jeudi 10 décembre 2015

"Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus" de Eric-Emmanuel Schmitt

les 10 enfants que mme Ming n'aura jamais eus

L'histoire : Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ?
L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.

La critique Nelfesque : Plonger dans un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est avoir la certitude de se déconnecter de notre quotidien et être entraîné dans des contrées lointaines. Avec "Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus", nous ne dérogeons pas à la règle ! Départ ici pour la Chine et la sagesse asiatique.

Notre narrateur, un homme d'affaires parisien, se retrouve très souvent à séjourner au Grand Hôtel de Hong Kong afin de signer divers contrats avec la Chine. C'est là qu'il va faire la connaissance de Madame Ming, dame pipi au sous-sol de ce palace. De voyage en voyage, un dialogue au long cours et une certaine intimité vont se tisser entre eux. Deux personnages que tout semble opposer sociologiquement parlant vont s'enrichir l'un de l'autre.

Madame Ming va trouver en cet homme d'affaires une oreille attentive et bienveillante. Quant à lui, c'est tout un univers onirique, philosophique et une véritable leçon de vie que Madame Ming s'apprête à lui conter. Véritable détentrice d'une sagesse ancestrale, elle va, à travers son histoire, lui enseigner les préceptes de Confucius, l'aider à voir dans sa vie d'occidental hyperactif des bonheurs simples et le véritable sens de la vie.

Loin d'être un roman ardu et pénible, "Les dix enfants..." se lit tel un conte et les petites histoires de Madame Ming et l'évocation de ses enfants font réfléchir le lecteur sans lourdeur et effort. Ho, Da-Xia, Kun, Kong, Li Mei, Wang, Ru, Zhou, Shuang et Ting Ting sont autant de prétextes pour essaimer des morceaux de vies loufoques et singuliers.

Dans ce pays de l'enfant unique, il est difficile de croire qu'une femme ait pu donner la vie à 10 enfants. Madame Ming serait-elle une parfaite usurpatrice ou aurait-elle vraiment réussi à éduquer autant de bambins devenus aujourd'hui des adultes si originaux ? Telle est la question que va se poser notre parisien tout le long de cet ouvrage tout en ayant conscience que là n'est pas le plus important.

Avec "Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus", le lecteur ressort apaisé et avec un véritable sentiment de bien-être, Eric-Emmanuel Schmitt nous livrant ici encore un roman plein de douceur et de sagesse qui fait du bien à l'âme. Lecteurs en mal de vivre dans une époque troublée, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute
- L'Elixir d'amour
- Le Poison d'amour

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lundi 7 décembre 2015

"Retour à Little Wing" de Nickolas Butler

retour à little wingL'histoire : Ils étaient quatre inséparables. Hank, Kip, Ronny et Lee. Les rois de la petite ville de Little Wing. A l'âge adulte, leurs chemins ont divergé. Certains sont restés et voudraient fuir. D'autres sont partis loin et ne pensent qu'à revenir. Tous sont en quête de quelque chose, du bonheur peut-être. Quoi qu'il arrive, Little Wing est leur port d'attache. C'est chez eux. Et toujours, ils y retournent.

La critique Nelfesque : Il y a des romans qui vous marquent. Des romans qui vous parlent et qui résonnent en vous, dès la quatrième de couverture lue. "Retour à Little Wing" en fait partie...

Avec une histoire simple, Nickolas Butler retient le lecteur dans ses filets. Il ne se passe rien d'exceptionnel à Little Wing, il n'y a pas d'histoires sordides, pas d'évènements joyeux à retentissement mondial. Il n'y a pas foule de touristes l'été et encore moins l'hiver quand la neige fait son apparition. Nous ne sommes pas ici en bord de mer ou en haute montagne. Rien ne fait de Little Wing une ville différente des autres.

Little Wing est une ville agricole en plein coeur du Wisconsin. Un silo à grains, un bar, une grange où l'on fête les mariages, plusieurs fermes... Et guère plus. C'est dans ce décor que se plante ce roman de Butler. Un premier roman qui sent bon la campagne américaine et les grands espaces, les sentiments simples et l'humanisme.

Hank est fermier et mène une vie paisible avec sa femme Beth et leurs deux enfants. Kip, après des années en tant que trader à Chicago, décide de monter un restaurant à Little Wing. Ronny a un léger handicap mental depuis un accident de rodéo et Lee est une rock star internationale qui revient toujours se ressourcer dans sa ville natale. Tous les quatre se connaissent depuis l'enfance et sont amis depuis toujours. A Little Wing, ils ont vécu leurs premiers amours, leurs premières blessures, leurs premiers passages à vides et leurs plus grands bonheurs. Comme les quatre murs d'une maison, ils représentent les uns pour les autres un soutien, un refuge, une épaule sur laquelle  s'appuyer quand tout va mal et un coup de pied aux fesses quand il y en a besoin.

"Retour à Little Wing", c'est une grande histoire d'amitié. Une amitié virile entre 4 mecs de la campagne qui ont mené leurs barques différemment en grandissant mais gardent dans leurs coeurs une place pour leurs jeunes années. Une amitié virile mais qui ne tombe pas dans les clichés overdosés en testostérone. Ici, il n'y a pas de place pour la jalousie, on ne compare pas la taille de son sexe ou celle de sa voiture, on ne règle pas les problèmes à coups de poing. Tout n'est pas rose, loin de là, et l'amitié peut aussi faire mal mais dans l'humilité et le respect des années passées ensemble, les conflits se règlent en toute intelligence et l'amitié s'en trouve grandie.

