dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

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(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!


mercredi 4 mai 2016

"La Cinquième sorcière" de Graham Masterton

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L'histoire : Los Angeles est plongé dans une vague de terreur. Une alliance de criminels s'est emparée de la ville. Tous ceux qui s'y opposent connaissent un destin épouvantable dont les causes ne sont pas humaines : accidents étranges, maladies soudaines, morts inexplicables et horribles... Dans ces conditions, nul ne tient tête aux barons du crime, qu'accompagnent quatre femmes mystérieuses, des figures fantomatiques aux pouvoirs démentiels. Seul à s'opposer au cartel maudit, le détective Dan Fisher a rendez-vous, au cœur du cauchemar, avec la cinquième sorcière!

La critique de Mr K : Retour vers un auteur que j'affectionne beaucoup dans le genre récit horrifique: Graham Masterton. Je vous l'accorde c'est rarement de la grande littérature, ça flirte souvent avec le grand guignol mais ça a l'avantage de se lire vite, de procurer un plaisir coupable immédiat et durable et finalement ça remplit pleinement son office en matière de frisson et d'évasion. Cette Cinquième sorcière n'échappe pas à la règle, je l'ai lu en deux jours sans réellement avoir eu envie de relâcher l'ouvrage avant d'avoir eu le fin mot de l'histoire.

Dan Fisher est détective à la criminelle de Los Angeles. Endeuillé par la mort accidentelle de Gayle, sa douce fiancée dont la responsabilité du trépas lui incombe pleinement, il noie son chagrin dans le boulot. Et il va en avoir, les trois principaux caïd de la ville se sont adjoints les services de quatre sorcières aux pouvoirs démentiels. Ils sèment la mort et la désolation dans les rangs de la police et les autorités ne savent plus quoi faire si ce n'est céder aux caprices des nouveaux maîtres de la ville. C'est plus que ne peut en supporter notre fringant héros, qui avec l'aide de son fidèle coéquipier Ernie et de sa charmante voisine adepte d'ésotérisme, va partir en croisade pour remettre de l'ordre dans tout ce chaos ambiant. Problème: il est seul contre tous et ne peut même plus se fier à ses sens. Ça promet d'être coton!

Disons-le tout de go, le récit se lit d'une traite et sans réelle difficulté. La trame est fléchée du début à la fin, d'ailleurs aucune réelle grande surprise ne vient émailler les faits décrits, surtout si vous êtes un vieux briscard du genre. Les méchants sont ici très très méchants (et même plus encore!) et les preux le sont aussi vraiment. Manichéisme quand tu nous tiens! En même temps, je vous avais prévenu dès le début, on est dans de la pure série B des familles. Certes, on ne nage pas dans l'originalité mais l'ensemble est efficace et assez dense en terme de contenu. Il s'en passe des vertes et des pas mûres et croyez-moi, il faut avoir le cœur bien accroché par moment tant les passages gores pullulent et sont très réussis.

Les sorcières sont ici bien éloignées des guérisseuses montrées du doigt dans notre bon vieux Moyen-âge obscurantiste. Les diablesses communiquent avec les Démons, Lucifer lui-même et aiment par dessus tout le pouvoir. Elles ne lésinent donc pas sur les moyens pour asseoir leur domination en compagnie de leurs compagnons malfrats. Vous assisterez à de furieuses scènes de massacre (la Police de Los Angelès recrute si ça vous intéresse!), à l'extraction d'animaux parasites de personnes totalement hagardes (crapauds, asticots, mouches i tutti quanti), la convocation de démons furieux se livrant à des orgies de sacrifices, au contrôle des esprits et des corps… le tout dans une furia de cruauté et de violence dont Masterton a le secret. On flirte souvent avec la limite du crédible mais personnellement j'adhère comme quand je regarde un bon film sanguinolent à la Peter Jackson ou le Sam Raimi des débuts.

Les personnages se débrouillent comme ils peuvent et pendant les 2/3 du livre, on se demande bien comment ils vont s'en sortir face à une adversité implacable qui ne semble posséder aucune faiblesse réelle. Une éclaircie se fera jour cependant et dans un dénouement assez rapide (trop, diront les mauvaises langues), le monde finira pas être sauvé… mais de quelle manière! Malgré le côté caricatural qui ressort du trio de forces positives, il se dégage une belle énergie (celle du désespoir) de ces personnages vifs qui tentent bon gré mal gré de renverser la vapeur. J'ai tout particulièrement apprécié Annie et son chat, voisins étranges d'un Dan Fisher profondément rationnaliste qui par la force des choses va devoir remettre en question ce en quoi il croit depuis toujours. Le récit avance sereinement vers une fin attendue mais cependant salutaire. J'ai refermé le livre le sourire aux lèvres avec la sensation d'avoir passé un bon moment, sans prise de tête et en total décrochage avec la réalité. C'est déjà pas mal, non?

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
- Apparition

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lundi 2 mai 2016

"Bad Land" de Frédéric Andréi

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L'histoire : Plutôt mourir que de renoncer à la terre de ses ancêtres ! Indienne blackfoot aussi butée que richissime, la belle Tina est prête à tout pour racheter ces terres aux blancs et les restituer à sa communauté. Sur le point d’accoucher, elle part braver les blizzards du Montana pour récupérer, avant qu’il ne soit trop tard, ces milliers d’hectares et leur précieuse mine d’or, objet de toutes les convoitises. Laissant son mari, l’ex-journaliste Nicholas Dennac, sans nouvelle et fou d’inquiétude.

