jeudi 9 août 2018

"La Dimension fantastique" volume 3, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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Le contenu : Pauvre diable ! Le voici qui tombe sur un os ! Le simple mortel à qui il est venu proposer son odieux marché n'a pas d'âme... Comment donc pourrait-il s'en emparer ? D'ailleurs, le sac d'âmes qu'il tente d'emporter est si lourd qu'il lui faut trouver l'aide d'un saint homme pour le soulever.
Le diable n'est pas seul à souffrir... Et les dix nouvelles ici réunies proposent bien d'autres sortilèges. Messages d'outre-tombe, statues animées, génies farceurs, masques grimaçants, voyageurs temporels ou manifestations inquiétantes des éléments déchaînés... Bienvenue dans la dimension fantastique !

La critique de Mr K : Je bascule du côté obscure aujourd’hui avec ma chronique sur le troisième volume de l’anthologie de nouvelles fantastiques initiée par Barbara Sadoul chez Librio. Les deux premiers volumes avaient été de franches réussites, j’ai laissé passé un peu de temps avant d’entamer celui-ci. On est dans la même veine et malgré des textes inégaux, on ressort content de sa lecture et les amateurs de fantastique seraient bien inspirés de se pencher sur son cas !

Barbara Sadoul nous propose à nouveau dix nouvelles du genre fantastique avec un balayage assez large en terme de nationalité et d’époque. Ainsi, se côtoient dans ce volume 3 des auteurs très classiques comme Flaubert, Hugo, Dumas et Wilde, mais aussi des plus récents comme Jodorowsky, Bradbury ou encore Brown. Les thématiques sont elles aussi assez variées avec des histoires de monstres, de Diable, d’esprit et de quotidien totalement chaviré par l’irruption d’un événement totalement imprévu. Pas de doute, on est au bon endroit si l’on aime frémir légèrement et/ou être mené par le bout du nez par des auteurs diaboliques.

Je ne reviendrai pas sur chacun des courts textes qui composent ce recueil, je vous laisse découvrir la primeur du contenu. Sachez simplement que le suspens est au rendez-vous, les situations parfois très cocasses ou totalement terrifiantes (le texte de Bradbury est énorme !). Le cahier des charges est respecté à la lettre avec tous les ingrédients qui font la force de ce genre que j’apprécie tant : une normalité exposée de manière claire, un élément déclencheur que l’on ne voit pas forcément venir, des personnages déroutés de leur trajectoire qui commencent à perdre pied et une confluence entre rêve / cauchemar / réalité qui finit par prendre à la gorge les protagonistes et même parfois le lecteur lui-même.

Certes, certains textes sont plus légers, moins percutants mais l’ensemble est cohérent, bien agencé et donne à voir de multiples facettes de ce genre si riche. De manière générale, les textes sont très accessibles (à part un ou deux à l’écriture vieillotte - ce qui ne me dérange pas d’ailleurs -) et font mouche en terme de chute finale. Décidément, cette collection vaut le coup d’œil, avis aux amateurs !

Déjà lus et chroniqués de la même série au Capharnaüm éclairé :
- La Dimension fantastique, volume 1
- La Dimension fantastique, volume 2


mardi 24 juillet 2018

Incartade recyclage !

À l'occasion d'une après-midi soldes pour occuper une journée de mauvais temps (la seule depuis des semaines, yes !), Nelfe et moi nous sommes arrêtés zieuter à la recyclerie de Lorient. L'occasion pour nous de partir en quête de verres à pied que j'ai l'indélicatesse de régulièrement casser et qu'il faut donc renouveler. Nous sommes revenus broucouille à ce niveau là... Par contre, une fois de plus, le rayon livre s'est révélé fourni et quelques titres m'ont fait tellement de charme que je n'ai pas pu résister ! Jugez plutôt...

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- Histoires d'ici et d'ailleurs de Luis Sepulveda. Il m'est tout bonnement impossible de résister à cet auteur et comme ce recueil m'avait échappé jusque là... Sepulveda nous raconte le Chili à travers 25 courts contes, celui de l'après Pinochet que l'auteur redécouvre lors de son retour d'exil. Je m'attends à une belle claque entre humanisme, dénonciation de la dictature et regard naturaliste sur le pays natal.

- Le Riz de Shahnon Ahmad. Dur dur de résister à un ouvrage de chez Babel surtout que celui-ci a très bonne réputation. Chronique familiale sur la paysannerie asiatique, ce roman à valeur presque documentaire selon l'éditeur met le riz au centre de tout et quand les nuages de mauvais augures s'amoncèlent, on fait bloc pour survivre et continuer sa culture. On nous promet un roman haletant et envoûtant, faisant la part belle au cycle de la nature. J'ai bien hâte de m'y mettre !

- L'Heure des fauves d'Andrew Klavan. Voici le plaisir coupable de mon craquage, un roman de la collection Terreur de chez Pocket. L'histoire est bien étrange avec une femme qui disparait du monde au sens littéral, elle existe physiquement mais plus personne ne la connaît. D'ailleurs, il semblerait qu'un double ait pris sa place... Ubiquité ? Assassin ? Victime ? C'est un sacré mystère qui semble entourer l'héroïne. Il me tarde de démêler le vrai du faux.

