peu le voile se lève sur ses motivations. La conclusion est sans appel et non dénuée de nuance.

L'univers du métro est ici extrêmement bien rendu. Le décor est banal, chacun vaque à sa petite existence sans soupçonner les déviances et les intrigues qui peuvent se dérouler à moins d'un mètre de soi. L'ambiance est donc étouffante, noire. L'individualisme transpire des pages descriptives mettant en scène le métropolitain et rend plus catharsique le rapport aux personnages qui gagnent du coup en relief. Cet univers sombre et cet absence de réel espoir m'ont plu et embarqué. L'intrigue gagnant en profondeur, de nouveaux questionnements d'ordre plus général apparaissent notamment concernant la montée de l'extrême droite en temps de crise comme nous pouvons le connaître en ce moment en France. A ce niveau, l'ultime page du recueil est à la fois effrayante et réaliste.

Ce fut donc une excellente lecture aussi rapide que plaisante. Il faut dire que l'auteur n'a pas son pareil pour tenir son intrigue et l'élargir à des questions de l'actualité contemporaine. L'écriture est fluide et va à l'essentiel, tous les bons éléments étaient donc réunis pour une réussite pleine et entière.

Déjà chroniqués de Daeninckx:
- Lumière noire
- Nazis dans le métro

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mardi 2 juillet 2013

"Pour seul cortège" de Laurent Gaudé

Couverture-Pour-seul-cortege

L'histoire: En plein banquet, à Babylone, au milieu de la musique et des rires, soudain Alexandre s'écroule, terrassé par la fièvre.

Ses généraux se pressent autour de lui, redoutant la fin mais préparant la suite, se disputant déjà l'héritage et le privilège d'emporter sa dépouille.

Des confins de l'Inde, un étrange messager se hâte vers Babylone. Et d'un temple éloigné où elle s'est réfugiée pour se cacher du monde, on tire une jeune femme de sang royal: le destin l'appelle à nouveau auprès de l'homme qui a vaincu son père...

le devoir et l'ambition, l'amour et la fidélité, le deuil et l'errance mènent les personnages vers l'ivresse d'une dernière chevauchée.

La critique de Mr K: Cet ouvrage est le deuxième que je lis de Laurent Gaudé après l'excellent "Le Soleil des Scorta" que l'on m'avait offert et que j'avais adoré. Avec cet ouvrage, l'auteur nous immerge dans une ambiance de fin de règne comme jamais vous ne la vivrez ailleurs. Alexandre va mourir et son empire est au bord de l'implosion. À travers le regard de trois personnages gravitant ou ayant gravité autour de lui, nous allons suivre l'agonie du chef et sa succession.

Autant vous le dire tout de suite, il m'a tout de même fallu une bonne quarantaine de pages pour réussir à m'immerger dans le roman. Je trouvais le rythme plus que lent et même si la langue est belle, il ne se passe pas grand chose et j'avoue que j'ai été au bord de le lâcher pour le reprendre plus tard. Faisant par là preuve d'une force morale qui m'étonne encore, je rentrai alors complètement dans cette histoire hors du commun au souffle épique certain.

Tour à tour, nous sommes dans la tête d'Alexandre qui ne comprend pas bien ce qui se passe. Puis, nous suivons un de ses meilleurs amis envoyé comme messager loin de son empereur alors que ce dernier est au plus mal. Et puis surtout, nous suivons le parcours de la fille de Darius et à elle seule, elle mériterait un livre tant ce personnage est à la fois attachant et puissant. Elle est sans conteste mon personnage favori de cette épopée, loin des clichés et des portes ouvertes, elle symbolise la droiture et la responsabilité malgré sa fragilité. Elle est une bouleversante figure dramatique.

Difficile de parler de ce livre tant une fois conquis, nous sommes plongés dans une histoire à la fois simple et épique. La langue de Gaudé fait ici aussi merveille et les derniers chapitres sont parmi les plus impressionnants que j'ai pu lire. Si si, on n'est pas loin de "La Légende des siècles" de Hugo en terme de ton épique. La dernière chevauchée des compagnons d'Alexandre n'a pas à rougir de la légende de Roland et de son épée Durandal et franchement, j'ai refermé le livre chargé d'émotion et l'esprit excité comme rarement.

Une très belle lecture bien que difficile au départ. Lancez-vous et préparez-vous à un voyage hors du commun.

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