lundi 3 août 2020

"Le Chant de l'assassin" de R. J. Ellory

Le Chant de l'assassinL'histoire : Tout le monde a un secret.
Condamné pour meurtre, derrière les barreaux depuis plus de vingt ans, Evan Riggs n'a jamais connu sa fille, Sarah, confiée dès sa naissance à une famille adoptive. Le jour où son compagnon de cellule, Henry Quinn, un jeune musicien, sort de prison, il lui demande de la retrouver pour lui donner une lettre. Lorsqu'Henry arrive à Calvary, au Texas, le frère de Riggs, shérif de la ville, lui affirme que la jeune femme a quitté la région depuis longtemps, et que personne ne sait ce qu'elle est devenue. Mais Henry s'entête. Il a fait une promesse, il ira jusqu'au bout. Il ignore qu'en réveillant ainsi les fantômes du passé, il va découvrir un secret que les habitants de Calvary sont prêts à tout pour ne pas voir divulguer.

La critique Nelfesque : Alors que vient de sortir cet été le dernier roman traduit en français de R. J. Ellory dont je vous parlerai prochainement, il est plus que temps pour moi d'évoquer le précédent, "Le Chant de l'assassin". Cet auteur est un incontournable pour qui aime les romans noirs et les thrillers faisant la part belle aux personnages. Depuis la lecture de son premier ouvrage sorti en France, je n'ai plus lâché Ellory d'une semelle. Lui et moi c'est maintenant 12 ans d'amour littéraire qui nous lient et après la lecture de celui-ci, ça ne va pas s'arrêter là.

Nous suivons Henry Quinn, ex taulard ayant purgé sa peine, tentant de tenir la promesse qu'il a faite à son compagnon de cellule Evan Riggs. Et croyez-moi ce n'est pas une mince affaire ! Depuis 20 ans derrière les barreaux, ce dernier a écrit une lettre à sa fille qu'il confie à Quinn dans l'espoir qu'il puisse lui remettre. Commence alors pour lui un véritable parcours du combattant dans la petite ville de Calvary où le shérif du coin et les habitants ne sont pas prêts à voir ressurgir les fantômes du passé.

Intimidations plus ou moins musclées, allusions, non-dits vont devenir le quotidien d'Henry Quinn pour qui une promesse est une promesse. Trop de mystères entourent la fille de son ami, le chemin menant à elle est tellement semé d'embûche que toute la lumière doit être faite sur son existence. Où est-elle ? Comment la retrouver ? Qui contacter ? Et surtout pourquoi est-ce si compliqué ? Quel lièvre Quinn va-t-il lever ?

Rangé dans la catégorie "thriller", "Le Chant de l'assassin" est un véritable drame. Ce roman prend aux tripes, nous émeut, nous met en colère, nous fait passer par tous les états. Ellory est excellent pour dépeindre les ambiances, la moiteur d'un lieu, la torpeur de l'alcool et surtout ses personnages sont décrits comme on confectionnerait une dentelle. Il a l'art de les faire prendre vie devant nos yeux en nous plongeant dans leurs vies, en les sondant jusqu'aux tréfonds de leurs âmes. Il m'a bouleversée ici aussi par sa plume de la même manière qu'il a pu le faire avec "Seul le silence" ou "Mauvaise étoile".

Aller-retours incessants entre le passé d'Evan Riggs et l'enquête présente menée par Henry Quinn, Ellory se joue de la temporalité en mettant en parallèle leurs deux existences. Tous deux ont leurs défauts, leurs fêlures, leurs espoirs fauchés en plein vol, leurs existences à jamais détruites. Comme c'est beau putain. Comme on a envie de les prendre dans nos bras et leur dire que la vie n'est pas finie et que tout peut encore arriver. Les derniers chapitres ont une telle force niveau écriture qu'ils méritent presque à eux seuls de se plonger entre ces pages. Un ultime baroud d'honneur, un coup de pied dans la fourmilière, une course pour la vie que Quinn va mener pour son ami mais aussi pour lui. Quand les hommes ne sont plus que des ombres, reste une lueur en bout de piste qu'il leur faut fixer sans relâche jusqu'à l'éblouissement. Un superbe roman.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Un Coeur sombre"
- "Les Assassins"
- "Papillon de nuit"
- "Les Neuf cercles"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Anges de New-York"
- "Vendetta"
- "Les Anonymes"
- "Seul le silence"

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mardi 28 juillet 2020

"La Clé de l'abîme" de José Carlos Somoza

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L’histoire : Puissant, immense, tout de verre et d'acier, le Grand Train de 7h45 vient de s'ébranler à destination de Hambourg, quand, à son bord, le modeste employé Daniel Kean distingue une flaque rouge sang aux pieds d'un passager. Pour déjouer l'attentat imminent, le jeune homme amorce le dialogue avec le kamikaze agonisant qui lui susurre quelques mots à l'oreille. Le voilà dépositaire malgré lui d'un effroyable secret : l'emplacement de la "Clé" qui pourrait détruire Dieu, détruire surtout la crainte qu'il inspire aux hommes. Flatté, menacé ou manipulé par deux bandes rivales qui se disputent cette boîte de Pandore, Daniel s'immerge dans un univers peuplé d'ombres, traverse des ténèbres et affronte des mythes et des divinités archaïques.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture bien perchée aujourd’hui avec La Clé de l’abîme de José Carlos Somoza, un ouvrage paru chez Actes sud qui végétait dans ma PAL depuis maintenant trop longtemps. Je me rappelle l’avoir adopté dès le premier regard avec cette couverture attrayante au possible qui m’a attiré de suite, la quatrième ayant achevé de me convaincre avec de grandes promesses. Au final, je n’ai pas été déçu, l’histoire est prenante au possible, les références nombreuses (dont une à laquelle je ne m’attendais pas) et malgré une lecture parfois âpre, on prend beaucoup de plaisir à suivre les aventures déjantées de cet infortuné de Daniel.

