mardi 30 août 2016

"Prenez soin du chien" de J. M. Erre

Prenez soin du chien de JM ErreL'histoire : Rue de la Doulce-Belette, Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, et Eugène Ruche, peintre sur coquilles d'œuf, habitent en vis-à-vis. Chacun suspecte l'autre de l'épier. La méfiance règne, d'autant plus que le voisinage n'est pas spécialement sain d'esprit. Sans compter les commérages de Mme Ladoux, la gardienne... Quand un cadavre est découvert, c'est une véritable psychose qui s'installe. Seraient-ils allés trop loin ?

La critique Nelfesque : Voici un roman que j'avais fortement envie de découvrir depuis longtemps ! Pour ne rien vous cacher, c'est la petite accroche à l'arrière de l'édition poche qui m'intrigait : "Entre l'érotomane scato du dessus, l'évaporé zoophile d'à côté et l'exhibitionniste d'en face, je commençais à me faire du soucis." Pas moi ! Ce roman m'a tout l'air d'avoir été écrit pour moi !

J. M. Erre nous fait entrer dans deux bâtiments en vis-à-vis de la rue de la Doulce-Belette à Paris (ne cherchez pas cette rue, elle n'existe pas (oui, j'ai vérifié)) et nous présente tour à tour ses habitants. Nous rentrons tout de suite dans le vif du sujet puisque l'histoire commence par un décès survenu au n°5. Un appartement se libère et Max Corneloup fait son entrée. Auteur de romans-feuilletons pour la radio, c'est une aubaine pour lui de trouver ce parfait petit nid. Calme, grand et abordable, son nouveau chez lui à tout pour plaire. Ou presque... Puisqu'en face vit Eugène Fluche, un personnage atypique qui passe ses journées à peindre sur des coquilles d'œuf et semble prendre un malin plaisir à l'épier. Un sentiment que celui ci partage puisque depuis que Max a emménagé, il se sent sans arrêt espionner par lui. A la Doulce-Belette, on n'est plus tranquille et un vent de paranoïa souffle sur ses habitations.

"Prenez soin du chien" est un roman hanté par des personnages farfelus. Max et Eugène sont les protagonistes de cette histoire et sont accompagnés par les habitants hors norme qui peuplent les autres appartements. Tous plus truculents les uns que les autres, ils font régner dans les couloirs un vent de légèreté et de folie des plus plaisants à lire (à vivre, c'est une autre histoire) !

C'est lors de son emménagement que Max Corneloup commet l'irréparable. En lâchant un lourd carton au sol, il écrase par mégarde Hector, le petit chien de madame Brichon. Un acte malheureux qui va engendrer toute une série d'événements abracadabrants qui vont entraîner le lecteur dans une spirale de parano fun et déjantée. Personnages hauts en couleur, situations ubuesques, l'humour est au détour de chaque page et la lecture se transforme peu à peu en pur délire avec de grands éclats de rire à la clé.

Drôle et original, "Prenez soin du chien" est aussi un roman policier très efficace. Derrière le meurtre d'Hector et le premier macchabée retrouvé rue de la Doulce-Belette semble se tenir un mystère bien plus grand encore. Et lorsqu'une nouvelle mort survient à mi-roman, c'est dans une course policière effrénée que l'auteur nous embarque. Une histoire tout à fait crédible dans le ton décalé de l'ensemble, un rythme haletant et toujours une plume vive et cynique qui ravit les adeptes du second degré et de la caricature.

Challenge sans nom - Légèreté

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement de lire ce roman. Férocement drôle et surprenant, il ne ressemble à rien d'autre et fait passer au lecteur un excellent moment. On rit beaucoup et ça fait du bien. Un roman léger et prenant à la fois. Une vraie réussite d'écriture !

Ce roman a été lu dans le cadre du "Challenge sans nom" avec ma copinaute faurelix.


vendredi 26 août 2016

"Un Coupable presque parfait" de Robin Stevens

9782081373846

L'histoire :
- Tu es sûre que nous ne devrions pas plutôt prévenir la police ?
- Ne dis pas de sottises. Nous n'avons aucune preuve. Pas même un cadavre. On se moquerait de nous. Non, nous devons résoudre cette affaire toutes seules.

Lorsque Daisy Wells et Hazel Wong fondent leur agence de détectives privés, elles espèrent débusquer une enquête digne de ce nom. Tout bascule subitement le jour où Hazel découvre la prof de sciences étendue dans le gymnase. Le temps d'aller chercher Daisy, le corps a disparu. Dès lors, il ne s'agit plus seulement d'un crime à résoudre mais d'un crime à prouver, et ce, avant que le coupable ne frappe de nouveau.

Chaque minute compte lorsque tout indique que le meurtrier est là, coincé à vos côtés, dans l'école où vous vivez.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie de la littérature jeunesse aujourd'hui avec cet ouvrage récemment sorti chez Flammarion Jeunesse. Un Coupable presque parfait a tout pour me plaire sur le papier : une action qui se déroule dans les années 30, dans un pensionnat de jeune-fille à l'ancienne (l'organisation avec les préfets m'a irrémédiablement fait penser à Harry Potter) et la promesse selon l'éditeur de côtoyer Agatha Christie et surtout Conan Doyle, un de mes amours de jeunesse en terme de lecture. Voyons, voyons si le contrat est rempli...

Daisy et Hazel ont fondé un club de détective. La première s'est prise de passion durant l'été pour les romans policiers qui sont prohibés dans l'enceinte du pensionnat où elle passe sa scolarité. C'est l'occasion après les cours de farfouiller, enquêter et se renseigner sur les gens qui bien souvent ont des choses à cacher. Rien de bien sérieux donc, juste un passe temps amusant et grisant pour des jeunes collégiennes. Mais un jour l'impensable arrive, une professeur est retrouvée morte par Hazel mais le corps disparaît juste après. Avec l'aide de Daisy, elle va rapporter tous les événements qui ont suivi à travers les compte-rendus qu'elle a en charge pour le club et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'en passe de belles à l'école de Deepdean !

