samedi 11 avril 2015

"Train perdu wagon mort" de Jean-Bernard Pouy

pouytrainperduwagonmort

L'histoire: Au cœur de la nuit, un wagon se détache d'un train-couchettes et s'arrête soudain. D'abord persuadés qu'il s'agit d'une panne, les occupants découvrent qu'ils sont perdus au milieu de nulle part. Abandonnés, oubliés par les secours, certains partent en éclaireurs et disparaissent. Leurs cadavres sont retrouvés, dans une ville déserte et en ruine. La terreur s'empare alors des survivants...

La critique de Mr K: Retour vers un auteur que j'apprécie tout particulièrement avec cette étrange histoire qui m'a de suite séduite et intriguée lors d'un énième passage chez l'abbé. Jean-Bernard Pouy est surtout connu pour sa création du Poulpe, série de polars au héros libertaire vers laquelle je reviens régulièrement. Il se tourne à nouveau vers le roman noir avec ce Train perdu wagon mort au pitch assez incroyable et dont la lecture fut rapide et plaisante.

Le personnage principal, un professeur de fac spécialisé dans les relations internationales, se rend à un colloque dans un pays imaginaire du centre de l'Europe. Le voyage est long, l'action débute en pleine nuit dans un wagon-lit plongé dans le noir et les bruits de respiration. D'un coup, un freinage intense se fait sentir puis plus rien! Le train s'est arrêté au milieu de nulle part, sans prévention ni alarme. En fait, ils sont seuls, leur wagon est isolé au milieu de la campagne sans aucune trace d'occupation humaine, le reste du train semble avoir continué sa route sans se préoccuper de ces dix-neuf naufragés du rail. Passé quelques heures, le jour se lève et toujours pas de secours! La tension va commencer à monter peu à peu chez ses passagers lambda livrés à eux mêmes. Surtout qu'une menace sourde et invisible pèse sur eux.

Ce qu'il y a de plus effrayant dans ce court roman, c'est son extrême banalité dans le traitement. Ces personnes perdues pourraient être vous ou moi. Des êtres humains livrés à eux mêmes face à l'inexplicable, face à un événement à priori anodin qui va se transformer en une situation surréaliste très éloignée de ce que l'on peut vivre dans notre Europe pacifiée. En effet, quels sont ces mystérieux avions de chasse qui survolent en rase motte le wagon? Où ont disparu les éclaireurs partis chercher des secours? Et d'ailleurs pourquoi ces derniers ne sont-ils pas déjà là? On s'interroge tout autant qu'eux et Pouy se garde bien de nous livrer les clefs avant l'ultime chapitre. Le petit groupe s'organise, des leaders sortent du bois, certains perdent leur calme, d'autres s'enfoncent dans le mutisme... Autant d'attitudes et de comportements différents qui représentent bien la diversité des réactions humaines face à l'adversité.

Le rythme est lent, il épouse à merveille l'impression de langueur et de temps ralenti qui habite le récit. L'espérance de secours à venir perd de plus en plus d'épaisseur pour laisser la place au doute qui ronge les âmes puis les corps (les ressources en eau et en nourriture s'amenuisent). C'est aussi l'occasion pour les personnages de se remettre en question que ce soit au niveau d'eux mêmes que de leurs vies respectives. Des affinités se créent, peu ou pas d'inimitié car l'action se déroule sur quelques jours. En approchant de la vérité, le lecteur se dit qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde en vase clos, uniforme et morne dans lequel semblent patauger des personnes complètement larguées dans tous les sens du terme. La fin est une vraie belle réussite qui en surprendra plus d'un même si personnellement je l'ai pressenti aux deux-tiers du livre pour cause de déjà-lu. Reste un final éblouissant qui explique tout de manière assez maline.

Ce fut donc une lecture à la fois étrange et agréable, peu commune en tout cas et assez marquante par moment pour le côté paranoïaque et réflectif. À lire pour tous les amateurs de romans noirs "à la française".

Posté par Mr K à 20:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mercredi 8 avril 2015

"La Perfection du tir" de Mathias Énard

001

L'histoire: Tout est dans la concentration. Tout est dans la patience, le calme, la maîtrise du souffle. Les bons jours, un seul tir parfaitement réussi suffit à lui donner la joie du travail accompli. Alors, le narrateur redescend de ce toit d'immeuble où il s'était embusqué pour tuer – dans cette ville livrée à la guerre civile -, et il rentre chez lui, retrouver sa mère à demi folle. Puis survient Myrna, une jeune fille de quinze ans embauchée pour prendre soin de la mère malade. Myrna dont la naissante féminité devient pour lui un objet de fascination, un rêve d'amour – l'autre chemin vers la perfection?

