samedi 8 mai 2021

"Du bruit dans la nuit" de Linwood Barclay

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L’histoire : Paul Davis n'est que l'ombre de lui-même : huit mois plus tôt, ce professeur de littérature à l'existence sans relief a vu un assassin transporter des cadavres de femmes dans le coffre de sa voiture. Depuis, Paul subit les assauts d'un violent syndrome de stress post-traumatique. Comment se libérer de cette nuit d'horreur ?

Pour l'aider, son épouse l'encourage à coucher sur le papier les pensées qui le rongent et lui offre, pour ce faire, une vieille machine à écrire. Mais bientôt, aux images cauchemardesques de ses nuits viennent s'ajouter des bruits étranges, le tac tac tac frénétique des touches d'un clavier. Et plus inquiétants encore sont les messages cryptiques, tapés par la machine, que Paul découvre au petit matin.

Somnambulisme ? Machination ? Démence ? A moins que les victimes du tueur ne s'adressent à lui pour réclamer vengeance ? Avec le soutien d'Anna White, sa charmante psychiatre, Paul s'enfonce dans les méandres d'une enquête aux soubresauts meurtriers...

La critique de Mr K : Retour aujourd’hui sur ma lecture de Du bruit dans la nuit de Linwood Barclay, un auteur de thriller canadien que j’aime beaucoup et sait y faire pour maintenir le suspens. Cet ouvrage m’a laissé plutôt circonspect au départ car j’avais l’impression de tout deviner au fil des révélations et puis finalement, l’auteur a réussi à me cueillir en avançant d’ultimes pions que je n’avais pas vu venir. Si ça c’est pas la preuve qu’on a affaire à un bon thriller...

Paul est professeur de littérature dans une université où il dispense sa passion des livres et notamment des œuvres dites "grand public" auxquelles il prête de belles qualités. Un soir alors qu’il rentre chez lui, il aperçoit une voiture devant lui qui fait des embardées et reconnaît le véhicule de son mentor, professeur de sciences dans la même institution. Quelle n’est pas sa surprise quand l’ayant suivi puis approché lorsque ce dernier s’est arrêté sur le bord de la route de découvrir qu’il cherche à se débarrasser de deux cadavres de femmes égorgées ! Le temps de réaliser cela, l’assassin lui assène un terrible coup de pelle le laissant inconscient... Quand il se réveille le lendemain, son collègue a été arrêté, il sera ensuite condamné à une longue peine de prison.

L’action reprend après ce prologue huit mois plus tard. Paul, un homme plutôt discret et pas des plus sûrs de lui au départ est dans une mauvaise passe. Malgré une femme aimante qui a eu très peur pour lui suite à cet "accident" et qui depuis est aux petits soins pour lui, il sombre peu à peu dans la dépression et subit de plein fouet un violent stress post-traumatique avec notamment des cauchemars particulièrement éprouvants où il revit la fameuse scène où Kenneth (le tueur) apparaît régulièrement et le menace dans des flashs d’une horreur totale, fruit d’un inconscient qui travaille et mouline au maximum. Pour l’aider, sa femme lui offre une vieille machine à écrire pour qu’il écrive ses souvenirs et pensées qui lui viennent tout en continuant ses séances avec sa psychiatre. Loin de l’aider, ce don va devenir une vraie malédiction car figurez-vous que la machine tape des messages dans la nuit sans que personne ne soit derrière le clavier ! Paul déjà fragilisé s’enfonce dans l’obsession et la terreur avec des messages semblant venir d’outre-tombe adressés par les victimes non apaisées du tueur. Aïe aïe aïe...

Cette lecture a été très addictive immédiatement comme souvent avec cet auteur. Personnages bien troussés et multiples, ils révèlent leurs complexités petit à petit pour le plus grand plaisir du lecteur. Paul, sa femme, le meilleur pote toujours là en cas de coup dur, la psychiatre à la pratique professionnelle faillible par moment, le père de cette dernière atteint de sénilité, un patient plus qu’indélicat, une ex épouse soupçonneuse sur la santé mentale de Paul et pléthore de personnages secondaires s’entremêlent dans les pages de ce roman à tiroir où l’on soupçonne quasiment tout le monde à tour de rôle. Pour ma part, j’ai deviné assez vite ce qui se cachait derrière la trame principale et je dois avouer que je partais du coup sur une certaine déception. Quand on est un vieux briscard de la lecture, il est souvent difficile d’être surpris et clairement je ne m’attendais pas à la fin qui est venue retourner un certain nombre de certitudes après un événement assez fort intervenant au deux tiers du roman. Peu d’auteurs se permettent ce type de péripétie pour leur personnage principal et rien que pour ça ce thriller psychologique est une réussite car il emprunte alors des sentiers plus mystérieux et les révélations finissent par pleuvoir sans qu’on s’y attende.

À la manière d’un puzzle, les pièces nous sont livrées dans le désordre et même si le fil principal peut paraître faible pour les experts du thriller, le jeu en vaut la chandelle car sans qu’on le sache Linwood Barclay a déjà semé les indices qui vont permettre de densifier le récit et lui faire emprunter une route secrète bienvenue et franchement réussie. Certains personnages très peu esquissés ou abordés au détour d’une phrase ou d’un paragraphe vont s’avérer cruciaux pour la résolution finale, tout s’imbrique parfaitement comme un savant travail de construction entre minutie et liens secrets. C’est brillamment exécuté et c’est le sourire aux lèvres qu’on referme l’ouvrage.

Comme d’habitude avec Linwood Barclay, c’est très bien écrit. À la fois simple et efficace, il ne fait jamais l’économie de la caractérisation de ses personnages qui malgré quelques aspects caricaturaux fascinent et engagent le lecteur vers la voie de l’empathie. Ça se lit tout seul avec un plaisir renouvelé et franchement en tant qu’amateur de suspens je ne suis pas resté sur ma faim. Un beau titre que je vous invite à découvrir si vous êtes amateur du genre et des histoires tortueuses à souhait. Vous ne serez pas déçus !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Cette nuit-là
- Crains le pire
- Les Voisins d'à côté


mercredi 5 mai 2021

"Indésirable" d'Erwan Larher

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L’histoire : Quand Sam Zabriski s'installe à Saint-Airy, dans la maison dite "du Disparu", le destin de ce village rural au riche passé historique bascule.

Ici, on se méfie un peu des étrangers. Ici, on décatit très bien entre-soi. Ici, on a des certitudes, dont celle que l'humanité se compose d'hommes et de femmes. Or impossible de deviner à quel genre appartient Sam, par ailleurs énigmatique quant à son passé. L'incertitude et l'inconnu dérangent, les passion s'exaltent, les tensions s'aiguisent. Après quelques escarmouches, la guerre est bientôt déclarée. Personne n'en sortira indemne.

