jeudi 8 mai 2014

"Les opéras de l'espace" de Laurent Genefort

les opérasL'histoire: Axelkahn est un ténor hors du commun, presque un dieu vivant. Ses interprétations des airs d'opéras les plus périlleux sont des instants volés à l'éternité. Tout cela grâce aux biopuces que lui ont implantées les mystérieux Yuweh. Jusqu'au jour où ces greffes tombent en panne, renvoyant Axelkahn à sa condition de simple mortel. Il ne lui reste plus qu'à tenter de retrouver un Yuweh, dont la légende raconte qu'il aurait disparu au cœur des Bulbes Griffith, gigantesque artefact spatial composé de stations reliées entre elles par des filins créant une inextricable toile d'araignée. Il forme donc une troupe de théâtre aussi hétéroclite qu'attachante et se lance en quête d'une hypothétique guérison.

La critique de Mr K: Une très belle découverte aujourd'hui que je dois à un partenariat Livr'addict grâce à l'intercession de Nelfe. Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous savez que je pratique de manière régulière le genre SF et une fois de plus la maison d'édition Folio SF frappe un grand coup avec ce roman singulier et enthousiasmant de la première à la dernière page. Immédiatement embarqué par l'auteur, avec "Les opéras de l'espace", j'ai fait un voyage à nul autre pareil qui me restera en mémoire longtemps tant cette histoire s'est révélée profonde et d'une virtuosité narrative sans faille.

Axelkahn, le divo interplanétaire le plus célèbre ne peut que constater que sa voix s'affaiblit et qu'il ne pourra bientôt plus pratiquer son art. C'est le choc pour cet homme replet et suffisant pour qui tout était dû jusqu'ici. La chute et les désillusions qui l'accompagnent sont rudes et il se retrouve très vite dans la peau d'un humain lambda, à l'orée d'une nouvelle vie bien différente et qui le terrifie. Pour autant, il lui reste un espoir, une petite possibilité de récupérer sa voix. Pour cela, il va devoir entreprendre un voyage périlleux au cœur de l'espace dans un ensemble de colonies terriennes parties cherchées un avenir meilleur au sein des bulbes Griffith, amas de sphères rappelant une grappe de raisin, un monde nouveau et sauvage où Axelkahn aura fort à faire pour mener à bien sa quête.

Niveau SF, on est servi et de la plus belle manière. À la manière d'un Pierre Bordage, Genefort réussit à nous immerger avec talent et délicatesse dans un univers cohérent et passionnant. Quel bonheur d'errer de station en station dans les bulbes Griffith en compagnie du héros et de ses compagnons. Les descriptions glissent avec un bonheur de tous les instants, fourmillants de détail et de vie. Ce monde hors norme s'agite devant nous et le lecteur se retrouve ailleurs, plongé dans un univers où les règles ont changé tant pour la nature (qui survit comme elle peut) que pour les communautés humaines qui survivent entre commerce et piraterie. On apprend au détour d'un paragraphe que la Terre a été livrée toute entières aux multinationales et que les hommes se sont lancés à la conquête de nouveaux mondes. Nous voyageons beaucoup, rencontrons nombre de sociétés et peuplades aux mœurs de plus en plus étranges au fur et à mesure qu'Axelkahn se rapproche du centre des bulbes où il devrait trouver les réponses à ses questions.

Là où tout bascule et rend cet ouvrage unique, c'est quand la troupe de théâtre est montée. L'expédition d'exploration se transforme alors en une tournée périlleuse dans des mondes renâclant voir bannissant les artistes. En effet, les communautés humaines se concentrent sur les activités de survie et le spectacle est bien souvent considéré comme du temps inutilement dépensé dans un univers au fragile équilibre. La vie d'une troupe entre voyage, déballage, spectacle, écriture, préparations diverses mais aussi gestion de la foule et des puissants est ici remarquablement rendue. On s'y croirait et cela donne une impression étrange qui mêle à la fois le dépaysement lié au caractère SF des mondes explorés et le caractère plus classique de ces artistes qui se battent pour se faire une place comme tant d'autres avant eux pendant l'époque moderne ou encore le XIXème siècle. Le mélange des deux est détonnant, jamais insipide et fournit une réflexion intéressante sur la part de l'imaginaire et de la fantaisie dans nos vies. Le tout sans lourdeur ni morale. Parce qu'en plus, Genefort a un style brillant et happant en diable. L'écriture évocatrice comme jamais sert un récit certes classique (on est rarement surpris) mais d'une richesse foisonnante, d'un rythme enlevé et d'un fond réflectif vraiment universel. On nage avec délice dans cette oeuvre attachante et accessible. La preuve en est qu'il ne m'a fallut que deux jours pour la dévorer, y pensant même quand j'avais reposé mon livre. Les personnages sont légions et attachants avec une mention particulière pour Axelkahn qui entreprend sans le savoir une espèce de voyage initiatique et tous les autres membres de la troupe, espèce de condensé de parias que l'aventure théâtrale va à jamais transformer.

Sans exagérer, on tient là un grand et beau livre de SF qui ravira les amateurs du genre mais permettra aussi aux novices de prendre un plaisir sans borne tant l'auteur est accessible et malin dans sa manière de mener son récit. Un bijou qu'il serait dommage de laisser passer.

