lundi 26 octobre 2015

"Journal d'un caméléon" de Didier Goupil

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L'histoire: Le XXIème siècle sera bipolaire Après une rupture amoureuse, Cosme Estève, peintre de son état, se retrouve pour un délai indéterminé dans un établissement spécialisé. Armé de sa seule boussole, il erre dans les couloirs labyrinthiques à la recherche du fumoir pour se griller une énième cigarette. Le dédale n’est pas seulement géographique il est aussi mental. Au fil du périple, qui le replonge dans son passé et la genèse de sa vocation, il aura la confirmation de ce qu’il pressentait : ils sont nombreux à cohabiter à l’intérieur de lui-même. Pour endosser les différentes identités qui s’agitent en lui, il n’aura d’autre solution que de devenir caméléon.

La critique de Mr K: L'occasion m'a été donné de découvrir Journal d'un caméléon paru au Serpent à plumes qui m'a de suite intrigué par le pitch de sa quatrième de couverture: artiste maudit, hôpital psychiatrique, l'amour et encore l'amour… Autant de thèmes qui m’interpellent et qui m'intéressent réunis dans la même œuvre! Ce n'est pas beau ça? J'avais adoré la lecture de Vol au dessus d'un nid de coucou (et sa géniale adaptation par Milos Forman au cinéma) et apprécié le film de Maurice Pialat sur Van Gogh, vous en avez un croisement littéraire de fort belle facture ici avec un court roman original dans sa construction et diablement addictif une fois que l'on a pénétré dedans.

Le récit commence dans un hôpital psychiatrique. Cosme Esteve, peintre d'origine catalane y est interné suite à une rupture amoureuse très douloureuse avec sa maîtresse du moment. Artiste multi-forme, homme à femme, voyageur, amateur de cuisine et de fête, à travers des flashback et des errances dans les couloirs de sa prison du moment, Didier Goupil dresse le portrait d'un homme complexe qui se révèle être bien vivant et proche de l'auteur (c'est un ami à lui). Étrange mélange de fiction et de réalité, l'ouvrage possède un charme certain entre portrait intimiste et une certaine vision du monde qui transparaît ici ou là.

Ce livre, c'est donc avant tout le portrait d'un homme amoureux de la vie et de l'Art. L'auteur balaie large et rentre même dans les alcôves de la vie privée de son ami. Rien ne nous est épargné par exemple sur ses atermoiements amoureux avec ses deux femmes officielles successives et ses nombreuses aventures. Ce côté "artiste" branchouille n'est pas ce qui m'a le plus plu chez lui, bien au contraire, je ressentais de l'agacement face à ces marivaudages incessants. Instable, bipolaire surtout, Cosme Esteve traverse la vie par périodes allant de la félicité la plus totale à des moments bien plus sombres qui culminent avec son internement. C'est l'occasion pour l'auteur de dresser en filigrane un état des lieux des institutions psychiatriques et des pratiques en vogue en la matière dans notre pays (vous verrez ce n'est pas très reluisant). Clairement, ces passages sont l'occasion pour le héros de réfléchir à sa vie, à l'existence humaine de manière générale ("Le Siècle des Lumières avait voulu l'individu, le XXIème siècle l'avait fait. À la perfection. Nous étions tellement des individus que nous étions désormais seuls au monde" page 96). J'ai été profondément touché par certains passages, une émotion palpable à chaque page entre richesse du propos, originalité provoquée par le point de vue de l'interné et quelques touches plus décalées de bon aloi qui permettent de redescendre la pression pour quelques pages.

Journal d'un Caméléon s'est aussi cela: des passages plus drôles, plus tendres aussi, reflet d'une vie aux multiples facettes qui donne son titre à l'ouvrage. Pour traverser cette vie, le peintre s'est mué en caméléon. Pour ses pannes de créativité, ses dévissages psy, ses problèmes de cœur, ses voyages, Cosmo Esteve change de personnage, d'identité et continue son petit bonhomme de chemin bon gré mal gré. Il se dégage alors une folie douce, un destin hors du commun qui se joue des conventions et des règles comme on peut s'y attendre de la part d'un artiste d'ailleurs. On s'accroche donc à ce personnage et à tous ceux qui gravitent autour de lui notamment ses deux femmes, alchimies mêlées de la figure de la mère et de l'amante. Loin des clichés, les relations entre personnages sont ici très réalistes, fidèle à la réalité même si cette dernière est quelques peu altérée par la maladie mentale dont souffre le héros.

Il faut un certain temps pour rentrer dans l'ouvrage. Il m'a fallu une trentaine de pages pour me faire une idée nette du personnage et des principes d'écriture mis en œuvre par Didier Goupil. Loin d'être linéaire, la trame s'apparente à un gigantesque puzzle entre carte mentale du personnage et déroulé plus classique de sa vie. Le style de l'auteur est à la fois alerte et exigeant, sans lourdeurs inutiles et par là même très accessible. Les interrogations de départ laissent peu à peu la place alors à la curiosité et à l'empathie. On passe un très bon moment et on s'étonne d'en être arrivé si vite à la fin tant le temps s'écoule rapidement. Une belle et profonde expérience de lecture que je ne peux que vous conseiller.


samedi 24 octobre 2015

"Camp de gitans" de Vladimir Lortchenkov

camp de gitansL'histoire : Loufoque, grinçant, acide, voici le tableau d'un pays en plein chaos dans un monde à la dérive.
A l'Assemblée générale des Nations Unies, un terroriste moldave prend en otages tous les grands de ce monde, d'Obama à Poutine, en passant par Merkel, Berlusconi et Sarkozy. Ses revendications stupéfient la planète.
Pendant ce temps en Moldavie, entre incurie, corruption et culte aveugle de l'Union européenne, le pays a sombré dans l'anarchie, la capitale Chisinau est envahie par des hordes d'enfants abandonnés et une étrange religion se répand : les Moldaves seraient le Peuple élu, le nouvel Israël, qui réclame une Terre promise au bord de la Méditerranée... L'ONU va devoir agir, sans quoi, adieu les otages !
Découvrez dans ce roman à l'écriture étourdissante comment les Moldaves marchandent avec Dieux, ou pourquoi le major Plechka, maton filou, oblige ses prisonniers à écouter en boucle les trésors de la poésie nationale...

La critique Nelfesque : J'avais lu et beaucoup aimé le précédent ouvrage de Vladimir Lortchenkov, "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie". J'ai pu découvrir la suite des aventures rocambolesques de ces Moldaves fuyant leur pays dans "Camp de gitans", sorti en librairie pour cette Rentrée Littéraire chez l'excellente maison d'édition qu'est Mirobole. Si j'ai un conseil à vous donner en préambule c'est de sauter immédiatement sur ce bijou de pur délire !

