samedi 5 septembre 2015

"La Guerre des Mūs : Hopper contre-attaque" de Lisa Fiedler

001

L'histoire: On peut être petit et avoir le cœur grand.
Avec ses amis, Hopper tente de reconstruire Atlantia. Mais la reine Felina rassemble à nouveau une armée de chats errants, dans le but de réduire à néant la civilisation des rats. Un jour, Hopper se perd et se retrouve dans les rues de New York. Il est recueilli par une bande d'animaux qui deviennent des alliés inattendus. Parviendra-t-il à sauver la cité de la destruction et à rétablir la paix?

La critique de Mr K: Nouvelle incursion dans la littérature jeunesse avec ce deuxième tome de La Guerre des Mūs, série de Lisa Fiedler que j'avais bien apprécié lors de ma lecture à la sortie du volume 1 en mars dernier. Grande aventure et émotions palpables avaient été au RDV dans un livre accessible et plus malin qu'il n'y paraissait de prime abord. L'essai est-il transformé avec Hopper contre-attaque? Suivez le guide!

Suite à une bataille éprouvante, Hopper et ses compagnons se retrouvent face à de grands défis notamment celui de reconstruire la ville d'Atlantia, ravagée par les combats d'hier. Dur dur quand on est une petite souris de connaître les ordres de priorité et de faire face au ressentiment de certains habitants. De plus, les menaces sont lourdes: les humains et les chats rodent, la sœur d'Hopper a gardé son caractère de cochon (un comble pour une souris me direz-vous!) et notre héros a encore bien du mal à croire qu'il est bel et bien l'Élu. Ce volume le verra faire des rencontres surprenantes, combattre ses démons intérieurs face à l'adversité et mener une fois de plus ses amis au combat. Pas le temps de s'ennuyer, les 380 pages de ce livre ne doivent pas rebuter vos têtes blondes qui peuvent je vous le rappelle entreprendre cette lecture dès leurs 11 ans.

On retrouve dans ce deuxième volume toutes les qualités du premier. Le style reste très accessible sans être simpliste. On poursuit l'exploration des sous-sols de Brooklyn avec une certaine curiosité et un étonnement renouvelé. C'est le gros point fort de cette saga qui se plaît à nous partager le point de vue de rongeurs et autres habitants de ces lieux ténébreux emplis de secrets. On oscille constamment entre émerveillement, rencontres impromptues et menace latente avec des passages plus sombres. Hopper fera même un séjour à la surface où il rencontrera Ace (un allié félin précieux pour la suite de ses aventures) et Capone (plus anecdotique dans son temps de présence mais assez fun dans son genre! Un indice: c'est un canidé d'une espèce bien particulière!). C'est le temps de voir évoluer notre souriceau courageux dans des lieux nouveaux comme un parc, un restaurant italien (mama mia!) et même un retour à la case départ avec un petit passage dans son animalerie entrevue au début du roman précédent).

L'action ne ralentit jamais vraiment avec tout de même quelques passages introspectifs et des révélations sur Hopper, Firen et Zucker. Les personnages ont donc été poussés un peu plus et même si pour un lecteur averti âgé aucune réelle surprise n'est au RDV (on rentre dans des schémas vus et revus), les plus jeunes apprécieront ses portes entrouvertes qui livrent des secrets importants et en introduisent d'autres pour les deux volumes à venir (il s'agit d'une tétralogie, rappelons-le). On s'attache encore plus au personnage: le jeune héros en quête de lui-même, la machiavélique Felina, le mystérieux La Rocha et ses prophéties nébuleuses, le facétieux Ace (très bon nouveau personnage) et bien d'autres que je vous laisse découvrir par vous-même!

Au final, cette lecture fut récréative à souhait. Les plus jeunes passeront par tous les états et seront accrochés par ce rythme trépidant entrecoupé de réflexions plus personnelles qui feront sans nul doute écho à leurs propres interrogations. Vivement la suite!


vendredi 4 septembre 2015

"La Gifle" de Christos Tsiolkas

la gifleL'histoire : Lors d'un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n'est pas le sien. Cet incident déclenche une réaction en chaîne, explosive, qui fait voler en éclats les faux-semblants et révèle avec la violence d'un boomerang le tableau implacable d'une société en pleine confusion.

La critique Nelfesque : "La Gifle" est un roman qui ne laisse pas indifférent. Dire que j'ai pris une claque en le lisant serait un jeu de mot facile et je n'irai pas jusque là, pour autant, j'ai pris un vrai plaisir à parcourir ses presque 600 pages que l'on ne sent pas passer tant l'histoire se révèle passionnante et pleine de rebondissements.

J'ai découvert "La Gifle" par la série TV australienne, mini-série de 8 épisodes diffusée sur Arte il y a 2 ans et qui a été récompensée dans son pays d'origine. Chaque épisode était concentré sur un personnage de l'histoire et ce schéma narratif qui m'avait tant plu a été repris sur celui du roman de Christos Tsiolkas où chaque chapitre est consacré à un personnage important de l'oeuvre. On passe ainsi de la vision d'Hector, chez qui a lieu le barbecue qui déchaînera les passions, à Richie, un jeune ado baby-sitter à ses heures perdues, en passant par Harry, le lanceur de gifle, ou encore Rosie, la maman du petit Hugo giflé.

C'est lors d'un barbecue réunissant famille et amis chez Hector et Aïsha qu'un des invités, Harry, également cousin d'Hector, va mettre une gifle à Hugo, fils de Rosie et Garry. Ces derniers, permissifs et très proches de leurs fils, vont tout de suite appeler la police et porter plainte contre ce "violent personnage". Sans entrer dans le débat du "faut-il ou non corriger physiquement ses enfants ?" et encore moins "comment gérer les enfants des autres et jusqu'où peut-on les laisser faire sans agir ?", l'auteur donne des pistes de réflexion sans jamais juger qui que ce soit et surtout utilise ce prétexte pour dépeindre une société australienne et décortiquer la vie et les habitudes de ces personnages.

