mercredi 18 octobre 2017

"La Seine est pleine de revolvers" de Jean-Pierre Ferrière

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L’histoire : Marion et Fanny sont les meilleures amies du monde. Entre elles, pas de secret ! Leur mariage ? Un désastre confortable. Leurs rêves d’enfants ? Un tombeau de regrets. Et leur mari ? De simples obstacles, dont la disparition précoce ne les chagrinerait pas plus que ça...

Justement, ne devrait-on pas toujours pouvoir compter sur sa meilleure amie ? Aussi bien en cas de coup dur, de chagrin d’amour... que d’assassinat ?

Des brasseries parisiennes au Casino de Cannes, entre les deux femmes va se mettre en place une mécanique meurtrière... capable de changer la plus solide des amitiés en polar renversant. Et quand le rideau tombera, quelles que soient les coupables, une chose est sûre : la Seine sera pleine de revolvers.

La critique de Mr K : Nouvelle réédition réussie chez French Pulp éditions avec La Seine est pleine de revolvers de Jean-Pierre Ferrière, auteur connu, prolifique et apprécié des amateurs de polar qui a officié dans la deuxième partie du XXème siècle. Pour ma part, c’est ma première incursion chez lui et je suis tombé littéralement sous le charme entre intrigue diabolique, style fluide et un suspens terrible maintenu jusqu’au dernier chapitre.

Deux copines de lycée se sont retrouvées au hasard d’un après-midi de soldes. Ce hasard heureux leur rappelle des souvenirs de jeunesse, très vite elles se présentent leurs maris et c’est partie pour la grande amitié. Durant cinq ans, ils passent leur temps ensemble. Week-end et vacances se font à quatre entre sorties culturelles, sport et soirées bien arrangées. Malgré quelques rumeurs salaces, pas un nuage dans cette relation collective fusionnelle. Et puis survient un événement dramatique qui bouleverse l’ordre établi et dans l’esprit des deux femmes l’idée germe de se débarrasser de leurs maris respectifs. Elles fomentent un plan quasiment parfait et passent à l’acte. Comme toujours, c’est un minuscule grain de sable qui va enrayer la mécanique infernale mise en place par l’auteur qui va se faire un plaisir de torturer ses personnages et retourner l’estomac du lecteur qui tombe de Charybde en Scylla.

Très vite, le décor planté, l’action démarre dare-dare. À première vue, rien ne prédestinait Marion, une actrice ratée bourgeoise, et Fanny, une traductrice effacée, à commettre un crime. Mais la jalousie, la culpabilité, l’appât du gain et la vengeance guident leurs pas avec une Marion déchaînée qui s’inspire de ce qu’elle peut croiser dans sa vie de comédienne pour créer le double meurtre parfait. On suit avec étonnement et fascination la mise en place du piège, on n’aimerait pas être à la place de Vincent et Edouard ! La mayonnaise prend très vite avec un auteur qui n’a pas son pareil pour décrire les affres des âmes humaines avec notamment deux beaux portraits de femmes blessées qui vont céder à leurs pulsions criminelles et des enquêteurs doués mais dont l’action est contrée par l’absence de preuves tangibles. Puis, au bout d’un moment, les personnages secondaires prennent une importance autre et renversent la situation établie pour le plus grand plaisir du lecteur.

On passe régulièrement d’un point de vue à un autre ce qui rajoute un soupçon de perversité à l’ensemble : la confection du plan, la consolidation des alibis, l’élaboration de fausses pistes, l’enquête policière qui semble tourner court et puis très vite, des révélations fracassantes qui vont changer la donne. Sous ses allures très classiques, l’histoire réserve bien des méandres tortueux à ses personnages et je dois avouer que Jean-Pierre Ferrière m’a surpris plus d‘une fois. Les événements s’accélérant, on commence à soupçonner un peu tout le monde et l’on se demande bien qui va avoir le dernier mot. Suspens, crime, sexe et introspections déviantes peuplent ce livre qui ne laisse pas une seconde de répit et se dévore en moins de temps qu’il faut pour le dire !

Bien que classique dans sa forme mais non dénué de charme bien au contraire, l’écriture est un bijou de simplicité et procure une évasion immédiate. Malgré quelques scories en terme d’impression (mots doublés et fautes de frappes, une dizaine en tout), le contenu est d‘un bel acabit et l’on passe un excellent moment, prisonnier d’un suspens haletant qui procure un plaisir sadique certain. J’adhère totalement et je ne peux que vous conseiller de tenter l’expérience La Seine est pleine de revolvers si le genre vous plaît.


samedi 7 octobre 2017

"Les Carnassières" de Catherine Fradier

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L’histoire : Vera Volkoff, fliquette un brin trop dynamique, a quitté la police à la suite d'une bavure. Depuis elle donne des cours de pilotage à l'aéro-club de Valence et se consacre à Nina, sa petite fille. De retour d'un vol, elle déplane. Son passé l'attend en bout de piste : Léo et Alexandra, deux flics très spéciaux, ont déterré son dossier et la contraignent à retravailler pour la police.