Avec "Des Milles et une façons...", j'avais découvert un roman farfelu à l'écriture peu commune. J'avais passé de très bons moments de franche rigolade à la découverte des plans échafaudés par ces Moldaves pour atteindre l'Italie. "Camp de gitans" ne suit plus exactement le chemin des personnages du précédent roman mais nous montre ce qu'est devenue la communauté Moldave au sens large suite à la désertion de leur pays pour des contrées plus riches et porteuses d'espoir. Il est donc tout à fait possible de lire celui ci sans avoir lu le précédent pour comprendre l'histoire mais il serait dommage de passer à côté de quelques clins d'oeil savoureux.

Cette précision étant faite, Lortchenkov reste dans la même veine d'écriture avec ce roman ci. Bien qu'ayant déjà un sacré niveau dans l'absurde, j'ai trouvé "Camp de gitans" encore plus loufoque et avec des passages absolument incroyables. Pour la première fois de ma vie, j'ai pleuré de rire en lisant un roman. C'est dire ! Quelle bouffée d'oxygène ! Quelle jusqu'au boutisme dans les choix stylistiques de l'auteur !

Il n'est pas des plus faciles de rentrer dans ce roman lorsqu'on n'est pas habitué à Lortchenkov. "Camp de gitans" est un roman qui demande du temps et surtout de longues plages de lecture pour vraiment absorber le lecteur et qu'il se laisse aller aux délires que l'auteur nous propose. Ne pouvoir lire que par petites touches, entre 2 transports en commun ou dans une salle d'attente, c'est prendre le risque de passer complètement à côté de ce roman et croyez moi ce serait bien dommage ! Tant d'absurdité (dans le bon sens du terme, une absurdité voulue et maîtrisée) demande un effort d'adaptation mais quel plaisir ensuite !

Voyez plutôt cet extrait de la page 176 : "C'est drôle. Vous avez dit que ça ne me dirait rien, et quand j'ai dit que c'était à moi de décider si ça me disait quelque chose ou pas, vous l'avez dit, et j'ai dit que non, en effet, ça ne me disait rien, et vous avez dit, eh bien, que vous l'aviez bien dit..." Capillotracté non ? Et si je vous dis que cette réplique est dite lors d'un échange entre le Président par intérim de la Moldavie et le représentant du FMI en Europe de l'Est, vous comprendrez aisément que l'on est loin du roman réaliste et sérieux. Et des sorties comme celle-ci il y en a à la pelle. L'auteur nous perd pour mieux nous retrouver, ouvre des tiroirs sans fin parfois, part dans tous les sens et personnellement, j'ai adoré !

C'est dans un contexte stupéfiant que l'histoire prend place. Parallèlement à la prise en otage de tous les chefs d'état de la planète lors d'une réunion à l'ONU, le lecteur suit par l'entremise de flashback, la montée en puissance d'une nouvelle religion au sein de la communauté Moldave. Réclamant un nouvel emplacement géographique, une Terre Promise comme au peuple juif, en remplacement de leur Moldavie détruite et invivable, un petit mouvement d'allumés va devenir au fil des semaines et des mois un évènement de grande ampleur et une vraie croyance suivie et respectée va émerger du néant. Il faut dire aussi que les Moldaves, sous la plume de Lortchenkov, sont des êtres crédules, naïfs et un peu (beaucoup) concons. Leur logique n'est pas la nôtre et ce qui peut nous paraître "trop gros" trouve de l'écho chez eux... Cela donne naissance à des situations et des répliques toutes plus hallucinantes les unes que les autres tant l'absurdité est poussée à son paroxysme.

Lortchenkov nous livre ici un roman totalement à part de ce que l'on peut trouver d'ordinaire sur les étals des librairies. Une bouffée d'oxygène où le rire est présent à chaque page. Véritable satire sociale, "Camp de gitans" est un roman complètement fou, audacieux et novateur que je vous conseille fortement de découvrir !

Allez pour la peine, je vous laisse avec un dernier passage page 205 retranscrivant un poème déclamé par le commandant Plechka à la femme qu'il convoite :
"J'ai peur que tu ne sois bientôt plus là./ Ce n'est pas que j'aie très peur,/ mais j'aime trop tes épais cheveux/ pour vivre en sachant qu'ils ne sont plus,/ qu'ils ne sont et ne seront plus./ Le problème de ton existence en tant que telle ne m'inquiète pas./ Je suis plutôt préoccupé par le problème de mon/ existence sans toi/ qui, en tant que telle sans toi en tant que telle/ ne me paraît pas possible, ni pour moi, ni pour toi, ni pour tes cheveux,/ ils sont drus comme je les aime, et épais..."

"What the fuck !?" Je vous avais prévenu !

mardi 20 octobre 2015

"Ring" De Koji Suzuki

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L'histoire: Kazayuki Asakawa déglutit, les yeux rivés sur l'écran de télévision. Au fond de lui-même, il sait que c'est vrai, que ce n'est ni une plaisanterie, ni une menace en l'air. Il sait que les quatre adolescents, dont sa propre nièce, qui ont regardé ensemble la cassette vidéo avant lui sont morts. Juste au même moment. S'il veut survivre, il lui faut comprendre d'où vient cette cassette, le sens de ces images énigmatiques et inquiétantes, de cette malédiction absurde. Et il ne lui reste plus que sept jours. Même moins de sept jours ! Et pas la moindre piste...

La critique de Mr K: Les films qui m'ont vraiment effrayé lors d'une séance cinoche se comptent sur les doigts d'une main. Ring de Hideo Nakata fait partie de ceux là avec une séance à haute tension vécue à sa sortie au MK2 Hautefeuille lors de ma période parisienne. Un grand grand flip, une peur viscérale et persistante durant deux semaines. J'ai appris par la suite qu'il était le premier tome d'une trilogie littéraire nippone qui a connu un succès monstre (hé hé!) au pays du soleil levant. Puis le temps a passé, seules restent les pensées (et de très mauvais remakes US) et dans ma PAL toujours rien! Jusqu'au jour pas si lointain où le présent volume s'offrait à ma vue! Vision sublime, réflexe pavlovien et hop! Acquisition directe!

