mercredi 8 mars 2017

"Dans le labyrinthe" de Sigge Eklund

Dans le labyrintheL'histoire : Un soir de mai, dans une banlieue cossue de Stockholm, Magda, une fille et onze ans, disparaît mystérieusement de sa chambre. Après plusieurs jours d'investigations, la police en vient à soupçonner le père, Martin.
Quatre proches de la victime se mettent à la recherche d'indices qui permettraient de la retrouver : Asa, sa mère, brillante psychologue qui s'enfonce dans une profonde dépression ; Martin, l'éditeur talentueux à la double vie ; Tom, son loyal collaborateur à l'ambition dévorante ; et Katja, l'infirmière scolaire qui a découvert ce que cachait la petite fille. Ces quatre voix entraînent le lecteur dans un labyrinthe de confessions troublantes.

La critique Nelfesque : C'est tout d'abord la couverture sombre et mystérieuse de "Dans le labyrinthe" qui m'a attirée. Je ne connaissais pas le nom de l'auteur, Sigge Eklund, pourtant très connu en Suède, son pays d'origine. Avec ce roman, il frappe un grand coup dans ma vie d'amatrice de thrillers et romans noir, celui-ci se trouvant à la frontière de ces deux univers littéraires. Une très belle découverte !

Magda a disparu. Ses parents sont partis dîner au restaurant à quelques mètres de chez eux et en rentrant n'ont retrouvé qu'un lit vide. Que s'est-il passé ? Magda est-elle sortie ? A-t-elle été enlevée ? Par qui ? Pourquoi ? Va-t-on la retrouver saine et sauve ?

Nous suivons l'enquête et les recherches des uns et des autres par les voi(es)x de plusieurs personnages gravitant autour de la petite. Le lecteur fait ainsi tour à tour connaissance avec sa mère, Asa, détruite et névrosée depuis la disparition de sa fille, Martin, père absent et ambitieux, Tom, le collaborateur fanatisé de ce dernier et Katja, l'infirmière de l'école de Magda. Chacun nous raconte son histoire, sa vie avant et après cette disparition comme autant de petits romans en orbite autour du drame. Des trajectoires en parallèle qui constituent autant de pièces de puzzle et qui se rejoindront dans un final glaçant.

Particulièrement friande de romans qui font la part belle à la psychologie des personnages, j'ai été ici remarquablement servie. Tout est millimétré, chaque personnage et chaque action ont leur importance. L'auteur nous perd parfois pour mieux nous retrouver. Pourquoi nous narre-t-il telle ou telle anecdote ? Pourquoi s'arrêter aussi longtemps sur des événements qui ne sont pas en lien avec l'histoire principale ? Pour ceux qui aiment, comme moi, échafauder des théories et essayer de deviner le fin mot de l'histoire avant le dénouement, accrochez-vous ! La révélation finale fait froid dans le dos et laisse le lecteur pétrifié et déchiré.

Pétrifié et déchiré par l'issu du roman mais aussi par les existences qui nous ont été donné à lire, par la concomitance des faits, par la fatalité et le fait qu'il n'y a pas de hasard. Il n'y a rien de réellement trépidant dans ce roman, nous ne sommes pas ici en présence d'un thriller classique où tout se déroule à grande vitesse. "Dans le labyrinthe" ressemble à la "vraie vie" et a plus une dimension psychologique, tout aussi palpitante. De plus, l'écriture ciselée de Sigge Eklund qui dose parfaitement ses effets est des plus convaincantes ! L'auteur prend son temps, apprivoise son lecteur, enveloppe son histoire pour mieux l'hypnotiser et lui tendre un piège dans un univers ouaté qui n'attend plus qu'à lui exploser en pleine figure.

Un conseil avant de débuter cette lecture : ne soyez pas pressé et laissez vous charmer. Pour qui veut bien se laisser porter, le voyage est des plus réussis et maîtrisés dans une ambiance faite de non-dits, de peurs, d'appréhension, de trahisons et malgré tout d'amour. Quand les jardins secrets de chacun se percutent, "Dans le labyrinthe" est un roman noir à ne pas manquer et Sigge Eklund, un auteur à découvrir d'urgence et à suivre désormais.


lundi 6 mars 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 5 et 6 de G. J. Arnaud

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L'histoire : La lune a explosé et la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. L'humanité est complètement dépendante des grandes compagnies ferroviaires, qui ne se privent pas d'exercer un pouvoir tyrannique. Un homme, Lien Rag, a déjà tenté de se soulever contre leur joug. Désormais réfugié chez les hommes-roux, ces étranges humanoïdes résistants au froid, il n'a plus qu'un seul souhait : cacher le fils hybride qu'il a eu avec une femme-roux, ce qui est formellement interdit...

La critique de Mr K : Retour en terres glaciaires, dans la gigantesque saga d'anticipation de G-J Arnaud qui reparaît depuis quelques temps chez la jeune maison d'édition French Pulp. Ce volume réunit les volumes 5 et 6 de la saga, intitulés respectivement L'Enfant des glaces et Les Otages des glaces, et fait une nouvelle fois la part belle à l'aventure, la prospective et la dénonciation du genre humain à exploiter les autres au mépris de la compassion et du partage. 

On retrouve Lien Rag, le héros principal de la série en bien mauvaise posture. Il se cache des autorités car il a commis l'irréparable : aimer et frayer avec une femelle des hommes roux. De leur union est né Jdrien, enfant métisse des deux races qui représente une abomination aux yeux des compagnies qui luttent contre les échanges inter-raciaux et pourchasse sans pitié celles et ceux qui transgressent ce qui s'apparente à un tabou. Les volumes précédents mettaient en lumière les politiques de déportation et d'asservissements dont étaient victimes les hommes roux, ici les propos se veulent plus intimistes même si l'on retrouve par moment quelques éléments de réflexion plus généraux avec l'évolution du conflit en cours. 

Car les colonies dans ces deux romans sont plus que jamais en guerre les unes contre les autres, les équilibres sont fragiles et on explore un peu plus la planète avec notamment un séjour dans la lointaine Sibérie où les règles tribales ont repris le dessus et l'inatteignable Amérique, terre d'invention, de renouvellement idéologique mais aussi d'apartheid, clin d’œil aux états esclavagistes du sud. Une fois de plus, on ne peut s'empêcher de faire de nombreux parallèles avec ce que nous avons connu et/ou connaissons encore. G-J Arnaud s'y entend comme personne pour proposer un récit vivant mais aussi intelligent. Ainsi, rien ne nous est épargné des dérives liées à la guerre, notamment le traitement réservé aux prisonniers mais aussi aux civils qui se voient convoyés d'un point à un autre sans autre choix que d’obéir. Bel éclairage en tout cas sur l’état de guerre permanent entretenu par un pouvoir oligarchique prônant des mesures liberticides pour mieux contrôler les masses et par là-même le monde. 

