dimanche 8 avril 2018

"La Confession" de John Herdman

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L’histoire : Écrivain aguerri mais pauvre, Leonard Balmain accepte par contrat de rédiger anonymement l’autobiographie de Torquil Tod, un homme mystérieux et insaisissable. Au fil de ce que ce dernier lui confesse et des révélations de plus en plus sinistres qu’il est tenu de coucher sur le papier, Balmain réalise qu’il en sait trop. L’histoire mouvementée de Tod le mène-t-elle à sa propre perte ?

La critique de Mr K : Bien étrange lecture que je vais vous présenter aujourd’hui ! Avec La Confession de John Herdman, on rentre dans le domaine très sélect et fascinant des romans à tiroirs, là où sous les apparences d’un récit classique se cachent de multiples trames et mystères que cet auteur écossais nous invite à découvrir au fil des points de vue de narrations, des sensations nébuleuses induites par une écriture labyrinthique et des thématiques alambiquées qui, mêlées, donnent une saveur unique à un ouvrage vraiment marquant dans son genre.

Pourtant, le postulat de base paraît simple : un auteur doué mais désargenté se fait engager par un commanditaire pour écrire une autobiographie fictive. Après une seule rencontre, le courant passe et malgré des zones d’ombre, le héros s’attaque au récit d’une vie qui lui est livrée sans filtre. Embellissant les événements, au fil des révélations, il va se rendre compte que son interlocuteur n’est vraiment pas si net que cela et qu’une rencontre a changé sa vie pour l’orienter sur des rails tortueux et malsains. Peu à peu, les rapports se tendent entre l’écrivain et son client, un danger impalpable rode et la fin fera basculer l’ensemble vers des cieux inexplorés où chaque lecteur se fera son idée sur la nature profonde de cette relation hors norme.

Je reste volontiers nébuleux pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. Quand j’ai moi-même entamé cette lecture, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Cette histoire de ghostwriter, d’écrivain engagé pour écrire à la place d’un auteur renommé, m’intéressait et m’intriguait. Très vite au-delà de cette thématique, on se rend compte que John Herdman se plaît à mêler rêve et réalité. On suit avec délice les échanges entre les deux personnages principaux, très différents l’un de l’autre, ils s’opposent quasiment en tout. C’est justement cette dichotomie qui interroge et interpelle. Qui est vraiment ce Tod ? Ce personnage à la vie tumultueuse qui va basculer dans l’ésotérisme le plus complet avec la rencontre avec la mystérieuse Abigail au charme vénéneux ? Et Balmain, l’écrivain en quête de renommée et d’argent ? Derrière le personnage effacé, il semble nourrir de bien étranges obsessions. L’un et l’autre semblent se renvoyer la balle, se rapprocher par moment et s’éloigner inéluctablement par ailleurs.

Le malaise va grandissant durant la lecture, les pages se tournent toutes seules et exercent un pouvoir hypnotique dérangeant : mysticisme, sorcellerie, millénarisme, communauté hippy, drogues, cérémonies glauques font leur apparition et mènent à une révélation horrifique qui laisse pantelant le lecteur et l’écrivain, qui voit ses certitudes s’effondrer et le diriger vers un ultime acte que l’on ne voit pas venir mettant à mal toute la construction mentale que le lecteur a opéré. C’est assez bluffant et l’on se prend à réfléchir au propos et à la vérité cachée dans ses pages bien après avoir refermé le volume. Car raison, folie, séduction et mensonges, temporalités décalées se mélangent allégrement dans ses pages, renvoyant au loin les caractéristiques du récit classique. Tout s’emboîte avec un savant mélange d’ellipses, de fausses pistes pour donner un remue méninge redoutable et terriblement addictif.

Le mélange des genres littéraires est très bien mené, l’un ne supplantant jamais l’autre dans une langue admirable de finesse, de préciosité et de technicité. Loin d’être rebutant et artificiel, ce style unique donne un charme incroyable à un ouvrage parfois vertigineux qui ne cède jamais à la facilité. Loin des artifices éprouvés en terme de séduction littéraire, on est ici dans une œuvre entière, brute et réfléchie en tant qu’objet artistique pur. Plaira, plaira pas ? Peu importe, l’auteur nous livre ici son histoire, sa vision des choses. La prise de risque est énorme et personnellement, j’ai totalement adhéré, retrouvant nombre de références à d’anciennes lectures et cours de fac passionnants. Une vraie et très belle découverte que j’invite chacun à tenter si vous aimez les chemins obscurs et les lectures déviantes.

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vendredi 6 avril 2018

"Goodbye, Loretta" de Shawn Vestal

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L’histoire : Short Creek, Arizona, 1974. Loretta, quinze ans, vit au sein d’une communauté de mormons fondamentalistes et polygames. Le jour, elle se plie à l’austérité des siens, la nuit, elle fait le mur et retrouve son petit ami. Pour mettre un terme à ses escapades nocturnes, ses parents la marient de force à Dean Harder, qui a trente ans de plus qu’elle, une première femme et déjà sept enfants...

Loretta se glisse tant bien que mal dans son rôle d’"épouse-sœur", mais continue à rêver d’une autre vie, qu’elle ne connaît qu’à travers les magazines. La chance se présente finalement sous les traits de Jason, le neveu de Dean, fan de Led Zeppelin et du Seigneur des anneaux, qui voue un culte au cascadeur Evel Kneievel. C’est le début d’une aventure mémorable aux allures de road trip vers la liberté qui va vite se heurter à la réalité...

La critique de Mr K : Nouvelle bonne pioche dans la collection Terres d’Amérique d’Albin Michel avec ce Goodbye, Loretta de Shawn Vestal, un roman magistral se déroulant dans une Amérique seventies entre traditions et aspirations nouvelles, choc de deux mondes, de deux manières de voir les choses qui s’entrechoquent et finissent par se séparer. Attachez vos ceintures et plongez avec moi dans une remarquable exploration de l’Amérique, ses rêves, ses travers et ses destinées brisées.

Loretta est une jeune fille de seize ans issue d’une famille mormone. Adolescente de son temps, elle aime sortir, s’amuser et flirter avec son boyfriend. Malheureusement pour elle, un jour son père s’en aperçoit et la contraint à épouser un homme de la communauté bien plus âgé qu‘elle, déjà marié à une autre femme et père de plusieurs enfants. Et oui, la branche mormone à laquelle elle appartient pratique le mariage plural au nom de Dieu et de la recherche du bonheur. Commence alors pour Loretta une lente descente aux enfers dans un foyer qu’elle ne ressent pas comme le sien, des étreintes forcées qui s’apparentent quasiment à du viol et des espoirs de liberté qui s’amenuisent. C’est lors d’une réunion de famille suite au décès du grand père qu’elle va faire la connaissance de Jason, son cousin par alliance qui pourrait bien se révéler être la clef d’une échappatoire possible.