Suite à l'assassinat de notables ou d'hommes politiques tous tués d'une flèche en plein cœur sur le Costa del Sol, Vera est parachutée sur une couverture de pilote dans une compagnie d’aviation privée.

Chargée de "renifler" la colonie russe des Baléares, elle va devoir naviguer à vue dans cette sanglante nébuleuse : mafia sibérienne, anciens du KGB, rouges-bruns à tendance vert-dollar.

La critique de Mr K : Petite lecture détente entre deux SP, c’est mon premier ouvrage de cette auteure et de la collection Canaille / Revolver des éditions Baleine que je pratique régulièrement quand je parcours les aventures du Poulpe, mon détective gaucho préféré ! J’ai ici passé un bon moment de lecture, avec un ouvrage détente-neurone efficace mais loin d’être original au final.

En exécutant de sang froid un tueur d’enfant, Vera a brisé sa carrière de flic. Devenue pilote instructeur, elle vit en mère célibataire une vie épanouie avec sa fille. Mais le passé va la rattraper quand un ancien collègue travaillant pour une agence gouvernementale l’appelle pour une infiltration à haut risque : russophone et pilote, elle a tous les atouts pour s’approcher de gros bonnets de la mafia russe. Comme en plus son affaire a été enterrée pour éviter d’éclabousser la Police Nationale, il a un moyen de pression certain pour la forcer à réaliser cette tâche compliquée et très dangereuse. Très vite, les choses vont se corser pour Vera qui va tomber de Charybde en Sylla lors des révélations successives qui vont s’enchaîner dans un rythme endiablé ne lui laissant aucun repos...

Ce qui sauve littéralement le livre, c’est le personnage de Vera. Écorchée vive qui n’a pas sa langue dans sa poche, son caractère volcanique emporte tout sur son passage, y compris l’adhésion du lecteur. Séduisante, forte mais aussi butée et maladroite à l’occasion, elle encaisse les coups comme personne. Là où souvent on nous sert souvent des héros mâles abîmés par la vie, Vera assume le rôle parfaitement et en voit de toutes les couleurs (superbe séance de captivité à un moment où on la sent perdue pour toujours). Très vite, elle sera confrontée à une menace insidieuse, multiforme et seul le souvenir de sa fille qui l’attend va lui permettre de surpasser son appréhension (elle est loin d’être parfaite) et ses capacités physiques. La deuxième partie virant au road movie débridé, le rythme s’accélère vers une ultime révélation qui pour ma part ne pas réellement surpris. Dommage...

Les Carnassières est aussi une belle plongée dans le monde interlope des trafics en tout genre et des organisations secrètes. Car derrière les meurtres indiqués en quatrième de couverture se cache un mouvement qui ne recule devant rien pour affirmer ses positions et essayer de rendre le monde meilleur. Je n’en dirai pas beaucoup plus pour éviter de lever le voile mais c’est bien pensé malgré un aspect un peu caricatural par moment. Mais bon, on pardonne aisément quand c’est pour la bonne cause, surtout celle des femmes. Alors certes, certains événements sont téléphonés, des coïncidence sont trop heureuses et des fois, on a carrément affaire à des séances WTF (What the fuck !) peu réalistes mais on se prend au jeu et l’on se demande jusqu’où ira l’héroïne pour découvrir la vérité et au final sauver sa peau. On est clairement dans la série B bien hargneuse comme je les aime, ce n’est pas transcendent cependant mais on passe un très agréable moment pour une lecture rapide.

153 pages composent ce roman qui se caractérise par une écriture nerveuse qui va à l’essentiel, le rythme est trépidant et on en prend plein la tronche. Le pire c’est qu’on en redemande entre action shootée à l’adrénaline et une héroïne en roue libre totale. Un plaisir simple et sans chichis qui ravira les amateurs pour son côté fun et efficace même s’il ne révolutionne pas le genre. Tentés ?

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mardi 3 octobre 2017

"Les Enlisés" d'André Lay

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L’histoire : Regagner l’amour de sa femme ? Rien de plus facile : il suffit de l’empoisonner.

Et ensuite, de s’occuper tendrement de sa convalescence, en bon mari aimant.

Mais à trop vouloir s’attacher sa compagne, Claude n’avait pas prévu qu’il susciterait chez elle des sentiments fanatiques... qui se révéleront bien plus tragiques qu’un divorce !

La critique de Mr K : Initialement sorti en librairie en 1973 (je n’étais pas né -sic-), ce polar bien tordu d’André Lay a été réédité par la maison d'édition French pulp à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre. La couverture évocatrice et le pitch bien barré m’ont convaincu instinctivement de tenter l’expérience qui s’est avérée réussie et plaisante à souhait.

Claude a une vie de rêve : il est scénariste et dialoguiste au cinéma, il possède une belle propriété sur les bords de Marne et vit une histoire d’amour solide avec sa douce femme Maud. L’horizon s’obscurcit quand il commence à soupçonner que sa moitié le trompe avec un autre homme, un de ses partenaires de tennis (d’où la couverture de l’ouvrage). Claude commence à sérieusement psychoter et envisage les possibilités qui s’offrent à lui pour récupérer sa femme : le scandale, le meurtre, l’ignorance... C’est après moult tergiversations qu'il va essayer l’invraisemblable, l’empoisonner pour se rendre indispensable et réanimer la flamme d’un amour qu’il croit perdu. Mais à jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler...