L'aventure est une fois de plus prenante, plus particulièrement dans L'Enfant des glaces qui voit notre héros en perpétuelle fuite, le récit s'apparentant à un road movie SF bien maîtrisé et sans temps morts. Les Otages des glaces m'a paru plus lent, parfois répétitif et même quelque peu frustrant. Gageons que la suite reprendra des couleurs et perpétuera l'aspect feuilletonnesque tellement prenant des tomes précédents. Reste des personnages attachants, des passages mêlant évasion, passion et actes de bravoure du quotidien. Je me souviendrais ainsi longtemps de la nourrice lapone qui se sacrifie pour que le fils de Rag puisse vivre, figure christique et innocente confrontée à la haine et au fanatisme. De manière générale, on passe un très bon moment malgré quelques redites et des passages érotiques qui tournent un peu au ridicule, comme si une majorité de personnages pensaient tout le temps à la chose malgré les températures polaires qui règnent sur terre. Mais bon, on ne se refait pas, l’auteur est un coquin, il aime à décrire éveil des sens et autres parties de scrabble sous la couette...

Malgré quelques scories, l'écriture de C. J. Arnaud reste toujours aussi foisonnante et simple d'accès, les amateurs de sensations fortes et d'imaginaires bien trempés seront comblés. Nombre d’éléments de fond sont en suspens et de nouveaux groupes / personnages font leur apparition, garantissant une source inépuisable de développements futurs. Affaire à suivre ici même dans les semaines à venir !

Déjà lus et chroniqués de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
- La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
- La Compagnie des glaces tomes 3 et 4

samedi 4 mars 2017

"Jimfish" de Christopher Hope

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L’histoire : Qui est ce gamin à l’étrange apparence que, par un beau jour de 1984, le vieux capitaine d’un caboteur ramène dans ses filets à port Pallid sur l’océan indien ? Le chef de la police locale, seigneur blanc, décide : il est d’une race à part et il se nommera Jimfish. Ainsi commence l’extraordinaire destin d’un Candide de la fin de l’apartheid.

Épopée picaresque de l’enfant devenu jeune homme qui, accompagné de Malala le Soviet, jardinier noir, autodidacte et philosophe, veut voir le monde pour trouver le bon côté de l’Histoire. Battu, torturé, riche, pauvre, jouisseur, Jimfish assiste, prend part même aux massacres, révolutions, turpitudes et atrocités du monde postmoderne. Toujours au bon endroit, au bon moment, il fait le mal ou le subit, le cœur sur la main. Jusqu’au jour où il apprend que Nelson Mandela est intronisé président de la toute jeune nation arc-en-ciel qui est, les journaux le disent, du bon côté de l’Histoire.

La critique de Mr K : Voilà un livre qui au-delà de sa très belle couverture va marquer sans aucun doute l’année éditoriale 2017 par sa forme et son propos. Sous la forme d’un conte effroyable, Christopher Hope (un journaliste sud-africain reconnu comme un des plus grands écrivains du pays) nous invite à voyager dans une époque troublée (fin des années 80 et début des années 90) et à méditer sur l’incurie humaine. Je vous préviens de suite, les âmes sensibles feraient bien de s’abstenir tant la démonstration est aussi cruelle qu’efficace.

Jimfish est un jeune homme aux origines bien mystérieuses (sa couleur de peau est indéterminée) et c’est cela même qui le met d’office au ban de la société sud-africaine de l’époque, toujours engoncée dans le carcan de l’apartheid, législation inique en vigueur séparant dans tous les domaines de la société les noirs et les blancs. Être naïf et désintéressé, suite à un élan du coeur non contrôlé (il tombe amoureux de la fille du patron et elle est blanche !) il doit quitter son pays d’origine en compagnie de son vieux maître communiste intégriste et va explorer le monde. Il va tomber de Charybde en Sylla, enchaînant les situations et événements historiques sanglants avec une certaine distanciation, une indifférence parfois froide due à sa nature profonde. Il reviendra changé de ces différentes expériences avec un regard bien différent sur l’être humain et ceux qui les gouvernent.

Constitué de chapitres assez courts (jamais plus de dix pages), Jimfish est un peu la version thrash du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Sous ses oripeaux de conte philosophique à la Voltaire, ce Candide du XXème siècle expose nombre de nos travers et des atrocités que l’on commet au nom de nos idéaux. Ainsi, Jimfish fera escale dans nombre de pays africains où les coups d’État se suivent et se ressemblent avec leur cortège d’exactions. Les descriptions sont rudes à lire, très directes et sans fioritures. On rencontre ainsi Mobutu et ses légendaires tenues léopard, monstre sanguinaire faisant régner la terreur jusque dans ses cabinets ministériels, Mugabe le président mozambiquais et ses terribles brigades aux bérets rouges comme le sang qu’ils versent ou encore trois partis se disputant le pouvoir au Libéria. Le drame africain est remarquablement décrit à travers ce voyageur en quête de réponses à ses questions et sa recherche d’absolu (celui de son maître, la révolution communiste instaurant l’égalité universelle).

Dans la poursuite de ce rêve, il côtoiera brièvement le génie des Carpates (Ceaucescu) et fera même un arrêt à Tchernobyl en 1986 décrivant au passage la gigantesque machine à mensonges que furent les régimes dictatoriaux marxisant. Pour autant, les capitalistes ne sont pas oubliés avec quelques passages révélant les tractations secrètes des français et des américains soutenant nombre de putchistes quitte à faire des entorses avec les beaux idéaux prônés par leurs Républiques respectives. De ce côté là, la lecture s’apparente clairement à une longue descente aux enfers au pays de la real-politik, de la cupidité et de la défense des intérêts particuliers au détriment des droits de l’homme et de la morale. C’est très dérangeant mais très juste dans l’exposition des faits et l’argumentation sous-jacente. Le plus troublant résidant dans le fait que tous les éléments décrits sont réels et perdurent encore aujourd’hui.

Reste que Jimfish et ses compagnons sont des inventions de l’auteur et que leur parcours atypique lui permet de développer une voie initiatique, une prise de conscience lente et progressive autour de l’idée d’utopie et d’engagement. Au delà des horreurs décrites qui sont parfois insoutenables (vous voila prévenus), l’écriture est d’une simplicité confondante permettant à tout un chacun de pouvoir saisir les changements opérés chez le héros qui peu à peu gagne en maturité, en carapace aussi. Afin d’adoucir quelque peu le propos, Christopher Hope rajoute des éléments de narration classiques comme l’amitié et l’amour qui permettent de densifier encore davantage le personnage de Jimfish qui par bien des égards nous rappellera tour à tour les humains qui parfois détournent le regard, parfois agissent contre et à l’occasion collaborent aux atrocités de ce monde.

