jeudi 29 septembre 2016

"Un Bon écrivain est un écrivain mort" de Guillaume Chérel

un bon écrivain

L’histoire : Un journaliste doit animer une conférence littéraire à Saorge, un ancien monastère franciscain transformé en résidence d’auteurs. Seront là Michel Ouzbek, Christine Légo, Amélie Latombe, Delphine Végane, Frédéric Belvédère… Une dizaine d’écrivains connus, plus quelques auteurs régionaux. Le tortillard est arrivé à l’heure, comme prévu. Tout était prévu, en fait : la rencontre devant un public ravi de voir des écrivains de best-sellers, le déroulé du débat sur la "véracité dans l’art d’écrire", le cocktail dînatoire puis la séance de dédicaces. Mais rien ne s’est passé selon le programme. Une fois au monastère, l’histoire a dérapé. Les écrivains connus ont disparu, les uns après les autres. C’est bien connu, un bon écrivain est un écrivain mort.

La critique de Mr K : Retour chez la maison Mirobole avec un livre d’un genre bien particulier paru ce mois de septembre. Avec ce pastiche de roman policier, l’auteur s’est donné comme objectif de dynamiter la rentrée littéraire en se gaussant de ses collègues écrivains et en calquant son propre récit sur l’intrigue des Dix petits nègres d’Agatha Christie. L’idée de départ est excellente, les débuts prometteurs car complètement déjantés mais on perd en densité et en inspiration dans la deuxième partie de l’ouvrage. Mon avis est donc forcément mitigé...

Les dix écrivains les plus en vogue se sont vus fixés rendez-vous pour le week-end dans un vieux monastère de province planté en haut d’un pic rocheux par un mystérieux expéditeur nommé Un Cognito. Tous sont curieux de savoir de qui il s’agit et voient dans cette rencontre littéraire la possibilité de faire encore plus parler d'eux. Mais malheureusement très vite, les choses dérapent entre une conférence qui tourne court, un commanditaire invisible et quelques événements troublants qui vont vite devenir inquiétants puis très menaçants.

Comme dit précédemment, Guillaume Chérel commence très fort. Le temps de quelques chapitres, il nous dresse un portrait au vitriol de figures connues du milieu littéraire en transformant légèrement leur nom de famille et en nous expliquant leurs origines et motivations face à l’écriture. C’est tordant et tellement vrai entre l’imbu de sa personne qui écrase les autres, le faux bobo complètement barré, la créature télévisuelle implacable, l’égocentrique dévastatrice qui déteste les hommes, le provocateur pseudo-philosophe... Chacun voit son cas personnel disséqué par quelques formules bien à propos, aussi courtes qu’incisives et implacables. Je me suis régalé. Surtout que les auteurs présents dans ces pages sont loin d’être mes préférés. Guillaume Chérel bien des fois énonce très haut des idées et des ressentis qui sont les miens aussi. On jubile donc beaucoup au départ.

On croise pas mal d’êtres à part, névrosés et obsédés par leur petite personne. L’auteur en profite aussi pour égratigner notre société consumériste, l’événement de la rentrée littéraire en lui-même et notamment son traitement par les médias qui focalisent bien trop souvent sur les grosses cylindrées et n’accordent pas assez d’importance à des œuvres plus discrètes en terme de notoriété mais tout autant voir bien plus enthousiasmantes pour le lecteur avide de nouvelles sensations (je vous invite à cliquer sur notre tag Rentrée littéraire 2016 pour faire vous aussi quelques découvertes). Ce livre est donc au delà du traitement spécial réservé aux auteurs, une peinture sans fard de l’ambiance mielleuse, condescendante et teintée de pensée unique qui règne aussi dans les milieux dits "plus cultivés", où finalement l’apparence et le creux règnent en maître. En cela, cet ouvrage est une vraie réussite, une bonne attaque contre la bien pensance qui rafraîchit et surtout fait énormément rire.