Shawn Vestal a un talent fou pour planter le décor et ses personnages. Au bout de trois chapitres, il réussit le tour de force de nous embarquer dans cette histoire qui prend aux tripes immédiatement. Suite au choc initial de ce mariage arrangé et forcé, on rentre dans l’intimité des fondamentalistes mormons avec Loretta. Existence faite d’aigreur, de retraite et de quête de rédemption par une vie d’ascétisme et de travail, le bonheur est exclu pour cette jeune femme emprisonnée à son insu et dont les aspirations ont été coupées en plein vol. Le malaise est palpable très vite, il prend à la gorge et laisse le lecteur impuissant face à une injustice criante qui broie le destin du protagoniste principal qui ne rêve que de s’échapper de sa condition. L’auteur rend bien compte du combat intérieur mené dans son cœur entre ses devoirs de nouvelle épousée et ses aspirations profondes qui remontent à la surface et provoqueront nombre de bouleversements par la suite. La vie s’écoule donc avec ennui, monotonie dans cette ferme d’un autre temps entre tâches ménagères dans la maison et travaux agricoles physiques, vie de pénitence où les mots plaisir et désir sont bannis.

On fait en parallèle connaissance avec Jason, un jeune mormon de 18 ans appartenant à une communauté moins rigoriste où le mariage traditionnel est la norme. Très proche de son grand-père, en rupture avec ses deux parents car il est en pleine rébellion rock, il admire un illustre cascadeur de son temps amateur de cascades très dangereuses en moto. Jason ne souhaite que partir pour faire sa vie loin des siens et trouver sa voie. La mort de son aïeul va être un électro-choc et va être l’occasion pour lui de croiser la route de Loretta. Une étrange danse faite de convoitise, de fascination et de désir débute alors entre attirance et volonté de s’enfuir. Qui aime qui ? Qui manipule qui ? L’auteur aime à semer le doute dans l’esprit du lecteur qui se perd en conjectures et va assister à un dernier tiers de roman s’apparentant à un road trip totalement en roue libre.

L’ambiance est très pesante durant tout l’ouvrage, le calme apparent cache bien des tensions et des fêlures que les rebondissements et révélations vont mettre au grand jour. Au détour de deux / trois chapitres, on revient même bien en arrière dans le passé de certains personnages secondaires, ce qui éclaire des zones d’ombres savamment entretenues et des réactions que l’on pourrait juger étranges et / ou rebutantes de prime abord. Ainsi, même les personnages de Ruth et Dean ont leur part de lumière car derrière ce couple de mormons traditionalistes se cachent des rêves brisés, des frustrations et des expériences traumatisantes. Loin d’absoudre leurs actes et leur manière de penser, Shawn Vestal livre des personnages abrupts et profondément humains, magnifiant une histoire plutôt classique qui fait la part belle à un travelling poussé et saisissant d’une certaine Amérique trop souvent caricaturée.

Ce sont de bien étranges sensations que l’on éprouve durant la lecture de Goodbye, Loretta, à la fois très accessible et très riche. Thèmes variés, tension sensuelle permanente, personnages bruts de décoffrages mais éclairants, splendeur et décadence de l’Amérique se côtoient dans une langue d’une pureté diamantaire, acérée comme il se doit pour livrer nus des personnages plongés dans leur monde en vase clos et totalement dépendants de leur condition. C’est beau, puissant et assez inoubliable. À lire donc !

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mardi 3 avril 2018

"Possession" de Paul Tremblay

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L’histoire : Malgré une mère alcoolique et un père au chômage, la famille Barrett tente de mener une vie ordinaire dans la tranquille banlieue de Beverly, Massachusetts, jusqu’au jour où leur fille de 14 ans, Marjorie, commence à manifester les symptômes d’une étrange schizophrénie. Alors que des événements de plus en plus angoissants se produisent, les Barrett décident de faire appel à un prêtre, qui ne voit qu’une seule solution : l’exorcisme. À court d’argent, la famille accepte l’offre généreuse d’une chaîne de télévision ; en contrepartie, elle suivra la guérison de Marjorie en direct. L’émission connaît un succès sans précédent. Pourtant, elle est interrompue du jour au lendemain sans explications. Que s’est-il passé dans la maison des Barrett ?

La critique de Mr K : Tremblez pauvres lecteurs ! Possession de Paul Tremblay nous vient tout juste d’Amérique avec une sacrée réputation notamment celle d’avoir réussi à faire frémir Master Stephen King lui-même ! Au delà de l’argument de vente, ce livre est très réussi car il conjugue à la fois une trame machiavélique, une réflexion très intéressante sur notre époque et une écriture vraiment séduisante. Suivez_moi dans le Massachusetts sur les pas de la famille Barrett...

Merry, une jeune femme d’une vingtaine d’années revient lors de plusieurs entretiens avec une journaliste sur l’histoire familiale tragique qu’elle a vécu quand elle n’avait que huit ans. Elle est la petite dernière des Barrett et vivait avec ses deux parents et sa grande sœur Marjorie. Cette dernière a commencé à manifester des signes inquiétants de dérèglement mental avec entre autre un comportement très changeant et des propos incohérents ou menaçants. La famille déjà touchée par la précarité et des parents en difficulté commence à sombrer. Folie, possession, crise d’adolescence forcenée ? Le doute habite cette famille pourtant paisible et sans histoire jusque là. Au fil du déroulé, l’idée d’un exorcisme va faire son chemin et pour pallier leurs soucis pécuniers, les géniteurs vont accepter que la télévision assiste à l’événement pour une émission de télé-réalité d’un nouveau genre.

Attention, une fois votre lecture débutée, il vous sera impossible de reposer cet ouvrage tant il s’avère quasiment addictif dès les premiers chapitres. La faute essentiellement au point de vue adopté, celui d’une gamine de huit ans (phases de flashback racontées à la journaliste). Les trois quart de l’ouvrage sont donc relatés par Merry qui est totalement dépassée par les événements. En adoration devant sa grande sœur et très proche de ses parents, elle assiste impuissante à la longue dégradation des rapports entre les êtres qui sont le plus cher à son cœur : son père sombrant dans l’intégrisme religieux, une mère qui lève trop le coude et une sœur qui se transforme peu à peu en étrangère et peut se révéler agressive à son endroit. C’est très touchant, remarquablement décrit et crédible tant la psychologie de Merry est fidèle à celle d’une enfant de son âge. Les autres personnages ne sont pas en reste, rien d’exagéré malgré un thème - la possession - qui aurait pu faire tomber le récit dans le grand-guignolesque.