En effet, une fois le mécanisme infernal lancé, il faut tenir ses positions. Éviter de concentrer sur soi les soupçons et la curiosité, notamment l'attention soutenue de la domesticité tenante d’une morale stricte et la bienveillance du vieux médecin de famille qui ne comprend pas ce qui arrive à la jeune femme qui dépérit alors que tous ses signes vitaux sont au vert. Quand à Maud elle-même, elle semble peu à peu rentrer en dépression, devient incohérente. Face à cette multitude d’obstacles qui se dressent devant lui, Claude aura bien du mal à en sortir indemne, de même que son couple.

Ce pulp bien troussé atteint sa cible sans bavure : le suspens tient de bout en bout. Après une brève description de la vie parfaite de ce couple aisé (soirée de gala autour de la sortie du nouveau film auquel a collaboré Claude), on rentre dans le vif du sujet avec les premiers écueils et un narrateur-héros obnubilé par le comportement de sa femme et sa "soit-disante" très grande faute. Ses synapses ne s’arrêtent plus, le moindre acte, geste ou parole de Maud se voit interpréter et gagne en importance. L’obsession de Claude est très bien retranscrite, prend à la gorge, surtout qu’elle se confronte à la réalité que vivent les autres personnages. Tous sont très bien caractérisés et plantent le décor d’une machination que l’on peut qualifier assez rapidement d‘infernale tant elle va brouiller les pistes et détruire le joli échafaudage précédemment décrit.

Petit à petit, l’étau semble se refermer bien que le plan sur le papier soit parfait. Mais les détails sont souvent à la source de la chute du meilleur des criminels et cette histoire en est une fois de plus le miroir le plus fidèle. On se plaît à deviner la suite, à trembler pour la jeune femme qui semble complètement sous la coupe de son mari jaloux et en même temps, on se prend à croire qu’il ne se fera pas pincer notamment lors des échanges verbaux qu'il tient avec le docteur dépassé par les événements mais qui ne veut pas s’avouer vaincu. Puis, la machine s’emballe avec l’arrivée d'un autre personnage qui va faire définitivement basculer l’histoire et diriger le lecteur vers l’irréparable.

J’ai lu Les Enlisés en quelques heures seulement. Même s’il ne révolutionne pas le polar en lui-même à cause de sa facture très classique (dans l’écriture notamment), on se prend au jeu et on est emporté malgré nous. L’addiction est très vite là et il est tout bonnement impossible de relâcher le volume avant le mot fin. Un petit plaisir coupable, bien agréable, qui remplit son office sans prétention et avec efficacité. À tenter, si le cœur vous en dit.

lundi 12 juin 2017

"Une Femme de ménage" de Jérémy Bouquin

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L'histoire : Sandra n’est pas une femme de ménage comme les autres. Avec elle, plus de problème : elle vous nettoie une scène de crime en quelques heures. Au lendemain d’un meurtre, d’une vengeance personnelle, pour quelques milliers d’euros, elle vous débarrasse ! Indispensable ? Peut-être un peu trop. En enchaînant les carnages, son meilleur client ne serait-il pas en train de la transformer en complice ? Et pourquoi vide-t-il ses victimes de leur sang ?

La critique de Mr K : La couverture de cet ouvrage m'a frappé dès la première fois que je l'ai aperçue. Pensez-donc une technicienne de surface aux gants tâchés de sang ! C'est le genre de personnage que l'on croise rarement dans un roman ou alors de manière plus conventionnelle. C'est pourtant, le sujet central d'Une Femme de ménage, roman fraîchement débarqué en librairie et qui met en scène une femme de ménage d'un genre un peu particulier... Jugez-plutôt !

Sandra règle tout genre de problèmes, son credo : nettoyer une scène de crime avant que la police n'intervienne. Comme le dit l'adage : pas de corps, pas de crime ! Vous assassinez votre moitié un soir de colère, vous voulez régler discrètement son compte à un rival entreprenant, vous ne maîtrisez pas forcément toutes vos pulsions, qu'à cela ne tienne, Greg un avocat spécialisé dans la dissimulation de crimes vous orientera vers elle, une femme ultra-professionnelle qui fera disparaître en un temps record toute trace de votre forfait avec une efficacité jamais éprouvée. Mais voila, alors que la routine s'installe et que les nettoyages s’enchaînent sans accrocs, un client d'un genre tout particulier va modifier la donne et l'orienter vers des horizons insoupçonnés.

Autant vous le dire de suite, j'ai beaucoup apprécié cet ouvrage mais il ne plaira pas à tout le monde. Ce roman est très crû, enchaînant les détails sordides et les scènes bien gores entre découpes subtiles, travail de boucherie pure et dissolution des corps (et plus si affinités). C'est du frontal, du violent et l'auteur, Jérémy Bouquin, se plaît à nous détailler tous les process qu'utilisent son héroïne dans l'exercice de son métier bien particulier. La barbaque est ici étalée en pleine page, sans sentiments et dans une ambiance d'une froideur clinique. Il y a le repérage, la protection des lieux à la Dexter (la bâche en plastique, y'a rien de mieux !), le travail de séparation nécessaire à la préparation du bain d'acide qui vient clôturer les macabres faits et gestes de Sandra, une adepte du travail bien fait qui semble avoir perdu toute empathie envers le monde qui l'entoure.