Là où le bât blesse, c’est quand l’histoire commence à virer au jeu de massacre. Et pourtant, on est bien content de les voir disparaître les uns après les autres ! L’auteur a tout fait pour entretenir cette attente sadique et expiatoire chez le lecteur. Malheureusement, le souffle retombe assez vite après l’annonce faite aux écrivains qu’ils vont payer pour leurs pêchés. L’écriture redevient plus sage, plus convenue. Certes, on s’attend à ce qu’ils passent de vie à trépas mais on n’est jamais vraiment surpris, certains passages ressemblent à du remplissage et la nature globale de cette vengeance ne m’a pas séduit. C’est tout le problème d’un pastiche, pour qu’il soit réussi il faut faire durer les références et l’humour mêlé (un peu à la H2G2 en SF) et ici l’auteur m’a perdu en chemin. Heureusement, l’ultime rebondissement se déroulant après les faits relève un niveau qui a grandement perdu au fil de la lecture.

Je suis donc un peu déçu surtout que Mirobole est vraiment une maison d’édition que j’adore. Rien à redire sur le style de Guillaume Chérel qui sait écrire et manipule à merveille le langage courant et les noms propres pour créer situations cocasses et mener son récit, mais le contenu pour moi s’essouffle et fait perdre son intérêt à l’ouvrage. Là encore, c’est une question de goût et les avis plutôt positifs de certains de mes confrères blogueurs m’incitent à vous dire de tenter l’aventure si l’envie vous en prend...


lundi 28 juillet 2014

"Le Bar sous la mer" de Stefano Benni

le bar sous la merL'histoire: Pour sauver un vieil homme qui s'est jeté à l'eau, un promeneur plonge et découvre que le vieillard nage tout simplement vers un bar au fond de la mer! Il l'accompagne et va vivre là une bien étrange nuit, car les clients de ce bar branché sur les hautes ondes de l'imaginaire se révèlent des conteurs comme on rêve d'en rencontrer. Qui parodie quoi (ou qui) ? Au lecteur de jouer le jeu et d'entrer dans ce labyrinthe de pastiches où se mêlent savoureusement humour et littérature.

La critique de Mr K: Encore une pierre à l'édifice du fameux adage: le hasard fait bien les choses. Ce livre m'avait séduit par sa quatrième de couverture intrigante et surtout par sa très belle couverture qui va s'avérer jouer un rôle très important pour la lecture à suivre. Attention Le Bar sous la mer est une petite bombe à la fois drôle, littéraire et marquante.

En deux pages, l'auteur nous emmène donc dans un étrange bar se situant au fond de l'eau, suivant le narrateur, nous nous installons dans la salle et chacun des personnages représentés sur la couverture va raconter une histoire, se révélant à chaque fois un conteur des plus savoureux et souvent surprenant. On se rend compte très vite que nous avons affaire ici à un recueil de nouvelles déguisé en roman, chaque historiette de 5 lignes à 40 pages maximum nous embarquent dans un univers et un genre différent ce qui donne à l'ensemble une allure générale farfelue qui ne doit en rien cacher l'aspect littéraire de cette entreprise où l'auteur clame son amour des livres par des pastiches plus réussis les uns que les autres. Contes, histoires d'épouvante, romantisme, roman épistolaire, rabelaiseries... tout y passe pour le bonheur du lecteur!

En vrac vous assisterez à un duel culinaire digne de L'Iliade d'Homère, à un dérèglement climatique sans précédent, à la découverte de la planète Terre par un extra-terrestre, à la traversée par deux petits vieux d'une rue bondée, à une enquête dans une école menée par une gamine émule de Miss Marple, à la lente destruction de la liberté de pensée dans un pays en crise, à la déclaration d'amour d'une baleine sacrée auprès d'un capitaine au long cours maniéré, à l'agonie de la morale autour d'une piscine de villa hollywoodienne et encore tout plein d'autres histoires plus abracadabrantesques les unes que les autres. Chacune vous l'avez compris correspond à un genre ou une œuvre particulière. Je n'ai pas réussi à identifier chacun des pastiches mais le plaisir de lire s'est renouvelé à chacune de ces nouvelles.