Témoin d’un attentat perpétré en plein rodéo à Las Vegas, Nicolas se retrouve pendant ce temps dans le collimateur du FBI, qui le soupçonne d’en savoir un peu trop sur cette affaire pas très claire…

La critique de Mr K : Ce roman est le deuxième de Frédéric Andréi après Riches à en mourir qui avait marqué un certain nombre de blogueurs. Pour ma part, je ne l'ai pas lu et je me suis demandé un temps si je n'allais pas en pâtir pour apprécier ou non le présent ouvrage. Il n'en a rien été, de légers flashbacks et rappels permettent au néo-lecteur de pouvoir profiter au maximum du récit et de ses personnages. Au final, mon avis est mitigé malgré une lecture plutôt enthousiaste et rapide.

La belle Tina, jeune femme richissime au caractère vif et son compagnon reconverti dans la menuiserie sont à Las Vegas pour assister à un championnat de rodéo (oui, je sais, sur le papier ce n'est pas passionnant!). Enceinte jusqu'au yeux, elle rentre plus tôt dans son ranch pour régler une affaire de vente de terrain qui pourrait garantir un avenir plus sûr à son peuple (elle est d'origine amérindienne). Nicholas va être lui témoin d'étranges événements dans les coulisses du spectacle et va se retrouver lié à une affaire de terrorisme en plein territoire américain. Très vite, un compte à rebours s'amorce entre traque terroriste, magouilles politiques, grizzly affamé et reconquête de biens volés. Le rythme s'accélère et va crescendo jusqu'à des révélations finales en cascade.

J'ai mis du temps à rentrer dans ce roman. La faute à un style pas accrocheur, plutôt convenu et basé sur des effets que j'ai trouvé tape à l’œil et parfois contre-productifs. Par exemple, l'accumulation de références à la marque à la pomme pour tout ce qui relève de la technologie, on sent le placement de produit à plein nez et franchement ça devient lourd au bout d'un moment. Surtout que ce matériel extraordinaire fonctionne sans discontinuer et même en plein blizzard! Ils sont forts chez Apple! Pour reprendre Ash, le sagace héros de la franchise Evil Dead: Achetez américain, c'est bien! Sans m'appesantir davantage, j'ai trouvé les formulations parfois inutilement vulgaires, les phrases mal construites parfois brouillonnes et sans rapport avec le sens profond du propos. Ça m'agaçait au départ puis le récit se densifiant, je me suis laissé prendre au jeu de cette course poursuite haletante.

L'aspect chasse au terrorisme est très bien rendu, la tension des équipes travaillant sur le dossier est palpable et l'ambiance générée bien flippante dans ce pays qui ne s'est jamais vraiment remis du 11 septembre 2001. On se tire dans les pattes entre FBI et services secrets américains, la piste islamiste est privilégiée et d'ailleurs tout porte à le croire. Cependant, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que l'affaire est loin d'être simple, que des hommes puissants (tendance marionnettistes) manipulent tout le monde. On navigue alors dans les arcanes des médias et de la politique, la plongée est ahurissante et on se demande bien où les ramifications s'arrêtent. C'est bien rendu à défaut d'être original, la construction et la révélation du grand secret du livre est nette et sans bavure. J'aime!

Au rayon des déceptions se trouve le personnage de Tina que j'ai trouvé sans finesse et agaçante au possible par moment. Pourtant sur le papier, elle a tout pour plaire: une revanche à prendre sur l'Histoire pour son peuple d'origine, un caractère affirmé comme je les aime (hein Nelfe!) et une relation complexe avec Nicholas, son compagnon d'origine française. Malheureusement ici, c'est parfois too much et on n'y croit pas. Dommage, là où certaines scènes devraient être dramatiques ou piquantes pour notre curiosité, je n'ai qu'éprouvé indifférence voir cynisme à son égard. Les choses s'améliorent à partir de la deuxième partie de l'ouvrage, le personnage vivant un véritable chemin de croix et se révélant à elle-même. Cela rattrape tout le reste notamment une scène dans la neige mystique à souhait! Pour contrebalancer cette semi déception, le personnage de Nicholas Dennac relève le niveau bien que classique. Perdu dans sa relation ambiguë avec sa compagne (passion rime avec élans de tendresse et engueulades), il s'accroche à cette femme qui représente tout pour lui malgré son aspect crispant. Son passé de journaliste fait aussi merveille quand il mène de front la recherche de sa femme en pleine tempête et quête de renseignements pour une enquête anti-terroriste, son esprit vif et analytique fonctionnent à plein. Un bémol tout de même, on ne peut y croire une seconde, les séquences What the fuck s'enchainant (voir ma diatribe plus haut concernant Apple) mais il est bon parfois de se laisser porter par une histoire aussi délirante soit-elle sur certains détails.

Bref, je râlais pas mal en début d’ouvrage mais la seconde moitié m'a littéralement emporté malgré les défauts sus-cités. La faute à une science du récit et du rythme implacable qui est le sceau des bons page-turner et des indices savamment disséminés qui entretiennent suspens et interrogations. Je suis ressorti plutôt content du récit malgré une fin abrupte et un style d'écriture décevant. Ce Bad Land, loin de pouvoir rivaliser avec du Grangé par exemple, reste un excellent détente neurone parsemé de fulgurances parfois saisissantes qui procure un désir de lire évident. Une bonne partie du contrat est remplie, non?

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jeudi 28 avril 2016

"En remorquant Jéhovah" de James Morrow

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L'histoire : L'annonce en fut faite au capitaine Anthony Van Horne le jour de son cinquantième anniversaire. L'archange Gabriel se tenait devant lui, ailes lumineuses, auréole clignotante : "Dieu est mort. Il est mort et Il est tombé dans la mer".

Mission du capitaine : aux commandes du supertanker Valparaiso, remorquer le divin Corps (trois kilomètres de long) des eaux équatoriales jusqu'aux glaces de l'Arctique, pour Le préserver des requins et de la décomposition. Là-bas, sur la banquise, les anges Lui ont construit un tombeau…

Oui, mais ça n'arrange personne, cette histoire. Écologistes et féministes s'en mêlent. Le Vatican aimerait éviter toute publicité – on le comprend ! Bref, ils sont plus d'un à vouloir enterrer l'affaire, c'est-à-dire couler le Valparaiso… et sa précieuse cargaison!