La critique de Mr K : Nouvelle très bonne lecture venue du catalogue des éditions Quidam qui ne m’ont jamais déçu jusqu’ici et qui confirment l'essai avec un ouvrage qui détone une fois de plus dans le milieu de l’édition littéraire. Dans Indésirable d’Erwan Larher, on se retrouve dans un récit qui se situe à la confluence de genres bien différents. Chronique sociale féroce sur les conventions établies et l’entre-soi, roman noir avec des éléments de polar et de thriller mais aussi roman engagé à travers sa forme avec des éléments d’écriture neutre pour désigner le personnage principal, ce livre ne peut pas laisser indifférent. Et même si je trouve qu’il manque parfois d’originalité en terme de trame narrative pure, je l’ai lu avec un appétit féroce qui ne s’est jamais démenti et en un temps record tant j’ai été happé par Sam et son parcours au sein de Saint-Airy.

Sam débarque sans crier gare à Saint-Airy, petite commune de 2500 habitants perdue au milieu de nulle part. Iel est tombae sous le charme d’une vieille bâtisse qu’iel a décidé de restaurer, pour la première fois Iel va pouvoir se poser après un passé que l’on devine complexe et tumultueux. Dans ce village, cette apparition choque, bouscule les habitudes et les barrières morales communément admises. L’humanité se divise en deux sexes et tout individu se situant au-delà est plus ou moins considéré comme un monstre. Ces destins mêlés sont suivis ici sur cinq ans et vont mettre en lumière le parcours semé d’embûche de Sam, exposer la bêtise humaine mais aussi sa propension à la solidarité parfois et va explorer le personnage principal avec une finesse et une justesse de tous les instants. L’entreprise était risquée et pourtant la principale réussite de ce roman réside dans la caractérisation et le développement de Sam.

Sam est une personne intersexe, comprendre qu’elle est née avec des caractères sexuels qui ne correspondent pas aux définitions binaires communément admises. Je vous laisse ce lien pour vous renseigner davantage, le site est pédagogique et très bien fait. D’apparence androgyne, Sam perturbe, trouble beaucoup et loin d’être une personne effacée, iel s’affirme dans son projet et commence à se mêler à la population, à tenter une intégration qu’iel n’a jamais vraiment réalisé auparavant. Cet être à part suscite la fascination, la curiosité mais aussi la méfiance voire la haine. Dur d’être différent dans toute société humaine et Sam va en faire cruellement l’expérience. Les barons locaux qui tiennent notamment la mairie ne sont vraiment pas ce que l’on peut appeler des humanistes et des hommes empathiques, obnubilés par l’ordre établi, leurs traditions ancestrales et leurs profits, ils voient d’un mauvais œil Sam arriver dans leur ville avec des velléité de changements, de restauration globale et de créations artistiques. Le choc est immense et peu à peu, au fil des chapitres et du temps qui s’écoule, la situation s’envenime et va mener à un final terrible quoiqu’un peu abrupt à mon goût, Erwan Lahrer règlant les choses un peu trop vite à mon sens.

Comme dit précédent, le gros point fort du roman est la caractérisation de Sam. Être ambigu sur bien des points (autant physique que moral), iel évolue beaucoup durant cet ouvrage. On s’attache à ellui, on est intrigué par sa personnalité. Insaisissable à la fois sensible mais capable d’actions d’éclat, on s’interroge beaucoup sur son passé. Artiste, agent de sécurité (iel a des compétences en combat rapproché impressionnantes), amateur·rice d’art, iel est tout ça à la fois. Par contre, ce côté secret le.la rend aussi assez associable au départ, on imagine que c’est lié à sa nature. Puis, lors des travaux, iel va se rapprocher de Sylvain, un homme touche à tout qui va l’aider à monter son projet. C’est une première fente dans l’armure qu’iel s’est construit et l’on entre dans un roman d’apprentissage, où Sam va s’ouvrir aux autres et à l’amitié (avec Sylvain et bien d’autres personnes du village). Toutes ces choses auxquelles iel n’a pu s’abandonner jusqu’à présent. C’est remarquablement décrit comme un papillon sortant de sa chrysalide, c’est à la fois touchant et universel, on se retrouve dans certains aspects de cette psyché torturée par les épreuves qu’iel a du traverser. Peu à peu Sam se libère, s’épanouit mais gare à la chute, à l’hybris, rien n’est jamais gagné et tout être peut s’égarer en chemin s’il n’y prend pas garde... Ce parcours est brillamment mis en scène par l’auteur.

La trame narrative générale est plus classique. Les opposants sont vraiment détestables à souhait (peut-être un peu trop parfois), les forces contraires vont se déchaîner à leur manière, on reste tout de même dans un roman contemporain et dans un réalisme de tous les instants avec petites intimidations, joutes verbales hautes en couleur, manœuvres électorales et autres joyeusetés de querelles de clochers. Les esprits s’échauffent, les réactions contradictoires se multiplient et l’on est dans une ambiance de saga campagnarde, dans ce village à l’identité en pleine mutation, en pleine querelle des Anciens et des Modernes sous fond de libéralisme économique, de choix sociétaux et d’intérêts particuliers parfois éloignés de l’intérêt général. Bien mené aussi à ce niveau, les surprises sont moindres, on a déjà lu sur le sujet mais c’est fait avec brio, efficacité et l’intérêt ne se dément jamais.

L’intérêt réside aussi beaucoup sur l’écriture. Cette dernière divisera forcément, l’écriture inclusive et /ou neutre a ses détracteurs en premier lieu notre "cher" ministre de l’Éducation Nationale... Personnellement, je me suis adapté à cette écriture désarçonnante de prime abord et c’est un monde qui s’ouvre à soi si on prend le temps de faire l’effort de s’y intéresser. D’ailleurs j’ai tenté avec mes modestes connaissances de la reproduire quand je parle de Sam dans cette chronique, je m’excuse si des erreurs se sont glissées, je suis un authentique amoureux des mots mais je n’ai jamais étudié la langue inclusive et / ou neutre. L’ouvrage en lui-même est très facile à lire, la langue de l’auteur est alerte, très nuancée et d’une puissance évocatrice impressionnante. On est très vite fait prisonnier par Erwan Larher que je découvrais pour l’occasion et que l’on m’a chaudement recommandé sur IG pour d’autres ouvrage. J’ai lu Indésirable quasiment d’une traite entre deux couches à changer et des activités ludiques avec Little K.

C’est donc une bonne claque que ce roman qui a le mérite de mettre en lumière une réalité identitaire peu exposée qui ici est traitée avec profondeur et un respect de tous les instants. Ce récit quasi initiatique est un bonheur qui comblera les fans de l’auteur mais aussi tous les amoureux des belles lettres qui veulent pimenter leur lecture d’originalité formelle et d’ouverture d’esprit.

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lundi 3 mai 2021

"Blackwood" de Michael Farris Smith

BlackwoodL'histoire : 1975. Red Bluff, petite ville du Mississippi, se meurt en silence, étouffée par le kudzu, une plante grimpante qui envahie tout.
Après des années d'absence, Colburn est de retour sur les lieux de son enfance. Mais sa présence semble échauffer les esprits. Lorsque deux enfants disparaissent, la vallée s'embrase...

La critique Nelfesque : Pow pow pow pow pow ! Voici ma réaction en terminant ce roman et en postant à chaud quelques impressions sur les réseaux sociaux. Il fallait absolument que j'en parle immédiatement, c'était une véritable nécessité tant cet ouvrage m'a transportée, sans trop rentrer dans les détails puisqu'il n'était pas encore sorti en librairie. C'est maintenant chose faite depuis le 29/04 et je ne tarde pas à publier cette chronique où je peux cette fois-ci expliciter un peu plus mon ressenti (j'avoue, les onomatopées, ça a ses limites !).

