jeudi 17 décembre 2015

"Blog" de Jean-Philippe Blondel

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L'histoire : Le blog, c'était mon espace privé. Mon domaine. Et il a tout salopé. Je trouve ça dégueulasse. Ma révolte, je la revendique. Parce qu'il ne s'y est pas rendu qu'une fois. Il l'a suivi, pisté, décortiqué. Quand je suis en face de lui, maintenant, j'ai l'impression de me promener nu en pleine ville.

Révolté par cette trahison, le narrateur décide de ne plus adresser la parole à son père. Pour se racheter, ce dernier lui fait un don… une plongée dans le passé qui ne sera pas sans conséquence. Un roman de la filiation et de l'écriture intime.

La critique de Mr K : Une belle claque que ce roman jeunesse paru chez Actes sud junior en 2010 et dégoté à prix discount lors d'un énième craquage de votre serviteur. J'aime à l'occasion lire du roman jeunesse, histoire de me mettre à la page et de ne pas trop décrocher de la réalité que peuvent vivre mes chers têtes blondes qui sont (il faut bien l'avouer) parfois déconcertants et imprévisibles. Le héros de cet ouvrage est très éloigné de mes loulous pas très finauds mais sa quête quasi identitaire et introspective est à elle seule le symbole d'une période clef dans nos existences: l'adolescence entre splendeur et décadence.

Blogueur depuis quelques années, le narrateur s'y épanche en racontant ses journées, ses espoirs et ses déceptions. Véritable acte cathartique (comme les journaux intimes plus classiques), il y met tout son cœur et son âme. Peu à peu, l'écriture est devenue plaisir entre confessions et recherches stylistiques. Mais un jour malheureux, il découvre que son père l'a lu et cela le bouleverse profondément, il se sent découvert, violé dans son intimité. Oui je sais, ça paraît stupide à nous autres adultes mais un ado ne capte pas tout et surtout pas qu'il s'expose forcément en se livrant sur internet… mais bon, ça fait partie de leur charme entre candeur naïve et bêtise crasse. Très remonté contre son géniteur, il décide de lui faire la gueule et pas qu'à moitié! Silence radio, coupure des communications et une ambiance très pesante s'installe au foyer. Un soir, en sortant de sa chambre, il trouve un carton poussiéreux devant sa porte. Cela vient de son père qui le convie indirectement à découvrir son passé et à lever des secrets depuis trop longtemps enfouis…

Ce livre se lit d'une traite (ou deux pour moi, travail oblige!), l'addiction est immédiate. Prisonnier de la toile que l'auteur tisse avec finesse et brio, on s'attache directement à cet adolescent qui se cherche et s'oppose à la figure paternelle. Amateur de rock, attiré par les filles (dont une tout particulièrement qui aura un rôle décisif de révélateur), amateur de belles phrases, il ne comprend plus son père. Il remet en cause l'acte fatal qu'il a commis (la lecture du blog) mais aussi son attitude et comportement au quotidien, comme si ce viol virtuel avait libéré la fureur de ce jeune homme pourtant plutôt équilibré. Il est de son temps, il travaille juste ce qu'il faut au lycée, il boit des coups, fait des teufs, expérimente et bien évidemment connaît de grands bonheurs et de terribles désillusions. Il se dégage une énergie et une soif de vie qui transpirent des pages et des mots.

Et puis, il y a sa famille. Rien d’extraordinaire mais une famille que l'on apprend à connaître avec ses habitudes et ses non-dits. Une petite sœur horripilante, une mère aimante et effacée et un père un peu vieillissant, figure tutélaire de l'ensemble qui n'arrive plus à cerner son fils et regrette de suite son indiscrétion malheureuse. On y croit, le réalisme est poussé à son maximum et la caractérisation des personnages (y compris les rôles secondaires qui gravitent autour du lycée du héros) est d'une concision cristalline qui frôle la perfection.

L'exploration du carton et ce qu'il renferme est d'une intensité rare. Le fils va vraiment à la rencontre de son père, va apprendre à le connaître et mettre des mots et des vérités sur cet homme si important pour lui malgré leur brouille actuelle. Cela donne des passages parfois drôles souvent touchants, toujours puissants et enivrants. On trépigne à la fin de chaque chapitre, curieux d'en découvrir plus. A l'image du narrateur, on se doute bien que quelque chose de terrible va s'échapper de ce carton à première vue anodin, on n'est pas déçu et tout s'imbrique parfaitement en un ensemble cohérent et d'une délicatesse sans faille. De cette révélation, ressortira un jeune adulte neuf et apaisé prêt à affronter la vie et à renouer avec ses proches. On ressort véritablement bouleversé de ce livre.