Pour les amateurs du film, attendez vous à être légèrement surpris. Autant Nakata en avait fait une œuvre très intimiste et féministe par moment, autant ici, dans l'ouvrage de Koji Suzuki, c'est l'oncle d'une des victimes de la K7 maudite qui enquête. Journaliste en disgrâce suite à un reportage manqué, il fait le rapprochement par hasard entre la mort de sa nièce et celle mystérieuse d'un jeune couple dans une voiture abandonnée au bord de la route. Véritable thriller à la mode page-turner, on suit son enquête qui le mène dans un chalet de vacances où il va visionner un étrange film aux vertus quelques peu mortifères! Eh oui, on meurt de peur littéralement, une semaine pile poil après son visionnage! Le compte à rebours s'amorce et impitoyablement les jours se suivent vers le jour fatidique. Le rythme s'accélère, les révélations fourmillent et la fin… hé hé, la fin…

Je ne suis pas forcément amateur de lectures faisant suite à un visionnage cinématographique mais je dois avouer qu'avec ce récit je vais réviser mon jugement. On appréhende bien le processus d'adaptation et bien que la trame principale soit respectée (la K7, la malédiction, le personnage de Sadako), on est surpris par certains aspects de l'histoire et la vision masculine apporte un angle différent et non dénué d'intérêt. L'amitié qui lie le héros et son professeur de fac décalé est touchante, anime le récit et lui donne une vigueur supérieure au film au détriment peut-être d'une sensibilité plus exacerbée dans le métrage et par là poignante. Les morts, quelques lieux, divergent aussi et l'on tourne beaucoup en rond avant d'approcher la vérité qui s'écarte quelque peu aussi du film. Le personnage de Sadako reste aussi effrayant que dans le métrage mais en plus humain ce qui la rend encore plus tragique et cruelle en même temps.

En filigrane, c'est une vision du Japon contemporain et agité, mêlée d'influences plus traditionnelles qui s'offre à nous. Les âmes esseulées se croisent, la technologie est présente au moindre recoin (la première piste est d'ailleurs assez ambiguë et joue sur cet aspect de la société japonaise). Mais il y a aussi le poids des traditions, le machisme ambiant, la rancune accumulée, les esprits non morts et leur errance, le don surnaturel et la sorcellerie qui rentrent en jeu. Un ouvrage très complet et multiforme qui trouve son unité dans son sens aigu du récit et du rythme.

Comme dit lors de ma critique du recueil de nouvelles Dark water du même auteur, ne cherchez pas ici un ouvrage typiquement japonais. On nage dans le style thriller à l'américaine avec un savant dosage de suspens et de révélations mais une écriture plus commune et finalement proche d'auteurs occidentaux. Point de fantaisie, de digressions trop intimistes ou d'images filées mais un roman efficace et diablement mené qui procure attentes et espérances bien mesurées. Pas de peur mais une certaine appréhension, notamment un crescendo bien prenant dans les 20 derniers pages où malédiction et résolution se mêlent pour un final vraiment tendu. Lu dans le noir avec une lampe frontale, le livre procure son petit effet tout de même. Un gage de réussite et d'accomplissement que je vous conseille d'appréhender à votre tour si vous en avez le courage!

lundi 19 octobre 2015

"Le Sixième sommeil" de Bernard Werber

6ème sommeilL'histoire :
PHASE 1
Assoupissement.
PHASE 2
Sommeil léger.
PHASE 3
Sommeil lent.
PHASE 4
Sommeil très profond.
PHASE 5
Sommeil paradoxal.
PHASE 6
Le sixième sommeil.
Celui de tous les possibles.

La critique Nelfesque : J'ai découvert Bernard Werber il y a plus de 15 ans avec sa trilogie culte des Fourmis. J'ai adoré tout de suite. Puis avec les années, j'ai laissé de côté cet auteur "gentil" pour des ouvrages plus "méchants". Et oui, il est comme ça Bernard Werber, c'est un chouette gars (pour de vrai hein, je l'ai rencontré il y a 10 ans et je suis repartie le sourire aux lèvres) mais avec le temps j'ai trouvé ses ouvrages trop plein de bons sentiments pour moi.

Qu'à cela ne tienne, son dernier roman paru en début de mois chez Albin Michel m'a donné envie de replonger dans son univers. "Le Sixième sommeil", comme son nom l'indique, évoque les mystères du sommeil, ses processus complexes et essentiels qui peuvent faire de la vie d'un "déréglé du sommeil", un vrai enfer (j'en sais quelque chose pour l'avoir vécu plusieurs années et pour avoir encore aujourd'hui quelques soucis de temps en temps !).

Bref, c'est vraiment le thème de ce nouveau roman qui m'a interpellée. Bernard Werber étant un auteur poussant très loin ses réflexions et ses recherches lors de l'écriture de ses romans, j'ai pris celui ci non pas comme un "manuel du sommeil" mais comme un ouvrage pouvant amener à se poser des questions sur sa propre façon de dormir et d'appréhender son coucher.

Jacques Klein est le fils d'une grande scientifique spécialiste du sommeil. Depuis tout petit, il a appris à comprendre, respecter et dompter son sommeil. En grandissant, il va tout naturellement s'intéresser de plus en plus à cette période de nos vies souvent négligée et, suite à des études de médecine, va lui aussi s'orienter vers des recherches sur le sujet. Mais en plein milieu d'une étude capitale, sa mère, Caroline, disparaît sans prévenir et le roman prend alors des allures de thrillers menant le lecteur à l'autre bout du monde sur les traces d'une tribu malaisienne nomade, les Senoïs.

Avec "Le Sixième sommeil", Bernard Werber tient le lecteur en haleine tout en l'éduquant sur sa propre capacité à se servir de ses rêves et de son sommeil pour optimiser ses journées. Libre à chacun de pousser plus loin la réflexion par la suite si il est intéressé par le sujet mais nous avons là quelques clés qui servent à merveille l'histoire. Non, Werber n'étale pas ici sa science (même si il y aurait matière), chaque détail est important dans l'histoire qu'il nous donne à lire et ces données qui auraient pu être lourdes dans un autre contexte sont ici très bien intégrées. En somme, on joint l'utile à l'agréable et Bernard Werber propose à ses lecteurs un bon divertissement réflectif et instructif.

Alors oui, Werber est toujours très "gentil"... Bien-pensant et surtout bienveillant, sans jamais être démago ou donneur de leçon pour autant, on a le droit ici à des petits messages sur le bien-être, l'écologie, le besoin de se recentrer dans un monde où tout va trop vite et où l'information est disponible H24... Blablabla blablabla... Il n'a pas tort et personnellement, je suis déjà consciente de tout cela et adopte une façon de vivre en cohérence avec mes convictions... Mais je ne lirai pas ce genre d'ouvrages tous les jours. Les Bisounours, les paillettes sur les arcs-en-ciel, les trips retour aux sources pour cultiver son Moi profond, ce n'est pas mon truc mais force est de constater que ce "Sixième sommeil" à un côté littérature feel-good qui, a petite dose, n'est pas désagréable.