"Blackwood" est un roman où l'ambiance tient une très grande place. Nous sommes ici à Red Bluff, petite ville du Mississippi où il ne se passe pas grand chose depuis des années. La vie a petit à petit quitté les lieux, les habitants sont partis et ceux qui sont restés se sont englués dans un quotidien monotone. A l'image de nombreuses villes isolées, les commerces ont fermé et il flotte dans l'air comme un sentiment de fatalité. On ne se plaint pas mais on a conscience de ne pas vivre avec un grand V. Résigné.

Pendant les années où la ville se vidait de sa vie sociale, son énergie vitale, une plante a commencé à prendre de plus en plus d'ampleur, dans l'indifférence générale tout d'abord puis avec une pointe d'amusement et de fascination pour finir dans un fatalisme écrasant. Parce que la vie c'est comme ça et qu'un jour pousse l'autre, le kudzu s'est insidieusement glissée dans les rues, dans les jardins, dans les maisons jusqu'à recouvrir des propriétés entières et prendre peu à peu la place des hommes.

Cette plante est un véritable personnage à part entière, énigmatique, inquiétante et menaçante. Elle se propage, s'engouffre partout, y compris dans les cœurs. Elle change les hommes, se nourrit de leur tristesse, de leur noirceur. À moins que ça ne soit l'inverse... Véritable roman noir où homme et nature ne font plus qu'un dans un monde embourbé dans la misère et le passé, "Blackwood" prend le lecteur aux tripes !

Tout commence avec l'arrivée en ville d'une famille de marginaux, vivant dans leur vieille Cadillac défoncée et errant pour subvenir à leurs besoins. Étranges et étrangers, ils sont à la fois suspects et invisibles aux yeux des habitants. Seul le shérif Myer se soucie de qui ils sont et tente de les aider, lui l'homme qui était sur les lieux lorsque le père du jeune Colburn a été détaché du bout de la corde à laquelle il s'est pendu dans sa grange il y a 20 ans. Hasard du calendrier ou coïncidence du destin, ce même Colburn revient également en ville pour ouvrir son atelier d'art dans une boutique vacante que la mairie de Red Bluff met à disposition gratuitement pour redynamiser le centre-ville. Sans vouloir remuer le passé, le fuyant même, il continue simplement sa route en profitant des opportunités qui lui sont données. Mais le Colburn d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier et certains font mine de l'ignorer...

C'est autour de ces personnages que tourne "Blackwood", l'auteur disséquant leur vie, leur passé et nous menant sur les pas de leur destin. Qu'ont-ils décidé vraiment ? Quelle force les mène là où ils vont ? Dans quel but ? Le mystère est omniprésent jusqu'à la fin du roman et un vent métaphorique, mystique et fantastique, flotte sur ces pages. Brillant !

Michael Farris Smith réussit ici le coup de maître de nous tendre un piège que nous ne voyons pas venir. Comme cette plante qu'il dépeint, il prend son lecteur progressivement dans ses filets, jusqu'à ce que nous ressentions littéralement ce sentiment d'enfermement. Cette plante, cette ambiance, envahit non seulement Red Bluff et ses habitants mais elle sort également du roman pour nous accaparer tout entier. Impossible de relâcher ces pages, nous sommes fascinés et piégés. Un excellent auteur qui montre là encore toute l'étendue de son talent avec un roman passionnant.

Également lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Nulle part sur la terre"
- "Le Pays des oubliés" (un très beau roman (dont je devrais vous parler aussi plus longuement !) qui met en lumière les oubliés, ceux qui n'ont pas eu de chance dans leur vie, n'ont pas su la saisir et tente de garder la tête hors de l'eau malgré tout. Des trajectoires dures, des destins brisés. En bref, c'est noir, ça sent la sueur et les larmes mais c'est aussi lumineux.)

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jeudi 29 avril 2021

"Enrage contre la mort de la lumière" de Futhi Ntshingila

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L’histoire : La vie n’a pas toujours été aussi rude pour Mvelo, quatorze ans, et sa mère Zola, qui vivent dans les bidonvilles de la périphérie de Mkhumbane, en Afrique du Sud. Autrefois, auprès de Sipho, l’amant de Zola, un avocat aisé, elles connaissaient de bons moments. Autrefois, Zola était championne de course à pied dans son école et promise à un bel avenir.

Jusqu’au jour où elle est tombée enceinte et où son père l’a reniée, l’exilant chez sa tante qui tient le bar clandestin dans lequel sa fille Mvelo a grandi... Lorsque Zola, la "malade en trois lettres", succombe au VIH, Mvelo, enceinte du pasteur qui l’a violée, part en quête de ses origines.

Armée de sa résilience et d’un féroce instinct de survie, la jeune fille va devoir affronter un monde ravagé par l’apartheid qui laisse bien peu de chances à son genre et à sa condition.

La critique de Mr K : Je vais vous présenter aujourd’hui un livre particulièrement réussi, de ceux qui vous mettent une bonne claque derrière les oreilles et œuvrent pour la prise de conscience de tout un chacun face à une réalité trop souvent édulcorée ou occultée par les médias mais aussi chacun d’entre nous. Dans Enrage contre la mort de la lumière, l’auteure sud-africaine Futhi Ntshingila, journaliste de profession, nous propose une plongée sans concession dans son pays entre Apartheid, violence endémique, patriarcat étouffant et propagation dramatique du VIH à travers le destin de plusieurs femmes de la même famille. L’ensemble est brillant et bouleversant.

Mvelo et sa maman Zola vivent dans un bidonville. Cette dernière est atteinte du VIH et se sait condamnée. La vie est rude pour ces deux femmes qui auparavant ont connu des moments de bonheur. Comment en est-on arrivé à cette situation ? Par de nombreux flashback, nous revenons sur le destin brisé de la maman qui par amour, va tomber enceinte et se voir reniée par son père. On ne plaisante pas avec la vertu des filles. Avec l’aide d’une tante haute en couleur, elle va élever comme elle peut sa gamine, vivre d’expédients puis croiser l’amour. Du moins le pense-t-elle... L’auteure ne se contente pas de s’intéresser à Zola et Mvelo, les personnages secondaires qu’elles croisent sont eux aussi décortiqués, leurs ascendants aussi, permettant de mettre le doigt sur les dysfonctionnements familiaux et sociétaux. Véritable saga au cœur des déshérités, nombreuses sont les révélations et péripéties livrées au lecteur littéralement prisonnier de ces pages.

Ce roman est un véritable plaidoyer pour la cause des femmes, pour l’amélioration de leurs conditions de vie mais aussi de leur reconnaissance. À travers trois générations, on passe en revue une réalité difficile avec notamment en filigrane, le patriarcat qui écrase et aliène les femmes dans leur esprit et leur corps. Les tabous sont nombreux, centrés autour des organes génitaux qui ne leur appartiennent pas (les passages sur les tests de virginité sont effrayants) sous couvert d’interdits religieux et d’omnipotence des mâles et notamment de la figure du père. Plusieurs des héroïnes vont voir leur vie totalement chamboulée (pour ne pas dire gâchée) par le caractère inique des règles non écrites et qui statuent sur les femmes bien malgré elles. C’est donc un livre féministe, militant mais jamais dans l’outrance ou la caricature, versant dans l’humanisme et la nécessité de dialoguer, de se comprendre. Ainsi, certains hommes trouvent grâce aux yeux de l’auteure qui ne les met pas tous dans le même sac (comme ça peut être malheureusement le cas avec certains membres des "nouvelles féministes") et cela rajoute une note d’espoir bienvenue dans un livre bien sombre.