La critique de Mr K : C'est le hasard d'un chinage (une fois de plus) qui a mis sur ma route un livre pas tout à fait comme les autres. Je connaissais l'auteur, James Morrow, de nom grâce à une vieille amie qui en son temps n'avait pas tari d'éloges sur Notre mère qui êtes aux cieux du même auteur narrant l'histoire d'une petite fille, progéniture de Dieu livrée à la vindicte des humains (je l'ai dans ma PAL, il ne fera pas de vieux os je pense!). On retrouve ici dans En remorquant Jéhovah le goût de l'auteur pour le savant mélange de SF et de religion avec cette histoire incroyable aux lourdes répercussions et interrogations sur le genre humain. Vous allez voir, ça dépote!

Rien que le thème déjà interpelle: la mort de Dieu! Pour plus de la moitié de la planète, ce serait une catastrophe épouvantable si ça venait à se savoir. Il n'en est rien dans ce livre car un petit groupe d'humains triés sur le volet sont au courant de cette vérité inouïe. La révélation leur en est faite par le biais des archanges qui se meurent à la suite du Créateur. Ils confient à un ex capitaine de supertanker une mission sacrée: celle de convoyer dans le grand Nord le Corpus Deo dans sa sépulture de glace. Il sera accompagné dans sa tâche par un prêtre jésuite cosmologue et un équipage au complet. Le voyage va être celui de tous les dangers: extérieurs car bien des lobbys et intérêts particuliers s'intéressent à la mystérieuse cargaison mais aussi intérieurs avec les doutes et questionnements qui assaillent les protagonistes cohabitant avec le cadavre du Démiurge…

Ce livre est d'abord un très bon roman d'aventure maritime. Je suis amateur du genre et James Morrow est un talentueux conteur pour narrer la vie à bord d'un navire. Rien ne nous est épargné des atermoiements de l'équipage, des fortunes de mer et des rebondissements techniques. On pourrait se dire que le cadre d'un pétrolier gigantesque a moins de charme qu'un trois mâts ou un paquebot, loin de là! Le voyage en est plus exotique, original et la nature même du bateau prend toute son importance au moment clef de l'intrigue. On ne s'ennuie pas une seconde et la tension devient vraiment palpable et saisissante aux deux tiers du récit quand les éléments contraires se déchaînent contre l'expédition, on s'accroche aux pages comme à la barre d'un navire en pleine tempête, sensations fortes garanties!

Les personnages quoiqu'un peu caricaturaux (pas de réelle surprise dans leur développement personnel, leurs fêlures et les éléments de résolution) sont attachants, en premier lieu desquels le capitaine Anthony Van Horne hanté par un manquement qui a changé à jamais sa carrière et ses rapports avec un père autant admiré que craint. Figure tragique par excellence, c'est un chemin de croix pour lui que ce voyage aux frontières avec le fantastique et ses limites personnelles. Gravite autour de lui une galerie de personnages aux destins contrariés et aux aspirations biens différentes que l'auteur traite avec détail et finesse pour nourrir un récit qui très vite décolle et atteint des sommets insoupçonnés. Il y a Cassie, naufragés involontaire, féministe acharnée fascinée par Anthony Von Horne, Oliver son athée intégriste de fiancé qui la recherche partout grâce à la fortune accumulée de son industriel de père, les cardinaux du Vatican obnubilés par le Pouvoir en place et les conséquences de la révélation au monde de la mort de Dieu, deux associés amateurs de reconstitutions de batailles de la Seconde Guerre mondiale grandeur-nature obsédés par la menace japonaise et tout une pléthore d'autres personnages que je vous laisse découvrir par vous-même lors de cette lecture.

Là où le livre frappe vraiment fort, c'est dans sa dimension spirituelle. Loin d'être un ouvrage évangélisateur ou moralisateur, il nous interroge clairement sur la nature de la divinité, sur la notion de croyance et d'espoir. On peut apprécier ce livre que l'on soit croyant ou non, il donne à réfléchir sur la nécessité pour l'homme d'imaginer ce qu'il y a ou non après la mort (cause principale à mes yeux de la création des religions). Sur la nature humaine, cet ouvrage est assez éclairant notamment sur la notion d'engagement mais aussi d'hybris qui peut conduire à l'extrémisme (et Dieu sait qu'en ce moment, cette notion est au centre de l'actualité mondiale). Une fois quelques termes techniques déminés, fiction et éléments de science des religions (mon dada lors de mes études d'Histoire) se mêlent pour apporter au lecteur plaisir et enrichissement dans un mélange digeste et vraiment humaniste.

J'ai adoré cette lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs du genre tant elle procure évasion et réflexion. Sachez qu'il s'agit du premier tome d'une trilogie mais que ce roman peut se lire en one-shot, vous n'avez donc aucune raison de ne pas vous laisser tenter!

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mardi 26 avril 2016

"Compartiment tueurs" de Sébastien Japrisot

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L'histoire : Quand vous prenez une couchette dans un train de nuit, méfiez-vous des rencontres. Quand on retrouve une femme étranglée dans votre compartiment, méfiez-vous de vos voisins. Quand on supprime un a un tous vos voisins, méfiez-vous tout court. Si vous n'êtes pas vous-même l'assassin, c'est embêtant!

La critique de Mr K : Petite déception que ce Compartiment tueurs pourtant prometteur de part son thème et son auteur, Sébastien Japrisot. Comme dit lors de son acquisition, j'aime les histoires se déroulant dans des trains, notamment quand on navigue dans le genre policier (l'incontournable Crime de l'Orient Express d'Agatha Christie), et Japrisot est suivi d'une sacrée réputation. Une intrigue bien ficelée mais un traitement ultra-classique qui ne réserve finalement aucune surprise et patine un peu en terme de rythme.