Le roman se concentre sur 8 personnes présentes au barbecue et témoin de la scène : Hector l'hôte de la garden party, Anouk la meilleure amie d'Aïsha et Rosie, Harry le "gifleur", Connie la jeune employée d'Aïsha, Rosie la maman d'Hugo, Manolis le père d'Harry, Aïsha la femme d'Harry et Richie le baby-sitter d'Hugo. Autour d'eux, d'autres personnages gravitent donnant au début de l'histoire un sentiment de tourbillon au lecteur qui doit s'imprégner de chaque personnage et retenir leurs liens de parenté. Ce choix dans la décomposition du roman est judicieux et très intéressant. Ainsi tour à tour, le lecteur se met à la place des uns et des autres, adopte leurs points de vue, comprend leur histoire et leur ressenti. Aussi, il est bien difficile de se ranger d'un côté ou de l'autre des 2 clans qui semblent s'être formés après l'épisode malheureux. Victime ou coupable, Hugo est au centre de toutes les attentions. Victime d'une gifle donné par un étranger ou coupable d'être un tyran à qui on ne dit jamais non ?

C'est dans une Australie actuelle et pleine de contrastes que Tsiolkas plonge son lecteur. A travers différentes générations, du jeune adolescent de 17 ans au grand-père de 80 ans, et différentes cultures et communautés (australiennes, indiennes, grecques, homosexuelles, orthodoxes, musulmanes...), c'est l'Australie dans toute sa pluralité qui nous est dépeinte ici. Du milieu du show-biz aux classes les moins aisées, de l'alcoolique notoire au militant du no alcohol, du baiseur fou au jeune puceau... Tsiolkas utilise la gifle pour aborder divers sujets d'actualité et les dissèque à l'extrême et sans manichéisme (si ce n'est dans les positionnements des uns et des autres sur cette fameuse gifle) en proposant pour chaque personnage une place importante dans son roman. Les chapitres sont longs et les personnages fouillés. Chacun à sa propre personnalité, classique ou trash, attaché aux traditions ou ouvert à tout... Le style de l'auteur est excellent et adapté à chaque personnage. Parfois vulgaire mais jamais gratuitement, parfois très prude et respectueuse de valeurs aujourd'hui un peu désuètes, la plume de l'auteur navigue avec aisance dans tous les milieux sociaux et toutes les familles représentées ici. Au plus proche de la scène initiale ou en s'en éloignant, comme lors du voyage d'affaires d'Aïsha à Bangkok, cette gifle est au coeur de tous les esprits et sacralise bon nombre de ressentiments, de non-dits et de tensions. Le malaise est palpable et le lecteur, bien qu'ayant un avis sur la question de la fameuse gifle et qui des uns ou des autres ont raison ou tort, se retrouve enrichi du vécu de chacun des protagonistes et de leurs façons d'appréhender les choses.

"La Gifle" est une belle immersion dans la vie d'un microcosme australien. Sa lecture est très prenante, l'écriture de l'auteur est fluide et l'ensemble très intéressant d'un point de vue sociologique. Ne soyez pas rebuté par son épaisseur, ses 600 pages se lisent toutes seules ! Je vous conseille vivement cette lecture ainsi que la série adaptée de cette oeuvre. Nous avons là deux supports différents qui se complètent parfaitement.

J'ai lu ce roman dans le cadre d'une LC avec une de nos fidèles lectrices non blogueuses. Nathalie, si tu souhaites laisser quelques mots en commentaire pour nous faire part de ton avis, tu es la bienvenue !

En bonus, la bande annonce de la série TV qu'il ne faut pas râter. Décidément Arte diffuse d'excellentes séries...

Posté par Nelfe à 17:38 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mardi 1 septembre 2015

"Le Club des Incorrigibles Optimistes" de Jean-Michel Guenassia

5953_1642408

L'histoire: Michel Marini avait douze ans en 1959. C'était l'époque du rock'n'roll et de la Guerre d'Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle du bistrot, il a rencontré Tibor, Léonid, Sasha, Imré et les autres. Ces hommes avaient tous passé le Rideau de fer pour sauver leur vie. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient. Ils s'étaient tous retrouvés à Paris dans ce club d'échecs d'arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie de Michel. Parce qu'ils étaient tous d'incorrigibles optimistes.

La critique de Mr K: C'est encore une fois le hasard d'un chinage qui me mit sur le chemin de ce Club des Incorrigibles Optimistes à la réputation plus que flatteuse sur le net. Nelfe en avait connaissance et me montrait le présent volume en me disant que ça pourrait m'intéresser: adolescence et Histoire ont la part belle dans un roman fleuve salué par les retours de lecture que j'ai pu lire ici ou là. Je n'hésitais pas une seconde en ce mois d'août où à cause d'une glissade malencontreuse, je me trouvais dans l'obligation de rester au calme. Ce fut une lecture enthousiasmante et prenante comme jamais.

1959, drôle d'époque. En pleine Trente glorieuses, on suit le parcours de Michel Marini, un pré-ado adepte de rock-and-roll et de photographie ainsi que sa famille. Lecteur compulsif qui lit tout ce qui se porte à sa main, il est aussi un champion reconnu de baby-foot dans le quartier. Justement au Balto (bar où il signe ses exploits), il va faire la connaissance de différentes personnes réfugiées en France pour des raisons diverses et qui sont passées à l'ouest. Sous couvert d'un club d'échec, ces naufragés de la vie tout en jouant se rencontrent et se racontent. On suit donc la chronique d'une famille française de l'époque mais aussi le destin contrarié d'Igor, Léonid et les autres.

