mercredi 20 août 2014

"La Guerre du froid" de Robert Silverberg

la guerre du froid

L'histoire: En 2650, la Terre est sous les glaces et les villes, devenues souterraines, refermées sur elles-mêmes depuis trois siècles, ont tout oublié de la nature. Huit new-yorkais, bravant la loi, tentent de joindre Londres par radio: condamnés pour haute trahison, ils sont exilés dans le froid, face aux loups, aux chasseurs nomades retournés à la préhistoire.
Ramèneront-ils un jour les hommes vers le soleil?

La critique de Mr K: Je suis un grand amateur de Silverberg depuis ma lecture du volume paru chez Omnibus, Voyage au bout de l'esprit, et dévoré il y a déjà bien longtemps! Je ne savais pas avant de tomber sur La Guerre du froid qu'il avait écrit pour les plus jeunes. Sautant sur l'occasion de repratiquer un écrivain à la langue sensible et poétique, je n'hésitais pas une seconde et acquérais ce présent volume.

Les puissances du Nord ont été vaincues par la nouvelle ère glaciaire et ont enterré leurs cités sous la terre. Ils sont coupés du monde et ont prohibé tout contact avec l'extérieur. Un groupe d'idéalistes néo new-yorkais ayant constaté un radoucissement du climat tentent de communiquer avec Londres. Pour cela, ils sont bannis par le conseil municipal constitué de vieillards omnipotents qui ne voient pas d'un bon œil le moindre changement ou évolution de la situation qui leur convient parfaitement, leur permettant d'asseoir leur position. Jim, son père et leurs compagnons vont alors commencer un périple à travers la neige et la glace jusqu'à l'ancienne capitale anglaise. Longue et ardue sera leur quête entre imprévus, rencontres et surprises.

Voici un roman qui se lit très vite et très facilement. Il convient très bien pour une première approche SF pour néo-lecteur. L'histoire est certes convenue mais elle est bien maîtrisée et très accessible malgré des thématiques importantes, réflectives et engagées. On retrouve le goût pour le consensus, l'échange et la discussion que Silverberg prône dans nombre de ses écrits. Loin pour autant de verser dans le naïf et le pacifisme forcené, il se dégage ici une réelle humanité qui s'exprime à travers ce voyage quasi initiatique.

De nombreuses péripéties attendent nos exilés entre rencontres de nomades retournés à l'âge de pierre, animaux polaires déplacés vers des terres plus australes, les pépins classiques rencontrés par toute expédition et la fatigue morale et physique qui peut en découler. Dans la gestion de son récit, Silverberg fait preuve de sa finesse habituelle dans le traitement de la psychologie de ses personnages. Ne vous attendez pas à de grosses surprises si vous êtes un lecteur affirmé mais l'ensemble ici est suffisamment dense pour passer un agréable moment et procurer l'envie de continuer la lecture.

J'ai aussi adoré les passages plus descriptifs que j'ai trouvé à la fois succincts et percutants. Pas de grands paragraphes interminables mais quelques phrases disséminées ici et là illustrant à merveille l'aventure qui nous est livrée: la ville souterraine isolée de tout, le grand ascenseur permettant de rejoindre la surface, les glaciers immenses qui ont recouvert une bonne partie de l'hémisphère nord, la banquise et son climat difficile, le mode de vie des autochtones... Autant de petit tableaux saisissants de réalisme et teintés de poésie à l'occasion.

Au final, on passe un très bon moment et même si la fin m'a semblé quelques peu expédiée, on reste sur une bonne impression et une belle vision post-apocalyptique. Avis donc aux amateurs et aussi aux plus jeunes qui souhaiteraient s'essayer à la SF.


mercredi 13 août 2014

"Adolf (roman hystérique)" d'Olivier Costes

adolf

L'histoire: Fraîchement arrivé au lycée, Adolf est un ado moustachu, envahissant et totalement ingérable, aussi cruel que raciste. Pourtant, la directrice, Mme Maréchal, octogénaire prête à tout pour défendre la devise de son établissement, Travail, Famille, Poterie, est très accommodante. Plutôt que d'affronter le tyran en herbe, elle préfère collaborer avec sa clique aussi grotesque que maléfique: Hermann, Heinrich, Martin, Klaus... et la blonde Eva...

La critique de Mr K: Attention roman jubilatoire! Bel angle d'accroche que celui choisi par Olivier Costes et Osaka éditeur pour parler de la montée des extrêmes avec "Adolf (roman hystérique)". Imaginez un peu, vous reprenez quasiment tous les éléments biographiques du führer du IIIème Reich et vous les transposez dans une petite fiction se déroulant à notre époque dans un lycée des plus classiques (quoique...). Le résultat est bluffant et oblige le lecteur à faire constamment des aller-retour entre l'Histoire et le récit.

Le jeune Adolf veut dératiser son lycée (comprendre exterminer les juifs) et remporter le championnat de football (la 2nde guerre mondiale). Il aura fort à faire avec le grand Charles parti en voyage linguistique en Angleterre en laissant son lieutenant Jean sur place pour veiller à la résistance face aux avancées de ce phénomène inquiétant. Autant de parallèles qui se glissent à chaque ligne voir chaque phrase et qui m'ont beaucoup diverti. Ce livre permettra sans doute à un grand nombre de réviser leur Histoire sans se prendre la tête avec un récit à la fois fourni et intelligent, constellé de jeux de mots plus réussis les uns que les autres et une documentation assez remarquable sur la personnalité d'Hitler, éléments régurgités ici dans un personnage aussi repoussoir que ridicule mais qui en 1932 a su séduire une majorité d'électeurs.