Une femme est retrouvée morte étranglée dans son compartiment couchette, cinq autres personnes ont passé la nuit au même endroit. La police part donc à la recherche de témoignages pour retrouver l'assassin qui sans doute faisait partie du voyage. La tâche se révèle ardue et surtout un compte à rebours funèbre est lancé, en effet les putatifs témoins meurent les uns après les autres assassinés d'une balle de revolver. L'enquête promet d'être longue et difficile.

Chaque chapitre correspond à un numéro de couchette et même si le procédé en soi n'est pas nouveau, je dois avouer qu'il fait son petit effet. Tour à tour, nous alternons le point de vue d'un des occupants du compartiment ou nous suivons les enquêteurs chargés de l'affaire. C'est le point fort du roman, la propension de l'auteur à caractériser en profondeur ses personnages et les situations qu'ils rencontrent. On rentre dans l'intimité de tous, même les petites gens à priori sans importance, les éléments se succèdent sans réels liens ce qui, vous vous en doutez, prendra toute son importance dans l'acte final.

Finesse des protagonistes ne rime pourtant pas avec une œuvre inoubliable. La faute à une trame principale trop classique, qui ne décolle jamais vraiment et qui abuse des clichés sans en retirer la substantifique moelle (ben oui, les clichés ont du bon et permettent bien souvent de structurer une œuvre pour après en dévier et mieux retourner le lecteur). Alors oui, les personnages sont denses mais les surprises rares et l'ennui fait même son apparition par moment. Dommage car du potentiel il y en avait mais si vous êtes un vieux renard de la lecture, vous devinerez la fin dès la moitié de l'ouvrage, ce qui est ballot vous en conviendrez.

Reste un style d'écriture plaisant car accessible, parfois amusant (un des policiers parle à la Audiard, je vote pour!) et l'ensemble se lit sans difficulté malgré une motivation en berne pour ma part à partir de la moitié de l'ouvrage. Un livre de genre totalement dispensable tant le genre policier pullule de classiques.

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lundi 25 avril 2016

"Fabrika" de Cyril Gely

fabrikaL'histoire : lls sont condamnés. Vous aussi. Mais vous ne le savez pas...
Blessé au cours d'une fusillade entre Russes et séparatistes, Charles Kaplan, photographe de guerre, se retrouve dans un hôpital de Kiev. L'homme qui l'accompagnait est mort et son cadavre s'est mystérieusement volatilisé. Tout comme sept autres...
Kaplan se lance sans une enquête effarante hantée par l'ombre d'un homme : Terek Smalko, chirurgien auréolé d'une légende noire. Et par deux mots sibyllins : Fabrika böbrekler, "l'usine à reins".
Un thriller remarquablement orchestré et documenté qui nous plonge, de Prague à Bucarest, de Shangai à Ankara, au coeur d'une réalité aussi terrifiante que vraisemblable.

La critique Nelfesque : Découvrir "Fabrika" de Cyril Gely s'est décidé sur un coup de tête. Je ne connaissais pas cet auteur mais la couverture m'a attirée et l'histoire me tentait beaucoup. J'ai donc abordé cette lecture comme l'occasion de découvrir une nouvelle plume dans un genre que j'affectionne et de peut-être être séduite. Pari gagné puisque j'ai dévoré ce roman (ce qui dans le thriller est gage de qualité).

Charles Kaplan est reporter de guerre, un photographe qui a couvert divers conflits majeurs de ces 30 dernières années. Son quotidien est fait d'adrénaline, de stress mais aussi d'une volonté profonde de témoigner de la réalité des guerres contemporaines. Cette particularité professionnelle du personnage principal n'est pas chose courante dans le thriller où le lecteur suit plus habituellement un flic ou un groupe d'enquêteurs. Il faut alors que l'ouvrage soit très bon pour qu'un lecteur assidu du genre soit surpris et conquis. Ici, découvrir l'histoire par le prisme d'un photographe apporte à la fois de la fraîcheur et de la nouveauté mais soulève également des problématiques différentes. N'étant pas agent de police, Charles n'est pas armé, n'a pas d'insigne ni de passe droit lui permettant d'agir à sa guise (la carte de presse a ses limites (d'ordre légal pour commencer)). Ses découvertes au fil des pages ne sont donc pas officielles, il navigue en eaux troubles dans un contexte violent et dangereux et aucune organisation d'état ne peut lui venir en aide en cas de besoin.

"Fabrika" est un page turner qui se lit très rapidement tant le lecteur est pris dans l'histoire et souhaite connaître le fin mot de l'histoire. Les rebondissements sont nombreux, on ne sait pas où l'auteur veut en venir et il nous mène du début à la fin par le bout du nez. En grande amatrice de thriller, j'ai adoré ne pas deviner à l'avance le point final de l'histoire et j'ai voyagé avec plaisir et tension aux quatre coins du monde. Cyril Gely débute son roman à Kiev où Charles Kaplan couvre le conflit ukrainien (pour rappel la Crise de Crimée a eu lieu en 2014). Accompagné d'un civil séparatiste qu'il rencontre au détour d'un reportage photo dans les rues de la capitale, il va très vite se retrouver face à des chars russes et par la suite sur un lit d'hôpital. C'est là qu'il apprend que son camarade est décédé et qu'un sombre trafic de cadavres a vu le jour au sein de l'institution. Dans l'agitation due à la guerre et avec un personnel débordé par l'arrivée massive de blessés, plusieurs dizaines de corps de personnes décédées ont mystérieusement disparus. Charles va alors se mettre en route, au péril de sa vie, pour découvrir la vérité.