La critique de Mr K: À la base, la lecture de La Perfection du tir est un petit coup de poker. La couverture et la quatrième de couverture m'avait attirées l'œil lors d'une énième errance chez l'Abbé. Comme en plus, j'ai eu d'excellentes expériences de lecture dans la collection de poche Babel, je n'hésitai pas plus d'une seconde pour acquérir le présent ouvrage. J'ai vraiment bien fait tant cette lecture fut plaisante malgré un propos dur et impitoyable, une immersion réaliste et sans chichi dans un monde en guerre.

Le personnage principal est un sniper. Nous ne connaîtrons jamais son nom ni celui de son pays mais peu importe, l'intérêt est autre. Il tire sur ses ennemis sans faire de distinction entre combattants et civils. Cela l'apaise, le construit même. Effrayant évidemment pour tout être civilisé, surtout que peu à peu, suite aux révélations qu'il va nous faire sur sa mère devenue folle et ses rapports avec elle, on se rend compte que ce jeune homme d'à peine 20 ans est dérangé, frustré et au bord de l'implosion. Il va devoir faire appel à quelqu'un pour pouvoir s'occuper de sa génitrice lors de ces longues absences au front, c'est là qu'il va faire la rencontre de Myrna, jeune adolescente au charme trouble qui va bousculer ses certitudes... mais peut-on vraiment changer dans un monde abandonné au mal, livré à la loi du plus fort?

Terrible descente en enfer que ce roman. Nous rentrons de plein pied dans un monde en guerre. Chacun se méfie de tout le monde et l'univers décrit se divise en deux entre ennemis / amis. Pas de place à la nuance, la barbarie et la mort règnent en maîtres. Au delà de la loterie funeste des tirs du héros qui dégomme tout ce qui se présente à lui dans la zone ennemie qu'il doit surveiller, c'est le cortège des vexations et des exactions qui se succèdent, longue litanie d'actes inhumains propres aux zones de conflit. C'est rude dans sa banalité et son automatisme. Le héros y participe pleinement, justifie ses actes dans sa pensée à sens unique sans aucun recul ni remord. Une partie du roman sort un peu du cadre de la ville pour nous montrer une opération de normalisation dans la montagne, loin d 'être hors-sujet, elle permet d'éclairer un peu la mentalité de ses hommes conditionnés mentalement pour haïr et détruire son prochain. Vraiment impressionnant et efficace!

Pour autant, notre héros ne se contente pas d'être décrit comme une machine à tuer. On sent les carences qu'il a pu accumuler en termes affectif et éducatif. Ses rapports à sa mère sont biaisés par la maladie mentale qui s'est emparée d'elle, il doit désormais s'en occuper et il en est incapable. Cela donne des scènes de cruauté et d'incompréhension fortes, très dures à lire, vraiment éprouvantes. Le fils doit se contenir pour ne pas faire exploser la violence qui l'habite et c'est Myrna qui va servir de soupape de sécurité pour éviter le drame familial. Cette jeune fille l'apaise, le séduit et le soulage, un peu de tout cela en même temps en fait. Il ne comprend pas ce qui lui arrive d'ailleurs, le lecteur le sait bien mieux que le personnage lui même. S'ensuit un ballet trouble avec des rapports complexes entre employeur/employé, combattant/civil, séduction/répulsion. D'une grande richesse cette relation tisse une toile émotionnelle étendue qui m'a profondément désarmé et surpris. C'est suffisamment rare pour le noter!

Pour accentuer tous ces effets contradictoires, l'auteur se repose sur un style simple, épuré mais d'une précision de métronome. Jamais vraiment de phrases chocs inutiles mais des évocations parfois floues, en arrière plan ou tout en ellipse pour raconter l'horreur, la méfiance et le doute. Malgré un propos difficile, déviant par moment, il se dégage une impression de pure humanité (pas le meilleur côté je vous l'accorde) et d'une grande élégance dans le traitement littéraire. C'est sans doute un des meilleurs livres qui m'ait été donné de lire pour parler de guerre et de comportements humains en période de crise profonde. Un petit chef-d'œuvre à côté duquel il ne faut pas passer!

Posté par Mr K à 19:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
lundi 6 avril 2015

"Le Survivant" de James Herbert

lesurvivantjamesherbert

L'histoire: Un boeing 747 qui s'écrase près d'Eton: l'une des plus effroyables catastrophes de l'histoire de l'aviation. 332 morts et un seul survivant. On avait enterré les morts, et les vivants essayaient d'oublier. Seul un homme s'obstinait : Keller, jailli des flammes de l'avion, poussé par des forces invisibles, cherchant à comprendre pourquoi, lui, avait échappé à l'accident. Le jour de vérité approchait, une vérité insupportable pour les innocents habitants d'Eton. Une vérité à laquelle Keller se refusait à croire…

La critique de Mr K: James Herbert est pour moi le genre d'auteur qui nous procure de petits plaisirs coupables efficaces, un écrivain vers lequel on revient régulièrement pour retrouver quelques sensations fortes et des intrigues à la fois classiques et glaçantes dans leur déroulement. Ce volume n'a pas dérogé à la règle et m'a tenu en haleine de bout en bout.