On assiste plus ou moins à ce phénomène de montée des extrémistes depuis quelques années dans notre pays. Des choses au départ inacceptables ou indicibles sont devenues tolérées voir acceptées par un nombre de plus en plus grandissant de personnes avec le concours des médias (au premier rang desquels les chaînes d'information en continu). Là où ce livre est salvateur (n'oublions pas qu'il s'adresse essentiellement à un jeune public d'au moins 13 ans) c'est qu'il montre à la perfection les mécanismes de la manipulation par la peur et la haine de l'autre et de la répression. Ceci pas seulement chez les extrémistes affichés, mais aussi parmi la plèbe, les anonymes qui ont laissé faire, laissé proliférer un tel obscurantisme mâtiné de bêtise crasse et de peur infondée (c'est un peu la définition du racisme, non?). Sartres ne disait-il pas que le véritable salaud est celui-ci qui n'agit pas?

Ce fut donc une excellent lecture entre cynisme, satire et Histoire. Un bon moment qui ne peut que faire écho à l'actualité toujours aussi sombre et la manie de l'espèce humaine à retomber dans ses travers passés. La maxime qui énonce que le passé éclaire le présent prend ici tout son sens et ceci de manière accessible et ludique. Un bien bel ouvrage que je ne peux que conseiller!

samedi 9 août 2014

"L'attrape-coeurs" de J.D. Salinger

Salinger

L'histoire: C'est l'histoire d'un garçon perdu et à la dérive, qui cherche des raisons pour continuer à vivre dans un monde devenu hostile et corrompu.

La critique de Mr K: Il s'agit d'un compte rendu de relecture aujourd'hui avec ce classique de Salinger, "L'Attrape-coeurs", que j'avais lu lors de mon adolescence et que j'avais beaucoup aimé. Une fois de plus, c'est le hasard du chinage qui mettait ce volume sur mon chemin, n'ayant pas ce titre dans notre bibliothèque, il me semblait criminel de ne pas l'acquérir...

Holden Caulfield est un adolescent américain de 16 ans issu d'un milieu favorisé. Il vient de se faire renvoyer de son collège et hésite à rentrer directement chez lui. Il prend le train pour New York. Ces trois jours de fugue sont l'occasion de petites aventures, de rencontres, et finalement révèlent un profond désarroi.

Ce livre n'a pas pris une ride depuis son écriture en 1945. Il faut dire que sa thématique est intemporelle, il est question ici du passage à l'âge adulte ou du moins de sa prise de conscience par un jeune en pleine rupture avec le monde qui l'entoure. Il déteste l'école, Holden a du mal à se situer et il a déjà connu des drames dont la perte de son jeune frère qu'il aimait plus que tout. Le lecteur est partagé entre sa rébellion légitime et son immaturité latente.

Holden m'a tout de même profondément touché par le caractère d'urgence qui souffle sur le roman car il a fugué de son école et va devoir l'annoncer à ses géniteurs trois jours après. Il va se passer énormément de choses pendant cette parenthèse de liberté et l'on tend alors vers la parabole initiatique avec des passages tantôt drôles (les moments où Holden râle sur le cinéma, ses idées étranges, ses mensonges notamment), tantôt plus dramatiques. Avec l'âge, ce sont les chapitres consacrés à son rapport aux filles (le RDV avec Sally est assez croustillant dans son genre!) et aux femmes qui m'ont le plus marqué notamment celui avec la prostitué où il se rend compte qu'il lui reste bien du chemin à parcourir avant de s'accepter en tant qu'homme.

Vous me direz, rien de vraiment neuf dans l'histoire. Là où ce livre rentre dans le club très sélect des classiques, c'est dans son traitement. Il est écrit à la première personne du singulier et dans un style familier qui nous immerge immédiatement dans la psyché de Holden qui capte la vie avec la spontanéité propre à son âge. Il faut s'y faire au départ car c'est peu commun mais une fois emporté pas son flot de mots et d'expressions, il est difficile de relâcher cet ouvrage qui est une merveille de rythme, d'intelligence et de profondeur. Je suis passé comme dit précédemment par tous les états et c'est un peu sonné mais heureux de cette redécouverte que je suis ressorti de cette lecture.

L'Attrape-coeurs est un classique qu'il faut je pense absolument avoir lu tant il n'a rien perdu en vérité et fraîcheur. Un bijou entre les bijoux!

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mardi 5 août 2014

"L'Assassinat d'Hicabi Bey" de Alper Canigüz

l'assassinat d'Hicabi BeyL'histoire: Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul. Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions. Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois...

La critique Nelfesque: Après "Des 1001 façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov aux Editions Mirobole, j'avais fortement envie de me replonger dans un roman drôle et caustique qui m'emmène au delà des frontières françaises. Avec "L'Assassinat d'Hicabi Bey", j'ai été servie et je ne peux en préambule que souligner la cohérence du catalogue Mirobole qui sait décidément bien choisir ses publications.