Il y a en chacun de nous une part de Little Wing. Hank, Kip, Ronny, Lee ressemblent terriblement à nos amis d'enfance ou d'adolescence. Ils sont peut-être devenus plombier, ingénieur, agriculteur ou serveur. Ils se sont peut-être mariés, ont peut-être divorcé, n'ont pas pu avoir d'enfants... Difficile de ne pas mettre un visage sur chacun d'entre eux et lire ce roman sans y voir une portée plus personnelle. Dans ce monde où tout va vite, où les conflits se soldent par des fins de non recevoir, où l'on tire un trait sur des pans entiers de nos vies pour avancer parfois, "Retour à Little Wing" est un vrai retour aux sources et une lecture qui fait du bien.

L'écriture de Nickolas Butler est simple et douce. Comme une caresse, un réconfort, elle murmure à nos oreilles que la vie n'est pas simple tous les jours mais que l'on peut la traverser ensemble. Avec une finesse rare, l'auteur nous dépeint l'être humain dans ce qu'il a de plus beau. Fidélité et honnêteté sont les maîtres mots de l'amitié qui lient ces 4 personnages qui vont tour à tour prendre la parole dans ce roman et montrer aux lecteurs leurs bons côtés et leurs faiblesses. Sur 370 pages, nous allons les voir évoluer, se différencier, se rapprocher... C'est leur vie tout simplement qui va défiler sous nos yeux.

Vous l'aurez compris, avec "Retour à Little Wing", on prend son temps. Loin de la frénésie des grandes villes américaines, ici, l'accent est mis sur les grands espaces et la vie simple de ses quelques habitants. Véritable dissection de l'âme humaine, les sentiments sont passés au microscope et donnent à voir au lecteur une belle leçon de vie à qui veut la saisir, sans emphase et grands préceptes. Un petit coup de coeur !

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samedi 5 décembre 2015

"Causes mortelles" de Ian Rankin

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L'histoire : Le festival théâtral d'Edimbourg bat son plein. Mais l'inspecteur John Rebus n'a pas le cœur à se mêler à la liesse générale : on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d'un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l'IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d'artifice du festival risquent d'être particulièrement explosifs cette année...

La critique de Mr K : Retour chez Rankin avec la deuxième enquête de ce cher inspecteur Rebus que j'affectionne tant! Retour en arrière dans la chronologie des aventures de ce policier, sous la plume de Ian Rankin, les voies du chinage sont elles aussi impénétrables... Il s'agit dans Causes mortelles du deuxième ouvrage le mettant en scène. Ce détail a de l'importance car il permet de mesurer l'évolution de Rebus et faire davantage connaissance avec des personnages déjà croisés auparavant, le tout sous le signe du terrorisme nationaliste et de l'embrigadement de la jeunesse. Tout rapprochement avec la récente actualité est totalement fortuit et non voulu.

Rebus n'aime pas cette période festive qui bat son plein chaque année à la même époque à Edimbourg. Non pas qu'il déteste le théâtre de rue (sic) mais la tension monte d'un cran, la surveillance doit être accrue et la police est sur les dents. Simple inspecteur de quartier, il se retrouve confronté à une affaire plus importante qu'à son habitude. Un jeune homme est retrouvé mort dans l'ancienne ville et tout porte à croire qu'il a été exécuté à la mode IRA, une balle dans chaque articulation et pour finir un ravalement de façade façon mafia. Très vite, il va devoir collaborer avec une section spéciale dédiée aux affaires dites "d'État". Vu le caractère du bonhomme, vous imaginez que la collaboration ne va pas être facile surtout qu'il semble qu'on lui mette des bâtons dans les roues. La quête de la vérité sera longue, âpre et pavée de mauvaises intentions…

Quel plaisir d'abord de retrouver Rebus. Plus jeune, plus instinctif, on retrouve son côté impulsif, borderline et ses intuitions dont il a le secret. Sa fille n'est pas encore handicapée mais il ne la voit pas du tout. Il a une liaison avec Patience, sa douce et compréhensive doctoresse de maîtresse mais malgré ces quelques embellies, il abuse de la dive bouteille pour noyer ses remords et son chagrin. Pour autant, il se bat contre ses démons et mène l'enquête avec le brio qu'on lui connaît. Inspirant la méfiance auprès de la brigade spéciale qu'il doit intégrer contre son gré (Rebus est peu sociable), il va se heurter au syndrome du petit nouveau (assez rigolo quand on connaît son passif et son expérience) et "se frictionner" sévèrement avec quelques collègues. Il fera aussi de bonnes rencontres et trouvera même son alter ego, ce qui donne lieu en fin de roman à des passages savoureux entre interrogatoires croisés et scènes d'action drôlatiques les mettant aux prises avec de jeunes imbéciles insolents et mal élevés (pour rester poli).

Édimbourg est arpenté une fois de plus de part en part par les personnage, livrant ainsi une vision tourmentée et détaillée de cette métropole. L'ambiance est à la fête certes mais en arrière plan se joue des luttes séculaires d'influence et de territoire. Il est ainsi beaucoup question de l'opposition entre catholiques et protestants (au détour d'un derby entre deux équipes du cru notamment) où chacun se lance des noms d'oiseau et se répand en sentences agressives. Véritable cercle vicieux, Rebus et ses acolytes se doivent de déjouer les apparences et de démêler le vrai du faux dans un sac de nœud bien fourni! Rajoutez là-dessus, une dose d'organisation identitaire radicale avec ses théoriciens, ses financiers, ses recruteurs et ses jeunes loups aux dents longues (souvent décérébrés et totalement manipulés) et vous obtenez un livre policier bien tendu où la pression ne fait que monter, débordant le cadre de l'enquête en elle-même et menaçant la vie de Rebus. Horreur, Malheur!