C'est aussi à travers ce blog, les documents contenus dans ce carton, l'occasion de parler de l'acte d'écrire sur soi, sur son caractère curatif et défouloir. L'auteur le fait sans lourdeur, sans portes ouvertes et avec un ton, un décalage et un humour salvateur qui transforment cette entreprise en un livre vraiment unique et jubilatoire quand on est soi-même blogueur et amateur de témoignages de vie. L'écriture est limpide, d'une clarté sans pareille, accessible et touchant au cœur à chaque nouveau chapitre. Un petit bijou d'intelligence et de profondeur qu'il faut absolument avoir lu. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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lundi 14 décembre 2015

"Gandahar" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire : Au royaume de Gandahar, sur la planète Tridan jadis colonisée par des êtres humains, une vie sereine et pacifique s'est établie, loin de la technologie et de ses instruments de mort. Mais voici que les oiseaux-miroirs, qui veillent aux limites de Gandahar, annoncent qu'une armée de robots destructeurs est en marche, menaçant l'existence même du royaume. Ces hommes-machines invincibles viennent-ils de Tridan, de l'espace, ou bien d'une autre époque ? La Reine Ambisextra confie à un jeune servant, Sylvin Lanvère, la mission de le découvrir pour tenter de sauver Gandahar de ce péril mortel.

La critique de Mr K : Aujourd'hui un sacré trip revival avec Gandahar de Jean-Pierre Andrevon paru en 1969 (bien avant ma naissance), un auteur que j'apprécie tout particulièrement. Plus jeune, j'ai regardé à de multiples reprises le film d'animation éponyme de René Laloux qui exerçait sur moi un fort pouvoir de fascination. Gandahar m'a en quelque sorte initié à la SF dès mon plus jeune âge (vu pour la première fois à 9 ans si je ne m'abuse) et la découverte impromptue de cet ouvrage dans un bac à chinage m'a empli de nostalgie. C'est avec une impatience non feinte que j'entamai ma lecture.

Gandahar est un monde pacifique où la guerre n'a plus le droit de cité. L'ensemble des habitants vivent en bonne intelligence y compris avec la faune et la flore. Monde harmonieux où règne respect et osmose inter-espèces, le temps coule tranquillement. Une menace pourtant va fragiliser ce monde utopique: de mystérieux hommes-machines font leur apparition aux confins du royaume et avancent vers la capitale Jasper en ravageant tout sur leur passage, tuant tout être vivant s'opposant à eux. Complètement désarmée face à une situation si inhabituelle, la reine Ambisextra fait appel à Sylvin Lanvère chevalier du royaume pour enquêter et tenter de trouver une parade à cette invasion venue d'ailleurs...

J'adore le film et j'ai beaucoup aimé ce livre qui s'apparente avant tout à un conte SF, un texte lourd de sens et de sous-entendus dont la lecture conviendra à tout âge tant les grilles de lectures sont nombreuses, chacun pouvant en retirer quelque chose.

Les plus jeunes se verront conter une quête héroïque, une lutte pour la survie d'un monde déclinant avec le personnage central Sylvin, chevalier new age (il est bien perché le bonhomme tout de même!) auquel on s'attache immédiatement. Les rencontres et rebondissements sont nombreux donnant un dynamisme fort au livre qui se lit très vite. Certes, le héros est un peu mièvre et pétri de bons sentiments, rappelons-nous qu'au moment de l'écriture de ce livre, nous sommes à l'aube des 70', la vague beatnik est déjà là et par certains aspects, on pense un peu à Kerouac quand on suit les pérégrinations de Sylvin.

Au delà de la quête en elle-même, les plus grands auront matière à s'interroger sur nombre de sujets qui nous touchent au quotidien et qui, à Gandahar, bouleversent complètement l'ordre du monde: la différence entre besoin et désir (ce dernier accouchant notamment du matérialisme et la dégradation de notre écosystème planétaire), l'immédiateté et la perdurance (culture et nature pour les fans de philo), la querelle des anciens et des modernes… La symbolique est forte dans cet ouvrage, elle est source d'émotion et de réflexion. Comment ne pas faire le parallèle entre la disparition programmée de Gandahar et les propres maux que nous connaissons actuellement entre réchauffement climatique et course en avant sans âme en matière technologique? Pas de réponses dans ce livre mais des pistes de raisonnement fort intéressantes, mâtinées d'évasion et d'aventure.

Pas le temps de s’appesantir dans ce livre, Andrevon va à l'essentiel. À travers de courtes mais remarquables descriptions, il plante le décor de son roman. Malgré cette avarice de mot en la matière, le background est très poussé et évocateur comme jamais: paysages, us et coutumes des gandahariens, les envahisseurs et leurs outils / transports… On est plongé ici dans un univers mêlant habilement fantasy et science-fiction, ce qui donne à ce livre un charme bien particulier. En tous les cas, si vous tentez l'aventure, vous serez dépaysés et parfois étonnés par la logique qui gouverne ce monde imaginaire à nul autre pareil. La lecture est aisée et très agréable, les pages se tournent toutes seules et on est très vite addict.

Au final, on peut dire que Gandahar est un classique du genre, inhabituellement enrichi par des références multiples et habilement mêlées de notre propre monde ce qui lui donne un aspect prophétique indéniable. Une grande et belle expérience littéraire que je vous conseille d'entreprendre à votre tour au plus vite.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
- Cauchemar... cauchemars !

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samedi 12 décembre 2015

"Le Passager" de Jean-Christophe Grangé - ADD-ON de Mr K

Le-passager-de-Jean-Christophe-GrangeJ'ai déjà lu et chroniqué ce roman le 19/09/11. C'est maintenant au tour de Mr K.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Le Passager", ça se passe par là.