On rentre directement dans le vif du sujet avec cet ouvrage. Après quelques pages recontextualisant la création du club, les faits sont bien là : les deux jeunes-filles vont devoir enquêter sur un meurtre qui pour les adultes n'existe pas vu que le cadavre a disparu et qu'une lettre de démission express a été posée sur le bureau de la proviseur ! C’est le début des tâtonnements mais les filles sont organisées : recherche des suspects potentiels, listing des alibis, enquête de proximité et découverte de preuves sont au RDV. La tâche n'est pas aisée quand on est en pensionnat et soumis à des règles strictes. Hazel et Daisy vont devoir user de toute leur malice (surtout Daisy d'ailleurs) pour échapper à la surveillance des autorités de l'école pour parvenir à découvrir la vérité.

Au fil de la lecture, on découvre avec nos héroïnes que les adultes cachent bien des secrets et qu'il n'est pas bon de déterrer des choses du passé. On s'attache très vite à Hazel la narratrice. Originaire de Hong-Kong, elle a du faire sa place dans le pensionnat et ce ne fut pas chose aisée. Légèrement naïve, elle prend très au sérieux le club et fait tout pour seconder au mieux Daisy, l'initiatrice du projet. Cette dernière bien que très volontaire et perspicace, est assez déplaisante au départ car trop sûre d'elle, directive à l'excès et suffisante. Mais les rebondissements de l'enquête ne l'épargneront pas et on sent bien qu'elle évolue positivement durant le récit. Les personnages qui naviguent autour du duo sont très bien croqués par une auteure qui économise les mots mais pas la profondeur de ses personnages. Certes le livre s'adresse aux loupiots à partir de 11 ans mais Robin Stevens ne cède pas à la facilité, proposant une galerie de professeurs charismatiques tantôt séduisants et appréciés, tantôt dépréciés et même inquiétants. Leurs camarades ne sont pas en reste avec une vitalité et une énergie assez prenante qui se dégage de l'ensemble. À ce propos, j'ai apprécié la présence d'une liste de personnage en début d'ouvrage ainsi qu'une carte de l'école où se déroule l'intégralité de l'action. C'est totalement facultatif mais ça rajoute un petit plus à l'ensemble.

L'intérêt pour le livre et son intrigue ne se dément jamais avec un suspens millimétré et hautement maîtrisé. L'ouvrage garde une crédibilité de tous les instants malgré le jeune âge des deux enquêtrices. D'ailleurs le dénouement est finement joué ne tombant pas dans la caricature et l'exagération (vous comprendrez en lisant le livre). On y croit pleinement et les références aux classiques évoqués en quatrième de couverture sont multiples et bien insérées. Elles ont ravi l'amateur du genre que je suis et fonctionneront parfaitement avec un jeune public désireux de lire une première enquête policière avec son lot de péripéties, de menaces et d'indices. Une belle réussite que je vous encourage à tenter à votre tour.

mercredi 24 août 2016

"La Valse des arbres et du ciel" de Jean-Michel Guenassia

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L'histoire : Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.

Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ? ...

La critique de Mr K : Il y a presque tout juste un an, je vous parlais de mon engouement sans borne pour Le Club des incorrigibles optimistes du même auteur. J'avais adoré le style de Guenassia, l'aspect quasi documentaire de son ouvrage présentant un reflet fidèle d'une époque (la Guerre Froide) et le romanesque de son récit avait fini par définitivement m'emporter très très loin dans le plaisir de la lecture. À l'occasion de la rentrée littéraire 2016, il revient à la charge avec cette fois ci un focus sur la fin de vie de Van Gogh qui devrait à priori lever le voile sur un certain nombre d'interrogations : La Valse des arbres et du ciel.

L'histoire nous est racontée à travers les yeux de Marguerite Gachet, fille du médecin s'occupant alors de Vincent Van Gogh. La subjectivité est donc de mise avec le déroulé des dernières semaines du peintre à Auvers-sur-Oise durant l'été 1890. Récemment diplômée du Baccalauréat (ce qui est très rare pour une fille à l'époque), la jeune-fille de 19 ans ne souhaite qu'une chose : devenir peintre. Mais l'époque n'est pas encore à l'égalité des sexes, loin de là. Seuls les hommes sont admis dans les écoles des beaux-arts, seuls quelques artistes non reconnus donnent des cours aux femmes et seulement à titre de loisir, elles n'ont aucune chance de percer dans le milieu. Et puis son père a d'autres projets pour elle, à commencer par un mariage avec un ami d'enfance de Marguerite qui doit devenir pharmacien et qui représente un très bon parti. La jeune fille a de plus en plus de mal avec sa condition de femme qui l'oblige à se conformer au machisme institutionnalisé dans la société française de l'époque.

Le déclic qui va tout faire basculer se présente lors d'un dîner organisé par Gachet père avec Van Gogh qui attise chez lui des convoitises pécuniaires. Aimant se faire payer en tableaux, c'est l'occasion pour lui plus tard de faire des plus-values. Il est loin de se douter que sa fille va tomber éperdument amoureux du peintre qui en plus de représenter la promesse de l'amour rêvé pourrait l'aider à touche du doigt son projet de devenir elle-même artiste. C'est le début de la course en avant pour Marguerite qui doit ruser pour pouvoir rejoindre son amant. La fin de l'histoire, le lecteur la connaît déjà si la vie de Van Gogh ne lui est pas étrangère. Ce sera tragique et ici teinté de révélations que chacun décidera de croire ou non. À priori, beaucoup de spécialistes spéculent sur les raisons de la mort du peintre et sur le rôle exact des Gachet. Guenassia présente dans ce roman une version romancée qui fera sans doute bouger les lignes dans les cercles concernés. Pour ma part, j'ai goûté à ce roman et j'ai surtout apprécié son aspect purement romanesque et fictionnel.