En cela, Causes mortelles se démarque quelque peu des autres romans de la saga Rebus par son caractère documentaire qui apparaît à travers les situations et personnages exposés. Portrait d'une société clivée qui essaie de survivre malgré tout, de penser au lendemain plutôt qu'au passé, l'Écosse est ici joyeuse et taciturne, revendicatrice mais aussi ouverte. L'écriture de Rankin fait une fois de plus merveille et retranscrit à merveille les lieux, la tension et des scènes d'action parfois hautes en couleur. Un bijou de plus dans ma collection pour un auteur toujours aussi efficace et talentueux. Vivement le prochain, trois autres volumes m'attendent dans ma PAL!

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
- "Le Jardin des pendus"

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jeudi 3 décembre 2015

"Incident voyageurs" de Dalibor Frioux

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L'histoire : L'enfer, chaque passager d'un train de banlieue sait à quoi il pourrait ressembler : un wagon bondé, abandonné quelque part sur le réseau, après avoir vogué d'incident en incident. Coincés dans un tunnel du RER A, la ligne la plus chargée d'Europe, les deux mille voyageurs entassés n'ont tout d'abord pas voulu y croire. Ça ne durerait qu'une heure, qu'une matinée tout au plus. Mais c'est en vain que les batteries des portables se sont déchargées, que les larmes ont coulé et que les signaux d'alarme ont été tirés. Les semaines, les mois passent, les années peut-être, car les montres aussi se sont arrêtées. Dans ce huis-clos sous néons, Anna, jolie mère célibataire avec son petit garçon, Vincent, cadre supérieur raffiné qui espérait s'envoler pour Buenos Aires, et Kevin, chômeur en fin de droits, se demandent comme tous les autres s'ils sont les derniers des oubliés, les uniques survivants d'une catastrophe ou les participants d'un stage de réinsertion, et surtout, ce qu'ils ont fait pour mériter cela.

La critique de Mr K : Voilà un pitch qui a fait mouche dans mon esprit lorsque Incident voyageurs m'a été présenté. Riche en promesses entre absurde, anticipation et étude sociologique, j'en attendais beaucoup. Mais voila… A aucun moment je n'ai été pris par le récit et je me suis profondément ennuyé. Je pourrais m'arrêter là mais je pense qu'il vous faut tout de même une petite explication! De plus, au Capharnaüm Éclairé nous mettons un point d'honneur à chroniquer TOUTES nos lectures même les moins réussies. Feu!

Le principe de départ est assez réjouissant en soi. De chapitre en chapitre, nous passons d'un point de vue à un autre, celui des trois personnages principaux qui reviennent régulièrement sur leur vie d'avant et parlent aussi de leurs conditions d'existence après l'incident (par toutes petites touches). On passe donc de la caissière qui tente de survivre en tant que mère célibataire avec un quotidien morose et monotone, au sous-directeur du Louvres qui va regretter d'avoir pris le RER (pour une fois) en route qu'il était pour retrouver sa maîtresse en Argentine et Kevin un fond de fichier de Pôle Emploi qui trace sa route dans les incertitudes de son statut. Flashback en pagaille et enfermement menant à la claustrophobie sont au menu de ce voyage en terre glauque et malsaine.

Au départ, j'ai commencé cette lecture intrigué. Les chapitres s'enchaînent assez facilement et on se laisse porter par les mots et les paragraphes. Pas de liens réels entre eux et une étrangeté qui se dégage. Pas de souci majeur, je suis plutôt preneur dans le genre. Mais voila, au bout de 100 pages, la curiosité a cédé la place à l'agacement. Où veut en venir l'auteur? La critique de notre société est bel et bien présente (comme promise dans un certain nombre d'avis de journalistes et blogueurs) mais je la trouve finalement assez convenue et facile. Non pas qu'elle ne sonne pas juste, mais l'ensemble ressemble à un catalogue sans âme de nos vices. Dalibor Frioux m'a paru enfoncer des portes ouvertes sur les voyages en transports publics en région francilienne, sur l'inefficacité et l'absurdité de Pôle Emploi, sur les mecs, les femmes et j'en passe. Bref, une liste à la Prévert sans la poésie ou l'étincelle qui donne un lien et une belle consistance à l'ensemble.

Je me suis dit alors que je pourrais me raccrocher à l'aspect fictionnel et au caractère fantastique du vécu des personnages. Malheureusement, là encore, je trouve que c'est un coup dans l'eau. Tout cela manque de cohérence, d'explication et au final, on tourne la dernière page déçu et légèrement en colère (je ne suis pas rancunier en terme littéraire) avec l'impression d'avoir gâché son temps. Surtout quand on a une PAL telle que la mienne! De plus, je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages, dernière bouée de sauvetage possible pour cet ouvrage: j'ai trouvé Kevin inintéressant dans ses souvenirs (et pourtant il en vit de belles!), Vincent suffisant et creux… Heureusement Anna sauve les meubles et émeut régulièrement à travers la relation qu'elle entretient avec son fils Hutch (oui je sais les parents sont parfois cruels!).