- Le Soleil de minuit de Pierre Benoît. Récit d'un amour perdu puis retrouvé, je ne connais pas ce court roman d'un auteur que j'ai lu il y a longtemps et que j'ai à chaque fois apprécié (notamment le toujours très bon L'Atlantide). Le héros réussira-t-il dans ce roman à résister à la passion qui l'anime quand il revoit la belle princesse Armide ? Où va-t-il laisser tout tomber (famille, travail) pour succomber à la tentation ? Wait and read.

- La Maison des hommes vivants de Claude Farrère. Auteur méconnu mais talentueux, à cheval sur deux siècles, Claude Farrère a écrit nombre de bons récits fantastiques. Celui-ci est un des plus connus, je n'ai pas raté l'occasion de m'en porter acquéreur. Le  personnage principal navigue entre rêve et réalité, suite à une randonnée en pleine landes où les éléments semblent ligués contre lui, le voila prisonnier d'une étrange demeure où il ne semble plus maître ni de sa vie ni de sa mort ! Bizarre, bizarre... Le résumé vaut la peine de se pencher sur la question, non ?

- Chopin - Valses aux éditions Choudens. Vous n'êtes pas sans savoir que ma très chère Nelfe est pianiste depuis son plus jeune âge, quel ne fut pas son bonheur de tomber sur ces partitions d'un de ses compositeur préférés ! Bon, certains morceaux font doublon avec d'autres partoches déjà en sa possession mais voici une belle édition qui va venir enrichir sa petite collection !

Petit craquage donc mais de belles promesses dans les lectures à venir. J'aime aider au recyclage et cela donne bonne conscience... du moins si on ne regarde pas trop sa PAL qui grandit inexorablement !

samedi 16 juin 2018

"La plus jeune des frères Crimson" de Thierry Covolo

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L'histoire : Sam traverse les États-Unis pour retrouver son "super" pote Billy et finit sur le toit d’un château d’eau. Sally tombe en panne en pleine nuit sur une route déserte alors que la police traque un Petit Poucet qui sème les cadavres comme d’autres des cailloux. Tom rattrape sa fournée gâchée de cookies avant l’arrivée de Carrie dont il est amoureux depuis l’adolescence et qui tapine à Vegas...

Tout ça, bien sûr, c’est rien que des histoires. Et si rien ne s’y passe comme prévu, c’est parce que si elles ne surprenaient pas l’auteur il n’aurait aucun plaisir à se les raconter.

La critique de Mr K : Avec La plus jeune des frères Crimson de Thierry Covolo, j’ai découvert une nouvelle maison d’édition : Quadrature. D’origine belge, elle propose uniquement des recueils de nouvelles et s'est donnée pour mission de faire aimer ce format plutôt mal-aimé en France malgré souvent un sens de la narration diabolique accentué par la nécessité d'une économie de mots. Direction les USA avec cet auteur lyonnais publié essentiellement dans des revues auparavant, passionné de littérature américaine, cela se ressent fortement lors des dix nouvelles qui composent cet ouvrage.

Tour à tour, on fait connaissance avec des personnages incarnant l'Amérique, la poursuite d'un rêve, d'une espérance. Ainsi un homme recherche à travers le pays un vieil ami, une femme tombe en panne au milieu de nul part et se fait embarquer par un mec louche et lourdingue, une autre personne se rappelle d'une personne disparue dont il était très proche, une jeune femme négocie son pucelage pour échapper à un mariage forcé, trois frères fomentent un plan pour pénétrer dans l'appartement d'une vieille femme, un barman amoureux transi d'une prostituée lui concocte des cookies, un homme coincé dans le trou du cul des USA rencontre une jeune femme qui porte des bottes trop grandes, un convoyeur d'appelés pour le combat voit son destin contrarié par un événement imprévu, un musicien noir tente de se faire une place au soleil dans l'Amérique des années 30 et la nouvelle éponyme traite elle de l'amour fraternel et de mythomanie exacerbée...

Voici donc dix nouvelles bien différentes dans leur traitement mais dont le fond les rapproche et donne à voir un certain visage de l'Amérique plus ou moins contemporaine. Elles explorent nombre de thématiques comme la famille, la culpabilité, l'existence et le sens qu'on doit lui donner. En sous-texte, le rêve américain que l'on réalise ou non. La plupart des protagonistes sont embourbés dans leur vie, certains s'en contentent, vivotant au jour le jour. Mais un éclair fugace, un maigre espoir de renouveau croise leur route modifiant quelques peu leur routine et laissant apercevoir des perspectives. D'autres font face à un grain de sable dans leur existence bien huilée et vont devoir se frotter à l'imprévu, le stress voire l'échec total. Sous leur aspect simple, ces nouvelles font leur petit effet avec parfois des rebondissements bien vus, surprenants même.

On s'inscrit ici dans la pure tradition US, c'est étonnant quand on sait que l'auteur est lyonnais. Il retranscrit à merveille l'ambiance, le pays et les mœurs sans tomber dans le cliché systématique (je ne me lasse pas des scènes dans les motels, les restaurants de bord de route, la vie dans la campagne profonde US notamment). C'est bien simple, parfois on a l'impression d'être dans un recueil de l'excellent collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel avec une immersion bluffante et des textes courts qui accrochent immédiatement le lecteur. Le style concis, direct et profond donne une profondeur, une sensibilité de tous les instants envers les destins qui nous sont livrés et qui nous touchent durablement.