Tout d'abord, nous pénétrons totalement dans la vie et l'esprit d'une femme de l'époque. C'est très réussi, juste et sans détails inutiles (le livre ne compte que 295 pages). Le récit est intimiste et colle au vécu de Marguerite, notamment ses ressentis et son approche de Vincent Van Gogh qui n'est ici qu'un homme passionné par son art et non l'artiste bankable qu'il est devenu aujourd'hui. Plein d'humanité, les écrits de Marguerite nous frappent au cœur par leur franchise et leur naturel désarmant. Qu'il doit être difficile d'être une femme en cette fin de XIXème siècle ! Leur liberté est bien réduite et elles sont soumises à la volonté de leur père puis après de leur mari. Marguerite ne supporte plus ces contraintes, elle veut maîtriser sa vie et s'affranchir des règles discriminantes qui voudraient lui imposer une vie qu'elle subirait plutôt que de la choisir. Cela ne va pas se faire sans heurts et certains passages sont assez difficiles notamment dans les rapports qui se dégradent avec son père et qui révèlent alors sa vraie nature, son amour paternel se muant en autoritarisme domestique faisant régner la terreur dans sa maisonnée (un fils faible et une servante aux ordres).

Et puis, il y a ses rencontres lumineuses avec l'artiste et sa fascination pour sa personnalité (l'amour rend aveugle) et son art. Au passage, Guenassia nous offre de belles descriptions du travail du peintre dans son approche des couleurs, sa technique de peinture et ses méthodes (ses réveils à l'aurore et ses déambulations dans les campagnes environnantes notamment). En filigrane des propos de Marguerite, Van Gogh apparaît comme assez antipathique et finalement peu accroché à la jeune fille mais totalement obsédé par la peinture et la volonté de peindre constamment. Figure pleine d'ombre et de lumière, Van Gogh se révèle profondément humain et en même temps inatteignable par le commun des mortels. Du moins jusqu'à un certain point...

Intercalés entre les différents fragments de vie, l'auteur a placé des passages de lettres de Van Gogh à différents destinataires et des extraits de journaux. Loin d'être anecdotiques, ces documents véridiques ajoutent à la tension d'ensemble et contextualisent à merveille le roman dans son époque et les mœurs qui l'habitent. Ces précisions historiques font remarquablement écho au récit principal, l'enrichissant au passage et éclairant le lecteur néophyte en matière de connaissances sur le XIXème siècle. En contre-point, la caractérisation des personnages est précise comme une horloge suisse et donne une profondeur intéressante à une trame d'amour contrarié plutôt classique. Les révélations finales ne m'ont pour ma part ni particulièrement choqué comme j'ai pu le lire ici ou là, ni franchement éclairé sur quoique ce soit, ayant choisi d'aborder cette lecture essentiellement sur le plan émotionnel. C’est mon côté romantique et dans ce domaine l'histoire d'amour vécue par Marguerite est vraiment poignante. On a le cœur au bord des lèvres en fin de lecture.

L'ensemble se lit en tout cas très facilement avec un plaisir renouvelé même si je trouve que le style de Guenassia est moins en verve dans cet ouvrage, mais l'écriture reste cependant belle et d'une grande sensibilité. La Valse des arbres et du ciel est un beau roman qui conviendra aux amateurs de l'époque, de Van Gogh et d'histoires d'amour compliquées.

lundi 22 août 2016

"Vomito Negro" de Jean-Gérard Imbar

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L'histoire : Un homme politique d'extrême droite qui détourne à son profit l'héritage d'un fils de famille débile, c'est déjà rare. Mais un chauffeur-garde du corps nègre qui survit à l'affaire suffisamment longtemps pour la raconter, ça c'est carrément de la pure fiction.

La critique de Mr K : Voyage en terres sombres à plus d'un titre aujourd'hui avec un opus de la très bonne collection Série noire de Gallimard. Vomito Negro est une plongée sans concession, et parfois vertigineuse, dans les cercles de pouvoir et les groupuscules nationalistes, doublé d'un très bon roman noir mâtiné d'action à tous les étages. Attendez-vous à du brut de décoffrage !

Yann Kergall est breton et noir. Fils d'un capitaine au long cours, veuf à la naissance de son rejeton, il l'a éduqué à la française et ce dernier a formé pendant 10 ans les commandos marine dans la base de Lorient (c'est un local, yes !). Aujourd'hui, il est employé dans une boîte de sécurité fort prisée par les huiles du tout Paris. Le hasard d'une mission le voit se faire confier la sécurité d'un fils à papa milliardaire, un être dégénéré et proche des mouvances d'extrême droite radicale. La vie n'est pas de tout repos pour notre métisse, confronté à la folie galopante de son client et ses rapports particuliers avec sa mère, à une domestique oppressante car trop pressante à son endroit, à des compromissions d'État, à des commandos extrémistes qui vont de plus en plus loin dans leurs actions et à une course au magot plus complexe qu'elle ne semblait au départ.

On ne perd pas de temps dans cette lecture très rapide (un après-midi à la plage pour moi, doucement bercé par un soleil rasant) et plaisante au possible même si elle ne révolutionne pas le genre. Le décor est planté dès le premier chapitre par une scène haute en pression où le héros doit intervenir pour éviter que son client ne fasse une grosse bêtise (en l’occurrence tuer sa mère, ce qui vous l'avouerez n'est pas rien...). D'emblée, on sait que l'auteur ne va pas perdre de temps à caractériser personnages et situations, les éléments éclairants sont dispatchés au fil des scènes d'action et d'introspection d'un héros brinquebalé par les événements malgré une propension à la préparation et à la prudence de sa part.