Daniel Kean sur le papier n’a pas grand chose d’un héros. C’est un être ordinaire. Il vit modestement avec sa femme et leur fille, travaille pour les transports publics, ne cherche pas à sortir du lot, se contente de ce qu’il a et franchement se trouve heureux comme cela. Lors d’une ronde dans un wagon, il remarque un voyageur saignant abondamment. Il s’en approche et se rend compte qu’il s’agit d’un déséquilibré qui s’apprête à commettre un acte terrible. De fil en aiguille, il gagne sa confiance et finit par se voir confier un secret qui pourrait changer la face du monde. Ça il ne le sait pas encore en fait, il attire les convoitises de deux groupes distincts qui se battent pour mettre la main sur la fameuse clé de l’abîme qui donne son titre à l’ouvrage. Tout bascule à ce moment là, Daniel se retrouvant bien malgré lui au cœur de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal avec en point de mire la croyance et la crainte de Dieu qui pourraient bien disparaître... ce qui livreraient à coup sûr la Terre au Chaos.

Étrange, vous avez dit étrange ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises car le roman ne peut se résumer à cela. L’histoire se déroule dans un futur indéfini et on sait juste qu’il y a eu de grosses catastrophes naturelles (le passage se déroulant dans un monde englouti enfermé dans un cercueil de verre est tout bonnement bluffant), que l’apocalypse a eu lieu et qu’une nouvelle société futuriste est apparue, que les hommes ne naissent plus naturellement ou très peu (vive l’eugénisme !), qu’une religion nouvelle est apparue se basant sur une bible contenant quatorze chapitres comme cet ouvrage d’ailleurs, chaque partie faisant référence à une œuvre de H.P. Lovecraft ni plus ni moins... Cela vous donne un bref aperçu de l’ouvrage qui fait la part belle à l’ésotérisme, aux références au maître mais interroge aussi beaucoup sur la foi et le sens de l’existence.

L’ensemble s’apparente donc à un road movie, une chasse au trésor mystique qui voit notre héros brinquebalé en tout sens, lui faible humain confronté à des forces et des organisations qui le dépassent. L’empathie fonctionne à plein régime pour lui, ses faiblesses nombreuses le rendent attachant, parfois pitoyable mais profondément humain. Il est le grand point fort de ce roman où l’on croise de multiples personnages et entités avec au cœur de la bagarre deux camps antagonistes que rien ne semble arrêter et fomentant de terribles actions pour arriver à leurs buts. Et puis, il y a LE personnage marquant, la Vérité, ni plus ni moins, personnage énigmatique à souhait, inclassable, qui se range d’un côté puis de l’autre, parsemant l'ouvrage de maximes sibyllines qui font froid dans le dos. La fin vient nous cueillir littéralement et provoque la réflexion du lecteur sur plusieurs jours, accompagnée de l’impression durable qu’on a lu un ouvrage à part.

Mené tambour battant, La Clé de l'abîme fait la part belle aux rebondissements inattendus, aux rencontres improbables, aux descriptions dantesques et aux questionnements philosophiques. Pas le temps de s’ennuyer même si j’avoue qu’il faut un temps d’adaptation pour goûter pleinement à la richesse de la langue employée. Ce roman ne conviendra pas à tout le monde car il se mérite mais une fois son armure fendue, quel bonheur et quelle ivresse ! Une sacrée découverte que les amateurs du genre doivent tester à leur tour au plus vite.

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samedi 25 juillet 2020

"À l'est d'Eden" de John Steinbeck

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L’histoire : Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d'Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l'auteur nous raconte l'histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord. Pour cette œuvre généreuse et attachante, John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature.

La critique de Mr K:  Grosse pression sur mes épaules à l’heure d’écrire cette chronique. Voila un auteur que j’adore et un titre qui m’a vraiment chamboulé. À l’est d’Eden de John Steinbeck était le dernier grand titre que je n’avais pas lu de cet écrivain, un classique pour beaucoup dont la réputation n’est vraiment pas usurpé. On peut parler ici davantage de possession que d’addiction tant le livre m’a happé, complètement subjugué par son propos et sa forme. Franchement, je ne suis pas sûr de m’en remettre...

On a affaire ici à une chronique familiale croisée avec un auteur qui suit le destin de deux familles distincts : les Trask et les Hamilton. L’ouvrage se déroule majoritairement dans la vallée de Salinas, en Californie du Nord, là d’où Steinbeck est justement originaire. Deux frères qui s'opposent dans leurs caractères mais qui s’aiment profondément, une femme née différente et qui se révèle terrifiante, deux enfants (deux frères encore) au parcours chaotique, un fermier aux terres stériles qui se transforme en inventeur de génie, un garçon devenu rapace de profession, des filles de joie qui contribuent à la paix sociale et en toile de fond, une époque en plein changement et une condition humaine toujours aussi rude pour les plus précaires. Voila plus ou moins les éléments de base de cette œuvre qui démarre instantanément et se déroule tambour battant durant plus de 690 pages.