Le temps s'écoule lentement, prolongeant le plaisir jusqu'à tard dans la nuit. Le bonheur de lire est ici durable, prenant et sans relâchement possible tant on est captivé et curieux d'en savoir davantage. De plus, on ne sait pas vraiment sur quel pied danser, l'auteur aimant chauffer le chaud et le froid, le ton pouvant osciller d'un drame pur à des scénettes quasi comiques. On passe donc par différents états tout au long de la lecture avec à chaque dénouement une micro surprise ou une situation finale qui vous tétanise et provoque la réflexion. Je ne peux que vous conseiller de tenter l'aventure si le genre vous plait car ce recueil est une véritable pépite dans son domaine.

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lundi 21 mai 2018

"Persistance de la vision" de John Varley

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L’histoire : Être homme ou femme, quelle importance quand on peut changer de sexe à volonté ? Être jeune ou vieux, beau ou laid, où est le problème quand l’ingénierie génétique vous rapetisse ou vous rallonge, vous greffe un œil ou un poumon aussi facilement que vous rafistolez votre mobylette ? Et la mort direz-vous ? Eh bien, vous la saluerez d’un pied de nez puisque votre banque a stocké vos gènes et vous fabriquera un clone si vous succombez à un accident ! À condition évidemment, que vous ne restiez pas coincé dans l’ordinateur...

La critique de Mr K : Retour à la SF aujourd’hui avec une chronique concernant un recueil de quatre nouvelles de John Varley : Persistance de la vision date de 1978. Je l’ai dégoté lors d’un chinage de plus chez notre abbé préféré, ne demandant qu’à être embarqué : couverture fascinante, quatrième de couverture intrigante et une réputation flatteuse de l’auteur m’ont convaincu de l’adopter et de lui faire rejoindre ma PAL dont il est d’ailleurs sorti très vite ! Force est de constater que malgré ses quarante ans d’âge, cet ouvrage a gardé toute sa force évocatrice et interroge toujours autant sur notre nature profonde et la course à la technologie.

Dans le chaudron, la nouvelle qui ouvre le recueil nous propose de suivre le sillage de Kiku, un géologue amateur de Mars qui décide de prendre des vacances sur Vénus pour assouvir sa passion et donner du peps à son existence devenue aseptisée. Dans ce futur lointain, les êtres humains ont une longévité accrue, il a soixante-treize ans mais en paraît trente grâce à la technologie médicale qui permet de remplacer n’importe quel organe ou partie du corps en un temps trois mouvements, du moins si l’on est assez fortuné pour cela. Sur Vénus, il va rencontrer une jeune femme étrange qui va s’improviser guide et le sensibiliser malgré lui à des aspects méconnus de sa personnalité et de sa vie. On vire, vous l’avez compris, dans le voyage initiatique, la prise de conscience de soi et l’ouverture à l’autre. Un pur plaisir de lecture qui fait la part belle à l’humanisme et le retour à la simplicité des choses.

La nouvelle suivante qui s’intitule Dansez, chantez voit un homme et son symbiose doué de raison aborder une base spatiale où ils vont vendre un morceau de musique de leur composition. Très étrange, il faut s’accrocher lors de cette lecture qui sort des sentiers battus car l’auteur aime à faire se chevaucher les points de vue et l’on s’égare facilement. On se rend finalement vite compte que l’intérêt réside dans le dialogue avec l’habitante principale de la station (la bien nommée Xylophone -sic-) qui symbolise l’humanité perdue du héros qui n’éprouve plus le monde que grâce au symbiose qui l’enveloppe, coexiste avec lui et lui fournit des sensations pré-calculées. Clairement, cette nouvelle fait froid dans le dos et propose une vision très pessimiste de l’humain qui se déshumanise irrémédiablement, confiant ses sentiments et ressentis à une entité étrangère. Très très dérangeant.

Trou de mémoire reste dans le domaine de la réflexion sur l’humain et son âme. Dans cette nouvelle, le héros transfère son esprit dans un animal pour goûter à la vie sauvage le temps de quelques heures, son corps étant conservé bien au chaud en attendant. Malheureusement pour lui, la société concernée l’a égaré et nous suivons donc l’esprit du patient en perdition dans un bloc mémoriel informatisé. Visions délirantes, angoisses prégnantes et plans sur la comète l’assaillent et nous suivons bouche bée un voyage intérieur vraiment tripant. Désarçonnant mais compréhensible, ce récit m’a vraiment séduit par les thématiques qu’il aborde et que l’on peut facilement transposer à soi, comme si cette expérience malheureuse avait le don de révéler au héros malheureux les priorités à suivre dans une vie humaine. Un petit bijou bien psychédélique et en même temps fort éclairant.