La première facette du roman qui m'ait marqué est cette chronique d'une adolescence douce-amère. Le jeune Michel est aux portes de l'âge adulte, peut-être même un peu plus tôt que les autres enfants de son âge. Il traîne beaucoup avec ses aînés et discute énormément avec les adultes. L'auteur, Guenassia, nous convie à partager un nombre incroyable de rebondissements familiaux et personnels, tellement qu'à la fin, on peut même s'identifier à Michel. Pour ma part, je m'y suis retrouvé à travers son rapport à la lecture qui ressemble à s'y méprendre au mien. Il a aussi des traits de caractère qui m'ont fait penser à moi plus jeune, drôle d'effet et addiction quasi immédiate pour ce récit très dense. Ses rapports avec sa famille sont ciselés et d'une rare intensité: on partage de beaux moments mais aussi des drames marquants qui retournent l'estomac. Fourmillant de détails intergénérationnels, on prend plaisir à suivre les Marini dans un monde en pleine évolution. Sa découverte de l'amour, ses déceptions, ses aspirations, tout est passé au crible de la plume virevoltante et si chatoyante de cet auteur que je ne connaissais pas.

L'aspect reconstitution historique est lui aussi remarquable. Nous sommes en pleine Guerre Froide et à la lumière des témoignages et histoires des membres du club, c'est une page pas si lointaine de notre histoire commune qui nous est racontée de manière naturelle et respectueuse. Ces réfugiés par leurs cas particuliers permettent d'aborder des thèmes variés et des aspects différents de ce conflit hors-norme: la dictature impitoyable de Staline, la division du monde en deux, la menace nucléaire, la propagande… Pour autant, on retrouve aussi l'amour qui peut provoquer des actes désespérés et tellement fous (mention spéciale à Léonid), la résistance et la défense de la liberté avec des combats que l'on gagne ou que l'on perd. Ces réfugiés, sans manichéisme outrancier, sont le reflet de leur époque. N'oublions pas non plus que nous sommes en pleine guerre d'Algérie, que la société française est partagée y compris au niveau des familles (à la manière de l'affaire Dreyfus qui divisa beaucoup en son temps aussi). Là encore l'auteur fait preuve d'une grande finesse et nous livre clef en main un roman éclairant avec simplicité et brio une histoire tourmentée et difficile à appréhender pour nous autres nés après cette période. Traîtres, terroristes, Algérie Française, OAS vs Fellagas, émergence de De Gaulle… En background la grande Histoire se déroule et va influencer fortement la famille Marini. Un régal de lecture et d'érudition sans prétention que j'ai apprécié au plus haut point.

730 pages! Que ce chiffre ne vous fasse pas hérisser les poils du cou! On ne voit pas le temps passer et les pages se tournent toutes seules. On en redemanderait presque tant on est happé par le texte et l'histoire. L'écriture est très élégante entre délicatesse et exigence. D'un accès facile, elle rend à merveille la profondeur du projet et livre un texte inoubliable par moment, réjouissant tout le temps. Difficile de relâcher le livre et préparez vous à passer quelques nuits courtes. J'ai adoré ce livre qui se place dans mon panthéon des lectures de l'année, avant de futures autres découvertes? En attendant vous savez ce qu'il vous reste à faire, ce livre est un must dans le genre. À lire de toute urgence pour sa maestria stylistique et son humanisme latent.

Posté par Mr K à 18:17 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
samedi 29 août 2015

"Simulacres" de Philip K. Dick

9782264041944

L'histoire: 2040. La Troisième Guerre mondiale a ravagé des zones entières de la planète et en a modifié le climat, les spots publicitaires sont vivants et sèment la zizanie, le Président est un robot, et sa femme ne vieillit pas d'un pouce depuis un siècle... Avec la cohérence implacable de la logique paranoïaque qui le rendit célèbre, Philip K. Dick, maître incontesté de la science-fiction, dépeint un monde où rien ne garantit plus la stabilité de la frontière entre la réalité et l'illusion.

La critique de Mr K: Un petit plaisir estival aujourd'hui avec un ouvrage d'un de mes auteurs préféré de SF, Philip K. Dick. J'ai eu une période monomaniaque (à la fin de mes études) où je ne lisais que lui et j'avais acheté une belle anthologie du maître parue chez Omnibus. Il s'agit ici d'une relecture car Simulacres faisait partie justement des quatre recueils pré-cités. Il ne m'a fallu que quelques pages pour me retrouver en territoire connu et me faire littéralement happé par l'univers créatif si propre à cet auteur hors-norme.

On suit dans ce roman les destins croisés de cinq personnages principaux autour desquels gravitent un certain nombre de personnages secondaires qui vont se révéler tout aussi importants ce qui a tendance à brouiller les pistes. Comme à chaque fois avec K. Dick, il faut s'accrocher au départ pour pouvoir bien apprécier la suite. En 2040, la Terre a subi un conflit qui a détruit des zones entières de la biosphère, la Guerre Froide est toujours d'actualité et met en opposition les Etats-Unis d'Europe et d'Amérique avec un bloc Est fantasmé par des occidentaux repliés autour d'un libéralisme débridé et aliénant.