Keller a survécu à l'impensable! Pensez donc, un crash aérien juste après le décollage de son avion (il en était le copilote)! Tout le monde est mort sauf lui! Rajoutez là-dessus qu'il a perdu la mémoire et qu'il lui est impossible de savoir pourquoi il s'en est sorti, et vous obtenez un être humain complètement largué qui cherche à obtenir des réponses. Les semaines se passent et il commence à avoir des flashs, à entendre des murmures et, en ville, les morts violentes et inexplicables s'accumulent... Bizarre, vous avez dit bizarre? Vous êtes encore bien loin de la vérité.

Elle est bien longue à se dessiner d'ailleurs entre les chapitres mettant en scène le héros à la recherche d'éclaircissements sur les causes du drame et ceux suivant très ponctuellement le destin fatal de quelques habitants d'Eton, victimes d'une mystérieuse entité. En effet, très vite on se rend compte que derrière le thriller plutôt classique se cache une intervention surnaturelle même si cette fois ci elle est légèrement différente de ce que l'on lit / voit d'habitude. Un bon point pour Herbert qui sème les fausses pistes pour mieux nous égarer dans des supputations sans fin. Bien malin serait celui qui devine les tenants et les aboutissants avant les derniers chapitres de ce volume.

On retrouve la finesse de caractérisation des personnages propre à Herbert qui fait dans le court et le concis, tout en efficacité et en retrait des stéréotypes. Ces personnages sont emplis de fêlures et cachent des zones d'ombre parfois peu enviables, parfois plus surprenantes. Les effets de surprises sont donc assez nombreux tout au long du récit qui se révèle tortueux et parfois très cruel envers ses protagonistes. Keller est vraiment attachant par exemple, il passe par tous les états en l'espace de quelques jours (sauf le grand bonheur extatique bien évidemment) et rien ne semble lui être épargné. Surtout qu'il doit composer avec une ville aux abois, des médias intrusifs et de nébuleuses forces qui le dépassent. Étrange atmosphère aux senteurs de fin du monde où même les dépositaires des forces divines ne peuvent rien faire (terrifiante scène dans une Église).

Difficile donc de relâcher ce livre tant l'histoire est addictive et les pages se tournent toutes seules. Moins gore qu'à son habitude, Herbert fait plus dans la terreur psychologique et les effets d'épouvantes à l'ancienne ce qui n'est pas plus mal et crédibilise davantage une histoire qui devient de plus en plus tourmentée et effrayante. Une bien belle expérience délicieusement horrible que tout amateur du genre se doit de lire.

Oeuvres déjà chroniquées du même auteur:
-Le Sombre
-Pierre de Lune
-La Lance

Posté par Mr K à 20:22 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
samedi 4 avril 2015

"La Longue Mars" de Terry Pratchett et Stephen Baxter

9782841727063_1_75

L'histoire: La Primeterre est dévastée. L'éruption du Yellowstone a noyé les États-Unis sous la cendre et rendu inhabitable une grande partie de la planète. Des flots de réfugiés se massent dans les terres parallèles adjacentes, bientôt surpeuplées. Il faut s'adapter pour survivre. Dans ce contexte post-apocalyptique, l'énigmatique Lobsang décèle l'émergence dans l'humanité de jeunes surdoués à l'intelligence incomparable. Est-ce une chance ou une menace? Il invite Josué Valienté, lui-même marginal dans son enfance, à enquêter auprès de la jeunesse atypique de Belle-Escale. Une jeunesse à laquelle Maggie Kauffman, commandant du dirigeable Armstrong II, aura affaire dans les circonstances les plus calamiteuses… De son côté, Sally Linsay reçoit un message de son père, avec qui elle n'a plus de contact depuis le jour du Passage. Le génial inventeur nourrit le projet de se rendre sur Mars afin d'en explorer les profondeurs parallèles, convaincu d'y faire une fabuleuse découverte. Laquelle? Et surtout à quel prix?

La critique de Mr K: Cette lecture a un goût tout particulier. C'est le troisième volet d'une saga qui pour l'instant m'a charmé et envoûté comme rarement et on sait en commençant La Longue Mars qu'après il faudra attendre un certain temps pour lire le tome 4 seulement disponible en anglais pour l'instant. Et puis… il y a la disparition récente et encore douloureuse de Terry Pratchett parti trop tôt. Le tome 5 prévu sera-t-il finalement écrit par Baxter en solo ? Pour autant, je n'allais pas bouder mon plaisir à replonger dans cette histoire de mondes parallèles qui s'avère toujours aussi passionnante et bien écrite.