Vous croyez que j’en ai dit beaucoup ? Détrompez-vous, ce court roman de 205 pages contient encore bien des secrets et des réflexions que je vous laisse la joie de découvrir. A mon sens, ce livre a un aspect quasi nécessaire et essentiel, une mission supérieure à la simple lecture de distraction. Il fournit les armes de la compréhension et de la différenciation entre le bien et le mal, des outils pour réfléchir par soi-même et peut-être à notre niveau changer le monde en commençant par le voir autrement. Une sacrée claque pour un roman aussi puissant qu’intelligent. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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jeudi 2 mars 2017

"Premier de cordée" de Roger Frison-Roche

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L'histoire : Premier de cordée parle d’un jeune homme, Pierre Servettaz, qui vit à Chamonix dans les années 1930-1940. Le garçon aimerait exercer la même profession que son père : guide de haute montagne. Mais son père refuse qu'il prenne autant de risques. Il est donc en formation d'hôtelier et ne pratique la montagne qu'en tant que loisir. Quand un jour lors d’une escalade son père est foudroyé au du Dru, Pierre décide d'aller récupérer le corps de son père : accompagné de ses amis il se lance donc dans une escalade périlleuse. S'acharnant contre tout bon sens, il fait une terrible chute dans laquelle il manque de laisser sa vie.

La critique de Mr K : Une petite Madeleine de Proust en chronique aujourd’hui avec une re-lecture exaltante et émouvante, celle de Premier de cordée de Frison-Roche, un des premiers livres marquants que j’ai pu lire pré-adolescent. Conseillé par ma professeur de français de l’époque, je l’avais goutté et apprécié comme jamais, l’ouvrage faisant notamment écho à mon amour des vacances d’été à la montagnes (ma grand-mère était pyrénéenne et j’y passais beaucoup de temps entre grimpette, randonnée et bons repas) et donnait à voir de manière précise et imagée le petit monde des guides de haute montagne et la vie à Chamonix au siècle dernier. C’est avec un plaisir sans nom que j’ai refait le voyage en compagnie de Frison-Roche, le résultat est toujours le même : une superbe lecture.

Nous suivons plus ou moins le destin de Pierre, fils d’un guide renommé de la région de Chamonix qui va trouver la mort tragiquement suite à un orage d’une rare violence. La première partie de l’ouvrage s’attelle à nous décrire ce choc à travers les yeux du fils meurtri, de la victime elle-même (expliquant les raisons qui ont pu le pousser à pratiquer l’alpinisme malgré un temps déplorable) et des gens du crû formant une communauté très soudée. Un autre accident va intervenir et mettre en péril les velléités de Pierre à suivre les traces de son père et la deuxième partie du roman s’attache à sa rééducation et sa guérison pour pouvoir à son tour devenir guide. Ce livre est magique pour bien des raisons.

Tout d’abord, c’est un vrai roman d’aventure un peu à l’ancienne où l’on suit au plus près les personnages dans leur quête d’absolu avec cette bivalence étrange envers le milieu montagneux à la fois attirant et angoissant. Les parties narratives dédiées aux "courses" (randos + alpinisme avec touristes) sont d’un réalisme terrible, l’auteur collant au plus près de ses personnages, n’omettant aucun détail technique / psychologique qu’il insère avec talent dans la tête du lecteur qui se retrouve quasi parti-prenant de l’expédition. L’amateur de récit de voyage que je suis a été servi avec des scènes merveilleuses d’ouverture à la Nature mais aussi des phases de tension saisissantes qui mettent mal à l’aise et donnent irrémédiablement envie de lire la suite. J’avais beau l’avoir déjà lu, j’ai redécouvert quelques aspects du récit et j'ai réagi tout aussi bien que lors de ma première lecture.

Les personnages sont très bien ficelés. On reste dans du classique avec des figures éprouvées de la narration romanesque mais on éprouve tout de même beaucoup d’empathie pour ce jeune orphelin de père qui voit du jour au lendemain la terre s’ouvrir sous ses pieds et l’empêcher de réaliser son rêve. On soutient toute sa bande d’amis qui essait tant bien que mal de lui faire remonter la pente et de lui redonner envie de vivre, on se plaît à suivre la douce vie de ce village campagnard et montagnard avec ses rites et ses habitudes ancestrales (le combat de vache pour désigner la reine du troupeau, le fonctionnement d’une maison d’hôte, l’organisation du métier de guide, les techniques d’agriculture…) Modèle de civilisation bien expliqué grâce à la langue merveilleusement précise et accessible d’un auteur naturaliste et amoureux de ces lieux.

Et puis, il y a la montagne et la Nature. C’est un pied intégral de replonger dans les nombreuses descriptions qui émaillent le texte. Loin de l’alourdir, il en renforce le sens et la vision. Tant de beauté déployée entre les printemps fleuris et les hivers glaciaux et dangereux pour l’homme. La nature transcende son apparence mais aussi la vie des hommes qui ont choisi une existence quasi monacale pour certains (les gardiens de cabane). On en prend vraiment plein les yeux et on ressort plus riche, l’esprit peuplé d’images incroyables comme celles des massifs montagneux émergents de la brume, du temps changeant qu’il faut surveiller et qui donne lieu à de spectaculaires tableaux visuels et parfois auditifs, de la nature en expansion prodigue à l’occasion de bienfaits. Ce livre est donc un bel hommage rendu aux espaces montagnards, l’inspiration qu’ils peuvent provoquer et la pureté qu’il peut s’en dégager.

Il se dégage un charme désuet de ce récit, cela se voit dans la manière d’écrire et se ressent dans le monde qui nous est donné à voir, peuplé parfois de visions naïves, la plus grande étant cette solidarité à toute épreuve qui se dégage de ces pages alors que je suis loin de partager cet optimisme béat. Loin pour autant de rabrouer mon enthousiasme, cet aspect suranné donne un cachet et une profondeur intéressante au livre, lui font conserver une aura intacte et une puissance évocatrice toujours aussi impressionnante. Un sacrée lecture que je ne peux que vous conseiller.

lundi 27 février 2017

"Frankenstein" de Benoît Becker : T3 "La Nuit de Frankenstein'' & T4 "Le Sceau de Frankenstein"

FrankensteinT3et4L’histoire : Que fait un pasteur à demi-fou, adepte illuminé de Nietzsche quand il rencontre le monstre de Frankenstein ?
Il y voit un surhomme, l’avenir de l’humanité.
À condition de permettre au monstre de se reproduire... quitte à déclencher, dans les Alpes suisses, un véritable carnage !