Le futur comme souvent avec cet auteur est inquiétant voir angoissant. On retrouve les thématiques chères à l'auteur comme un pouvoir politique fort et liberticide qui n'hésite pas à manipuler les masses pour les amener à voter dans son sens, la démocratie n'étant qu'une arme de plus à leur disposition pour parvenir à leurs fins. Les multinationales règnent en maître et l'individu lambda se débat dans un monde où réalité et fiction se confondent, brouillant par la même les frontières du réel et des perceptions de tout à chacun. Les Simulacres sont partout même au plus haut sommet de l'État! La recherche de la vérité est rude, dangereuse, la logique paranoïaque de K. Dick implacable. Vous l'avez compris, ici on lorgne dans la SF pessimiste, flirtant volontiers par moment avec La Société du spectacle de Debors, livre visionnaire lors de sa sortie.

Bien que bien menés et caractérisés, ce n'est pas les destins individuels que je retiendrai de cette lecture qui s'élève au dessus des productions du genre par un côté prophétique, spéculatif par moment. On ne peut s'empêcher de penser à notre propre époque et au côté quelque peu fascisant de certains aspects de notre société avec des règles et des normes qui nous dominent, un discours de plus en plus manichéen, l'élévation vers l'individualisme prôné comme idéal du bonheur… Dans Simulacres, K. Dick nous propose une vision sans concession de ce vers quoi on tend et je peux vous dire que ce n'est pas rassurant. Bien sûr certaines analyses sont erronées (la bipolarisation du monde, la place des Allemands dans tout cela…) mais certaines images et idées sont d'une grande pertinence et font écho à certaines de nos réalités géopolitiques et économiques actuelles.

J'ai passé un excellent moment dans ce que je pourrais appeler un "trip revival". Bien que dense, le livre se lit bien et vite malgré une exigence littéraire certaine. On retrouve le style impeccable de l'auteur entre délires prospectifs et passages plus intimistes avec un goût certain pour les paumés et les êtres à part. Malgré un certain cynisme par moment et des visions traumatisantes, il ressort une grande humanité et un goût pour la liberté sans égal. Un bon et beau roman de SF comme je les aime!

Posté par Mr K à 18:33 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 26 août 2015

"Le Cycle d'Elric" de Michael Moorcock

ElricL'histoire: Un temps vint où il y eut de grandes transformations sur la face de la Terre et dans les Cieux, où la destinée de l'Homme et des Dieux fut martelée dans la forge de la Fatalité, où des guerres monstrueuses et des actions d'éclat se préparèrent dans l'ombre. Et en ce temps-là des héros se dressèrent. Le plus grand de ces héros était un aventurier au funeste destin, armé d'une épée runique gémissante qu'il haïssait. Son nom était Elric de Melniboné, Prince des Ruines, seigneur d'une race éparpillée sur un monde qu'elle avait jadis dominé. Elric, sorcier et homme d'épée, homme de guerre et de magie, souillé du sang de sa race, destructeur de sa patrie, albinos au blanc visage et dernier de sa lignée.

La critique de Mr K: Suite à une première lecture enthousiasmante de l'intégrale Hawkmoon du même auteur, j'avais annoncé en fin de post que j'essaierais de me dégoter Le Cycle d'Elric considéré comme son chef d'oeuvre. Un vide-grenier assez récent m'a permis de réaliser la transaction et je décidai de lire tout le cycle durant notre séjour auvergnat. 7 volumes à mon actif donc, 2 de moins que la version ultime récemment ressortie mais tout de même une sacrée expérience littéraire et des moments d'évasion rares.

Ce coffret Presse Pocket comprend les titres suivants:

- Elric des dragons
- La Forteresse de la perle
- Le Navigateur sur les mers du destin
- Elric le nécromancien
- La Sorcière dormante
- L'Epée noire
- Stormbringer

Elric integrale

Ce cycle se constitue en fait de longues nouvelles mises bout à bout pour former une vaste saga mettant en scène Elric de Melniboné, prince souffreteux de son peuple, qui a besoin de la magie pour maintenir sa santé. Albinos de naissance, il a fort à faire au départ avec son cousin ambitieux qui souhaite plus que tout l'évincer du trône. Au fil des histoires, notre héros partira en exil et mènera maintes quêtes et guerres à travers un monde imaginaire vaste et dangereux. Grand fan du genre Sword and sorcery, Moorcock s'éloigne donc du type d'univers proposé par Martin ou Tolkien, on se rapproche plus ici de Sapowski ou encore Howard (l'auteur de la saga des Conan le Cimmérien). Pour autant, il y a ce petit truc en plus, cette grande finesse qui fait que l'on passe de la bonne expérience à celle dont on se souviendra longtemps.

Malgré un univers dominé par l'Ordre et le Chaos, on ne tombe jamais ici dans le manichéisme simpliste. En témoigne, un héros torturé au charisme impressionnant. Bien que serviteur de Dieux dits mauvais, sa conscience le différencie de ses congénères et nous porte à croire qu'il suit une certaine forme de chemin de rédemption. Au moment où l'on pense que c'est en bonne voie, l'auteur se plaît à redistribuer les cartes de façon inopinée et cruelle. Elric est vraiment un personnage à part dans le domaine de la fantasy, un être qui se joue des codes et des attentes qu'il suscite. J'ai été surpris plus d'une fois par ce personnage auquel je me suis attaché dès le premier volume et qui se débat avec un destin omnipotent et un monde au bord du gouffre.

Il faut dire qu'il n'est pas aidé! Son albinisme l'affaiblit beaucoup ce qui est plus que préoccupant dans un monde où prévaut la force et l'aptitude au commandement. Il devient vite maître de la lame du chaos Stormbringer (super jeu de rôle papier auquel j'ai joué au début des années 90'!) qui non content de tailler en pièce ses adversaires, absorbe leur âme et transfert l'énergie vitale du défunt à son propriétaire! Bien pratique me direz-vous, mais attention, tout a un prix et l'on sent bien qu'il sera élevé! Heureusement, il peut compter sur des amitiés et des relations pour l'aider face à l'adversité. Et même s'il ne fait pas bon être l'ami d'Elric (leurs rangs ont tendance à diminuer au fil des lectures!), il peut compter notamment sur un mystérieux archer rouge, Tristelune un guerrier fidèle qui s’avérera devenir son seul et unique ami et quelques conquêtes féminines qui lui permettront d'essayer de changer de vie et de s'éloigner d'un destin mortifère. Du moins le croit-il!