Le recueil se termine avec Les yeux de la nuit, récit un peu plus long que l’on pourrait apparenter à un croisement bien strange entre Sur la route de Kerouac et Les portes de la perception d’Huxley (deux classiques cela va sans dire !). Seul récit se déroulant au XXème siècle mais dans une dystopie où le monde est en bien piteux état avec des crises économiques à répétition, des accidents nucléaires notamment ; le héros décide de partir vers la Californie, toujours plus loin vers l’ouest. Il cumule les expériences jusqu’à sa découverte d’une communauté de sourds, aveugles et muets à laquelle il va s’attacher et se mêler. Il va y faire de nombreuses expériences et notamment y apprendre un langage unique basé sur le corps. Découverte de l’autre, communautarisme bienveillant et pacifique, unité totale du groupe et effacement de l’individu l’amènent à penser autrement, à sortir des carcans dans lesquels il s’enfermait. Poésie, sensualité et tendresse sont au RDV d’une nouvelle différente des autres sur laquelle souffle une étrangeté bienvenue qui donne à voir une forme d’utopie tout droit sortie des seventies.

Au final, ce fut une lecture vraiment différente de ce que je peux lire d’habitude en SF. Réflexive, tordue, poétique, prospective, le voyage est vraiment séduisant, alterne moment barrés et passages plus paisibles avec au centre des préoccupations la notion d’humanité, de progrès scientifique périlleux et de partage. C’est à la fois beau, troublant et cela provoque de nombreuses réflexions pour le lecteur curieux d’en apprendre plus et de partir loin, très loin au détour de textes marquants et que l’on parcourt avec un plaisir renouvelé. Une belle expérience que je vous invite à tenter si vous êtes amateur d’une SF différente.

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samedi 24 février 2018

"Retourner à la mer" de Raphaël Haroche

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L’histoire : Un colosse, vigile dans les salles de concert, et une strip-teaseuse, au ventre couturé de cicatrices, partagent une histoire d'amour. L'employé d'un abattoir sauve un veau de la mort et le laisse seul dans l'usine fermée pour le week-end. À sa sortie de l'hôpital, un homme part se reposer dans le sud avec sa veille maman. Trois adolescents livrés à eux-mêmes entendent un bruit inconnu qui pourrait bien être celui de la fin du monde.

Tous ces personnages prennent vie en quelques phrases, suivent leur pente et se consument. Il suffit d'un contact, peau contre peau, d'un regard, d'une caresse, pour racheter l'humanité.

La critique de Mr K : Chronique d’un beau cadeau de Noël aujourd’hui avec Retourner à la mer de Raphaël Haroche. Nelfe m’a gâté avec ce recueil de nouvelles à la fois poétiques, profondes et pleines d’humanité. Je connaissais Raphaël artiste-compositeur (albums plutôt inégaux à mes yeux), j’ai découvert un auteur talentueux qui peint avec brio le quotidien des gens et leur appréhension de la vie.

Treize récits composent ce recueil, treize histoires qui font la part belle à des êtres malmenés par la vie. Ce sont donc des êtres très différents que nous convie à découvrir Raphaël Haroche : un employé d’abattoir qui veut sauver un veau pour l’offrir à sa fille à son anniversaire; un agent de sécurité qui vit une histoire d’amour avec une strip-teaseuse recousue de partout ; un père alcoolique qui part en vacances avec son jeune fils dont il a pour la première fois la garde ; un couple se déchirant lors d’un séjour en vacances ; la mort d’un frère et comment la surmonter ; un enfant terrifié par une présence malfaisante le long du parcours pour aller à l’école ; trois jeunes assistant, ou croyant assister, à une catastrophe aérienne ; un homme voyant son vœu le plus cher se réaliser en passant une soirée avec la plus belle femme du monde ; deux petits vieux se faisant la malle de leur maison de retraite pour en finir définitivement ; un poème sur la mort d’un ami ; un homme n’arrivant pas à dormir et exprimant toute la mélancolie de son existence ; un clochard qui survit comme il peut et qui va accéder à sa manière à la sainteté et enfin, l’ultime nouvelle éponyme qui voit un homme partir avec sa mère au bord de mer. Autant de trajectoires différentes que l’auteur expose avec concision et efficacité, règles d’or de la nouvelle.

Difficile d’exprimer complètement et avec justesse ce que l’on peut ressentir en lisant cet ouvrage. Il m’a beaucoup plu par son approche simple et humaniste. On colle ici au plus près des êtres humains, on rentre dans leur galaxie mentale et sensorielle. L’empathie fonctionne à plein tant on ressent profondément les situations qui nous sont exposées et qui parfois peuvent se rapprocher de notre propre vécu ou celui de personnes que l’on connaît. Les thématiques sont universelles entre le deuil et la difficulté à le surmonter, l’angoisse d’une existence vide de sens, les expériences de jeunesse qui ne sont pas toujours judicieuses, le choix nécessaire à faire parfois entre la raison et le désir, l’incompréhension et les quiproquos qui naissent souvent des rapports humains avec un impact particulièrement détonant quand ils se produisent au sein de la cellule familiale, la planète Terre que l’on exploite sans vergogne, l’émergence du monde dominé par l’argent-roi et le tout individualisme... Cet ouvrage m’a littéralement "parlé". Tour à tour il m’a profondément ému, fait sourire, réfléchir et surtout m’a emporté très très loin.