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jeudi 10 décembre 2015

"Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus" de Eric-Emmanuel Schmitt

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L'histoire : Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ?
L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.

La critique Nelfesque : Plonger dans un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est avoir la certitude de se déconnecter de notre quotidien et être entraîné dans des contrées lointaines. Avec "Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus", nous ne dérogeons pas à la règle ! Départ ici pour la Chine et la sagesse asiatique.

Notre narrateur, un homme d'affaires parisien, se retrouve très souvent à séjourner au Grand Hôtel de Hong Kong afin de signer divers contrats avec la Chine. C'est là qu'il va faire la connaissance de Madame Ming, dame pipi au sous-sol de ce palace. De voyage en voyage, un dialogue au long cours et une certaine intimité vont se tisser entre eux. Deux personnages que tout semble opposer sociologiquement parlant vont s'enrichir l'un de l'autre.

Madame Ming va trouver en cet homme d'affaires une oreille attentive et bienveillante. Quant à lui, c'est tout un univers onirique, philosophique et une véritable leçon de vie que Madame Ming s'apprête à lui conter. Véritable détentrice d'une sagesse ancestrale, elle va, à travers son histoire, lui enseigner les préceptes de Confucius, l'aider à voir dans sa vie d'occidental hyperactif des bonheurs simples et le véritable sens de la vie.

Loin d'être un roman ardu et pénible, "Les dix enfants..." se lit tel un conte et les petites histoires de Madame Ming et l'évocation de ses enfants font réfléchir le lecteur sans lourdeur et effort. Ho, Da-Xia, Kun, Kong, Li Mei, Wang, Ru, Zhou, Shuang et Ting Ting sont autant de prétextes pour essaimer des morceaux de vies loufoques et singuliers.

Dans ce pays de l'enfant unique, il est difficile de croire qu'une femme ait pu donner la vie à 10 enfants. Madame Ming serait-elle une parfaite usurpatrice ou aurait-elle vraiment réussi à éduquer autant de bambins devenus aujourd'hui des adultes si originaux ? Telle est la question que va se poser notre parisien tout le long de cet ouvrage tout en ayant conscience que là n'est pas le plus important.

Avec "Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus", le lecteur ressort apaisé et avec un véritable sentiment de bien-être, Eric-Emmanuel Schmitt nous livrant ici encore un roman plein de douceur et de sagesse qui fait du bien à l'âme. Lecteurs en mal de vivre dans une époque troublée, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute
- L'Elixir d'amour
- Le Poison d'amour

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lundi 7 décembre 2015

"Retour à Little Wing" de Nickolas Butler

retour à little wingL'histoire : Ils étaient quatre inséparables. Hank, Kip, Ronny et Lee. Les rois de la petite ville de Little Wing. A l'âge adulte, leurs chemins ont divergé. Certains sont restés et voudraient fuir. D'autres sont partis loin et ne pensent qu'à revenir. Tous sont en quête de quelque chose, du bonheur peut-être. Quoi qu'il arrive, Little Wing est leur port d'attache. C'est chez eux. Et toujours, ils y retournent.

La critique Nelfesque : Il y a des romans qui vous marquent. Des romans qui vous parlent et qui résonnent en vous, dès la quatrième de couverture lue. "Retour à Little Wing" en fait partie...

Avec une histoire simple, Nickolas Butler retient le lecteur dans ses filets. Il ne se passe rien d'exceptionnel à Little Wing, il n'y a pas d'histoires sordides, pas d'évènements joyeux à retentissement mondial. Il n'y a pas foule de touristes l'été et encore moins l'hiver quand la neige fait son apparition. Nous ne sommes pas ici en bord de mer ou en haute montagne. Rien ne fait de Little Wing une ville différente des autres.

Little Wing est une ville agricole en plein coeur du Wisconsin. Un silo à grains, un bar, une grange où l'on fête les mariages, plusieurs fermes... Et guère plus. C'est dans ce décor que se plante ce roman de Butler. Un premier roman qui sent bon la campagne américaine et les grands espaces, les sentiments simples et l'humanisme.

Hank est fermier et mène une vie paisible avec sa femme Beth et leurs deux enfants. Kip, après des années en tant que trader à Chicago, décide de monter un restaurant à Little Wing. Ronny a un léger handicap mental depuis un accident de rodéo et Lee est une rock star internationale qui revient toujours se ressourcer dans sa ville natale. Tous les quatre se connaissent depuis l'enfance et sont amis depuis toujours. A Little Wing, ils ont vécu leurs premiers amours, leurs premières blessures, leurs premiers passages à vides et leurs plus grands bonheurs. Comme les quatre murs d'une maison, ils représentent les uns pour les autres un soutien, un refuge, une épaule sur laquelle  s'appuyer quand tout va mal et un coup de pied aux fesses quand il y en a besoin.

"Retour à Little Wing", c'est une grande histoire d'amitié. Une amitié virile entre 4 mecs de la campagne qui ont mené leurs barques différemment en grandissant mais gardent dans leurs coeurs une place pour leurs jeunes années. Une amitié virile mais qui ne tombe pas dans les clichés overdosés en testostérone. Ici, il n'y a pas de place pour la jalousie, on ne compare pas la taille de son sexe ou celle de sa voiture, on ne règle pas les problèmes à coups de poing. Tout n'est pas rose, loin de là, et l'amitié peut aussi faire mal mais dans l'humilité et le respect des années passées ensemble, les conflits se règlent en toute intelligence et l'amitié s'en trouve grandie.