La critique de Mr K : Suite de mes pérégrinations en terres hantées avec les tomes 3 et 4 de la réédition des romans que Benoît Becker (aka Jean Claude Carrière) a consacré à la mythique créature du docteur Frankenstein dans les années 50. French pulp éditions a décidément bon goût dans l’exhumation de vieux ouvrages toujours aussi plaisants à lire malgré le temps qui passe (je vous renvoie notamment à mes chroniques concernant la gigantesque saga de La Compagnie des glaces).

On retrouve dans le présent volume deux romans distincts : La Nuit de Frankenstein et Le Sceau de Frankenstein. Ils se déroulent chronologiquement après les deux premiers qui m’avaient bien enthousiasmés, procurant plaisir de lire immédiat, évasion et une belle expérience à partir du superbe matériaux de base de Shelley. On retrouve ici tous les ingrédients qui m’avaient bien plu dans les précédents tomes et même un petit peu plus avec deux ambiances bien différentes mais bien plantées pour mieux mettre en avant la créature qui a un peu évoluée depuis les deux premiers romans.

Dans La Nuit de Frankenstein, nous voila propulsé dans les années 1920 dans les Alpes autrichiennes. La servante du pasteur a mystérieusement disparue et un braconnier chevronné retrouve le corps par inadvertance lors d’une vérification de ses pièges. La population sous tension commence à flipper surtout que l’on entrevoit d’étranges lumières émanant de vieilles ruines hantées et que le pasteur a un comportement de plus en plus suspect. Une nouvelle disparition va précipiter les événements et l’horreur s’abattre sur ce village au départ sans histoires. Se lisant d’une traite, ce premier récit mélange allégrement le mythe du surhomme et le récit de chasse naturaliste. On a le droit à de très beaux passages sur le rapport de l’homme à la nature sauvage avec un héros mis au ban du village qui va retrouver une certaine légitimité à travers ses actes de bravoure pour combattre le mystérieux mal qui sévit dans les parages. Très bon personnage aussi que celui du pasteur, littéralement possédé par une obsession déviante qui va causer sa perte et faire beaucoup de dégâts collatéraux, les scènes de folie sont remarquablement rendues avec un personnage borderline au possible qui fait froid dans le dos. Mission réussie !

Le Sceau de Frankenstein se déroule peu après les événements du récit précédent et essentiellement dans le cadre restreint d’un hôpital psychiatrique. Un gardien de nuit est retrouvé égorgé et une patiente mutique semble reliée à ce meurtre épouvantable malgré son impossibilité de bouger de sa cellule. Très vite, un des psychiatres va se rendre compte qu’une ombre massive et menaçante rôde dans les alentours, les festivités du carnaval approchant à grands pas, la créature va se déchaîner et la folie meurtrière sera une fois de plus libérée. Moi qui adore les histoires (livres, séries, films) se déroulant dans des centres pour aliénés, j’ai été servi avec une caractérisation des lieux impeccable et une angoisse diffuse très bien installée. C’est l’occasion aussi de voir les premières applications des théories de Freud qui pour l’époque sont révolutionnaires et ont du mal à faire leur chemin chez les praticiens. Le suspens est là aussi efficace, bien mené jusqu’à une fin terrifiante où les victimes seront nombreuses.

Les deux romans ici regroupés ici sont de vraies réussites, on gagne même en épaisseur concernant le monstre qui développe une certaine intelligence avec des buts à poursuivre qui le pousse à agir de façon plus constructive et parfois même avec l’aide de comparses manipulables à souhait. Bien que toujours monolithique et extrêmement effrayant, ce sont ses lueurs d’intelligence qui rendent la créature plus terrifiante que jamais. D’ailleurs, les personnages humains ne s’y trompent pas et peu d’entre eux échapperont à ses griffes. Et dire qu’il reste encore deux textes à lire...

Comme dit plus haut, avec Frankenstein, le plaisir est immédiat et durable. La langue de Becker reste toujours aussi accessible, fluide, fourmillante de détails immersifs sur les lieux, favorisant le sentiment d’étouffement et de menace. Les personnages sont aussi très poussés avec de très belles descriptions de personnages hantés, possédés par leurs missions ou idéaux. Certes, on reste dans de la narration classique avec des effets déjà éprouvés mais à aucun moment on ne relâche son attention tant on est pris par l’histoire, hypnotisé par les actes de la créature et la trace de peur qu’elle laisse derrière elle. Si vous êtes amateur du genre, ce serait vraiment dommage de passer à côté !


lundi 20 février 2017

"La Nuit est sale" de Dan Kavanagh

La Nuit est sale - KavanaghL’histoire : Quand on s’est fait vider de la police parce qu’on avait des mœurs qui ne plaisent pas aux honnêtes gens, l’avenir n’est pas rose. Surtout quand on s’attaque, pour gagner sa croûte, au monde des malhonnêtes gens. Celui qui, dans Soho, organise des rackets, la prostitution, le ciné porno. Celui qui fait chanter les flics pourris et les commerçants véreux. Le monde qui a tout pouvoir sur la lâcheté, la bêtise et la convoitise humains.

La critique de Mr K : Petite plongée dans le roman noir avec La Nuit est sale de Dan Kavanagh, un ouvrage trouvé par hasard chez notre cher abbé qui regorge régulièrement d’ouvrage séduisants. Celui-ci en faisait partie avec sa quatrième de couverture intrigante faisant la part belle à des thèmes récurrents du genre : la corruption, le héros déclassé et une affaire qui risque à jamais de changer son existence. Après lecture, on peut dire que c’est une belle réussite et que l’on ne s’ennuie pas un instant.

Un entrepreneur de Soho contacte Duffy (le héros qui donne son titre au roman en version originale) pour une histoire de racket qui commence à aller très loin. Cet exportateur de masques et de déguisements se voit harceler par téléphone par un certain Salvatore qui après avoir mutilé la femme de sa victime (une belle coupure de 20 cm derrière l’épaule), lui réclame semaine après semaine quelques livres sterling qui au fil du temps se multiplient pour atteindre des sommes faramineuses. Duffy exclu de la police suite à un scandale sexuel commence son enquête et au fil de ses recherches va se rendre compte que le poisson à ferrer est très gros et qu’il va plus que risquer sa vie et celle de sa douce Carol...