Pour ma part, j'ai davantage aimé la seconde partie du roman lorsque Jacques part à la recherche de sa mère et, pour cela, va explorer des contrées géographiques et oniriques riches et variées. Le lecteur est ici complètement pris dans l'histoire et ce côté thriller est plus en adéquation avec ce que je lis d'ordinaire. Ici, les ingrédients du genre sont bien respectés : suspens, enquête, frissons... Tout est là ! Et rajoutez à cela une intrigue située en Asie et vous avez une Nelfe heureuse.

Le style de l'auteur est fluide, le vocabulaire est simple, le plaisir de lire un ouvrage entre aspects scientifiques et enquête est bien là. En 10 ans, Bernard Werber n'a pas perdu sa capacité à donner du plaisir à son lecteur et à le tenir éveillé jusqu'au bout de la nuit pour finir un de ses romans. Ce qui, tenant compte du thème de ce "Sixième sommeil", est un peu ironique !

samedi 17 octobre 2015

"La Face des eaux" de Robert Silverberg

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L'histoire: Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies. Mais lorsque l'armateur Delagard commet l'irréparable, les Gillies décident de chasser les humains. Où fuir ? L'espace est inaccessible. Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu'à se confier à l'océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l'autre côté du monde. S'il existe...

La Critique de Mr K: Un "petit" Silverberg de 509 pages à mon actif aujourd'hui avec La Face des eaux dégoté à petit prix lors d'un chinage de plus. Retour sur une lecture enthousiasmante au possible d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement.

L'humanité a essaimé dans l'univers suite à la destruction de sa planète-berceau. Parmi ces mondes nouveaux qui les accueillent bon gré mal gré, il y a Hydros. Largués sans espoir de retour sur ce monde constitué uniquement d'eau, les humains vivent sur des îles artificielles construites par les indigènes locaux: les mystérieux et stoïques Gillies. Ils doivent tout réinventer car la technologie est quasiment inexistante chez ces peuplades paisibles qu'il ne faut pas pour autant aller chatouiller de trop près. La cohabitation se passe cependant sans heurt. C'est sans compter l'avarice et l'ambition propre à notre espèce, personnalisée ici par l'armateur Delagard qui va briser un tabou tacite et provoquer l'exode de toute une communauté humaine insulaire (plusieurs îles coexistent et seule une se voit condamner à partir en exil). Un mois de préparatifs leur est alloué et c'est le grand saut vers l'inconnu, un continent mythique nommé Face des eaux dont les indigènes se sont toujours méfiés et sur lequel circulent les rumeurs les plus folles. Le voyage s'annonce long et pénible…

On peut diviser le présent ouvrage en deux parties. La première nous présente la communauté humaine de Sorve dans sa diversité et son fonctionnement. On retrouve tout le talent de Silverberg pour caractériser ses personnages avec finesse et intelligence. Il dément par là même les avis trop nombreux qui qualifient parfois la SF de genre froid et impersonnel. La SF se fait ici légère et discrète au profit d'existences bien réglées qui vont se voir bousculer par l'incurie de certains. On suit l'action par les yeux de Lawler, médecin officiel de l'ilôt qui nous raconte son île à travers ses souvenirs et ses efforts pour réparer les corps et parfois, les âmes. Le personnage est très attachant car loin des clichés, profondément humain avec ses fêlures et ses aspirations. L'existence est difficile dans ce monde désolé baigné par l'eau à la fois paisible et menaçant, et chacun a sa place, rouage parmi un ensemble qui ne peut fonctionner que par l'imbrication de chacun et des ses aptitudes. Très vite, cet équilibre fragile disparaît pour céder la place à l'inconnu avec la nécessité de partir.

Le voyage commence et l'on se retrouve pleinement dans une œuvre lorgnant vers les romans d'aventures classiques de voyage en mer: la vie à bord avec les tâches routinières, les rapports humains parfois difficiles (crise d'autorité sur le navire, maladie, début de panique...), les accidents de mer, et en plus ici des rencontres étranges avec des créatures vraiment effrayantes. Monstres marins surgis des abysses (on pense à Lovecraft et même à la Bible parfois!), poissons indigènes agressifs, plantes empoisonnées et rampantes sont des adversaires redoutables qu'il va falloir combattre ou contourner. La flottille a fort affaire pour rejoindre le mystérieux continent qui semble se refuser à eux obstinément et agir directement sur leur environnement. Le mystère s'épaissit à l'image des espaces traversés et l'on sent bien que la conclusion du voyage risque d'être amère. On ne se trompe pas avec une fin abrupte mais logique, d'une originalité surprenante (honnêtement, je n'ai pas vu venir le concept) et réussie.

La lecture est immersive à souhait et a fait le bonheur de l'amateur de SF et d'aventure que je suis. Accessible même pour les non initiés, ce roman fait la part belle à l'inconnu, les actes de bravoures et des moments de remise en question plus intimistes. On passe par tous les états et on se demande bien ce qui les attend de l'autre côté de la mer vide. La réponse est cinglante et conclut à merveille une belle expérience littéraire rare et précieuse. Un grand merci à sieur Silverberg qui une fois de plus propose un roman détonant, exaltant et humaniste dans le sens où il propose une belle réflexion sur notre nature profonde. Un must dans le genre!

Déjà chroniqués du même auteur:
- La Guerre du froid
- Le Temps des changements

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vendredi 16 octobre 2015

"Le Fléau de Dieu" d'Andrea H. Japp

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L'histoire: 1347. La Peste noire frappe le port de Marseille. 1348. Paris. Gabrielle d'Aurillay, 20 ans, mariée depuis deux ans à Henri, enceinte, est convaincue d'avoir épousé un prince charmant, en dépit de la modicité de leurs moyens. Jusqu'au jour où, atterrée, elle découvre que son époux n'est pas qui elle croit. Joueur, trousseur de puterelles, escroc, il est aussi en possession d'un diptyque énigmatique. Que recèle ce tableau ? Que signifient les phrases écrites en hébreu qu'il dissimule ? Est-il porteur d'un lourd secret, d'un message occulte ? Geoffroy d'Aurillay, chanoine et cousin d'Henri, connaît cette œuvre et met tout en branle pour s'en emparer. Quand la peste gagne Paris, le destin de tous bascule. Gabrielle doit enfin devenir la femme qu'elle ne rêvait pas d'être : celle qui décide et se prend en main. Au péril de sa vie comme de celle des siens. Y parviendra-t-elle ? Et si seul Dieu – ou le diable – connaissait la réponse ?

La critique de Mr K: Bien qu'historien de formation, je ne pratique pas assidûment le genre du roman historique. J'ai trop peur d'être déçu soit par l'indigence des détails historiques ou au contraire le trop grand foisonnement de détails qui pourrissent le plaisir de lecture, pour parfois tout à fait le faire disparaître. J'ai tout de même le souvenir de grandes œuvres marquantes dans le domaine comme les ouvrages d'Alexandre Dumas ou bien plus récemment le superbe diptyque de Ken Follett composé des Piliers de la Terre et d'Un monde sans fin.

