dimanche 12 juin 2016

Chasse aux livres à Lorient !

Comme chaque année, la médiathèque de Lorient propose son "désherbage annuel", c'est l'occasion pour eux de faire le tri, de renouveler leur stock et de proposer à des prix défiant toute concurrence (à part l'abbé peut-être...) des ouvrages variés : 1€ le broché et 0.5€ le poche. Si ça fleure pas bon l'orgie livresque, je ne m'y connais pas ! Nous y sommes allés sur deux jours, Nelfe m'ayant précédé et m'incitant à y retourner avec elle le lendemain. Quelle tentatrice celle-ci ! Mamma mia, que va devenir ma PAL ?

Destockage médiathèque ensemble

Voila l'étendue des dégâts ! 12 ouvrages pour ma pomme et 5 pour ma diabolique moitié qui contribue grandement au maintien en grande forme de ma PAL. On est bien d'accord que tout est de sa faute ! Ne l'écoutez pas si elle vous dit le contraire.

La pêche lorientaise fut donc bonne et variée entre ouvrages contemporains, policiers, SF et littérature jeunesse. Suivez le guide, on commence par les nouveaux adoptés de Mr K :

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(Yes, yes, yes, des ouvrages de l'Atalante pour pas cher !)

Le Train du diable de Mark Sumner. À priori un mélange de western et fantastique très côté dans le milieu des amateurs de littérature de genre. Belle couverture pour un résumé faisant la part belle à l'aventure, le mystère, les grands espaces, les pouvoirs surnaturels et les complots meurtriers. Rien que d'y penser, j'en ai l'eau à la bouche.

- Le Feu primordial de Martha Wells. Présenté en quatrième de couverture comme un mix entre Alexandre Dumas (que j'adore !) et de la fantasy pure, un royaume est ici menacé par un dangereux sorcier. On nous promet de l'Aventure avec un grand A dans la traditions des grands romans de cape et d'épée avec un soupçon de merveilleux à la mode US. Il semblerait que là encore ce soit une très bonne pioche. Wait and see.

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(SF, en veux-tu ? En voilà !)

- Genèses, ouvrage collectif présenté par Ayerdhal. Voici un groupement de texte traitant de la naissance du monde et pour l'occasion le regretté Ayerdhal a recruté du beau monde dont Bordage, Dunyach, Werber et bien d'autres. 9 récits donc pour revenir aux origines, réfléchir, s'évader et s'amuser. J'ai RDV entre autres avec une danseuse cybernétique, Mozart devenu astronaute, une armée de clones, des oiseaux assassins... Tout un programme !

- Mars Blanche de Brian Aldiss (en collaboration avec Roger Penrose). Roman humaniste traitant de l'utopie et du moyen d'y parvenir, on suit des naufragés de l'espace qui tentent de tout recommencer à zéro pour ne pas réitérer les erreurs du passé. mais c'est plus facile à dire qu'à faire ! Ce livre est le fruit de la collaboration entre un grand écrivain de SF et d'un scientifique. C'est le genre de projet qui me plaît depuis mes lectures enthousiastes des trois volumes co-écrits par Terry Pratchett et Stephen Baxter. Hâte d'y être !

- La Murailles sainte d'Omal de Laurent Genefort. Encore un auteur que j'adore ! Ce volume appartient à la tétralogie d'Omale, un cycle que je n'ai toujours pas abordé et qui s'apparente à du space-opéra humaniste. L'occasion fait le larron, j'espère simplement pouvoir le lire indépendamment des autres. Des avis sur la question ?

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(Pour quelques Actes Sud de plus...)

- La Surproductivité de Kim Sung'ok. En grand amateur de littérature asiatique que je suis, j'ai découvert assez récemment que la Corée fournissait de très bons auteurs en plus de films en général marquants et trippants (Old boy, I saw the devil entre autres). Ce livre parle de l'apprentissage de la vie et de l'amour par un jeune journaliste qui va être confronté au hasard, aux émotions, incidents ou simple concours de circonstances qui jalonnent une vie humaine. Ma curiosité a été piquée, la couverture est sexy, je fonce !

- La Soif de l'âme de Christine Falkenland. On reste dans les couvertures sexy avec cette histoire de passion qui tourne mal entre complicité, réminiscences névrotiques, domination et violence. M'est avis que ça va swinguer dans les chaumières ! J'aime les lectures décalées, hors-cadre, je pense qu'avec ce titre je vais être servi !

- Voix sans issue de Céline Curiol. L'auteure met en scène l'histoire d'une jeune femme confrontée à la solitude dans son travail et sa vie intime, et qui s'en sort par son humanité et son empathie envers les autres. À priori, le texte est d'une grande force et il s'agit d'un premier roman. En général cela donne de belles bouffées littéraires et des expériences de lecture intéressantes. C'est le coup de poker du jour!

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(Un joyeux mix prometteur !)

- Les Roses d'Alacama de Luis Sepulveda. Un auteur culte à mes yeux, je n'ai même pas regardé le résumé au dos. Chaque lecture de Sepulveda, c'est l'assurance d'un voyage à nul autre pareil entre humanisme, poésie et engagement pour les générations futures. Il ne fera pas long feu dans ma PAL celui-là !

- Underground ou un héros de notre temps de Vladimir Makanine. Ma période russe est loin derrière moi mais que de bon temps passé en compagnie notamment de Dostoievski et Tostoï. Je renoue avec la littérature slave avec cette histoire mêlant le destin contrarié d'un écrivain devenu gardien d'immeuble et la grande Histoire notamment la chute de l'URSS. Absurde, tragi-comique et interrogation sur la condition humain sont au RDV selon l'éditeur. Ça sent très bon!

- Le Libraire de Régis De Sa Moreira. C'est le résumé de huit lignes qui m'a séduit, je ne connais rien d'autre du livre ou de l'auteur. Il est question de livres, de libraires et du pouvoir évocateur de la littérature. Gageons que ce saut dans l'inconnu soit une réussite... Je ne sais pas pourquoi mais je pense que j'ai fait un bon choix.

- La Mort à demi-mots de Kim Young-Ha. Le narrateur est un esthète du crime qui prend à coeur son métier et ce qu'il implique. Il confronte ses victimes à leur propre mort, les incite à y réfléchir et leur laisse finalement le dernier mot. Avec un tel pitch, je ne pouvais passé à côté de cet OVNI littéraire venu tout droit d'Asie. Hâte, hâte, hâte !

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(Je cède la parole à Nelfe pour sa petite sélection bien aguicheuse !)