Yann est un monolithe que rien ne semble pouvoir atteindre. Malgré l'antipathie qu'il éprouve pour ses employeurs, il aime le travail bien fait et si sur son chemin se présente une belle occasion (femme ou fric), il ne se gène pas pour se servir au passage surtout qu'il sent très vite le vent tourner quand à la suite d'une soirée, il se trouve mêlé aux activités délictueuses de son client. Ce dernier entretenant depuis des années des rapports quasi incestueux avec une mère castratrice au possible ne contrôle rien ou pas grand chose, se fait manipuler par sa génitrice mais aussi la mouvance d'extrême droite qui lorgne sur sa fortune... Les événements vont se précipiter et bien malin celui qui peut deviner le dénouement tant les péripéties sont nombreuses.

Il flotte aux dessus de ces pages l'odeur du souffre, du pouvoir, du sexe et de l'argent. On navigue en eaux troubles et on en redemande. Les rouages sont connus mais on se plaît à les redécouvrir par le biais d'un personnage central charismatique. On est rarement surpris mais l'écriture simple et frontale de l'auteur fait merveille, accroche l'amateur de roman noir que je suis et on ne peut s'empêcher de poursuivre la lecture tant on souhaite connaître le fin mot de l'histoire. On trouve de très bons passages hard-boiled, "à l'américaine", notamment dans les passages de séduction / répulsion où intérêt et attirance se teintent de noirceur. Rien de révolutionnaire comme énoncé auparavant mais des recettes qui fonctionnent pour un plaisir de lecture renouvelé de page en page.

Une bonne lecture au final, idéale un après-midi d'été et qui fournit suspens et images fortes à un rythme trépidant et addictif à souhait. Avis aux amateurs !

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dimanche 21 août 2016

"Le Mec de la tombe d'à côté" de Katarina Mazetti

Le mec de la tombe d'à côtéL'histoire : Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'œil de la stèle qu'il fleurit assidûment.
Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie.
Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante.

La critique Nelfesque : Je ne suis pas une habituée des lectures de nanas, des bleuettes sentimentales et des histoires d'amour niaises. Chacun lit ce qu'il veut mais perso ce n'est pas mon truc. Alors pourquoi me lancer dans la lecture de ce roman de Katarina Mazetti qui, de par sa quatrième de couverture, n'est pas pour moi ? Parfois, je me laisse séduire par les sirènes de la mode (c'est rare mais ça arrive), souvent à retardement d'ailleurs, et dans le cas présent, je venais d'abandonner un roman qui m'ennuyait affreusement et j'avais envie de quelque chose de léger. "Le Mec de la tombe d'à côté" a été énormément lu et chroniqué au moment de sa sortie il y a quelques années, j'aime beaucoup la collection Babel et en croisant sa route en seconde main je me suis dit "après tout, pourquoi pas !".

Bien qu'abordant un sujet difficile, à savoir la mort d'un proche et le processus de deuil, "Le Mec de la tombe d'à côté" est un roman léger. Nous suivons l'histoire de Désirée et Benny, deux jeunes gens qui se croisent régulièrement au cimetière. Désirée a perdu son mari et vient régulièrement lui rendre visite. Quant à Benny, il vient fleurir la tombe de sa mère. L'une est une citadine intellectuelle pour qui chaque chose a sa place et l'autre est un agriculteur un peu kitch et très ancré dans la terre et le labeur. Ces deux là sont totalement opposés et n'étaient pas voués à se rencontrer un jour mais voilà, ils sont voisins de cimetière et peu à peu sont intrigués l'un par l'autre.

Pas de mystère à la lecture de la 4ème de couv', on s'imagine tout de suite que l'amour n'a pas de frontières, que les barrières sociales ne résisteront pas et que Désirée l'intello à lunettes et Benny le cul terreux finiront ensemble. Eh ben bingo ! Le truc bien cliché, l'autoroute du poncif. Rien d'original dans cette histoire qui fleure bon l'eau de cologne, le terroir et les chrysanthèmes avec une goutte de Sauvignon.

J'ai toujours un peu de mal avec les romans qui vont exactement où on les attend. J'aime la littérature pour les surprises qu'elle nous réserve, les chemins insoupçonnés qu'elle nous fait emprunter, les émotions à nulle autre pareilles qu'elle nous procure. Ici, c'est assez plat, convenu et consensuel. Pour autant, je ne dirai pas que c'est mauvais, ça se lit bien, je n'ai pas éprouvé de dégoût profond ou d'agacement particulier mais ça ne casse pas des briques. C'est léger, ça se lit, ça fait passer un moment sympa sans plus comme un téléfilm fadasse quand on a la grippe. En lecture d'été, à l'ombre des cerisiers de la grand-mère, par jour de canicule où le cerveau se liquéfie, c'est pas mal. Pas sûre que j'aurai été aussi indulgente à une autre période de l'année. Mais bon, c'est mignon et gentillet...

Bref, j'ai lu "Le Mec de la tombe d'à côté". Je n'en suis pas morte mais je n'en retiendrai pas grand chose.

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mercredi 17 août 2016

"Les Sang des Elfes" et "Le Temps du mépris" d'Andrzej Sapkowski

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L'histoire : Le royaume de Cintra a été entièrement détruit. Seule la petite princesse Ciri a survécu. Alors qu'elle tente de fuir la capitale, elle croise le chemin de Geralt de Riv. Pressentant chez l'enfant des dons exceptionnels, il la conduit à Kaer Morhen, l'antre des sorceleurs. Initiée aux arts magiques, Ciri y révèle bien vite sa véritable nature et l'ampleur de ses pouvoirs. Mais la princesse est en danger. Un mystérieux sorcier est à sa recherche. Il est prêt à tout pour s'emparer d'elle et n'hésitera pas à menacer les amis du sorceleur pour arriver à ses fins...