L'occasion s'est présentée que je lise le présent ouvrage qui me tentait bien de part la période abordée et le thème de la peste de 1348. Je suis grand amateur de la période médiévale et d'histoire des religions et ces deux thématiques chères à mon cœur se retrouvaient compilées dans ce roman mettant au prise une jeune femme et sa matrone avec la plus grande épidémie qu'ait connu l'occident. Gabrielle n'est pas au bout de ses peines car elle a fort à faire avec son mari qui se révèle être un vil gredin (pour parler comme à l'époque) et sa condition de femme qui est, vous vous en doutez, un frein énorme à toute forme d'émancipation. Une fois le décor et les personnages plantés, l'action démarre et la tension ne fait que monter durant tout le roman. Une lutte contre la montre se joue entre la jeune femme et son mari, avec en arrière plan de la trame principale l'épidémie qui ne fait que progresser.

Au bout de dix pages, je partais très sceptique avec cette lecture. La faute aux notes de bas de page qui pullulent à chaque feuille (comptez entre 2 à 5 références) et qui polluent l'immersion dans le texte. Pas toujours bienvenues, parfois complètement anecdotiques ou inutiles, elles s'apparentent trop souvent à un bréviaire d'historien ou à un dictionnaire étymologique. Je m'amusais à feuilleter l'ensemble du volume et je me rendis compte que ce serait le cas quasiment sur tout le roman... Au final, je décidai de passer outre et de ne pas les lire sauf en cas de grande nécessité. Je gardais dans un coin de ma tête que l'auteur ne pouvait s'empêcher d'étaler sa science, élément plutôt gênant à mes yeux tant un roman reste avant tout pour moi un plaisir d'évasion et non d'érudition pure. Pour cela, rien ne vaut un essai ou un vrai livre de Duby ou Le Goff, mes deux médiévistes préférés. Surtout qu'avec Follett, vous avez le parfait exemple de récits historiques réussis sans trahir la réalité des temps décrits pour autant et sans lourdeurs intempestives.

Je continuais donc ma lecture malgré un certain agacement. Bien m'en a pris car on se laisse gagner peu à peu par l'ambiance de fin du monde qui règne sur ces pages. La réalité historique est très bien rendue par les descriptions des lieux, des mentalités et des rapports entre les différentes classes. J'ai aussi vraiment apprécié le parti pris de faire s'exprimer les personnages avec le langage de l'époque, une langue très imagée qui passe du très prude chez les nobles au familier de bas étage des plus modestes. On rit donc beaucoup et il se dégage une chaleur humaine, un fourmillement et une humanité vraiment profonde de ce texte. Pas de doute, on est bien au Moyen-âge et croyez-moi vous allez le sentir passer! Entre description des conditions de vie, du traitement des malades de la peste et les superstitions qui règnent en maître, c'est un beau et éprouvant voyage chez nos ancêtres qui nous est ici proposé. Bonne immersion donc!

En terme de trame narrative, on est dans du classique pur jus. Honnêtement, on n'est jamais surpris et l'auteur délaie énormément. Ce n'est qu'un tome 1 et cela se sent. Le mystère est posé autour du mystérieux diptyque qui cache une étrange inscription en hébreu, Gabrielle se voit révéler la vraie nature de son mari et décide de partir de chez elle et quelques chapitres intercalés nous proposent de suivre l'évolution de la progression de la maladie. On n'échappe pas aux clichés et j'ai trouvé très exagéré le parti pris quasi féministe qui fait de la plupart des femmes de ce livre des héroïnes vertueuses mues par de nobles objectifs et la plupart des hommes se révélant être des porcs et des arnaqueurs... C'est gros, très gros même parfois et franchement ça m'a déplu. Je n'ai pas ressenti une réelle empathie pour les personnages ce qui est toujours problématique dans le cadre d'un roman tant on aime s'attacher ou détester les personnages. Rien de tout cela ici, on traverse les pages avec une indifférence envers eux, poursuivant ma lecture mu par ma soif de redécouverte d'une époque appréciée.

Que dire au final? Mon avis est très contrasté. Le Fléau de Dieu se lit très vite et très bien, l'auteur a une écriture plutôt plaisante et même si elle verse dans l'extrémisme en matière d'érudition, elle arrive cependant à accrocher le lecteur. Plutôt creux dans son histoire, l'ouvrage est remarquable au niveau de la reconstitution historique pure et dure. Je vous avouerais que je ne sais pas encore si je lirai la suite des aventures de Gabrielle...

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mardi 13 octobre 2015

"Du moment que ce n'est pas sexuel" de Gudule

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L'histoire: Nora aime Charlie, Charlie aime Nora. Ce pourrait être la happy end d'un roman, ça n'en est que le début. Car il y a la vie, le regard des autres, le succès, la peur, la culpabilité… À force de vivre d'amour et d'eau fraîche, ils avaient oublié que le monde existe, et qu'il se compose de mille petites choses qui séparent les couples. Fin de la fusion. Charlie se laisse embarquer dans une belle aventure professionnelle, Nora suit vaille que vaille. Puis elle est distancée et se retire du jeu. Commence alors pour elle une douloureuse errance dans le Paris des parias. Elle réapprend la liberté – antithèse de la passion – et cette liberté, rencontre après rencontre, va la mener tout droit de l'autre côté du miroir.

La critique de Mr K: De Gudule (récemment disparue malheureusement), j'avais adoré Le Club des petites filles mortes qui m'avait enthousiasmé lors de ma lecture et qui reste encore frais dans ma mémoire, preuve s'il en est de ses grandes qualités de narration et d'imagination. C'est au hasard d'une déambulation chez l'abbé que je tombai sur ce roman présenté par sa maison d'édition comme son premier roman de littérature générale (rappelons que l'auteur était plus branchée sur la littérature jeunesse à la base). Il ne m'a fallu qu'un dimanche après-midi pour le dévorer, happé par une histoire poignante et un style toujours aussi virevoltant et viscéral.