Avec seulement 5 romans de plus dans ma PAL, comme vous pouvez le constater, je suis bien plus raisonnable que Mr K... Hin hin... Il faut dire aussi qu'en plein Challenge Destockage de PAL avec faurelix, notre Challenge Sans Nom, je me devais de ne pas ruiner mes efforts passés (tu parles d'efforts...) tout en me faisant un peu plaisir. Parce que ça, ça ne se refuse JAMAIS !

- La Messe anniversaire d'Olivier Adam. Cela fait un moment que j'avais noté ce roman dans ma wishlist. Je ne l'avais pour l'instant jamais croisé lors de chinages, c'est maintenant chose faite et il est à moi ! Olivier Adam est un auteur que j'aime beaucoup et que j'ai surtout lu avant l'ouverture de notre blog (autant dire une éternité).

- Coney Island Kid d'Amram Ducovny (aucun lien avec Mulder). Coup de poker pour ce roman ci que je ne connaissais pas du tout, encore moins son auteur. Oui mais voilà, quand dans une 4ème de couv' se trouvent réunis les mots "truculente odyssée", "mondes interlopes", "adolescent fantasque" et tout cela à Brooklyn dans les années 40, je ne peux pas résister.

- Siegfried : une idylle noire de Harry Mulisch. Idem ici. Vous connaissez mon amour pour les ouvrages traitant de la seconde guerre mondiale. Il est question ici des Falk, domestiques au Berghof, le refuge bavarois de Hitler, qui font le récit non seulement de la vie quotidienne dans l'entourage de Hitler, mais surtout des circonstances dans lesquelles ils se sont attachés au petit Siegfried, son fils avec Eva Braun, jusqu'à ce qu'un ordre venu de Berlin leur demande l'inimaginable. Une histoire fortement romancée mais à laquelle je ne peux pas tourner le dos...

- L'Histoire de Bone de Dorothy Allison. Je me languis de découvrir cet ouvrage qui fleure bon l'Amerique. En Caroline du Sud, en plein été étouffant, ce roman met en scène une adolescente dans une famille "difficile" entre pauvreté, violence et alcoolisme. Une lecture qui risque de laisser des marques...

- Le Chien tchétchène de Michel Maisonneuve. Un Babel noir pour terminer et un roman où les mamies sont torturées dans des caves. Une belle brochette de personnages m'attendent dans ce polar d'après le résumé du bouquin !

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Comme vous pouvez le constater, on n'a pas chômé et nous avons fait de sacrés trouvailles. Nos PAL s'étoffent une fois de plus (merci Nelfe pour le plan foireux !) mais ce n'est que du bonheur en perspective pour les lecteurs compulsifs que nous sommes. Reste maintenant à faire des choix et à prioriser nos prochaines lectures. Mais ça c'est encore une autre histoire !


mercredi 8 juin 2016

"Un Blues de coyote" de Christopher Moore

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L'histoire : Que sommes-nous de plus pour les dieux que des mouches importunes et lubriques qu'ils écrasent pour le plaisir ? Vaste question... que Sam Hunter, trente-cinq ans, parfait golden boy, n'avait pas eu à se poser avant que le Coyote ne débarque dans sa vie pour y semer la pagaille. Car l'animal en question n'est pas celui de Tex Avery (quoique) mais l'incarnation d'une divinité Crow bien décidée à rendre infernal le quotidien de sam. Pourquoi lui ? Dans quels buts ? ...

La critique de Mr K : Lors de sa lecture, j'avais été enthousiasmé comme rarement par L'Agneau de Christopher Moore. Ce dernier levait un voile romanesque sur les années non révélées du Christ dans les Écritures avant sa crucifixion, dans un récit virevoltant et drolatique. Je m'étais juré de replonger dans l'univers si particulier de cet auteur à l'écriture multiforme et séduisante en diable (sic). Un chinage de plus mettait sur mes pas ce Blues de Coyote que j'ai littéralement dévoré, pris que j'ai été par un style toujours aussi florissant et efficace, et une histoire délirante mâtinée de mythologie, un de mes nombreux centres d'intérêts. Préparez-vous à un voyage trépidant à nul autre pareil!

Sam Hunter a bien réussi: agent d'assurance sans pitié et bankable, il possède un bel appartement-villa, une belle Mercedes et collectionne les conquêtes féminines. Mais derrière cette image de la réussite à l'américaine se cache des secrets depuis trop longtemps enfouis. Sam est en fait un indien Crow qu'un acte impétueux de jeunesse a forcé à quitter sa tribu et ses proches pour le transformer en Blanc. Mais cela ne plaît pas à tout le monde, surtout aux divinités protectrices dont son animal totem, le Coyote du titre. Ce dernier veut faire rentrer Sam dans le droit chemin et il va utiliser tous les subterfuges et les stratagèmes pour parvenir à ses fins. Et croyez-moi, il va aller très très loin...

Pendant les 2/3 du roman, les chapitres alternent entre le Sam adulte accompli qui commence à accumuler les coups du sort (ses copropriétaires veulent le forcer à partir, son associé de toujours menace de le virer...) et le jeune Crow qu'il a été qui traîne avec son oncle Pokey (medecine man alcoolique littéralement "habité"). Procédé bien connu mais redoutablement efficace ici, le personnage de Sam gagne en profondeur et en complexité au fil du déroulé, passant du golden boy infréquentable à un véritable être humain dans le sens que cette expression prend dans la bouche d'un amérindien. Cette métamorphose lorgnant vers la Révélation va se faire insidieusement à la faveur de rencontres rocambolesques et de péripéties bien alambiquées.

On rit beaucoup durant la lecture de cet ouvrage. Il faut dire qu'on croise pas mal d'êtres hallucinés et complètement barges. Il y a bien sûr Coyote, divinité errante attirée par les mauvais coups, le vice et la tentation. Pas le Diable pour autant mais l'incarnation de la jouissance et du principe vital. Il mettra bien plus d'une fois Sam dans l'embarras pour le plus grand bonheur du lecteur. Pokey est pas mal non plus dans son genre, oncle affectueux mais tout même bien dérangé de la cafetière qui va initier son neveu à l'élevage de lombrics, à l'alcool et finalement à la spiritualité quand il le préparera pour sa séance initiative qui doit lui révéler son animal totem. Autour de ce trio gravitent un nombre considérable de personnages plus déjantés les uns que les autres, figures d'opposition extrêmes et aide miraculeuse dont un agent de casino serviable et très attachant.