À l’image des chansons de Raphaël, cet ouvrage ne nage pas dans l’optimisme à tout crin, c’est même plutôt l’inverse avec un aspect désespéré, très mélancolique des destinées qui sont partagées par l’auteur. Il y a une forme de spleen, de romantisme qui flotte sur ces pages avec une exacerbation des sentiments, de la nature et de l’introspection. Chaque être humain est un corps et un esprit, et même si certains protagonistes sont limités d’une manière ou d’une autre, ils pensent, se pensent surtout et se retrouvent souvent bien désarmés face à leur situation présente qui ne correspond pas toujours aux rêves qu’ils poursuivaient au départ. Très bien mené, chaque récit, qu’il soit ultra-court (2 pages) ou un peu plus long (25 pages maximum), amène sa pierre à l’édifice de la construction de soi et la richesse d’une vie humaine qui n’est faite que de choix et d’évolution. Le pari est largement gagné sur cet aspect là dans ce recueil qui est un beau miroir de la condition humaine et des souffrances qu’elle engendre.

Le charme de la langue de Raphaël Haroche a agi dès les premières lignes avec son phrasé si particulier qui sous une apparente simplicité cache des merveilles de densité, de poésie du quotidien et de significations diverses. L’étrange, le tragique, le banal et l’extraordinaire se mêlent pour nous offrir des textes d'une beauté à fleur de mots et qui donnent à voir une humanité certes imparfaite mais souvent attachante. Un petit bijou que cet ouvrage qui ne ressemble à aucun autre et qui m’a totalement bluffé. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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jeudi 18 janvier 2018

"Main courante et Autres lieux" de Didier Daeninckx

61aq9IThF1LL’histoire : La main courante est ce registre sur lequel, dans les commissariats de police, on inscrit brièvement les incidents enregistrés heure par heure, comme une mémoire quotidienne de tragédies minuscules. Et les lieux, chargés d'histoires, deviennent les métaphores des drames qu'ils abritent parce que ceux-ci s'y ancrent au point d'en être indissociables. On passe du lieu au lieu commun du fait divers.

La critique de Mr K : Didier Daeninckx fait partie à mes yeux de ces auteurs incontournables qu’il faut avoir lu au moins une fois. À la fois orfèvre de l’écriture, redoutable tisseur de trames alambiquées et artiste engagé ; j’ai pris de sacrées claques en le lisant notamment avec Cannibale qui pour moi est son chef d’œuvre ou encore Meurtres pour mémoire, un classique du polar. Cet ouvrage regroupe deux séries de nouvelles : Main courante et Autres lieux. Pour la première fois, j’allais pouvoir expérimenter Daeninckx en version "courte" et, même si je connaissais déjà quelques unes de ces nouvelles pour les avoir vues et analysées avec mes mômes de LP, ce fut l’occasion d’aller plus loin dans l’exploration de son œuvre. Globalement satisfait, il me reste cependant un goût mitigé en bouche, la faute à une certaine hétérogénéité dans la teneur des textes ici proposés.

Ces 28 récits partent bien souvent de faits quotidiens banals qui basculent dans le drame au détour d’un coup de sang ou d’un aléa du destin. Meurtres, paupérisation, alcoolisme, passé qui ressurgit, jalousie, bêtise humaine, aliénation de l’individu par la broyeuse sociétale, société du spectacle, le règne de l’apparence, individualisme forcené et toute une grande variété de facteurs font que les vies ou fragments d’existences soumis au lecteur basculent un jour sans prévenir et sans espoir de retour en arrière. Ce mix très large conduit ces nouvelles en des terres bien souvent sombres où la chute est souvent fatale ou du moins bouleversante avec son lot de révélations fracassantes.

On retrouve bien souvent dans ce livre la maestria de Daeninckx à conduire un récit. La nouvelle a cela de difficile qu’il faut en un minimum de mots planter un décor, des personnages et proposer un scénario simple et à la fois exigeant. Le pari est réussi pour une bonne moitié des textes qui tour à tour interpellent, dérangent, amusent et donnent parfois à réfléchir. On connaît le goût de l’auteur pour l’Histoire qui rencontre les destins individuels (voir titres cités plus haut), on est gâté avec ce volume où l’on retrouve à certains moment des références nettes à la France-Afrique, Madagascar ou encore la Seconde Guerre mondiale qui sont évoqués à plusieurs reprises. Avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs, certaines références servant plus de prétexte qu’autre chose et n’apportant finalement pas grand intérêt à certains récits. Clairement plusieurs m’ont déçu, voir ennuyé car finalement derrière l’ambition affichée se terraient des récits plutôt classiques et tombant à plat. J’ai donc été quelque peu déçu m’attendant à être épaté par chaque histoire...

Pour autant, le plaisir a été intense sur certaines nouvelles, la verve militante de Daeninckx fonctionnant à plein régime : antiraciste, anarchiste à ses heures perdues, militant du progrès et de la lutte contre les inégalités, beaucoup de textes critiquent de manière acerbe et très bien troussée notre société, et bien que la plupart des récits datent de plusieurs décennies, ils restent malheureusement d’actualité. Pas des plus optimistes me direz-vous mais clairement notre monde ne donne pas vraiment dans ce domaine ces derniers temps... L’humour noir est bien souvent de mise ici mettant en lumière les injustices de ce monde et le dénuement de l’individu face à des forces qui le dépassent (le pouvoir, les forces de l’ordre, la connerie humaine principalement). Certaines nouvelles sont réellement poignantes et vous marqueront dans votre chair si vous entreprenez ce voyage au cœur de l’humain et des sociétés qu’il a engendré.