Charlie et Nora sont deux tourtereaux qui s'aiment à la folie. Passion, fusion sont des termes qui définissent à merveille leur relation unique qu'ils vivent pleinement dans la campagne d'Auxerre entourés de leurs animaux. Lui travaille dans l'animation auprès des enfants du village (il est clown), elle cultive le jardin et bouquine. Une vie paisible fait de plaisirs simples à l'écart du monde, une existence en vase clos ou presque sans gloriole ni chichis. Mais voila qu'un jour, Charlie se voit proposer une place dans une troupe de quatre comédiens-comiques promis à un brillant avenir. Cela bouscule les bases du couple qui chancellent entre méfiance nouvelle, jalousie mal-placée et Nora qui sombre…

Une fois rentré dans le roman, impossible de se détacher des pages tant on est pris à la gorge par le personnage de Nora. Elle hante ces pages du début à la fin, figure tragique qui s'enfonce dans la dépression et perd tous ses repères. Boiteuse depuis un accident de la circulation, elle ne vit qu'à travers son homme et l'amour qu'elle lui porte. Très vite, on se rend compte que son accident a laissé des traces et que son équilibre psychique est fragile. L'opportunité professionnelle de Charlie va la faire basculer. Elle se fane, commence à se faire des films et va faire des rencontres aux marges de la société. J'ai rarement lu un livre si pointu sur le sujet de la bipolarité et pourtant rien de moralisateur ou de trop technique ici, seulement le portrait émouvant d'une jeune femme qui s'effiloche tant son côté absolu la bouffe de l'intérieur. Le lecteur est profondément dérangé dans ses certitudes et ne peut que s'émouvoir face à ce personnage jusqu'au-boutiste d'une candeur extrême.

Charlie lui est désarçonné et partagé. C'est la chance de sa vie mais il aime encore plus sa petite femme. Il connaît les fêlures de cette dernière et il ne veut surtout pas l'abandonner, mais malgré les perches qu'il lui tend, elle semble s'éloigner irrémédiablement de lui. La fusion ne semble plus opérer et Nora commence à errer dans les rues de la capitale rencontrant au passage toute une galerie de personnages plus déglingués les uns que les autres: un cracheur de feu mélancolique à l'haleine enfuelée, un groupe de femmes détruites par la vie réunies dans un club de révisionnisme de souvenirs (grand moment du livre!), un mac et sa poule… autant de personnages marginaux qui vont chacun lui apporter des réponses ou de nouvelles questions qu'elle ne peut ou ne souhaite pas aborder avec ses proches. Le passage avec sa sœur est assez criant et montre bien l'incapacité de communiquer autour de la maladie dans certaines familles.

L'écriture est ici franche et directe. C'est le langage de la rue, du quotidien qui nous est servi sans fioriture ni arrangement avec la réalité. Pour autant, la finesse est de mise avec au détour des dialogues et des courtes descriptions, une autopsie au scalpel des sentiments contradictoires de l'héroïne et de son évolution psychologique. On nage en eaux troubles avec des passages profondément dramatiques et d'autres plus légers mais l'ensemble reste à l'image de la maladie décrite: insaisissable et imprévisible. La fin vient cueillir le lecteur dans un état proche de l'aphasie tant elle se révèle implacable et lourde de sous-entendus. Une grande et belle œuvre à découvrir de toute urgence!

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samedi 10 octobre 2015

Acquisitions automnales Nelfesques

Il y a 2 semaines, Mr K vous parlait de son craquage d'automne. Vous vous imaginez bien que moi non plus je n'ai pas su résister. J'ai été plus sage que lui mais je rajoute tout de même + 14 à ma PAL... Ben oui, c'est ça quand on tombe sur des romans forts intéressants à tout petit prix et que l'on a très envie de lire. Perso, j'ai du mal à résister ! Voyez plutôt :

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- "Une Place à prendre" de J. K. Rowling qui a fait beaucoup parlé de lui à sa sortie. Après Harry Potter, J. K. Rowling laisse de côté l'univers jeunesse et propose une comédie de moeurs teintée d'humour noir. J'ai eu envie d'essayer ! Espérons que j'accroche à ce roman de presque 700 pages...

- "Frankenstein" de Mary Shelley parce que c'est un classique que je n'ai pas encore lu.

- "Empereurs des ténèbres" de Ignacio Del Valle où il est question de seconde guerre mondiale à la mode thriller sur le front russe.

- "Complètement cramé" de Gilles Legardiner pour une lecture fun après un premier opus, "Demain j'arrête", que j'avais trouvé détente neurones.

- "Urkas !" de Nicolaï Lilin, le coup de poker du jour. Je ne connais ni l'ouvrage, ni l'auteur, mais la quatrième de couverture m'a fait frétiller les antennes ! Une plongée dans l'univers ultra-violent de la mafia sibérienne de Transnistrie, un récit de vie en forme de puzzle, un roman noir.

- "Bonjour chez vous !" de Nadine Monfils parce que "Les Vacances d'un serial killer" avait su me charmer.

- "Pike" de Benjamin Witmer, un roman noir comme je les aime et qui devrait bien me plaire. A suivre...

- "Fantasia chez les ploucs" de Charles Williams, un roman policier qui m'a l'air bien déjanté. Rien que le titre et la couv' posent l'ambiance !

- "Prenez soin du chien" de J. M. Erre qui était depuis longtemps dans ma wishlist. J'ai bien envie de faire rapidement connaissance avec ce microcosme ! "Entre l'érotomane scato du dessus, l'évaporé zoophile d'à côté et l'exhibitionniste d'en face, je commençais à me faire du soucis." Pas moi ! J'ai hâte !

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Petit tour dans le bac à partitions et je repars avec la Sonate n°27 de Beethoven et l'Intermezzi Opus 117 de Brahms. Pour ceux qui l'ignorent, je fais du piano depuis l'âge de 8 ans. J'ai toujours un oeil sur les partitions quand on va chez Emmaüs. Malheureusement, ils n'en ont pas souvent et après mon passage, les pianistes qui me suivent n'ont généralement plus rien à se mettre sous la dent.

Petit bonus du jour : Nous sommes allés faire innocemment un petit tour dans un magasin de seconde main et je suis revenue avec ENCORE des bouquins... Je suis incorrigible, je sais.

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- "Chroniques de l'asphalte" de Samuel Benchetrit, volumes 1, 2 et 3 : J'ai littéralement sauté au plafond en les trouvant ! Nous sommes allés voir hier soir au cinéma "Asphalte" de Benchetrit, librement adapté de deux nouvelles présentes dans ces chroniques. On a A-DO-RE ! On vous en reparle dans les prochains jours. De mon côté, je suis RAVIE de les avoir trouvées à 2.50€ pièce en broché (et Mr K est jaloux de ne pas les avoir trouvées avant moi mais faut pas le dire (la jalousie c'est mal... je ne sais pas si je vais les lui prêter...))

- "Spirales" et "Moka" de Tatiana de Rosnay, deux courts romans d'une auteure que j'aime beaucoup et qui a beaucoup de classe (oui je sais ça ça se voit pas dans ses pages mais dieu que c'est une belle femme !)

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Tesfa a l'air de bien apprécier Benchetrit elle aussi (elle a décidément fort bon goût) et donne sa bénédiction à l'entrée de ces petits nouveaux dans ma PAL. Me voilà rassurée !