On voyage beaucoup tout au long de ces sept volumes: forêts impénétrables peuplées de créatures ragoûtantes, déserts arides où se cachent de mystérieux édifices, cités portuaires animées, océans sans fin et sans limite de dimension, montagnes reculées, rêves aussi réels que la réalité et bien d'autres lieux que je vous laisserai découvrir. On croise rois et empereurs, sorciers et manants, armées en déroute et moultes créatures fantastiques. Moments intimistes, batailles rangées, invocations d'élémentaires et de divinités, magie de bas étage, Elric c'est un peu tout ça à la fois. Un savant mélange qui procure une évasion totale. Le background sans être pesant est complet et peu à peu donne une dimension grandiose à l'ensemble de la saga. Bien que porté vers l'action, Moorcock ne lésine pas sur les descriptions qui sont immersives à souhait et provoquent un plaisir de lecture immédiat.

Au fil de ces aventures, Elric va changer ainsi que le monde qui l'abrite. Le personnage évolue sans que l'on puisse vraiment deviner à l'avance ce qui va lui arriver et même au début de l'ultime volume, on ne sait pas le sort qui lui est vraiment réservé. Mes attentes ont été comblé sans longueurs ni passages inutiles. Du plaisir pur du début à la fin! L'écriture est encore plus subtile que dans la saga Hawkmoon et je confirme qu'Elric lui est supérieur car moins stéréotypé et une attirance non feinte pour les ténèbres de l'auteur fait que la fantasy se fait ici sombre et sans espoir. Un must dans le genre qui vous transportera vers des sphères inconnues au plaisir des lectures envoûtantes et exceptionnelles. 

Posté par Mr K à 19:23 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 25 août 2015

Acquisitions estivales multiples

Ensemble

Le début de l'été est une période propice aux destockages en tout genre, ce fut le cas notamment dans deux bibliothèques municipales de par chez nous. En apprenant ces événements à venir, Nelfe s'est vue investie d'une mission quasi sacrée chez nous: compléter nos PAL avec d'éventuelles affaires à ne pas manquer! Pour info, je n'étais pas là lors de ses petits craquages ce qui explique pourquoi ils sont restés plutôt relatifs! Voici un petit tour d'horizon des acquisitions qui vont venir rejoindre nos réserves à lire!

Poulpe

C'est ainsi que ma douce a pensé à moi en me ramenant trois volumes de la série du Poulpe que je n'ai toujours pas lu. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps savent que j'affectionne tout particulièrement les aventures de Gabriel Lecouvreur et de sa coiffeuse de copine. On peut dire que je suis gâté avec ici tour à tour une enquête sur des militaires français ayant sévi au Rwanda, le meurtre épouvantable d'un immigré dans les beaux quartiers de la capitale et l'assassinat d'une jeune femme naviguant dans les sphères de l'aéronautique à Toulouse. Beau programme en perspective!

autre

- 1275 âmes de Jim Thompson: Petite trouvaille nelfesque qui s'apparente à un roman bien noir, mâtiné de policier. La quatrième de couverture sent le souffre et le pétage de plomb d'un shérif au bout du rouleau. Ça promet de dépoter et Nelfe m'a confié qu'elle avait bien hâte de le lire!

- L'École d'impiété d'Alexandre Tisma: Petit recueil de nouvelles sur la seconde Guerre mondiale qui m'attire beaucoup étant friand de récits courts à l'occasion (Nelfe ne pratique pas trop, préférant les romans). Intimisme et monstruosité de la guerre semblent se mêler dans ce livre dont j'ai eu des échos très positifs! Qui lira, verra!

- L'Homme aux yeux de napalm de Serge Brussolo: Nelfe n'a pu s'empêcher de me prendre un Brussolo tant elle connait mon goût pour cet auteur prolifique à l'oeuvre très variée. Il s'agit de SF ici avec une rencontre du troisième type qui se déroule très mal. Traque impitoyable, mutations inquiétantes, imagerie et mythes de Noël revus par l'auteur... Je suis bien curieux de lire ça!

- Anthologie officielle des Utopiales 2010: Chaque année, nous allons aux Utopiales de Nantes et à chaque fois j'hésite à prendre le recueil de nouvelles SF qui sort pour l'occasion. Nelfe m'a dégoté celle-ci avec notamment comme auteurs conviés pour l'occasion Vincent Gessler, Peter Watts ou encore Thomas Day et Iain McDonald. La thématique retenue est la notion de frontière, je pense que l'aventure sera au RDV. Affaire à suivre!

Lire

Enfin, la mistinguette s'est trouvé quelques vieux exemplaire du magazine Lire (ici janvier, mars et mai 2013) auquel elle s'est d'ailleurs abonnée très récemment. En plein rush de la Rentrée littéraire, il est parfois bon de revenir en arrière et trouver des idées de lecture dans des romans déjà sortis il y a quelques temps. Il n'y a pas que les nouveautés, les petites pépites sont partout, ce n'est pas une course! M'est avis que l'état de sa PAL ne va pas s'améliorer!