La Nuit est sale est très classique dans sa facture. On retrouve le confort d’un roman noir à l’ancienne avec des figures éprouvées comme l’antihéros au bord du gouffre qui à cause d'une machination bien huilée s’est retrouvé plus bas que terre. Duffy a mangé son pain noir et il essaie tant bien que mal de vivoter dans sa nouvelle situation. Sa maîtresse Carol est toujours auprès de lui malgré leurs difficultés et il exerce ses talents de conseiller en alarmes anti-intrusion. À l’occasion, comme dans ce récit, il peut se muer en détective privé en se chargeant de petites affaires. Malheureusement pour lui, le cas qui le préoccupe est tout sauf une broutille car très vite, il se retrouve confronter à des personnalités importantes du milieu de la nuit et du sexe, monde sans scrupule où les gens disparaissent très facilement et où la vie humaine n’a plus beaucoup de valeur.

Au fil de l’enquête, on plonge dans le monde interlope des travailleuses du sexe, des cinémas X et du racket organisé à grande échelle. C’est rude et frontal entre les filles exploitées, la misère humaine, les actions brutales d’hommes de main sadiques, la corruption généralisée des forces de l’ordre et un Londres loin d’être glamour. L’espoir est bien mince de pouvoir s’en sortir quand on est pris dans les mailles du Milieu et très vite Duffy va de nouveau s’en rendre compte, après la terrible affaire qui lui a valu d’être évincé de la Police. Derrière des ficelles narratives qui paraissent usées jusqu’à la corde, certaines révélations vont faire tomber les certitudes du lecteur englué dans un univers glauque et étouffant.

Il est bien malin ce petit roman noir sans prétention de prime abord. Les personnages sont ciselés comme il faut, réservent quelques surprises malgré un cadre commun et les rencontres liées à l’enquête dressent un portrait peu flatteur des mœurs de Londres dans les années 80. Les poils se hérissent plus d’une fois, le dégoût pointe à l’occasion (le témoignage d’une prostituée à un moment est littéralement affreux) et le style prend de l’ampleur lors notamment des confrontations de Duffy avec le caïd du quartier qui s’exprime à la manière des gangsters de Tarantino dans le cultissime Reservoir dog. Le niveau s’élève alors d’un cran pour procurer peur, appréhension mais aussi sourire grâce à ce monstre de perversité aux manières courtoises. Clairement, ce pendant maléfique au héros donne une aura générale bien poisseuse à ce roman qui finit en apothéose avec un point d'orgue logique mais sans fioriture. Tout ce que j’aime dans le style.

Ce livre se lit très facilement quand on est amateur de polar bien sombre. L’écriture est posée simplement, sans lourdeurs inutiles et pose un univers crédible. L’histoire prenant de l’ampleur, le style aussi accompagne cette montée en pression qui prend à la gorge et empêche toute velléité d’arrêter sa lecture. Pour ma part, je l’ai lu en deux temps, incapable de sortir de cette histoire prenante et rudement bien menée. Sans doute pas un classique mais une bonne récréation pour tout amateur du genre. Vous laisserez-vous tenter ?

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samedi 18 février 2017

"L'Organisation" de Maria Galina

LOrganisation - Maria GolinaL’histoire : URSS, 1979, à la veille des Jeux Olympiques. En cette période de stagnation, la vie est rude : pénurie de biens, queues interminables et suspicion partout. Rosa, 17 ans, accepte à contrecoeur un emploi au service sanitaire du port, bureau SSE/2. Ce qu’elle est censée y faire n’est pas évident, et ce ne sont pas ses collègues revêches qui vont l’aider à y voir plus clair. Peu importe, entre deux rapports à saisir, Rosa s’évade sur les traces d’Angélique, marquise des anges...

Il y a bien Vassili, le "spécialiste" du SSE/2, mais ce qu’il raconte n’a aucun sens : que sont ces parasites de deuxième catégorie qu’il traque ? Quel lien avec les cadavres atrocement mutilés découverts par la police ? Et quelle est cette ombre qui la suit dans la nuit ?

En découvrant le véritable rôle du SSE/2, Rosa va vivre une aventure qui surpasse de loin celles de son héroïne préférée...

La critique de Mr K : Attention, belle claque littéraire que cet ouvrage inclassable oscillant entre le fantastique et le réalisme social. Décidément, les auteurs russes contemporains sont séduisants en diable et proposent bien souvent des voyages imaginaires totalement prenants, différents et remarquablement écrits. Après être tombé sous le charme de Glukhovsky et de Starobinets, me voila sous l’emprise de Maria Galina et son Organisation.

Rosa se voit confier une place de traductrice au sein du mystérieux bureau SSE/2 dépendant du ministère de la navigation. L’époque est rude, l’URSS est en pleine période de stagnation économique et ce travail lui permet en même temps de poursuivre ses études de langue par correspondance. Très vite, elle sent bien que quelque chose cloche dans son nouveau travail. Elle n’a quasiment rien à faire, ses collègues ont des manières étranges et elle ne sait même pas quel est le but poursuivi par le fameux bureau. Rajoutez à cela des meurtres sauvages commis dans le secteur et vous obtenez une jeune héroïne paumée (donc vulnérable) qui va devoir affronter une vérité aussi déroutante que dangereuse. Le bal peut alors commencer... N’insistez pas, contrairement à certains sites, je n’en dirai pas plus (n'allez pas sur Babelio pour lire le résumé, vous vous en mordrez les doigts !). Pas de spoilers au Capharnaüm éclairé, on respecte nos lecteurs...

À travers le personnage de Rosa, nous rentrons dans un bien étrange lieu où les employés semblent assez libres de leurs faits et gestes. Une collègue par exemple se plaît à tirer les cartes et à agir parfois sur le destin des gens, la patronne à la vie de famille compliquée oscille entre matriarcat autoritaire et présence maternelle rassurante et il y a Vassili au charme discret et à la gouaille inextinguible qui le font passer bien souvent pour un hurluberlu sans cervelle... Oui mais voila, derrière cette réalité plutôt banale se cache une mission de la plus haute importance dont le monde ignore les tenants et les aboutissants. Chacun a un rôle bien à lui, essentiel pour le bon fonctionnement du service. La jeune Rosa n’a pas conscience de cela au début (nous non plus d’ailleurs) et sa naïveté, sa candeur et sa jeunesse vont se confronter à l’indicible et à l’étrange. La plongée dans le fantastique se fait alors en douceur, le basculement se faisant progressivement et avec un sens du rythme très élaboré. J’ai aimé cette sophistication dans la narration, cette finesse et cette intelligence qui font monter la pression sur les personnages et finalement sur le lecteur totalement emprisonné par les attentes suscitées.