La critique de Mr K : Lecture aujourd'hui d'un beau cadeau d'anniversaire de Miss C qui ne me voyant pas poursuivre la lecture du cycle de Sapkowski entamé avec deux préquelles, a accéléré le mouvement en m'offrant ces deux volumes qui constituent l'enclenchement de l'histoire principale (il m'en reste encore trois à lire et croyez-moi, je vais presser le pas). J'ai profité de notre séjour en terre pétrocorienne pour m'envoyer les deux volumes de suite. Rien à dire, Sapkowski est toujours aussi efficace !

Comme je vous l'avais écrit lors de ma précédente chronique de la saga, la jeune Ciri a été recueillie par le sorceleur Geralt de Riv suite à la destruction du royaume de ses parents par la puissante armée nilfgaardienne. Traumatisée par les événements, elle trouve auprès de son tuteur réconfort et encouragement. Car Ciri n'est pas comme toutes les gamines de son âge, elle a un don qu'elle va devoir apprendre à maîtriser auprès des magiciens. Mais en attendant, elle s'entraîne comme une future sorceleuse, chose qui ne s'est jamais vu auparavant, cette caste étant exclusivement masculine. Mais les ennuis la rattrape vite, Geralt et ses amis vont tout faire pour empêcher leurs ennemis de s'emparer de la jeune fille.

J'avais insisté sur le caractère howardien de l'écriture de Sapkowski. Je nuancerai mes propos aujourd'hui car loin de se cantonner à l'action pure, le polonais instaure un climax prenant et nous convie à un voyage immersif au possible, proposant un monde de fantasy solide et complet à défaut d'être original. En même temps, le genre est tellement codifié que c'est difficile de s'en affranchir sans que l'on crie à la trahison ! Du coup, on en apprend beaucoup plus sur l'organisation des royaumes en présence, sur les mœurs des uns et des autres (super scène introductive avec un barde toujours autant en verve) et les rapports sociaux qui en découlent. Le monde est sous tension et cela se ressent dès le départ, l'opposition est forte entre humains et non-humains, et Nilfgaard semble entretenir lasorceleur4 flamme du conflit. Cela donne lieu à de purs moments de vie quotidienne bien croqués comme une belle engueulade en plein marché du matin, les atermoiements de brigands en fuite, les manigances et tractations des puissants, les soirées à l'auberge (un classique en fantasy !) et tout plein de moments qui cumulés densifient la structure de l'histoire et donne vie à un monde nouveau.

Et quel monde ! Enfin Sapkowski se fend de longues pages descriptives qui apportent un regard complexe sur un monde haut en couleurs. On voyage beaucoup et l'on côtoie puissants et pendards. Je me souviendrais longtemps d'une traversée du désert éprouvante pour une jeune initiée, de l'aura mystérieuse qui entoure l'antre des sorceleurs, de la majesté de l'île des magiciens, des forêts impénétrables où vivent dryades et elfes renégats. On s'enfonce avec un plaisir renouvelé dans les lieux les plus incertains et les plus magiques sur les pas des héros qui ont fort à faire et ne sont pas au bout de leurs peines. On en apprend aussi beaucoup plus sur les croyances, les rituels et us des peuples en présence, cela donne une consistance nouvelle aux personnages déjà croisés et élargit les perspectives déjà impressionnantes. On se dit que tout peut encore arriver.

Comme dit précédemment, on retrouve la plume pleine de verve de Sapkowski qui excelle encore et toujours dans la gestion des dialogues et les phases d'action. On ne s'ennuie pas une seconde tant le rythme est soutenu, les péripéties nombreuses et les personnages charismatiques. L'histoire virevolte littéralement entre bastons bien senties, duels magiques incroyables et complots sous-jacents. On en redemande tant on est plongé dans l'histoire, l'envie nous prenant de rejoindre Geralt pour aider Ciri qui décidément possède un charme juvénile certain et un caractère fougueux des plus séduisants.

Cette saga continue sous de bons auspices et j'ai déjà hâte de lire la suite. À lire absolument si vous aimez le genre, on est face à un incontournable.

Egalement lus et chroniqués de la saga au Capharnaüm éclairé:
- Le Dernier voeu
- L'Épée de providence

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lundi 15 août 2016

"La Colline des chagrins" de Ian Rankin

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L'histoire : Alors que Flip Balfour, la fille d'un banquier d'Édimbourg, vient de disparaître, un minuscule cercueil en bois est retrouvé sur la propriété familiale. Pendant que Rebus s'intéresse à des cercueils identiques exposés au Museum of Scotland, la constable Siobhan Clarke planche sur les énigmes proposées par un mystérieux Quizmaster, contact de Flip sur Internet. La police s'interroge : quel est le lien entre Quizmaster et d'autres meurtres commis dans la région entre 1972 et 1995 ? Aux prises avec ses démons personnels, Rebus joue contre sa hiérarchie avec une obstination quasi suicidaire. La ville d'Édimbourg, sa beauté ténébreuse, son histoire - en particulier celle de la chirurgie - et son passé sanglant lui disputent le premier rôle.

La critique de Mr K : C'est toujours avec une belle envie que je rentre dans une aventure de l'inspecteur Rebus. L'été d'ailleurs se prête bien à la lecture de cette série littéraire policière qui conjugue immersion réaliste et érudite dans l'Écosse d'aujourd'hui et enquêtes policières à rebondissement. Sans compter les innombrables personnages que nous retrouvons d'un volume à l'autre avec à la clef des révélations sur leur passé et leur évolution. La Colline des chagrins n'échappe pas à la règle comme vous allez pouvoir le lire, on y retrouve tous les bons ingrédients qui font de Ian Rankin l'un des meilleurs écrivain dans son genre.