Bon ben, vous pouvez vous rendre compte que malgré mon absence c'est encore ma PAL qui va le plus grandir! Au choix Nelfe remplit à merveille ses devoirs conjugaux ou alors elle cherche à me torpiller! La réflexion reste ouverte...

dimanche 23 août 2015

"Le Violon noir" de Maxence Fermine

3099037631_1_9_EKeiP5tA

L'histoire: A Venise, alors envahie par les troupes napoléoniennes, Johannes Karelsky, violoniste au talent reconnu dès l'enfance, enrôlé dans l'armée française et blessé au combat, trouve domicile chez un mystérieux luthier, passionné d'échecs et amateur d'eau-de-vie. Très vite, entre ces deux hommes du secret, se noue une complicité faite de respect, de silence et de musique, qui se changera en une amitié que la simple évocation d'une voix de femme, dont on ne sait au juste où elle les entraînera, scellera jusque dans la mort. Le violon noir, douleur et chef-d’œuvre du luthier, est-il en fin de compte l'instrument de leur perte ou de leur rédemption?

La critique de Mr K: Il y a deux ans ma route de lecteur avait croisée l'auteur Maxence Fermine et son très beau roman Neige qui m'avait envoûté par son ambiance unique et une histoire universelle versant dans le récit initiatique. À l'occasion d'un chinage de plus, je retombais sur lui avec ce court roman de 127 pages que je décidai d'emmener avec moi à la plage lors d'un après midi ensoleillé. Je ressortais de ma lecture au bout d'une heure et demi, une fois de plus conquis par une œuvre à la fois poétique et prenante.

C'est l'histoire de deux hommes que le hasard va faire se rencontrer à Venise après la conquête napoléonienne. Johannes est un jeune violoniste surdoué qui rêve d'écrire son propre opéra. Erasmus est un luthier spécialisé dans le violon, issu d'un apprentissage chez les Stradivarius. L'un et l'autres vont se jauger, s'apprivoiser, apprendre à se connaître et explorer leurs rêves respectifs. Au contact de cet artisan à la vie riche en rebondissements, le jeune Johannes va toucher du doigt la nature profonde de ses aspirations et essayer de reprendre en main sa vie suite à son expérience traumatisante de la guerre.

On retrouve dans ce roman toutes les qualités que j'avais pu apprécier lors de ma première incursion dans l'univers de Maxence Fermine. Dans Le Violon noir, il n'y a que deux personnages et quelques personnages secondaires qui sont évoqués ici ou là pour caractériser davantage les deux musiciens, l'auteur s'attachant vraiment complètement à Johannes et Erasmus. D'une grande profondeur, c'est avec passion qu'il aborde leur psyché et leurs vies quelques peu tumultueuse. Pas de débauche de descriptions comme lors de ma première lecture mais deux destins qui s'épousent momentanément et une alchimie entre les deux hommes qui se "reconnaissent" par leur passion commune et leurs échanges verbaux. Le style épuré et précis nous plonge instantanément dans cette rencontre que nous suivons avec avidité tant les attentes sont fortes. Qui est Erasmus? Qu'a-t-il vécu dans son passé qui l'ait à jamais transformé? Johannes finira-t-il son opéra? Qui est cette mystérieuse femme qui peuple leurs rêves à tous les deux? Et ce fameux violon noir? Qu'est-ce vraiment?

En filigrane, nous traversons une époque riche en événements historiques. Bonaparte n'est pas encore devenu Napoléon et étend son influence en Italie. Johannes sera appelé à combattre et va devoir se confronter à la barbarie de la guerre. Blessé il va découvrir la ville de Venise qui est ici décrite avec une forte économie de mots sans pour autant tomber dans la facilité. Pas besoin de beaucoup pour toucher en plein cœur. Dans cet exercice, Maxence Fermine s'avère redoutable d'efficacité. Les passages plus oniriques sont aussi bien sentis, remarquables de clarté tout en gardant un aspect énigmatique. Ils contribuent à la richesse des personnages et apportent un éclairage nouveau sur une intrigue plutôt simpliste de prime abord. Au fil de la lecture, les révélations finissent par tomber et le roman décolle alors vers des sommets insoupçonnés.

La lecture fut donc rapide et aisée, surtout très addictive. On conjugue ici destins contrariés et belle rencontre, pour un ouvrage impossible à refermer avant la fin de la lecture. Belle prouesse pour un livre à découvrir si ce n'est déjà fait!

Posté par Mr K à 18:54 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
jeudi 20 août 2015

"Les Assassins" de R. J. Ellory

AssassinsL'histoire : Sur 18.000 meurtres par an aux Etats-Unis, seulement 200 sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne pense à faire le lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et véritable encyclopédie vivante des serial killers, celui-ci découvre en effet qu'ils ont été commis à la date anniversaire d'un meurtre passé, oeuvre chaque fois d'un tueur en série célèbre, selon une procédure rigoureusement identique. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s'inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?

La critique Nelfesque : 2015 est un peu l'année Ellory ! Après l'édition française de son premier roman, "Papillon de nuit", il y a deux mois,  et avant la sortie en poche de "Les Neuf cercles" aux éditions Livre de Poche la semaine prochaine, c'est aujourd'hui que vous retrouvez en librairie son nouveau roman traduit en français, "Les Assassins". Vous connaissez mon amour immodéré pour cet auteur, ce n'est pas moi qui irait me plaindre ! Si vous ne vous êtes pas rués en librairie pour vous le procurer aujourd'hui, lisez bien ce qui suit. Vous risquez de ruminer toute la nuit afin d'être les premiers à la porte du libraire demain matin. Vous êtes prêts ? C'est parti !

Tout commence en 1984. John Costello a 16 ans et vit sa première histoire d'amour avec Nadia qu'il aime plus que tout. "Les Assasins" commence avec un amour adolescent, un de ces amours dont on garde une place toute particulière dans nos coeurs. John se rappellera toute sa vie de Nadia, de ses longs cheveux, de son côté artiste, de sa douceur et du marteau qui lui fracassa le crâne un soir de novembre.