Reste que ce roman a des qualités littéraires et que l'auteur est un écrivain au talent certain stylistiquement parlant. Que de regrets donc de ne pas avoir été emporté par l'histoire et les personnages! Une expérience très décevante que je ne peux donc pas vous conseiller. Le principe d'une critique étant avant tout d'être un texte subjectif, si cette lecture vous tente, n'hésitez pas à aller voir ailleurs pour avoir son contrepoint car cet ouvrage a plutôt bonne presse. Au Capharnaüm Éclairé, il sera très vite oublié...

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mercredi 2 décembre 2015

"Deux" de Penny Hancock

DeuxL'histoire : Au Maroc, la vie de Mona est devenu un calvaire. Elle s’occupe de sa fille, Leila, et de sa mère malade. Al, son mari, a disparu depuis plusieurs mois, peut-être parti en Angleterre pour finir ses études de médecine. Aussi quand l'opportunité d'aller travailler à Londres s'offre à elle, Mona la saisit.
A Londres, Theodora a besoin d'aide. Entre son père qui souffre de la maladie d'Alzheimer, son fils qui passe sa journée devant la télé et son émission de radio, elle ne s'en sort plus. L'arrivée de Mona dans sa vie va tout changer. Enfin elle va pouvoir s'occuper d'elle et des siens en sachant qu'elle peut se reposer sur quelqu'un. Sa maison sera impeccable, sa vie sociale à nouveau trépidante et elle va gagner, avec l'arrivée de la discrète Marocaine, plus qu'une employée de maison, une véritable confidente.
Chacune dépend de l'autre mais, très vite, va s'instaurer entre elles un rapport étrange, insidieux et violent. Une lutte feutrée, tout en retenue et en non-dits, qui ne peut que les mener au pire.

La critique Nelfesque : Amateurs de thrillers psychologiques, ouvrez grand vos yeux, "Deux" de Penny Hancock, roman de la Rentrée Littéraire chez Sonatine est fait pour vous !

Je suis en général assez sceptique concernant ce genre de thrillers et il faut bien avouer que dans cette catégorie, il y a pas mal de romans assez moyens. Oui mais voilà, depuis quelques temps, je commence à m'y intéresser de plus près et bien que n'étant toujours pas mon genre préféré, je dois bien avouer que le thriller psy bien ficelé est tout de même très efficace. C'est le cas ici avec un roman bien retors où paranoïa et angoisse vont crescendo.

Mona, tout droit arrivée du Maroc, s'apprête à travailler pour Theodora à Londres. Cette dernière a beaucoup de mal à concilier sa vie professionnelle avec sa vie de famille. Journaliste radio en pleine ascension, elle ne doit rien laisser au hasard et élever seule son fils ado et devoir gérer son père atteint d'Alzheimer se révèle être une tâche trop lourde pour elle. Heureusement Mona a le sens du sacrifice et ne semble pas avoir de mal à tenir une maison propre et bien rangée, cuisiner des mets délicieux et se faire aimer de Léo et Charles.

Il faut dire que Mona est du genre dévouée et courageuse. Elle a laissé sa mère malade et sa fille en bas âge dans son village natal pour tenter de gagner plus d'argent en Europe et ainsi payer le traitement de sa mère et les futures études de sa fille. Voilà une lourde charge qui pèse sur ses frêles épaules, elle dont le fiancé a mystérieusement disparu il y a plusieurs mois et qui ne peut dorénavant que compter sur elle-même pour faire vivre les siens.

"Deux" est une plongée dans deux façons de vivre différentes. Presque deux mondes et deux visions de la vie qui s'affrontent. D'un côté Mona, maghrébine entièrement dévouée à sa famille, prête à tout endurer quitte à s'oublier elle-même. Et de l'autre Théodora, occidentale moderne et libérée pour qui la vie professionnelle est au moins aussi importante que la vie privée et qui essaye de tout concilier en cherchant l'excellence dans tous les domaines.

Ces deux femmes vont apprendre à se connaître, s'apprécier, ne pas se comprendre, être complémentaire, se détester... Les frontières entre travail et vie privée se brouillent. Qui est vraiment Mona ? Veut-elle vraiment le bien de la famille de Théodora ? Quant à elle, n'est-elle pas finalement une esclavagiste moderne, égoïste et sans coeur ?

Avec une écriture sobre et efficace, Penny Hancock joue avec les nerfs du lecteur. Loin d'être manichéens, les personnages sont fait de nuances et il est bien difficile de déceler les "méchants" des "gentils". On adore l'un, on déteste l'autre... Puis quelques pages plus loin, on comprend certaines réactions... On ajuste notre jugement... On change d'avis... On retombe sur ses pieds... On court à droite puis à gauche... Loin de se douter de l'issue de l'histoire, le lecteur passe par tous les sentiments et la paranoïa qui gagne peu à peu les deux personnages féminins va s'emparer de celui qui tient ce roman entre ses mains. Diabolique !

Penny Hancock ne nous laisse pas une minute de répit entre les 4 murs de cette jolie maison londonienne où les apparences sont on ne peut plus trompeuses et complexes. Qui profite de qui ? Qui cache son jeu ? Quel est le véritable enjeu de cette cohabitation ? Gare aux nuits blanches, "Deux" vous emmènera au plus près de la folie et jusqu'aux plus petites heures du matin...


mardi 1 décembre 2015

"Le Cas Sneijder" de Jean-Paul Dubois

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L'histoire : Paul Sneijder est l'unique survivant d'un accident d'ascenseur. Sa fille y a perdu la vie. Depuis ce jour, sa perception de la réalité s'est affinée, comme si quelqu'un avait monté le son du vacarme du monde. Comment continuer à vivre, avec une épouse tyrannique qui ramène un poulet rôti les jours où elle voit son amant ? En changeant de métier : promener des chiens, voilà une activité attrayante.