N'hésitez pas à me donner votre avis sur tel ou tel titre dans les commentaires si vous les avez lu. Pour l'heure, j'ai envie de tous les lire en même temps mais comme ça me parait difficile, cela me permettra de choisir par lequel commencer !

mardi 6 octobre 2015

"Moi et le Diable" de Nick Tosches

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L'histoire: Pour tromper son angoisse du temps qui passe et de la dégénérescence physique, Nick, un écrivain new-yorkais, passe son temps à séduire des femmes qui se laissent facilement impressionner par sa culture et son hédonisme. Une nuit, il fait avec une certaine Mélissa une expérience inédite, à la fois sexuelle et spirituelle. Goûtant pour la première fois au sang humain, il se sent revivre.

La critique de Mr K: Outre-Atlantique, Nick Tosches est considéré comme un "auteur culte" mélangeant habilement souffre et littérature. Biographe de Jerry Lee Lewis notamment, journaliste rock que l'on pourrait rapprocher de Philippe Manœuvre chez nous, poète et romancier, il a plus d'une corde à son arc. Moins connu en Europe (j'avoue que je ne le connaissais pas avant cette lecture) sauf dans les milieux branchés rock et littérature bien barrée, son dernier roman Moi et le Diable vient tout juste de sortir aux éditions Albin Michel. La quatrième de couverture étant diablement (sic) séduisante, je m'empressais d'en entamer la lecture…

Nick est vieillissant et comme pour beaucoup il considère que la vieillesse est un naufrage. Son corps le lâche, ses démons le rattrapent régulièrement en matière d'alcool et sa carrière littéraire est derrière lui, l'auteur ayant perdu le goût d'écrire. Il traîne sa mélancolie et sa hargne dans des rades obscurs auprès de barmen compatissants et de belles inconnues car il fuit l'idée du passé qu'il considère être un sale endroit. Grâce à sa verve et son sens de la répartie, il multiplie les conquêtes d'un soir, relations sans lendemain qui le temps d'une parade de séduction, d'un RDV, d'une coucherie lui font oublier sa condition. À la suite d'une énième aventure, l'écrivain va pousser la passion au maximum, goûter au sang et atteindre des sommets insoupçonnés de l'extase spirituelle et sexuelle. C'est le début d'une longue fuite en avant entre folie et désir.

Impossible de ne pas penser à l'auteur lui-même quand on suit les péripéties de cet écrivain en souffrance. Même prénom, même tranche d'âge et une vie bien rock and roll (et un gros gros indice au 3/4 du livre!). Étrange mélange et alchimie, entre réalité et fantasmes d'un auteur qui semble hanté par la vieillesse. Page après page, le héros semble poursuivre le rêve fou de l'immortalité qu'il pense toucher du doigt (et de la langue!) en buvant le sang de ses victimes consentantes. Cela donne lieu à des scènes pornographiques d'une grande qualité littéraire mais qui risquent de choquer les plus pudibonds d'entre vous. Descriptions anatomiques et sensitives se succèdent sans détour, sortes de sabbats des temps modernes où corps et esprits se plient face à la volonté du vieillard qui ne veut pas mourir et qui existe par le sexe et l'eucharistie païenne que représente la consommation du sang des jeunes filles. Dans un premier temps, cela semble fonctionner, sa vue s'améliore et il retrouve des capacités physiques qu'il croyait avoir définitivement perdues.

Mais comme dans tout pacte faustien, il y a un revers de la médaille. Que cache réellement ce rajeunissement? Quel avenir pour lui et Mélissa, la mystérieuse jeune femme qui l'accompagne sur ce chemin obscur? Vit-il vraiment tel un vampire des temps modernes, son imagination ne mène-t-elle pas notre héros en bateau? Autant de questions qui se bousculent dans l'esprit du lecteur à la fois fasciné et un peu désemparé face à un livre repoussoir par moment (la chair est triste au bout d'un moment devant tant de déballage) et jouissif dans sa manière d'aborder les obsessions d'un homme en fin de vie. Ainsi, j'ai trouvé le thème de l'alcoolisme traité avec brio par l'auteur entre finesse, pulsions de mort et réalisme clinique refroidissant (la scène à l’hôpital restera longtemps gravée dans ma mémoire). Très réussies aussi sont les scènes d’interaction entre Nick et les femmes qu'ils rencontrent, âmes perdues s'entrechoquant, s'attachant ou se libérant l'une de l'autre de manière fracassante. Au delà du sexe, la psychologie est poussée dans ses retranchements au travers de portraits au vitriol de personnes blessées par la vie et qui tentent de survivre malgré tout. C'est le rock and roll baby!

C'est l'occasion aussi pour l'auteur de nous convier à des discussions à bâtons rompus sur le sens de la vie avec un certain Keith (que les amateurs de rock remettrons très vite!), de régler ses comptes avec les grandes enseignes dites culturelles mais aussi avec l'émergence des livres électroniques (ça c'est pour le côté "vieux con" du personnage principal) à mettre en rapport avec le regard que porte l'auteur sur le monde qui évolue autour de lui et surtout sans lui. Il ressort de ce livre un grand désenchantement ainsi qu'une ineffable rage de vivre qui transpire des pages sentant la sueur et le foutre (oups le mot est lâché!).

Je dois avouer que la lecture de Moi et le Diable fut tout d'abord assez difficile. Le livre est brillamment écrit pour qui aime le style bad guy doublé d'un érudit certain. Pour autant, il m'a fallu passer par quelques phases de découragement notamment face aux scènes érotiques que j'ai trouvé finalement assez ennuyeuses et des saillies culturelles parfois lourdingues. Mais en persévérant, on se rend compte que rien n'est gratuit, que tout se complète pour mener à un dernier acte vraiment splendide entre révélation cachée et mise en perspective d'une existence toute entière. On prend une belle claque et on ressort quelque peu changé de cette lecture vraiment différente, dérangeante mais qui ne peut laisser insensible. Le Diable est le prince des tentateurs, vous laisserez-vous tenter par lui à votre tour?

lundi 5 octobre 2015

"Une autre vie" de S. J. Watson

WatsonL'histoire : Femme au foyer, Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu’elle apprend la mort de sa jeune sœur, Kate, victime d’une agression à Paris, près du canal de l’Ourcq, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n’ont jamais été faciles, s’étaient perdues de vue.
Ne parvenant pas à faire son deuil, Julia décide d’aller à Paris afin d’en savoir plus sur la vie que menait Kate. Là, elle apprend que cette dernière fréquentait assidûment les sites de rencontre en ligne. Le doute s’insinue alors dans son esprit : et si la mort de sa sœur n’était pas due à une simple agression mais à une mauvaise rencontre ? Ne pouvant se débarrasser de cette idée obsédante, Julia décide de se faire passer pour Kate sur le site Internet d’escorts que celle-ci utilisait.
Mais, à l’âge des bilans, des remises en question, des ambitions laissées derrière elle, Julia ne réalise pas qu’elle est en train de jouer un jeu dangereux à double titre. Si elle a en effet raison sur les circonstances de la mort de sa sœur, elle prend tous les risques. Et en goûtant à une autre vie, plus excitante, que va-t-il rester de la sienne ?