Il y a en chacun de nous une part de Little Wing. Hank, Kip, Ronny, Lee ressemblent terriblement à nos amis d'enfance ou d'adolescence. Ils sont peut-être devenus plombier, ingénieur, agriculteur ou serveur. Ils se sont peut-être mariés, ont peut-être divorcé, n'ont pas pu avoir d'enfants... Difficile de ne pas mettre un visage sur chacun d'entre eux et lire ce roman sans y voir une portée plus personnelle. Dans ce monde où tout va vite, où les conflits se soldent par des fins de non recevoir, où l'on tire un trait sur des pans entiers de nos vies pour avancer parfois, "Retour à Little Wing" est un vrai retour aux sources et une lecture qui fait du bien.

L'écriture de Nickolas Butler est simple et douce. Comme une caresse, un réconfort, elle murmure à nos oreilles que la vie n'est pas simple tous les jours mais que l'on peut la traverser ensemble. Avec une finesse rare, l'auteur nous dépeint l'être humain dans ce qu'il a de plus beau. Fidélité et honnêteté sont les maîtres mots de l'amitié qui lient ces 4 personnages qui vont tour à tour prendre la parole dans ce roman et montrer aux lecteurs leurs bons côtés et leurs faiblesses. Sur 370 pages, nous allons les voir évoluer, se différencier, se rapprocher... C'est leur vie tout simplement qui va défiler sous nos yeux.

Vous l'aurez compris, avec "Retour à Little Wing", on prend son temps. Loin de la frénésie des grandes villes américaines, ici, l'accent est mis sur les grands espaces et la vie simple de ses quelques habitants. Véritable dissection de l'âme humaine, les sentiments sont passés au microscope et donnent à voir au lecteur une belle leçon de vie à qui veut la saisir, sans emphase et grands préceptes. Un petit coup de coeur !

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samedi 5 décembre 2015

"Causes mortelles" de Ian Rankin

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L'histoire : Le festival théâtral d'Edimbourg bat son plein. Mais l'inspecteur John Rebus n'a pas le cœur à se mêler à la liesse générale : on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d'un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l'IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d'artifice du festival risquent d'être particulièrement explosifs cette année...

La critique de Mr K : Retour chez Rankin avec la deuxième enquête de ce cher inspecteur Rebus que j'affectionne tant! Retour en arrière dans la chronologie des aventures de ce policier, sous la plume de Ian Rankin, les voies du chinage sont elles aussi impénétrables... Il s'agit dans Causes mortelles du deuxième ouvrage le mettant en scène. Ce détail a de l'importance car il permet de mesurer l'évolution de Rebus et faire davantage connaissance avec des personnages déjà croisés auparavant, le tout sous le signe du terrorisme nationaliste et de l'embrigadement de la jeunesse. Tout rapprochement avec la récente actualité est totalement fortuit et non voulu.

Rebus n'aime pas cette période festive qui bat son plein chaque année à la même époque à Edimbourg. Non pas qu'il déteste le théâtre de rue (sic) mais la tension monte d'un cran, la surveillance doit être accrue et la police est sur les dents. Simple inspecteur de quartier, il se retrouve confronté à une affaire plus importante qu'à son habitude. Un jeune homme est retrouvé mort dans l'ancienne ville et tout porte à croire qu'il a été exécuté à la mode IRA, une balle dans chaque articulation et pour finir un ravalement de façade façon mafia. Très vite, il va devoir collaborer avec une section spéciale dédiée aux affaires dites "d'État". Vu le caractère du bonhomme, vous imaginez que la collaboration ne va pas être facile surtout qu'il semble qu'on lui mette des bâtons dans les roues. La quête de la vérité sera longue, âpre et pavée de mauvaises intentions…

Quel plaisir d'abord de retrouver Rebus. Plus jeune, plus instinctif, on retrouve son côté impulsif, borderline et ses intuitions dont il a le secret. Sa fille n'est pas encore handicapée mais il ne la voit pas du tout. Il a une liaison avec Patience, sa douce et compréhensive doctoresse de maîtresse mais malgré ces quelques embellies, il abuse de la dive bouteille pour noyer ses remords et son chagrin. Pour autant, il se bat contre ses démons et mène l'enquête avec le brio qu'on lui connaît. Inspirant la méfiance auprès de la brigade spéciale qu'il doit intégrer contre son gré (Rebus est peu sociable), il va se heurter au syndrome du petit nouveau (assez rigolo quand on connaît son passif et son expérience) et "se frictionner" sévèrement avec quelques collègues. Il fera aussi de bonnes rencontres et trouvera même son alter ego, ce qui donne lieu en fin de roman à des passages savoureux entre interrogatoires croisés et scènes d'action drôlatiques les mettant aux prises avec de jeunes imbéciles insolents et mal élevés (pour rester poli).