Bien sûr, en cours de lecture, on en apprend davantage sur cet être à l'apparence désincarnée. Un premier métier qui l'a dégoûté, des aspirations artistiques qui n'ont pas survécu au principe de réalité (il faut voir ses œuvres aussi !) et une vie personnelle morne et sans relief. Et pourtant, peu à peu, on se rend compte que derrière cette machine inhumaine se cache un être sensible qui tente de surnager malgré une obsession méthodique pour son travail. C'est d'ailleurs à cause d'une liaison extra-professionnelle que le masque va tomber et la forcer à changer définitivement de vie. Le revirement est pour le coup assez facile à deviner, personnellement je l'envisageai déjà à la moitié de ma lecture.

Ce qui rebutera encore plus certains lecteur sera sans aucun doute l'écriture en elle-même. Très sèche, constituée essentiellement de phrases courtes, l'auteur a fait le choix de la juxtaposition à outrance. Point de coordination et autres connexions logiques ici mais l'accumulation de ressentis et d'actions qui s'entrechoquent sans lien apparent. Le processus est bien maîtrisé mais désarçonne, loin des canons d'écriture classique, la langue est ici dépouillée et contribue à distiller le malaise ambiant et l'aspect glauque des personnages et de l'histoire. Très accessible (trop certainement pour certain), le roman dégage une force émotionnelle assez impressionnante malgré tout et atteint son objectif premier : divertir et fournir un univers vraiment déviant.

Les âmes sensibles risquent de ne pas survivre à un tel voyage qui navigue entre le polar classique, le guide du boucher et une touche de fantastique bon teint qui fait basculer l'ouvrage en des terres encore inexplorées. Une Femme de ménage étant finalement assez court, on n'a pas le temps de se lasser et même si la fin est quelques peu expédiée, on se souviendra longtemps de ce petit roman bien malin et bien thrash. À conseiller à tous les amateurs de sensations fortes !

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mercredi 19 avril 2017

"Le Gang des honnêtes gens" de Pierre Nemours

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L’histoire : Dans ce braquage, ils ont tous une bonne raison d’agir.
Il y a Francis, et sa petite fille malade, qui a besoin de soins dispendieux. Il y a Norbert, qui a épousé une femme qui le prend pour un minable, et ne se prive pas pour le lui dire tous les soirs. Il y a Raphaël, qui rêve d’un nouveau départ, loin de la France et de ses boulots minables.
Et surtout, il y a Paul, ses cinquante ans, sa carrière brisée et son besoin de revanche sur la vie. Oui, décidément, dans ce braquage, il n’y a que des honnêtes gens. Alors pourquoi devraient-ils échouer ?

La critique de Mr K : Nouvelle découverte enthousiasmante dans le domaine du polar populaire avec ce volume paru chez French Pulp Edition depuis peu. Populaire ne veut pas dire pour autant accessible dans le genre simpliste ou encore populiste et populeux. Ici, j’ai eu la joie de découvrir un artiste des mots, un façonneur d’intrigue efficace et un roman qui laisse pantelant son lecteur lorsque l’ouvrage se referme. Bref, que du bonheur !

Quatre hommes bien sous tous rapports, mais que la vie n’a pas gâtés, décident d’un casse dans un crédit régional du secteur. On les suit lors des préparatifs, de l’exécution du plan principal et durant l’après braquage dans une mécanique scénaristique certes huilée mais diablement bien menée. Ces honnêtes gens vont essayer de conjurer le sort de leurs existences balbutiantes ou frustrantes à travers un "coup" original, enlevé dans l’action et en théorie très bien payé. Mais comme toutes les mécaniques, il suffit d’un grain de sable pour dérégler l’ensemble...

La grande force de ce "Gang des honnêtes gens" tient dans ses personnages. Entre le flic cassé par sa hiérarchie qui végète dans un obscur commissariat de quartier, l’immigré déçu qui souhaite partir en Amérique du sud, le père de famille qui veut tout faire pour pouvoir offrir des soins décents à sa fille malade et le patron dépossédé de son entreprise et en pleine errance morale, on est servi. Tous ces êtres sont décrits avec sensibilité, ne laissant rien au hasard et ancrant le récit dans une réalité brute et sans fioriture. Le sous-texte est plutôt pessimiste tant l’auteur insiste sur la difficulté de vivre et de pourvoir aux besoins de sa famille. Et puis, il y a les fêlures exposées à vif et qui auront pour certaines un rôle important à jouer au cours de ce roman. L’ensemble est très séduisant, les personnages accrochant le lecteur par leur charisme, leur courage mais aussi leurs faiblesses bien humaines. Dans le domaine, on se régale et on souffre, tant l’empathie fonctionne à plein régime.