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mardi 6 mai 2014

"13 jours" de Valentina Giambanco

13joursL'histoire: L’assassin lui a donné 13 jours. 13 jours pour tenter de comprendre. 13 jours avant de plonger dans les ténèbres...
À Seattle, personne n’a oublié le mystère de la Hoh River : trois gamins enlevés, cachés dans les bois. Seuls deux d’entre eux avaient réapparu, incapables de se souvenir de ce qui leur était arrivé. Vingt-cinq ans plus tard, un couple et ses deux fils sont sauvagement assassinés. Au-dessus de la porte de la chambre, le tueur a laissé un message : 13 jours. Très vite convaincue que les deux affaires sont liées, puisque le père de famille qui vient d’être assassiné était l’un des trois enfants kidnappés, la police manque pourtant de preuves. Pour sa première grande enquête, l’inspecteur Alice Madison devra se fier à son instinct. Au cœur des forêts, le cauchemar va recommencer. Dans 13 jours.

La critique Nelfesque: "13 jours" est un roman qui m'a séduite par sa 4ème de couv'. Un thriller mettant en scène des enfants, une "bleue" à la Crim', il ne m'en faut pas plus!

J'ai mis bien moins de 13 jours pour lire ce roman de 540 pages, je l'ai torché en 3 jours. Autant le dire tout de suite, c'est le genre de bouquin que l'on a du mal à lâcher. La scène de départ, le meurtre d'une famille entière, les 2 enfants en bas âge compris, arrive très vite et le lecteur est d'office immergé dans l'ambiance. Pas de fioritures, pas de gore gratuit non plus mais suffisamment de détails pour accrocher les amateurs du genre dès les premières pages.

Valentina Giambanco a un style littéraire très cinématographique. Aucun mal pendant sa lecture à voir défiler les scènes dans sa tête. C'est fluide, rythmé, cadencé comme un long métrage et l'auteur sait en garder sous le coude tout du long pour ménager le suspense. Je dirai que pour cela, "13 jours" est bien efficace. Un bon page turner avec des personnages assez complexes qui titillent la curiosité du lecteur.

Un bon page turner mais un page turner de plus. Rien de transcendant ou de novateur dans ce roman. Ce n'est pas la révélation de l'année dans le genre. Ne boudons pas notre plaisir pour autant et profitons des oeuvres bien construites et plaisantes à lire mais je dois dire qu'en tant qu'amatrice de thrillers / polars / romans noirs, je suis plus à la recherche maintenant de frissons novateurs, d'écriture qui se démarque franchement du commun des thrillers et d'une histoire qui me hante longtemps. Ici, ce n'est pas vraiment ça et j'aurai sans doute oublié les 3/4 du roman dans quelques mois malgré ses points positifs évoqués plus haut.

Côté personnage tout de même, j'ai aimé la froideur de John Cameron, le principal suspect (on l'apprend assez vite) et le côté ambigu de son avocat et ami Nathan Quinn. Cette relation particulière et ce jeu du chat et de la souris avec les autorités par les textes de loi et par la capacité qu'à Cameron de passer inaperçu apportent un plus au roman. Le tueur présumé n'est pas forcément un être déshumanisé et caricatural et c'est appréciable.

Alice Madison, inspectrice nouvellement nommée à la Crim' est tout aussi intéressante par sa jeunesse, ses maladresses mais surtout son amour pour son métier et son envie de bien faire. On s'identifie assez facilement à ce bout de femme à la fois fragile et forte. De plus, un évènement personnel la poussant dans son enquête force la sympathie du lecteur. Classique mais agréable.

Au final, vous l'aurez compris, même si "13 jours" n'est pas LE thriller à lire absolument dans sa vie, il sait ravir les amateurs du genre qui passent un bon moment entre ses pages. Une découverte attrayante que je vous conseille.

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samedi 3 mai 2014

"Zazie dans le métro" de Raymond Queneau

zazieL'histoire: - Zazie, déclare gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai. - Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
- Qu'est-ce qui t'intéresse alors?
Zazie répond pas.
- Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse?
- Le métro.

La critique de Mr K: Voici un livre que je n'avais jamais lu auparavant. J'ai eu ma période "classiques" lors de mes études littéraires et de Queneau, je n'avais lu jusque là que l'excellent Exercice de style qui a nourri le mouvement des ateliers d'écriture et qui interpelle encore les jeunes générations quand on leur présente le procédé utilisé. L'occasion s'est présentée une fois de plus chez l'abbé de découvrir Zazie dans le métro sur lequel j'ai entendu nombre d'avis positifs, parfois dithyrambiques. Je me jetai à l'eau...

C'est l'histoire d'une fillette confiée le temps d'un week-end aux bons soins de son oncle qui réside à Paris. Durant tout le livre, elle serine à qui veut l'entendre qu'elle veut absolument aller voir le métropolitain. Pourtant le séjour ne se passe pas exactement comme prévu... Il est difficile d'en dire plus sans verser dans le spoiler donc vous devrez vous contenter de ce maigre résumé. Et toc!

Qualifié de roman parodique par beaucoup, on se retrouve ici à la croisée du genre entre tranche de vie, policier et théâtre (les dialogues sont croustillants à souhait). Peu ou pas de description pure et dure ici, on sait que Queneau de par son parcours (surréalisme, le mouvement néo-français...) n'était pas adepte de la surcharge littéraire. Par contre, on reconnaît son goût immodéré pour ses personnages et leur caractérisation par leurs actes et leur verbe. Préparez-vous donc à un livre vivant et étrange tant on s'éloigne des sentiers battus. Et dire qu'il date de 1959!