Édimbourg est arpenté une fois de plus de part en part par les personnage, livrant ainsi une vision tourmentée et détaillée de cette métropole. L'ambiance est à la fête certes mais en arrière plan se joue des luttes séculaires d'influence et de territoire. Il est ainsi beaucoup question de l'opposition entre catholiques et protestants (au détour d'un derby entre deux équipes du cru notamment) où chacun se lance des noms d'oiseau et se répand en sentences agressives. Véritable cercle vicieux, Rebus et ses acolytes se doivent de déjouer les apparences et de démêler le vrai du faux dans un sac de nœud bien fourni! Rajoutez là-dessus, une dose d'organisation identitaire radicale avec ses théoriciens, ses financiers, ses recruteurs et ses jeunes loups aux dents longues (souvent décérébrés et totalement manipulés) et vous obtenez un livre policier bien tendu où la pression ne fait que monter, débordant le cadre de l'enquête en elle-même et menaçant la vie de Rebus. Horreur, Malheur!

En cela, Causes mortelles se démarque quelque peu des autres romans de la saga Rebus par son caractère documentaire qui apparaît à travers les situations et personnages exposés. Portrait d'une société clivée qui essaie de survivre malgré tout, de penser au lendemain plutôt qu'au passé, l'Écosse est ici joyeuse et taciturne, revendicatrice mais aussi ouverte. L'écriture de Rankin fait une fois de plus merveille et retranscrit à merveille les lieux, la tension et des scènes d'action parfois hautes en couleur. Un bijou de plus dans ma collection pour un auteur toujours aussi efficace et talentueux. Vivement le prochain, trois autres volumes m'attendent dans ma PAL!

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
- "Le Jardin des pendus"

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jeudi 3 décembre 2015

"Incident voyageurs" de Dalibor Frioux

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L'histoire : L'enfer, chaque passager d'un train de banlieue sait à quoi il pourrait ressembler : un wagon bondé, abandonné quelque part sur le réseau, après avoir vogué d'incident en incident. Coincés dans un tunnel du RER A, la ligne la plus chargée d'Europe, les deux mille voyageurs entassés n'ont tout d'abord pas voulu y croire. Ça ne durerait qu'une heure, qu'une matinée tout au plus. Mais c'est en vain que les batteries des portables se sont déchargées, que les larmes ont coulé et que les signaux d'alarme ont été tirés. Les semaines, les mois passent, les années peut-être, car les montres aussi se sont arrêtées. Dans ce huis-clos sous néons, Anna, jolie mère célibataire avec son petit garçon, Vincent, cadre supérieur raffiné qui espérait s'envoler pour Buenos Aires, et Kevin, chômeur en fin de droits, se demandent comme tous les autres s'ils sont les derniers des oubliés, les uniques survivants d'une catastrophe ou les participants d'un stage de réinsertion, et surtout, ce qu'ils ont fait pour mériter cela.

La critique de Mr K : Voilà un pitch qui a fait mouche dans mon esprit lorsque Incident voyageurs m'a été présenté. Riche en promesses entre absurde, anticipation et étude sociologique, j'en attendais beaucoup. Mais voila… A aucun moment je n'ai été pris par le récit et je me suis profondément ennuyé. Je pourrais m'arrêter là mais je pense qu'il vous faut tout de même une petite explication! De plus, au Capharnaüm Éclairé nous mettons un point d'honneur à chroniquer TOUTES nos lectures même les moins réussies. Feu!

Le principe de départ est assez réjouissant en soi. De chapitre en chapitre, nous passons d'un point de vue à un autre, celui des trois personnages principaux qui reviennent régulièrement sur leur vie d'avant et parlent aussi de leurs conditions d'existence après l'incident (par toutes petites touches). On passe donc de la caissière qui tente de survivre en tant que mère célibataire avec un quotidien morose et monotone, au sous-directeur du Louvres qui va regretter d'avoir pris le RER (pour une fois) en route qu'il était pour retrouver sa maîtresse en Argentine et Kevin un fond de fichier de Pôle Emploi qui trace sa route dans les incertitudes de son statut. Flashback en pagaille et enfermement menant à la claustrophobie sont au menu de ce voyage en terre glauque et malsaine.

Au départ, j'ai commencé cette lecture intrigué. Les chapitres s'enchaînent assez facilement et on se laisse porter par les mots et les paragraphes. Pas de liens réels entre eux et une étrangeté qui se dégage. Pas de souci majeur, je suis plutôt preneur dans le genre. Mais voila, au bout de 100 pages, la curiosité a cédé la place à l'agacement. Où veut en venir l'auteur? La critique de notre société est bel et bien présente (comme promise dans un certain nombre d'avis de journalistes et blogueurs) mais je la trouve finalement assez convenue et facile. Non pas qu'elle ne sonne pas juste, mais l'ensemble ressemble à un catalogue sans âme de nos vices. Dalibor Frioux m'a paru enfoncer des portes ouvertes sur les voyages en transports publics en région francilienne, sur l'inefficacité et l'absurdité de Pôle Emploi, sur les mecs, les femmes et j'en passe. Bref, une liste à la Prévert sans la poésie ou l'étincelle qui donne un lien et une belle consistance à l'ensemble.