Alper Canigüz est un auteur turque dont "L'assassinat d'Hicabi Bey" est le second roman. Côté littérature turque, je dois admettre que je ne suis pas une spécialiste. En revanche, côté thriller et roman à l'humour décalé, en tout modestie, je commence à toucher ma bille... Néanmoins, cet auteur a su me cueillir par son originalité, son écriture singulière et surtout son petit héros Alper. Je vais suivre dorénavant son actualité avec beaucoup d'intérêt !

Car oui, le gros potentiel de ce roman tient dans son personnage principal. Haut comme 3 pommes, âgé de 5 ans, Alper est un petit gars bien différent des autres enfants de son âge. Il a l'esprit d'un homme de 50 ans dans un petit corps d'un mètre dix et cela provoque de drôles de réactions chez ses interlocuteurs. "A cinq ans, on est au coeur de l'âge mûr. Ensuite commence la chute." sont les premières phrases de ce roman. Ca a le mérite d'annoncer la couleur ! D'ailleurs, connaissez-vous beaucoup de gamins de 5 ans passant leurs journées à lire du Dostoïevski et du Nietzsche "pour la rigolade (je plaisante, il sait de quoi il parle le moustachu - c'est fou ce que la poltronnerie peut rendre créatif !)" ? Les pensées d'Alper et sa répartie sont savoureux et j'ai passé 250 pages à rire !

Bien que cultivé et ayant un vocabulaire évolué (bien plus que certains adultes), Alper n'en reste pas moins un enfant et sa fraicheur et ses envolées grossières parfois redonnent un peu de réalisme à une oeuvre farfelue. Ne lisez pas "L'Assassinat d'Hicabi Bey" si vous souhaitez une histoire plausible, vous n'arrêterez pas de pester. Mais si vous êtes à la recherche d'une lecture peu commune mêlant humour, esprit critique et dépaysement, celui ci est fait pour vous.

Canigüs pousse ses lecteurs à la réflexion par le biais de la dérision. A la fois, l'histoire au premier degré est drôle et décalée mais c'est aussi une véritable critique de la Turquie d'aujourd'hui que nous propose l'auteur. Sans rentrer dans les détails, nous sommes ici dans un quartier d'Istanbul, loin des secteurs riches, où petites frappes, violence, drogue et chômage rodent. Sans parler de la critique des relations humaines et de ses limites : trahisons, mensonges, manigances, douleurs ...

Comme quoi ce n'est pas parce qu'un enfant a 5 ans qu'il n'a pas d'autres préoccupations que la composition de son quatre heures ou le dernier dessin animé à la TV. Un chemin que bon nombre d'adulte ferait bien de prendre ! "L'Assassinat d'Hicabi Bey" est à lire, assurément ! Original, drôle, caustique, décalé ! Vous faut-il d'autres arguments pour courir chez votre libraire !?

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dimanche 3 août 2014

"Le Syndrome Copernic" d'Henri Loevenbruck

«Le syndrome Copernic» d'Henri Loevenbruck

L'histoire: Un matin d'été ordinaire, trois bombes explosent dans une haute tour du quartier de la Défense. Toutes les personnes qui étaient entrées dans le gratte-ciel périssent dans l'effondrement. Toutes, sauf une, Vigo Ravel, quelques minutes avant l'attentat, a entendu des voix dans sa tête qui lui ordonnaient de fuir. Et il a survécu.
Il comprend alors qu'il détient un secret qui pourrait changer la face du monde. Mais il ne suffit pas de connaître un secret si grand soit-il. Encore faut-il en comprendre l'origine. Qui sont ces hommes qui le traquent? Quelle énigme se cache derrière le Protocole 88? Que signifient les voix que lui seul semble pouvoir entendre?
Il est des mystères qui valent tous les sacrifices. Même celui de l'âme.

La critique de Mr K: Loevenbruck le retour au Capharnaüm Éclairé! J'avais grandement apprécié L'Apothicaire et Le mystère Fulcanelli, l'occasion faisant le larron, je tombai sur Le Syndrôme Copernic au cours d'un énième chinage et je sautai sur l'occasion pour l'acquérir. Depuis avril, le pauvre m'attendait impatiemment dans ma PAL...

Vigo est le seul rescapé d'un attentat terroriste sans précédent sur le sol français. Des voix lui ont parlé dans sa tête et il a pu s'échapper de l'Enfer à la dernière minute. Oui! Vigo est dérangé, plus que cela il est schizophrène! C'est du moins le diagnostic du docteur Guillaume. Mais voilà, ce dernier est mort dans l'effondrement de la tour et quand Vigo se renseigne sur les victimes, il ne trouve nulle trace du fameux docteur ni même de l'existence du cabinet médical où il se rendait une fois par semaine pour son injection hebdomadaire. Livré à lui même, sans repères ni personne à qui se raccrocher, Vigo va tenter de découvrir la vérité sur son identité, sa maladie et sur le fameux Protocole 88.