L'écriture est simple et efficace. Les phrases sont courtes, le rythme est donné. Nous ne sommes pas ici en présence d'un ouvrage verbeux, Cyril Gely ayant très clairement une vision cinématographique des scènes qu'il nous donne à lire. On ne peut pas ne pas évoquer ici Grangé qui en la matière est un spécialiste du genre. Cyril Gely n'a pas à rougir de la comparaison tant le lecteur prend autant de plaisir à découvrir son roman.

Entre misère et pauvreté, pays en guerre, catastrophes naturelles, ONG frauduleuses et trafic d'organes, le lecteur est pris à la gorge. Que révèlent ces disparitions ? A qui profitent-elles ? Quelle organisation nécessitent-elles et qui la met en place ? Autant de questions qui vont hantées Charles et le lecteur qui le suit à la trace. Kiev, Prague, Bucarest, Shangai, Ankara, c'est pour un long voyage en terme de kilomètres parcourus que l'auteur nous embarque, sur un laps de temps court qui laisse peu de place à l'erreur et à l'égarement. Charles doit alors se révéler méthodique, instinctif et efficace tout en évitant de mettre ses jours en danger, toujours sur le fil du rasoir.

Amateurs de thrillers allant à 100 à l'heure où rebondissements et révélations sont légion, "Fabrika" est pour vous. Cyril Gely ne ménage pas ses lecteurs et nous donne à lire un ouvrage efficace et prenant qui ne nous laisse pas une minute de répit. Suspens haletant, contexte singulier, intrigue poisseuse et dévorante, on en redemande !

Posté par Nelfe à 17:07 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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jeudi 14 avril 2016

"Le Fantôme de la Mary Celeste" de Valerie Martin

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L'histoire : Entre mythe et réalité, la grande romancière Valerie Martin revisite l'histoire d'une des plus célèbres énigmes maritimes : le 4 décembre 1872, la Mary Celeste, un brigantin américain en route vers Gênes, est retrouvé dérivant au large des Açores. À son bord, aucune trace de l'équipage, de son capitaine, Benjamin Briggs, de son épouse et de sa fille qui l'accompagnaient. Pour le jeune écrivain Arthur Conan Doyle, cette disparition est une source d'inspiration inespérée. Pour Violet Petra, médium réputée dans les cercles huppés de Philadelphie, un cauchemar. Et pour le public de l'époque victorienne, obsédé par la mort, un fascinant mystère…

La critique de Mr K : Depuis gamin, je suis fasciné par les voyages maritimes et les grands explorateurs, très vite j'ai donc développé un goût prononcé pour les récits mélangeant aventure et évasion. Sorti récemment en librairie, le livre de Valerie Martin que je vais vous présenter aujourd'hui est un savant mélange de destinées contrariées, de récit de vie à bord d'un navire au XIXème siècle, de passions familiales et de souffrances. C'est un bien curieux mélange qui s'opère autour du mystérieux naufrage de la Mary Celeste qui a marqué les esprits à l'époque et a inspiré nombre d'explications différentes dont aucune n'a pu être totalement vérifiée.

Valerie Martin a décidé de traité le problème de façon détournée. N'espérez pas ici avoir un compte-rendu exhaustif au jour le jour de la traversée de la Mary Celeste, l'auteure s'est surtout attachée à relater l'onde de choc qui a suivi au sein des familles endeuillées mais aussi l'intérêt persistant que cette douloureuse affaire a eu dans l'opinion publique et les hautes sphères intellectuelles dont Conan Doyle faisait partie. Ainsi, nous suivons ce dernier dans sa rencontre avec une médium particulièrement perturbée (non non, ce n'est pas un euphémisme) qui va le faire douter sur ses certitudes (rappelons que le géniteur de Sherlock Holmes a écrit un bref récit de fiction autour du drame de la Mary Celeste). Mais nous nous attardons aussi dans le foyer Briggs déjà atteint par un affreux événement dans le passé et qui gère comme il peut la disparition de trois des leurs, nous suivons alternativement aussi Violet Petra, la médium susnommée qui a un lien tout particulier avec la Mary Celeste… C'est autant de pistes très différentes, parfois nébuleuses qui vont finir par se rejoindre vers un dénouement lumineux bien que perclus d'ombre, l'auteure laissant certains éléments à notre libre appréciation.

Ce qui m'a le plus frappé, et ceci au bout de quelques pages, c'est la qualité d'écriture de Valerie Martin, auteure que je découvrais avec cette lecture. J'ai été soufflé par son phrasé précis et poétique, son sens du rythme et sa gestion du suspens. Valerie Martin a l'art de mener le lecteur là où elle le veut pour mieux le dérouter par la suite. Les descriptions sont d'une rare justesse qui provoque une immersion durable et sensitive à souhait. J'ai rarement éprouvé les affres d'une tempête en mer d'aussi belle manière! La langue bien que recherchée et millimétrée est très accessible et nous permet de pénétrer loin dans l'esprit des personnages torturés et dans une époque (le XIXème siècle) toujours aussi fascinante.

Rien ne nous est épargné en matière de rebondissements et de psychologie des personnages. On partage avec eux leurs espoirs, leurs déconvenues et leurs peines. Une grande mélancolie se dégage de cet ouvrage qui fait la part belle au sacrifice des hommes envers la mer, les passions inassouvies, le déchirement des familles et des cœurs, le mystère de la Mary Celeste toujours en background et la mort omniprésente et obsédante. Et puis, le XIXème siècle est aussi une époque fascinée par le deuil et le mysticisme. En suivant une médium de près, c'est l'occasion d'en savoir plus sur cette mode macabre, les personnes qui en faisaient commerce et le public qu'ils attiraient. On découvre aussi les mœurs en cours en Amérique suite à la guerre de Sécession avec une société assez puritaine où codes et bonnes mœurs font souvent entrave au bonheur individuel. L'aspect romanesque permet une approche ludique et captivante, impossible de décrocher de ces récits intercalés qui se nourrissent les uns et les autres, maintenant le lecteur captif jusqu'au chapitre final qui boucle la boucle en quelque sorte.