Il règne vraiment une ambiance étrange dans ce recueil. On passe par tout plein d'émotions différentes correspondant aux différents tons et genres abordés. L'auteur fait mouche à tous les coups et pour une fois je trouve qu'il y a un équilibre certain entre tous les récits qui nous sont proposés dans un recueil de nouvelles. On passe de la légèreté la plus aérienne aux tréfonds de l'âme humaine en quelques pages et toujours avec la même réussite. L'écriture est à l'image des nouvelles proposées, polymorphe et insaisissable. Stefano Benni semble prendre un malin plaisir à nous égarer en changeant de style comme on change de plume. Loin de se prendre trop au sérieux, l'auteur nous livre ici et là de purs moments bien délirants à l'humour lui aussi multiforme: de la causticité, une pointe d'humour noir, de l'ironie... toutes les armes littéraires sont ici présentes, maîtrisées et utilisées dans le simple but de provoquer le plaisir de lire. Rajoutez à cela l'astuce de faire parler tous les personnages de la couverture qui force le lecteur à se réinterroger sur des récits précédents et vous obtenez un petit chef d'œuvre d'inventivité.

Le Bar sous la mer est à lire tout simplement parce qu'il ne se ressemble à rien d'autre de ce que j'ai pu lire auparavant et qu'il dégage une fraîcheur, un amour de la littérature et de l'humanité rare. Un must!

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lundi 31 octobre 2011

"L'agneau" de Christopher Moore

agneauL'histoire: L'ange Gabriel était bien tranquille dans ses nuages à faire le ménage de ses fourreaux d'éclairs et de ses traînées de joie lorsque la tuile lui est tombée dessus. Le Fils lui-même le désigne pour redescendre incognito chez les humains remplir une mission de confiance: retrouver le meilleur pote du Christ qui, deux mille ans plus tôt, faisait les quatre cents coups avec lui. Ce dénommé Biff -littéralement Labeigne- est une terreur qui a expérimenté pour son pote tous les pêchés. Il sait tout. Gabriel va tomber des nues. Lui qui devait lui faire raconter son histoire dans la plus grande discrétion va bien involontairement orchestrer le chaos. Comme le dit Biff lui-même: «Vous pensez connaître la fin de cette histoire, mais vous vous trompez. Je sais de quoi je parle: j'y étais». Jubilatoire!

La critique de Mr K: Ne vous laissez pas abuser par la couverture, cet excellent livre a été mal "classé", il ne relève aucunement du policier. On ne peut en vouloir à la maison Folio pour cet écart tant il paraît difficile d'étiqueter une œuvre telle que celle-ci. Pour faire simple, je dirai que c'est une variation autour de la vie de Jésus. Pas un pastiche pour autant, l'auteur prenant le risque culotté de faire découvrir Jésus à travers les yeux de son meilleur ami, Biff (alias Lévy) et suivant la chronologie de la vie du messie entre données bibliques et hypothèses personnelles.

C'est donc une plongée dans l'antiquité qui nous est proposée ici. Les tableaux sont criants de vérité dans tout ce qui concerne la vie quotidienne, l'exercice de la domination territoriale par les romains et les tensions inter-confessionnelles. Là où l'auteur marque sa différence (et elle est de taille) c'est concernant Jésus (aka Joshua). Si l'on se fie uniquement aux écrits bibliques, on ne connaît finalement pas grand chose du "fils de Dieu". Il y a un gigantesque "trou" entre sa naissance et ses trente ans, âge où il va exercer son magister, c'est-à-dire qu'il va rencontrer ses apôtres et prêcher ses idées auprès des foules. Ce vide est d'autant plus frustrant que c'est pendant ces années d'ombre qu'il a du se forger en tant qu'homme et messie. Tout y est abordé dans ce livre, autant vous dire que l'on s'éloigne de l'orthodoxie catholique pour aborder les rivages des supputations et des hypothèses.