La critique Nelfesque : J'ai découvert S. J. Watson lors de la sortie en librairie de son précédent roman chez Sonatine, "Avant d'aller dormir". Ce dernier a suscité un réel engouement chez les lecteurs et sa popularité fut telle qu'il a été adapté au cinéma l'an dernier. Pour ma part, je n'avais pas été emballée par ce roman que j'ai eu la chance de lire dès sa sortie et malheureusement, l'histoire se répète ici avec "Une autre vie"...

"Mais pourquoi lire un nouveau roman d'un auteur qui ne t'a pas convaincue ?" me direz-vous. En premier lieu parce qu'on peut ne pas aimer une oeuvre dans la bibliographie d'un auteur et pour autant se laisser séduire par d'autres de ses écrits. Aussi parce que j'ai lu "Avant d'aller dormir" il y a plus de 4 ans et qu'avec le temps on peut changer, autant moi en tant que lectrice que l'auteur par son écriture. Et puis tout simplement parce que je suis adepte de la seconde chance. Après cette lecture ci, je vous le dis tout de suite, il n'y en aura pas d'autre !

L'histoire d'"Une autre vie" est intrigante. Une femme bien sous tout rapport, avec une vie satisfaisante, mariée à un homme parfait et ayant un jeune garçon bien élevé (la vie rêvée de toute femme non !? (euh... non !)) va, à la mort de sa petite soeur, s'inventer une nouvelle vie pour tenter de répondre aux nombreuses questions que sa disparition laisse en suspens. J'avoue avoir été fortement intéressée par la quatrième de couverture, au point de me lancer dans la lecture de ce roman et voir retomber mon enthousiasme comme un soufflé. Exactement le même schéma qu'avec son précédent ouvrage...

Je suis passée par tous les états pendant ma lecture. Intérêt, répulsion, curiosité, dégoût... Accordons tout de même à ce roman une bonne gestion du suspens et de la tension qui va crescendo tout le long de l'histoire. S. J. Watson dose à la perfection cette montée en puissance et sur ce point, les amateurs de thrillers psychologiques seront ravis. C'est d'ailleurs ce qui m'a tenue en haleine au fil des pages. Ça et mon désir ardent de voir crever le personnage principal dans d'atroces souffrances ! J'y reviendrai...

J'en resterai là pour les points positifs car hormis ceux ci, ma lecture a été des plus éprouvantes. C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui j'emploie beaucoup le pronom personnel "je", chose que j'évite de faire d'ordinaire dans mes chroniques, mais ici il m'est impossible de donner un avis objectif pour un roman que j'ai eu envie maintes fois de jeter à travers la pièce tant mon aversion était grande. Et oui, rien que ça ! Je suis ressortie de cette lecture en colère.

Julia est une femme "banale". Elle a des amis, des projets, un passé lourd à porter parfois, des ambitions, des peurs et des doutes. C'est un peu vous et moi, lectrices. Et puis, du jour au lendemain, elle va se retrouver sur des sites de rencontre. En premier lieu pour éclaircir les zones d'ombre concernant le décès de sa soeur puis peu à peu pour son propre plaisir. Et c'est là, à cet instant précis, que j'ai commencé à me demander si je lisais un ouvrage qui me convenait, si on n'entrait pas ici dans du voyeurisme pur, si l'auteur ne surfait pas sur une mode et un type de littérature que je n'aime pas du tout. La littérature dite "féminine" qui émoustille les ménagères de moins de 50 ans et remporte depuis "50 nuances de Grey" un franc succès.

Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qu'aurait donner "Une autre vie" si celui ci avait été écrit par une femme. On sent clairement ici une vision masculine des fantasmes féminins et, comme pour "La Forêt des Mânes" de Grangé dans un autre style, j'ai commencé à ressentir une aversion pour le personnage principal. Ce personnage principal féminin écrit par un homme. Un personnage plein de clichés qui dégoulinent par tous les pores et font de Julia une femme facile, indécise et faible. Le genre de nana qui ne sait pas choisir par elle-même, qui ne vit qu'à travers les yeux d'un homme, qui malgré les feux rouges fluos clignotants sur toutes les pages et les gros sens interdits au néon, va dans une direction qui ne lui convient pas. Le profil parfait de la petite femme battue qui en redemande. La victime que l'on flaire à 12 kilomètres. Gerbant ! Et le choix narratif de l'auteur fonctionne à plein tube puisque peu à peu on ressent du dégoût pour cette femme, on la voit être de plus en plus malheureuse et de façon perverse on souhaite qu'elle s'enfonce encore plus, qu'elle souffre, qu'elle paye pour ses erreurs et qu'elle ne s'en sorte pas. Au point où on en est, autant qu'elle se détruise... Et à la dernière page, à la dernière phrase, on se délecte d'une fin des plus jouissives ! Qui est alors à blâmer, l'auteur ou le lecteur ?

Et en parlant de jouir, que dire des centaines de pages consacrées aux prouesses sexuelles de Julia et à ses fantasmes qui se retourneront contre elle ? Quel est l'intérêt si ce n'est tenter d'exciter son lectorat (et peut être y arriver avec certains lecteurs) ? A mon sens, le parti-pris est ici putassier, vulgaire et racoleur. Perso, je ne suis pas émoustillée à la lecture d'une bite qui durcit le long de la jambe de l'héroïne, d'une Julia qui se fait prendre de force dans les toilettes publiques, de mises en scène de viols collectifs ou de baises à tous les étages. "Holala Nelfe, tu es grossière !" Non, je ne fais que reprendre les mots employés dans ce roman (coucou les pervers que Google feront atterrir sur notre blog avec ces mots clés).

Le premier et le dernier tiers d'"Une autre vie" sont vraiment de bonne qualité. Le premier parce qu'il met en place une histoire trouble et suscite l'intérêt du lecteur, le dernier parce qu'il met un point final à toute une machination diabolique et prend un tournant saisissant. Mais quelle souffrance en ce qui me concerne pour en arriver jusque là ! Chacun décidera si ce roman correspond à ses attentes ou non. Vous l'aurez compris, pour ma part, malgré des points positifs indéniables, l'aversion viscérale que j'ai ressentie lors de cette lecture m'obligera à passer mon tour lors des prochaines sorties en librairie de cet auteur. Contrairement à Julia, je fais des choix et je m'y tiens.