L’équilibre est toujours instable durant le récit, on est constamment sur le fil du rasoir. Amours et haines se succèdent ainsi que les espoirs et les désillusions. L’auteur comme d’habitude n’épargne pas ses personnages qui encaissent les coups comme ils peuvent, certains se relevant, d’autres pas. On retrouve la plume si sensible et si précise de Steinbeck pour explorer les âmes et les livrer à nue, encore frémissante au lecteur. C’est parfois rude, les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire et les aléas de la fortune peut se révéler désespérante par moment. L’empathie fonctionne à plein et comme la nuance est de mise et que chaque protagoniste révèle des facettes très différentes de sa personnalité, on tombe facilement dans le piège narratif posé par l’auteur. J’ai personnellement apprécié tous les personnages du livre, y compris la fameuse Cathy décrite comme un monstre mais qui au final laissera dévoiler une vérité touchante (qui n’excuse cependant pas son ignominie prononcée -sic-).

Derrière les rebondissements nombreux d’une saga familiale haute en couleur, la peinture de l’évolution de l’Amérique avec l’arrivée du progrès, le développement du capitalisme et l’irruption de la guerre en Europe, ce roman s’apparente à une gigantesque parabole sur la condition humaine et sur la complexité d’une existence. Steinbeck est un orfèvre en la matière et propose à bien des moments des réflexions plus générales qui nous parlent, nous éclairent et révèlent les mécanismes qui régissent notre espèce : la foi et la science, désir et besoin, nature et culture, la violence et la paix intérieure, les liens familiaux et les fractures psychologiques qui peuvent parfois en découler. C’est d’ailleurs sur ce dernier sujet que l'ouvrage m'a le plus touché avec cet extrait qui m’a marqué dans ma chair et que je conserverai je pense à jamais en mémoire :
Lorsqu’un enfant, pour la première fois, voit les adultes tels qu’ils sont, lorsque pour la première fois l’idée pénètre dans sa tête que les adultes n’ont pas une intelligence divine, que leurs jugements ne sont pas toujours justes, leurs idées bonnes, leurs phrases correctes, son monde s’écroule et laisse place à un chaos terrifiant. Les idoles tombent et la sécurité n’est plus. Et lorsqu’une idole tombe, ce n’est pas à moitié, elle s’écrase et se brise ou s’enfouit dans un lit de fumier. Il est difficile alors de la redresser et, même réinstallée sur son socle, des tâches ineffaçables dénoncent la chute passée. Et le monde de l’enfant n’est plus intact. Il se meut alors péniblement jusqu’à l’état d’homme. Steinbeck est un sage, un grand observateur de l’humanité au message universel à la limpidité bouleversante.

Et puis, il y a cette plume unique qui nous emporte littéralement, nous pénètre et ne laisse aucune chance de s’échapper. C’est beau, simple, on passe du quotidien le plus basique aux considérations les plus profondes avec une facilité déconcertante et un charme attractif d’une rare puissance. À l’est d‘Eden rejoint instantanément Des Souris et des hommes et La Perle dans le triptyque magique d’un auteur incontournable qui a une place toute particulière dans mon cœur. Quel chef d’œuvre ! Un immense coup de cœur pour un livre à lire absolument.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Tendre jeudi
- La Perle
- Des souris et des hommes

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jeudi 9 juillet 2020

"La Lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry" de Rachel Joyce

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L’histoire : Jeune retraité à la vie bien rangée, malmené par une épouse exaspérée par le moindre de ses gestes, Harold Fry reçoit un matin une lettre de Queenie, une vieille amie perdue de vue qui lui annonce sa mort prochaine. Une lettre à laquelle Harold s’empresse de répondre mais qu'il ne postera jamais.

Mû par l'intuition qu’il doit remettre cette lettre en main propre à son amie et que, tant qu’il marchera, elle vivra, sans boussole ni carte, sans téléphone ni chaussures de marche, Harold entame une traversée de près de 1 000 km à travers l'Angleterre.

L’occasion pour lui de réfléchir sur sa vie : son enfance douloureuse entre un père alcoolique et une mère absente, sa relation avec sa femme, Maureen, et leur première rencontre, ses rendez-vous manqués avec son fils David, sa vie professionnelle ratée, l’alcool, Queenie... Le destin d’un homme ordinaire prêt à traverser à pied un pays tout entier sur la seule certitude qu’il peut par ce geste sauver son amie.

La critique de Mr K : Lecture coup de cœur aujourd’hui avec un roman qui m’a captivé du début à la fin procurant une addiction incroyable qui m’a laissé totalement sidéré en le refermant. Je ne m’attendais pas à être autant accroché par La Lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry de Rachel Joyce et pourtant... Derrière une histoire qui a l’air toute simple (quoique étrange je vous l’accorde), ce roman est de ces œuvres que l’on dévore littéralement, l’engrenage est vraiment terrible et il est tout bonnement impossible d’y échapper.

Un sexagénaire tout ce qui a plus de commun mène une retraite plutôt sans histoires. Harold n’a pas eu une vie remarquable en soi, sa carrière professionnelle s’est révélée chaotique et anecdotique, il n’a jamais vraiment réussi à créer un lien fort avec son fils et son épouse semble ne plus le supporter. C’est donc la réception d’une lettre d’une amie qui va donner un coup de pied dans la fourmilière. Atteinte d’un cancer en phase terminale, elle est à l’agonie. Harold lui répond mais sur la route le menant à la boite aux lettres, il décide de partir à pied, de traverser le Royaume-Uni du Sud au Nord pour lui porter son pli en main propre, persuadé que le sachant sur la route pour la rejoindre, elle va gagner du temps dans sa lutte contre la Faucheuse. Un voyage initiatique démarre pour Harold qui au fil des miles, de ses observations et de ses rencontres fait le point sur son existence. Il en va de même pour Maureen sa femme restée à la maison et totalement dépassée par cette décision subite. Au fil des pages, de l’alternance des points de vue, le voile se lève sur ce couple, sur les motivations et réactions de chacun, livrant au final des vérités bien senties et une résolution qui m’a ému aux larmes.