Bien que plutôt classique dans son déroulé (on est rarement surpris, il faut bien l’avouer), l’auteur excelle pour maintenir le suspens notamment à travers des phases descriptives très réussies qui donne une patine bien particulière aux lieux et une ambiance bien pesante sur l’ouvrage. Ainsi, la description liminaire du port est une merveille du genre qui en même temps de nous présenter Paul (l’initiateur du projet) permet de lancer un climax qui ne fera que s’alourdir en cours de lecture. Malgré cela, on se prend à y croire tant le plan exposé est ingénieux et novateur. On suit avec intérêt les différentes phases, on admire l’ingéniosité déployée et on se dit que si tout se passe bien ce serait tant mieux, tant parfois on a tendance à applaudir des deux mains certains exploits criminels bernant la police sans pour autant faire de victime.

Dans ces conditions, vous imaginez bien qu’il est impossible de relâcher ce volume. C’est bien simple, je l’ai quasiment terminé d’une traite, pris par la science narrative de Pierre Nemours et sa langue à la fois efficace, nuancée et terriblement immersive. On se prend complètement au jeu, on en redemande même tant l’ouvrage est court (232 pages seulement) et le final laisse complètement pantois. Une belle réussite pour un polar venu de 1970 mais qui n’a pas à rougir du temps qui passe. Les amateurs se doivent de tenter l’aventure !

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lundi 20 février 2017

"La Nuit est sale" de Dan Kavanagh

La Nuit est sale - KavanaghL’histoire : Quand on s’est fait vider de la police parce qu’on avait des mœurs qui ne plaisent pas aux honnêtes gens, l’avenir n’est pas rose. Surtout quand on s’attaque, pour gagner sa croûte, au monde des malhonnêtes gens. Celui qui, dans Soho, organise des rackets, la prostitution, le ciné porno. Celui qui fait chanter les flics pourris et les commerçants véreux. Le monde qui a tout pouvoir sur la lâcheté, la bêtise et la convoitise humains.

La critique de Mr K : Petite plongée dans le roman noir avec La Nuit est sale de Dan Kavanagh, un ouvrage trouvé par hasard chez notre cher abbé qui regorge régulièrement d’ouvrage séduisants. Celui-ci en faisait partie avec sa quatrième de couverture intrigante faisant la part belle à des thèmes récurrents du genre : la corruption, le héros déclassé et une affaire qui risque à jamais de changer son existence. Après lecture, on peut dire que c’est une belle réussite et que l’on ne s’ennuie pas un instant.

Un entrepreneur de Soho contacte Duffy (le héros qui donne son titre au roman en version originale) pour une histoire de racket qui commence à aller très loin. Cet exportateur de masques et de déguisements se voit harceler par téléphone par un certain Salvatore qui après avoir mutilé la femme de sa victime (une belle coupure de 20 cm derrière l’épaule), lui réclame semaine après semaine quelques livres sterling qui au fil du temps se multiplient pour atteindre des sommes faramineuses. Duffy exclu de la police suite à un scandale sexuel commence son enquête et au fil de ses recherches va se rendre compte que le poisson à ferrer est très gros et qu’il va plus que risquer sa vie et celle de sa douce Carol...

La Nuit est sale est très classique dans sa facture. On retrouve le confort d’un roman noir à l’ancienne avec des figures éprouvées comme l’antihéros au bord du gouffre qui à cause d'une machination bien huilée s’est retrouvé plus bas que terre. Duffy a mangé son pain noir et il essaie tant bien que mal de vivoter dans sa nouvelle situation. Sa maîtresse Carol est toujours auprès de lui malgré leurs difficultés et il exerce ses talents de conseiller en alarmes anti-intrusion. À l’occasion, comme dans ce récit, il peut se muer en détective privé en se chargeant de petites affaires. Malheureusement pour lui, le cas qui le préoccupe est tout sauf une broutille car très vite, il se retrouve confronter à des personnalités importantes du milieu de la nuit et du sexe, monde sans scrupule où les gens disparaissent très facilement et où la vie humaine n’a plus beaucoup de valeur.

Au fil de l’enquête, on plonge dans le monde interlope des travailleuses du sexe, des cinémas X et du racket organisé à grande échelle. C’est rude et frontal entre les filles exploitées, la misère humaine, les actions brutales d’hommes de main sadiques, la corruption généralisée des forces de l’ordre et un Londres loin d’être glamour. L’espoir est bien mince de pouvoir s’en sortir quand on est pris dans les mailles du Milieu et très vite Duffy va de nouveau s’en rendre compte, après la terrible affaire qui lui a valu d’être évincé de la Police. Derrière des ficelles narratives qui paraissent usées jusqu’à la corde, certaines révélations vont faire tomber les certitudes du lecteur englué dans un univers glauque et étouffant.