Clairement ce livre est loin d 'être le meilleur de l'auteur et même si je l'ai lu assez rapidement, l'ennui a pointé régulièrement le bout de son nez: 508 pages qui auraient pu être condensées en 300 facilement car Loevenbruck en voulant nous plonger dans l'esprit d'un pseudo schizophrène se répète beaucoup (préférez Les Racines du mal de Dantec, un bouquin culte et inégalé!), alourdit le récit à un tel point qu'on finit même par moment par se demander s'il ne faudrait pas achever le héros! J'exagère quelque peu mais les atermoiements de ce dernier deviennent vite saoulants au bout de 200 pages et il faut tout de même attendre la 300ème pour avoir un début de révélation. Ce premier indice m'a personnellement mis sur la voie de la vérité cachée et révélée dans les toutes dernières pages, peu ou pas de surprises de mon côté donc. La fin m'a aussi paru bâclée et envoyée en 20 pages comme si l'auteur en avait ras le bol et souhaitait en finir au plus vite. Dommage car le background était intéressant.

Pour autant, Le Syndrome Copernic n'est pas une bouse intersidérale. L'écriture de Loevenbruck reste toujours aussi accessible et je pense que des néo-lecteurs se laisseront entraînés sans peine dans cette aventure baignant dans une paranoïa bien de notre temps. Même si l'auteur en rajoute un maximum, les personnages sont plutôt bien caractérisés et évoluent bien, voir radicalement pour certains d'entre eux: je garderais en souvenir le personnage de la policière venant en aide à Hugo en début de roman et les membres de l'organisation Sphinx. Autre réussite de ce roman, le rendu très réaliste d'une capitale française subissant une menace terroriste et l'ambiance qui peut en résulter. Cela traduit une fois de plus tout le talent de l'auteur pour rendre compte d'une époque et d'un climax, il l'avait déjà bien montré dans mes deux précédentes lectures.

Cette lecture fut donc une semi déception pour ma part, l'auteur m'ayant habitué à bien mieux. Dispensable mais pour autant tout à fait fréquentable, cet ouvrage a le mérite de se lire facilement. À chacun de se décider s'il veut tenter l'aventure ou non.

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
- "Sérum - Saison 1, Episode 1"
- "Sérum - Saison 1, Episode 2"
- "Le Mystère Fulcanelli"
- "L'Apothicaire"

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dimanche 27 juillet 2014

"Coraline" de Neil Gaiman

coralineL'histoire: Coraline vient de déménager dans une étrange maison et, comme ses parents n'ont pas le temps de s'occuper d'elle, elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien. Identique, et pourtant...

La critique Nelfesque: J'ai découvert "Coraline" il y a 5 ans au cinéma et j'avais adoré ce film d'animation plein de mystère et superbement réalisé. L'occasion s'est présentée de lire le roman de Neil Gaiman dont a été tiré celui ci et j'ai sauté dessus.

J'avais déjà lu du Gaiman par le passé et je n'avais pas vraiment été convaincu. Peut être le mauvais roman, peut être le mauvais moment pour découvrir cet auteur que beaucoup encensent. Avec "Coraline", j'ai aimé Gaiman sans pouvoir m'enlever de la tête les images du film de Henry Selick (qui a également à son actif "L'Etrange Noël de M. Jack" (rien que ça!)). Une adaptation très fidèle à ce roman qui a su mettre les bonnes illustrations sur les mots de son auteur.

Coraline est une petite fille curieuse de tout. Avec son âme d'aventurière, elle ne tient pas en place et lors de son emménagement dans une nouvelle maison, la tentation est trop grande d'en explorer le moindre recoin. Elle va alors découvrir un monde fantastique où tous ses désirs sont exhaussés, où ses parents ont du temps pour elle, où les chats parlent et les souris montent des spectacles de cirque. Mais les apparences sont trompeuses et Coraline va vite découvrir les limites du paraître.

"Coraline" se dévore. Relativement court (153 pages), le lecteur adulte enchaine les pages et les enfants seront, je n'en doute pas passionnés par les découvertes de son héroïne. Du haut de mes 32 ans, je ne saurai jamais les sensations de lecture que procurent ce roman sur les jeunes enfants mais m'est avis qu'il laisse des traces dans leurs jeunes vies de lecteurs.

Merveilleux, addictif mais aussi angoissant et effrayant, de nombreux qualificatifs seraient justes pour parler de "Coraline". On s'attache très rapidement à cette jeune fille, on souffre comme elle de l'indifférence de ses parents tout en l'expliquant avec nos yeux d'adultes. Qui n'a jamais ressenti ce sentiment de délaissement quand les parents ont trop de travail ou des préoccupations qui nous dépassent quand, du haut de nos 10 ans, on a envie de passer nos journées à jouer et où être fille unique n'est pas toujours évident? Avec une imagination débordante, Coraline parcourt les pièces de son nouvel appartement, explore le jardin en s'inventant des histoires. Mais un jour la réalité dépasse la fiction et une porte mystérieuse s'ouvre dans son salon. Commence alors une épopée à la hauteur de ses attentes d'où il sera difficile de revenir à la réalité.