Ce roman est une merveille de construction. Le rythme est plutôt lent au départ, le temps pour l’auteure d’installer les forces en présence. Sans livrer beaucoup de détails, on assiste au quotidien d’Harold en un premier chapitre qui plante bien le décor. On se dit alors que l’on a bien compris la logique de fonctionnement d'un couple à bout de souffle. C’est sans compter les omissions et ellipses invisibles qui sont en jeu et qui vont se révéler au fil de la lecture. Les apparences sont ici bien plus trompeuses qu’on ne le croit et au final, diablement malin est celle ou celui qui devinera les tenants et aboutissants de la relation entre Harold, Maureen et leur fils David. On se fait vraiment bien avoir dans cette affaire. Je me suis pris à juger très vite des personnages, à les percevoir sous un mauvais jour et toutes les pistes envisagées se sont avérées fausses ou du moins tronquées d’un élément essentiel que Rachel Joyce assène à un moment où on ne s’y attend pas.

Il faut dire qu’elle s’y entend en terme de caractérisation des personnages. Pas simplement le trio familial, le voisin Rex et même tous les inconnus qui vont croiser la route d’Harold apportent leur pierre à l’édifice et se révèlent tous très fouillés. Ce voyage est en fait le prétexte d’une grande remise en question, d’une introspection prolongée pour Harold. Par touches successives, au gré de rencontres clefs, d’observations de la nature, Harold change. Ce voyage éprouvant ne l’est pas seulement physiquement, psychologiquement il va subir des chocs violents, se révéler à lui-même et évoluer à sa manière. Il prend conscience de ses manquements, revient sur des passages clefs de son existence. Il réfléchit à son couple et sa relation avec Maureen, à son fils qu’il n’a jamais compris, à sa relation avec Queenie aussi (la fameuse collègue condamnée par la maladie). Ce cheminement mental est passionnant, mené de main de maître comme d’ailleurs le processus qui s’opère en parallèle chez sa femme. Ces deux-là souffrent et très vite le lecteur est submergé par des émotions contradictoires, durables qui le maintiennent captif de ces pages au charme impressionnant.

Les pages se tournent toutes seules grâce à la magie des mots et le sens aigu de la narration que possède l’auteure. Quand on sait que c’était un premier roman à sa sortie, ça a de quoi épater ! J’ai adoré ce roman, je trouve que dans son genre, il fait partie des meilleurs que j’ai pu lire. Je ne saurais donc trop vous le recommander.

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dimanche 5 juillet 2020

"Walter Kurtz était à pied" d'Emmanuel Brault

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L’histoire : Avancer, toujours.
Une vie de poussière et d’asphalte où seules les routes demeurent. Une civilisation où la voiture est l’unique instrument de citoyenneté.
Dany et Sarah sont des Roues, des enfants du goudron et de l’essence. Avec leur père, ils vivent au jour le jour dans leur Peugeot 203 de couleur blanc-albatros.
D’une station à l’autre, en nomades modernes, ils roulent, ils aiment, ils rêvent, jusqu’à l’accident... et les Pieds.

La critique de Mr K : Je vous propose une chronique sur une très belle découverte littéraire aujourd’hui : Walter Kurtz était à pied d’Emmanuel Brault. Cette dystopie glaçante touche fort et juste pendant les 250 pages qui composent ce roman fascinant à l’écriture limpide et addictive. Accrochez-vous, ça dépote !

Dans le futur évoqué dans cet ouvrage, l’homme ne se définit plus que par sa voiture. Celle-ci contrôle votre vie car elle est à la fois votre habitat et votre raison de vivre. Plus on roule, plus on capitalise des points qui servent de monnaie d’échange pour se nourrir, faire du shopping et entretenir son véhicule voire monter en gamme. On a donc affaire ici à un monde dirigé par et pour la consommation, rêve ultime des néo-libéraux capitalistes adeptes de cerveaux disponibles et d'embrigadement marketing. Les humains sont désormais appelés "Roues". Caractérisé en très peu de temps, le background en lui-même est déjà d’une originalité folle et même si l’auteur n’en rajoute pas trop, reste volontairement elliptique sur certains aspects de la société qu’il a imaginé, l’ensemble, bien que dément, se révèle réaliste dans son traitement et capte quasi instantanément l’attention du lecteur.

Face à cette société, d’autres hommes dénommés "Pieds" ne sont pas intégrés et vivent en marginaux loin des routes. Revenus à l’état sauvage pour certains, vivant dans des communautés en autarcie, ils vivent d’expédients et sont considérés par les Roues comme des parasites voire de dangereux terroristes (ils n’hésitent pas à les percuter lorsqu’ils en voient certains sur le bord de la route). Ces deux visions du monde, ces deux modes de vie qui s’opposent vont se rencontrer à travers le périple d’un père et de ses deux enfants. Suite à un accident et la perte de leur géniteur, Dany et Sarah vont être recueilli par les Pieds et rien ne sera plus jamais comme avant pour eux mais aussi pour le reste du monde car c’est bien connu, une seule petite goutte peut parfois faire déborder le vase...