La Primeterre (notre planète) est en piteux état. Suite à une éruption volcanique géante, elle est devenue inhabitable. Commence alors la plus grande vague migratoire de l'Histoire de l'humanité. Cela ne va pas sans poser des soucis de place, de logistique mais aussi de géopolitique. La concurrence reste rude entre les puissances: les USA et la Russie sont à terre, les chinois veulent tirer leur épingle du jeu. L'exploration des mondes parallèles continue donc avec comme objectif pour Maggie Kauffman (commandant de vaisseau US) d'atteindre le 250 000 000 ème monde parallèle, limite jamais franchie et synonyme de gloire pour le pays qui l'atteindra en premier. L'expédition ne sera pas de tout repos avec passager clandestin, mondes hostiles et confrontation dramatique face à des mutinés d'un vaisseau considéré comme perdu depuis des années.

On retrouve aussi Lobsang et Josué aux prises avec nos successeurs, de jeunes gens aux capacités cérébrales étendues (des protohumains diront les spécialistes) arrogants et menacés par la realpolitik en œuvre autour de leurs personnes. Faut-il les étudier? Les supprimer? Les laisser vivre à leur guise? Autant de questionnement autour de l'évolution de notre espèce tant au niveau de ses capacités que de ses dérives. La thématique est passionnante et remarquablement servie par les vulgarisations scientifiques d'un Baxter toujours aussi talentueux dans le domaine. On frôle entre deux rencontres et péripéties, le récit philosophique voir métaphysique, on réfléchit beaucoup entre prospective et vision éclairée du présent. C'est assez bluffant et addictif à souhait.

Sally quant à elle accompagne son père avec qui les rapports sont tendus. Plutôt mauvais dans son rôle de géniteur (le grand absent), c'est lui qui avait livré gratuitement à l'humanité les plans des passeurs, machines permettant à tout à chacun de traverser les multivers en toute liberté. Le voila lancé maintenant sur la piste d'un mystérieux artefact qui serait présent sur l'une des nombreuses Mars. On alterne ici récit intimiste (parfois très touchant) d'une relation père/fille complexe et la course vers les étoiles et un secret bien caché. Là encore, le lecteur se verra guidé par des explications précises et assez jubilatoires sur le fonctionnement de l'univers et des astres qui le compose.

Toutes ces intrigues se croisent, se rejoignent et se séparent pour un ensemble finalement très homogène et d'une rare richesse. On retrouve le souffle de l'aventure avec un grand A, des personnages très attachants (j'adore Sally et Josué notamment), l'humour distillé par petites touches marqué du sceau de Pratchett, l'immersion dans un multivers foisonnant, un humanisme mesuré ne tombant jamais dans la facilité et des enjeux passionnants. On termine sur les genoux, heureux et pantelants d'avoir entrepris un voyage à nul autre pareil. À ne pas louper pour tous les adeptes de SF!

Chroniques des deux premiers tomes de la trilogie:
-La Longue Terre
-La Longue Guerre

Posté par Mr K à 17:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
jeudi 2 avril 2015

"Eragon" de Christopher Paolini

eragonL'histoire : Un garçon...
Un dragon...
Une épopée...

Voilà bien longtemps que le mal règne dans l'Empire de l'Alagaësia... Et puis, un jour, le jeune Eragon découvre au cœur de la forêt une magnifique pierre bleue, étrangement lisse. Fasciné et effrayé, il l'emporte à Carvahall, le village où il vit très simplement avec son oncle et son cousin. Il n'imagine pas alors qu'il s'agit d'une œuf, et qu'un dragon, porteur d'un héritage ancestral, aussi vieux que l'Empire lui-même, va en éclore... Très vite, la vie d'Eragon est bouleversée. Contraint de quitter les siens, il s'engage dans une quête qui le mènera aux confins de l'Alagaësia. Armé de son épée et guidé par les conseils de Brom, le vieux conteur, Eragon va devoir affronter, avec son jeune dragon, les terribles ennemis envoyés par le roi dont la malveillance démoniaque ne connaît aucune limite.
Eragon n'a que quinze ans, mais le destin de l'Empire est désormais entre ses mains !

La critique Nelfesque : La SF, la fantasy, le fantastique, c'est plus le domaine de Mr K. De mon côté, je suis plus terre à terre mais ne boude pas mon plaisir à l'occasion lorsqu'une envie de merveilleux pointe le bout de son nez. C'est ce qui s'est passé ici avec le début de la saga Eragon et son premier tome "Eragon" que j'ai dans ma PAL depuis quelques mois. Une envie de retomber en enfance, une envie de dragons ! Et hop, c'est parti !

Beaucoup m'ont dit "si ce premier tome te plaît, la suite n'en sera que mieux". En effet le présent tome est considéré comme le plus faiblard de la série. J'ai donc de bonnes heures d'évasion et d'aventures devant moi car ce tome ci a déjà su me convaincre.

Un univers fantastique qui se tient, une kyrielle de personnages et de peuples tous plus intéressants les uns que les autres, un Eragon, jeune dragonnier apprenti, et une dragonne, Saphira, à la fois sage et impétueuse. Il n'en faut guère plus à la novice en fantasy que je suis. Peut être serait-il judicieux de mettre ce roman dans les pattes de Mr K pour avoir l'avis d'un expert mais à mon sens cette saga commence bien et n'a pas à rougir.