Ce qui m'a marqué c'est que les révélations-hypothèses avancées dans cet ouvrage rejoignent les quelques réflexions et déductions que j'avais pu émettre lors de mes cours d'histoire des religions à la fac. Pendant ce laps de temps inconnu, Jésus a du faire des rencontres pour se construire lui et ses idées. Pour cela, rien de tel que les voyages. C'est de cette hypothèse que Christopher Moore a bâti ce livre: Jésus est parti en compagnie de son meilleur ami découvrir le monde et par là même sa destinée. Une fois ce fait admis par le lecteur c'est le début d'une lecture fortement enrichissante et jubilatoire à souhait comme le précise la quatrième de couverture. Par le truchement du personnage de Biff, compagnon haut en couleur et fidèle parmi les fidèles, c'est la rencontre entre le monde juif et les religions orientales, et la mise en exergue de principes qui dépassent le cadre d'une religion et qui devrait régir les communautés humaines. En ce sens, ce roman est un réel écrit d'apprentissage mâtiné de passages humoristiques à souhait. On rit et on s'enrichit beaucoup.

On croise nombre de personnages croustillants. Au premier rang, il y a Biff qui va accompagner son meilleur ami durant toutes ses vertes années et qui collectionne les casseroles. Il y a aussi l'ange Gabriel obnubilé par la société de consommation moderne (il a ressuscité Biff à notre époque pour qu'il écrive sa propre évangile, sa version des faits), amateur de soap et autres conneries télévisuelles. Ne parlons pas des rois mages qui s'apparentent à des gourous et autres mystificateurs. On rit énormément mais on sent que l'auteur n'est pas là pour détruire un mythe mais plutôt pour apporter un éclairage différent. En ce sens, c'est parfaitement réussi avec toujours comme ligne directrice le respect des croyants. Ainsi, à mes yeux, un chrétien peut tout à fait lire L'agneau et garder sa foi intacte.

J'ai littéralement dévoré ce volume. L'écriture est une merveille d'efficacité entre érudition et humour, simple d'accès et rythmée à souhait. On ne s'ennuie jamais et on veut savoir la suite sans vraiment pouvoir relâcher son attention. Prouesse conséquente en soi quand on sait déjà comment l'histoire se termine. Une très bonne et distrayante expérience que je vous convie à tenter au plus vite afin, peut-être, de voir le monde des religions autrement.

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dimanche 15 mai 2011

"Lord of the ringards" d'Henry N. Beard et Douglas C. Kenney

livres_lord_of_the_ringardsL'histoire: Une quête, une guerre, un anneau dont même Wagner ne veut plus entendre parler, un roi sans royaume, un petit héros poilu nommé Fripon prêt – enfin, peut-être un peu forcé par le magicien Grandpaf – à s'embarquer dans une mission unique afin de sauver les Paires du Milieu de l'asservissement par le maléfique Salkon... Tels sont les premiers éléments du plus déjanté de tous les voyages en fantasy qu'aucun être ait jamais entrepris.

La critique de Mr K: Fruit d'un troc, j'ai lu ce volume en quelques heures. Grand amateur du Seigneur des anneaux de Tolkien (une de mes premières lectures), je me suis gondolé pendant toute ma lecture tant Lord of the ringards a été écrit par des amoureux peu révérencieux de l'œuvre originelle. On retrouve la trame générale mais totalement travestie par l'esprit potache des deux auteurs. Ainsi, au début du livre, on retrouve la fameuse carte du monde de La Terre du Milieu qui devient Les Paires du Milieu (sic)... apparaissent ainsi des nomenclatures délirantes comme les régions de Mordom, Tournéobar, Constip (très classe!), Rotan, Les Monts Kiskool, Le Pays des crétins qui marchent à genoux, Les Monts Crémeux... J'en passe tellement il y en a.

Fini les hobbits qui sont remplacés par les Grossbits aussi morfales que les goélands bretons, adeptes des plaisirs simples et salissants (bouffe, bière, vomi, etc...). Gandalf devient Grandpaf magicien raté qui fait apparaître lapins et carrés d'as dans ses manches, Grand-Pas alias Aragorn devient Glande-Pas, héritier du trône aussi maladroit que débile, Sauron devient Salkon, les Nazgûls deviennent les Nazbroks, Gollum se mute en Golmon etc... On est dans le pastiche pur jus tendance Melbrooks et sa "Folle histoire de l'espace". Sûr, c'est pas finaud mais ça fonctionne et on rigole sans discontinuer.