32 ans plus tard, une adolescente est retrouvée dans un sous-bois, la tête enfoncée et le corps emballé dans du plastique. Quelques jours plus tard, 2 jeunes filles sont abattues par balles puis un jeune homme est retrouvé étranglé le visage d'un clown peint sur la figure... Les homicides sans lien évident entre eux se succèdent et plusieurs bureaux de police de New York planchent en parallèle sur ses affaires.

Irving, inspecteur à la quatrième division de la brigade criminelle, est un flic consciencieux et solitaire. Très vite il va se retrouver confronter à la plus grosse affaire de sa carrière. Un jeu de pistes macabre dont il ignore les règles. Aidé de Karen Langley, journaliste au New York City Herald et de John, aujourd'hui enquêteur spécialisé en affaires criminelles dans le même journal, il va mener l'enquête et essayer de démasquer ce tueur qui semble toujours avoir un coup d'avance.

Comme à son habitude, R. J. Ellory travaille à fond ses personnages, creusant au maximum leurs psychologies, leurs vies privées et leurs réactions pour nous les rendre humains et déclencher l'empathie chez ses lecteurs. Dans "Les Assassins", ce procédé fonctionne toujours à merveille. John Costello, personnage énigmatique et bourré de principes de vie étranges est difficile à cerner. Karen est une femme forte pleine d'humour et de dérision et ses échanges avec Irving sont savoureux, permettant ainsi de dédramatiser certaines situations. Irving quant à lui est un bourreau de travail, ne comptant pas ses heures, il va jusqu'au bout de ses forces pour résoudre ses enquêtes. L'ambiance est lourde, l'urgence est bien présente.

D'ordinaire plus versé dans le roman noir, Ellory nous livre ici un roman 100% thriller sans pour autant négliger ce qui fait sa marque de fabrique : une écriture finement ciselée, des personnages forts bien construits et des ambiances palpables et uniques. L'histoire est somme toute assez classique dans sa trame mais son traitement soigneux fait de ce roman un thriller qui sort du lot. Le lecteur vit l'urgence de l'enquête et les 40 dernières pages sont un véritable supplice pour les nerfs. Le coupable est là, à portée de main et la fin est à la hauteur du roman.

Loin de la facilité et du consensuel, R. J. Ellory nous livre ici encore avec "Les Assassins", un ouvrage de qualité qui restera dans l'esprit des lecteurs comme un page-turner intelligent et rudement bien construit. Je vous conseille vivement de vous le procurer au plus vite !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Seul le silence"
- "Les Anonymes"
- "Vendetta"
- "Les Anges de New-York"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Neuf cercles"
- "Papillon de nuit"

Posté par Nelfe à 18:02 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mardi 18 août 2015

"Cette nuit-là" de Linwood Barclay

667513_d7920ae4ea5d4bccbce9812d06064055

L'histoire: "Vous vous réveillez un matin, la maison est vide, votre famille a disparu ..." Cynthia a quatorze ans. Elle a fait le mur pour la première fois, telle une adolescente rebelle devant l'autorité familiale. Sauf que, le lendemain, plus aucune trace de ses parents et de son petit frère. Et aucun indice. Vingt-cinq ans plus tard, elle n'en sait toujours pas davantage. Jusqu'à ce qu'un coup de téléphone fasse resurgir le passé...

La critique de Mr K: Moins adepte que Nelfe en la matière, j'aime revenir au thriller de temps à autre, surtout l'été, période qui se prête bien à la lecture de page-turner à suspens. Cette nuit-là de Linwood Barclay est depuis déjà un petit bout de temps dans ma PAL que je tente désespérément de réduire depuis un certain temps et son histoire intrigante convenait parfaitement. Ce fut une lecture rapide et enthousiasmante dans son ensemble.

Dans le prologue, on suit la fameuse nuit évoquée dans le titre à travers les yeux de Cynthia qui se réveille le lendemain seule chez elle, ses parents et son frère ayant disparu. Puis, bond dans le temps et l'histoire commence vraiment 25 ans après les faits et c'est à travers le point de vue de son mari Terry que nous allons assister à la résurgence du passé qui peu à peu va pervertir l'équilibre retrouvé par Cynthia. Mystérieux coups de téléphone, objet ressurgi du passé, balai inquiétant d'une voiture, puis des choses bien plus graves s'abattent sur un couple qui ne veut que vivre une vie tranquille. C'est seulement après moultes rebondissements que le lecteur découvre le fin mot de l'histoire et sait exactement ce qu'il s'est passé cette nuit là.

Ce que j'attends d'un thriller est simple: une bonne intrigue, des personnages attachants et si possible une belle écriture qui puisse faire sortir l'ouvrage des sentiers battus (Nelfe me dit que ce n'est pas forcément évident à trouver dans ce genre). Pour les deux premières exigences, j'ai été plutôt comblé, moins par la dernière.

Très vite on s'attache à Terry, professeur de lycée difficile épris de son métier et de sa petite famille. Il nous narre la première rencontre avec Cynthia, la difficile approche, l'apprivoisement puis l'amour indéfectible. La naissance de la petite Grace apporte la cerise sur le gâteau de ce bonheur encore jeune. Mais les vieux démons de Cynthia ressurgissent et la transforment en maman ultra-protectrice qui n'a qu'une peur: perdre à nouveau les êtres qui comptent le plus à son cœur. Le lecteur assiste impuissant, comme le mari déboussolé, à la dérive de Cynthia que les récents événements font basculer dans la paranoïa et la méfiance. C'est avec justesse et à propos que Barclay tisse les liens changeants de cette famille avec un père aimant qui fait tout pour aider sa femme dans cette épreuve, une femme aux abois que le passé rattrape et une petite fille que tout cela perturbe énormément.