L’auteur fait très fort en maniant l’ambiguïté durant tout l’ouvrage. Seules les ultimes pages du roman livrent le secret que cache cette confession qui prend son temps et alterne passages contemplatifs, presque sociologiques, et moments plus tendus où les événements s‘accélèrent et où l’on ne sait pas vraiment où l’on va. Réel, rêve, imaginaire, fantasmes, pulsions et raison se succèdent, s’égrainent et entretiennent un mystère que même l’irruption des équipes TV ne va pas réussir à totalement lever. Plus on avance dans la lecture plus un malaise s’installe en soi, plus les questions se bousculent. En effet, tout paraît trop simple par moment mais les renversements de situations complexifient la trame et ouvrent de nouvelles perspectives. Bien malin celui qui devinera le mot de la fin avant de refermer cet ouvrage qui réserve bien des surprises et aime jouer avec le lecteur à la manière d’un thriller classique, l’horreur rajoutant ici un degré supplémentaire de stress car il s‘inscrit dans le quotidien d’une cellule familiale lambda.

Très intéressant aussi, l’aspect critique de l’ouvrage qui se nourrit de la pop culture ambiante et notamment de l’engouement des masses pour les œuvres de genre et la télé-réalité. À travers les lignes d’une mystérieuse blogueuse spécialisée dans l’horreur-épouvante, l’auteur s’amuse en parallèle à démonter les clichés, à les contourner mais aussi à dénoncer le voyeurisme et l’ambition de certains vis à vis de victimes ou de personnes en état de faiblesse. Triste fable que celle de cette famille réduite à se donner en spectacle pour à la fois essayer de guérir leur fille et régler leurs problèmes d’argent. Cette charge est à la fois délicate, structurée et très bien intégrée dans un roman où le suspens ne faiblit jamais.

Et puis, la langue est une merveille. On est loin d‘une série B littéraire et ici on côtoie les sommets de l’écriture du genre. Clairement la réputation de Paul Tremblay n’est pas usurpée car il mêle à la fois effets de manche efficaces (on reste dans l’horreur) et style très littéraire qui explore les âmes de ses personnages. Profond, récréatif, parfois effrayant, voila un roman qui a tout pour plaire pour les amateurs de frissons mais aussi pour les autres. Un sacré bon moment de lecture !

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lundi 2 avril 2018

Craquage chez l'abbé (part I)

En février dernier, Nelfe et moi sommes allés chez notre abbé préféré pour fouiner un peu du côté des rayonnages de livres. Pour une première en 2018, on a fait fort ! La preuve, il faudra pas moins de deux billets pour vous décrire le butin en commençant aujourd'hui par les ouvrages appartenant au domaine de l'imaginaire au sens large. Regardez plutôt !

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Comme d'habitude, le hasard fait bien les choses et il y avait vraiment de quoi se régaler lors de notre visite avec des auteurs que j'affectionne et dont certains titres m'étaient encore inconnus et des découvertes vraiment intrigantes qu'il me tarde de faire lors de leurs lectures. Pas d'ouvrage pour Nelfe cette fois-ci, elles viendront lors du second billet sur les ouvrages de littérature plus contemporaine. Allez, c'est parti pour le grand déballage !

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(Le charme intemporel des couvertures vintage de la collection Présence du futur)

- Noô 1 de Stefan Wul. Un auteur auquel je ne peux pas dire non et qui propose bien souvent des oeuvres inclassables que certains aiment appelés "délires lucides" ou "surréalisme rationnel". C'est bien barré en tout cas et en matière de SF le Monsieur s'y entend. il est ici question de migration forcée à travers l'espace et de questionnements sur le pouvoir. Le héros réfugié sur une autre planète va connaître bien des déboires et se révéler à lui-même. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que cet ouvrage sera une belle expérience de lecture.

- Le Coeur désintégré de Théodore Sturgeon. J'adore cet écrivain et avec ce recueil de cinq nouvelles autour de l'amour, la haine et le coeur qui comprend tout, ce sera ma première incursion dans ses récits courts. J'ai hâte de m'y frotter tant chaque lecture de Sturgeon s'est révélée un délice de chaque instant entre vision neuve et écriture séduisante à souhait.

- Persistance de la vision de John Varley. Des nouvelles encore avec ce recueil qui m'a fait de l'oeil avec une quatrième de couverture faisant la part belle à l'immortalité possible grâce à l'ingénierie génétique. On imagine qu'au delà du progrès technique, ces trois textes seront l'occasion pour l'auteur (que je découvrirai lors de cette lecture) d'aborder des thèmes plus philosophiques comme la notion de morale et d'éthique mais aussi de désir et d'accomplissement de soi, des thématiques qui m'intéressent tout particulièrement lorsqu'on aborde le genre SF.

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(Un beau mix fort prometteur !)

- Visages volés de Michaël Bishop. Présenté comme une puissante métaphore de la colonisation, cet ouvrage met en scène un monde civilisé reléguant à la marge des êtres repoussants de par leur apparence physique. Le nouveau responsable de cette communauté honnie par les puissants va prendre au fur et mesure fait et cause pour eux, liant son destin au leur et devra faire face à une vérité que les humains ne sont pas forcément prêt à entendre. Un pitch accrocheur pour un roman à la très bonne réputation. M'est avis que je suis tombé sur une belle pièce littéraire !

- Mainline de Deborah Christian. Là encore, c'est le résumé du dos qui m'a séduit avec une trame se déroulant sur une planète aquatique dévolue au commerce sous toutes ses formes notamment les plus malhonnêtes. Au coeur de l'intrigue une femme-assassin aux pouvoirs très étendus dont celui de voir les futurs alternatifs qui s'offrent à elle. Mais tout pouvoir à son revers... Un roman de SF entre space-péra et cyberpunk, un mix intéressant à première vue qu'il faudra confirmer à la lecture.

- Cugel saga de Jack Vance. Ca fait un bon bout de temps que je n'ai pas lu un Jack Vance, auteur très prolifique qui m'a à chaque fois bluffé et complètement emporté avec lui dans des univers riches pour des voyages immersifs. Il est ici question de vengeance dans un univers fantasy avec son lot de sorciers, de magiciens, de voleurs et de royaumes en péril. Miam miam !

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(Roooooo, que de promesses encore !)

- Un Monde d'azur de Jack Vance. Même auteur mais dans de la SF pure et dure. Dans un monde sans consistance, fait d'océan, d'air, de soleil et d'algues, les habitants n'ont pas à se soucier de leur survie car la nourriture leur est distribuée en abondance à condition qu'ils nourrissent régulièrement le roi qui les protège. Mais ce dernier est-il un Dieu ou un monstre marin ? Drôle de résumé pour un ouvrage qu'il me tarde de découvrir lui aussi.

- Hérésie et Inquisition d'Anselm Audley. Ce sont les deux premiers tomes d'une trilogie de fantasy que je ne connaissais ni de nom ni de réputation. Le cycle se déroule sur une planète géante en grande partie recouverte d'océan où des fanatiques religieux tiennent le pouvoir d'une main de fer. Mais la résistance s'organise... C'est le genre d'achat coup de poker que j'affectionne. Qui lira, verra !