Bien que ce ne soit pas le meilleur de Daeninckx car inégal à mes yeux, ce recueil vaut tout de même le détour par quelques fulgurances bien senties et des nouvelles qui entrent dans le panthéon du genre. Le style reste toujours aussi juste et incisif, mêlant cynisme et rythme maîtrisé. Et bien que certaines nouvelles usent d’effets de manche plutôt artificiels et sans réel effet sur moi, la majorité des textes vous prendra aux tripes et laissera un souvenir vivace dans l’esprit du lecteur. À tenter si vous le désirez même si je vous conseillerais plutôt, si vous débutez avec lui, ses œuvres plus longues où l’auteur démontre toute l’étendue de son talent.

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vendredi 15 décembre 2017

"Histoires de voyages dans le temps" Anthologie

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Le contenu : Voyager dans l’avenir, c’est prévoir ce qui va se produire, le prévenir si c’est un malheur, le mettre à profit si c’est un avantage ; voyager dans le passé, c’est retrouver la saveur des souvenirs heureux et rectifier les erreurs, les échecs, les coups du sort déjà révolus. Tout cela est fort beau, à condition de ne pas revenir au point de départ pour jouir en paix du fruit de l’entreprise ; mais, dans la quasi-totalité des récits, il y a le retour...

La critique de Mr K : C’est le hasard qui avait une fois de plus mis sur ma route cet ouvrage lors d’un passage chez l’abbé. Histoires de voyages dans le temps est le dixième volume de la grande anthologie de la SF parue dans les années 70 chez Le livre de poche, le présent ouvrage réuni 19 nouvelles plus ou moins longues mais ayant en commun d’explorer le thème à travers des auteurs anglais et américains qui ont renouvelé le genre après des débuts fracassants sur le vieux continent. On alterne entre signatures célèbres et plumes plus méconnues, mais le plaisir lui a été quasiment au RDV de chaque texte. Au final, j’ai passé un très agréable moment, teinté d’un esprit vintage qui n’est pas pour me déplaire.

Le but de l’éditeur à l’époque n’est pas d’être exhaustif et d’accumuler les textes cultes, c’est une sorte de guide du voyage dans le temps à travers des textes choisis par leur impact thématique, le style parfois étrange et l’impression durable qu’ils peuvent imprimer dans l’esprit du lecteur. Après une préface bien sentie plantant le décor et surtout les grands principes régissant le thème retenu, on peut entamer la lecture des récits en eux-mêmes, chacun se voyant doté d’une mini-introduction justifiant fort à propos et souvent avec humour le choix fait par l’éditeur. Une certaine progression a été donc donnée à ce recueil, ce qui permet au lecteur confirmé ou aux newbies de se sentir accompagnés tout au long de leur lecture. C’est nickel pour le confort du lecteur et donne une cohésion bienvenue à ce regroupement de textes qui nous emmène loin, très loin dans les abîmes du temps et de l’esprit humain.

Tour à tour, nous passons d’époques différentes à des personnages très variés avec des scénarios très souvent imprévisibles qui feront la joie des amateurs d’uchronie, de circuits fermés, de fatum implacable et de chaînes évolutives changeantes. Ainsi un voyageur temporel provoque un krach boursier, un individu rencontre son double de 30 ans son aîné, un gamin passe dans une autre dimension temporelle lors d’un cours rébarbatif, on suit les pérégrinations d’éclaireurs des temps futurs, une patrouille temporelle spécialisée dans la réparation d’accidents liés aux voyages dans le temps, un homme sort du travail et ne retrouve plus sa voiture à cause d’un glissement temporel, un homme voyage dans le temps à travers le corps d’un de ses aïeuls, un autre a des hallucinations le menant dans un monde parallèle, dans une autre nouvelle le temps peut devenir une arme redoutable lors d’un conflit interstellaire, la création artistique n’est pas en reste dans un récit où l’on se demande bien qui est réellement un peintre reconnu et adulé... Bien d’autres histoires étranges mais édifiantes nous sont proposées dans ce volume qui joue sur la forme mais aussi la longueur avec des nouvelles oscillant entre 5 et 70 pages !

Au cœur de ces textes : le temps, ses méandres et les imbroglios qui peuvent résulter de l’apparition d’un être explorant une époque autre que la sienne. L’avenir et le passé se partagent la vedette avec une confrontation avec des voyageurs conscients ou alors totalement dépassés par le phénomène qu’ils vivent. Les personnages principaux sont donc très variés, approchés de multiples façons par des auteurs vraiment épris de leur sujet. On retrouve des classiques comme Poul Anderson ou encore Richard Matheson mais aussi des seconds couteaux bien affûtés qui donnent libre cours à une imagination débridée, mâtinée d’un certain classicisme dans l’écriture et la manière d’exposer les situations. Il souffle donc un charme nostalgique sur ces pages, celui de l’âge d’or de la SF outre-atlantique (et outre-manche aussi), époque bénie des dieux qui prend la relève d’une Europe plus tournée vers la littérature contemporaine loin des genres transfictionnels. Le genre a un succès monstre à l’époque en Amérique, où toute une génération va être bercée par les écrits d’auteurs prestigieux dont K. Dick, Silverberg et autres Asimov.