Deux personnages sortent du lot nettement. Tout d'abord l'héroïne éponyme qui est tout sauf une petite fille modèle. Grande adepte de l'argot, elle représente la jeunesse insolente et avide d'expérience. Elle veut vraiment le découvrir le métro! Elle se heurte au monde des adultes, elle le teste, en révèle les failles malgré les adultes qui l'entourent et essaient de lui en monter la cohérence et les règles. Je l'ai trouvé d'une fraîcheur rare et j'ai adoré son sens de la répartie qui fait des ravages. Elle est confiée à son oncle Gabriel, un colosse de 32 ans qui danse travesti en femme la nuit. Il est plein de tendresse et d'esprit paternel avec cette jeune fille haute en couleur. Le choc des générations est ici traité avec finesse via des expériences diverses et des rapports humains francs et touchants. Gabriel est aussi enrobé de mystère concernant ses goût intimes: homosexuel? simple travesti? On en arrive même à se poser des questions sur sa compagne (Homme ou femme? Marceline, Marcel?). Autant de touches plus floues qui ajoutent en profondeur et en réflexion.

On touche à beaucoup de questions primales dans ce petit livre. L'identité notamment entre la jeune fille qui se construit au fil des pages et un oncle décalé qui se voit confier sa nièce durant un week-end. Au détour des rebondissements, c'est l'amitié ou encore le travail qui sont questionnés au travers des scènes de vie dont nous sommes les témoins. C'est l'occasion aussi une fois de plus pour Queneau de jouer avec la langue et les mots. L'expression est ici novatrice pour l'époque notamment dans l'usage de l'argot et le jeu avec le principe du mot-valise. Il en ressort une lecture aisée et impertinente qui n'est pas pour me déplaire. J'ai souvent souri devant l'inventivité dont fait preuve l'auteur et c'est avec facilité et plaisir que j'ai dévoré ce livre.

Lire un Queneau est décidément un acte un peu à part dans la pratique de la lecture. L'auteur aime à nous surprendre et à renouveler le langage. Il en ressort une lecture pas tout à fait comme les autres, qui en déconcertera sans doute certains mais qui personnellement m'a captivée et enrichit l'âme et l'esprit. Ça se tente, non?

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mercredi 30 avril 2014

"Ceux qui vont mourir te saluent" de Fred Vargas

ceuxquivontmourirL'histoire: À priori, tous les dessins de Michel-Ange ont été répertoriés. Et lorsque l'un d'eux fait une apparition discrète sur le marché, il y a tout lieu de supposer qu'il a été volé. Le plus incroyable, c'est que celui qui est proposé à Henri Valhubert, célèbre expert parisien, provient probablement de la bibliothèque vaticane!
Qui se risquerait à subtiliser les trésors des archives papales? L'affaire se complique lorsque Valhubert est assassiné, un soir de fête, devant le palais farnèse.
Instantanément, les soupçons se portent sur le fils de la victime. Ce dernier fait partie d'un curieux triumvirat d'étudiants, aux surnoms d'empereurs: Claude, Néron et Tibère. En résidence à Rome depuis plusieurs années, tous trois entretiennent des liens singuliers avec la veuve de Valhubert. Une femme au charme envoûtant et dont le passé comporte quelques zones d'obscurité...

La critique de Mr K: Un petit plaisir policier aujourd'hui avec ce volume de Fred Vargas qui patientait déjà depuis un petit bout de temps dans ma PAL. Ce titre n'est pas à classer dans la série des Adamsberg et propose une enquête haletante dans le milieu de l'art, de la diplomatie inter-étatique et des secrets de famille. Derrière le meurtre principal se cache tout un réseau de relations plus étranges et nébuleuses que la normale que Vargas avec son grand talent d'écrivaine va tâcher de dénouer pour nous dans un volume aussi court (190 pages) qu'efficace.

Pour ce qui est de l'intrigue, on reste dans du classique pur jus. L'auteure commence par nous faire côtoyer les trois membres d'une confrérie pas tout à fait comme les autres. Claude, Tibère et Néron sont trois passionnés d'histoire antique et plus particulièrement de l'époque romaine. Ils mènent leurs études, courent la gueuse et participent à des soirées estudiantines endiablées. Leurs rapports relèvent quasiment de la fratrie et ils partagent tout. Tout bascule quand le père de Claude meurt au cours d'une soirée et que les soupçons s'orientent vers ce petit groupe d'ami. L'agent spécial Valence, envoyé pour étouffer l'affaire qui pourrait faire grand bruit et porter préjudice à certains membres du gouvernement, va très vite s'apercevoir qu'on lui cache bien des choses et que la vérité va être difficile à découvrir entre fausses pistes et faux-semblants. Pour démêler cet imbroglio, Il va pouvoir compter sur l'aide précieuse de l'inspecteur italien Ruggieri qui tient pas dessus tout à résoudre cette affaire sans épargner personne.

Vargas une fois de plus nous livre toute une galerie de personnages plus réussis les uns que les autres. Valence tout d'abord, bloc de la quarantaine implacable (il y a un peu d'Adamsberg chez lui) mène son enquête à un rythme aussi lent que mesuré. Doué d'un sens de la déduction fort développé, il rencontre et interroge des personnes de tout milieu sans rencontrer de grosses difficultés. Forçant le respect parfois jusqu'à l'inquiétude, il va se heurter à une jeune veuve au passé sombre et aux rapports ambigus avec le triumvirat précédemment évoqué. Simple affection, amour, attirance purement charnelle, réseau mafieux? Autant d'hypothèses tour à tour abordées, mises à l'épreuve et parfois écartées. Le chemin vers la révélation finale est ici sinueux entre manipulations affectives, manœuvres d'intimidation, confessions dangereuses et autres confidences fallacieuses. On en perd son latin, les rebondissements sont nombreux et la fin cueille le lecteur entre logique et stupéfaction.