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(Un dernier mélange pour la route !)

- Pire que le mal de Jay R. Bonansinga. Un petit tour dans la dimension Terreur avec une histoire de stripteaseuse condamnée par un cancer qui guérit miraculeusement grâce à une technique d'auto-hypnose. La contre-partie est cependant inquiétante car elle semble avoir réveillé quelque chose d'épouvantable qui était en dormance depuis son plus jeune âge. Typiquement le genre de résumé qui me fait craquer, à confirmer lors de la lecture !

- La Magnificence des oiseaux de Barry Hughart. Un livre qui semble n'être qu'un pur délire mélangeant enquête, Histoire et éléments fantastiques. Impossible à résumer sans trahir une quatrième de couverture bien space. Décrit comme un mélange improbable (mais réussi !) du Juge Ti et de Terry Pratchett (deux références qui me parlent), j'attends de voir ce que cela va donner !

- La Malédiction des rubis de Philip Pullman. J'ai sauté sur l'occasion lorsque j'ai croisé la route de cet ouvrage. J'ai littéralement dévoré la trilogie de La Croisée des mondes et il me tardait de replonger dans un livre de cet auteur au talent immense. Il est ici question d'une jeune fille intrépide qui se retrouve seule dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne et qui va devoir percer les secrets d'un rubis très convoité qui attise la mort autour de lui. Trop hâte d'y être!

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Voila pour cette première partie d'achats qui, vous en conviendrez, sont sources de promesses de lectures tantôt passionnantes tantôt intrigantes. Ils vont désormais rejoindre leurs petits camarades en attendant d'être choisis. Très vite, je vous reparlerai des acquisitions de cette session Emmaüs février 2018 avec le reste des ouvrages qui se sont faits adopter. 

dimanche 1 avril 2018

"Ferrailleurs des mers" de Paolo Bacigalupi

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L’histoire : Fin du XXIe siècle, il n’y a plus de pétrole, la mondialisation est un vieux souvenir et la plupart des États-Unis un pays du tiers-monde. Dans un bidonville côtier de Louisiane, Nailer, un jeune ferrailleur, dépouille avec d’autres enfants et adolescents les carcasses de vieux pétroliers. Le précieux cuivre récupéré dans les câblages électriques au péril de leur vie leur permettent à peine de se nourrir. Un jour, après une tempête dévastatrice, Nailer découvre un bateau ultramoderne qui s’est fracassé contre les rochers. Le bateau renferme une quantité phénoménale de matériaux rares, d’objets précieux, de produits luxueux et une jeune fille en très mauvaise posture.

Nailer se retrouve face à un dilemme. D’un côté, pour récupérer une partie de ce trésor et en tirer de quoi vivre à l’aise parmi les siens, il doit sacrifier la jeune fille. De l’autre, l’inconnue est aussi belle que riche et lui promet une vie encore bien meilleure, faite d’aventures maritimes dont il rêve depuis longtemps.

La critique de Mr K : Belle surprise que cet ouvrage dégoté l’année dernière lors du traditionnel désherbage annuel de la médiathèque de Lorient. Roman d’anticipation jeunesse à la quatrième de couverture alléchante, Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi fait la part belle à l’aventure, l’initiation vers l’âge adulte et fournit une réflexion très intéressante sur notre monde à travers une vision sans fard d’un avenir sombre.

À la fin du XXIème siècle, la planète et les sociétés humaines sont en piteux états. Le réchauffement climatique a fait monter le niveau des eaux et provoqué le recul des villes. L’ère des énergies fossiles est derrière nous, les civilisations sont désormais coupées en deux. Les riches qui vivent à l’écart dans un confort total et obscène comparé aux plus pauvres qui vivent d’expédients et qui côtoient les risques les plus extrêmes. Dans cet ouvrage, l’auteur se concentre sur une communauté de ferrailleurs vivant à 200 km au dessus de la Louisiane. Loin de vivre dans un paradis, les êtres humains travaillent durement à la récupération de matériaux de base sur d’antiques navires rendus à l’état d’épaves. Le cuivre, le fer et toute une série de ressources sont en effet très recherchés et s’arrachent à prix d’or par les autorités qui passent par les mafias locales pour se ravitailler.

Nailer est un jeune garçon qui n’a connu que cet univers étouffant. Orphelin de mère terrifié par un père tyrannique et violent, il fait partie des brigades des "légers", ces jeunes enfants qui par leurs tailles peuvent se glisser n’importe où pour récupérer de précieux éléments dispatchés sur les anciens navires désormais à l’abandon. Lié par un serment très fort avec ses camarades, il rêve d’ailleurs en contemplant à l’horizon de luxueux clippers appartenant aux castes dirigeantes. Un jour, la découverte d’un de ces navires échoué sur la côte va bousculer l’ordre quotidien qui régit sa vie. La rencontre avec Nota, jeune fille riche égarée en territoire hostile va l’amener à remettre en question son mode de vie et sa manière de penser. Un choix crucial va très vite se poser à lui et l’amener à partir à l’aventure.

Le récit commence assez doucement au départ. Il ne faut pas moins de 100 pages pour que la fameuse rencontre ait lieu. L’auteur se plaît à poser le décor et à bien caractériser les liens sociaux existants sur cette plage. Ce rythme lent ne doit pas pour autant vous freiner (surtout vous, nos lecteurs les plus jeunes !) car derrière l’apparente immobilité de la trame, se cachent des éléments essentiels qui nourriront la suite, aux moments opportuns les indices semés serviront la cause du roman qui part dans un rythme plus trépidant qui saisissent littéralement le lecteur. Dans un premier temps, on en apprend donc beaucoup sur Nailer et ses amis (techniques de pillage, liens spéciaux et serments, parents, organisation de cette micro-société repliée sur elle-même...). Des événements ont lieu qui accentuent les tensions et livrent des personnages déchirés à la trame principale qui va se déclencher avec la découverte du bateau.

L’accélération est alors brutale, Nailer sortant du microcosme précédemment décrit pour découvrir le monde et son organisation. Loin de s’appesantir sur des descriptions à n’en plus finir, Paolo Bacigalupi intègre volontiers les éléments de background avec une action qui ne s’arrête plus et des moments de repos où chacun se livre à l’introspection. En cela, on est clairement dans le roman initiatique avec des personnages qui évoluent beaucoup et des découvertes qui font revoir leurs idées reçues à de jeunes personnages en quête de vérité : l’exploitation de l’homme par l’homme, l’asservissement de chimères biologiques mi-hommes mi-bêtes, la course au pouvoir et la lente destruction de notre planète. Jamais moralisateur mais malin et bien construit, ce récit est une petit merveille de concision et donne à lire un récit palpitant et enrichissant.