En soi, le déroulé de l’intrigue ne m’a guère surpris, j’ai vu venir la plupart des effets narratifs et la fin m’a paru logique (y compris la révélation finale). On commence doucement avec une évocation lente et simple du monde futuriste auquel sont confrontés les principaux protagonistes puis très vite on glisse dans le récit de survie avec une scission d’une relation unique qui se révélera fondatrice. La fin du récit rentre dans le dur avec une accélération des événements et une apothéose plus qu’effrayant. Ce qu’il y a de remarquable, c’est la langue employée. Au fil du récit, elle se calque et évolue selon les événements et on a clairement une grande dichotomie dans ce texte entre une première partie plus calme, hypnotique et une deuxième enlevée, cruelle et très réaliste (jusqu’à la nausée parfois, âmes sensibles passez votre chemin).

Le propos est d'une densité rare quant à lui, on tient là une œuvre qui dénonce sans ambiguïté les travers de l’humain et son expansion capitalistique notamment. L’individu n’est plus qu’une variable comptable, la consommation est érigée en valeur dogmatique et l’individu s’efface au profit de la masse ignare et obsédée par la performance kilométrique. Finalement, la vie se résume à rouler, acheter, dormir. Belle critique aussi au passage lors de l’accélération des événements des excès des réseaux sociaux qui se font le relais de la démocratie participative dans cette dystopie. À travers l’équivalent d’un smartphone nommé port-vie on peut bien sûr communiquer, s’entraider mais aussi proposer des référendums voire des lois. L’emballement des débats, les raccourcis faciles, le fascisme larvé s’expriment très bien sur ce type de plate-forme et vont mener le monde vers des extrémités épouvantables dans un dernier acte vraiment traumatisant. Pour autant, on ne tombe pas dans les effets de manches faciles ni le manichéisme, l’auteur renvoie dos à dos les deux communautés à travers cette fable noire et sans concession. L’Homme n’en ressort pas grandi, bien au contraire, il n’est que destruction, égoïsme et un véritable fléau pour ses semblables.

Walter Kurtz était à pied fut vraiment une très belle lecture. Bien écrit, bien construit, le propos est puissant et permet de réfléchir à notre monde actuel tout en s’évadant dans un récit qui prend aux tripes. À lire absolument pour tous les amateurs de dystopies.

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dimanche 28 juin 2020

"Seul à savoir" de Patrick Bauwen

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L’histoire : Jeune étudiante en médecine, Marion March tombe follement amoureuse du Dr Nathan Chess, spécialiste de la chirurgie des mains. Mais du jour au lendemain, il disparaît sans laisser de traces.

Quinze ans plus tard, Marion, devenue journaliste, n'a cessé d'aimer Nathan. Sur Facebook, un internaute, "Le Troyen", demande à être son ami, devenant de plus en plus menaçant. Il envoie alors à la jeune femme une photo de Nathan, puis une vidéo où l'on voit le chirurgien, blessé et visiblement prisonnier, demander son aide. Marion, terrifiée, décide d'obéir aux instructions du Troyen, qui la lance dans un sinistre jeu de pistes à travers les Etats-Unis. Pour elle, une seule chose compte : retrouver l'homme de sa vie.

La critique de Mr K : Je vous invite à découvrir un thriller lu à la fin mai avec la critique du jour de Seul à savoir de Patrick Bauwen. J’avais lu du même auteur L’Oeil de Caine que j’avais beaucoup apprécié, c’est donc sans hésiter que je décidai d’exhumer le présent volume de ma PAL où il résidait depuis déjà pas mal de temps. Bonne idée que j’ai eu là avec un roman qui n’a pas tenu deux jours tant l’addiction s’est révélée immédiate avec une sombre histoire de machination aux ramifications bien surprenantes.

Marion, notre héroïne, est assistante journaliste pour une baronne de l’info d’investigation bossant à France Télévision. Sa vie n’a rien de phénoménale et elle vivote plus qu’elle n’agit dans son existence. Un mystérieux contact qui devient vite menaçant, le fameux "troyen" évoqué en quatrième de couverture, va tout chambouler, la replonger dans son passé et la lancer sur les routes dans un jeu de piste qui tourne au jeu de massacre.

Courts chapitres, révélations à gogo et scènes plus enlevées que les autres sont au programme d’un page turner qui fait honneur au genre. Certes, on est en terrain connu mais qu’est-ce qu’on se plaît à suivre les pérégrinations de Marion ! Le personnage a du charisme, elle évolue beaucoup durant son parcours qui se révèle être un vrai chemin de croix. La jeune fille plutôt dépassée et dominée par sa patronne en début de roman va se muer en femme forte au fil des pages et ceci dans un processus psychologique bien rendu. Bon, il y a de grosses ficelles à l’œuvre je ne vous le cache pas mais l’ensemble se tient et ça marche. Et puis, les bad guy sont très bien réussis et de bons méchants sont toujours une valeur ajoutée non négligeable.

L’auteur sait doser le suspens comme personne, les fausses pistes se multiplient et je dois avouer que j’ai été bien surpris par les révélations finale : la nature du troyen, le destin de Nathan ou encore les liens véritables cachés derrière les apparences. Histoire d’amour avortée de manière violente, recherche médicale de pointe, intérêts éthiques et financiers incompatibles, la pègre et le FBI, se mêlent dans une histoire tordue à souhait qui fait de constants allers-retours entre passé et présent. L’ensemble ne vire jamais à l’indigestion, on se laisse driver tranquillement et malgré quelques invraisemblances (c’est souvent le cas dans ce genre), le plaisir de lire est bel et bien là.