La tension monte crescendo et l'amorce d'une possible romance à mi-parcours rajoute du poids à un ensemble qui ne se contente plus de faire rire mais également de faire frémir et d'éclairer une partie de l'histoire américaine. Calliope (la douce promise du héros, mère célibataire courageuse) a un charme ravageur, une répartie bien sentie et on aimerait beaucoup que l'histoire puisse s'écrire avec Sam... Mais nombreux sont les obstacles, dont un ex-possessif et fasciste à la mode Hell's angels. Le rythme s'accélère, le roman se transformant en un road movie implacable où l'humour peut surgir de n'importe où sans prévenir pour le plus grand plaisir du lecteur captif et captivé. Par petite touche, l'auteur nous conte quelques vieilles légendes Crow autour de Coyote ou nous décrit quelques coutumes de ce peuple à l'agonie. Des passages sont à ce propos très poignants pour tout ceux que la cause amérindienne touche et intéresse. J'y reviendrai sans doute dans de prochaines lectures.

Dans ces conditions de plaisir littéraire optimum, le temps passe à une vitesse folle bercé par le style inimitable d'un auteur au sommet de sa forme. Cynisme, double-sens, saillies drolatiques s'accumulent et hameçonnent irrémédiable le lecteur conquis par cette liberté de ton et une histoire aux ramifications complexes. Rajoutez là dessus un soupçon de sagesse indienne et une belle réflexion sur le sens de la vie et vous obtenez un authentique chef d’œuvre. À lire absolument!

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mardi 7 juin 2016

"Confessions d'un gang de filles" de Joyce Carol Oates

confessions d'un gang de fillesL'histoire : Un quartier populaire d’une petite ville de l’État de New York dans les années 1950. Cinq lycéennes, pour survivre et se venger des humiliations qu’elles ont subies, concluent un pacte, à la vie, à la mort : elles seront le gang Foxfire. La haine, et surtout celle des hommes, va les entraîner dans une impitoyable équipée sauvage.

La critique Nelfesque : Cela faisait un petit moment que je ne m'étais pas plongée dans un roman de Joyce Carol Oates. J'aime le côté torturé qui émane de son écriture, ses histoires qui prennent aux tripes... On ne ressort par indemne d'un roman de cette auteure. Ses écrits vous collent à la peau et restent longtemps dans votre esprit. C'est avec cette attente que je suis entrée dans "Confessions d'un gang de filles" et je n'aurais peut-être pas dû...

Nous suivons ici l'histoire d'un groupe d'amies. Adolescentes vivant dans une petite ville où tout le monde se connaît, Maddy, Goldie, Lana, Rita et Legs décident d'unir leurs forces, leurs espoirs et leur rage. Ensemble elles forment le gang "Foxfire". Seules, elles sont peu de chose, à 5, elles croquent la vie à pleine dent, prêtes à tout affronter, à s'imposer et à lutter. Une lutte contre le système, une lutte contre les injustices et les incompréhensions, une lutte contre les hommes, une lutte pour la liberté.

"Confessions d'un gang de filles" est le journal de Maddy. Un journal qu'aujourd'hui elle relit au lecteur pour lui faire comprendre les liens qui l'unissaient à ses compagnes de route. Amies / ennemies, choisies parce qu'elles ont toutes une faiblesse qui une fois mises ensemble n'existent plus, ces 5 jeunes filles s'aiment comme on s'aime à l'adolescence avec toute la naïveté, la fidélité et l'excès que cela implique.

Dans ce roman féministe, Joyce Carol Oates nous dépeint des personnages qui tiennent tête aux hommes, qui les défient et décident de ne pas s'y soumettre. Excessives parfois, elles sont l'anti-thèse de la femme au foyer des années 50. Leur rêve n'est pas de se marier et de fonder une famille. Elles veulent rester ensemble, ne compter que sur elles-même et dicter leurs lois. Oui mais voilà, leurs lois va parfois à l'encontre de "la" loi et ces gamines, qui ne sont que des écorchées de la vie, vont se retrouver confrontées au bâton, à l'injustice, au totalitarisme patriarcal et à un système qui tolère des gangs de mecs mais certainement pas des bandes de nénettes. De ce point de vue là, "Confessions d'un gang de filles" est un ouvrage salutaire mais, à mon sens, il manque une étincelle pour que le feu de Foxfire prenne.

Là où je m'attendais à une histoire poignante, à un jusqu'au-boutisme cathartique comme seule Joyce Carol Oates sait le faire, je n'ai trouvé qu'effleurement et superficialité. Ce sentiment vient en très grosse partie du choix qu'a fait l'auteure de nous relater les faits sous forme de journal. La narratrice est l'une de ces jeunes filles, ce n'est pas une professionnelle de l'écriture et Oates a construit tout son roman avec ce postulat de départ. Certains y trouveront la fraîcheur de la jeunesse et un amateurisme touchant. De mon côté, cela a été un frein à l'empathie. On ne retrouve pas ici la boule d'angoisse, le malaise grandissant à chaque page que l'on a pu ressentir avec d'autres romans de cette auteure. On voit poindre la violence sous chaque acte, dans chaque dialogue. J'aurai voulu qu'elle explose et qu'elle se ressente véritablement. Ce n'est pas l'histoire qui est en cause mais réellement ce choix d'écriture. Dommage pour moi...

logo-epub"Confessions d'un gang de filles" est une belle histoire d'amitié, un instantané de l'Amérique des années 50, un drame ordinaire. Vous l'aurez compris, je ne me suis pas sentie assez impliquée dans l'histoire pour réellement l'aimer mais les problématiques que cet ouvrage soulève sont intéressantes : sexisme, violence, perte de repères, démission parentale... Ce roman a été adapté au cinéma par Laurent Cantet (Palme d'Or pour "Entre les murs"). Je suis curieuse de voir qu'elle a été son approche de l'histoire. Peut-être accrocherai-je plus à sa vision qu'à celle de Joyce Carol Oates par les yeux de Maddy.

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vendredi 3 juin 2016

"Tout n'est pas perdu" de Wendy Walker

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L'histoire : Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d'effacer le souvenir d'une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l'a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée. Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d'Alan, et lui confient leurs pensées les plus intimes, laissant tomber leur masque pour faire apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Ce thriller, d'une puissance rare, plonge sans ménagement dans les méandres de la psyché humaine et laisse son lecteur pantelant. Entre une jeune fille qui n'a plus pour seul recours que ses émotions et une famille qui se déchire, tiraillée entre obsession de la justice et besoin de se reconstruire, cette intrigue à tiroirs qui fascine par sa profondeur explore le poids de la mémoire et les mécanismes de la manipulation psychologique.