Une fois rentré à l’intérieur du roman, difficile de le relâcher, la faute à des personnages très attachants, un background fascinant et une écriture accessible et très évocatrice. Certes, on est rarement surpris quand on lit depuis longtemps, certaines ficelles scénaristiques sont un peu usées mais l’ensemble reste cohérent et très plaisant. Une lecture donc bien sympathique que l’on peut entreprendre dès 13 ans et même après tant on retrouve ici une âme d’enfant et un plaisir de lire indéniable.

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vendredi 30 mars 2018

"Colorado Train" de Thibault Vermot

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L’histoire : La poussière rouge. Les sombres Rocheuses. L'Amérique profonde, tout juste sortie de la Deuxième Guerre mondiale.

C'est dans ce monde-là que grandissent Michael et ses copains : le gros Donnie, les inséparables Durham et George, Suzy la sauvage.

Ensemble, ils partagent les jeux de l'enfance, les rêves, l'aventure des longs étés brûlants... Jusqu'au jour où un gosse de la ville disparaît. Avant d'être retrouvé, quelques jours plus tard... à moitié dévoré.

Aussitôt, la bande décide d'enquêter.

Mais dans l'ombre, le tueur - la chose ? - les regarde s'agiter. Et bientôt, les prend en chasse...

La critique de Mr K : Une lecture young adulte aujourd’hui pour ma pomme, un genre que je n’explore que rarement. Colorado Train de Thibault Vermot m’a accroché par sa quatrième de couverture qui m’a irrémédiablement fait penser à la trilogie culte de Stephen King Ça et à la topissime série Stranger things qui nous a totalement rendus accros Nelfe et moi. On retrouve le même genre d’éléments de base ici pour au final un résultat plutôt mitigé comme je vais vous en faire part tout de suite.

Au centre de l’histoire, une bande de gamins dans une petite ville américaine en 1949. Chaque membre a sa personnalité propre, ses ennuis mais tous se tiennent chaud face à l’adversité : l’un se fait harceler par le caïd du collège, une autre a un père violent suite à un traumatisme subi dans sa fonction de policier, l’autre a perdu son père mystérieusement disparu des années plus tôt. Ils vaquent à leurs occupations de jeunes de 13 / 14 ans avec une insouciance propre à leur âge : sortie en bande, grillades, parties de pêche, expérimentations hasardeuses (le passage avec la fusée est énorme), naissance du désir physique pour certains, preuves d’amitié forte pour d’autres. Malgré les accrocs de la vie, ces jeunes sont plutôt heureux et se tiennent chaud. Les cent premières pages du roman plantent le décor, distillent l’ambiance campagnarde US de l’époque et nous présentent toute une galerie de personnages plutôt attachants à part peut-être Don qui a l’art de s’exprimer comme un charretier et gave assez vite le lecteur.

Il faut donc attendre un petit peu avant que le roman démarre vraiment avec une découverte macabre peu ragoûtante. Le cadavre à demi dévoré d’un gamin du coin est retrouvé semant la peur dans les cœurs et les esprits. Bien que la victime ait été peu appréciée par la bande, cela aiguise la curiosité et la fibre fouineuse des héros qui débutent une enquête qui pourrait bien les mener à leur perte. Surtout que la menace est belle et bien là, l’auteur alternant les chapitres mettant en scène les mômes avec d’étranges courtes pages nous plongeant dans l’esprit dérangé du prédateur. Homme, bête, monstre folklorique ? On se pose tout d’abord pas mal de questions, le suspens montant crescendo au fil de ses apparitions aussi brèves que traumatisantes. Au fil des pages, l’étau se resserre sur Michaël et ses camarades et le final haletant va les mettre en grand danger.

Comme dit précédemment, il y a tout pour faire un bon roman ici : un thriller maîtrisé et mené de main de maître en terme de suspens même si les rebondissements ne sont finalement pas si nombreux. Les personnages se suivent avec plaisir et sont bien rendus notamment dans leurs évolutions intérieures et leurs ressentis qui sont fort bien ciselés. On a envie d’y croire et même si l’on tombe souvent dans la caricature et les figures tutélaires du genre (impossible de ne pas penser aux œuvres susnommées), on flippe pour eux assez vite car la menace insidieuse rode autour d’eux. Le rythme est soutenu, ne laissant que peu de temps mort au lecteur prisonnier d’une histoire classique mais rondement menée. Peut-être même trop car la fin semble avoir été lâchée bien trop vite, sans réel développement ultérieur qui laisse un peu le lecteur sur sa faim et abandonne quasiment lâchement les personnages que l’on a appris à apprécier.

Et puis durant la lecture, un certain malaise m’a habité et empêché de totalement adhérer à l’ouvrage. D’une part le langage un peu trop vert de certains personnages et le parti pris de raconter l’histoire avec un vocabulaire d’jeuns. Parfois à la limite de l’anachronisme, exagéré et superficiel, il empêche véritablement le roman de décoller et de frapper les esprits comme un Stand by me de Stephen King. Ensuite, certaines situations ne sont pas crédibles, ainsi alors qu’un tueur rode, les parents ne font pas plus attention que ça à leurs enfants et les policiers ne semblent pas se bouger énormément pour retrouver l’assassin d’un gamin. Dommage dommage, cela enlève quelques points de plus à un pitch de départ pourtant séduisant.

Dans ces conditions, je ne suis pas sûr que je donnerais à lire cet ouvrage en priorité à un môme adepte de thriller et de lecture. La faute à un parti pris risqué en terme d’écriture et de narration (la familiarité de quasi tous les instants, pourtant je ne suis pas du genre à me choquer facilement) et des éléments de background mal maîtrisés qui enlisent l’ensemble. Loin d‘être pour autant une purge, ce n’est qu’un chouette petit roman qui trouvera sans nul doute ses adeptes mais qui m’a finalement plutôt laissé de marbre. À tenter si le coeur vous en dit !

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mercredi 28 mars 2018

"L'Affaire Isobel Vine" de Tony Cavanaugh

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L’histoire : Pour n’importe quel passant, les rues, les places, les jardins de Melbourne possèdent un charme certain. Pour Darian Richards, chacun de ces lieux évoque une planque, un trafic de drogue, un drame, un suicide, un meurtre. Lassé de voir son existence ainsi définie par le crime, et uniquement par le crime, il a décidé, après seize ans à la tête de la brigade des homicides, de passer à autre chose. Une vie solitaire, plus contemplative.

Il accepte néanmoins de sortir de sa retraite par amitié pour le chef de la police qui lui demande de disculper son futur successeur, en proie à des rumeurs relatives à une ancienne affaire : en 1990, après une fête donnée chez elle, on a retrouvé le corps sans vie de la jeune Isobel Vine. Suicide, accident, meurtre ? L’enquête fut d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à cette soirée. Elle fut classée sans suite, mais le doute persiste sur ce qui s’est réellement passé.