Je me suis dit alors que je pourrais me raccrocher à l'aspect fictionnel et au caractère fantastique du vécu des personnages. Malheureusement, là encore, je trouve que c'est un coup dans l'eau. Tout cela manque de cohérence, d'explication et au final, on tourne la dernière page déçu et légèrement en colère (je ne suis pas rancunier en terme littéraire) avec l'impression d'avoir gâché son temps. Surtout quand on a une PAL telle que la mienne! De plus, je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages, dernière bouée de sauvetage possible pour cet ouvrage: j'ai trouvé Kevin inintéressant dans ses souvenirs (et pourtant il en vit de belles!), Vincent suffisant et creux… Heureusement Anna sauve les meubles et émeut régulièrement à travers la relation qu'elle entretient avec son fils Hutch (oui je sais les parents sont parfois cruels!).

Reste que ce roman a des qualités littéraires et que l'auteur est un écrivain au talent certain stylistiquement parlant. Que de regrets donc de ne pas avoir été emporté par l'histoire et les personnages! Une expérience très décevante que je ne peux donc pas vous conseiller. Le principe d'une critique étant avant tout d'être un texte subjectif, si cette lecture vous tente, n'hésitez pas à aller voir ailleurs pour avoir son contrepoint car cet ouvrage a plutôt bonne presse. Au Capharnaüm Éclairé, il sera très vite oublié...

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mercredi 2 décembre 2015

"Deux" de Penny Hancock

DeuxL'histoire : Au Maroc, la vie de Mona est devenu un calvaire. Elle s’occupe de sa fille, Leila, et de sa mère malade. Al, son mari, a disparu depuis plusieurs mois, peut-être parti en Angleterre pour finir ses études de médecine. Aussi quand l'opportunité d'aller travailler à Londres s'offre à elle, Mona la saisit.
A Londres, Theodora a besoin d'aide. Entre son père qui souffre de la maladie d'Alzheimer, son fils qui passe sa journée devant la télé et son émission de radio, elle ne s'en sort plus. L'arrivée de Mona dans sa vie va tout changer. Enfin elle va pouvoir s'occuper d'elle et des siens en sachant qu'elle peut se reposer sur quelqu'un. Sa maison sera impeccable, sa vie sociale à nouveau trépidante et elle va gagner, avec l'arrivée de la discrète Marocaine, plus qu'une employée de maison, une véritable confidente.
Chacune dépend de l'autre mais, très vite, va s'instaurer entre elles un rapport étrange, insidieux et violent. Une lutte feutrée, tout en retenue et en non-dits, qui ne peut que les mener au pire.

La critique Nelfesque : Amateurs de thrillers psychologiques, ouvrez grand vos yeux, "Deux" de Penny Hancock, roman de la Rentrée Littéraire chez Sonatine est fait pour vous !

Je suis en général assez sceptique concernant ce genre de thrillers et il faut bien avouer que dans cette catégorie, il y a pas mal de romans assez moyens. Oui mais voilà, depuis quelques temps, je commence à m'y intéresser de plus près et bien que n'étant toujours pas mon genre préféré, je dois bien avouer que le thriller psy bien ficelé est tout de même très efficace. C'est le cas ici avec un roman bien retors où paranoïa et angoisse vont crescendo.

Mona, tout droit arrivée du Maroc, s'apprête à travailler pour Theodora à Londres. Cette dernière a beaucoup de mal à concilier sa vie professionnelle avec sa vie de famille. Journaliste radio en pleine ascension, elle ne doit rien laisser au hasard et élever seule son fils ado et devoir gérer son père atteint d'Alzheimer se révèle être une tâche trop lourde pour elle. Heureusement Mona a le sens du sacrifice et ne semble pas avoir de mal à tenir une maison propre et bien rangée, cuisiner des mets délicieux et se faire aimer de Léo et Charles.

Il faut dire que Mona est du genre dévouée et courageuse. Elle a laissé sa mère malade et sa fille en bas âge dans son village natal pour tenter de gagner plus d'argent en Europe et ainsi payer le traitement de sa mère et les futures études de sa fille. Voilà une lourde charge qui pèse sur ses frêles épaules, elle dont le fiancé a mystérieusement disparu il y a plusieurs mois et qui ne peut dorénavant que compter sur elle-même pour faire vivre les siens.

"Deux" est une plongée dans deux façons de vivre différentes. Presque deux mondes et deux visions de la vie qui s'affrontent. D'un côté Mona, maghrébine entièrement dévouée à sa famille, prête à tout endurer quitte à s'oublier elle-même. Et de l'autre Théodora, occidentale moderne et libérée pour qui la vie professionnelle est au moins aussi importante que la vie privée et qui essaye de tout concilier en cherchant l'excellence dans tous les domaines.

Ces deux femmes vont apprendre à se connaître, s'apprécier, ne pas se comprendre, être complémentaire, se détester... Les frontières entre travail et vie privée se brouillent. Qui est vraiment Mona ? Veut-elle vraiment le bien de la famille de Théodora ? Quant à elle, n'est-elle pas finalement une esclavagiste moderne, égoïste et sans coeur ?