La critique de Mr K : C'est toujours un plaisir de retrouver Jean-Paul Dubois qui manie comme personne le drame et l'humour, et dont la langue fond dans la bouche comme un bon chocolat que l'on apprécie longtemps après sa consommation. Aventurier des mots doublé d'un explorateur de l'esprit humain, il fournit avec Le Cas Sneijder un roman touchant et juste à la beauté mélancolique.

Paul est un miraculé… Enfin pas tout à fait. Lui est toujours là mais pas l'amour de sa vie. Marie sa fille n'a pas survécu à l'accident d'ascenseur dont il est sorti indemne physiquement mais qui a des répercussions sur sa vision du monde et de l'existence. Depuis son retour à la maison, il voit les choses autrement et se rend compte qu'il est passé à côté de nombreuses choses dans sa vie qu'il semble avoir traversée sans véritable envie ni volontarisme. Ainsi, il s'est laissé "phagocyté" par sa nouvelle femme qui lui impose ses choix sans que lui-même ne s'y oppose ou tente de le faire. Par exemple, elle lui a toujours refusé le droit de recevoir sa fille à la maison, l'obligeant à la voir en dehors ou chez ses parents. Paul s'est toujours couché devant elle, transformant son existence en une plaine sans passion, morne et parfois désespérante.

La disparition de Marie va changer l'ordre des choses. Pas dans le sens où il va renverser les valeurs établies dans son foyer mais plutôt dans son esprit. Se repliant de plus en plus en lui-même, il se détache progressivement de ses deux fils méprisants et de sa femme tyrannique, plus rien ne semble important à part le souvenir de Marie qu'il s'attache à maintenir vivante (de nombreux passages le montrent en pleine réflexion intérieure avec l'urne funéraire contenant les cendres de la disparue) et sa nouvelle fascination pour les ascenseurs. Il quitte son travail (reliquat d'un arrangement avec sa femme) et décide de devenir accompagnateur de chiens, travail dégradant selon son épouse très soucieuse des apparences (elle a tout pour plaire, je vous assure!). Peu à peu, au fil des pages, cet homme sombre inexorablement, délaissé des siens et livré à lui-même.

J'ai adoré ce livre. Je l'ai lu en un temps record emporté par la mélancolie qui en émane et le caractère absurde de l'existence menée par le héros. Très attachant mais en même temps parfois agaçant dans son incapacité à réagir et prendre l'ascendant sur sa moitié, Paul survit mais n'arrive pas à surmonter son deuil teinté de culpabilité et de regrets. C'est l’œil humide et le cœur au bord des lèvres qu'on tourne les pages avec quelques sursauts plus légers, notamment les passages avec son nouveau chef obsédé par les chiffres palindromes. On s’agace beaucoup aussi contre cette épouse acariâtre, narcissique et centrée sur elle-même que la honte et les remords n'étouffent pas, infidèle et frivole que seuls sa carrière et ses enfants intéressent. Dieu qu'elle est haïssable, ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti cela dans une lecture!

L'histoire se déroule à Montréal dans un quartier que j'ai eu la chance de découvrir lors d'une visite à une vieille amie en 2004. C'est étonnant de parcourir un quartier que l'on a soi-même connu autrefois: le parc botanique d'une beauté à couper le souffle (la partie asiatique est à ne rater sous aucun prétexte), les rues enneigées avec son ballet de déneigeuses, la gentillesse des québecois, l'ambiance si particulière qui règne dans les rues… Beau retour en arrière pour moi, pour une ville remarquablement bien reconstituée par un auteur au sommet de sa forme.

Chirurgien de l'âme et écrivain d'une finesse inégalée, Jean-Paul Dubois nous prend par la main tout au long de cette balade triste, qui touche en plein cœur et qui vous l'imaginez se termine bien mal... C'est en petits morceaux que Nelfe m'a récupéré après cette lecture d'une force incroyable et dont le souvenir me hante encore au moment où j'écris ces lignes… À lire absolument!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
"Vous plaisantez Mr Tanner"
"Une Vie française"
- "Kennedy et moi"

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lundi 30 novembre 2015

"L'Oiseau de mauvais augure" de Camilla Läckberg

Camilla-Läckberg-–-L’oiseau-de-mauvais-augureL'histoire : L'inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n'a pas une minute à lui. La ville de Tanumshede s'apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D'autant qu'une femme vient d'être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d'un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s'empare d' l'inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s'emballe. L'émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge...

La critique Nelfesque : Voilà bien longtemps que j'avais laissé de côté les romans de Camilla Läckberg. Non pas parce qu'ils ne m'intéressaient plus mais par manque de temps. Et oui, c'est ça de vouloir tout lire ! En route donc pour le 4ème tome de la saga "Erica Falck et Patrik Hedström" avec "L'Oiseau de mauvais augure".

Chaque roman peut se lire de manière indépendante. A chaque fois, de nouvelles enquêtes sont menées et il n'est pas forcément nécessaire de connaître les ouvrages précédents pour apprécier sa lecture. Toutefois, j'avais décidé de commencer à les lire dans l'ordre, il y a 4 ans afin de suivre l'histoire personnelle des personnages principaux en filigrane dans l'ensemble de la saga.

C'est avant tout cela qui me plaît dans les romans de Camilla Läckberg. L'impression de retrouver des amis, là où on les avait laissés il y a quelques temps. Dans leur petite commune suédoise située sur la côte ouest du pays, tout le monde se connaît. Le commissariat est à taille humaine et chaque collègue est un membre de cette petite famille. Ambiance bienveillante, petits cafés le matin avec les gâteaux fait maison...