Reprendre des investigations vingt-cinq ans après les faits n’est jamais une partie de plaisir, surtout quand l’affaire concerne de près la police. Les obstacles ne manquent pas. C’est sans compter sur le caractère obstiné, rebelle et indiscipliné de Darian Richards et sur sa fâcheuse habitude à porter davantage d’attention et de respect aux morts qu’aux vivants. L’enquête rythmée de nombreux rebondissements va peu à peu l’amener aux frontières du bien et du mal, de la vérité et du mensonge, et Richards y perdra peut-être ses dernières illusions.

La critique de Mr K : Lors de sa sortie l’année dernière, ce roman,  L’Affaire Isobel Vine, avait été vanté et vendu comme la version australienne de la série des Harry Bosch de Michaël Connelly, respectivement héros et auteur d’une série de polars bien construits et efficaces dans leur genre que j’ai dévoré ouvrage après ouvrage. Sollicitations diverses et chinages compulsifs ont remisé L’Affaire Isobel Vine de Tony Cavanaugh dans ma PAL durant quelque mois avant qu’il ne se rappelle à mon bon souvenir il y a peu. Grand bien m’en a pris de débuter cette lecture qui m’a fait oublier mes dernières déceptions en matière de policier / thriller. On a bel et bien là un ouvrage addictif, remarquablement écrit et construit. Attention, belle claque en perspective !

Darian Richards s’est retiré de la police depuis un certain temps. Dégoûté du métier, flic d'exception au milieu d’un monde corrompu rongé par les arrangements et le laisser aller, il profite de son temps libre loin de la ville de Melbourne et de ses turpitudes, tout en effectuant quelques missions vengeresses en sous-main dans un genre que n’aurait pas renié un certain Charles Bronson ! Borderline mais épris de justice, la police est donc bien derrière lui et il ne souhaite pas particulièrement renouer avec une activité qui a ruiné sa relation de couple et épuisé son stock d’espoir. Il n’aspire qu’à profiter de la solitude et des bienfaits d’une nature sauvage et préservée.

C’était sans compter la venue impromptue de son ancien supérieur qui vient à lui pour lui confier une enquête hors norme, enterrée depuis vingt-ans : une jeune fille dénudée morte étouffée, sa mort non élucidée (meurtre ? suicide ?), un professeur libidineux très proche de ses élèves, un petit ami lâche, un trafiquant de drogue et surtout, quatre flics qui étaient présents à l’endroit du meurtre au moment fatidique. C’est justement à cause de cela que Darian est appelé. L’un des quatre policiers prétend accéder au poste de commissaire (fonction très important en Australie, juste en dessous du ministre) et il faudrait définitivement le laver de tout soupçon en reprenant l’enquête et en découvrant la vérité. Entièrement libre pour enquêter, il s’entoure de Maria une enquêtrice qu’il respecte énormément et qui a été placardisée pour cause d’efficacité féminine et d’un geek amateur de hautes technologies complètement barré mais redoutable d’efficacité. L’enquête sera longue, tortueuse et remuer le passé fera remonter des effluves nauséabondes.

En lisant le résumé, on pourrait se dire qu’on tombe dans du classique pur jus et qu’aucune surprise n’interviendra pendant le récit qui semble de prime abord très codifié. Et pourtant, très vite on s’attache aux personnages. Ciselés à souhait dans une économie de mot bienvenue, on se prend au jeu de leurs introspections, de leurs questionnements et de leurs rencontres. Loin de se cantonner dans l’examen distant, on en prend plein la tête et entre les forces de l’ordre et les criminels la frontière est parfois très faible. Le héros lui-même n’est finalement pas si clair car s’il est épris de justice, il utilise parfois des méthodes bien hard-boiled presque fascisantes. On n’est pas loin d‘une ambiance à la Sin City par moment, l’auteur donnant à voir une vision parfois effrayante des rouages de la police et des pouvoirs qui s’entremêlent. Nos héros auront donc fort à faire pour dénouer les fils d’une ancienne affaires bâclée mais qui pourrait révéler bien des secrets et des fonctionnements.

On avance pas à pas à travers des chapitres assez courts où les confrontations sont légions, parsemées de ci de là par quelques descriptions jamais très longues. On est ici dans le polar le plus pur, le plus dur. Abîmés par la vie mais se débattant comme ils peuvent, les protagonistes ont tous une richesse intérieure impressionnante, y compris les plus détestables qui révèlent au détour d’une ligne ou d’un paragraphe un aspect touchant / différent de ce que l’on attendait d’eux au départ. C’est donc parfois déstabilisant surtout que ce que l’on croyait sûr un chapitre avant peut-être totalement démonté au chapitre suivant. Je dois avouer que l’identité de l’assassin m’a totalement désarçonné et que pour le coup je me suis bien fait avoir ! Le rythme de l’enquête est endiablé, les retournements de situations nombreux, les périls nombreux pour nos trois enquêteurs pris dans un engrenage qui finit par les submerger et va nécessiter de leur part une abnégation sans faille et un courage formidable.

C’est aussi l’occasion d’évoluer à l’autre bout de la planète dans un pays que j’ai peu pratiqué au cours de mes lectures mais qui éveille en nous souvent des images mentales et des idées reçues. Ce n’est pas vraiment ce roman qui donne envie d’y faire du tourisme tant chaque endroit de Melbourne rappelle à Darian un meurtre ou une affaire glauque. Au delà de la palpitante enquête policière, l’auteur égratigne au passage la phallocratie ambiante dans la police australienne (on retrouve l’ambiance de la saison 2 de Top of the lake, la très bonne série de Jane Campion) et plus généralement la suffisance / arrogance des puissants quels qu’ils soient. Il se dégage de l’ouvrage une ambiance crépusculaire sombre à souhait, idéale pour y livrer un combat contre des forces titanesques. Ce roman est un peu de tout cela à la fois.

Pour conclure, il y a l’écriture qui est d’une redoutable efficacité. Claire et directe, l’auteur se plaît derrière cette apparente simplicité à explorer les âmes au scalpel. De la noirceur à l’innocence, tout ici respire le réalisme et la crédibilité. Loin de tomber dans les clichés ou la superficialité, on a vraiment affaire à des êtres humains avant tout, faits de chair et de sang, de contradictions et de pulsions. Impossible dans ces conditions de relâcher ce livre qui a une force de fascination et d’attraction hors norme. On devient totalement addict rapidement et durablement, cédant à l’empressement d’en savoir plus et de nous aussi résoudre le mystère de la mort d’une jeune fille apparemment sans histoire. Un roman à côté duquel il ne faut surtout pas passer si vous êtes amateur du genre. On en redemande !