Rebus et toute l'équipe de St Leonard se retrouvent confrontés à la disparition d'une riche héritière dans le style "jeune fille pourrie gâtée". Seul indice, un mystérieux cercueil de taille réduite contenant une poupée. Très très mince pour pouvoir deviner ce qui s'est déroulé si ce n'est que des artefacts de ce type ont déjà été retrouvés dans le passé et à chaque fois en lien avec une disparition ou un meurtre. Rien de réjouissant donc pour la famille et pour les forces de l'ordre qui vont tout faire pour retrouver Philippa Balfour. En parallèle, Rebus et consorts découvrent que cette dernière jouait à un jeu d'énigmes sur internet mené par un certain Quizmaster. Siobhan Clarkhe, l'héritière de Rebus en quelque sorte, va décider de jouer à son tour et cela va la mener très loin, et surtout au plus près d'un être dérangé. La partie ne fait que commencer !

Autant vous le dire de suite, j'ai adoré cette enquête de Rebus. Les 625 pages de ce volume se lisent d'une traite et il est très difficile de relâcher le livre tant on est pris par l'histoire, les personnages et les lieux décrits. C'est la grande force de Rankin, ancrer son histoire dans une réalité non altérée, sans fioritures ; proposer des personnages ciselés et attachants et manier le suspens et les révélations avec une dextérité de maître de l'écriture. On alterne découvertes macabres, interrogatoires tendus, coups à boire au pub, soirées intimistes, points d'Histoire et de culture écossaise. Une certaine idée du bonheur de lecture en quelque sorte !

On retrouve un Rebus une fois de plus au fond du trou : seul et aux prises avec son démon de l'alcool. Toujours en conflit avec sa hiérarchie (gros changement dans les effectifs historiques d'ailleurs dans ce volume, bye bye "Le paysan"), il peut cependant compter sur des amis et des collègues sûrs que nous prenons plaisir à retrouver une nouvelle fois. Ils ne seront pas de trop pour contrer les manières bourrues et peu orthodoxes de John Rebus toujours aussi charismatique et poignant parfois. J'aime le bonhomme, sa philosophie de vie, son érudition d'homme du peuple et sa propension au sacrifice. Dans ce domaine, il fait d'ailleurs très fort dans ce volume de ses aventures. J'ai déjà hâte de lire la suite (qui m'attend d'ailleurs dans ma PAL) pour savoir quel va être son devenir avec Jean notamment, la belle conservatrice du musée d'Edimbourg, en savoir plus aussi sur Sammy sa fille handicapée (peu ou pas évoquée dans La Colline des chagrins) ou encore enfin découvrir davantage de choses sur son passé militaire et ses relations difficiles avec son père. Mais sachons être patient, Ian Rankin n'aimant rien moins que distiller les infos avec une parcimonie de bon aloi suscitant intérêt et curiosité.

Tout autour du bon inspecteur gravite une galaxie de personnages secondaires toujours aussi accrocheurs et vivants. On retrouve avec plaisir les jeunes pousses en devenir du poste de police avec leurs préoccupations quotidiennes quant à leur carrière et leur vie sentimentale, des inspecteurs promus super-intendants (équivalent écossais d'un commissaire) et tâtant leurs nouvelles prérogatives (Sacrée Gill Templer !). Beaucoup se livrent davantage qu'à leur habitude et leurs atermoiements respectifs concernent une bonne moitié de l'ouvrage. Loin de délayer l'ensemble, il l'enrichit, le diversifie et l'humanise profondément. Les nouveaux personnages ne sont pas en reste avec notamment un journaliste bien teigneux et haïssable dans son absence totale de déontologie (oui, je suis naïf, aujourd'hui c'est monnaie courante quand on recherche le "buzz" à tout prix), un retraité de la médecine légale obsédé par son passé perdu et adepte de la collaboration avec la police, des notables d'Edimbourg détestables dans leurs manières cachant de sombres secrets... On partage des instants de vie avec chacun, révélant les liens sociaux et culturels d'une Écosse trop méconnue malheureusement.

Cette Écosse, Ian Rankin grand amateur de rock devant l'éternel (les références sont multiples dans chaque ouvrage) nous la dépeint avec le talent qu'on lui connaît trop bien. Chaque description est saisissante et en fermant les yeux on s'imagine très bien dans tel pub enfumé, au bord de tel Loch ou encore dans tel quartier populaire en décrépitude. Franchement on en redemande et plus le temps passe avec les lectures de Rankin et plus je me dis qu'il va falloir sérieusement que nous envisagions un voyage en Écosse Nelfe et moi. L'immersion est une fois de plus totale, sans effusions d'aucune sorte et artifice gratuit, la vie seulement dans son apparente tranquillité mais sa redoutable complexité quand on explore et fouille les âmes de chacun.

Au final, une lecture une fois de plus jouissive et prenante : l'enquête est haletante (la conclusion m'a surpris encore une fois), le développement des personnages est toujours aussi malin et complexe, et le voyage en Écosse se révèle toujours fascinant. Une bien bonne lecture dans la lignée de la série Rebus qui décidément reste un cas à part et terriblement addictif dans la littérature policière. Chapeau bas l'artiste !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
"Le Jardin des pendus"
"Causes mortelles"
- "Du Fond des ténèbres"

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samedi 13 août 2016

"Bad Monkeys" de Matt Ruff

bad monkeysL'histoire : De nos jours, dans un monde ressemblant comme deux gouttes d'eau au nôtre et qui pourtant n'est pas tout à fait le même... Jane Charlotte est arrêtée en flagrant, pour un meurtre qu'elle vient de commettre. Au commissariat, elle raconte aux inspecteurs une histoire invraisemblable : elle ferait partie d'une organisation secrète dont la mission serait de se débarrasser des "Bad Monkeys", les êtres malfaisants qui ont échappé à la justice. Son aveu la conduit tout droit à la prison de Las Vegas, dans l'aile psychiatrique, où elle est interrogée par un médecin. Jane Charlotte entame alors le récit de sa vie : son adolescence chahutée, son recrutement par l'organisation, ses premières missions... Impossible de démêler dans ses propos le vrai du faux, le délire de la réalité... jusqu'à l'étonnant coup de théâtre final.