Dans "L'Oiseau de mauvais augure", cette apparente tranquillité va être troublée par l'arrivée d'une chaîne de télévision et de sa célèbre émission de télé-réalité. Sorte de "Les Anges de la Télé-réalité" en France, cette émission est un zoo d'humains, comme on en voit beaucoup aujourd'hui via les chaînes de la TNT. Les participants sont stéréotypés (la bimbo, le rebelle, le décérébré, la suicidaire, le rebeu...) et tout ce beau monde va devoir vivre ensemble alors qu'ils n'ont rien en commun (si ce n'est avoir déjà participé à une émission de ce type) et travailler sur la commune. Le maire est aux anges, on va enfin parler de sa ville, les habitants sont méfiants, les jeunes sont surexcités. Tout va pour le mieux dans le petit monde magique de la poudre aux yeux. Jusqu'à ce qu'une participante soit retrouvée morte dans une benne à ordures...

Parallèlement à cette affaire, la vie continue et Patrik Hedström doit également faire fasse à une autre enquête, moins médiatisée mais tout aussi étrange. Une femme est retrouvée morte au volant de sa voiture, suite à un accident de la route. L'alcool semble en être la cause mais un détail trouble l'enquêteur et va nous mener dans divers endroits en Suède.

"L'Oiseau de mauvais augure" nous livre encore une enquête bien sympathique ici. C'est le roman qui m'a fait débuter la saga en 2011 (oui je sais, j'ai mis du temps) et on y retrouve tous les ingrédients d'un roman policier. Camilla Läckberg ne fait pas dans le page turner, l'histoire prend son temps, les personnages sont lambda... mais ce climat familier est très appréciable. Le lecteur s'installe tout doucement dans l'intrigue et navigue entre enquête et vie familiale de Patrik et Erica.

Car voilà tout l'intérêt des romans de Läckberg quand on les lit dans l'ordre. Le lecteur assiste à la naissance d'une histoire d'amour entre les 2 grands personnages de la saga. Petit à petit, on va les voir se rapprocher, agrandir la famille, se poser des questions existentielles et dans ce tome ci préparer leur mariage. C'est aussi le moyen de rester en contact avec Erica Falck qui depuis quelques temps est femme au foyer et n'intervient plus dans les affaires en cours (mais cela va changer dans "L'Enfant allemand" si on en croit l'amorce à la fin du roman). La préparation du mariage m'a beaucoup amusée, étant moi-même passée par là l'an dernier. Les histoires avec la famille et la belle-famille (savoureuses et tellement vraies !), les préparatifs et la logistique, le choix des menus, de la robe... Tout cela m'a rappelé des souvenirs et donne une petite bouffée de légèreté à l'ensemble. Une vie qui continue, de façon tout à fait banale même si il s'agit d'un grand évènement personnel, dans le tourbillon des caméras que connaît la commune et la pression médiatique qui s'abat sur Patrik.

"L'Oiseau de mauvais augure" est un bon roman policier. Si vous êtes habitués au genre, il y a des chances pour que vous deviniez le coupable assez tôt (ce fut mon cas) mais comme finalement ce n'est pas le plus important ici et que le plaisir de lecture n'est pas gâché pour autant, je vous conseillerai tout de même celle ci. Prendre le temps de temps en temps (comme dirait Herbert Léonard (hum...)), ça fait toujours plaisir !

destockage de pal genre préféré

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.

jeudi 26 novembre 2015

"Une Porte sur l'éther" de Laurent Genefort

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L'histoire: Favor et Dunaskite. Deux planètes reliées par un gigantesque tube de diamant de cent mille kilomètres : l'Axis. C'est par cet artefact extraordinaire, héritage d'une civilisation extraterrestre disparue, que transitent les spores de l'ambrozia, la plante la plus précieuse de l'univers connu. Outre sa fonction de régulateur végétal, c'est aussi une voie de communication prioritaire ; source de richesse autant que foyer de révoltes, l'Axis suscite ainsi la convoitise de dizaines de mondes mais inspire une peur sacrée. Aujourd'hui, la haine que se vouent les habitants des deux planètes menace gravement ce fragile équilibre. La rumeur de guerre gronde, et seul un homme peut empêcher l'irrémédiable...

La critique de Mr K: Retour dans l'univers si foisonnant de Laurent Genefort avec ce roman terminé la veille des Utopiales 2015 et que j'ai du coup fait dédicacer par son auteur. Il faut dire que cette Porte sur l'éther réunit toutes les qualités qu'on connaît au bonhomme: une imagination débridée pour décrire des univers futuristes, un soin méticuleux dans le traitement des personnages et un sens du récit et du suspens qui n'est plus à prouver.

Jarid est un diplomate un peu particulier, son rôle de médiateur est essentiel dans le règlement pacifique de crises intergalactiques. Il est appelé pour une mission autour d'un système planétaire étrange: Favor et Dunaskite sont deux planètes quasi jumelles reliées par un tube de diamant. La crise couve autour de questions économiques (entre autres le commerce et le transport de la fameuse Ambrozia) mais aussi politiques avec notamment au centre du jeu, des peuplades exilées des deux mondes qui se sont réfugiées dans le fameux Axis. Jarid aura fort affaire entre terrorisme, piraterie, raison d'État et génocide larvé.