L’écriture de Bauwen reste toujours aussi plaisante, simple et souple, il ne tombe pas pour autant dans la facilité (à part deux trois punchline un peu ringardes vers la fin). Les pages se tournent toutes seules avec un intérêt qui ne se dément jamais. C’est typiquement le genre de lecture à lire l’été pour profiter du beau temps et ne pas se prendre la tête. Un bon petit plaisir.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
-
L'oeil de Caine
- Le Jour du chien
- Les Fantômes d'Eden

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vendredi 26 juin 2020

"Belle mère" de Claude Pujade-Renaud

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L’histoire : Comment Eudoxie, devenue veuve à l'issue de son remariage, se retrouve flanquée d'un encombrant beau-fils, avec lequel elle va, des années 1930 aux années 1980, se réinventer une vie de famille.

La critique de Mr K : Aujourd’hui, je vous présente un vrai et grand coup de cœur de lecteur. Il a d’autant plus de retentissement en moi que je ne m’y attendais pas, séduit uniquement au départ par une couverture très attirante qui me l’avait fait adopter lors d’un chinage. Belle mère de Claude Pujade-Renaud est une petite merveille, un splendide portrait de femme où les émotions sont livrées à fleur de mots touchant au plus profond un lecteur captif dès les premières pages.

Femme dans la fleur de l’âge, courageuse et travailleuse, Eudoxie se remarie avec Armand et hérite au passage d’un beau-fils pour le moins spécial. Renfermé dans un passé qui l’oppresse et l’attire en même temps, Lucien vit en vase clos sans se soucier de quoi que ce soit. Rien ne semble pouvoir rapprocher ces deux là sauf que le père finit par mourir et la belle mère et le gendre vont devoir cohabiter. Peu à peu, Lucien va livrer ses secrets, s’ouvrir au fil des manœuvres habiles d’une Eudoxie qui se réinvente suite à ce coup du sort. Une relation très spéciale se noue dans la deuxième partie du roman pour finir en apothéose dans un dernier chapitre d’une rare intensité et qui m’a ému aux larmes. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Ce livre m’a fait penser (tout en gardant sa propre identité) à deux ouvrages qui font partie de mes lectures cultes : Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda et Toutes les couleurs du ciel de Melissa Da Costa. On retrouve un récit à l’humanité profonde et simple à la fois, une évidence narrative qui saute aux yeux et procure un plaisir de lire sans pareil avec l’exploration de deux personnages qui ne peuvent laisser indifférents. On est loin des clichés véhiculés par la figure de la belle-mère, tout ici est finesse et subtilité avec une valse des sentiments décrite de manière hardie et sans fioritures. Valse des hésitations, des blocages, des attirances contrariées mais aussi partage, chaleur et entraide se conjuguent en un bouquet littéraire d’une intensité incroyable. Au fil des années, des décennies qui se déroulent sous nos yeux, on partage ses existences quasiment en vase clos où avant tout deux êtres cherchent à s’apprivoiser.

Eudoxie la dure au mal, à l’abnégation sans faille est un modèle de vertu humaniste mais aussi d’empathie face à un Lucien en roue libre que beaucoup jugent fou alors qu’il souffre profondément. Cela donne des scènes souvent loufoques où l’on se prend à esquisser un sourire voire à rire franchement avec les lubies parfois bien branques de Lucien : ses séance de naturisme dans le jardin à un âge avancé, ses sorties bien directes qui font sourire sa belle-mère et lui offre finalement du bon temps, un peu de lâcher prise dans une existence finalement assez morne. Lucien c’est aussi un génie bridé qui est loin d’être aussi stupide et borné qu’il n'y paraît, cet homme se révélera surprenant à bien des égards entre l’inventeur du quotidien et même l’associé quand il faudra mettre la main à la pâte pour sortir la maisonnée de l’ornière financière. Une relation vraiment unique s’instaure entre eux faite de méfiance au départ puis de confiance, de profond respect et finalement de communion des âmes sans jamais tomber dans la facilité ou le scabreux.

Le tout se lit avec délice et quasiment d’une seule traite. On est pris dans le tourbillon de ces deux existences qui s’entrecroisent, la langue est une merveille de subtilité tout en s’inscrivant dans le quotidien. Rien à jeter dans cette œuvre qui m'a pris au dépourvu et m’a séduit au plus haut point. À lire absolument !

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mercredi 24 juin 2020

"Une mort pas très catholique" d'Agnès Dumont et Patrick Dupuis

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L’histoire : Enquête à Louvain-la-Neuve.
Un cadavre sur un lit derrière une porte fermée à clé de l’intérieur : classique. Dans la ville universitaire de Louvain-la-Neuve : plutôt inédit !
S’il y a meurtre, qui aurait tué ? Voleur dérangé ou tueur missionné ? Étudiant shooté ou sugar baby affolée ? Arpentant la ville piétonne, un flic retraité et un inspecteur débutant unissent leurs forces pour secouer les apparences...

La critique de Mr K : C'est un roman policier belge qui est au programme de la chronique du jour avec Une mort pas très catholique d’Agnès Dumont et Patrick Dupuis paru récemment aux éditions Weyrich que je découvre avec cet ouvrage. Lecture express pour un livre séduisant au possible combinant intrigue classique et personnages délectables à souhait.