Nous faisons ici la connaissance d'Eragon. Pré-ado de milieu rural, il est orphelin et élevé par son oncle et rien ne le prédisposait à vivre de grandes aventures. Mais c'était sans compter sur la plume de Christopher Paolini... Alors qu'il part chasser, comme à son habitude, sur la Crête, il tombe sur une pierre étrange. Intrigué, il la ramène chez lui et celle ci va très vite attirer son attention. En plus d'être inhabituelle et extrêmement belle, elle émet de drôles de sons. Ce n'est pas une pierre, c'est un oeuf ! Le jour de son éclosion, tout va s'accélérer. A la fois fasciné et apeuré, Eragon va décider de cacher ce bébé dragon qui deviendra grand... Très grand...

Avec eux, le lecteur parcourt des kilomètres dans les airs et sur terre. Les paysages défilent, le danger rode. Eragon fait la connaissance de Brom qui va devenir son maître et mentor et va apprendre les rudiments du dragonnier.

Bien que l'histoire soit complètement différente, la construction m'a quelque peu fait penser à "L'Apprenti épouvanteur" de Joseph Delaney. Un jeune garçon se retrouve investi d'une mission et se révèle être bien plus fort qu'il ne le pensait. Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. C'est vrai que ce schéma est assez classique dans le genre mais n'est ce pas comme cela que l'on fait des héros ?

Une lecture fort plaisante pour des lecteurs peu habitués au genre, elle saura charmer également les enfants du même âge qu'Eragon qui s'identifieront sans mal à ce petit gamin qui s'apprête à vivre de grandes émotions. De mon côté, j'ai rajeuni de 20 ans en le lisant et je compte bien faire perdurer cette sensation avec les tomes suivants !

Posté par Nelfe à 19:35 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mardi 31 mars 2015

"Ganesha" de Xavier Mauméjean

311

L'histoire: Londres, fin du XIXème siècle. Qui est réellement Joseph Merrick, celui qu'on surnomme "l'Homme-Éléphant"? Homme ou bête? Monstre de foire ou curiosité scientifique? Une simple anomalie de la nature ou... un dieu? Lorsqu'il rédige ses Mémoires, il n'a pas trente ans et réside depuis peu à l'hôpital de Whitechapel sous la protection du médecin Fréderick Treves. Un refuge qui lui permet d'observer splendeurs et misères de la capitale, et d'enquêter: quatre affaires, autant de saisons dans une année. De leur résolution dépendra peut-être plus que son destin, car "le monde s'efface dans les rêves de l'éléphant..."

La critique de Mr K: Bien étrange expérience que cette nouvelle lecture de Xavier Mauméjean, un auteur qui m'avait bien transporté dans mes lectures précédentes que furent Lilliputia et American Gothic. Dédicacé par l'auteur lors de nos dernières Utopiales, je n'ai pu retarder plus avant la lecture de Ganesha, une de ses premières œuvres, récompensée en 2000 par le prix du roman fantastique à Gerardmer. Bien que plus ésotérique et exigeante envers le lecteur, cet ouvrage est une fois de plus une belle réussite entre plaisir de l'évasion et érudition perlée à chaque page.

Joseph Merrick réside désormais à l’hôpital au bon soin du docteur Crook qui lui voue une certaine curiosité. Son physique disgracieux ne l'empêche pas d'avoir un esprit vif et plein de répartie, il est très cultivé et est doté d'un esprit de déduction très fin faisant irrémédiablement penser à un certain détective anglais très connu de l'époque. À l'aide de ses amis (un jeune garçon travaillant à l'hôpital et un mystérieux aventurier) et de ses relations (du beau linge vient le voir à son chevet tout de même!), il va enquêter sur des affaires tantôt étranges, tantôt effroyables: meurtres, disparition, dédoublement de personnalité... Car Joseph Merrick n'est pas seulement ce qu'il paraît être au premier regard, n'est-il pas Ganesh le Dieu à tête d'éléphant?

Très énigmatique que cette lecture comme je le disais en début de chronique. On oscille entre plusieurs genres: des descriptions cliniques sur le héros, des digressions sur le panthéon hindouiste, des passages sur l'époque victorienne, l'organisation de l'hôpital, une plongée dans les quartiers populaires, dans les mondes interlopes, sur le monde des foires (thème récurrent de l'œuvre de Mauméjean)... le tout sous la forme de petits paragraphes resserrés à l'écriture souple mais gorgée de références. Plus d'une fois d'ailleurs, je me suis surpris à faire quelques recherches parallèles sur le net pour ne pas passer à côté de certains détails. Peu à peu, l'ensemble prend corps et l'on se concentre sur les fameuses enquêtes qui loin de nous épargner, nous plongent dans des abîmes bien sombres avec notamment un tueur d'enfants plutôt retors!