La menace est invisible, sournoise. Malgré l'appui d'amis de la famille et de la tante de Cynthia, l'étau se resserre. Les nerfs lâchent et les cadavres s'accumulent. Les pistes se multiplient et on se surprend à envisager les hypothèses les plus farfelues ou délirantes tant le jeu de piste est ouvert et les fausse directions légion. J'ai pour ma part deviné le dénouement dans les 2/3 du roman, il est réussi et complet, d'une logique aussi terrible que tragique. On passe donc un bon moment de stress avec des fins de chapitres qui envoient du bois et poussent le lecteur captivé à continuer sa lecture malgré parfois l'heure tardive (j'ai lu ce roman en deux jours tant je voulais découvrir la fin).

Seuls bémols à cette belle découverte, une écriture sans surprise et plutôt banale, et aussi beaucoup de délayage qui me fait dire que l'auteur aurait pu raccourcir certains passages pas forcément essentiels à l'architecture globale de l'histoire. Reste cependant un thriller sympathique et bien construit qui réserve son lot de surprises. C'est déjà pas mal!

Posté par Mr K à 17:41 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,
lundi 17 août 2015

"Le Livre de Dina" de Herbjorg Wassmo

le livre de dina

L'histoire : Figé dans un linceul de glace, à l'extrême pointe de la Norvège, le Nordland est un pays de fin du monde... Là-bas, se déchaîne une furie, une femme, Dina, que la mort suit comme son ombre. Enfant, Dina est frappée par le destin, par la main de Dieu ou par celle du diable. Ou par les trois. Elle tue sa mère.
Maudite par son entourage, abandonnée à elle-même, elle grandit, sauvage et, surtout, libre. Dès lors, Dina, arrogante, farouche, ira seule sur un long chemin de hargne.

La critique Nelfesque : Voici une saga que j'ai lu cet été un peu par hasard. Ma belle-mère m'avait sortie "Le Livre de Dina" de sa bibliothèque il y a quelques temps en me disant "si tu veux, je te les donne". Vous me connaissez, concernant les livres, je ne sais pas dire non et je suis repartie avec ces 3 volumes sous le bras. Avant notre départ pour la montagne, j'ai eu envie de lire quelque chose de long pour les vacances, une saga était alors bienvenue et vu l'ambiance et le décor de ce roman, je pensais tenir là la lecture parfaite pour mon séjour auvergnat.

Pendant plus de 600 pages, Herbjorg Wassmo nous présente Dina, son évolution, sa vie. De ce drame qui adviendra dans sa petite enfance où par accident elle ébouillante sa mère qui décédera de la suite de ses blessures, à son mariage arrangé avec un homme plus vieux qu'elle et sa vie dans le Nordland régnant en matrone autoritaire sur sa famille, sa ferme et son commerce, rien ne nous est omis du caractère de Dina. Mais en tournant la dernière page, une question reste sur les lèvres : la connaissons-nous finalement vraiment ?

Car Dina est une femme à part, loin des stéréotypes de cette fin du XIXème siècle. Indépendante, sauvage, déterminée et surtout libre, elle traverse le temps en bouleversant ses contemporains. Du statut d'orpheline de mère poussant comme une herbe folle, elle deviendra peu à peu la femme que l'on craint et que l'on respecte. Dina ne laisse pas indifférent par son attitude et sa façon d'être. Elle monte à cheval comme un homme, elle fume la pipe et le cigare et ne s'embarrasse pas des convenances.

Les paysages du roman accompagnent l'histoire à merveille. Le froid, la neige, les tempêtes de bord de mer servent l'ensemble de la meilleure des façons, rajoutant au fond amère et destructeur, une dimension oppressante supplémentaire. Voyager à bord de navires marchands sur les mers norvégiennes, découvrir les îles Lofoten, vivre les hivers rudes et exigeants propres aux pays sous ces latitudes a été un vrai plaisir. Les images défilent, nous sommes à une autre époque et cette dimension ci du roman est jouissif.

Pour le reste, je ne serai pas aussi enthousiaste. Cette saga avait sur le papier tout me plaire. Je ne savais pas trop où je mettais les pieds mais une femme au caractère fort et au destin hors du commun me donne forcément envie de découvrir son histoire. Oui mais voilà... Je n'ai pas accroché au personnage de Dina et dans ce cas là difficile de faire abstraction de cet "élément" de l'histoire qui crève les pages. Dina est partout, omniprésente, l'auteur nous faisant régulièrement découvrir ses pensées les plus intimes. Lorsqu'elle devient jeune fille, j'ai très vite compris que je ne serai pas véritablement touchée par son histoire. Elle est d'une telle froideur qu'à mon sens toute empathie est impossible et de là tout ce qui pouvait lui arriver n'était que détails du roman. Je n'ai pas ressenti cette histoire telle que j'aurai voulu la ressentir. La vivre avec mes tripes, me prendre une grande claque avec une saga bouleversante. Même les passages concernant sa vie amoureuse sonnent faux à mes yeux. Tout est dans l'excès.

Tour à tour, c'est l'agacement, la lassitude et l'incompréhension désinvolte qui envahit le lecteur. Les pages défilent, ce qui peut arriver à Dina n'est pas passionnant et à la fin du roman, une grande indifférence pointe le bout de son nez... Je ne suis ni déçue, ni réjouie par cette lecture, je n'ai pas eu l'impression de perdre mon temps puisque certains aspects du roman m'ont touchés mais je ne conseillerai pas pour autant ce roman tant il m'a paru terne, caricatural sous certains aspects et loin d'être exaltant. Un coup dans l'eau de la mer de Norvège en somme.

Posté par Nelfe à 18:28 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,