La plume de Gaiman est simple et efficace. L'auteur sait toucher là où ça fait mal en enveloppant le tout d'un voile merveilleux et fait passer son lecteur par tous les états. Cela reste un roman jeunesse et on s'imagine bien que tout sera bien qui finira bien mais l'angoisse pointe très souvent le bout de son nez au fil des pages et la morale de l'histoire est intéressante dans un monde actuel où les paillettes et la facilité intéressent plus nos jeunes que le quotidien et les distractions durement gagnées. Je conserverai précieusement cet ouvrage pour un futur bambin en âge de le lire, pour qu'il découvre avec ses mots à lui et une histoire passionnante que tout ce qui brille n'est pas d'or et qu'il faut se méfier des apparences. Même en tant qu'adulte, il est bon de se voir rappeler parfois que l'amour de ses proches est un bien précieux.

Vous l'aurez compris, je vous conseille ce roman. Que vous ayez 7 ou 77 ans, vous retrouverez dans "Coraline" des fondamentaux essentiels à la construction de tout être humain. La vie n'est pas faite que de bonheur et d'amusement et il faut parfois passer par des chemins tortueux pour en découvrir toute sa valeur.

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mardi 22 juillet 2014

"La Légion de la Colombe Noire" de Kami Garcia

la legion de la colombe noire

L'histoire: La Légion de la Colombe Noire est une société secrète. Très secrète. Sa raison d'être: lutter contre les forces du Mal.
Chacun de ses membres a sa spécialité: protection, combat, fabrication d'armes, détection des activités paranormales.
Moi, Kennedy Waters, je n'ai aucun talent. Éliminer les esprits vengeurs, chasser les revenants? Je ne sais rien faire de tout cela.
Pourtant, mes nouveaux amis, Alara, Priest, et les jumeaux, Lukas et Jared, sont persuadés du contraire. Ils en sont sûrs: je suis le cinquième membre de la Légion. Et Andras, le démon qui a tué ma mère et tenté de me supprimer, le pense également. La preuve: il est à mes trousses. Alors, je vais les aider. Je n'ai pas le choix.

La critique de Mr K: Je n'aurais jamais lu "La Légion de la Colombe Noire" si nous ne l'avions pas reçu de l'éditeur. On se situe clairement ici dans la vague de littérature fantastique jeunesse sur laquelle surfe allégrement les éditeurs et les producteurs de cinéma toujours à l'affut d'un bon coup marketing. J'ai hésité un temps à parcourir le présent ouvrage et puis finalement, je me suis dit qu'il fallait tout de même que je tente le coup. Cette histoire de démon m'intriguait et dans le pire des cas, je pouvais toujours abandonner la lecture avant la fin du volume.

Jeune fille du style "rebelle de canapé" se cherchant encore une identité propre, Kennedy (drôle de prénom pour une fille tout de même!) fait une rencontre des plus macabres dans le cimetière voisin en cherchant son voyou de chat qui s'est échappé. La voilà d'un coup, nez à nez avec un spectre planant au dessus du sol! Elle rentre chez elle et le cache à sa mère et sa meilleure amie. À partir de là tout s'enchaine, elle se retrouve orpheline dans les jours qui suivent après que sa mère ait succombé à ce qui ressemble fortement à une crise cardiaque. Elle va finir par se faire attaquer par un démon vengeur mais est sauvée in-extrémis par la mystérieuse Légion des Colombes Noires qui est chargée d'une mission de la plus haute importance. Andras un démon antédiluvien a été libéré il y a déjà un sacré bout de temps et le monde est en péril, rien que ça!

J'ai lu ce livre en un temps record, ce n'est pas pour autant qu'on peut dire que ce soit une très bonne lecture, surtout si on a plus de 15 ans!

C'est ce que j'appellerai du easy-reading, pas question de surprendre le lecteur et de lui demander des efforts. Le style d'écriture est simple voir simpliste et les personnages ne sont que des caricatures sans aucune profondeur et franchement, l'auteur enfile les clichés comme des perles. Kennedy en devient irritante de bêtise, il faut la voir se pâmer d'admiration devant Jared, une vraie midinette alors que depuis le début elle "se la joue" fille différente. Les différents comparses de la Légion ont chacun leur spécialité et un caractère bien défini, on se croirait dans un jeu vidéo tant la vacuité les caractérise en terme de personnalité et de réaction. On n'y croit donc pas une seconde et l'œuvre sent le réchauffé et parfois le téléfilm américain de l'après-midi sur TF1, le tout mâtiné d'extraits de la série Charmed. Tout un programme!

Au niveau du background, là encore on touche le fond avec un univers ésotérique des plus risibles mélangeant des tonnes d'influences différentes sans les respecter vraiment: tour à tour il est question du vaudou, du pouvoir interne des chats, des démons (Lucifer doit s'en retourner dans son Enfer!), d'exorcisme... Un vrai mixage façon bouillie bien consensuelle histoire de plaire au plus grand nombre. S'agissant d'un premier volume, vous imaginez bien que ce ne sont que les prémices d'une série que je ne poursuivrais sûrement pas. Je n'ai rien contre la littérature pour jeunes adultes mais ici on est à 10 000 lieues d'auteurs talentueux tels que Rowling, Pullman et autre Connolly.

Cet ouvrage, c'est un peu l'équivalent de ce que Justin Bieber est à la musique, une œuvre prétentieuse mais sans relief ni réel intérêt pour qui recherche l'évasion et la nouveauté. Amoureux de littérature en tout genre, passez votre chemin ou succombez aux sirènes mercantiles de cette nouvelle série. Pour ma part, le choix est déjà fait!