Ce qu'il y a de fabuleux chez Genefort, c'est sa propension à fournir dans chacun de ses romans un monde foisonnant de détails allant du fonctionnement d'un système astronomique aux us et coutumes d'une peuplade reculée au fin fond d'un artefact extra-terrestre. On est gâté ici avec la mise en exergue d'une lutte de pouvoir pour avoir la main mise sur une denrée et un réseau de transport. On n'est pas loin de Dune dans les thématiques et le rendu est génial. On passe tour à tour des arcanes du pouvoir avec leurs manœuvres en sous main et leurs décisions iniques qui peuvent entraîner des massacres perpétrés au nom de l'intérêt supérieur de l'État. Cette valse diplomatique mortifère met à mal les principes d'un héros qui est loin de se douter des tenants et aboutissants des opérations en cours.

Il finira par rencontrer les habitants de l'Axis dans la deuxième partie du roman. Le lecteur est plus chanceux car il fait la connaissance dès le début de l'ouvrage avec la jeune Hutsuri qui vient de passer son rite de passage à l'âge adulte avec brio. C’est l'occasion de découvrir les origines et les traditions de ces peuples dépossédés de leur biens qui ont du s'installer dans le fameux tube diamanté. Vie rude et simple, ils se sont adaptés. D'autres ont littéralement continué leur évolution vers l'étape des post-humains à l'apparence bien différente de la notre. Alternativement, nous passons de Hatsuri à Jarid d'un chapitre sur l'autre, la rencontre aura bel et bien lieu et provoquera un certain nombre de conséquences importantes qui changeront à jamais la face de l'Axis et des deux planètes qui y sont reliées.

Texte de contrastes, Une Porte sur l'éther est une belle réussite aussi au niveau de la caractérisation des personnages qui bien que classiques dans leurs parcours se révèlent creusés à l'extrême et aussi très attachants. On se plaît à suivre les destins parallèles et pourtant si éloignés de Jarid et Hutsuri, la tension monte crescendo et franchement on tremble pour eux par moment. Il faut dire que les opposants sont aussi très bien croqués et rien ne semble pouvoir leur résister. Le space-opéra est ici jubilatoire, sans lourdeur et d'une belle portée emphatique (reproche parfois formulé envers ce sous-genre SF). L'écriture de Genefort reste toujours aussi accessible et concise, évocatrice à souhait et porteuse d'un message humaniste. On traverse cette lecture avec bonheur, le plaisir est renouvelé de visiter l'univers des Portes de Vangk (univers créé par l'auteur et développé en filigrane dans l'essentiel de ses romans SF). De beaux moments d'évasion. À lire pour tous les amateurs du genre!

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Mémoria
- Les Opéras de l'espace

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mercredi 25 novembre 2015

"Les Hauts de Hurle-Vent" d'Emily Brontë

Emily-Bront--Les-Hauts-de-Hurle-VentL'histoire : Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.

La critique Nelfesque : "Les Hauts de Hurle-Vent" est un classique de la littérature anglaise que je n'avais encore jamais lu. Pourtant ce dernier avait tout pour me plaire : un amour contrarié, une histoire de famille lourde, une ambiance pesante... C'est donc à l'occasion d'un Book Club (où chacun lit le même roman dans le mois pour en discuter tous ensemble à une date choisie) que j'ai décidé de me plonger dans ce roman culte d'Emily Brontë. Et j'ai bien fait !

Ce roman a été publié pour la première fois en 1847 et c'est le seul et unique roman d'Emily. Ces autres soeurs, Anne et Charlotte, ont quant à elles écrit plusieurs ouvrages et après avoir terminé ma lecture de celui-ci, je n'avais qu'une envie, découvrir l'écriture de cette fratrie ! Je me plongerai donc prochainement dans un nouveau roman d'une soeur Brontë mais autant vous le dire tout de suite, je suis triste de ne pas pouvoir envisager une autre lecture d'Emily tant l'univers dépeint ici m'a plu.

Dans ce roman, nous suivons l'histoire de Heathcliff. Jeune bohémien, sans famille et sans le sou, il est recueilli dans la famille Earnshaw par le père de Catherine et Hindley. Ce dernier voit d'un mauvais oeil son arrivée et lui mènera la vie dure durant toute son enfance. Catherine et Heathcliff vont quant eux développer une grande affection et une complicité qui ne trouvera de limite que dans la différence de condition sociale entre eux. Rejeté par sa famille d'adoption à l'âge adulte, il va fuir les Hauts de Hurle-Vent pour mieux revenir quelques années plus tard et mener à bien une vengeance ne laissant plus de place à la compréhension. Avec "Les Hauts de Hurle-Vent", le lecteur passe par toutes les émotions et bien qu'écrit au XIXème siècle, ce roman se lit avec beaucoup de facilité. C'est souvent la crainte du lecteur quand il s'attaque à un classique. Peur de formulations trop lourdes, d'un vocabulaire désuet, perte d'intérêt... C'est en tout cas la mienne et elle a été balayé dès les premières pages.

Emily Brontë nous plonge très vite dans une ambiance sombre, dans cette lande battue par les vents. Lockwood vient d'arriver à La Grange et loue cette demeure à Heathcliff. De nature sociable, il cherche à nouer contact avec son propriétaire mais comprend très vite qu'un secret plane sur le domaine et que les habitants de ces lieux ne sont pas très enclins au dialogue. Rustres, fermés et discourtois, ils démotivent toute tentative d'approche. C'est vers Mrs Dean, longtemps domestique à Hurle-Vent et maintenant au service de Lockwood, que celui-ci se tourne pour comprendre l'attitude de cette famille. C'est donc par sa voix que le lecteur plonge dans le passé des Earnshaw. Commence alors une immersion dans un passé trouble, froid et pavé de mauvaises intentions.