La critique de Mr K : C'est à mon tour aujourd'hui de vous présenter un ouvrage de chez Sonatine, maison d'édition fortement appréciée de ma douce Nelfe, qui vous le savez a un goût certain pour les thrillers et les psychopathes en tout genre! Je dois avouer que j'aime aussi parfois me laisser tenter par le côté sombre de la littérature et le moins que je puisse dire c'est que j'ai été servi avec cet ouvrage glaçant et complexe qui fait la part belle à la psychologie familiale et aux mécanismes de défense des victimes et des bourreaux. Préparez-vous à un voyage pénétrant dans l'esprit humain et ses méandres!

Dans Tout n'est pas perdu, l'histoire est racontée par Alan Forrester, un psychiatre chargé entre autre de suivre Jenny, une jeune fille violemment agressée et sa famille. Durant les 340 pages, il va nous relater les séances qu'il tient avec elle et ses proches mais aussi d'autres patients plus ou moins liés à l'histoire générale. Il apporte au passage son éclairage sur les vies de chacun, son ressenti et va même jusqu'à nous livrer des éléments de sa propre existence. Curieux mélange donc, surtout que le récit au commencement presque clinique finit par s'affranchir des normes médicales pour entrer à la confluence de la notion de transfert, de ressenti et de vengeance. Le malaise va grandissant vers une vérité qui vient tout salir en fin d'ouvrage.

J'ai trouvé cet ouvrage marquant du début à la fin. Rien que le premier chapitre qui relate le viol de Jenny est éprouvant et fait basculer le lecteur dans l'horreur. La réalité de l'abjection est froide, sans fioriture et marque au fer rouge. On a mal au bide et on se demande bien ce qui va suivre. L'horreur va continuer à travers le ressenti de Jenny qui suite à un traitement quasi expérimental a oublié cette nuit mais n'arrive pas à s'en remettre (merci les parents au passage...). C'est l'occasion pour l'auteur d'expliquer en détail le processus de reconstruction des victimes, la nécessité notamment d'affronter la réalité et les peurs enfouies. Très intéressant aussi de voir les réactions des proches avec notamment un père possédé par le désir de vengeance, drapé dans sa douleur, aveuglé par elle et une mère distante, auto-centrée sur elle-même qui cache un lourd secret. Wendy Walker est vraiment diabolique à sa manière, dynamitant les dynamiques familiales, explorant les fêlures, les non-dits et exhumant les parts d'ombre les plus inavouables.

Et puis, le rythme change à la moitié du récit. Après le temps de l'exposition des cas, des différents membres de la famille, un événement change la donne et va nécessiter de la part du narrateur une implication bien plus importante que ne lui permet normalement sa fonction de thérapeute. Les lignes sont bousculées, les réactions s’intensifient, se densifient et se précipitent. Chaque nouveau chapitre est propice à des révélations et des conséquences durables. Jenny va-t-elle finir par s'en sortir et retrouver le goût de vivre? Le couple de parents va-t-il se retrouver? Qui est le coupable? Autant de questions qui finiront par trouver leur réponse non sans mal, circonvolutions et fausses pistes. Petit bémol tout de même sur la révélation finale que j'ai trouvé un peu abrupte comparée au reste du développement. Wendy Walker aurait pu rajouter 20 pages pour asseoir cette vérité, pour la rendre encore plus effroyable et crédible. Mais je vous rassure, ce léger défaut n'entame pas le charisme de ce roman vraiment puissant par moment.

Avocat de profession, l'auteur raconte cette histoire de manière étonnante, parfois éloignée de la manière romanesque classique. Les détails fourmillent, prennent même à la gorge le lecteur. Certains peuvent être rebutés; pour ma part, j'ai trouvé cela novateur et franchement efficace. Surtout que cette avalanche de psychologie se fait toujours au nom du respect de la trame et des personnages qui pour le coup sont vraiment bichonnés et réalistes, donnant une profondeur et une crédibilité rare à l'ouvrage. L'écriture est très digeste bien qu'exigeante, on en apprend beaucoup sur la psyché humaine et son fonctionnement. Il y a aussi une prégnance des émotions avec de belles pages sur l'amour parents / enfants, le désir de vengeance, la notion d'éthique médicale et les pulsions humaines... Vraiment, on explore l'Homme plus qu'on suit une véritable enquête. On ressort de cette lecture enrichi et bluffé par le talent déployé.

Sans doute un incontournable dans le domaine du thriller psychologique même si je ne suis pas un spécialiste: du suspens, de l'émotion, des personnages ciselés comme jamais et en sous-texte l'être humain dans sa remarquable et redoutable complexité. À lire!

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jeudi 2 juin 2016

A la découverte du magazine "PAGE des libraires"

Cela fait plus d'un an que je suis abonnée au magazine "Lire". J'ai profité à l'époque d'une belle remise sur le tarif abonnement et j'ai renouvelé mon engagement il y a quelques mois. Très satisfaite de sa ligne éditoriale, de son ton et de son contenu, je pense qu'entre lui et moi, c'est parti pour durer !

Vous l'avez remarqué, nous sommes de gros lecteurs (oui je crois que là on ne peut plus le cacher). Autant Mr K n'aime pas trop lire des chroniques de professionnels, autant de mon côté, je suis assez friande d'avis de tout bord. Chez les blogueurs, journalistes, lecteurs, libraires, j'aime fouiner les nouveautés et repérer les romans susceptibles de me plaire. J'ai eu, il y a peu, l'opportunité de découvrir le magazine "PAGE des libraires" et c'est tout naturellement que j'ai sauté sur l'occasion. Voici une revue que j'ai déjà croisé sur mon chemin mais que je n'ai jamais acheté. En cause ? Son prix sans doute. A 12€ la revue, c'est tout de même un budget ! Me voici donc ravie de pouvoir parcourir ses pages et d'autant plus qu'il s'agit ici d'un spécial "Policier, thriller, noir : les nuances du polar". Vous connaissez mon amour pour le genre...

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"PAGE" est un bimestriel. Créé à la fin des années 80, il rassemble une communauté de 1200 libraires indépendants. Comme son nom l'indique, les chroniques et conseils présents dans ce magazine sont faits par des professionnels du livre, des amoureux des mots, des passionnés que nous croisons souvent lors de nos achats livresques. Et dans le ton, cela se ressent. Ils ne sont pas là pour vendre un ouvrage ou faire de la promo mais bel et bien partager avec nous des coups de coeur et leur intérêt pour tel ou tel ouvrage. Une certaine relation de confiance et d'intimité s'installe alors entre le lecteur et le "chroniqueur / libraire".