Il est bien malin ce petit roman noir sans prétention de prime abord. Les personnages sont ciselés comme il faut, réservent quelques surprises malgré un cadre commun et les rencontres liées à l’enquête dressent un portrait peu flatteur des mœurs de Londres dans les années 80. Les poils se hérissent plus d’une fois, le dégoût pointe à l’occasion (le témoignage d’une prostituée à un moment est littéralement affreux) et le style prend de l’ampleur lors notamment des confrontations de Duffy avec le caïd du quartier qui s’exprime à la manière des gangsters de Tarantino dans le cultissime Reservoir dog. Le niveau s’élève alors d’un cran pour procurer peur, appréhension mais aussi sourire grâce à ce monstre de perversité aux manières courtoises. Clairement, ce pendant maléfique au héros donne une aura générale bien poisseuse à ce roman qui finit en apothéose avec un point d'orgue logique mais sans fioriture. Tout ce que j’aime dans le style.

Ce livre se lit très facilement quand on est amateur de polar bien sombre. L’écriture est posée simplement, sans lourdeurs inutiles et pose un univers crédible. L’histoire prenant de l’ampleur, le style aussi accompagne cette montée en pression qui prend à la gorge et empêche toute velléité d’arrêter sa lecture. Pour ma part, je l’ai lu en deux temps, incapable de sortir de cette histoire prenante et rudement bien menée. Sans doute pas un classique mais une bonne récréation pour tout amateur du genre. Vous laisserez-vous tenter ?

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mardi 3 janvier 2017

"Les Fleurs ne saignent pas" d'Alexis Ravelo

lesfleursnesaignentpasL'histoire : Dans la liste des crimes les plus idiots au monde, le kidnapping contre rançon de la fille d’un parrain de la mafia figurerait en deuxième ligne, juste après le cambriolage d’un commissariat de police. C’est pourtant le gros coup absurde qu’ont décidé de monter Lola, le Marquis, le Sauvage et le Ouf, une bande de petits escrocs.
Bienvenue aux Grandes Canaries, une île paradisiaque où, derrière les plages magnifiques, se livre un duel inégal entre deux mondes : les apprentis-bandits vivant de larcins contre les barons en col blanc baignant dans la corruption et la politique.

La critique Nelfesque : Une de mes dernières lectures de 2016 fut "Les Fleurs ne saignent pas" d'Alexis Ravelo, sorti en librairie fin octobre, et autant d'habitude j'aime beaucoup ce que fait Mirobole Editions, autant là j'ai compté les pages et ça me chagrine un peu...

Pourtant sur le papier, tout était là (ou presque) pour me séduire : une contrée inconnue, le milieu mafieux, des petites frappes et un polar sur fond de misère sociale. Parfois les montres ne sont pas bien synchronisées entre un auteur et un lecteur, parfois ce n'est pas le bon moment pour une lecture ou parfois le lecteur est déçu de ne pas trouver ce qu'il attendait dans un roman. C'est un peu tout cela qui s'est passé et le rendez-vous a failli être manqué.

Après la lecture de la quatrième de couverture, je m'attendais à un roman décalé basant son potentiel sur ses personnages. Avec des noms tels que le Ouf, Paco le Sauvage, Felo le Foncedé... on s'imagine déjà une belle bande de bras cassés qui veulent jouer les cramés de la tête et s'inventent des pseudo bad guys pour s'impressionner. Il y a de cela. Le lecteur fait petit à petit connaissance de tous ses membres à travers une succession de petites escroqueries bien huilées et qui permettent à chacun de survivre, de payer ses dettes ou de se la couler douce pendant quelques mois jusqu'au prochain larcin.

Mais un jour, on leur fait une proposition juteuse : kidnapper la fille du parrain de la mafia local et négocier une belle rançon. De quoi mettre tout le monde à l'abri du besoin pendant quelques temps. Oui mais voilà, là on ne joue pas dans la même cours. Lola et sa bande doivent s'attendre à du sang et des larmes, des flingues et de la violence. Le kidnapping n'intervient qu'à la moitié du roman et Alexis Ravelo m'avait déjà perdu en route... Parce que j'attendais la confrontation avec les gros bonnets du milieu, parce que je ne m'attachais pas aux personnages et parce que j'avais plus l'impression de lire un manuel du parfait roublard qu'un polar qui tache (et vous savez à quel point j'aime les polars qui tachent !). En toute honnêteté, j'ai pensé abandonner ma lecture mais à mi parcours j'ai senti que le rythme commençait à s'accélérer et à être plus en accord avec le résumé du bouquin. L'enlèvement a enfin lieu et les choses sérieuses peuvent commencer.

Et puis tout part en live, les plans sont ajustés à la dernière minute, rien ne se passe comme prévu, certaines personnalités se révèlent, la guerre des nerfs commence et les balles fusent. Enfin, le roman prend la tournure noire, poisseuse et viscérale que je souhaitais depuis le début ! S'en suivent de bonnes pages de tensions et un final assez jouissif mais dieu que le chemin fut long et laborieux pour en arriver là ! Quel dommage !

"Les Fleurs ne saignent pas" n'est pas à mon sens la meilleure publication dans le catalogue de Mirobole, pour autant il n'est pas complètement à jeter et si les longueurs ne vous font pas peur, ça vaut le coup de s'accrocher pour toute la seconde partie du roman. Peut-être ne sentirez-vous pas poindre la même lassitude que celle qui fut la mienne pendant les 200 premières pages...