Le plaisir est renouvelé à chaque nouvelle écriture, chaque nouvelle histoire. Faisant la part belle aux expériences inconnues, aux paradoxes temporels et aux conséquences d’une intervention extra-temporelle, les auteurs s’amusent beaucoup avec nos nerfs et l’on est bien souvent surpris par le chemin pris par des récits parfois tortueux (souvent métaphoriques). Le temps et ses circonvolutions ont moins de mystères après cette lecture mais l’humain aussi. Car derrière tout acte de transgression temporel ou décision prise se cache un esprit, un simple esprit humain avec ses aspirations mais aussi ses contradiction et ses désirs. C’est souvent de là d’ailleurs que le grain de sable apparaît et déconstruit un équilibre ou une ligne de vie réglée comme du papier à musique. La part distrayante ne cède en rien donc à l’intelligence des récits et leur portée dépassant le simple récit nébuleux et purement fictif.

C’est un ouvrage à découvrir absolument si la thématique vous intéresse. Les textes sont très différents, quelques uns m’ont paru un peu plus faibles mais c’est avant tout histoire de goût et le genre anthologique ne peut échapper à cet aspect de la lecture et du ressenti du public. Tous les auteurs sont des écrivains de talent mais les styles divergent et séduiront un panel de lecteurs vaste mais peut-être pas de manière exhaustive sur l’ensemble du recueil. Pour ma part, la lecture fut très instructive, parfois dérangeante, inspirante et toujours source d'évasion. Les amateurs seront comblés de ce petit voyage dans la quatrième dimension et ses lois. Une sacrée bonne lecture !

samedi 30 septembre 2017

"Conan" de Robert E. Howard

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L’histoire : "C’est alors que vint Conan le Cimmérien – cheveux noirs, regard sombre, épée au poing, un voleur, un pillard, un tueur aux accès de mélancolie tout aussi démesurés que ses joies – pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre." Les chroniques némédiennes

La critique de Mr K : C’est à l’occasion du Motocultor festival que je me décidai à me relancer dans un re-reading d’un ouvrage culte de fantasy : Conan de Robert E. Howard. Ça me semblait être le lieu idéal pour retourner en Aquilonie et suivre les aventures de ce barbare ultra-célèbre qui fit mon bonheur plus jeune entre lecture de l’ouvrage, BD pleines d’action et un film mémorable avec un futur gouverneur de Californie dans le rôle titre. Presque trente ans après, le bonheur de lecture est intact et j’ai redécouvert au passage la richesse de la langue de l’auteur qui est considéré à raison comme un pilier du genre.

Avant même la lecture des nouvelles en elles-mêmes (7 courts textes composent ce recueil), une judicieuse préface nous présente l’auteur et son apport à la littérature. C’est ainsi que j’ai appris que Howard fut au départ un enfant doué intellectuellement, timide et du coup (comme c’est encore trop souvent le cas) régulièrement malmené par les autres. En réaction, il devint un fanatique de sport et de culture physique, devenant même un temps boxeur. La peur changea de camp ! C’est après qu’il commença à entreprendre une carrière liée à l’écriture avec Conan mais aussi Solomon Kane. Malgré une réussite qui lui tend les bras, il finira par se donner la mort à l’annonce du décès prochain de sa mère dont il était très proche. Bien qu’indépendante de l’œuvre elle-même, je trouve que sa vie a été passionnante et éclaire quelque peu la teneur de ses ouvrages et notamment la raison d’être de ce cimmérien à la force brute et au cœur chaud.

Dans ces sept nouvelles, nous suivons donc Conan, un jeune barbare cimmérien qui trace sa route et son destin à travers les différents empires et royaumes de l’âge hyperboréen. Le jeune fuyard de la première nouvelle aux prises avec une horde de loup et une momie ressuscitée se transformera au fil des récits en voleur expérimenté puis en mercenaire / guerrier que l’on recherche ardemment en ces temps troublés. Les différentes nouvelles le mettent aux prises avec de vils magiciens, des créatures venues d’autres plans d’existence et du tréfonds des ténèbres. Chaque récit est l’occasion d’un voyage en terre étrangère avec la rencontre d’autres peuples et souvent le déclenchement d’une quête ardue qui mettra à rude épreuve notre barbare de héros.

Le personnage principal n’a rien perdu de son charisme malgré les années et le temps qui passe. On retrouve ce charme animal et sauvage qui font littéralement décoller le lecteur durant sa lecture. Impressionnant de force, les actes herculéens sont légions durant ces pages, le monde décrit est rude et Conan peut compter sur son physique hors norme pour se tirer des situations délicates où l’emmène un auteur assez sadique à son endroit. Loin d’être seulement un monolithe de force brute, Conan est plus malin qu’il n'en a l’air et se révèle parfois même faillible. Il n’est pas rare en effet que la peur l’envahisse lorsqu’il se retrouve face au surnaturel ou la magie, phénomènes que les cimmériens abhorrent. Bon, il reste malgré tout un bon gros barbare bourrin mais cette faiblesse ajoutée à son empathie envers certains personnages et les jeunes filles en détresse rajoute un caractère plus humain à ce géant qui s’apparente à une machine de guerre impitoyable.