L'Organisation est aussi une peinture très réussie de la réalité soviétique de l’époque. Loin des images de propagande communistes et capitalistes, c’est avant tout une période où les gens souffrent de beaucoup de maux : le rationnement tout d’abord qui donne lieu ici à une scène terrible se déroulant dans un magasin, la paranoïa ambiante aussi avec des personnes toujours sur les charbons ardents, une société sclérosée dans un mode de fonctionnement suranné qui empêche l’épanouissement individuel à travers des procédures ubuesques (voir la soutenance de thèse, l’obtention d’un poste) ou encore une population en perte de repères avec l’exemple éclairant de la fille de la patronne de Rosa qui se cherche et semble s’égarer. De manière générale, le background est très bien planté avec des personnages très attachants (des premiers aux derniers rôles), ciselés à souhait et mus par des buts universels comme la réussite, l’amour et la volonté de bien vivre. Loin d’étaler les descriptions à n’en plus finir, l’auteur préfère la confrontation, les discussions entre personnages. A travers leurs réactions et leurs échanges, nous cernons mieux leurs caractères et leurs envies. C’est malin, très facile à lire et finalement très efficace.

Ce roman distille une atmosphère vraiment étrange. L’auteur se plaît à nous balader en multipliant les ellipses. Ainsi, c’est au lecteur bien souvent de deviner certaines choses qui ne sont qu’évoquées. J’aime ce procédé que je trouve extrêmement pertinent et surtout stimulant pour le lecteur qui est mis à contribution pour raconter l’histoire. Notre imagination sert de vecteur à l’illustration du récit, les attentes se multiplient et l’on est jamais déçu par les révélations qui nous sont faites successivement. La langue d’Anna Galina est tout bonnement merveilleuse, très accessible, elle se révèle à la fois évocatrice et distrayante, procurant un plaisir de lecture immédiat et durable.

Que dire de plus… sinon que ce livre est un gros coup de coeur. Une merveille de narration, un objet livresque non identifié qui vous surprendra, vous procurera nombre de sensations et restera graver dans votre mémoire pour longtemps tant il souffle sur ces pages un parfum d’originalité, de beauté et d’humanité. À lire!

jeudi 16 février 2017

Craquage de février, PAL explosée !

Le moment fatidique est finalement arrivé... Nous avons fini par céder aux sirènes de l'abbé et avons fait un petit tour à notre Emmaüs préféré hier (ceux qui nous suivent sur IG sont déjà au courant !). Une fois de plus, cette petite visite innocente (sic) s'est révélée fructueuse avec pas moins de 16 nouveaux volumes qui viennent rejoindre leurs petits camarades dans nos PAL respectives. Voici la photo de famille des nouveaux arrivants et le fameux post de nos dernières acquisitions !

Acquisitions fev 2017 ensemble

Je vous laisse deviner qui a craqué le plus... 15 livres pour moi et 1 pour Nelfe ! Irrécupérable, je sais mais c'est vraiment impossible de résister à tous ces séduisants volumes qui vous tendent leurs petites pages en implorant votre pitié. La vraie raison? Je n'ai aucune volonté face à certains auteurs ou certaines couvertures / quatrièmes de couverture. Comme en plus, je me plante rarement sur mes choix... Y'a pas de raison que ça change ! En plus, ça vous donne une bonne raison de vous moquer de moi. Et ça, c'est vraiment sympa de ma part, non ? Trève de bavardage, c'est l'heure du déballage !

Acquisitions fev 2017

- Chroniques de San Francisco et Babycakes d'Armistead Maupin. Chinage après chinage, je me rapproche de mon objectif de réunir la série complète pour un trip re-reading de fou pour cet été. Oui, je sais, je suis prévoyant et ambitieux ! J'avais adoré cette saga lors de ma première lecture et j'ai hâte de m'y replonger. Il ne m'en manque plus que 4 volumes sur les 9 que compte la collection. Miam miam !

Acquisitions fev 2017 3

Le rayon littérature asiatique était plus fourni que d'habitude, il m'a fallu choisir parmi une vingtaine de titres, ces deux là ressortaient nettement du lot :

- Hotel Iris de Yôko Ogawa. Vous n'imaginez pas ma joie en tombant sur ce livre, je l'ai embarqué sans même regardé la quatrième de couverture tant je suis tombé amoureux de la sensibilité à fleur de mot de Yôko Ogawa, une auteur japonaise qu'il faut absolument découvrir si ce n'est déjà fait. Elle dépeint l'âme humaine comme personne et se détourne des sentiers battus pour fournir de fortes émotions à ses lecteurs. Ici, on nous promet une histoire d'amour, de désir et de mort. Tout un programme !

-English de Wang Gang. Coup de poker que cette acquisition vu que je ne connais pas du tout cet auteur chinois. En pleine révolution culturelle en Chine, un jeune garçon va découvrir la langue de Shakespeare et s'ouvrir au monde grâce à un précepteur très gentleman. Ca risque de détoner en pleine dictature maoïste ! Bien hâte de voir ce que ça va donner. 

Acquisitions fev 2017 2

Voici les fameux auteurs à qui je ne peux décemment pas dire non. Des génies, des immortels ? Chacun jugera mais pour moi, ils font partie des classiques et de mes chouchous que j'adore. Non non, je ne suis pas gaga !

- Bestiaire magique de Dino Buzzati. Voici un titre de l'auteur que je ne connais pas et pourtant je l'ai beaucoup pratiqué. Il s'agit d'un recueil de nouvelles propulsant au centre des récits des animaux pour mieux dépeindre la condition humaine. Naturaliste scrupuleux, il n'hésite pas dans le présent volume à le mêler de fantastique et de merveilleux. Je suis bien curieux de lire ça !

- Le Soleil se lève aussi d'Ernest Hemingway. Encore un monstre sacré pour une oeuvre moins connue et que je vais découvrir au plus vite. On suit la destinée d'un jeune américain séjournant en France, partagé entre un amour contrarié et une amitié plus que pesante. J'espère retrouvé le style inimitable du maître et sa propension à nous transporter loin, très loin dans l'universalité de ses récits.

- Les Raisins de la colère de John Steinbeck. Re-reading ultra-séduisant que celui-ci, un livre qui a marqué mon adolescence et désacralisé le monde tel que je le percevais alors. J'avais adoré à l'époque, tellement que j'en ai oublié que je l'avais déjà en bibliothèque ! Je lirai quand même cet exemplaire que je transmettrai à mon tour... Un incontournable, une bombe, un bonheur d'engagement et d'humanisme. Steinbeck quoi !