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jeudi 2 juin 2016

A la découverte du magazine "PAGE des libraires"

Cela fait plus d'un an que je suis abonnée au magazine "Lire". J'ai profité à l'époque d'une belle remise sur le tarif abonnement et j'ai renouvelé mon engagement il y a quelques mois. Très satisfaite de sa ligne éditoriale, de son ton et de son contenu, je pense qu'entre lui et moi, c'est parti pour durer !

Vous l'avez remarqué, nous sommes de gros lecteurs (oui je crois que là on ne peut plus le cacher). Autant Mr K n'aime pas trop lire des chroniques de professionnels, autant de mon côté, je suis assez friande d'avis de tout bord. Chez les blogueurs, journalistes, lecteurs, libraires, j'aime fouiner les nouveautés et repérer les romans susceptibles de me plaire. J'ai eu, il y a peu, l'opportunité de découvrir le magazine "PAGE des libraires" et c'est tout naturellement que j'ai sauté sur l'occasion. Voici une revue que j'ai déjà croisé sur mon chemin mais que je n'ai jamais acheté. En cause ? Son prix sans doute. A 12€ la revue, c'est tout de même un budget ! Me voici donc ravie de pouvoir parcourir ses pages et d'autant plus qu'il s'agit ici d'un spécial "Policier, thriller, noir : les nuances du polar". Vous connaissez mon amour pour le genre...

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"PAGE" est un bimestriel. Créé à la fin des années 80, il rassemble une communauté de 1200 libraires indépendants. Comme son nom l'indique, les chroniques et conseils présents dans ce magazine sont faits par des professionnels du livre, des amoureux des mots, des passionnés que nous croisons souvent lors de nos achats livresques. Et dans le ton, cela se ressent. Ils ne sont pas là pour vendre un ouvrage ou faire de la promo mais bel et bien partager avec nous des coups de coeur et leur intérêt pour tel ou tel ouvrage. Une certaine relation de confiance et d'intimité s'installe alors entre le lecteur et le "chroniqueur / libraire".

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On retrouve également ici des conseils d'auteurs. Une initiative comparable à celle de "La Grande librairie" spéciale "La Valise idéale de l'été" qui est diffusée chaque année sur France 5 avant les vacances (celle de cette année a eu lieu il y a quelques jours, visionnez-la en replay, elle est top !). C'est tellement agréable d'entendre les auteurs parler de littérature en dehors de leurs propres romans. Ici, pas d'enjeu de promotion, juste des conseils sincères.

Avec ses 143 pages sans pub, la revue est plus assimilable à un mook. Le papier est épais, la couverture à la fois mate avec un effet peau de pêche et brillante sur quelques détails, la charte graphique... Tout est pensé dans les moindres détails. La distribution se fait en librairie, particularité également des mook.

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Ainsi, nous parcourons les thématiques polar, littérature française, littérature étrangère, essais et documents, bande dessinée, jeunesse avec plus ou moins d'offres selon les parties. La BD et la jeunesse occupent moins de "place" que les thématiques précédentes mais elles ont le mérite d'être traitées et de donner quelques pistes aux lecteurs. Je pense que les aficionados se tourneront plus vers des revues spécialisées BD ou enfant pour plus de choix.

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En plus des nombreuses critiques d'ouvrages par les libraires, on retrouve quelques extraits / avant-première qui nous permettent de nous faire une idée d'une oeuvre avant de l'acheter, quelques dossiers thématiques qui approfondissent certains sujets (comme par exemple la littérature coréenne dans ce numéro), quelques interviews faites également par des libraires et donnant des échanges savoureux.

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Une belle part est également donnée aux premiers romans et c'est une mise en avant que j'ai particulièrement appréciée. De même que la rubrique "Librairie" née du désir de partager avec les lecteurs le quotidien de la librairie et la passion du libraire pour son métier. La librairie, le lieu où se rencontrent lecteurs, auteurs et libraires.

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Cette revue est vraiment de qualité et il est fort probable qu'à l'avenir je replonge dans la marmite selon le thème abordé. Vous avez là un beau condensé de ce qui se fait dans l'actualité littéraire, sélectionnée et décortiquée pour vous par nos amis libraires. Une proposition fort appréciable dans nos vies à 100 à l'heure et un magazine que l'on met plusieurs heures à lire tant son contenu est riche.

dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!

lundi 2 mai 2016

"Bad Land" de Frédéric Andréi

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L'histoire : Plutôt mourir que de renoncer à la terre de ses ancêtres ! Indienne blackfoot aussi butée que richissime, la belle Tina est prête à tout pour racheter ces terres aux blancs et les restituer à sa communauté. Sur le point d’accoucher, elle part braver les blizzards du Montana pour récupérer, avant qu’il ne soit trop tard, ces milliers d’hectares et leur précieuse mine d’or, objet de toutes les convoitises. Laissant son mari, l’ex-journaliste Nicholas Dennac, sans nouvelle et fou d’inquiétude.