La critique Nelfesque : J'avais trouvé "Bad Monkeys" de Matt Ruff lors d'une de nos nombreuses virées Emmaüs. Parfois, je suis attirée par une couverture, par une typo. Je remarque ensuite la maison d'édition (10/18 est une de mes préférées en poche) puis je lis la 4ème de couverture. Dans le cas présent, je dois dire que l'histoire m'a presque autant séduite que le côté glauque de son visuel. Tentons !

Dans ce roman, on suit l'histoire de Jane Charlotte qui revient sur les événements qui ont précédé son arrestation pour meurtre. Celle-ci prétend faire partie d'une organisation oeuvrant dans le plus grand secret pour éradiquer ceux qui passent entre les mailles du filet de la justice. Meurtriers en série, escrocs, hommes violents... des "Bad Monkeys" nuisibles à la société qu'il vaut mieux voir morts que vifs. Une philosophie qui n'est pas sans rappeler celle de Dexter qui préfère travailler seul mais avec lequel Jane et ses acolytes ont quelques points communs.

L'auteur a construit son roman de telle façon que le lecteur est tout de suite pris dans l'histoire. C'est par le biais des entretiens que Jane a avec son psychiatre que son histoire nous est révélée. Des données au compte goutte, de son adolescence à ce meurtre qu'elle vient de commettre en passant par ses premiers contacts avec l'organisation. Qui sont-ils ? Comment travaillent-ils ? Tout cela nous sera expliqué au fil du roman.

Un roman qui prend son temps dans sa construction mais qui nous relate des faits se déroulant à toute allure. La personnalité de Jane est atypique. Fonceuse, elle ne se laisse pas distraire et va droit au but dans ses actes comme dans ses explications. Ce qui donne lieu à des révélations rocambolesques où le lecteur doit démêler le vrai du faux. Jusqu'où peut-on croire Jane ? Où commence la folie ? Un parti pris très prenant qui stimule le lecteur et le plonge dans une histoire addictive où le fin mot de l'histoire est attendu avec impatience.

On prend beaucoup de plaisir à parcourir ce roman. Dans le genre policier / thriller ce n'est certainement pas le meilleur mais il a un petit côté inattendu et fun qui ravira les mordus du genre. Original, il fait passer un bon moment et je ne regrette pas de l'avoir lu pendant les vacances d'été. Il s'y prête vraiment très bien et fait passer de sympathiques instants de lecture sans prétention mais avec efficacité.

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mardi 9 août 2016

"L'Abyssin" de Jean-Christophe Rufin

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L'histoire : Louis XIV n'a jamais rencontré le Négus, le mythique roi d'Éthiopie mais il y eut bien entre les deux souverains des contacts diplomatiques. Un ambassadeur fut envoyé par le Négus à la cour du Roi Soleil. C'est en se fondant sur ce fait historique que Jean-Christophe Rufin bâtit son premier roman, l'aventure extraordinaire de Jean-Baptiste Poncet, traversant les déserts d'Égypte et les montagnes d'Abyssinie avant de se retrouver à Versailles, un peu dépaysé mais sans rien perdre de son inépuisable ingéniosité. L'enjeu est de taille puisque l'Éthiopie est l'objet de la convoitise des jésuites, des capucins et de pas mal d'autres qui, sous prétexte de servir Dieu, mettraient volontiers le pays sous leur coupe. Ayant compris le résultat désastreux que sa mission pourrait entraîner, Poncet décide de tout faire pour sauvegarder la liberté et les mystères de l'Éthiopie.

La critique de Mr K : Retour sur une lecture monumentale aujourd'hui avec le roman le plus connu et apprécié de son auteur : L'Abyssin de Jean-Christophe Rufin. Cet auteur ne m'a jamais déçu, m'a toujours enthousiasmé au plus haut point et ce n'est pas ce volume qui va me faire changer d'avis. Aventure, roman et Histoire sont au RDV d'un livre diablement prenant et d'une perfection formelle rare. Suivez le guide !

Nous voila replongé en pleine époque moderne sous le règne de Louis XIV, le plus puissant monarque de son époque. L'action débute au Caire où le jeune apothicaire Jean-Baptiste Poncet se voit confier suite à un concours de circonstances par le consul de France une mission de la plus haute importance : joindre la lointaine Abyssinie, y prendre contact avec l'empereur éthiopien et ensuite rentrer rendre compte de son entreprise. Ce livre nous conte ce voyage hors du commun mais aussi les luttes intestines qui se jouent à la cours et dans les colonies françaises entre laïcs, clercs et congrégations. C'est aussi un roman d'amour et d'amitié à nul autre pareil avec l'idylle naissante de Jean-Baptiste avec la douce Alix et le lien indéfectible qui l'unit à son protestant d'associé Maître Juremi, colosse au cœur d'or ayant fui les persécutions en France contre les huguenots.