On entre dans le vif du sujet de suite avec la découverte d’un cadavre dans un appartement fermé de l’intérieur. Le commissaire chargé de superviser les enquêtes du secteur conclut très vite à un arrêt cardiaque, la victime était diabétique après tout et puis, il y a le week-end qui se profile (sic). Ces conclusions hâtives ne satisfont pas le jeune policier Paul Ben Mimoun et Roger Staquet, un retraité de la police qui connaît très bien le proprio du dit appartement. Ces deux là ont tout pour s’opposer et pourtant, quelque chose les rapproche à travers cette affaire qu’ils vont mener sur quelques jours avant son classement définitif. Une enquête en roue libre, sans couverture de leur hiérarchie.

Le déroulé de l’enquête est un modèle du genre. Les auteurs s’amusent beaucoup visiblement à utiliser les poncifs du genre sans pour autant proposer un récit sentant le réchauffé. Le duo de flics par exemple, bien que lu et vu de nombreuses fois fonctionne à plein régime. On est ici dans l’ordre du passage de témoin symbolique. Le vieux de la vieille oscille entre agacement au départ puis admiration pour ce jeune collègue qui manque d’expérience mais pas d’envie. Les échanges de points de vue ou encore le partage d’informations plus personnelles s’avèrent bien souvent savoureux avec des dialogues bien sentis qui livrent des personnalités fortes qui se respectent mutuellement. Entre un jeune fougueux sous le coup d‘une rupture amoureuse brutale qui peut partir en vrille à n’importe quel moment et le retraité solitaire qui veut renouer avec son passé de fin limier, l’osmose se fait assez vite et ils apprennent à mieux se connaître.

L’enquête en elle-même avance bien et la fin, pleine de suspens, m’a bien tenu en haleine. Constatations, interrogatoires et recherches s’enchaînent avec un plaisir renouvelé pour le lecteur. On retrouve les fausses pistes, les erreurs d’appréciations aussi des deux protagonistes principaux qui doivent combattre le temps pour pouvoir prouver leur théorie d’un meurtre pas si évident que cela. Ils découvrent très vite que la victime n’est pas très nette, qu’elle menait en parallèle une vie délictueuse, épaississant un peu plus le mystère mais livrant en même temps de nouveaux éléments qui pourraient éclairer le chemin fort opaque qu’ont décidé de suivre Mimoun et Staquet. L’ensemble est très bien construit jouant notamment sur l’ellipse à l’occasion, procédé narratif bien efficace pour maintenir un suspens qui ne se dément jamais et permet des révélations bien fracassantes.

D’une lecture rapide et très agréable, ce roman est un petit bonheur de finesse et de souplesse dans le style. La collaboration entre les deux écrivains est une vraie réussite. On passe un très bon moment à Louvain-la-Neuve et l’on regrette juste que le livre soit si court (192 pages). Le temps s’écoule vite et les amateurs de romans policiers ne doivent pas passer à côté de cet ouvrage qui se dévore autant qu’il s’apprécie.

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dimanche 21 juin 2020

Acquisitions post-confinement

Le confinement a été l'occasion pour beaucoup d'entre nous de réaliser des travaux, des choses qu'en temps normal on remet toujours aux calendes grecques. Le bricolage très peu pour moi, je me suis donc concentré sur Little K, le jardinage et sur ma PAL notamment la partie encartonnée qui se trouve dans le grenier. À cette occasion, je me suis rendu compte que certains titres ne correspondaient plus à mes attentes de lecteur ou que d'autres faisaient partie de séries incomplètes. Il était temps de mettre de l'ordre, d'écarter les livres dont je veux me séparer pour ensuite pouvoir les mettre à disposition dans les boîtes à livre du secteur quand elles seront de nouveaux accessibles. 

L'excuse était toute trouvée pour passer commandes d'ouvrages que je souhaitais lire depuis un petit moment. Étant adepte des livres de seconde main, je suis passé par une boutique de livres d'occasion (référence parisienne ultime dans son domaine), qui pratique de surcroît la vente à distance. Je suis resté plutôt raisonnable comme vous allez le voir et j'ai pu regarnir ma PAL dans des genres qui commençaient à être sous-représentés. Suivez le guide !

Acquisitions juin 20

- L'Inclinaison de Christopher Priest. Je vous ai parlé récemment de ma découverte d'un volume du cycle de l'Archipel du rêve avec le très bon ouvrage La Fontaine pétrifiante. Je n'ai donc pas pu résister à l'envie de m'y replonger avec encore une fois ici une histoire de double et de temporalité modifiée entre deux mondes parallèles et dissemblables à la fois. Histoire d'une descente aux enfers d'un compositeur de musique à bout de souffle, je ne doute pas un moment du plaisir de lire que je vais pouvoir ressentir, Christopher Priest ne m'a jamais déçu tant par son écriture unique que les thématiques qu'il peut aborder. Chouette, chouette, chouette !

- Vongozero de Yana Vagner. Il s'agit d'un survival russe sur fond d'épidémie galopante où l'on suit un groupe de personnes éclectiques qui part vers le lac qui donne son nom à l'ouvrage pour y trouver refuge. Cet ouvrage m'avait échappé lors de sa sortie en broché aux éditions Miroboles. Le tort est désormais réparé avec un roman très prometteur où l'on sauve sa peau au prix de son humanité et où la psychologie des personnages est poussée à son paroxysme. Vu mon goût prononcé pour la littérature russe de genre, je pense que je vais passer un bon moment.