Témoin d’un attentat perpétré en plein rodéo à Las Vegas, Nicolas se retrouve pendant ce temps dans le collimateur du FBI, qui le soupçonne d’en savoir un peu trop sur cette affaire pas très claire…

La critique de Mr K : Ce roman est le deuxième de Frédéric Andréi après Riches à en mourir qui avait marqué un certain nombre de blogueurs. Pour ma part, je ne l'ai pas lu et je me suis demandé un temps si je n'allais pas en pâtir pour apprécier ou non le présent ouvrage. Il n'en a rien été, de légers flashbacks et rappels permettent au néo-lecteur de pouvoir profiter au maximum du récit et de ses personnages. Au final, mon avis est mitigé malgré une lecture plutôt enthousiaste et rapide.

La belle Tina, jeune femme richissime au caractère vif et son compagnon reconverti dans la menuiserie sont à Las Vegas pour assister à un championnat de rodéo (oui, je sais, sur le papier ce n'est pas passionnant!). Enceinte jusqu'au yeux, elle rentre plus tôt dans son ranch pour régler une affaire de vente de terrain qui pourrait garantir un avenir plus sûr à son peuple (elle est d'origine amérindienne). Nicholas va être lui témoin d'étranges événements dans les coulisses du spectacle et va se retrouver lié à une affaire de terrorisme en plein territoire américain. Très vite, un compte à rebours s'amorce entre traque terroriste, magouilles politiques, grizzly affamé et reconquête de biens volés. Le rythme s'accélère et va crescendo jusqu'à des révélations finales en cascade.

J'ai mis du temps à rentrer dans ce roman. La faute à un style pas accrocheur, plutôt convenu et basé sur des effets que j'ai trouvé tape à l’œil et parfois contre-productifs. Par exemple, l'accumulation de références à la marque à la pomme pour tout ce qui relève de la technologie, on sent le placement de produit à plein nez et franchement ça devient lourd au bout d'un moment. Surtout que ce matériel extraordinaire fonctionne sans discontinuer et même en plein blizzard! Ils sont forts chez Apple! Pour reprendre Ash, le sagace héros de la franchise Evil Dead: Achetez américain, c'est bien! Sans m'appesantir davantage, j'ai trouvé les formulations parfois inutilement vulgaires, les phrases mal construites parfois brouillonnes et sans rapport avec le sens profond du propos. Ça m'agaçait au départ puis le récit se densifiant, je me suis laissé prendre au jeu de cette course poursuite haletante.

L'aspect chasse au terrorisme est très bien rendu, la tension des équipes travaillant sur le dossier est palpable et l'ambiance générée bien flippante dans ce pays qui ne s'est jamais vraiment remis du 11 septembre 2001. On se tire dans les pattes entre FBI et services secrets américains, la piste islamiste est privilégiée et d'ailleurs tout porte à le croire. Cependant, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que l'affaire est loin d'être simple, que des hommes puissants (tendance marionnettistes) manipulent tout le monde. On navigue alors dans les arcanes des médias et de la politique, la plongée est ahurissante et on se demande bien où les ramifications s'arrêtent. C'est bien rendu à défaut d'être original, la construction et la révélation du grand secret du livre est nette et sans bavure. J'aime!

Au rayon des déceptions se trouve le personnage de Tina que j'ai trouvé sans finesse et agaçante au possible par moment. Pourtant sur le papier, elle a tout pour plaire: une revanche à prendre sur l'Histoire pour son peuple d'origine, un caractère affirmé comme je les aime (hein Nelfe!) et une relation complexe avec Nicholas, son compagnon d'origine française. Malheureusement ici, c'est parfois too much et on n'y croit pas. Dommage, là où certaines scènes devraient être dramatiques ou piquantes pour notre curiosité, je n'ai qu'éprouvé indifférence voir cynisme à son égard. Les choses s'améliorent à partir de la deuxième partie de l'ouvrage, le personnage vivant un véritable chemin de croix et se révélant à elle-même. Cela rattrape tout le reste notamment une scène dans la neige mystique à souhait! Pour contrebalancer cette semi déception, le personnage de Nicholas Dennac relève le niveau bien que classique. Perdu dans sa relation ambiguë avec sa compagne (passion rime avec élans de tendresse et engueulades), il s'accroche à cette femme qui représente tout pour lui malgré son aspect crispant. Son passé de journaliste fait aussi merveille quand il mène de front la recherche de sa femme en pleine tempête et quête de renseignements pour une enquête anti-terroriste, son esprit vif et analytique fonctionnent à plein. Un bémol tout de même, on ne peut y croire une seconde, les séquences What the fuck s'enchainant (voir ma diatribe plus haut concernant Apple) mais il est bon parfois de se laisser porter par une histoire aussi délirante soit-elle sur certains détails.

Bref, je râlais pas mal en début d’ouvrage mais la seconde moitié m'a littéralement emporté malgré les défauts sus-cités. La faute à une science du récit et du rythme implacable qui est le sceau des bons page-turner et des indices savamment disséminés qui entretiennent suspens et interrogations. Je suis ressorti plutôt content du récit malgré une fin abrupte et un style d'écriture décevant. Ce Bad Land, loin de pouvoir rivaliser avec du Grangé par exemple, reste un excellent détente neurone parsemé de fulgurances parfois saisissantes qui procure un désir de lire évident. Une bonne partie du contrat est remplie, non?

Posté par Mr K à 17:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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