"Les Hauts de Hurle-Vent" est un roman qu'il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Les personnages ont tous leur part d'ombre et de lumière. Loin du manichéisme, ils sont complexes, parfois incompréhensibles mais profondément humains dans leur démesure. Le lecteur tour à tour monte sur ses grands chevaux, se laisse attendrir, déteste l'un et éprouve une infinie tendresse pour l'autre. Rien n'est figé et les nuances dans les personnalités des uns et des autres font évoluer le lecteur tout le long du roman. Le final est magistral, les personnages sont puissants et l'écriture envoûtante.

logo-epubUne très belle histoire d'amour, une histoire de famille passionnante qui plaira à tous les amoureux de destins torturés, une nature sauvage et hostile, ce roman d'Emily Brontë, à l'écriture fluide et évocatrice, en angoissera certain tant la mort et la souffrance y sont omniprésentes mais il est indéniable que cet ouvrage est un roman clé de la littérature anglaise de l'époque. Je vous encourage vivement à le découvrir !

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lundi 23 novembre 2015

"Ossements" de Sheri S. Tepper

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L'histoire : Mahlia, une jeune Tahitienne, croyait avoir trouvé la maison idéale pour élever ses enfants. Mais bientôt, les travaux de rénovation lui font découvrir dans une mare des ossements et un bracelet, puis dans une chambre murée, à l'intérieur même de la vieille demeure, une plaque de bois gravée de signes étranges. Un archéologue veut l'aider à éclaircir le mystère : il est retrouvé mort dans la forêt voisine, écorché vif. Peu à peu, l'inquiétant passé du village refait surface : à chaque génération, des enfants disparaissent sans laisser de traces... eux de Mahlia ne risquent-ils pas d'être les prochaines victimes?

La critique de Mr K : Petit plaisir régressif aujourd'hui avec un livre s'apparentant à de la bonne série B mêlant ésotérisme et horreur. Malgré la couverture plutôt hideuse, je ne refrénais pas mon envie de lire la quatrième de couverture. J'adhérais au pitch et je repartais avec Ossements, ouvrage acquis une fois de plus à un prix défiant toute concurrence!

Jeune mariée et jeune maman (il y en a comme ça qui aiment combiner les statuts), Mahlia se voit confier par son courant d'air de mari la lourde mission de trouver LA bonne maison qui leur permettra d'accéder au bonheur. Bien évidemment, la pioche va se révéler plus que mauvaise entre découvertes macabres, disparitions, meurtres sanglants et un passé des plus douteux. Comme celui de Mahlia d'ailleurs... Pourquoi a-t-elle tous ces maux de tête? Quelles sont ces mystérieuses visions qui l'assaillent de plus en plus? Il va lui falloir tout son courage et l'aide d'anciennes amies retrouvées pour lever le voile sur la menace qui plane sur elle et ses enfants.

On rentre très vite dans le nœuds du problème car dès les trente premières pages, on sent déjà que tout ne tourne pas rond autour de cette maison. Une mare à bestiaux fangeuse qui contient un bras coupé, une étrange pièce dont semble provenir un froid glacial, le fils aîné qui parle avec des personnes disparues que seul lui semble voir, des locaux pas des plus hospitaliers ou d'autres au charme venimeux… Personnellement, je me serai barré au plus vite mais comme il n'y aurait pas eu d'histoire, l'héroïne persiste. Elle navigue alors entre phénomènes inquiétants, phases de recherche sur le passé des lieux et révélations fracassantes qui vont mettre à mal l'équilibre qu'elle recherche pour sa petite famille. Pêle-mêle, il est question de revenants, de magie vaudoue, de références à la période esclavagiste du sud des États-Unis et de sorcellerie au sens général. Le programme est réjouissant et se tient de bout en bout.

En même temps que les tenants et les aboutissants de l'histoire, le voile se lève sur cette héroïne qui semblait si lisse de prime abord. Au début, il est constamment fait référence à des événements du passé avec lesquels elle essaie de rompre. Seulement, la solution réside dans ses capacités, ses savoirs qu'elle essaie d'enfouir au plus profond d'elle-même pour plaire à son mari. Ce dernier est d'ailleurs quasi inexistant, étant sans cesse par monts et par vaux, sans pouvoir rassurer sa femme qui traverse une phase critique. Le Salut de Mahlia passera par la reconnaissance et l'affirmation de soi. Elle peut compter pour cela sur de vieilles amies et sur l'amour de ses enfants. Cela contraste beaucoup avec l'ambiance mortifère qui pèse sur ce roman et fait ressortir la personnage principale qui pour le coup n'est ni une nunuche ni une Lara Croft en puissance, c'est seulement quelqu'un qui se débat avec sa vie. En cela le livre est une réussite.

Cet ouvrage se lit rapidement et avec un certain plaisir. Le style n'est pas révolutionnaire, on est dans du classique du genre avec des passages bien ragoûtants et des moment plus intimistes qui font mouches. On n'est pas face à un incontournable du genre pour autant, les grandes lignes de l'histoire sont saisies assez vite et sans réelle surprise, la fin m'a semblé un peu abrupte et quelques passages sentaient le remplissage. Au final, on ressort plutôt content malgré un aspect tout à fait superficiel par moment. Une lecture détente et vide neurone que je vous conseille de tenter si le cœur vous en dit.

Posté par Mr K à 16:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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