Je vous préviens, l'addiction est quasi immédiate. On s'accroche d'emblée aux personnages qui possèdent tous un charisme incroyable qu'ils soient les principales forces vives du roman ou de simples personnages secondaires. Rufin les soigne avec tendresse, une grande finesse et un sens du récit qui ne se dément jamais. Il s'en passe des choses durant ces 580 pages qui apportent leur lot d'espoir, de désillusions, d'action et de beaux tableaux d'un monde pas si éloigné du nôtre géographiquement et pourtant dégageant une odeur de mystère impénétrable à l'époque. On se prend à croire que l'ingéniosité de Jean-Baptiste lui permettra de rester fidèle à ses serments envers le Négus et envers Alix. Roman, passion, goût pour l'aventure et la découverte, rébellion contre l'ordre établi se mêlent et vont emporter les héros aux lisières de la morale et des codes de l'époque. En cela, ce livre est un modèle d'humanisme prônant la quête du bonheur, la force de la pensée et de la liberté sur les fanatismes et tout ceci sans propos moralisants et simplistes. Un bonheur de lecture à chaque ligne vous dis-je !

Au delà d'un bon roman d'aventure doublé de romance, L'Abyssin est un remarquable instantané d'une époque. Rufin nous présente un tableau sans fard des années de règne du Roi Soleil avec une aisance et une profusion exceptionnelle. On rentre ainsi dans le quotidien des personnes de l'époque avec une facilité désarçonnante, l'existence des plus riches mais aussi des laissés pour compte, des ordres religieux qui servent le même Dieu mais selon des préceptes différents, la médecine et les pratiques médicales de l'époque, la vie d'un consulat français en Égypte sous la coupe des turcs, la vie simple et rude des bédouins du désert, le faste de Versailles, la cour exotique du Négus... Le lecteur est totalement dépaysé et plongé dans une réalité ancienne qui transparaît au détour des méandres de l'histoire : l'omnipotence des puissants, le patriarcat institutionnalisé et les femmes considérées comme quantités négligeables voir monnaie d'échange dans l'alliance de bons partis, les guerres de religion avec notamment un beau focus à travers le personnage de Maître Juremi sur la lutte entre catholiques et protestants qui reprend de plus belle après la révocation de l'Édit de Nantes... Autant de détails ou de paragraphes parfois plus longs mais jamais indigestes qui donnent un cachet et une densité impressionnante à l'ensemble.

Et puis... Il y a l'écriture de Rufin qui touche une fois de plus au sublime. Érudite mais pas pédante, malicieuse mais aussi touchante et grave par moment, on retrouve le sens du rythme cher à Alexandre Dumas et un talent de description qui provoque l'immersion immédiate et irrémédiable du lecteur. On ne s'ennuie donc jamais, porté par la belle langue employée, les multiples retournements de situation et l'impression durable d'avoir affaire à une histoire universelle qui donne à penser et à s'évader. Un excellent moment de lecture qu'il serait bien dommage de ne pas tenter. Croyez-moi, on en garde un souvenir éblouissant et enrichissant. Un must dans le genre !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
Rouge Brésil
La Salamandre
Le parfum d'Adam
- Globalia

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lundi 8 août 2016

"Germania" de Joël Schmidt

GermaniaL'histoire : C'est en France, où elle est partie poursuivre ses études au lendemain de la Première Guerre mondiale, que Karoline, une jeune allemande éprise de littérature romantique, rencontre Jean. Très vite, ils s'aiment, mais leur amour, symbole de la réconciliation entre deux pays ennemis, est vite menacé par l'Histoire : contraints de se réfugier dans le château familial en Corrèze lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, ils subissent de plein fouet cette nouvelle page meurtrière, déchirés de voir leurs cultures respectives se livrer une guerre sans nom. Quelques années plus tard, naît le rêve, fou et audacieux, de leur fils : fonder Germania, un centre culturel allemand, comme une minuscule enclave au coeur de la France. Mais cette Allemagne idéale est-elle possible dans d'autres esprits que les leurs ?

La critique Nelfesque : Comme vous le savez si vous êtes un(e) habitué(e) du Capharnaüm éclairé, j'aime beaucoup les ouvrages traitant de la Seconde Guerre mondiale. A force de lire des romans dessus, je commence à en avoir fait le tour et il est difficile d'être original avec ce sujet. Joël Schmidt, avec "Germania", a cependant su trouver un angle différent et interpeller ses lecteurs sur une question plus large en se focalisant sur la notion de racines et sur le poids de l'histoire familiale et de l'Histoire sur les générations futures.

La Seconde Guerre mondiale est, nous le savons tous, une époque très lourde et éprouvante. Une fois encore, ici, nous sommes au coeur du conflit et l'auteur a choisi d'évoquer cette période de l'Histoire par le biais de l'histoire d'amour entre Jean et Katerine.

La première partie du roman est très classique. Nous faisons la connaissance de Katerine, jeune allemande étudiante à Paris, et plus tard de Jean, un français dont elle va tomber amoureuse. Nous les suivons dans leur histoire et leurs premiers moments ensemble. Mais très vite, la Seconde Guerre mondiale éclate et ils se retrouvent contraints de se replier dans le château familial faisant de ce lieu une bulle protectrice.

De leur union né Gunther. Nostalgique d'une époque qu'il n'a pas connu, il est tiraillé entre ses origines allemandes de par sa mère et françaises de par son père. Ne sachant se situer et se créer une identité propre, il va passer sa vie à la recherche d'un Eden fantasmé. C'est son parcours et ses réflexions sur son passé que le lecteur découvre dans la deuxième moitié du roman. Une approche sensible et peu commune qui donne à voir les difficultés pour les générations à venir à appréhender les drames du passé de leurs aïeux. Une double peine entre culpabilité, inquiétudes et espoirs.

"Germania" nous offre une autre façon d'aborder ce conflit passé qui laisse encore des traces dans nos mémoires et dans nos façons de voir la vie. Comment l'on gère notre rapport au monde, qu'est ce qui détermine notre "chez nous"... Intéressant et assez atypique dans son approche. A lire pour ceux qui s'intéressent à ces problématiques.