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On retrouve également ici des conseils d'auteurs. Une initiative comparable à celle de "La Grande librairie" spéciale "La Valise idéale de l'été" qui est diffusée chaque année sur France 5 avant les vacances (celle de cette année a eu lieu il y a quelques jours, visionnez-la en replay, elle est top !). C'est tellement agréable d'entendre les auteurs parler de littérature en dehors de leurs propres romans. Ici, pas d'enjeu de promotion, juste des conseils sincères.

Avec ses 143 pages sans pub, la revue est plus assimilable à un mook. Le papier est épais, la couverture à la fois mate avec un effet peau de pêche et brillante sur quelques détails, la charte graphique... Tout est pensé dans les moindres détails. La distribution se fait en librairie, particularité également des mook.

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Ainsi, nous parcourons les thématiques polar, littérature française, littérature étrangère, essais et documents, bande dessinée, jeunesse avec plus ou moins d'offres selon les parties. La BD et la jeunesse occupent moins de "place" que les thématiques précédentes mais elles ont le mérite d'être traitées et de donner quelques pistes aux lecteurs. Je pense que les aficionados se tourneront plus vers des revues spécialisées BD ou enfant pour plus de choix.

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En plus des nombreuses critiques d'ouvrages par les libraires, on retrouve quelques extraits / avant-première qui nous permettent de nous faire une idée d'une oeuvre avant de l'acheter, quelques dossiers thématiques qui approfondissent certains sujets (comme par exemple la littérature coréenne dans ce numéro), quelques interviews faites également par des libraires et donnant des échanges savoureux.

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Une belle part est également donnée aux premiers romans et c'est une mise en avant que j'ai particulièrement appréciée. De même que la rubrique "Librairie" née du désir de partager avec les lecteurs le quotidien de la librairie et la passion du libraire pour son métier. La librairie, le lieu où se rencontrent lecteurs, auteurs et libraires.

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Cette revue est vraiment de qualité et il est fort probable qu'à l'avenir je replonge dans la marmite selon le thème abordé. Vous avez là un beau condensé de ce qui se fait dans l'actualité littéraire, sélectionnée et décortiquée pour vous par nos amis libraires. Une proposition fort appréciable dans nos vies à 100 à l'heure et un magazine que l'on met plusieurs heures à lire tant son contenu est riche.


mercredi 1 juin 2016

"Le Temple du passé" de Stefan Wul

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L'histoire : Se trouver en perdition dans l'espace, c'est assez inquiétant. Atteindre un monde proche et sombrer dans un océan sans fond, c'est plus grave. Se perdre enfin dans un dédale incompréhensible et vivant, c'est catastrophique. Massir aura-t-il assez d'ingéniosité et de volonté pour s'en tirer ? Ou bien ses os pourriront-ils dans le temple du passé ?

La critique de Mr K : Retour à de la bonne SF des familles avec un ouvrage clairement à classer dans de la série B mais attention, de bonne qualité ! Roman polymorphe, Stefan Wul alterne ici huis clos, hard science et évocations poétiques à travers le destin de Massir, capitaine perdu dans l'espace qui cherche à tout prix à s'en sortir pour finir ses jours sur Terre.

L'action débute directement sans grande explication. La fusée de Massir et de ces deux compagnons survivants est égarée, échouée dans l'espace dans un endroit indéfinissable: vapeurs de chlore, parois organiques… très vite la piste d'un monstre gigantesque fait son chemin. Jonas des temps moderne, Massir va devoir tout mettre en œuvre pour réussir à sortir de cette prison de chair et tenter de s'échapper pour rentrer à la maison.

La première partie du roman s'apparente à un huis clos étouffant et fort bien mené. On découvre à travers quelques phrases bien tranchées le capitaine Massir, héros remarquable de sang froid, au caractère bien trempé et aux connaissances diverses semblant inépuisables. Enfermé dans le cercueil vivant qu'est devenu sa fusée, il va très vite retrouver Jolt, jeune médecin stagiaire qui va s'avérer très utile par la suite. Ils finiront aussi par découvrir Roan, un homme d'arme lui aussi prisonnier du vaisseau disloqué. Début d'exploration, interrogations, crises de désespoir, reprises en main rythment un roman qui démarre sur les chapeau de roue, faisant la part belle au survival et à l'introspection.

Puis, la révélation de la nature profonde de leur prison va faire basculer le récit tantôt dans la hard science (genre que je réprouve d'habitude car souvent lourd-dingue et sans âme) tantôt dans des passages plus oniriques mettant en scène les pensées intimes des humains ou de la créature cyclopéenne. L'aspect technique des développement du jeune Volt pour tenter de percer les mystères qui les entourent et repartir restent limités ce qui évite l'overdose de termes abscons et les flashback vers des épisodes douloureux comme mes cours de chimie en 5ème / 4ème. Les passages rêvés m'ont davantage plu et convaincu avec une sensibilité à fleur de peau et des descriptions d'une grande légèreté et beauté qui nous emportent loin de chez nous sur une planète bien inhospitalière, peuplée de créatures étranges.

Les relations tissées par le trio sont bien construites bien que la caractérisation soit courte. Très vite d'ailleurs, un personnage meurt et le duo survivant va devoir apprendre à se supporter pour ne pas tomber dans la folie qui guette à chaque espoir déçu. La tension devient sourde et épaisse, le dernier tiers du roman livrant un dernier axe de narration étonnant, parfois grand-guignolesque (bien que réussi, l'épisode avec les lézards rouges est haut en couleur) et un ultime chapitre glaçant bien que peu surprenant si l'on pratique régulièrement le genre. On ressort heureux de cette odyssée d'un genre nouveau, incertaine, à l'issue logique et porteuse de sens.

Le Temple du passé a été écrit en 1970. Clairement cela se sent, on n'écrit plus vraiment ainsi aujourd'hui. Écriture datée certes (certains vocables sont totalement inusités de nos jours) mais jamais rébarbative, le rythme soutenu de l'action pare aux désagrément de certains passages parfois too much. Cela n'enlève en rien aux qualités énumérées plus haut, ce livre n'étant finalement avant tout qu'un bon roman d'aventure SF à la lecture rapide et aux influences mêlées œuvrant pour le plaisir du spectateur. Ce n'est déjà pas mal, non ?

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mardi 31 mai 2016

"Congo Requiem" de Jean-Christophe Grangé

Congo RequiemL'histoire : On ne choisit pas sa famille mais le diable a choisi son clan.
Alors que Grégoire et Erwan traquent la vérité jusqu'à Lontano, au coeur des ténèbres africaines, Loïc et Gaëlle affrontent un nouveau tueur à Florence et à Paris.
Sans le savoir, ils ont tous rendez-vous avec le même ennemi. L'Homme-Clou.
Chez les Morvan, tous les chemins mènent en enfer.