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mercredi 16 juillet 2014

"Axolotl roadkill" d'Hélène Hegemann

axolotl-roadkill

L'histoire: Mifti n'est pas une ado comme les autres. Livrée à elle-même, elle sèche les cours, elle fume, se noie dans l'alcool, prend de la coke et des ecstas. Avec ses amis, ils s'envoient des SMS, des mails, ils philosophent sur la vie, chantent des airs de Pink Floyd, feraient n'importe quoi pour s'impressionner.
L'anarchie totale, quoi.

La critique de Mr K: Axolotl roadkill a été écrit par Hélène Hegemann lorsqu'elle avait 17 ans! Vu son sujet et sa forme, il a fait scandale à sa sortie pour diverses raisons: la langue crûe et les accusations de plagiat de divers sites et blogs (les références sont notifiées dans la présente édition). Pour autant, cet ouvrage a été aussi salué comme novateur par certains critiques et s'est vu attribué le prix du premier roman au Festival International de Littérature de Cologne en 2010... Un vent sulfurisé souffle sur ce livre aiguisant ma curiosité et me poussant à entamer la lecture...

Mifti est une jeune junky menant une vie des plus dissolues. Drogues, alcools, soirées orgiaques... tout y passe. Elle vit dans un squat qu'elle partage avec des amis et des rencontres de passage. Écrit à la première personne du singulier, ce livre se veut un témoignage d'une jeunesse cramée et désabusée, celle de Mifti jeune-fille plutôt intelligente et brillante qui aurait eu une jeunesse difficile, une mère l'ayant abandonnée à 5 ans et un père absent qui ne se préoccupe pas de sa fille. Elle vire donc dans le grand n'importe quoi, brûle la chandelle par les deux bouts et peu à peu nous livre ses failles et ses aspirations. Je vous le dis tout de go, je n'ai pas du tout aimé ce livre et pourtant il avait tout pour me plaire par son thème et sa forme.

J'ai énormément lu sur le sujet de l'adolescence, de son mal-être et des déviances qui peuvent en découler. C'est un âge fascinant de changements et j'ai le plaisir (et parfois, il faut bien l'avouer le grand déplaisir) d'en côtoyer tous les jours au travail venant des classes populaires de la région. Mifti ne m'a pas du tout touché tant elle s'apparente à une pauvre petite fille riche qui se donne un genre, notamment au début du roman tant elle se donne des airs de toute puissance. Malgré des efforts de l'auteure pour nous la rendre sympathique dans la deuxième partie, je n'ai éprouvé aucune empathie pour elle, la trouvant finalement superficielle et imbue d'elle même. Certains me diront que c'est l'adolescence en elle-même qui veut cela mais ici à aucun moment je n'ai éprouvé de dégoût face à ce qu'elle est devenue, de commisération et d'attachement pour ce personnage météorite. Le personnage m'a plus énervé au final ce qui est bien dommage. J'ai largement préféré Junky de Burroughs que j'avais trouvé à la fois fulgurant et percutant sur le même thème.

Le style peut des fois rattraper un fond bancal et/ou médiocre. Il n'en est rien ici à mes yeux. Pour rendre compte du chaos intérieur de cette gamine, le style se veut chaotique. C'est bien dans l'intention mais dans la réalité, je trouve qu'Hélène Hegemann en perd ses lecteurs même les plus volontaires comme je l'étais moi-même au départ. Vous avez ici un amas de chroniques quotidiennes thrash, entremêlées de passages abscons et autres digressions pseudo-philosophiques. On en perd son latin et plus grave son intérêt. On se dit que ça doit bien mener quelque part mais il faut bien avouer que quand on referme avec soulagement l'ouvrage, il n'en est rien! Cruelle déception avec l'impression d'avoir été mené en bateau et d'avoir perdu son temps, le crime le plus grave à mes yeux quand il s'agit de littérature!

Vous l'avez compris, je ne vous conseille vraiment pas Axolotl roadkill tant je me suis ennuyé entre chroniques autodestructrices vaines voire ridicules et style décousu sans réel objectif à long terme. À bon entendeur...

lundi 14 juillet 2014

"Un long moment de silence" de Paul Colize

un long moment de silenceL'histoire: 2012. A la fin de l'émission où il est invité pour son livre "Tuerie au Caire", un attentat qui a fait quarante victimes dont son père en 1954, Stanislas Kervyn reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu'il croyait savoir.
1948. Nathant Katz, un jeune juif rescapé des camps, arrive à New-York pour essayer de reconstruire sa vie. Il est rapidement repéré par le Chat, une organisation prête à exploiter sa colère et sa haine.
Quel secret unit les destins de ces deux hommes que tout semble séparer?

La critique Nelfesque: "Un long moment de silence" de Paul Colize m'a été conseillé par une copine blogueuse en qui j'ai une confiance aveugle. Quand on s'accorde sur 95% de nos avis littéraires mais aussi que l'on trouve des similitudes dans nos vies respectives de tous les jours, on commence à croire en l'existence de la notion d'âmes soeurs. Petit clin d'oeil en fin de billet.