- La Trilogie des magiciens de Katherine Kurtz. Il était plus que temps que j'étoffe ma réserve de romans de fantasy, un genre que j'aime beaucoup et qui permet bien souvent une évasion immédiate. Ce premier recueil d'une oeuvre plus que conséquente (quatre trilogies qui se suivent dans le cycle de Derynis) me faisait de l'oeil depuis longtemps, plus précisément depuis nos premières Utopiales où l'oeuvre de Katherine Kurtz avait été cité lors d'une conférence mémorable sur les mondes imaginaires de la fantasy. J'ai franchi le pas, ce sera ma lecture de notre séjour estival dans le Périgord chez ma belle-famille. Hâte d'y être !

- Les Résidents de Maurice G. Dantec. C'était l'un des derniers ouvrages qui me restait à lire de cet auteur que j'adore, ce n'est pas pour rien que je l'avais intégré à mon "onze de rêve" en terme de littérature. Il revient ici avec un roman bien noir qualifié d'oeuvre totale dont la quatrième de couverture bien tordue m'attire comme un éphémère sur une ampoule brûlante. Trois déglingos de la vie progressent tous vers un centre secret d'expérimentation où pourrait bien se joindre l'avenir de l'espèce humaine. Écriture unique, obsessions de l'auteur seront je n'en doute pas au RDV pour mon plus grand plaisir. Wait and read.

Voici donc les quatre beaux ouvrages qui intègrent ma PAL qui bien que délestée, comme dit précédemment, reste assez conséquente. Espérons qu'avec l'âge et la paternité (en ce jour si particulier), je réussisse à me garder de mes errements passés et à juguler mes crises de manque en terme d'acquisitions littéraires compulsives. L'espoir fait vivre, paraît-il.....

vendredi 19 juin 2020

"Sur Mars" d'Arnauld Pontier

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L’histoire : Arnauld Pontier revient de la planète rouge. Oui. Il a marché sur Mars. En 2016. Son journal de bord en est la preuve. Il détaille par le menu les mystères de cet astre frère sans les percer tout à fait. Comment le pourrait-il, du reste, alors que c'est la vie même qu'espère découvrir là cette première mission humaine ? Mais la vie, c'est d'abord celle de l'équipage, mixte, confiné, obnubilé par la routine et les consignes de sécurité. Tout semble réglé comme un livre de comptes...

La critique de Mr K : Aujourd’hui je vous propose de découvrir un roman de science fiction pas comme les autres car différent dans son approche et sa forme. Sur Mars d’Arnauld Pontier comme son sous-titre l’indique est un récit de voyage, complètement fictif évidemment ! Écrit sous la forme d’un journal tenu très régulièrement par un membre d’équipage, il propose de suivre la première mission humaine sur notre voisine planétaire rouge. Rarement, j’ai lu un récit de SF aussi immersif mais attention, on est ici dans quelque chose de posé, de rigoureux qui pourrait décevoir les fans d’actions et de péripéties surprenantes.

L’ouvrage date de 2009 et Arnauld Pontier y imagine que l’homme en 2016 partira à l’assaut des étoiles et notamment de Mars, planète "habitable" la plus proche de nous. Après un premier chapitre consacré à de touchantes pages sur la filiation du héros avec son père et les préparatifs nécessaires à l’expédition, voila l’équipage parti pour de longs mois de voyage puis d’exploration de la planète rouge. Rien ici n’est laissé au hasard, tout acte de la vie quotidienne est régi par des règlements très précis et les actions à mener sont millimétrées. Le journal revient longuement sur cette vie scientifique, sur des références liées à l’exploration spatiale mais aussi sur les sentiments qui peuvent naître entre membres d’équipage.

Comme dit précédemment, cet ouvrage n’est pas un roman à proprement parlé. Ne vous attendez donc pas à un récit échevelé et surtout pas à une rencontre avec des petits hommes verts. Nous suivons au plus près un voyage exploratoire très calibré où chacun a son rôle bien assigné et où finalement tout se passe comme prévu (ou presque). Cela n’empêche pas le journal d’être passionnant car il décrit à merveille ce que pourrait être le quotidien d’un équipage parti vers l’inconnu avec un maximum de matériel et de connaissances. Très précis sans être abscons et en restant à la portée du lecteur (on n'est pas dans de la Hard SF à l’état pur que je trouve personnellement sans âme), on est quasiment un membre à part entière de l’expédition, on observe le moindre geste quotidien et on en apprend beaucoup sur les conditions de vie collective dans un tel vaisseau. Franchement, je ne suis pas du tout tenté par l’aventure. Entre la promiscuité, les odeurs, la routine désespérante, je crois que je péterai un plomb !

On suit cependant le voyage avec passion, l’auteur ayant vraiment l’art de raconter les choses pour les rendre intéressantes et parfois fascinantes. Je pense au regard posé par les cosmonautes au passage de la lune, la symbolique du premier pas de l’homme sur Mars, l’installation de systèmes de survie ou encore le doux sentiment naissant entre le narrateur et sa collègue. Tout s’inscrit dans un ensemble cohérent et qui s’étale sur plusieurs mois avec une régularité de métronome. La langue bien que parfois précieuse et technique a emporté mon adhésion entre réalisme et parfois un peu de poésie au détour d’une évocation sentimentale. Petit bémol pour les nombreuses notes qui émaillent le récit et qui se trouvent en fin d’ouvrage, je trouve que ça interrompt un peu trop le récit, j’ai d’ailleurs sauté un certain nombre d’entre elles pour rester plongé dans ce voyage hors norme.

Cette lecture fut donc une bonne expérience à la fois dépaysante et fort plaisante. Un petit bonheur qui ravira les fans d’exploration spatiale et de récit intimiste.

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