Au prime abord, il faut bien l'avouer, il faut s'accrocher. L'auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes, à multiplier les références, il perdra d'ailleurs sans doute quelques lecteurs au passage. Mais si l'on persévère et qu'on prend le temps parfois de relire certains passages, on découvre une mine d'informations, de détails et une finesse d'esprit assez extraordinaire. À travers le regard de Joseph Merrick, Xavier Mauméjean nous donne à voir une société anglaise décortiquée au scalpel à la fois attirante et repoussoir, entre modernité en marche et vieilles superstitions. Elephant man est beaucoup moins pathétique que dans le film éponyme de David Lynch, il a son destin en main et même si son quotidien est difficile (son infirmité est vraiment handicapante), il ne cède pas au désespoir et répond aux quolibets grâce à son sens de l'à propos très vif.

Une fois plongé dans la première affaire, difficile de relâcher ce volume qui s'apparente à une belle fantasy autour d'un personnage culte et d'une époque attirante. Une belle lecture pour un livre vraiment réussi si on se donne la peine de se laisser convaincre.

Posté par Mr K à 20:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
dimanche 29 mars 2015

Ça va, rien n'est perdu!

103143364

Dessin de Riss tiré du site du Strips Journal

Posté par Mr K à 18:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
vendredi 27 mars 2015

"Silo" de Hugh Howey

silo-couverture

L'histoire: Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, une communauté d'hommes et de femmes a organisé sa survie dans un silo souterrain géant. Du monde extérieur, devenu hostile, personne ne sait rien, sinon que l'atmosphère y est désormais irrespirable. Les images de mauvaise qualité relayées par d'antiques caméras, montrant un paysage de ruines et de dévastation balayé de vents violents et de noirs nuages, ne semblent laisser aucune place à l'illusion. Pourtant, certain continuent d'espérer. Ces individus, dont l'optimisme pourrait s'avérer contagieux, représentent un danger potentiel. Leur punition est simple. Ils se voient accorder cela même à quoi ils aspirent: sortir.

La critique de Mr K: Belle découverte que cette occasion trouvée à un très bon prix chez notre abbé chéri fin janvier où nous avions une fois de plus craqué! La quatrième de couverture m'a séduit immédiatement et Nelfe m'avait plus ou moins parlé de phénomène littéraire concernant cet ouvrage. C'est plus tard que j'appris que Hugh Howey était capitaine de yacht, qu'il s'était auto-publié et qu'il a depuis connu un grand succès avec Silo qui se décline désormais en une trilogie que je ne manquerai pas de compléter vu le goût de revenez-y certain que m'a procuré ce premier tome (qui d'ailleurs pouvait se suffire à lui-même).

Ce volume est constitué de cinq grands chapitres, plus ou moins cinq grandes nouvelles qui tissent une histoire plutôt classique (ce sera mon seul reproche). Le monde extérieur n'est plus vivable et une communauté humaine s'est installée dans un silo souterrain géant qui s'étale sur 140 niveaux. On trouve de tout: une cafétéria avec vue imprenable sur le monde extérieur inhabitable, un shérif et ses bureaux (plus une cellule), des fermes hydroponiques, des mines et des mécanos, une manufactures pour la fabrication de pièces et objets, un mystérieux niveau réservé aux instances dirigeantes qui proscrivent absolument toute idée d'évasion et d'espoir, se contentant de faire appliquer des règles fixées il y a des décennies. Tout contrevenant est relâché en dehors du silo et se voit ainsi condamné à une mort certaine, empoisonné par un air devenu irrespirable. Pour autant, on ne peut empêcher les personnes de réfléchir et de se poser des questions, le changement est en marche...

Il s'agit du premier livre de SF édité par Acte Sud et franchement c'est une belle réussite. Pas étonnant d'ailleurs que ce soit eux qui l'ait signé tant cette œuvre sort des sentiers battus et se révèle très "littéraire" dans sa forme. Ne vous attendez-pas à une débauche d'action et de détails très science-fictionnels... Hugh Howey semble avant tout chose s'attacher à ses personnages et l'évolution de leur psychologie. Ils sont nombreux et c'est peu à peu qu'on apprend à les connaître avec leurs fêlures et leurs aspirations. Attention cependant à ne pas trop vous attacher à eux car l'auteur n'hésite pas à en sacrifier un certain nombre pour le bienfait de l'histoire générale. Vous côtoierez la shérif, le maire, les mécanos prolos du fin fond du silo, des enfants perdus, de mystérieux commanditaires et bien d'autres personnes que je vous laisse découvrir. Tout ce petit monde vis en vase clos ce qui apporte une touche indéniable de paranoïa et de claustration à un ouvrage à nul autre pareil.