La critique Nelfesque : "Congo Requiem" est la suite de "Lontano" paru en septembre dernier chez Albin Michel. Ne vous aventurez pas dans la lecture de ce roman sans avoir lu le premier volet de ce diptyque.

Nous retrouvons ici la famille Morvan, ce clan aux liens ambivalents fait d'amour et de répulsion où le passé n'est que mensonge et les sentiments complexes. Dès les premières pages, le ton est donné. Jean-Christophe Grangé reprend l'histoire là où elle s'est arrêtée dans son ouvrage précédent et ne diminue pas son rythme. Le lecteur est tout de suite replongé dans l'intrigue. Il n'y a pas de temps morts, impossible de reprendre son souffle, les aventures de Morvan père et fils en Afrique vont nous mener tout droit au coeur de contrées suffocantes et denses.

Bien que l'enquête a été résolue dans "Lontano", Erwan sent que tout n'est pas bien clair dans le passé de son père et compte bien démêler l'affaire en se rendant lui-même au Congo, là où Grégoire a passé une partie de ses jeunes années. Un voile opaque règne sur cette période de sa vie et il est temps de déterrer les vieux démons. Erwan n'est pas au bout de ses surprises...

Dans ce volet, Grangé nous fait vivre l'Afrique de l'intérieur. Avec force détails, il entraîne son lecteur au coeur de l'Afrique noire, dans une zone où Tutsis et Hutus s'affrontent, où les conditions météorologiques font perdre la raison, où des armes puissantes se retrouvent aux mains de novices et où les pratiques n'ont rien de communes avec celles de l'Europe. C'est dans ce milieu inhospitalier et au climat hostile qu'Erwan va mettre toute son énergie, parfois avec inconscience, pour suivre les traces de la jeunesse de son père jusqu'à la ville de Lontano aujourd'hui abandonnée.

Dans le même temps, nous suivons les frères et soeurs d'Erwan qui, bien que n'étant pas de la police, ont aussi la fibre enquêtrice. Loïc est en pleine désintox sur les routes d'Italie et nage en eaux troubles chez sa belle-famille. Gaëlle, quant à elle, est toujours aussi intrépide et, se questionnant sur son psy, mène l'enquête avec l'aide d'Audrey. Ce joli petit monde va lever des lièvres qui vont constituer au final un gigantesque puzzle malsain. Autant vous le dire tout de suite, ne vous attachez pas trop aux personnages. Grangé n'hésite pas à les malmener, les faire souffrir et au besoin en dézingue quelques uns pour le bien de l'histoire. Avec lui, on ne fait pas dans la dentelle mais dans l'efficacité !

Plus politique que Lontano, Grangé densifie son histoire avec Congo Requiem et apporte ici une lecture différente de son précédent ouvrage. Tout est remis en cause, plus rien n'est certain, le doute s'installe. Cet auteur est un virtuose du retournement de situation, de la révélation qui tue. Dans ce roman de plus de 700 pages, il retourne littéralement le cerveau de ses lecteurs et donne envie de relire Lontano à la lumière des révélations faites ici. Une incroyable prouesse et une intégrale de 1400 pages au total où l'ennui ne pointe jamais, où l'intérêt ne fait que s'accroître, où l'arrivée du dénouement entraîne un sprint final terrifiant et où le lecteur ne peut que louer l'auteur pour son machiavélisme génial !

De mon côté, j'applaudis des deux mains. Je crie au génie. Grangé fait ici très fort et renoue avec ses meilleurs romans. On retrouve dans Lontano et Congo Requiem (qu'il faut absolument lire à la suite et dans l'ordre) tout ce qui fait le talent de Grangé : un gigantesque tableau fait de suspense et de rebondissements sur fond de dépaysement géographique et culturel avec des personnages couillus et singuliers. Un ouvrage rondement ficelé et un must pour tout amateur de thriller !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

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vendredi 27 mai 2016

"Moi, ma vie et les autres" de Jim Powell

Couverture-Roman-Powell-Moi-MaVie-LesAutres

L'histoire : À soixante ans, Matthew Oxenhay contemple son existence avec un regard désabusé et une ironie mordante. Depuis quelque temps, il traverse une phase difficile où l’alcool et son goût pour la provocation masquent difficilement son mal-être. Renvoyé de son poste de trader à la City il y a quelques mois, il n’a encore rien dit à Judy, son épouse modèle. Sa carrière, sa famille, ses amis… Rien ne le satisfait plus aujourd’hui, et cette existence, dans le fond, ne l’a jamais vraiment fait vibrer. Car, à vingt ans, ce n’était pas de cette vie-là qu’il rêvait. Mais Matthew se dit qu’il est sans doute trop tard pour changer. Pourtant, lorsqu’il rencontre par hasard Anna, dont il était tombé éperdument amoureux quarante ans plus tôt, Matthew voit en elle l’occasion d’un nouveau départ, la possibilité du bonheur. Peut-il reprendre les choses là où il les avait laissées et devenir celui qu’il rêvait d’être ? Ou bien toutes ses illusions se sont-elles envolées avec le temps ?

La critique de Mr K : Sur une route de campagne, on retrouve Matthew Oxenhay sexagénaire à bout de souffle. Plus rien ne le comble, il remet en questions tous les éléments qui constituent son existence : viré de son travail après des années de bons et loyaux services, il ne se satisfait pas de l'argent qu'il a pu mettre de côté. La lassitude conjugale l'a aussi envahi, il compare sa vie à une suite de gestes mécaniques et habituels sans saveur, sa femme lui est quasiment devenue une étrangère alors qu'elle est prévenante et aimante. Ses amis l'ennuient et les regrets commencent à poindre à l'horizon avec en première place, Anna. Un amour de jeunesse idéalisé que le plus grand des hasards va lui faire rencontrer à nouveau lors d'une visite au Tate de Londres. Il rentre alors dans une période de remise en question profonde qui pourrait déboucher sur des changements irrémédiables.

Je suis assez friand des romans aux héros fatigués et usés par la vie. Souvent, ils sont propices à l'introspection et éclairent sans concession les affres de l'existence humaine. On n'échappe pas à ce diptyque doré avec cet ouvrage 100% anglais dans l'esprit et l'écriture, Jim Powell excellant dans le maniement du cynisme, les sarcasme et les envolées intérieures hautes en pouvoir évocateur. La quatrième de couverture ne ment pas, on embarque vraiment dans les montagnes russes de l'existence, les pérégrinations de Matthew offrant tour à tour grands moments de désespérance et espoirs fugaces. On sourit, on s'amuse face aux réflexions désabusées du héros qui sonnent souvent juste, on frémit aussi lors de ses remises en question, les balancements entre raison et désir. Une vie humaine est fragile et délicate, et ici on flirte constamment avec le fil du rasoir avec cet ouvrage centré sur le narrateur et le suivant au plus près. Rien ne nous échappe ou du moins semble clair comme de l'eau de roche, c'est sans compter une fin aussi surprenante que bien trouvée.