Ah ça, je peux vous dire qu’on souffre avec les personnages de cet ouvrage. Très bien décrits dans leur quotidien et leurs réflexions / aspirations, on prend fait et cause pour eux très vite, portés que nous sommes par un récit vif et détaillé. C’est une très bonne piqûre de rappel sur la vie menée par de nombreux êtres humains sur la planète où la préoccupation première est de manger à sa faim, d’avoir un toit sur la tête et de chercher en même temps le bonheur. Des passages sont vraiment rudes, renversent l’estomac mais on est dans la réalité la plus crûe, la plus réaliste qui est ici exposée avec une certaine pudeur dans une langue simple et nuancée à la fois. Femmes violentées, violées, exploitées mais aussi femmes aimantes, pour certaines ambitieuses ou en quête de leurs origines se côtoient, se rencontrent et s’opposent parfois. De ce chaos jaillit de nouvelles énergies, de nouveaux espoirs représentés par les enfants et leurs capacités réelles ou supposées. Comme un cycle éternel, la vie reprend ses droits mais le règne des lois humaines ou pseudo divines aussi.

En parallèle, au détour de certaines scènes, nous avons le droit en filigrane à un portrait au vitriol de la société sud-africaine avec notamment des références à l’Apartheid, régime dictatorial où blancs et noirs ont été séparés durant des décennies (premières lois raciales datant de 1927, avant l’accession d’Hitler au pouvoir). Il est aussi question de corruption, de privatisation de l’école et au final de quartiers entiers laissés à l’abandon où seule la loi du plus fort prévaut. Toutes ces tableaux sont saisissants et ajoutent à la qualité d’un ouvrage pamphlet, qui incite à la révolte et à l’action tout en appuyant sur l’humanité de ses personnages pour contrebalancer un bilan des plus effrayant.

Enrage contre la mort de la lumière se lit très facilement malgré un sujet difficile, je l’ai fini en une traite, totalement possédé et emporté par une écrivaine à la langue efficace et poétique à la fois. On prend un plaisir immense à suivre cette famille que rien ne semble épargner mais qui tente de rester debout malgré tout. Un grand et gros coup de cœur pour un livre à découvrir absolument.

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mardi 27 avril 2021

"Le Placard" de Kim Un-Su

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L’histoire : Un trentenaire, après des années de formation et de tentatives, trouve enfin un emploi auprès d'un laboratoire public. L'unique tâche qui lui est confiée étant de vérifier le matériel livré chaque matin...

Ses journées se passent ainsi, entre l'ennui et la contemplation du vide. Il s’aperçoit vite qu’il n’est pas le seul à ne rien faire : ses collègues, ses supérieurs, passent leur temps à bricoler des maquettes de navires dissimulées sous le bureau, à feuilleter des encyclopédies...

Pour tromper l’ennui, il déambule dans le bâtiment et découvre le placard n°13. Là, il trouve des dossiers stupéfiants sur des "symptomatiques" : un homme au doigt duquel pousse un ginkgo, un autre qui veut devenir chat, des sauteurs du temps, des narcoleptiques insensés, des mosaïqueurs de mémoires, des extraterrestres exilés sur Terre, etc. : un catalogue de l'inimaginable réalisé. Surpris par Dr Kwon, maître du placard, il se voit contraint de devenir son assistant pour suivre ces dossiers et répondre aux appels des symptomatiques.

La critique de Mr K : Direction la Corée du Sud aujourd’hui avec un ouvrage inclassable se situant aux lisières de plusieurs genres. Le Placard de Kim Un-Su (auteur hautement remarqué à raison par son excellent Sang chaud) est entre le roman noir et le fantastique, chose qui détone dans le catalogue de la maison d’édition Matin Calme qui nous a habitué jusqu’ici plutôt aux genres thriller et polar. La qualité littéraire reste la même avec ici un récit à tiroir redoutable d’efficacité et des personnages tous plus barrés les uns que les autres. Il ne m’a pas fallu longtemps pour lire cet ouvrage à la fois frais et diablement addictif malgré une orientation sombre et sans réelle issue.

Le héros-narrateur s’apparente à un individu lambda, rien ne le fait vraiment sortir du lot. Physiquement passe-partout, solitaire à qui l’on ne reconnaît pas de réelle relation sociale (qu’elle soit amoureuse, amicale ou même familiale), il vit en vase clôt, sans se presser, contemplant avec langueur sa vie depuis la fin de ses études. Clairement, il ne brille pas par son ambition et son dynamisme, élément surprenant dans un pays comme la Corée du Sud qui prône le dépassement de soi, la notion de productivité et la connectivité. Son quotidien morne le mène nul part mais ça n’a pas l’air de le déranger.

Et puis, le destin comme souvent va se jouer de lui. Il décroche un travail dans un laboratoire dont les recherches lui échappent au départ. Il se retrouve dans un bureau avec quasiment rien à faire si ce n’est réceptionner des colis et apposer sa signature pour vérifier leur contenu. Interloqué par cet état de fait (être payé correctement en ne faisant rien), au bout de quelques mois, il se rend compte que finalement personne ne fait rien dans l’immeuble, qu’il n’est pas le seul dans ce cas là et quelque soit le service concerné. En voulant faire passer le temps, il ouvre un placard à combinaison qui lui faisait de l’œil depuis trop longtemps et met à jour des dossiers de patients pour le moins surprenants. Un mystérieux Dr Kwon officiant dans l’entreprise reçoit des personnes souffrant de troubles et maladies très particulières qui auraient piqué au vif Fox Mulder des affaires non classées ! Très vite démasqué par le fameux médecin, le narrateur se retrouve embauché par lui pour faire le ménage, s’occuper de la paperasse et même recevoir ou appeler certains cas. Le voila devenu assistant sans vraiment le vouloir... Mais attention, plus de responsabilités peuvent parfois vous mener à votre perte...

Le roman est divisé en trois parties qui ne sont pas forcément chronologiques. Ainsi, on débute avec quelques cas venus au laboratoire. On croise nombre de personnalités étranges dans cet ouvrage avec notamment un homme qui voit un arbre lui pousser au bout d’un doigt, d’autres font des bonds dans le temps, certains dorment des semaines entières, et quelques spécimens dans le monde se nourrissent de verre ou de pétrole... Vous l’avez compris, c’est complètement délirant et l’on tombe littéralement de Charybde et Scylla en lisant cet ouvrage. Les chapitres s’enchaînent avec un plaisir certain mais le lien est tout d’abord ténu... Vers quoi nous dirige l’auteur en accumulant les cas pathologiques et / ou psychologique ? Puis certains personnages reviennent dont une femme travaillant au même endroit que le héros, le Dr Kwon se fait plus présent et puis viennent dans l’intrigue des hommes en noir redoutables qui voudraient bien mettre la main sur les dits dossiers et certaines caractéristiques de patients. On passe alors du récit de découverte sidérante à une trame bien noire mettant en avant des enjeux secrets et des velléités de pouvoir qui ne s’embarrassent pas de considérations morales. Le dernier acte est tranchant à plus d’un titre et verra la vie du héros changer considérablement.