Ceux qui suivent nos aventures au Capharnaüm éclairé depuis longtemps connaissent ma passion immodérée pour la seconde guerre mondiale. J'aime particulièrement me plonger dans des romans / essais / témoignages de cette époque. Quand Colize me propose d'allier cet intérêt à mon amour des thrillers, je deviens "la femme qui ne sait pas dire non".

Dès les premières pages, l'auteur sait alpaguer son lecteur et ne plus le lâcher jusqu'à la fin de l'ouvrage. L'écriture est plaisante, le style est simple et va à l'essentiel et le personnage principal de 2012 a un je ne sais quoi d'antipathique et intrigant qui n'est pas pour me déplaire.

Disons le tout net: Stanislas est un con fini. Misogyne, petit chef, arrogant et cynique, il n'en est pas moins un homme qui va au fond des choses. Il vient tout juste de terminer l'écriture de son roman consacré à la tuerie du Caire, où son père a trouvé la mort en 54, et est en pleine période promo pour la sortie de son roman. Arrivé à une conclusion sur cette affaire, il n'hésite pas à se replonger dans ses fiches et mener une nouvelle enquête lorsque de nouvelles pistes pointent à l'horizon. Remettant alors en cause ses recherches passées, il fait fit de ses convictions personnelles et va entamer une nouvelle quête : celle de ses racines. J'ai particulièrement aimé cette façon d'être, cette envie de connaître la vérité quoi qu'il en coûte, ce besoin de mettre un mot sur ses doutes quitte à chambouler sa vie.

Dans sa démarche, il sera secondé par Laura Bellini, une traductrice parlant couramment plusieurs langues. En femme moderne, sûre d'elle et ayant de la répartie, son travail ne sera pas de tout repos avec un homme qui exige d'elle une disponibilité permanente et un dévouement total. Il lui faudra bien du courage et beaucoup de dérision pour faire face au harcèlement moral et sexuel quasi permanent que lui impose son patron. La relation entre Laura et Stanilas permet de dédramatiser l'ensemble de l'oeuvre comme une soupape nécessaire au lecteur pour poursuivre sa lecture semée d'horreurs.

Ensemble, ils vont remonter le temps et Colize emmène alors ses lecteurs dans une enquête palpitante où toutes les émotions les traverseront. Qui est qui? Qui fait quoi? A qui pouvons-nous réellement faire confiance? Dans cette époque troublée que fut la seconde guerre mondiale, le lecteur s'interroge sur ce que cachent les apparences. Aveuglé par un amour filiale, ce pourrait-il que Stanislas ait fait fausse route depuis le début? La réponse à cette question est loin d'être évidente et je vous encourage à découvrir ce roman pour élucider le mystère.

Parallèlement à cette enquête, nous suivons l'histoire de Nathan à la sortie de la guerre. Qui est cet homme? Quel lien a-t'il avec l'histoire qui intéresse Stanislas en 2012? Le lecteur s'attache tout de suite à ce personnage. Rescapé des camps de concentration, ayant perdu une partie de sa famille dans le génocide, d'emblée l'empathie l'emporte. Alors qu'il commence une nouvelle vie, loin de l'horreur de ce qu'il vient de vivre, un groupe se faisant appelé "Le Chat" va entrer en contact avec lui et lui proposer d'intégrer ses rangs pour rétablir la justice.

Colize nous plonge ici dans un réseau de "chasseurs de nazi" qui enquête sur les criminels de guerre exfiltrés d'Allemagne à la fin de cette dernière, ayant changé d'identité et vivant une nouvelle vie en occultant la précédente et les horreurs perpétrées. Le Chat est très bien organisé. Chacun a un rôle bien déterminé dans l'organisation. Après une période de formation, Nathan va devenir membre d'un service de renseignement, traquant les anciens nazis, les suivant sur une période donnée dans leur vie quotidienne, notant tout leur faits et gestes, leurs habitudes, leurs horaires ... afin que d'autres membres puissent monter une dernière exfiltration pour eux. Cette fois ci pour un endroit d'où ils ne reviendront jamais...

Ce roman pose pas mal de questions dérangeantes notamment sur les notions de vengeance, de justice et de légitimité. De part ses personnages, vivant chacun l'expérience avec leur propre ressenti, le pardon revient souvent dans ces pages. Mais quel pardon peut-il être accordé à des hommes ayant des convictions nazis profondes jusqu'à la dernière minute de leur vie? La scène où Nathan doit répondre à cette question à l'âge où seul l'insouciance devrait être de mise est particulièrement dérangeante. Une pause dans la lecture s'impose alors pour digérer toute l'atrocité du monde.

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement la lecture de cet ouvrage à la fois pour son histoire passionnante et addictive que pour les questions qu'il soulèvent et qui malheureusement n'ont pas de réponses précises et indiscutables. Un roman poignant écrit avec brio.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Folio. Merci à eux pour cette lecture ainsi qu'à ma copinaute faurelix pour m'avoir vivement conseillé de la suivre dans cette aventure.