En effet sous ses dehors de trame classique et une narration immersive, l'auteur plante des certitudes et des orientations dans l'esprit captivé du lecteur mais c'est pour mieux le cueillir en fin d'ouvrage avec une révélation et un sens de la surprise sonnant juste et fort au bon endroit, au bon moment. Au fil de la lecture, on s'est forgé une image bien précise de Matthew, personnellement je l'ai adopté, aimé, parfois rejeté puis retrouvé. Un élément essentiel pourtant de sa personnalité nous échappe et une fois la révélation faite, on se surprend à reprendre mentalement tout le déroulé qui du coup prend un sens et un tour nouveau. Le procédé est ingénieux et magistralement exécuté dans ce livre. Bravo!

Il faut dire que l'auteur sait s'y prendre, grâce à une langue novatrice dans son expression, très tatillonne par moment dans le vocabulaire et la syntaxe mais dévissant totalement lors de l'expression des sarcasmes et réflexions du personnage principal pour le plus grand plaisir du lecteur. Cet humour grinçant porte ce destin abîmé, nous attache à ses pas et ne nous lâche plus. Avec Moi, ma vie et les autres, le degré d'addiction est élevé et il est vraiment difficile de relever le nez avant le mot fin. On ressort de cette lecture sensiblement ébranlé, partagé entre portée symbolique du parcours de Matthew et reflet peu flatteur de La Condition humaine si chère à Malraux. Une expérience à part, au parfum doux-amer et qui laisse des souvenirs durables.

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mercredi 25 mai 2016

"Zazous" de Gérard De Cortanze

zazousL'histoire : On n'est pas sérieux quand on a quinze ans - même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Maris danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d'ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.

A mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d'adolescents couvrent les murs de Paris du "V" de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l'Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l'étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant "changer la vie" qu'empêcher qu'on ne leur confisque leur jeunesse.

La critique Nelfesque : Vous le savez, si vous êtes un fidèle du Capharnaüm éclairé, autant Mr K est un adepte d'ouvrages traitant de la Première Guerre mondiale, autant de mon côté je ne rechigne jamais à lire un roman / document / essai (...) sur la seconde. C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Zazous" de Gérard De Cortanze sorti début mars chez Albin Michel sans en avoir entendu parler au préalable, sans connaître l'auteur et sans même être très au courant de l'implication du mouvement Zazou dans le déroulement de l'Histoire.

J'avais donc encore des choses à apprendre sur cette guerre de 39-45 qui a de moins en moins de secret pour moi. Il est vrai que la musique a toujours été révélatrice d'une époque, elle met en lumière des espoirs, des peurs, des volontés. Je n'aurais jamais pensé à aborder cette guerre sous le prisme de la musique des zazous, plutôt versée dans le jazz et le swing, et par tout ce qu'il y a autour, un look, un état d'esprit, une façon de voir la vie. En cela "Zazous" est très intéressant et prend le parti d'apporter un vent de liberté sur une époque lourde. Ces jeunes semblent se moquer de tout, peu leur chaut la guerre, tout ce qui leur importe c'est de vivre ! Les voisins les regardent d'un drôle d'oeil, eux les jeunes écervelés qui ne semblent pas voir plus loin que le bout de leur nez et ne pensent qu'à danser et à se pavaner dans les rues dans leurs costumes ridicules. En apparence certes. Mais si l'on gratte sous le vernis du paraître, on met à nu toute une philosophie de vie.

Le lecteur suit ici une bande de copains parisiens ("parisiens" a ici son importance puisque je ne pense pas qu'il fut possible de vivre avec autant d'intensité sa vie de zazou en province) qui affublés de larges vestes à carreaux et de pantalons bouffants, se coiffent de cheveux longs et passent leurs soirées au cinéma ou en concert même en période de couvre feu. Ces jeunes bravent tout, le danger, les codes, les moeurs. Qu'importe qu'il y ait la guerre, si telle est leur vie, autant la vivre jusqu'au bout et comme ils l'entendent. Issus d'un milieu aisé, ils sont cultivés, s'intéressent à différents mouvements artistiques, sont au fait des derniers lieux tendance où se tiennent des concours de danse, sont relativement épargnés du fait de leurs relations lorsque viennent les périodes de restriction.

Tout cela est assez déconcertant. Nous sommes en pleine guerre, nous connaissons les conditions de vie de certains, le froid, la peur, la faim... Et au milieu du chaos, dans ce roman de Gérard De Cortanze, nous suivons des jeunes gens qui semblent flotter au dessus du lot, qui sont certes atteint par l'actualité mais d'une façon moindre si l'on met leurs conditions de vie en parallèle de celles de la majorité de la population à cette époque. Comme une petite bulle de privilèges, un désir de vivre malgré tout mais un choix que peu ont eu l'occasion d'avoir...

L'écriture de l'auteur est très simple. Trop simple. On est ici parfois plus dans le documentaire que dans la littérature. De Cortanze nous donne un flot d'informations certes intéressant mais redondant pour qui connaît bien l'Histoire et surtout noie, à mon sens, l'histoire propre de chacun de ses personnages dans une débauche de données impersonnelles. Si je veux lire un ouvrage d'Histoire, je lis un ouvrage d'Histoire (un document, un témoignage, un essai), si j'ouvre un roman c'est pour avoir un autre niveau de lecture, plus tourné vers l'empathie que la documentation. Voilà un parti pris de l'auteur auquel je n'ai pas adhéré et j'ai eu peur, je ne vous le cache pas, que ce "travers" soit présent jusqu'à la fin de l'ouvrage.

Heureusement ce ne fut pas le cas et au milieu de roman, les personnages prennent plus d'ampleur et le lecteur commence à s'attacher à certains d'entre eux. Les événements les écorchent, les malmènent eux aussi et on commence à entrer plus profondément dans leurs vies. Ce qui au départ était parti pour être un roman vite lu / vite oublié, devient peu à peu une histoire à laquelle le lecteur s'accroche. Certains personnages nous touchent plus que d'autres, certaines injustices éclatent et on se met à trembler pour l'avenir de l'un ou l'autre des jeunes gens qui hantent ce récit. L'écriture de l'auteur change également au fil des pages, se laissant enfin aller à la littérature, ne faisant plus que simplement relater des faits mais entrant plus profondément dans les ressentis des personnages. Dommage que cette plume littéraire n'ait pas été adoptée dès le début, cela aurait pu donner un très beau roman.