Acquisitions fev 2017 5

SF quand tu nous tiens ! Bel effort aussi dans le rayonnage pour ce genre souvent trop boudé par le grand public. Là encore, du très très lourd en perspective !

- Le Silmarillion et Les Aventures de Tom Bombadil de J.R.R Tolkien. Culte de chez culte, un re-reading avec Tom Bombadil et une lecture trop longtemps repoussée pour le Silmarillion. C'est tout bonnement mon auteur de fantasy préféré juste devant George R.R. Martin (la feignasse qui n'écrit pas la suite de sa saga, vous savez ?). Trop hâte d'y être et de replonger en Terre du Milieu surtout qu'injustement, Peter Jackson a évincé le bon Tom de sa néanmoins très bonne adaptation du Seigneur des anneaux

- Les Déportés du Cambrien de Robert Silverberg. Plus de place dans les prisons ! Oubliez les solutions toutes faites proposées par les gugusses en campagnes, Bob a la solution ! Envoyez tout ce petit monde en pleine préhistoire quand la vie n'a pas encore émergé de l'eau. Le concept est tentant, non ? la plume poétique et alerte de l'auteur saura sans nul doute me convaincre... Mais qu'entends-je ? Tout ne se passerait pas comme prévu ?

- Le Monde de la mort d'Harry Harrisson. Clairement, la série B du lot avec une histoire de joueur professionnel envoyé sur une planète hostile à la suite d'un deal truqué. Il va devoir survivre dans la nature hostile et affronter les inquiétants habitants de ce monde en friche. Une histoire bien sympathique pour se détendre après un bon vieux classique !

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Gasp ! Le rayon fantastique / épouvante est lui aussi bien fourni... Horreur, malheur !

- Le Jour J du jugement de Graham Masterton. Le concept est délirant : un tank hanté par des GI morts sur le champ d'honneur! Je le concède, c'est plutôt "space" écrit comme ça. Mais quand on sait que c'est Masterton qui tire les ficelles, je dis que ça se tente. C'est un auteur qui ne m'a que très rarement déçu. Vous reprendrez bien un peu de gore Mr K ?

- Le Disciple de Laird Koenig. Un ersatz de Jésus écume les États-Unis accompagné de fidèles accros aux miracles. À priori, il y a anguille sous roche et le Paradis se transforme en Enfer. Je ne sais pas pour vous mais j'aime bien les histoires d'apocalypse même si je dois bien avouer que celle-ci flirte avec la série B. Qui lira verra !

 - L'Horreur du métro de Thomas Monteleone. La couverture est bien cheap (laide diront certaines, chuuuut Nelfe !) mais cette histoire de bestioles vivant sous terre et grignotant les pauvres humains passant à leur portée me tente bien. On nous promet une vengeance terrifiante de la nature sur le cancer humain régnant sur notre planète. Il m'en fallait pas plus pour basculer dans le côté obscur...

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Enfin, deux ouvrages US pur jus dont le fameux livre dégoté par Nelfe. Si ça, ce n'est pas un teaser de dingue !

- Pandemonium de Les Standiford. Un pur hasard que cette acquisition basée uniquement sur une quatrième de couverture intrigante où il est question d'armes chimiques en circulation sur le territoire américain. Un cauchemar à page ouverte selon certains, je me suis laissé tenté. Gageons que j'ai eu raison !

- Dalva de Jim Harrison. Le voila, le fameux, l'unique, le précieux ouvrage dégoté par Nelfe ! Un Jim Harrison plein de promesse, roman des grands espaces comme ma douce les affectionne doublé d'une saga familiale et d'un hymne à la vie. Franchement, si elle n'est pas contente avec cela, on ne peut plus rien pour elle...

Voili voilou. De belles trouvailles non ? Il ne reste plus qu'à trouver le temps de les lire mais je pense que je m'en arrangerai. Ne soyez pas trop triste pour Nelfe, elle va bientôt prendre sa revanche. En effet, ce samedi, c'est la vente de destockage de livres chez le même Emmaüs et les réserves sont à priori immenses (dixit le libraire de l'assos) et libres d'accès. Pour ma part, je suis puni et je n'irai pas (sinon, une pièce entière serait à consacrer à ma PAL) par contre Nelfe y sera et peut-être ses pas croiseront des ouvrages qui sauront la séduire à son tour. Wait and see...

mercredi 15 février 2017

"Le Murmure des loups" de Serge Brussolo

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L’histoire : Quelle meilleure cachette, au terme d'un hold-up sanglant, qu'un bâtiment condamné, perdu au milieu d'anciens locaux militaires placés sous haute surveillance ? Bien sûr, il vous faudra cohabiter avec les rats, véritables propriétaires des lieux...

Étudiant pauvre, Daniel Sarella, lui, s'est fait embaucher dans une société de gardiennage pour gagner un peu d'argent. Et lorsqu'il découvre l'univers ténébreux des vigiles, ces guerriers de la nuit, il se demande s'il a fait le bon choix. Trop tard. On n'entre pas impunément dans ce monde nocturne, peuplé de fantasmes d'autodéfense.

La critique de Mr K : Cet ouvrage est mon premier Brussolo de 2017 avec un titre qui errait dans ma PAL depuis déjà un sacré bout de temps. J’aime beaucoup ce vieux de la vieille de l’écriture qui a un talent fou pour fournir angoisses et frissons avec des histoires alambiquées qui ne nous emmènent jamais là où on pense aller. Avec Le Murmure des loups, il reste dans la même veine !

Jeune étudiant en Histoire désargenté, Daniel se retrouve plongé dans le monde des vigiles après avoir décroché une place dans une entreprise de sécurité pour l’été. Bien loin de son univers estudiantin, il est confronté à la dure réalité du métier de gardien de nuit avec le difficile apprentissage des horaires décalés et la cohabitation forcée avec des personnes avec lesquelles il ne partage aucun atome crochu (alcool, beaufitude, violence...). L’affaire se complique quand il se rend compte que dans un des bâtiments qu’il est chargé de surveiller se sont réfugiés après un sanglant braquage deux adeptes d’une secte millénariste... La fatigue, la pression, les fantasmes, la manipulation... rien ne sera épargné au jeune homme qui plonge littéralement en enfer.

Quitte à me répéter, la grande force de Brussolo réside dans la caractérisation de ses personnages. En peu de mots et avec une dextérité de chirurgien, il plante des personnages crédibles et profonds. On se retrouve immédiatement dans leurs peaux respectives et l’ambiance crée le reste. L’univers décrit ici est sombre, c’est celui de la nuit poisseuse, aux côtés de personnages menant des vies déviantes en dehors de la normalité admise par la majorité car travailler de nuit modifie les corps et les esprits (passage sur la lumière du jour très éclairant dans ce domaine), mais aussi des êtres dérangés comme les deux membres de la secte persuadés que l’apocalypse nucléaire est pour bientôt et qui se méfient de tous les écrans qui propulsent des ondes nuisant à la santé. Ambiance bien glauque confortée par un lieu pour le moins ragoûtant : une ancienne base militaire US désaffectée où les rats ont installé leur territoire...