Petit exemple, voici la transposition rigolote correspondant à la révélation faite à Frodon par Gandalf concernant le danger que coure le monde:
[...] La peur envahira bientôt nos terres, sous l'impulsion du terrible Salkon.
- Salkon! S'écria Fripon. Mais il est mort.
- Ne crois pas tout ce que racontent les hérauts, dit gravement Grandpaf. On pensait que Salkon avait été définitivement détruit lors de la bataille de Thamponjex, mais il semblerait qu'on ait pris nos désirs pour des réalités. En fait, lui et ses Neuf Nazbroks se sont échappés, astucieusement déguisés en danseurs acrobatiques gitans. Fuyant par les marais de Golio, ils ont poussé jusqu'à la périphérie du Mordom, où le prix des terrains a chuté comme un faucon paraplégique. Depuis, c'est là qu'ils reconstituent leurs forces.

C'est du même acabit sur plus de 200 pages. Contrairement à ce que j'ai pu lire sur certains compte-rendus de lecture ce n'est pas trop court. Je pense qu'on pourrait se lasser de tout cet étalage délirant. Le format et la longueur sont parfaits pour ce genre de littérature (comment ne pas penser au génial Terry Pratchett voir ici et ). Au détour de quelques pages, on croise même Alice et le lapin blanc, Boucle d'or, le cousin Machin, le père Noël et beaucoup d'autres. Vous saliverez devant des Grouïk-Grouïk Burgers, des Ouah-Ouah Deluxe, les cotelettes de veau panées et commanderez des Orca-Cola. Un ersatz de Tom Bombadillon vous proposera des acides, un agent de péage demandera son dû aux pires créatures de cauchemar, une elfe vierge essaiera de dérober votre anneau en jouant de ses charmes, vous prierez Groupama la déesse elfique des Prêts à Court Terme, vous lirez Les dragons et basilics pour les nuls... tout ici est prétexte à parodies et blagues. Un grand moment de n'importe quoi en quelque sorte!

Bien que profondément ridicule, l'aventure de Fripon et de sa compagnie ne manque pas de panache. On ne compte plus les rebondissements abracadabrantesques, l'écriture très agréable et imagée sert à merveille le genre tout en lui donnant ses lettres de noblesse (le pastiche est généralement sous-estimé). Une bien bonne et rustique lecture qui a détendu les zygomatiques de l'adepte de Tolkien que je suis. Loin d'être du domaine du blasphème (je pense aux fans-intégristes de Tolkien -si si ça existe!-), j'y ai vu une sorte d'hommage bien déjanté! Et puis, contrairement à Peter Jackson dans sa bonne adaptation cinématographique, les auteurs n'ont pas oublié Tom Bombadillon le transformant ici en baba cool des bois (j'en avais rêvé, ils l'ont fait!). Une lecture que je conseille très fortement tant on passe un bon moment au milieu de tous ces zouaves.

Je ne résiste pas à vous livrer un dernier extrait correspondant à l'ouverture des portes noires du Mordor (ici Mordom):
Des drapeaux noirs furent hissés sur les tours noires, et la porte s'ouvrit comme une paire de mâchoires en colère. Elle se mit à dégueuler ses renvois maléfiques. En sortit une armée comme on n'en avait jamais vu.. Des portes surgissaient cent mille Porks enragés qui faisaient tournoyer des chaînes de vélo et des crics, suivis de divisions dégoulinantes de mutants aux yeux exorbités, de zombies débiles, et de loups-garous mal lunés. A leurs côtés marchaient huit vingtaines de griffons fortement armés, trois mille momies marchant au pas de l'oie, et une colonne d'abominables yétis montés sur des motoneiges. Sur leurs flancs martelaient six compagnies de goules écumantes, quatre-vingts vampires desséchés munis de cravates blanches, et le Fantôme de l'Opéra. Au-dessus, le ciel était noir des formes noires de pélicans malveillants, de mouches domestiques de la taille de deux garages, et d'un Golgoth. Un flot d'ennemis aux formes et descriptions diverses coulait encore par le portail, y compris un diplodocus à six pattes, le Monstre du Loch Ness, King Kong, Godzilla, l'Etrange Créature du Lac Noir, le monstre aux 1 000 000 yeux, le Cerveau de la Planète Arous, trois espèces différentes d'insectes géantes, la Chose, Ca, la Femme de Cinquante Pieds et les Profanateurs de Sépultures. Le grand tumulte de leur charge aurait pu réveiller les morts s'ils n'avaient pas déjà formé l'arrière-garde.