Autre point séduisant de ce livre, l'aspect multi-forme des textes parcourus. On retrouve la forme romanesque classique mais aussi des extraits de journaux de l'époque, de livres de bord, de mémoires... Ces changements de point de vue apportent des éclairages très différenciés sur les pensées, paroles et actes des personnages. Toutes ces formes sont admirablement maîtrisées par l'auteur, cette variété donnant un cachet d'authenticité permettant de flouter les frontières entre faits réels et évasions fictionnelles. C'est du grand art et ça fonctionne à plein régime. Preuve en est, j'ai ensuite fait quelques recherches pour vérifier certaines identités et certains événements. L'époque est ici remarquablement rendues, vivante, source de progrès et d'espoir nouveau mais aussi un siècle qui reste fasciné par les légendes et les croyances de toutes sortes. L'alchimie est complexe mais hypnotisante, apportant connaissances nouvelles et plaisir de la découverte au lecteur décidément emporté par une histoire qui en conte beaucoup plus qu'elle n'en laissait supposer au début.

Roman ébouriffant, splendide dans sa forme et sa structure, on passe un moment rare entre jubilation et interrogation. Conte des mers sombres et sauvages, chronique d'une époque et drames familiaux s'épousent en un petit chef d’œuvre de sensibilité au souffle romanesque qui emporte tout sur son passage. Le Fantôme de la Mary Celeste de Valerie Martin est de ces lectures que l'on n'oublie pas et qui vous marque dans votre chair et votre esprit. Un pur moment de bonheur à découvrir au plus vite.

mardi 12 avril 2016

"Les Enfants de Lugheir" d'Isabelle Pernot

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L'histoire : Le trône de Lugheir a été autrefois conquis dans le sang par le tyran Hadrien, empereur de Thyr. Depuis, les sorciers de l’empire ont étendu leur noire emprise sur le continent. Trente années plus tard, la jeune bohémienne Caitlyn prend connaissance de son héritage : elle est la dernière descendante des princes de Lugheir. Accompagnée de Julian, le fils rebelle de l’empereur, elle part à la reconquête du royaume de ses ancêtres.

La critique de Mr K : Cela faisait un petit bout de temps que cette saga (4 romans réunis ici en deux volumes) me faisait les yeux doux dans ma PAL. Ayant une petite envie de fantasy, je me décidai enfin à la ressortir. Grand bien m'en a pris car Les Enfants de Lugheir d'Isabelle Pernot fait la part belle à l'aventure et la romance. La lecture fut plaisante à souhait malgré quelques légers défauts. Suivez moi pour ce voyage à rebondissements en terre imaginaire.

L'action commence quasi immédiatement lors de deux premiers chapitres trépidants qui installent les premiers ressorts de l'histoire. Un prince en fuite qui s'est rebellé contre son empereur de père, une jeune fille au mystérieux passé qui s'éveille à la magie et une tension déjà palpable. L'Empire de Thyr étend son influence sur une grande part des terres connues et son emprise totalitaire se fait de plus en plus forte. L'empereur Hadrien a bien changé et son penchant pour la magie noire l'ont fait sombrer. Il s'attire le ressentiment de sa progéniture et cherche par tous les moyens à faire taire toute forme de résistance. Cette dernière va alors s'organiser autour de Julian et de Caitlyn. Longue sera la route avant le dénouement.

Il faut avouer que le début est quelque peu décevant. La faute à une intrigue ultra-classique qui ne semble réserver aucune surprise, des révélations précoces et des personnages plutôt lisses. Les héros évoluent à la limite de la bleuette et les méchants sont… très très méchants. On ne s'ennuie pas mais on reste dans l'attendu et personnellement, je restais sur ma faim, la faute aussi à des descriptions peu immersives et relativement courtes (j'aime cet aspect de l'écriture dans le genre fantasy). C'est le risque quand on apprécie le style et que l'on tente de découvrir une nouvelle auteure surtout connue pour être la traductrice d'un certain Feist, écrivain à la renommée certaine dans le milieu de la fantasy.

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Heureusement, passées les deux cents premiers pages (environ 900 pour l'ensemble), l'histoire décolle enfin. Les personnages gagnent en profondeur, les fêlures apparaissent. On se rend compte alors que l'auteur soigne ses personnages, par petites touches elle leur donne une densité qu'on ne soupçonnait pas de prime abord. Le couple de héros se cherche, se confronte, se rapproche et s'éloigne au fil des événements nombreux qui peuplent l'histoire. Ces imperfections les rendent plus proches, plus humains rendant les passages initiatiques (superbe scène du rite de passage de Caitlyn) et les rebondissements saisissants. Les seconds rôles ne sont pas en reste, Isabelle Pernot se plaisant à décrire de manière fort intelligente les ressorts des drames familiaux, les jeux d'alliance et de pouvoir, les figures des mythologies et rites magiques créant un monde complet et cohérent. Les mécanismes bien que huilés et déjà lus fonctionnent, tenant en haleine un lecteur désormais convaincu.

Surtout que l'écriture en elle-même semble monter en niveau. Les descriptions se font plus denses et c'est parfois émerveillé que l'on visite une forêt abritant une drôle d'auberge, que l'on pénètre dans les brumes de l'au-delà, que l'on explore des tunnels sous-terrain, que l'on se balade dans des villes tantôt grouillantes d'activité ou au bord de l'implosion. On voyage beaucoup, le dépaysement est garanti et l'immersion durable. Le rythme reste lui très soutenu et de chapitre en chapitre, l'action ne désemplit pas, retransmise à travers le regard des différents camps en présence. Je garderai longtemps en mémoire, les aspects les plus sombres comme les nécromants de l'empereur ou les récriminations de ce dernier face à sa lente déchéance. Sans conteste, on retrouve nombre d'éléments scénaristiques et thématiques présents dans la trilogie originelle de Starwars. Pour parachever le tout, l'histoire d'amour prend elle aussi de l'ampleur et se révèle prenante. Tous les éléments se rejoignent sur une fin de lecture sous tension bien qu'un peu abrupte. Pour ma part, j'aurais rallonger la sauce d'une vingtaine de pages.