En effet, l'auteur s'attache aussi beaucoup à nous décrire ce monde isolé, tourné sur lui-même et ses certitudes qui lui sont assénés par une rigueur implacable. On voyage beaucoup à l'intérieur du silo, on découvre des us et coutumes proches des nôtres mais tout de même modifiées à cause des conditions de vie étriquées et soumises à un avenir qui semble bouché. Ainsi la démographie est contrôlée pour éviter la surpopulation (un système de loterie permet d'élire les heureux élus pour former une famille), les rations calculées pour éviter toute pénurie et les esprits maintenus dans une ignorance crasse de ce qui s'est passé auparavant et des réalités du monde extérieur. Drôle d'ambiance donc qui fait sortir ce roman du lot et maintient un mystère durant tout ce premier volume qui en appelle clairement d'autres pour lever le voile sur des éléments non dévoilés et seulement évoqués au détour d'un paragraphe et d'une page. Si si, il y a un côté frustrant!

Le suspens ne retombe jamais durant ces quelques 550 pages qui se dévorent littéralement, la faute à un sens du récit certain, un goût pour le réalisme et des scènes chocs d'une rare intensité. L'écriture est agréable, exigeante par moment (surtout au départ, cela devient plus classique sur les deux derniers chapitres) et évocatrice à souhait. On partage vraiment la vie de ce silo et on en explore vraiment tous les aspects. Il y a un côté livre-somme avec un background très bien travaillé. Les mauvaises langues diront qu'il n'y a rien de nouveau (beaucoup d'éléments et de thématiques ont déjà été explorées) mais en toute honnêteté, je ne me suis pas ennuyé une seconde et l'ensemble se tient, maintenant une balance équilibrée entre récit vif et passages plus descriptifs forçant la réflexion. Beau mélange qui a fonctionné pour moi à plein.

Ce fut donc une lecture des plus plaisantes, longue, parfois plombante, parfois emplie d'espoir, où l'émotion fait la part belle à la réflexion et l'anticipation. Un bel ouvrage que je prolongerai dans les mois à venir en essayant de me procurer les tomes suivants.

Posté par Mr K à 20:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mardi 24 mars 2015

"Le Secret d'Orbae" de François Place

9782203063754

L'histoire: Il y a cette île de l'autre côté du monde, entourée de fleuves de brume, dont le nom se prononce dans un souffle: Orbae. Il y a aussi une mystérieuse toile à nuages, et certaines cartes qui ne se lisent qu'à la clarté de la Lune… Il y a Cornélius, le jeune marchand de drap des froides villes du nord. Il y a Ziyara, la petite gardienne de chèvres des montagnes de Candaâ. Même les routes les plus contraires peuvent se rencontrer…

La critique de Mr K: J'avais entendu parler de François Place essentiellement en tant qu'illustrateur dans des œuvres jeunesses notamment avec les trois tomes de l'Atlas des géographes d'Orbae, œuvre cartographique imaginaire présentant un monde foisonnant et très complet. L'occasion s'est alors présentée à moi de lire le présent volume Le secret d'Orbae édité en poche chez Casterman, et donc de lire une œuvre faisant la part belle au voyage et à la découverte. Je ressors déçu de cette lecture.

L'auteur nous invite à suivre deux destins bien distincts qui vont finir par se rencontrer. Il y a tout d'abord Cornélius, un jeune drapier qui n'a qu'un rêve, trouver les mystérieuses montagnes bleues qui peuplent ses rêves et où il trouvera l'origine d'étranges étoffes aux reflets changeants comme le ciel. Sa route va le mener très loin de chez lui et il connaîtra moultes aventures avant d'avoir la révélation finale sur le but de son voyage. Dans la deuxième partie du volume, Ziyara simple bergère va connaître elle aussi un bouleversement dans son existence au détour d'une cérémonie qui lui révélera son destin. Commence alors la grande aventure de sa vie entre bannissement fondateur de sa contrée natale et exploration des océans du monde entier. Ces deux là vont finir par se rencontrer.

Vous l'avez compris, cet ouvrage est une invitation au voyage et l'on en traverse des régions durant les 400 pages que compte cet ouvrage. C'est la grande réussite de ce livre sur lequel souffle un vent d'aventure. Nos héros font de multiples rencontres, se heurtent à d'autres us et coutumes, traversent des paysages grandioses et observent des créatures étranges. Le hic réside dans le fait qu'il se dégage une impression de superficialité de l'ensemble. En effet, l'auteur passe très vite sur les différents lieux et les péripéties rendent une impression de "liste de course" d'actions et de descriptions bâclées au détriment de la profondeur de l'intrigue et de la psychologie des personnages. À faire trop d'ellipses, on ne fait que survoler les voyages de Cornélius et Ziyara. Du coup, même si la trame principale intrigue et accroche le lecteur, j'ai eu le plus grand mal à m'attacher aux deux héros et à leur destinée. On pourrait alors se dire que ce n'est qu'un ouvrage jeunesse mais j'en ai lu un certain nombre et celui-ci m'a semblé creux en terme de matière. Vraiment dommage car la quatrième de couverture était évocatrice à souhait.