On retrouve le caractère profondément humaniste et finaud de Vargas dans le traitement de ses personnages et des relations qu'ils entretiennent. La description est réaliste et complexe comme le sont les rapports humains. Pas de superficialité ici, plutôt une analyse au scalpel des désirs et motivations profondes de chacun. Chacun a sa part d'ombre, sa somme d'expérience et quand les destins individuels se chevauchent, la théorie des dominos s'applique et donne lieu à des circonvolutions scénaristiques de haute volée. Bien que petit par la taille, ce récit est d'une rare densité émotionnelle et factuelle. On ressort de cette lecture ravi et conforté dans l'idée d'avoir lu un excellent policier.

Vous l'avez compris, si vous êtes amateurs du genre et que vous ne connaissez pas encore ce roman, il serait vraiment temps de vous pencher sur la question car cette lecture est un plaisir de chaque instant qui vous réservera de nombreuses surprises et vous rendra addict dès les premières pages.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain
- L'homme aux cercles bleus
- Coule la Seine
- Sans feu ni lieu

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lundi 28 avril 2014

Vacances d'avril = nouveaux livres!

C'est désormais un rituel, à chaque début de vacances scolaires, nous nous rendons chez notre dealer de bouquins préféré (à savoir Emmaüs) pour faire le plein de lecture. Ce n'est pas qu'on en est véritablement besoin (au sens où on en aurait pas assez), on a tous les 2 une PAL à faire peur, mais c'est un petit rituel auquel on tient. Et en toute franchise, on n'arrive pas à faire autrement!

La pêche du jour fut bonne. Voyez plutôt:

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C'est ce qu'on appelle un nouveau craquage. Oui je sais... Même pas honte d'abord!

Et en détail voilà ce que ça donne pour moi:

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- "Nu dans le jardin d'Eden" d'Harry Crews parce que c'est un Sonatine que je n'ai pas, que j'adore cette maison d'édition et qu'avec eux je ne prends pas beaucoup de risque quant à la qualité de leurs publications.
- "L'égoïste romantique" de Frédéric Beigbeder parce que j'adore cet auteur et que je n'ai pas lu celui ci.
- "Retour à Rédemption" de Patrick Graham parce que j'en ai lu beaucoup de bien et que c'est le genre de romans qui a tout pour me plaire.
- "Les grand-mères" de Doris Lessing. Alors là pur hasard, j'ai aimé la couv' et la 4ème de couv', je le tente!

Et pour Mr K:

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Du contemporain avec:
- "Le Bar sous la mer" de Stefano Benni pour son pitch bien délirant d'un mystérieux bar au fond de la mer. Comme en plus, c'est chez Babel...
- "Mémoires d'un Yakuza" de Junichi Saga parce que ce livre a une excellente réputation et plonge son lecteur dans la vie d'un gangster japonais (tiré d'une histoire vraie). Belle immersion en perspective dans le milieu des Triades japonaises.
- "Combat de fauves au crépuscule" de Henry-Frédéric Blanc parce que c'est une maison d'édition que j'affectionne tout particulièrement, la couverture est imparable (ben ouais, y a un chat qui se la raconte!) et cette histoire de jeune arriviste livré en pâture au commun des mortels n'est pas pour me déplaire.
- "Kennedy et moi" de Jean-Paul Dubois parce qu'il est difficile de résister à un Jean-Paul Dubois, moi je n'hésite même plus! En plus, celui-ci a particulièrement plû à mes parents...
- "Sur la falaise" de Gregor Von Rezzori parce que cet ouvrage m'intrigue tout particulièrement, le court résumé laisse entrevoir un délire littéraire à nul autre pareil. Work in progress...
- "Love & Pop" de Ryû Murakami car on m'en a aussi dit le plus grand bien et que l'auteur est l'homonyme d'un de mes écrivains préféré. Ici, l'univers a l'air plus sombre et la plongée profonde dans une part de la société japonaise.
- "Insecte" de Claire Castillon parce que la quatrième de couverture est complètement barrée. Ca sent la lecture-chalumeau!

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Du policier / thriller avec:
- "Last call" d'Alex Barclay parce que j'ai adoré son premier roman et que dans celui-ci on retrouve un inspecteur qui m'avait ému, rajoutez à cela une écriture maline et machiavélique. Il ne m'en fallait pas plus pour me laisser tenter!
- "Pélerins des ténèbres" de Serge Brussolo pour explorer une autre part de l'oeuvre d'un auteur que j'affectionne. Ici il est question de pélérinage maudit en plein Moyen-Age! Tout un programme!
- "Le syndrome Copernic" d'Henry Loevenbruck parce que j'aime beaucoup cet auteur et que l'occasion fait le larron!
- "Bloody birthday" collectif de recueils de nouvelles parce qu'on y trouve nombre de signatures d'auteurs prestigieux du polar français et que le genre de la nouvelle policière est une invitation à la fulgurance et à la surprise.
- "Mémoire en cage" de Thierry Jonquet parce que je n'ai pas encore lu ce roman d'un des maîtres du genre. J'adore Jonquet, so no comment!
- "Fondu au noir" de Jean-Jacques Reboux parce que je voulais découvrir la plume de cet auteur ailleurs que dans la série du Poulpe. Ici c'est noir et tortueux à priori...