Pour ceux qui n'ont pas encore beaucoup lu sur cette période de l'Histoire, qui n'ont qu'une vague idée de l'ambiance qui pesait sur Paris durant ces années, qui sont trop jeunes pour avoir vu les documents d'archives (mais est-ce possible en fait de passer à côté de toutes ces données ?), cet ouvrage est très intéressant parce qu'il condense nombre de faits et relate précisément certains événements. Un bon petit rappel ou une bonne mise en bouche pour qui veut se pencher plus sérieusement sur le sujet par la suite. Un parti pris éducatif laissant peu de place à la volonté de recherches documentaires du lecteur qui m'a quelque peu gênée mais qui plaira sans doute à d'autres qui préfèrent avoir toutes les informations sous la main tout de suite.

Enfin, pour résumer mes propos en guise de conclusion, en ce qui concerne le fil conducteur de cet ouvrage, c'est l'histoire dans l'Histoire, ses joies et ses peines. La seconde guerre mondiale à Paris à travers la vie d'une bande de copains. Un roman écrit simplement qui retrace une partie de notre Histoire encore proche et qui touchera peut-être certains d'entre vous pour la jeunesse d'esprit, l'insouciance et la désinvolture apparente de ses personnages. En ce qui me concerne, je cherche plus que cela dans ce type de roman mais ne rejette pas pour autant "Zazous" qui a le mérite d'exister et de parler d'une guerre que l'on connaît bien avec une approche différente. Ce n'est sans doute pas le meilleur roman sur ce sujet mais il se lit sans difficulté. A chacun de voir selon ses préoccupations, ses besoins, son expérience sur le sujet si il est pertinent de se lancer dans cette lecture ou non.

mardi 24 mai 2016

"Stardust" de Neil Gaiman

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L'histoire : Dans la campagne anglaise, à l'aube de l'ère victorienne, la vie s'écoule paisiblement au petit village de Wall, ainsi nommé du fait de l'épaisse muraille qui ceint le hameau et le sépare de la forêt du Pays des Fées. Le jeune Tristran Thorn se consume d'amour pour la belle Victoria Forrester, qui ne le lui rend guère. Une nuit, alors qu'ils contemplent le firmament, une étoile tombe du ciel...

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie Gaiman aujourd'hui avec ce récit de fantasy assez court (214 pages) dont a été tiré une adaptation cinématographique plutôt côtée au casting bluffant. Pour ma part, en ouvrant le recueil, j'étais vierge de tout spoiler (je n'ai pas vu le film à l'heure où j'écris ces quelques lignes) et j'attendais avec hâte de retrouver l'auteur des très bons American gods et Coraline. Je n'ai pas été déçu!

Le petit village forestier de Wall borde la frontière qui sépare la Terre et le monde des Faëries. Un mur symbolise cette dissociation et les habitants doivent le garder pour empêcher toute incursion d'un côté comme de l'autre. Une entorse à la règle est tolérée tous les neuf ans quand s'ouvre la foire des fées qui, durant un jour et une nuit, permet aux deux mondes de se rencontrer. C'est la promesse d'Amour du jeune Tristran qui va le propulser dans le territoire interdit, à la recherche d'une mystérieuse étoile qui est tombée du ciel. Il est loin de s'attendre à ce qui va suivre, Stardust est en effet riche en rencontres et en rebondissements...

Ce roman est une réussite en terme de fantasy tout d'abord. On retrouve tous les éléments classiques du genre à la différence notable qu'elle se déroule à notre époque (du moins quand l'action se passe dans le village de départ). Mais dès que Tristran a traversé le Rubicon mur, on rencontre créatures des bois, fées de toutes sortes, sorcières malveillantes et tristes monarques que la Mort guette. Rien de véritablement neuf mais une osmose qui se fait naturellement avec cet être venu de la Terre et qui est obsédé par son amour pour la belle Victoria. Au début, c'est plutôt une épreuve laborieuse pour le jeune homme, puis le goût de l'aventure va lui venir et une fois la véritable nature de l'étoile révélée, le personnage va voir sa vie et ses certitudes vaciller. Il ne sera plus jamais le même...

Comme toujours avec ce genre, on voyage beaucoup, on combat d'horribles monstres et personnages secondaires obnubilés par leurs désirs contre-nature (ici l'éternelle jeunesse et la vie éternelle), on passe des soirées charmantes dans des auberges bondées où l'on festoie jusqu'à pas d'heure (variation plus sombre ici), on chevauche du matin au soir sur des montures parfois assez rétives (ici une licorne au tempérament fougueux), on se réveille avec des courbatures de dingue en mangeant de l'écureuil, on tombe amoureux de la mauvaise nana (ou du mauvais mec, c'est valable dans les deux sens), on retombe amoureux mais cette fois ci à priori ça devrait être bon, etc. Tout cela pour dire qu'on a entre les mains (et pas entre les nains...) avec Stardust un livre plutôt classique dans son contenu, sans réelle surprise mais au récit maîtrisé et plaisant à parcourir tant on se plaît à reconnaître les chemins déjà parcourus dans d'autres œuvres.

Mais alors Mr K, faut-il lire un tel livre me direz-vous? Ma réponse est oui car il s'agit tout de même de Gaiman et que son talent de conteur n'est plus à prouver. Les novices en terme de fantasy y trouveront une histoire prenante et bien menée, les afficionados une douce distraction entre deux romans cultes de Tolkien, George R. Martin ou encore Moorcock. Rythmé à souhait, volontiers sarcastique à l'occasion (le second degré me plaît terriblement en fantasy), lisible à différents niveaux, on y trouve forcément quelque chose qui nous donne envie d'aller plus loin dans la lecture. Plus que le récit plutôt convenu, ce sont les personnages qui m'ont accroché notamment Tristran pour son côté fleur bleu qui va se heurter à la dure réalité et celui de la sorcière qui souhaite retrouver sa prime jeunesse et qui est ici une figure tragique très shakespearienne et jusqu'au-boutiste (il paraît que c'est ma chouchoute Michelle Pfeiffer qui tient le rôle dans la version cinoche).

On passe un bon moment pour une lecture qui ne révolutionne pas le genre mais l'illustre parfaitement. L'aventure et la romance sont au rendez-vous dans le style impeccable et parfois déviant de Gaiman. Une expérience parfaite pour un après midi pluvieux coincé à la maison ou une douce pause lecture en pleine nature.

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