En plus de cette dimension marrante, désarçonnante, ce roman (qui est le premier de l’auteur dans sa bibliographie) est une critique à peine voilée de la Corée du Sud. Quand on lit les éléments biographiques concernant Kim Un-Su, il est dit qu’il s’est retiré de la vie trépidante des grandes villes pour s’isoler. Ce livre met le doigt sur ses préoccupations et sonne, à travers le personnage principal, ses préoccupations mais aussi celles des autres protagonistes, une charge sans faux semblants sur l’individualisme forcené, la course à la performance, les apparences et les jeux de pouvoir et de domination. C’est brillamment fait car à la fois insidieux et puissant. Le fantastique et le roman noir mêlés donnent une puissance incroyable à ce pamphlet qui n’en est pas vraiment un mais profite des circonvolutions de la narration pour lâcher les chevaux. C’est tout bonnement jubilatoire !

Et puis l’écriture de l’auteur est une petite merveille. Comme dans son précédent roman, il y a un art de la caractérisation, un amour pour les personnages qui confine au génie et donne à l’ensemble une certaine volupté, une profondeur confondante qui nous capture et ne nous relâche jamais pendant toute la lecture. Un excellent roman qui ne ressemble à rien d'autre, un OLNI. Entre fantastique, roman noir avec ses personnages complètement branques et une mélancolie diffuse qui nous renvoie à nos errances d'homme soi-disant moderne, on prend une belle claque avec une conclusion sans appel. Courez-y, si vous êtes amateurs !


mardi 20 avril 2021

"Offshore" de Céline Servais-Picord

offshorecspL’histoire : Un homme sonde les réserves de pétrole des fonds sous-marins et meurt sous les balles de pirates au large du Nigeria. Aude qui l’a aimé poursuit sa trace en empruntant des chemins de traverse : elle trouve un écho de sa voix dans les sagas islandaises du Moyen-Âge, dont il était un lecteur compulsif ; elle le suit en Afrique, et guidée par le guérisseur qu’il fréquentait, elle l’aperçoit dans des visions nocturnes. Elle entraîne le lecteur dans ce voyage initiatique peuplé de souvenirs et de mythes, où les lieux et les époques se répondent.

La critique de Mr K : Très belle lecture à nouveau avec ce titre de la très bonne maison d’édition Nouvel Attila qui décidément à l’art de proposer des titres aussi surprenants qu’addictifs. Dans Offshore de Céline Servais-Picord, l’auteure nous propose de suivre le travail de deuil d’une jeune femme qui a du mal à se remettre de la disparition de son fiancé. Entre flashback et initiation à des cérémonies divinatoires, on navigue constamment entre monde cartésien et monde spirituel avec un bonheur de lecture qui ne s’éteint jamais.

Ralph est mort lors d’une opération de sondage de pétrole dans le golfe de Guinée. Son expédition a été prise pour cible par des pirates en quête de richesse et de gloire. Dès le premier chapitre le ton est donc donné et l’on suit par la suite différentes voix qui vont nous parler de Ralph mais pas seulement. Il est question d’amour, de passion professionnelle et aussi de l’Afrique avec ses richesses pillées par les occidentaux et ses traditions pluriséculaires entre divination et magie. On passe d’un thème à l’autre voire on les mélange via des points de vue bien différents : celui de la femme éplorée qui veut comprendre et se remémore, celui du guérisseur qui s’adresse directement à elle ou à Ralph lors de la première visite de ce dernier.

Cette narration différenciée fonctionne pleinement et capte d’entrée le lecteur. Cela désarçonne au départ mais distille en même temps une graine de curiosité qui ne se dément jamais. Des univers très différents s’entrechoquent entre la realpolitik économique et la recherche de profit à tout prix et des pays en voie de développement qui ne voient jamais le bout de leurs efforts. En cela, le personnage de Ralph ne m’a guère plu. Seulement motivé par ses fonctions et sa passion pour le repérage d’or noir, il m’a semblé peu humain, très égocentrique et non concerné par la misère qu’il peut côtoyer. Il n’est pas détestable pour autant car il a une solitude chevillée au corps de par son caractère mais il est bien le fruit de notre époque où chacun gesticule dans son coin et pour certains se fichent de leur prochain. D’ailleurs cette ambivalence se retrouve dans sa relation avec l’héroïne qui se fait quelque peu malmener par Ralph qui semble uniquement investi dans ses missions professionnelles.

Le parcours d’Aude est très intéressant à cet égard. Elle passe par de nombreux états entre tristesse, mélancolie mais aussi vers la fin révélation et prise de conscience. On se rappelle avec elle de la rencontre impromptue avec Ralph, d’une évidence qui saute aux yeux mais qui va s’émousser un peu avec le temps. On sourit, on hume l’air avec elle, on savoure une main serrée, une balade au bord de la Manche, un repas ou même simplement un regard. Puis vient ensuite le temps de l’initiation quand elle prend rendez-vous avec le guérisseur que son homme avait rencontré et qui va lui apprendre à regarder en elle pour mieux se découvrir et appréhender ses peines et chagrins. Ces pages mystiques sont d’une beauté et d’une sagesse limpide, sans fioritures et sans effets de manche. On grandit en même temps que l’héroïne et on aperçoit son existence par un autre bout de la lorgnette. Je dois avouer que j’ai été assez bluffé sur l’aspect récit d’apprentissage.

On voyage aussi beaucoup notamment lorsqu’elle retourne en Islande sur les traces d’un trek effectué par le disparu bien auparavant, moi qui aime beaucoup ce pays et adorerais y aller, j’ai été comblé. Et puis, il y a surtout l’immersion à Lagos, capitale folle du Nigéria avec une marée humaine constante, un danger omniprésent grandissant sur les germes de la pauvreté et de la corruption. Sans clichés, toujours avec le même souci de simplicité mais aussi d’universalité, on se laisse porter par ses lignes qui ensorcellent le lecteur et l’emporte vers un ailleurs pas si lointain.

Par le biais de chapitres courts, mêlant différents types de langues faisant référence parfois aux sagas islandaises dont Ralph était amateur (de très très beaux passages versifiés émaillent le texte ici et là), d’autre fois au langage oral propre aux pratiques spirituelles évoquées dans le livre, langue aussi plus réaliste et pragmatique quand il s’agit d’évoquer le drame vécu par les habitants du delta du Niger (le pillage de leurs ressources et la pollution endémique qui en découle), on se réjouit et on vit pleinement l’histoire. Au final, on se dit qu’on a lu là un livre différent, prenant et source de réflexion sur soi. Offshore est une bien belle expérience que je vous encourage à tenter à votre tour au plus vite.

jeudi 15 avril 2021

"La Chasse" de Gabriel Bergmoser

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L’histoire : Frank s'occupe d'une petite station-service paumée au milieu de l'immensité sauvage australienne. Un jour, une jeune femme arrive en trombe, blessée. Aidé par un couple de voyageurs, Frank tente de soigner les blessures de l’inconnue lorsque de mystérieux assaillants arrivent sur les lieux. Coupés du monde, les occupants de la station-service vont devoir alors faire face à un véritable siège.