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Et un joyeux mix avec:
- "La Fée et le géomètre" de Jean-Pierre Andrevon, illustré par Enki Bilal parce que cette histoire de royaume des fées envahi et dénaturé par l'homme fait écho à mes convictions profondes sur la nature humaine. La lecture s'annonce tendue, intense et sans doute mélancolique.
- "Ils partiront dans l'ivresse" de Lucie Aubrac car je n'ai jamais eu l'occasion de le trouver auparavant et qu'un témoignage de cette importance me rappellera mes années Fac et me replongera dans une période bien ténébreuse de notre Histoire commune.
- "Nos rêves sont plus grands que le ciel" de Jean Cavé parce que ce roman inspiré d'un personnage réel m'a fasciné en quatrième de couverture. Il est question ici d'idéalisme, de persévérance et de croyance en une vie extra-terrestre; tout ceci au XIXème siècle! Ca promet!
- "Des souris et des hommes" de John Steinbeck car avec Nelfe nous nous refaisons l'intégrale d'une série qui y a fait référence justement hier soir. L'occasion était trop belle de découvrir un roman considéré comme une oeuvre majeure de la littérature américaine.

Un bon aperçu de ce qui sera chroniqué bientôt sur le blog! Maintenant y'a plus qu'à! ;)


samedi 26 avril 2014

"La Cerise sur le gâteux" - Série Le Poulpe - de Jean-Jacques Reboux

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L'histoire: Alvaro Pereira a 26 ans, des copains en or et une petite sœur qui l'adore. Il a aussi la peau noire des habitants du Cap-Vert. À la sortie de la foire du Trône, soudain, une bande de skinheads lui fait face.
La suite s'étale dans tous les journaux. Deux balles dans la tête. Et Yanissa, la petite sœur, qui a disparu. Pour mener à bien son enquête, le Poulpe n'a que le périph' à traverser.
La route de la vérité, elle, sera beaucoup plus longue et douloureuse. Car dans la petite ville tranquille de Charençon-le-Plomb, la vérité, on a du mal à la voir en peinture. Et on préfère la garder pour soi.

La critique de Mr K: Un petit Poulpe aujourd'hui avec ce recueil peu reluisant où le racisme et la haine ont la part belle. C'est un pur hasard si j'ai effectué cette lecture au moment des municipales qui ont vu un parti d'extrême droite faire une percée aussi importante qu'inquiétante à mes yeux. Mais voilà, j'ai tendance à programmer à l'avance mes lectures pour essayer de ne pas me laisser déborder par ma PAL (c'est pas gagné...). Et puis, un Poulpe n'est jamais une lecture comme les autres, c'est une sorte de petit en-cas, de plaisir de deux soirs de lecture pour se remettre des émotions des lectures précédentes. Pas de pot pour moi, celui-ci est bien chargé en la matière!

Un crime raciste a eu lieu dans la proche banlieue parisienne, la police ne semble pas se bouger énormément autour de l'assassinat d'un jeune cap-verdien en pleine rue par un groupe d'abrutis tondus amateurs de Mein Kampf et de mauvaise bière. Le sang de Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe ne fait qu'un tour et le voilà parti pour trainer ses guêtres sur le macadam de Charençon-le-plomb (aka Charenton-le-Pont) commune qui semble avoir bien des choses à cacher. Il ne va pas falloir longtemps pour que Gabriel soit confronter au climat méfiant et délétère qui semble régner dans cette terre bourgeoise entourée de cités.

Comme tout Poulpe qui se respecte (c'est dans la charte officielle), le livre est très court, le rythme n'en est que plus trépidant. Il ne se passe pas trente pages qu'on attente déjà à la vie du Poulpe, qu'il se heurte à ses ennemis héréditaires (les représentants de la loi) et qu'il ne tombe sous le charme d'une mystérieuse jeune fille. Jean-Jacques Reboux nous présente toute une batterie de personnages plus poulpesques les uns que les autres: les amis d'Alvaro fruits de la mixité des cités, des jeunes sans-soucis mus désormais par la même haine qui a conduit à la disparition de leur ami. On retrouve aussi des flics désœuvrés amateurs de ratonnades et des skins plus agressifs que nature. Le commun des mortels semble absent de cette histoire qui ressemble beaucoup dans sa structure à un western. Heureusement ça ne tire pas dans tous les sens et la fin du récit est un joli pied nez à tout ceux qui pensent que la violence engendre forcément la violence. Je n'ai pu m'empêcher en refermant ce volume de penser au film Coup de tête de Mocky avec Patrick Dewaere. Dernier détail, Chéryl est un petite peu présente avec deux conversations téléphoniques toujours aussi tendres et tendues dont Gabriel et la jolie shampouineuse ont le secret. Décidément ce couple est à part!

La lecture s'est révélée une fois de plus souple et agréable. Abrupte, allant à l'essentiel, le style de Reboux sied parfaitement à la série du Poulpe. On retrouve avec un plaisir non dissimulé un Gabriel Lecouvreur au top, faisant à de nombreuses reprises référence à Louis Guilloux et son Sang Noir qui attend toujours dans ma PAL que je le relise. Vraiment un bon crû que ce volume que je ne peux que vous conseiller si vous êtes amateur de polar libertaire et rigolard!

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé:
- Nazis dans le métro
- J'irai faire Kafka sur vos tombes
- Du hachis à Parmentier
- Vomi soit qui malle y pense
- La petit fille aux oubliettes
- La bête au bois dormant
- Arrêtez le carrelage
- Légitime défonce

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lundi 21 avril 2014

"La porte des Enfers" de Laurent Gaudé

Porte-des-enfersL'histoire: Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giulana, disparaît. Lui-même s'enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.
Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu'on peut y descendre...
Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur.