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vendredi 23 mars 2018

"Johnny chien méchant" d'Emmanuel Dongala

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L’histoire : Congo, en ce moment même. Johnny, seize ans, vêtu de son treillis et de son tee-shirt incrusté de bris de verre, armé jusqu'aux dents, habité par le chien méchant qu'il veut devenir, vole, viole, pille et abat tout ce qui croise sa route. Laokolé, seize ans, poussant sa mère aux jambes fracturées dans une brouetté branlante, tâchant de s'inventer l'avenir radieux que sa scolarité brillante lui promettait, s'efforce de fuir sa ville livrée aux milices d'enfants soldats.

La critique de Mr K : Dans le genre lecture coup de poing, cet ouvrage se pose là. Livre difficile mais essentiel, Johnny chien méchant ne laisse pas indemne le lecteur captif d’un roman extrême où la guerre et son absurdité atteignent leur paroxysme. Au travers de deux visions radicalement opposées, le bourreau et la victime, Emmanuel Dongala dénonce avec justesse et brio la cruauté de l’être humain qu’il soit partie prenante du conflit ou simple spectateur-complice comme le sont depuis trop longtemps les pays occidentaux en Afrique. Un voyage littéraire effroyable dont je vais vous parler un peu plus en détail.

Chaque chapitre alterne le point de vue des deux protagonistes principaux sur une guerre civile qui vient d’éclater au Congo. Le gouvernement au pouvoir doit faire face à une rébellion armée d’une rare violence. Sous fond de guerre tribale et d’intérêts économiques, les milices ratissent les quartiers et commettent exactions sur exactions dans l’indifférence générale. Johnny est un de ces enfants soldats fanatisés par les discours haineux et qui au nom d’idéaux, massacre et pille sans foi ni loi, bousculant les barrières morales élémentaires en se donnant le beau rôle. Laokolé est une jeune fille à qui on a déjà enlevé son père et qui fuit devant les troupes rebelles en compagnie de son jeune frère et de sa mère infirme. Malgré le danger et la menace, elle n’en oublie pas son humanité et porte secours à qui a besoin d’elle si l’occasion se présente. Au fil du récit, le conflit se déroule sous nos yeux et l’on se doute bien que ces deux destinées vont finir par se croiser.

À la manière d’un Yasmina Khadra, Emmanuel Dongala ne fait pas dans la dentelle. Si l’on veut parler de la guerre et de l’extrémisme, on ne doit pas édulcorer les faits, les travestir ou les passer sous silence. Dans ce roman qui colle à la réalité au plus près, rien ne nous est épargné. La violence frontale ou larvée est livrée sans filtre avec une fureur sans borne. Ça fait mal au bide, ça écœure mais c’est salvateur à sa manière. Nul ne peut ignorer après une lecture telle que celle-ci les réalités d’un continent pas si éloigné livré à l’incurie des hommes et des multinationales qui se cachent bien souvent derrière certains belligérants. D’ailleurs plus qu’un constat continental, cette dénonciation sans fard prend une valeur universelle, en témoignent les noms des quartiers et des protagonistes avec des noms qui résonnent comme Tchétchène ou Kandahar. Cela donne lieu à des pages parfois insoutenables où les crimes de guerre se commettent en toute impunité d’un pillage au meurtre en passant par les humiliations les plus sauvages et les viols devenus outils de répression et d’instauration de la terreur.

Johnny est un possédé, un être vil à l’intelligence limitée qui se donne bonne conscience pour justifier ses actes. Manipulé, cédant à ses pulsions les plus profondes, il sème la destruction, la mort et la peur dans son sillage. Se revendiquant intellectuel mais retirant sa toute puissance de ses fétiches et de ses armes, il mène une guerre d’extermination contre les ennemis qui lui sont désignés qu’importe leur sexe ou leur âge. La violence chez lui est devenu ordinaire, comme l’a décrit en son temps Hannah Arendt pour les bourreaux nazis, l’ambition a remplacé la raison et le pauvre balayeur des rues a laissé la place à un chef de guerre puissant et redouté. Triste trajectoire que ce personnage épouvantable, non dénué de nuance mais qui a définitivement libéré l’animal sauvage enfermé en lui. Même si au détour de certains passages, une toute petite lueur d’humanité peut apparaître dans son fort intérieur, il n’en reste pas moins un tueur sanguinaire sans limite que la soif de sang et de sperme attise continuellement.

Laokolé est tout l’inverse. Elle représente l’innocence même plongée dans la furie d’un conflit devenu génocide et qui tente de survivre à l’impensable, à l’horreur absolue. Le destin ne l’a pas épargné (les flashback nous livrent une première partie d’existence déjà terrible) mais malgré ses fêlures, ses doutes, elle ne peut qu’avancer pour ses proches tout d’abord mais aussi pour sa santé mentale. Promise à un brillant avenir car très douée à l’école (la révolution en cours l’empêche de passer son BAC), elle garde à l’esprit que sa combativité peut la mener loin et protéger les siens. Bien sûr, des moments d’abattement et de découragement extrêmes vont gravement la malmener cependant elle rebondit avec l’énergie du désespoir. Son personnage littéralement solaire rayonne au milieu des scènes de guerre et elle forge l’admiration du lecteur totalement subjugué par l’oeuvre proposée.

Lecture terrifiante, on n’oubliera pas de sitôt les scènes de guerre, de fuite en avant des populations civiles fuyant les hordes de meurtriers, les conditions d’existence réduites à leur minimum, l’impuissance des ONG obligées d’évacuer les camps sans les victimes premières de la guerre, la suffisance des blancs qui se sentent supérieurs à la masse des populations noires persécutées. Édifiant, prenant et parfois désespérant, le récit accroche directement le lecteur aux tripes et au cœur, impossible de rester insensible et difficile de résister à l’écriture abrupte, sèche mais aussi à l’occasion poétique (lien syntaxiques forts entre une fin et un début de chapitre, effet garanti !) d’un écrivain possédé par son sujet et non moralisateur. Loin d’être galvaudée ici, l’expression l’homme est un loup pour l’homme prend tout son sens et laisse un goût amer dans la bouche longtemps après la lecture. Un ouvrage essentiel à sa manière, un bijou sombre éclairant sur la nature humaine et sa capacité à annihiler l’autre. À lire en ayant le cœur bien accroché !

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mardi 20 mars 2018

"L'Homme qui plantait des arbres" de Jean Giono

 

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L’histoire : En Provence, dans une région aride et sauvage, un berger solitaire plante des arbres, des milliers d’arbres. Au fil des ans, les collines autrefois nues reverdissent et les villages désertés reprennent vie.

La critique de Mr K : Chronique d’une belle réédition aujourd’hui avec L’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono, un auteur qu’on ne présente plus et dont le présent ouvrage a fait le tour du monde, suscitant même des mouvements citoyens de plantation d’arbres un peu partout sur Terre. Ode à la nature et à l’humanisme, c’est une expérience vraiment à part que je vous invite à découvrir aujourd’hui.