La critique de Mr K : Bienvenue dans une lecture incandescente et ultra-plaisante aujourd’hui avec La Chasse de Gabriel Bergmoser. Très cinématographique dans son écriture, rythmé comme il faut et très sombre, voici un ouvrage qui se lit tout seul et à une vitesse record. La tension ne redescend jamais et l’on se prend pas mal de claques même si l’amateur de films de genre que je suis n’a jamais été vraiment surpris par les méandres empruntés par l’histoire.

Tout d’abord le lieux de l’action : le bush australien avec au cœur du récit une station service perdue au milieu de nulle part tenue par un grand-père au passé tumultueux. Il reçoit depuis quelques jours à la maison sa petite-fille dont la phase remuante d’adolescence dépasse ses parents qui n’y arrivent plus. Ces deux-là en sont toujours au round d’observation quand les événements vont se précipiter. Une jeune femme grièvement blessée échoue dans la station service et tombe dans les vapes. Le temps de la faire rentrer dans le bâtiment et de commencer les premiers secours (quelques clients présents dont un apprenti infirmier vont se retrouver coincés eux aussi dans le grand foutoir à venir) que déjà un individu menaçant se pointe et demande si quelqu’un aurait aperçu une jeune femme en cavale. Renvoyé sur les roses, il ne va tarder à revenir avec ses potes et le siège peut débuter.

Le postulat de départ est simple mais diablement efficace. Après deux chapitres de présentation globale des personnages principaux, l’auteur lâche les chevaux. Il n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère car très vite la tension monte d’un cran avec une opposition forte entre les personnages, des réactions en chaîne qui vont bousculer les certitudes et créer une trame diaboliquement addictive. Punchlines, fusillades, pertes cruelles et remises en question peuplent ces pages d’un noir profond où l’espoir est mince et bien souvent illusoire. Les fans de roman noir sont servis pour le coup.

Bien que classiques dans leur caractérisation, on s’accroche à ces personnages un peu paumés que la vie n’a parfois pas gâtés. Par un savant mélange de flashbacks et de retour à la réalité, on commence à percevoir que derrière cette trame se cachent des ramifications complexes et des destins tortueux à souhait. Comme dit plus haut certaines ficelles sont plutôt grosses et les amateurs de films d’horreur et de série horrifiques (regardez les Wolfcreek - films et séries -, on s’y croirait ici !) retrouveront leurs gammes et références tant dans certaines scènes à la John Carpenter que dans les personnages iconiques à souhait avec notamment des redneck australiens plus vrais que nature et foutrement flippants comme dans Cul de sac de Douglas Kennedy. Certes on manque parfois d’originalité mais l’ensemble est tellement bien troussé qu’on ne peut pas bouder son plaisir. Ce qui est sûr c’est que ça ne donne pas envie d’aller en Australie tant on côtoie pas mal de dégénérés et d’individus interlopes qui semblent vivre en marge de toute morale élémentaire si on se réfère à ce roman.

Gabriel Bergmoser s’y connaît pour mener ses scènes d’action aussi. L’immersion est totale et il est impossible de résister à la tentation d’aller plus loin. Chapitres courts, incisifs et écriture au scalpel à la mode thriller / page-turner plantent une histoire d’un noir profond qui va loin parfois et nous renvoie à notre nature profonde voire primale. Parfois thrash, parfois délicat dans l’évocation du lien grand-père / petite-fille, fun et poignant, La Chasse ravira les amateurs de survivors qui dégomment, d’ambiances pesantes et d’évocations des vicissitudes humaines. Belle lecture enthousiasmante !

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mardi 13 avril 2021

"Limbo" de Bernard Wolfe

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L’histoire : Ceci est l'histoire d'un monde pacifique. Après une guerre presque absolue, les hommes ont choisi de perdre leurs membres plutôt que de reprendre les armes.

Ils ont choisi l'IMMOB, suivant les idées qu'ils ont cru lire dans le journal intime d'un jeune chirurgien, le docteur Martine, devenu ainsi une sorte de messie. Mais les cybernétistes veillent.

Ils ont une autre solution. Des membres artificiels, plus résistants, plus fiables, capables de tout. Même de reprendre le combat, les armes.

C'est dans cet "entre-deux-guerres" du futur que réapparaît le docteur Martine, brutalement promu au rôle d'arbitre dans un conflit tragique dont il ignore les origines...

La critique de Mr K : Incursion en science-fiction aujourd’hui avec cet ouvrage qu'un ami m’a offert pour mon anniversaire, livre qu’il avait lui-même lu et adoré il y a déjà quelques temps. Je ne connaissais avant ni l’auteur ni le titre, ce qui est un grand tort. Quand on creuse un peu, on se rend vite compte que Limbo de Bernard Wolfe est considéré comme un classique du genre par les amateurs. L’erreur est désormais réparée et je confirme tout le bien que j’ai pu lire ici ou là sur cet ouvrage. C’est 768 pages de pur plaisir littéraire entre SF et essai philosophique, à la fois passionnant et immersif.

Tout débute sur une île de l’Océan Indien qu’aucune carte ne mentionne. On y fait connaissance avec le Docteur Martine, le héros de ce récit. Naufragé plus ou moins volontaire, cela fait 18 ans qu’il vit avec la peuplade du crû avec laquelle il entretient de bons liens et pratique la suite de ses travaux scientifiques sur le cerveau. On est plus ou moins plongé dans l’univers du bon sauvage cher à Rousseau, du moins la recherche de l’homme à l’état naturel sans velléité agressive ni possession terrestre. C’est l’occasion de commencer un voyage métaphysique sur la nature de l’être humain mais aussi sur ce qui s’oppose à elle : la Culture et notre propension à vouloir transformer la Nature selon notre volonté et nos désirs. Dès le départ, vous l’avez compris, on sait qu’on a affaire à une œuvre ambitieuse à l’universalité qui va aller crescendo.

Tout va se voir bouleverser avec l’arrivée d’intrus sur ce pseudo paradis terrestre. Venus de Limbo, territoire situé en Amérique du Nord (partie des États-Unis que nous connaissons), ces humains présentent la particularité d’être amputés de plusieurs membres remplacés par des prothèses aux capacités diverses (pales d’hélicoptère, scies, lance-flamme…). Le choc est forcément profond même s’il se déroule pacifiquement. Cependant cela agit comme un révélateur chez le Docteur Martine qui prend la décision de retourner chez lui pour voir ce que son monde est devenu et partir à la recherche de lui-même.