La critique de Mr K: Retour aujourd'hui sur un livre qui m'a marqué et qui reste au moment où j'écris ma plus belle lecture de l'année à peine entamée! "La porte des Enfers" est une fois de plus un petit bijou littéraire façonné avec soin et cœur par un Laurent Gaudé au sommet de sa forme. Grand merci encore à l'abbé pour cette trouvaille merveilleuse!

Dans cet ouvrage Laurent Gaudé aborde frontalement le thème du deuil. Un père un peu pressé traverse la ville pour emmener son fils à l'école. Ils tombent inopinément en plein milieu d'un échange de coups de feu et le jeune garçon s'effondre, mort dans les bras de son père. Commence alors une longue traversée intérieure pour le père éploré, incapable de surmonter son deuil. Son couple se délite et il erre sans but dans la ville. En parallèle, dans certains chapitres se déroulant vingt ans plus tard, on retrouve un homme portant le même nom que son fils mort qui semble se livrer à une vendetta bien sanglante à l'italienne... Étrange, vous avez dit étrange? Vous êtes encore bien loin de la vérité tant ce livre réserve moultes surprises et rebondissements à vous laisser scotché! Les deux récits sont bien évidemment liés et ce n'est qu'aux ultimes pages de ce recueil que vous connaîtrez le fin de mot de l'histoire... mais entre temps, quel voyage!

Pour ceux qui nous suivent, vous connaissez ma profonde affection pour cet auteur qui conjugue langue agréable et histoires hors norme. Le double combo fonctionne à plein régime ici aussi. Les personnages sont attachants au possible. Au premier rang d'entre eux Matteo, père endeuillé et inconsolable. La descente aux enfers est contée avec tact et précision ce qui engendre une très profonde mélancolie chez le lecteur. Le lien ténu qu'il avait lié avec son fils prend d'autant plus d'importance qu'il était très jeune et que le manque emplit l'âme du père et transpire des pages. C'est dur, très dur même. Et pourtant très vite, la rencontre avec d'autres personnages tous plus décalés les uns que les autres (notamment une péripatéticienne travestie humaniste, un vieux professeur masochiste adepte de légendes occultes, un curé rebelle contre le clergé...) vont lui apporter un espoir, un espoir certes fou mais qui le fait tenir et entrevoir peut-être, une forme de rédemption et de courage, le sacrifice ultime. En parallèle, le jeune personnage haineux intrigue. Il semble se la jouer solitaire et on se demande vraiment pourquoi il agit comme cela. Le lecteur suit ses monologues intimes qui semblent bien mystérieux et qui résonnent faiblement mais surement avec l'histoire de Matteo. Quel lien y'a-t-il entre eux?

Vers la moitié du livre, l'histoire prend alors une toute autre dimension. Le fantastique fait son entrée mais ici aussi, une fois de plus avec finesse et même logiquement, ce qui est le comble quand on parle de surnaturel! Comme le titre l'indique, il est question des enfers et vous trouverez dans ce roman parmi les plus belles pages écrites sur le sujet. Dieu sait que je suis amateur de la thématique infernale après ma découverte de Dante et de Milton! Le voyage intérieur des héros se transforme irrémédiablement en quelque chose de supérieur, quelque chose qui nous dépasse mais auquel on sera tous confronté un jour: la mort et ses conséquences, le désir fou de retrouver ceux que l'on a aimé. Autant de questions brillamment traitées par un Gaudé inspiré.

Ce livre est une merveille d'écriture. On le lit avec plaisir, désir, facilité. Les pages se tournent toutes seules et même si le sujet est grave, l'intérêt n'en est que plus prenant et exaltant. Les indices s'accumulent au fil des métaphores filées et autres analogies que l'écrivain nous propose avec une maestria bluffante. L'exploration de l'âme humaine est ici poussée à son paroxysme et fait écho à nos interrogations profondes, d'ailleurs rien que d'en parler me hérisse les poils du cou.

Il est des livres qui comme celui-ci marquent irrémédiablement de leur empreinte indélébile le lecteur. Impossible donc de passer à côté! Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Egalement lus et appréciés au Capharnaüm éclairé:
- "Pour seul cortège"
- "Le Soleil des Scorta" (il n'y a malheureusement pas de chronique car lu avant de tenir ce blog)

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vendredi 18 avril 2014

"Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov

des1001L'histoire: Drôle, grotesque, cruel. Partez à la rencontre du peuple le plus pauvre d’Europe.
Ceci est l’histoire d’un petit village moldave. À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose : rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales.
Dans cette quête fantastique, vous croiserez un pope quitté par sa femme pour un marchand d’art athée, un mécanicien génial transformant son tracteur en avion ou en sous-marin, un président de la République rêvant d’ouvrir une pizzeria… Face à mille obstacles, ces personnages résolument optimistes et un peu fous ne renonceront pas. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

La critique Nelfesque: "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" est sorti en librairie hier et si j'ai un conseil à vous donner, courrez vous procurer ce roman hors du commun. Vous passerez ainsi un bon moment de délire où rire et consternation face aux situations présentées (et non à l'écriture de Vladimir Lortchenkov) se mêlent.

La Moldavie, il faut bien le reconnaître, on connaît peu. On serait même incapable de situer ce pays sur une carte. Si, avouez! Vladimir Lortchenkov lui la connaît bien puisque c'est son pays et une chose est sûre, si le peuple moldave est vraiment comme il le présente dans son ouvrage, je ne sais pas si il faut en rire ou en pleurer.