La narrateur (qui emprunte beaucoup à l’auteur lui-même) va faire une rencontre lors d’une session de randonnée dans le sud-est de la France. Amoureux lui-même des grands espaces et de la nature, il fait la connaissance d’Elzéard Bouffier, un berger amoureux de son terroir et qui, à sa manière, pratique déjà l’écologie. En effet, il plante année après année des milliers d’arbres, tantôt des chênes, tantôt des frênes pour que la nature reconquière des espaces livrés à l’aridité. Au delà de la biodiversité qui regagne le terrain, les effets se font aussi sentir sur les communautés humaines.

Cet ouvrage est un très beau portrait d’un homme ordinaire qui accomplit des choses inouïes. Secret, taiseux mais obstiné et rigoureux ; il accomplit la mission qu’il s’est donné sans faillir. Malgré l’âge qui avance, les difficultés de sa vie professionnelle et parfois même les oppositions qu’il pourrait rencontrer auprès des autorités, sans relâche il plante des arbres. Complètement intégré dans la nature, très respectueux de cette dernière, à son échelle il participe au grand cycle végétal et promeut une harmonie essentielle entre l’homme et la nature.

Les paysages autrefois déserts commencent à refleurir, à reverdir et la vie fait son chemin. Des villages jadis abandonnés attirent de nouveaux les humains qui étaient partis vers des horizons meilleurs. La Terre est un tout qui est très bien expliqué et exprimé à travers ce petit opuscule d’une cinquantaine de page faisant la part belle à l’observation, la contemplation et incitant à méditer sur notre empreinte écologique et notre capacité à lutter pour la préservation de notre planète de façon anodine au départ mais prenant ensuite des proportions impressionnantes. Sans morale, ni activisme forcené, le vieil homme montre à tous une belle leçon de respect et de modestie qui fait du bien dans notre époque où superficialité, égocentrisme et agressivité vont trop souvent de pair parfois avec la notion d’engagement.

Non, ici on se laisse bercer par le rythme de la vie, la patience et l’engagement silencieux d’Elzéard et le regard émerveillé du narrateur sur le travail accomplit qui magnifie l’ouvrage du vieil homme. C’est beau, simple et remarquablement écrit. L’auteur va à l’essentiel et touche le cœur et l’esprit. Le tout est sublimé par les très belles illustrations d'Olivier Desvaux qui a su retranscrire parfaitement les couleurs de la Provence et l'émotion suscitée par cette lecture. Une belle expérience à découvrir dès l’âge de huit ans.

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dimanche 18 mars 2018

"L'Apiculteur" de Maxence Fermine

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L’histoire : Je recherche l'or du temps, écrivit le poète André Breton. Cette maxime aurait pu être celle d'Aurélien, héros de ce roman d'aventures initiatique. Depuis qu'une abeille a déposé sur sa ligne de vie une fine trace de pollen doré, ce jeune Provençal de la fin du XIXe siècle ne rêve plus que de l'or - un or symbolique, poétique, qui représente bien plus que le métal précieux. Son rêve le décidera à se détourner des champs de lavande familiaux pour installer des ruches et fabriquer le miel le plus suave. Puis, après l'anéantissement de son travail par un violent orage, à partir pour l'Abyssinie, où l'attend une femme à la peau d'or, qu'il a vue en rêve...

La critique de Mr K : Belle lecture que cette nouvelle incursion dans l’univers littéraire si particulier de Maxence Fermine. On retrouve dans L’Apiculteur tout son art de l’écriture simple, accessible qui construit avec justesse et poésie une trame universelle qui nous émeut profondément. Décidément, voila un auteur à suivre...

Dans cet ouvrage, on retrouve au centre de l’histoire un homme en quête du bonheur à travers l’art. Cette fois ci, il s’agit d’apiculture, de cultiver l’or sucré des abeilles, insectes qui fascinent Aurélien, un jeune provençal vivant dans une région vouant un culte à la lavande, principale pourvoyeuse de fonds aux paysans du coin au XIXème siècle. Il ne s’en laisse pas compter et monte sa petite affaire avec lenteur mais avec une grande volonté : il se renseigne, lit beaucoup, commence à fabriquer ses ruches. Par son abnégation, il parvient assez vite à de belles récoltes. Malheureusement, il est stoppé en plein élan par les éléments, un orage venant briser ses rêves. Dans un rêve peu de temps après le drame, une vision lui vient, celle d’un voyage en Abyssinie où l’attendrait une femme étrange au charme indéfinissable. C’est le début d‘une aventure qui le mènera aux confins du monde à la rencontre de lui-même et de ses rêves.

Très court comme chaque roman de cet auteur, composé de chapitres ultra resserré, on reconnaît la patte si caractéristique d’un grand économe des mots à l’humanisme larvé dans chaque phrase ou micro-chapitre. Les lignes pénètrent profondément et durablement dans l’esprit du lecteur qui goutte ici à la quintessence du roman d'apprentissage. Sous ses apparences de simplicité se cache une histoire à la portée bouleversante qui nous emporte loin, très loin dans l’exploration des mystères d’une vie humaine : ses aspirations, ses obstacles, ses déchirures et cette capacité à rebondir si le cœur nous porte vers de nouveaux horizons. C’est poétique une vie, c’est rude et joyeux à la fois. C’est tout ceci que décrit si bien l’histoire d’Aurélien, un homme qui pourrait être vous ou moi.

On s’attache immédiatement à cet orphelin qui court après ses rêves. Entouré de son grand père aimant et septique, de la douce Pauline fille du tavernier qui l’enlasse de sa douceur, Aurélien n’est pas doué pour le malheur. Malgré les coups du sort, son optimisme et son envie de vivre le font toujours aller plus loin. Sa passion paraît éteinte, il part sur un autre continent comme Rimbaud avant lui chercher un sens à sa vie qui semble tranchée irrémédiablement. Il y fera de nombreuses rencontres qui le feront progresser, tour à tour douter mais aussi réfléchir à son existence. Empreint de sens caché, son parcours initiatique le ramènera finalement en Provence où lui sera révélé au final une certitude qu’il effleurait depuis trop longtemps.

Quelle beauté et quelle poésie dans cette lecture qui s’effectue d’une traite avec un plaisir renouvelé à chaque page ! Emplie de sagesse et de visions sublimes (ainsi la Provence et l’Afrique resplendissent de couleurs chatoyantes et attirantes qui cachent cependant parfois une rudesse redoutable), le réel rejoint par les rêves donne à voir une philosophie apaisante et humaniste. Il faut souvent parcourir un long chemin avant d’accéder au bonheur. Une histoire envoûtante qui fait vraiment du bien à découvrir absolument.

Également lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Neige
Le Violon noir
- Opium

 

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