Brussolo frappe une fois de plus un grand coup avec un roman qui marque durablement les esprits par la maestria déployée une nouvelle fois pour démonter consciencieusement et insidieusement le personnage principal. Peu à peu, on sent bien que Daniel est bien mal embarqué et que son "innocence" et sa naïveté vont lui porter préjudice. Son esprit d’abord endormi finit par s’égarer entre fantasmes liés à des légendes urbaines prospérant sur les peurs accumulées autour des bâtiments désaffecté (des fantômes en colère reviendraient hanter les vivants, le règne animal va bientôt remplacer l’homme...), discussions à l’emporte pièce mais éprouvantes pour le moral avec ses collègues désabusés et finalement sa rencontre avec Christine (une des membres de la secte) qui en lui racontant son parcours va le faire douter tout court (sur son existence, le monde). Cela donne lieu à des passages flippants à souhait où le personnage (et du coup le lecteur) navigue à vue, à la recherche d’éventuels repères pour revenir à la réalité. Mais plus le temps passe, plus les frontières du visible et de l’invisible semblent se mêler...

On passe un excellent moment avec cette lecture qui se révèle addictive très vite mais cela ne surprendra pas les amateurs de l’auteur qui, par son ingéniosité stylistique et ses saillies scénaristiques venues de nulle part, assène ses chapitres comme autant de directs à l’estomac laissant le lecteur en toute fin de lecture complètement KO. Je suis peut-être maso mais j’adore ça et j'en redemande !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
- "Le Nuisible"

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jeudi 9 février 2017

"Zulu" de Caryl Férey

Zulu FéreyL'histoire : Enfant, Ali Neuman a fui pour échapper aux milices de l'Inkatha en guerre contre l'ANC. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'il a enduré... Devenu chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec la violence et le sida. Les choses dérapent lorsqu'on retrouve le cadavre d'une fille blanche massacrée après avoir absorbé une nouvelle drogue aux pouvoirs effrayants. Les townships - misère totale en bordure de plages idylliques - perdent leurs repères sous la pression de nouveaux arrivants. Neuman, dont la mère a été agressée, envoie en aveugle son bras droit sur une piste plus que dangeureuse... Si l'apartheid a disparu, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre...

La critique Nelfesque : "Zulu" était dans ma PAL depuis 5 ans (!!!) et en surfant sur le net mi-janvier, j'appris que l'auteur, Caryl Férey, venait faire une rencontre avec ses lecteurs à la librairie "Au Vent des mots" à Lorient 10 jours plus tard. L'occasion est trop belle pour enfin lire ce roman et aller discuter avec l'auteur ensuite si l'ouvrage m'a plu !

Et le moins que l'on puisse dire c'est que ce fut le cas ! Un mot pour décrire cet ouvrage et l'écriture de Férey : incisif ! L'auteur n'hésite pas à aller là où ça fait mal, à malmener ses personnages, à surprendre ses lecteurs et ça vraiment j'adore. Les happy ends, très peu pour lui. On est ici dans du thriller noir à l'ambiance glauque et poisseuse. Si vous n'aimez pas les romans qui laissent peu d'espoir, passez votre chemin. Si par contre, comme moi, vous aimez être bousculé, foncez !

J'ai bien conscience d'arriver 3 ans après la bataille avec ce présent roman. Caryl Férey a une bibliographie longue comme le bras (une vingtaine de romans à son actif) mais je me réjouis d'avance de toute les belles découvertes que je vais pouvoir faire en piochant dedans sans vergogne... C'est ça la magie de la littérature !

"Zulu" a son histoire ancrée à Cap Town (aussi appelée Le Cap) considérée comme la cité mère d'Afrique du Sud et ville la plus australe du continent africain à 50km du Cap de Bonne-Espérance. Par la plume de Caryl Férey, on ressent la chaleur, la moiteur, l'ambiance des townships (quartiers pauvres en périphérie de la ville), la violence, le coeur de l'Afrique et ses croyances. Je ne pense pas que ce roman donne vraiment envie de découvrir cette ville (euphémisme) ou l'Afrique du Sud en général tant un sentiment d'insécurité se dégage de ces pages mais l'ensemble est bouillonnant et invite le lecteur avide de sensations fortes à poursuivre sa lecture avec toujours plus d'intérêt et de rage.

Caryl Férey ne nous laisse pas une minute de repos dans son histoire somme toute classique mais enlevée par une écriture rythmée et un sens de l'à-propos juste et maîtrisé. Le lecteur suit ici Neuman, un chef de la police criminelle black avec une histoire personnelle forte et une passion pour son travail. Neuman en est là aujourd'hui parce qu'il a bossé pour. Il est réglo, acharné et respecté par ses pairs. Il veille également sur sa mère, âgée et handicapée, un personnage atypique au caractère bien trempé. Dans un contexte post apartheid lourd et des frontières encore floues, un cadavre de jeune fille blanche est retrouvée dans un parc. Un cadavre mutilé pouvant être en lien avec une nouvelle drogue en pleine expansion. Entre stupéfiants, sexe, vaudou, croyances ancestrales et haine de l'autre, Caryl Férey nous entraîne dans une course contre la montre palpitante et effrénée.

N'hésitant pas à trancher dans le vif, l'auteur nous sert ici un roman bouillonnant et explosif. Un excellent ouvrage noir qui ravira tous les mordus de thriller qui attendent plus qu'une simple histoire bien construite. Surprises, psychologie, intensité, contextualisation : tout est là et c'est du tout bon ! Une expérience vivifiante qui fait du bien à tout amateur de polar qui se respecte !

Ce roman a été adapté au cinéma par Jérôme Salle avec Forest Whitaker et Orlando Bloom dans les rôles principaux. La bande-annonce punchy retranscrit bien l'énergie du roman, un film que je visionnerai sans doute à l'occasion.

Pour la petite histoire, je n'ai malheureusement pas pu rencontrer l'auteur puisque la date initialement prévue a été décalée et que mon agenda ne me permettait plus de m'y rendre. Je suis déçue mais j'espère pouvoir lui dire un jour tout le bien que j'ai pensé de son roman (et sans doute en découvrir d'autres entre temps !).

Posté par Nelfe à 17:38 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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