Nous suivons dans ces 250 pages une communauté moldave qui n'a qu'un rêve en tête, que dis-je une obsession (!): quitter la Moldavie et rejoindre leur Eldorado, l'Italie. Pourquoi l'Italie? Et bien pourquoi pas!? Comme un mythe, l'Italie semble être le pays béni où tout moldave voulant bien vivre doit se rendre. Et pour l'atteindre, ils vont rivaliser d'astuces et fomenter des plans abracadabrantesques que, nous savons, nous lecteurs, perdus d'avance. Mais un peu sadiques et franchement curieux de savoir jusqu'où ils comptent bien aller sous la plume de Lortchenkov, nous suivons leur périple avec délectation.

Avec cet ouvrage et l'écriture de Lortchenkov, le lecteur part dans tous les sens. On ne sait plus vraiment où l'on est, on se perd, on se questionne, on est déboussolé mais c'est cela qui est bon! Perdre ses repères, oublier tout ce que l'on a pu lire jusque là et découvrir un univers complètement loufoque et déjanté. Il y a, dans ce roman, par le côté road-trip et la dinguerie de l'histoire, un petit côté "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonnason. Un petit côté seulement car ici on ne rentre pas vraiment dans des dimensions historiques (de l'Histoire avec un grand H) mais on sent la similitude dans le besoin de partir des personnages, la "bizarrerie scénaristique" addictive et ce que j'ai évoqué précédemment.

Ce roman donne-t-il envie de se rendre en Moldavie? Non, pas vraiment (à moins d'affectionner les no man's lands avec des airs de décharges publiques). Nous fait-il aimer le peuple moldave? Assurément! Car par leurs faiblesses, leurs espoirs, leurs côtés jusqu'au-boutiste et leur imagination, on ne peut qu'être attendris.

A côté de cela, sous ces airs comiques, ce roman soulève de nombreuses questions. La pauvreté de ce peuple, leur situation géographique aux portes de l'Europe (pour info, si vous ne situez toujours pas, la Moldavie est prise en sandwich entre la Roumanie et l'Ukraine et est de taille quasi similaire à celle de la Belgique), le mépris avec lequel ils sont traités par certains... Tout cela laisse songeur. A leur place aussi, sans doute, nous voudrions quitter notre chez-nous et poursuivre un but. Espérons juste pour nous qu'on s'y prendrait autrement!

Mais "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" est surtout un roman comique où en tant que lecteur, laissant toutes considérations d'ordre politique de côté, nous prenons un malin plaisir à nous y plonger. Comme une petite sucrerie que l'on retrouve après une journée de boulot et qui se déguste avec un plaisir coupable mais tellement rafraîchissant! Je vous le conseille donc vivement!

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jeudi 17 avril 2014

"Le Maître bonsaï" d'Antoine Buéno

maitre-bonsaiL'histoire: "La légende de la fin des temps raconte qu'après la mort de Sakurako le monde n'était plus que désolation. Pourtant, sur la terre désertée, s'éleva bientôt un arbre à l'endroit même où la jeune fille s'était éteinte, frappée par le sabre de son père. À la fin du monde, ne subsista plus qu'un cerisier blanc, gardé par un serpent."

Empreint de mystère et d’étrangeté, ce roman à la lisière du conte initiatique nous ouvre à la magie des bonsaïs pour révéler un secret : celui de notre part d’ombre.

La critique de Mr K: Voici un livre à côté duquel je serai sans doute passé si l'on ne me l'avait pas proposé en partenariat. Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant la lecture du "Maître bonsaï" et franchement, le hasard fait bien les choses tant cette expérience s'est révélée marquante entre plaisir simple pour débuter et plongée ténébreuse en toute fin de roman. Apprêtez-vous à rentrer en territoire inconnu entre vie ascétique et secrets enfouis.

Le héros n'a pas de nom, pas de nationalité précise... On sait juste qu'il est plutôt âgé et qu'il exerce la profession de maître bonsaï. Il semble vivre reclus dans sa boutique où il mène une existence en osmose avec ses arbres miniatures. Il voit peu ou pas de personnes hormis ses clients qui sont nombreux et reviennent régulièrement louer les talents fabuleux de ce professionnel plus que méticuleux. Il le dit lui-même au début du roman, il a quitté le règne animal pour celui apaisant du règne végétal. Il communique littéralement avec ses bonsaïs et le héros plane à dix mille mètres au dessus des réalités terrestres.

Tout change quand une jeune femme sans nom elle aussi rentre dans sa boutique. Au début rien de notable, puis peu à peu une étrange relation semble se nouer entre ces deux êtres que tout semble opposer: il est stoïque la plupart du temps, elle bouillonne d'énergie. Loin d'être une simple rencontre fortuite, cette relation va être au centre de l'évolution de l'intrigue, très vite sous le glacis des apparences se noue un drame viscéral qui ne trouvera sa résolution qu'à la toute fin de l'écrit, qui change du tout au tout lors d'une révélation finale aussi glaçante que traumatisante. Sans rire, j'ai eu du mal à m'endormir après cela...

Ce livre est une vraie petite bombe que je trouve pour ma part très original. Son écriture est assez unique en son genre avec la multiplication de litanies sous la forme de phrases très courtes à la syntaxe plus qu'approximative comme dirait les gardiens du temple! Mais voilà, c'est justement ce côté déséquilibré et étrange qui rend ce récit attachant et vivant. On suit le personnage principal à travers ses monologues intérieurs et on n'ignore rien de ce qu'il ressent ou feint de non ressentir. Très évocatrice, la langue se fait douce et enivrante par moment, on se fait emporter très rapidement avec aucun espoir de pouvoir refermer ce livre avant la fin.