Parti en 1972, à la veille d’un conflit majeur, en 1990 (année de déroulement du présent récit), la Terre a subi une troisième guerre mondiale où les bombes atomiques ont ravagé une bonne partie du monde. Ainsi l’Europe n’a plus d’existence viable, les grandes villes du continent ont été rasées. Reste deux blocs antagonistes qui s’épient en chiens de faïence, un peu à la manière des tensions liées à la Guerre Froide dans notre propre réalité. Les deux camps ont adopté la mystérieuse idéologie de l’IMMOB au nom de la paix mondiale et de l’apaisement de l’être humain. Ils s’affrontent désormais via une nouvelle version améliorée des jeux olympiques et une paix durable semble s’être installée.

Tout en suivant Martine dans sa redécouverte de son pays et de ses racines (très beau passage dans les lieux de son enfance), on explore les contradictions de l’être humain et notamment sa volonté de poursuivre une utopie qui par essence n’est pas atteignable à partir du moment où des règles sont mises en place et dépassent l’idéal poursuivi. Par leur sacrifice ultime, celui de leurs membres représentant l’agressivité et l’idée de déplacement et donc de violence (je schématise à fond, le livre est beaucoup plus disert et rigoureux que moi), les êtres de cette civilisation nouvelle vivent dans une grande rigidité, une absence totale d’humour (au contraire du héros qui bien malgré lui a concouru à cet état de fait mais je vous laisse la surprise) et une volonté de contrôle total de soi y compris lors du moindre acte quotidien. Pour se rapprocher des machines qui ont finalement guidé le feu nucléaire, les hommes sont devenus des posthumains, alliant chair et cybernétique dans un mélange qui condamne la moindre nuance ou morale humaine élémentaire. Le manichéisme est de mise avec au final une société discriminatoire, où la liberté n’est qu’un leurre, où le sexe est dirigé, le libre-arbitre finalement absent à cause d’une propagande très bien huilée, un contrôle des foules total.

Limbo n’est pas pour autant un ouvrage très prospectif en terme de technologie pure. Il y a quelques détails sur les voitures automatiques, on y parle de cyborgs et de transhumanisme. L’intérêt est surtout dans l’aspect philosophique et psychologique qui est développé dans cette anti-utopie grinçante et finalement lorgnant vers la farce quand on apprend l’origine de la révolution à l’œuvre pour créer le mouvement IMMOB. Bien moins connu que 1984 ou encore Le Meilleur du monde, on navigue ici dans les mêmes eaux avec une partie théorique encore plus poussée qui vous rappellera avec joies quelques grands questionnements abordés en philosophie : Nature et Culture comme dit plus haut, la notion de Bien et de Mal, la Liberté, le Temps, la notion de progrès scientifique, de Bonheur... Finalement si on devait résumer les parties narratives, il ne se passe pas grand chose, par contre nombre de réflexions sont menées et apportent une densité incroyable à une histoire très prenante.

Bien que pointu par moment, le roman se lit d’une traite avec un plaisir renouvelé. Dense, complexe à l’occasion, la langue sert remarquablement la trame et les apports divers que nous propose l’auteur. Le personnage principal est un modèle de caractérisation, les révélations pleuvent sur lui mais aussi sur les personnages secondaires dont les destins prennent un tour parfois étonnant avec des rapports changeants et ambigus qui raviront les amateurs de récits à tiroir aux multiples surprises. L’auteur en plus d’être romancier fait montre d’une culture scientifique dans de multiples domaines ce qui donne à l’ensemble une gageure incroyable. J’ai beaucoup apprécié l’aspect psychanalytique de l’odyssée de Martine, ses réflexions sur l’Homme et le progrès. Il cite d’ailleurs bien souvent ses sources ce qui nourrit des idées de lectures futures fort intéressantes.

Je n’en dirai pas plus car on pourrait écrire des pages et des pages sur cet ouvrage qui s’apparente à un authentique chef d’œuvre qui va rejoindre dans ma bibliothèque les deux classiques de Huxley et Orwell suscités. Les fans de SF ne doivent absolument pas passer à côté. Quant aux autres, ils seraient bien inspirés de tenter l’aventure car au-delà d’une critique sans fard des déviances d’une utopie, il nous parle de nous et de manière fort juste. Un must read et un énorme coup de cœur.

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vendredi 9 avril 2021

"Fantômes" de Christian Kiefer

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L’histoire : Été 1945 : lorsque le soldat américain d'origine japonaise Ray Takahashi rentre du front, personne n'est là pour l'accueillir en héros sur les terres de son enfance, dans le nord de la Californie. Ses parents, après avoir été expulsés et enfermés au camp de Tule Lake, vivent désormais à Oakland. Mais Ray veut comprendre pourquoi leurs anciens voisins et amis ont coupé les ponts avec eux, et surtout revoir leur fille Helen, sa petite amie. C'est à ce moment-là qu'il disparaît sans laisser de traces.

Printemps 1969 : de retour du Vietnam, et hanté par les fantômes de la guerre, John Frazier cherche son salut à travers l'écriture d'un roman. En s'emparant accidentellement du destin de Ray, le jeune écrivain ignore tout des douloureux secrets qu'il s'apprête à exhumer.

La critique de Mr K : Chronique d’une très belle lecture aujourd’hui avec le nouveau roman de Christian Kiefer qui m’avait bien scotché avec Les Animaux paru il y a déjà quatre ans ! J’avais été séduit par ce roman noir, superbement écrit et mené de main de maître que j’avais dévoré quasiment d’une traite notamment lors d’un séjour aux urgences en attendant mon tour... Dans Fantômes, l’auteur nous revient avec un roman tout aussi réussi avec cette fois ci un focus sur un pan de l’histoire américaine particulièrement sombre et des personnages au charisme incroyable. Carton plein une fois de plus !

Ray revient au pays après la Seconde Guerre mondiale où il a servi son pays. Américain d’origine japonaise, il trouve sa maison occupée par les anciens propriétaires. Ses parents ont été expulsés comme beaucoup d‘autres nippons-américains, parqués dans un camp d’internement à cause de leurs origines suite à l’attaque surprise de Pearl Harbor. Ray veut comprendre pourquoi les anciennes relations de sa famille leur ont tourné le dos mais il met les pieds dans un véritable panier de crabes. On perd sa trace assez vite. On suit alors une enquête menée par un écrivain tout juste revenu traumatisé de son propre service dans l’armée US au Vietnam. Rien ne semble relier ses deux individus et pourtant, au fil des investigations de John Frazier, des ponts vont se révéler, des points communs qui vont mettre à jour des vérités pas forcément très agréables et révélatrices d’une époque et de personnalités bien complexes.

Je ne dirai pas grand-chose de plus finalement que ce que la quatrième de couverture révèle pour ne pas lever trop le voile sur les ressorts de la narration. Sachez simplement qu’on alterne entre les atermoiements de l’écrivain en devenir qui se remet difficilement de son expérience au Vietnam et des flashback sur Ray et sa famille. C’est très bien mené avec une progression étudiée, diabolique même car les révélations parcellaires se succèdent pour mieux se compléter et faire monter la pression. Ce roman prend aux tripes et au cœur, on se doute bien qu’un terrible drame se joue mais on y va avec entrain et on en redemande même lorsque apparaît le mot "fin" tant on a été pris par le souffle qui règne sur cet ouvrage.