Avec une écriture sobre et efficace, Penny Hancock joue avec les nerfs du lecteur. Loin d'être manichéens, les personnages sont fait de nuances et il est bien difficile de déceler les "méchants" des "gentils". On adore l'un, on déteste l'autre... Puis quelques pages plus loin, on comprend certaines réactions... On ajuste notre jugement... On change d'avis... On retombe sur ses pieds... On court à droite puis à gauche... Loin de se douter de l'issue de l'histoire, le lecteur passe par tous les sentiments et la paranoïa qui gagne peu à peu les deux personnages féminins va s'emparer de celui qui tient ce roman entre ses mains. Diabolique !

Penny Hancock ne nous laisse pas une minute de répit entre les 4 murs de cette jolie maison londonienne où les apparences sont on ne peut plus trompeuses et complexes. Qui profite de qui ? Qui cache son jeu ? Quel est le véritable enjeu de cette cohabitation ? Gare aux nuits blanches, "Deux" vous emmènera au plus près de la folie et jusqu'aux plus petites heures du matin...

mardi 1 décembre 2015

"Le Cas Sneijder" de Jean-Paul Dubois

dubois

L'histoire : Paul Sneijder est l'unique survivant d'un accident d'ascenseur. Sa fille y a perdu la vie. Depuis ce jour, sa perception de la réalité s'est affinée, comme si quelqu'un avait monté le son du vacarme du monde. Comment continuer à vivre, avec une épouse tyrannique qui ramène un poulet rôti les jours où elle voit son amant ? En changeant de métier : promener des chiens, voilà une activité attrayante.

La critique de Mr K : C'est toujours un plaisir de retrouver Jean-Paul Dubois qui manie comme personne le drame et l'humour, et dont la langue fond dans la bouche comme un bon chocolat que l'on apprécie longtemps après sa consommation. Aventurier des mots doublé d'un explorateur de l'esprit humain, il fournit avec Le Cas Sneijder un roman touchant et juste à la beauté mélancolique.

Paul est un miraculé… Enfin pas tout à fait. Lui est toujours là mais pas l'amour de sa vie. Marie sa fille n'a pas survécu à l'accident d'ascenseur dont il est sorti indemne physiquement mais qui a des répercussions sur sa vision du monde et de l'existence. Depuis son retour à la maison, il voit les choses autrement et se rend compte qu'il est passé à côté de nombreuses choses dans sa vie qu'il semble avoir traversée sans véritable envie ni volontarisme. Ainsi, il s'est laissé "phagocyté" par sa nouvelle femme qui lui impose ses choix sans que lui-même ne s'y oppose ou tente de le faire. Par exemple, elle lui a toujours refusé le droit de recevoir sa fille à la maison, l'obligeant à la voir en dehors ou chez ses parents. Paul s'est toujours couché devant elle, transformant son existence en une plaine sans passion, morne et parfois désespérante.

La disparition de Marie va changer l'ordre des choses. Pas dans le sens où il va renverser les valeurs établies dans son foyer mais plutôt dans son esprit. Se repliant de plus en plus en lui-même, il se détache progressivement de ses deux fils méprisants et de sa femme tyrannique, plus rien ne semble important à part le souvenir de Marie qu'il s'attache à maintenir vivante (de nombreux passages le montrent en pleine réflexion intérieure avec l'urne funéraire contenant les cendres de la disparue) et sa nouvelle fascination pour les ascenseurs. Il quitte son travail (reliquat d'un arrangement avec sa femme) et décide de devenir accompagnateur de chiens, travail dégradant selon son épouse très soucieuse des apparences (elle a tout pour plaire, je vous assure!). Peu à peu, au fil des pages, cet homme sombre inexorablement, délaissé des siens et livré à lui-même.

J'ai adoré ce livre. Je l'ai lu en un temps record emporté par la mélancolie qui en émane et le caractère absurde de l'existence menée par le héros. Très attachant mais en même temps parfois agaçant dans son incapacité à réagir et prendre l'ascendant sur sa moitié, Paul survit mais n'arrive pas à surmonter son deuil teinté de culpabilité et de regrets. C'est l’œil humide et le cœur au bord des lèvres qu'on tourne les pages avec quelques sursauts plus légers, notamment les passages avec son nouveau chef obsédé par les chiffres palindromes. On s’agace beaucoup aussi contre cette épouse acariâtre, narcissique et centrée sur elle-même que la honte et les remords n'étouffent pas, infidèle et frivole que seuls sa carrière et ses enfants intéressent. Dieu qu'elle est haïssable, ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti cela dans une lecture!

L'histoire se déroule à Montréal dans un quartier que j'ai eu la chance de découvrir lors d'une visite à une vieille amie en 2004. C'est étonnant de parcourir un quartier que l'on a soi-même connu autrefois: le parc botanique d'une beauté à couper le souffle (la partie asiatique est à ne rater sous aucun prétexte), les rues enneigées avec son ballet de déneigeuses, la gentillesse des québecois, l'ambiance si particulière qui règne dans les rues… Beau retour en arrière pour moi, pour une ville remarquablement bien reconstituée par un auteur au sommet de sa forme.