Au fil de la lecture, l'aspect répétitif prend tout son sens. Par petites couches successives, on entrevoit un passé bien trouble chez ce maître bonsaï. Peu à peu, une boule se noue et on se rend compte que cette vocation n'est pas venue par hasard, que derrière tout cela se cache quelque chose de très douloureux et une immense solitude. Quand la révélation vient, toute la tranquillité et l'aspect taoiste du livre disparaissent pour ne laisser place qu'à un désert exsangue et mélancolique. On ressort de cette lecture remué comme jamais (sauf peut être avec "Rafael, derniers jours" de Gregory McDonald) et avec la conscience d'avoir lu une belle et grande oeuvre.

Vous l'avez compris, ce livre est désormais classé parmi les meilleurs que j'ai pu lire tant on baigne dans un univers intemporel, sans effet de manche inutile, où l'humain et la nature sont au centre du monde. Une belle et rude lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite!

Posté par Mr K à 18:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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vendredi 11 avril 2014

"Au carrefour des étoiles" de Clifford D. Simak

au_carrefour_des_etoilesL'histoire: Étrange demeure que cette ferme Wallace, qui se dresse sur une falaise escarpée du Wisconsin.
Une ferme aux fenêtres aveugles, vieille de plusieurs siècles et cependant intacte, comme si le temps n'avait nulle emprise sur elle. Enoch Wallace, son propriétaire, vit là, de toute éternité semble-t-il. Or, c'est par cette maison – cette station – que transitent les voyageurs de l'Espace: les Thubains, masses globuleuses et bavardes, les Lumineux de Véga XXI, rayonnant d'ondes heureuses, d'autres encore...
Depuis bientôt deux ans, Claude Lewis – agent des Renseignements déguisé en ramasseur de gingseng – enquête et tourne autour de la ferme...

La critique de Mr K: Petite incursion en science fiction aujourd'hui avec un nouveau roman de Clifford D. Simak, grand nom du genre, à qui l'on doit notamment le remarquable Demain, les chiens. Cet ouvrage a attiré mon œil chez l'abbé par sa quatrième de couverture intrigante et une couverture étrange et délirante signée une fois de plus Caza, grand dessinateur qu'on ne présente plus et qui a laissé nombre de dessins talentueux dans ma bibliothèque chérie!

L'auteur nous invite ici à suivre un étrange destin. Il s'agit d'Enoch Wallace, un ancien combattant de la première guerre mondiale, revenu écœuré de cette dernière et qui par un mystérieux hasard s'est vu confier une drôle de tâche par des extra-terrestres: celle de gardien d'une station de voyage un peu particulière. À l'intérieur de ce qui ressemble à s'y méprendre à une demeure victorienne classique, se cache une espèce de gare intersidérale par laquelle transite des voyageurs venant des quatre coins de l'univers. Cet homme ordinaire aime ce qu'il fait et profite d'un avantage certain: tant qu'il reste dans sa maison (transformée complètement à l'intérieur), il vieillit très lentement, il a donc plus d'une centaine d'années lorsque commence ce récit. Bien évidemment tout cela commence à interroger les autorités qui envoient sur place un enquêteur qui rode de plus en plus près et fouine. La menace guette et il est des choses qu'on ne peut dévoiler aux yeux de la Terre entière...

On s'attache immédiatement à cet homme que le sort a placé sur le chemin d'Ulysse, agent inter-galactique chargé de créer le réseau de transport et de sa maintenance. Cet extra-terrestre haut en couleur (voir le dessin de couverture) est amateur de bons mots et de café, une boisson des plus délicieuse selon lui, parmi les meilleures du cosmos. Régulièrement, il rend visite à ce qu'il convient d'appeler un ami. Leurs discussions sont variées mais peu à peu la menace qui pèse sur le secret de l'existence de la station rajoute de la tension. Surtout que l'inspecteur venu de Washington se rapproche dangereusement de la vérité. Enoch Wallace lui est un homme simple, épris de liberté et de justice. Pacifique, rêveur (belles descriptions de promenades en forêt à l'appui), il est le reflet fidèle de l'auteur lui-même! J'ai aussi aimé le personnage de Lucy, jeune sourde et muette qu'il rencontre régulièrement lors de ses errances à l'extérieur. Elle est la douceur et la poésie incarnée, l'innocence bafouée par une famille qui ne la comprend pas et la maltraite. Un sort tout particulier l'attend qui changera sa vie à jamais!

Décidément, cett auteur est très talentueux: une fois de plus, il m'a transporté et m'a fourni un plaisir de lecture délectable à souhait et réflectif. Derrière cette histoire de SF basique et sans prétention, on peut y percevoir un plaidoyer puissant et humble contre la guerre et les conflits de tout genre. Réflexion sur le genre humain, c'est aussi une ode à la nature, un thème qui est d'ailleurs très cher aux yeux de Simac et qui revient régulièrement dans ses œuvres. Certains diront qu'on baigne dans une certaine niaiserie ambiante, moi j'y vois plus une pensée utopique qui fait du bien dans ces temps troublés. L'écriture est toujours aussi limpide et accessible. Simac ne tombe ni dans la facilité ni dans l'ésotérique, son langage est celui de tous pour tous, réussissant le tour de force d'aborder des thèmes universels et philosophiques tout en les mettant à la portée de n'importe qui. C'est beau et puissant. Bref, c'est à lire!

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Demain les chiens
- L'empire des esprits
- Mastodonia

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