Autre défaut, la tendance de François Place à s'attarder par contre sur les techniques de la cartographie dans son monde imaginaire et sur d'autres notions de géographie. Déjà que le récit manque de liant mais ces lourdeurs risquent d'égarer en chemin un certain nombre de jeunes lecteurs pour qui certains passages pourraient s'apparenter à du verbiage inutile (ils ne le dirait d'ailleurs certainement pas ainsi!). La langue de l'auteur est agréable mais j'ai trouvé qu'elle manquait d'épaisseur et de pouvoir de captation. C'est sans doute lié à ma perception négative de sa gestion du récit.

J'ai donc mis pas mal de temps à lire cet ouvrage alors qu'en général, je ne peux décrocher d'une lecture. La preuve s'il en est que celle-ci s'apparente à un coup dans l'eau… Dommage.

Posté par Mr K à 19:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
lundi 23 mars 2015

"Qui ?" de Jacques Expert

Qui Jacques ExpertL'histoire : 1994, Carpentras, résidence pavillonnaire du Grand Chêne. Un lotissement où tout le monde connaît tout le monde, calme et sans histoires. Jusqu'à ce jour de mars, où la petite Laetitia Doussaint, est retrouvée violée et assassinée dans les bois alentours. Crime crapuleux dont l'auteur ne sera jamais identifié.

2013 : Quatre hommes s'apprêtent à regarder à la télé l'émission " Affaires non résolues ", dont le thème, ce soir là, est le meurtre de Carpentras. Quatre hommes hantés par l'affaire depuis ce jour où ils ont retrouvé le corps de Laetitia. Tous étaient voisins à cette époque, tous habitaient la résidence du Grand Chêne. Durant l'heure que va durer l'émission, avec son lot de questions et de révélations, ceux-ci se souviennent. Leurs épouses également. Certains secrets reviennent à la surface, des suspicions anciennes, des non-dits. Au terme de l'heure que dure l'émission, le voile sera levé. L'un de nos quatre hommes est en effet bel et bien le coupable du viol et du meurtre de Laetitia. Mais qui ?

La critique Nelfesque : En lisant la quatrième de couverture de "Qui ?" j'ai eu tout de suite envie de tenter l'expérience. Et le mot "expérience" est tout à fait justifié ici. Jacques Expert nous fait vivre le temps d'une soirée télé banale l'horreur d'un meurtre vieux de presque 20 ans.

La petite Laetitia a été retrouvée morte en 1994 après avoir été enlevée et avoir subi un viol. Deux décennies plus tard, l'assasin n'a toujours pas été retrouvé. Pourtant, l'enquête est toujours en cours et le commissaire Bouvard est bien déterminé à débusquer le coupable. Mais après tant d'années, difficile de faire la lumière sur cette affaire. Le temps a passé, les habitants du quartier du Grand Chêne ont déménagé, la vie a continué...

L'émission TV de ce soir vient à point nommé pour réveiller les souvenirs enfouis. Une sorte de "Complément d'enquête" qui va semer le trouble dans la vie bien rangée du coupable, de sa famille mais aussi de ses voisins de l'époque. Le temps d'une soirée, ils vont revivre les faits et l'enquête au cours des années suivantes pour enfin peut-être ce soir mettre un nom sur le meurtrier de Laetitia.

Jacques Expert nous livre là un thriller psychologique rondement mené. Tour à tour, le lecteur entre dans le salon de plusieurs familles ayant vécu de près ou de loin le drame de 94. Certaines ont aidé pour les recherches, d'autres ont payé le prix de rumeurs, d'autres encore ont perdu un membre de leur famille et l'un d'eux est l'assassin. Mais qui ? Une chose est sûre, tous ont vu leurs vies changées. L'auteur nous balade d'un personnage à un autre, nous perd dans les méandres des souvenirs des uns et des autres, nous fait croire à la culpabilité de l'un pour mieux nous surprendre...

Parfois caricaturaux, les personnages sentent la misère, la vie à l'usine, l'alcool, bobonne aux fourneaux et la soumission. Il existe une vraie solidarité dans ce quartier et le drame vient ébranler les certitudes, réveillant les plus vils instincts chez les habitants. Qui va devenir un tyran, qui va devenir fou, qui va s'inventer une vie pour mieux dissimuler ses méfaits... La valse des hypocrites est en marche.

Chaque couple présenté ce soir se connaît, ont été voisins, sont partis en vacances ensemble. Dès le début du roman, Jacques Expert nous présente le premier d'entre eux. Le mari est le coupable, sa femme le soupçonne. Le ver est dans le fruit, le lecteur est hameçonné. La suite se déroule à une vitesse folle et les pages sont dévorées.

Roman à la construction singulière, "Qui ?" mêle passé et présent pour mieux perdre le lecteur. Chacun aura sa petite idée, chacun sa théorie et ses certitudes. Tous se planteront ! Si vous êtes amateurs de thrillers psychologiques et romans noirs aux ambiances lourdes et au rythme lent, lisez cette oeuvre qui vous baladera pour mieux vous cueillir. Un autre Sonatine à découvrir !

Posté par Nelfe à 19:22 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,