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jeudi 10 juillet 2014

"Kennedy et moi" de Jean-Paul Dubois

kennedy-et-moiL'histoire: S'il achète un revolver, rend visite à sa femme, et finit par mordre sauvagement son dentiste, c'est que Samuel Polaris va mal. Très mal. À moins que les autres, les gens "normaux" - avec leurs plans de carrière, leurs adultères, leur incompétence arrogante – n'aient basculé dans une sorte de folie collective.
Allez savoir.
Parce qu'il n'a pas le choix, parce qu'il est amoureux de sa femme et qu'il refuse de se résigner au pire, Samuel Polaris décide de reconquérir sa dignité. Même s'il doit, pour cela, voler à son psychiatre la montre que portait Kennedy le jour où il a été assassiné.

La critique de Mr K: Kennedy et moi me faisait de l'œil dans ma PAL depuis déjà pas mal de temps. Mes parents l'avaient lu lors de sa sortie et m'en avaient dit le plus grand bien. De mon côté, j'avais été enchanté par ma précédente lecture de cet auteur, il ne m'en fallait pas plus pour me laisser tenter par l'aventure! À noter que je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique de Sam Karmann ce qui m'a permis d'aborder ce roman sans idées préconçues et l'esprit vierge de toute influence.

Écrivain en panne d'inspiration depuis déjà deux années, Samuel Polaris sombre dans la déprime. Il erre dans la maison comme une âme en peine et ne supporte plus grand chose ni personne à commencer par les membres de sa propre famille! Ronchon, replié sur lui-même, il peste sur la médiocrité ambiante et se mue peu à peu en ours. Il sait que sa femme le trompe et ne réagit pas, le lien semble irrémédiablement rompu ce qui parait les faire souffrir tous les deux sans qu'ils en parlent vraiment. Samuel ne peut plus encadrer sa fille Sarah qu'il considère comme une arriviste au nombrilisme exacerbé et ne fréquentant que des garçons de la haute dans le but de convoler et créer du même coup un cabinet médical. Il y a aussi ses deux fils jumeaux qu'il ne comprend plus, sorte d'extra-terrestres amateurs d'électronique et d 'informatique parlant un langage codé. En bref, Samuel est en rupture totale avec le monde en général et ce livre va s'attacher à nous montrer sa reprise en main qui vous le verrez ne se fera pas sans heurts et fracas.

Pour suivre l'évolution de ses personnages, Jean-Paul Dubois a choisi d'adopter des points de vues différenciés. Ainsi, nous suivons les états d'âme de Samuel grâce à un point de vue interne des plus immersifs, rien ne nous est épargné de ses monologues intérieurs, le plus souvent caustiques et réjouissants même si on n'aimerait pas forcément vivre avec lui. Tout le monde en prend pour son grade et peu à peu, on se rend compte qu'il s'est comme perdu en route et qu'il se déconsidère aussi beaucoup. Entre affliction, culpabilisation et agressivité, le personnage de Samuel est très touchant. Dans un dernier sursaut et son attirance étrange pour une montre qui aurait appartenue au président Kennedy, il va peu à peu essayer de revenir dans le monde des vivants et reconquérir la femme qu'il n'a cessé d'aimer malgré son apparence nonchalance. En parallèle, les chapitres suivants sont vus à travers une narration omnisciente au centre de laquelle, on retrouve Anna (sa femme) qui elle aussi est au plus mal. Elle fait vivre désormais le foyer en retravaillant (elle avait arrêté pour s'occuper des mômes) en tant qu'orthophoniste et pour tromper l'ennui de sa vie conjugale, elle vit une aventure avec un homme médiocre. Elle aussi est malheureuse, elle ne comprend plus Samuel et a l'impression d'avoir perdu l'homme qu'elle aime. Ces deux là sont faits l'un pour l'autre mais ils ne font plus que se croiser et c'est très bien rendu par l'auteur qui s'amuse à reconstruire ce couple pièce par pièce.

Ce livre est une petite merveille de finesse et d'intelligence. On passe constamment de situations plutôt comiques avec les réflexions de Samuel sur le monde et ses actes complètement délirants – la morsure sur dentiste, ses rapports avec son psychiatre, la scène sur le yacht en toute fin d'ouvrage - (comme dit précédemment je n'ai pas vu le film, mais Bacri me semble être idéal pour tenir ce rôle) à des situations plus rudes où le héros se pose beaucoup de questions métaphysiques sur son couple, sa sexualité et ses sentiments profonds. C'est finalement une bonne tranche de vie qui nous est décrite, sans fioritures, ni tabous. Dans ce domaine, le traitement érotique des aspects intimes de la vie de couple est une vraie réussite entre frustrations, désirs et orgasmes dans une langue directe et épurée qui retranscrit à merveille les fantasmes et réalités liés à la sexualité. Bien rendue aussi sont les scènes de la vie quotidienne de cette famille au bord de l'implosion, mention spéciale aux scènes de petits déjeuners où l'ambiance est souvent loin d'être au beau fixe. Dense mais très accessible, je n'ai mis qu'une journée à dévorer ce livre tant l'addiction été immédiate et sans appel. On retrouve tout le talent de Dubois pour camper une situation et la détricoter dans son style mêlant classicisme d'écriture et décrochages burlesques.

Ce fut une très belle lecture que ce Kennedy et moi de Jean-Paul aul Dubois qui mélange allègrement chronique familiale, étude sociologique et moments de pur délire. Un must!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Vous plaisantez Mr Tanner"
- "Une Vie française"

Posté par Mr K à 19:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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