Un must, je vous le dis!

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mardi 25 janvier 2011

"CosmoZ" de Claro

9782742793198L'histoire: Ils sont nés en 1900, non dans ce monde mais dans l'imagionaire d'un écrivain, simples personnages d'un roman tout entier voué à la fantaisie: Le Magicien d'Oz. Mais déjà le siècle les convoque, déjà les voilà lâchés dans une réalité qui flirte avec l'apocalypse, exhibés autant que menacés, indésirables orphelins en quête d'un paradis perdu.

Séparément, puis ensemble, Dorothy, jeune femme un peu naïve, Nick Chopper, un mutilé de 14-18, et Oscar Crow, son alter ego sans mémoire, ainsi qu'Elfeba, une aviatrice qui rêve d'écrire dans le ciel et Avram et Eizik, deux nains recherchés par le FBI, vont errer de par l'Europe et les États-Unis jusqu'au bout de l'arc-en-ciel des possibles - l'Histoire les veut freaks, les sait autres, et les nouvelles politiques du pire se liguent pour leur interdire l'accès à la condition humaine.

Réclamés tour à tour par la guerre, les cirques, les asiles et les camps, manipulés par toutes sortes de charlatans, Dorothy et ses compagnons n'auront de cesse de guetter des signes de cet Oz mythique qui les a vus naître, dans l'espoir à la fois fou et saugrenu de devenir, enfin, ce qu'ils sont. Le monde est-il en train de commencer ou de finir? La tornade qui se prépare va-t-elle les sauver ou les détruire?

La critique de Mr K: Et bien, il m'aura donné du fil à retordre ce livre: 15 bons jours pour en venir à bout. Cadeau de Noël de ma chère belle doche, c'est un livre qui se mérite, un livre éprouvant et désarçonnant mais une belle expérience finalement.

Il s'agit d'une variation autour du Magicien d'Oz, équivalent pour les jeunes pousses américaines de nos contes de Perrault: un classique. Claro, auteur, traducteur et blogueur s'amuse ici à détourner l'histoire originelle et à malmener les personnages principaux que sont Dorothy, l'épouvantail, l'homme de fer et le lion. Pour les puristes, rassurez-vous, on retrouve aussi les sorcières de l'est et de l'ouest et le fameux magicien-usurpateur mais aussi la tornade, la ferme du Kansas et la fameuse route de briques jaunes. Il transpose cet univers onyrique dans la brutalité et la violence du XXème siècle, le choc est sidérant et mélancolique à la fois. Ca fait mal et ca fait du bien!

Au début, je me suis dit que j'étais en terrain connu. J'ai vite été déconcerté... Aujourd'hui, une semaine après la fin de la lecture, je n'ai toujours pas tout compris! CosmoZ est d'une lecture complexe car l'auteur passe allègrement du réel à l'imaginaire, du personnage originel à la variation de Claro, on se retrouve même parfois en face de Baum l'auteur du Magicien d'Oz lui-même. Bref, c'est complètement branque et c'est dur à suivre... Difficile dans ces conditions de pouvoir fournir un avis solide même si par définition une critique est subjective donc le reflet d'une personnalité et de ses goûts. Sachez simplement que l'écriture est une merveille d'originalité et d'imagerie nouvelle, forçant le lecteur lambda à la relecture et à une phase de digestion. Oui, je sais, ça fait peur dit ainsi mais CosmoZ fait partie de ces livres qu'il faut mâcher et remâcher pour espérer dénouer les fils de son intrigue et la portée de son histoire.

Un bon livre donc pour public averti tant il s'apparente à un marathon de la lecture. On en ressort cependant heureux quoiqu'harassé, avec le sentiment d'avoir monté l'Everest de littérature SF, Vélum d'Hal Duncan à côté c'est rien! Livre pour les amateurs uniquement...

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