Chirurgien de l'âme et écrivain d'une finesse inégalée, Jean-Paul Dubois nous prend par la main tout au long de cette balade triste, qui touche en plein cœur et qui vous l'imaginez se termine bien mal... C'est en petits morceaux que Nelfe m'a récupéré après cette lecture d'une force incroyable et dont le souvenir me hante encore au moment où j'écris ces lignes… À lire absolument!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
"Vous plaisantez Mr Tanner"
"Une Vie française"
- "Kennedy et moi"

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lundi 30 novembre 2015

"L'Oiseau de mauvais augure" de Camilla Läckberg

Camilla-Läckberg-–-L’oiseau-de-mauvais-augureL'histoire : L'inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n'a pas une minute à lui. La ville de Tanumshede s'apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D'autant qu'une femme vient d'être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d'un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s'empare d' l'inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s'emballe. L'émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge...

La critique Nelfesque : Voilà bien longtemps que j'avais laissé de côté les romans de Camilla Läckberg. Non pas parce qu'ils ne m'intéressaient plus mais par manque de temps. Et oui, c'est ça de vouloir tout lire ! En route donc pour le 4ème tome de la saga "Erica Falck et Patrik Hedström" avec "L'Oiseau de mauvais augure".

Chaque roman peut se lire de manière indépendante. A chaque fois, de nouvelles enquêtes sont menées et il n'est pas forcément nécessaire de connaître les ouvrages précédents pour apprécier sa lecture. Toutefois, j'avais décidé de commencer à les lire dans l'ordre, il y a 4 ans afin de suivre l'histoire personnelle des personnages principaux en filigrane dans l'ensemble de la saga.

C'est avant tout cela qui me plaît dans les romans de Camilla Läckberg. L'impression de retrouver des amis, là où on les avait laissés il y a quelques temps. Dans leur petite commune suédoise située sur la côte ouest du pays, tout le monde se connaît. Le commissariat est à taille humaine et chaque collègue est un membre de cette petite famille. Ambiance bienveillante, petits cafés le matin avec les gâteaux fait maison...

Dans "L'Oiseau de mauvais augure", cette apparente tranquillité va être troublée par l'arrivée d'une chaîne de télévision et de sa célèbre émission de télé-réalité. Sorte de "Les Anges de la Télé-réalité" en France, cette émission est un zoo d'humains, comme on en voit beaucoup aujourd'hui via les chaînes de la TNT. Les participants sont stéréotypés (la bimbo, le rebelle, le décérébré, la suicidaire, le rebeu...) et tout ce beau monde va devoir vivre ensemble alors qu'ils n'ont rien en commun (si ce n'est avoir déjà participé à une émission de ce type) et travailler sur la commune. Le maire est aux anges, on va enfin parler de sa ville, les habitants sont méfiants, les jeunes sont surexcités. Tout va pour le mieux dans le petit monde magique de la poudre aux yeux. Jusqu'à ce qu'une participante soit retrouvée morte dans une benne à ordures...

Parallèlement à cette affaire, la vie continue et Patrik Hedström doit également faire fasse à une autre enquête, moins médiatisée mais tout aussi étrange. Une femme est retrouvée morte au volant de sa voiture, suite à un accident de la route. L'alcool semble en être la cause mais un détail trouble l'enquêteur et va nous mener dans divers endroits en Suède.

"L'Oiseau de mauvais augure" nous livre encore une enquête bien sympathique ici. C'est le roman qui m'a fait débuter la saga en 2011 (oui je sais, j'ai mis du temps) et on y retrouve tous les ingrédients d'un roman policier. Camilla Läckberg ne fait pas dans le page turner, l'histoire prend son temps, les personnages sont lambda... mais ce climat familier est très appréciable. Le lecteur s'installe tout doucement dans l'intrigue et navigue entre enquête et vie familiale de Patrik et Erica.

Car voilà tout l'intérêt des romans de Läckberg quand on les lit dans l'ordre. Le lecteur assiste à la naissance d'une histoire d'amour entre les 2 grands personnages de la saga. Petit à petit, on va les voir se rapprocher, agrandir la famille, se poser des questions existentielles et dans ce tome ci préparer leur mariage. C'est aussi le moyen de rester en contact avec Erica Falck qui depuis quelques temps est femme au foyer et n'intervient plus dans les affaires en cours (mais cela va changer dans "L'Enfant allemand" si on en croit l'amorce à la fin du roman). La préparation du mariage m'a beaucoup amusée, étant moi-même passée par là l'an dernier. Les histoires avec la famille et la belle-famille (savoureuses et tellement vraies !), les préparatifs et la logistique, le choix des menus, de la robe... Tout cela m'a rappelé des souvenirs et donne une petite bouffée de légèreté à l'ensemble. Une vie qui continue, de façon tout à fait banale même si il s'agit d'un grand évènement personnel, dans le tourbillon des caméras que connaît la commune et la pression médiatique qui s'abat sur Patrik.

"L'Oiseau de mauvais augure" est un bon roman policier. Si vous êtes habitués au genre, il y a des chances pour que vous deviniez le coupable assez tôt (ce fut mon cas) mais comme finalement ce n'est pas le plus important ici et que le plaisir de lecture n'est pas gâché pour autant, je vous conseillerai tout de même celle ci. Prendre le temps de temps en temps (comme dirait Herbert Léonard (hum...)), ça fait toujours plaisir !

destockage de pal genre préféré

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.