Au final, Les Enfants de Lugheir est une lecture intéressante et divertissante. On finit par se prendre au jeu et le livre capte vraiment l'attention. Certes, la nouveauté et la surprise ne sont pas au rendez-vous mais un bon amateur de fantasy y trouvera son compte. Alors, tenté(e) ?

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jeudi 7 avril 2016

"La Guerre des Mūs : Le Retour de la Paix" de Lisa Fiedler

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L'histoire : On peut être petit et avoir le cœur grand.

Dans l'ombre des tunnels, le danger rôde : Esperanza, la plus jeune fille de la famille impériale a été kidnappée. Tous suspectent Pup, le frère de Hopper. Mais les choses ne sont jamais ce qu'elles paraissent et les secrets les mieux gardés s'apprêtent à être dévoilés. Pour que la paix règne à nouveau dans le royaume d'Atlantia, Hopper doit montrer aux souris que l'amitié finit toujours par triompher.

La critique de Mr K : La Guerre des Mūs revient enfin avec ce troisième et dernier volume qui vient tout juste de sortir en librairie. Avec le précédent ouvrage de la série, nous avions laissé Zucker et Hopper dans un univers apaisé mais pas encore complètement pacifié. De nombreuses questions restaient en suspens, quelques personnages étaient partis en roue libre et l'auteur se devait de revenir nous compter la fin des aventures du jeune souriceau dans le monde souterrain d'Atlantia. Mission accomplie avec un livre faisant une fois de plus la part belle à l'Aventure et à l'amitié.

Suite à la chute de Titus, son tyrannique d'empereur de père, Zucker a amorcé la nécessaire transition démocratique du royaume et sa reconstruction. Chacun y trouve sa place, les progrès commencent à se faire sentir. Les premiers chapitres sont l'occasion pour le lecteur de faire connaissance avec les nombreux nouveaux personnages qui peuplent les pages de ce troisième volume et notamment les cinq ratons hauts en couleur qui sont nés des amours du jeune prince avec la douce et courageuse Firren. À travers ses portraits savoureux, c'est une certaine conception de l'éducation et du respect mutuel qui sont abordés par l'auteur qui fait ici preuve d'une grande pédagogie envers les jeunes pousses qui liront cette trilogie. On enchaîne les très belles pages sur la notion de fratrie, d'amour familial mais ceci sans niaiserie malencontreuse ni morale à deux balles. Ce qu'il faut comme il faut! Une fois ces premiers ressorts affectifs placés (notamment les liens indéfectibles unissant Hopper à sa filleule), le livre peut démarrer!

Esperanza (la dernière née) disparaît! C'est la panique à Atlantia! Nul doute qu'elle a été enlevé! Mais par qui? Très vite, les soupçons se tournent vers le jeune Pup, désigné depuis un certain temps comme l'ennemi numéro 1 de la cité, ce dernier ayant souhaité en son temps sa destruction pure et simple. Une chasse au souriceau commence alors avec ses moments de doutes et ses révélations. La vérité va se faire jour petit à petit, remonter à la surface des souvenirs perdus, des actes manqués et des responsabilités étendues. Le lecteur n'est pas au bout de ses peines, sera sans doute surpris plus d'une fois et les lignes l'amèneront vers un final logique qui laisse augurer des lendemains qui chantent. Ben oui, on est dans la littérature jeunesse tout de même, faudrait pas nous les traumatiser!

Pour autant, ne vous attendez pas à un récit de tout repos, le rythme rapide et sans temps mort fait la part belle à l'amitié, à l'Aventure comme dit précédemment mais aussi à la trahison, la manipulation et les remords. On suit sur quelques chapitres, le parcours de Pup qui doit subir les affres de l'adolescence et le sentiment de rejet. Ces passages sauront toucher juste les plus jeunes lecteurs qui sont très réceptifs à l'injustice. Là encore, Lisa Fiedler fait preuve de finesse et de justesse dans l'évolution de ses personnages. À noter au passage que Hopper et Zucker restent plus en retrait dans ce tome ci, laissant la lumière aux petits jeunes, un peu comme un passage de témoin aux générations suivantes. Le temps a passé depuis le volume 2… On retrouve par contre avec plaisir le chat Ace ainsi que le chien de la pizzeria et toute une ménagerie pas piquée des vers avec une mention spéciale pour l'équipage pi-rats régnant en maître sur le Bac reliant Brooklyn à Manhattan.

Au final, ce fut un plaisir renouvelé de replonger dans cette saga qui prend fin de fort belle manière. Du rythme, des rebondissements, une écriture accessible et cependant dense pour des thématiques universelles et une histoire classique non dénuée de suspens. Belle trilogie que cette Guerre des Mūs qui mérite vraiment le détour et enchantera sans nul doute vos chères têtes blondes.

Précédents volumes de la saga, chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "La Guerre des Mūs : L'Empire d'Atlantia" - Volume 1
- "La Guerre des Mūs : Hopper contre-attaque" - Volume 2

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mardi 5 avril 2016

"Une ordure" de Irvine Welsh

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L'histoire : Les fêtes de fin d'année s'approchent. Bruce Robertson, brigadier de police à Édimbourg, pense à la semaine – stupre et stupéfiants – qu'il s'est organisée à Amsterdam. Un programme de rêve que viennent contrarier quelques imprévus : le départ de son épouse et de leur fille, une pénible accoutumance à la cocaïne, une dégradation spectaculaire de son état général, une cascade de liaisons extra-conjugales de plus en plus prenantes… Tout en s'enfonçant dans l'ignominie, ce flic obstiné doit faire face à un adversaire – la voix de la vérité et de la conscience éthique -, surgit de l'endroit le plus inattendu qui soit : son propre organisme.