Les deux personnages principaux sont passionnants et caractérisés avec une grande justesse. On se pique d’en savoir plus sur les raisons du traumatisme vécu par John, on s’inquiète de la destinée tortueuse de la famille de Ray. Chacun se dépatouille avec son identité, ses doutes et ses aspirations dans une condition humaine décidément bien compliquée à gérer parfois selon les circonstances et les relations nouées avec nos semblables. Toute une galerie de personnages secondaires naviguent autour d’eux et forment un microcosme qui se trouve au centre d’un tourbillon d’événements qui vont précipiter les choses. C’est brut de décoffrage par moment, souvent troublant et dérangeant car l’être humain livre un visage tantôt fraternel tantôt peu amène qui donne le vertige et écœure. J’ai trouvé dans ce domaine que cet ouvrage se rapprochait d’un John Steinbeck dans la forme simple et profonde à la fois et les réflexions qu’induisent les péripéties chez le lecteur.

Chronique d’un temps et d’un lieu, les USA et son engagement dans la guerre, il est beaucoup question de la différence et du racisme dans une histoire finalement très banale d’amitié et de cruauté, d’entraide et de vengeance inique. C’est beau, profond et d’un terrible réalisme qui vous enserre le cœur et ne vous relâche jamais. Les amitiés sont mises à rude épreuve, la bêtise fait force de loi et la vérité quand elle est révélée renverse les croyances établies et foudroie dans un ultime sursaut le lecteur qui finit sur les genoux.

Très bien écrit dans son style si personnel mais à la portée universelle bouleversante, Fantômes est un livre qui fera date et qui a le mérite d’évoquer le sort peu enviable réservé aux américains d’origine japonaise durant la Seconde guerre mondiale. Une petite bombe d’intelligence et d’humanité comme il fait bon lire même si les cœurs d’artichauts comme moi peuvent préparer leurs mouchoirs.

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mercredi 7 avril 2021

"La sirène, le marchand et la courtisane" d'Imogen Hermes Gowar

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L’histoire : Un soir de septembre 1785, on frappe à la porte du logis du marchand Hancock. Sur le seuil, le capitaine d’un de ses navires. L’homme dit avoir vendu son bateau pour un trésor : une créature fabuleuse, pêchée en mer de Chine. Une sirène.

Entre effroi et fascination, le Tout-Londres se presse pour voir la chimère. Et ce trésor va permettre à Mr Hancock d’entrer dans un monde de faste et de mondanités qui lui était jusqu’ici inaccessible.

Lors d’une de ces fêtes somptueuses, il fait la connaissance d’Angelica Neal, la femme la plus désirable qu’il ait jamais vue... et courtisane de grand talent. Entre le timide marchand et la belle scandaleuse se noue une relation complexe, qui va les précipiter l’un et l’autre dans une spirale dangereuse.

Car les pouvoirs de la sirène ne sont pas que légende. Aveuglés par l’orgueil et la convoitise, tous ceux qui s’en approchent pourraient bien basculer dans la folie...

La critique de Mr K : Quelle belle lecture que celle-ci ! Cela faisait un petit temps que je n’avais pas lu ce type de livre, croisement entre le roman historique, romance et avec une petite touche de fantastique. La sirène, le marchand et la courtisane est le premier ouvrage de sa jeune auteure Imogen Hermes Gowar qui place déjà la barre très haut avec un récit foisonnant, fulgurant, remarquablement documenté et au suspens parfois insoutenable. Inutile de vous dire que j’ai adoré et que je l’ai lu en un temps record. Divisé en trois parties, correspondant quasiment à trois actes, on suit donc principalement deux personnages que la vie et le destin vont rapprocher irrémédiablement.

À ma gauche, je vous présente M. Hancock, un marchand qui a perdu sa femme et son nouveau-né lors d’un accouchement qui s’est plus que mal déroulé. Inconsolable, depuis il vit seul avec sa nièce et mène ses affaires du mieux qu’il peut. Timide et réservé, économe et prudent, légèrement empatté, il est typiquement le genre d’homme qu’on ne remarque pas. Tout va basculer pour lui lorsque le capitaine d’une de ses expéditions va revenir avec un être rare qui va attirer tous les regards et braquer les projecteurs sur un Hancock qui semble voir sa fortune faite.

À ma droite, je vous présente Angelica Neal, une courtisane au charme capiteux qui séduit tous les hommes de Londres et notamment les plus fortunés. Quasiment élevée par une mère maquerelle qui a pignon sur rue (on est en 1785, ce commerce est légal et même considéré comme un régulateur social efficace, autre époque autres mœurs), on la retrouve en fâcheuse position en tout début d’ouvrage car son "protecteur" est décédé et la voila quasiment à la rue. On suit alors son parcours, tantôt touchant le lecteur tantôt l'agaçant. Nourrit de rêves grandioses, la réalité est plus prosaïque et les difficultés s’enchaînent entre deux moments de pure grâce. Elle va finir par croiser la route de M. Hancock, un marchand dont tout Londres a entendu parler à propos d’une sirène qu’il expose en ville.

La rencontre ne fera pas d’étincelle au départ, tout les sépare. Lui est un homme droit et moralement chaste, tandis qu’elle représente le monde du stupre et du plaisir. Pour autant, une étrange relation se noue entre eux faite d’attirance, de méfiance et de complicité. La vie va les rapprocher mais les épreuves ne font que commencer, la roue du destin étant parfois impitoyable et l’on n'est pas au bout des rebondissements avec un ouvrage long de 528 pages qui ne connaît aucun temps mort ni coup de mou. Une fois pénétré par les premiers chapitres, je peux vous dire que le livre est difficile à refermer !

On est ainsi très vite séduit par les personnages auxquels Imogen Hermes Gowar donne vie avec brio et sensibilité. Chacun ici est un être de chair et de sang complexe, mu par des forces invisibles et dépendant d’un fatum, d’un ordre des choses qui semble parfois lui échapper. Torturés par ces vents contraires, des choix difficiles s’offrent à eux dans un tourbillon d’événements et un contexte sans cesse changeant. Le moindre protagoniste même le plus secondaire apporte sa pierre à l’édifice narratif et ajoute à la profondeur des trames entrelacées. Par petites touches parfois quasiment indéfinissables, l’auteure monte son histoire et l’engage dans des voies que l’on ne soupçonnait pas. La structure globale quoique classique s’affranchit parfois des rythmes narratifs convenus avec notamment un dernier acte que je n’ai pas vu venir et qui rajoute une couche de suspens qui prend au cœur.

L’époque est très bien rendue et l’amateur d’Histoire que je suis, a été comblé avec un sens du détail qui ne tombe jamais dans la lourdeur et permet une immersion totale dans le Londres de la fin du XVIIIème siècle. On côtoie toutes les couches sociales des bas-fonds aux palais dorés avec un plaisir renouvelé porté par une écriture brillante qui ne cède jamais à la facilité ni au voyeurisme (on nage souvent dans les milieux interlopes) et emprunte bien souvent des voies poétiques insoupçonnées avec une pointe fantastique qui prend possession des pages par moment et offre des passages bien borderlines comme je les aime.

La sirène, le marchand et la courtisane est un ouvrage rafraîchissant, passionnant et au final totalement réjouissant. Les amateurs ne doivent surtout pas passer à côté, on passe vraiment un excellent moment. Vivement son prochain ouvrage, pour une première c’est carton plein !

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