La critique de Mr K : Irvine Welsh est un auteur culte outre-manche et même plus! Il a écrit notamment Trainspotting et Ecstasy, bombes littéraires des années 90 qui ont fait couler beaucoup d'encre à l'époque. Ayant goûté et apprécié ces matériaux, c'est avec une joie non feinte que je tombai par hasard sur ce volume que je ne connaissais pas du tout. La quatrième de couverture acheva immédiatement de me convaincre avec notamment la promesse d'atteinte aux bonnes mœurs littéraires et l'attaque systématique à toutes les valeurs en cours chez nos voisins anglais. Âmes sensibles et pudibondes passez votre chemin au risque d'y laisser des plumes!

Bruce Robertson est vraiment une ordure, le mot paraît même presque faible à la vue de ses paroles et actes durant les 4/5ème du livre! Raciste, homophobe, misogyne, vulgaire, crade, toxico, érotomane, il a tout pour plaire. Depuis peu sa femme l'a quitté (on se demande bien pourquoi…) et il enquête sur le meurtre sauvage d'un jeune noir, ce qui lui passe bien au dessus. Déjà en tant que minorité il a eu ce qu'il méritait selon lui et surtout, sa traditionnelle sortie de fin d'année aux Pays-Bas occupe tout son esprit: filles de mauvaise vie, drogues à gogo, tout un programme qu'il ne raterait pour rien au monde. Nous suivons donc ses journées entre son travail et ses heures de libre, son fameux séjour en Hollande (qui vaut son pesant d'or dans le genre), les réflexions d'une mystérieuse entité interne à son corps (oui oui, je sais c'est bizarre mais tout est expliqué dans le livre) et même à l'occasion de quelques chapitres les pensées de Carole, la femme de cet affreux bonhomme.

Le mot anti-héros n'a jamais aussi bien convenu à un personnage de roman. Dans le genre, j'avais beaucoup apprécié Versus d'Antoine Chainas au héros presque similaire mais encore en dessous de Bruce Robertson. Détestable à souhait, il passe son temps à râler sur tout le monde, à lâcher ignominie sur ignominie et ceci en toute impunité. Il faut dire qu'il est du côté de la loi et cela lui laisse les coudées franches. Non content de pester, il se réjouit du malheur des autres et aucune barrière morale ne le retient pour arriver à ses fins notamment dans sa putative promotion qu'il va essayer d'arracher au détriment de ses soit-disant collègues et amis. Il va leur jouer des tours à sa façon, n'hésitant pas à mettre en péril leur carrière et même leur santé mentale! Personnage repoussoir par excellence, rien ne laisse présager pour autant ce qui va se dérouler en fin de volume car tel l'arroseur arrosé, Bruce va sentir le vent du boulet et croyez-moi ça va faire mal!

Rien ne nous est épargné de ses pensées et de ses actes qui s’amoncellent comme des détritus et dégoûtent profondément le lecteur fasciné par tant de méchanceté concentrée en un seul être. Il faut du courage je l'avoue pour poursuivre sa lecture tant les mots, les pensées et les actes du brigadier Robertson heurtent et choquent toute personne normalement constituée. Son mépris des femmes et sa façon de les traiter (dans le privé et dans le boulot), son racisme et sa bêtise crasse, la violence qui émane de lui (le passage avec un jeune camé est tout bonnement terrifiant) le rendent antipathique et finalement inhumain. On flirte constamment avec les limites et il faut s'accrocher pour tenir face à de telles exactions (sans compter les multiples trips aux paradis artificiels qu'il se tape et qui sont remarquablement décrits). Surtout que le bestiaux est retors et rusé, il cache son jeu devant ses supérieurs et ses amis, ce qui le rend en plus très calculateur, intelligent et rusé mais dans le mauvais sens du terme (la mise en scène du harcèlement téléphonique d'un de ses collègues est un modèle de cynisme). J'ai adoré le détester, rarement mes poils se sont tant hérissés lors d'une lecture. Mais comme je suis un amateur de sensations fortes, inutile de vous dire que j'ai été servi ici!

Si on connaît bien l'auteur, on ne peut s'arrêter au premier jugement qui ne peut que venir à l'esprit: C'est quoi ce livre? Quelle gratuité dans l'escalade de la violence physique et morale! Mais où veut-il en venir? Quelle finalité? Je vous laisse la découvrir, elle tarde certes à venir mais elle finit par se révéler et c'est LA grosse claque. La roue tourne, les explications arrivent, Bruce est révélé au lecteur qui même s'il ne lui pardonne en rien son attitude et son comportement commence à comprendre le fonctionnement de cette bête humaine et surtout le grand secret qu'il cache (je l'avais deviné pour ma part à la moitié du livre). La fin est tétanisante et logique, elle laisse le lecteur complètement abasourdi et pantelant. Un grand moment.

Que dire du style? On adhère ou pas, pour ma part j'ai adoré. Mais attention le style est frontal, vulgaire et sans fioriture. Tout le monde n'arrivera pas à surmonter sa répulsion et pourtant, quel dommage! La caractérisation des personnages est tout bonnement géniale (on est loin de la caricature que pourrait laisser apercevoir la quatrième de couverture), le récit mouvementé et le sous-texte intéressant car très critique envers le puritanisme britannique et les bonnes mœurs que l'on affecte hypocritement. Une superbe lecture thrash qui laissera des traces. À lire si vous avez le cœur bien accroché!

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