Très branché action, le tempo est mené tambour battant. C’est la marque de fabrique de Howard dans sa façon de narrer et décrire les histoires qu’il propose. Le genre de la nouvelle est d’ailleurs exigeant dans le genre, il faut savoir planter rapidement et efficacement un lieu, un temps et une intrigue. Les textes présentés ici sont des modèles du genre avec à chaque fois des récits bien ficelés, jamais redondants ni bâclés. Malgré le peu de descriptions (je suis un aficionados du style de Tolkien d’où cette légère frustration), on est immergé immédiatement en ces temps sombres et on s’émerveille devant les lieux où se déroulent les histoires : des villes luxuriantes aux tripots les plus malfamés, des cryptes les plus darks aux forêts les plus mystérieuses, on voyage beaucoup et l’on côtoie divers dangers bien flippants. Et puis, les scènes d’action pures sont d’une rare efficacité et donnent à voir un spectacle total, sans fioritures où la crudité se mêle à la virtuosité. Un pur bonheur de lecture qui passe très vite sans que l’on s’en rende compte.

Force est de constater que depuis les années 30, Conan reste la pièce maîtresse du genre Sword and sorcery et qu’il est indéboulonnable en terme de référence ultime. Sous ces apparences de simple roman d’aventure et d‘action se cache une expérience littéraire toujours aussi délectable qui fait la part belle aux exploits et au dépaysement. Un classique parmi les classiques !

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lundi 25 septembre 2017

"Courir au clair de lune avec un chien volé" de Callan Wink

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Le contenu : Toutes les nouvelles réunies dans ce recueil se passent dans le Montana ou le Wyoming. Plus qu'un décor, l'Ouest américain, la Nature et les grands espaces prennent vie dans ces récits, et les hommes que Callan Wink met en scène dans son univers si riche et singulier sont seuls de bien des façons ; pourtant, ça ne les empêche pas d'être drôles, courageux ou insoumis.

On rencontre ainsi un ouvrier du bâtiment poursuivi par deux types un peu louches qu'on appelle Charlie Chaplin et Montana Bob, à qui il a volé leur chien ; un homme marié qui entretient une liaison avec une Indienne alors que sa femme se bat contre un cancer du sein ; ou encore un jeune homme amoureux d'une femme bien plus âgée que lui.

La critique de Mr K : La collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel frappe un grand coup avec la parution pour la rentrée littéraire de ce recueil de nouvelles d'un jeune auteur US plus que prometteur, Courir au clair de lune avec un chien volé. Cette lecture s'est révélée extraordinaire dans son genre tant on touche à l’émotion à l’état pure et une forme de naturalisme moderne à la sauce américaine qui prend aux tripes et fait réfléchir longtemps après la lecture.

Liberté et/ou responsabilité sont les deux termes annoncés en quatrième de couverture et qui résument assez bien les morceaux d’existences qui nous sont livrées à travers neuf nouvelles. Collant au plus près de ses personnages, Callan Wink nous invite à partager des vies bien différentes mais qui finalement se rejoignent autour de l’idée de construire sa vie, mais aussi de ces moments d’échappée que l’on décide ou non de prendre par rapport à la réalité ou à sa situation.

On croise ainsi un adolescent exterminateur de chats (mon Dieu moi qui adore ces petites bêtes…) partagé entre ses deux parents qui se déchirent et qui essaie de se faire sa place, un couple illégitime à la différence d’âge importante, un homme courant nu dans la nuit poursuivi par les propriétaires du chien qu’il a embarqué, un homme marié qui trompe sa femme cancéreuse durant ses périodes de travail loin de chez lui, un professeur un peu paumé qui décide de partir à la campagne pour faire un break avec son existence qui ne l’épanouit plus, un homme rongé par le remord suite à la mort d’ouvriers travaillant pour lui, la vie d’une famille pendant que le fils aîné purge deux ans de prison pour homicide involontaire lors d’une altercation alcoolisée, les souvenirs filés d’un père et son fils et enfin, la dernière nouvelle (la plus bouleversante, la plus belle à mes yeux) qui suit Lauren une veuve qui se débat avec sa vie et ses souvenirs.

Seulement 33 ans et déjà l’auteur, Callan Wink, fait montre d’un talent d’orfèvre pour capter les cœurs et les esprits. Ses nouvelles dissèquent avec douceur, franchise et vérité l’âme humaine. Magnifiant le quotidien et ses personnages, il donne à voir une humanité versatile, riche et complexe. C’est aussi des personnages qui évoluent énormément, réfléchissent beaucoup à leur vie, leur destin. Sans chichis, sans pédanterie mais avec une simplicité et une poésie des mots, ces hommes, ces femmes se découvrent, souffrent, rebondissent, tombent, se relèvent et prennent conscience à leur manière de la condition qui est la nôtre. Loin des strass et des paillettes, on gagne beaucoup à rencontrer et explorer ses existences à l’apparence simple et sans reliefs mais qui au final dégagent une humanité brute et pure.

On passe donc par nombre de sentiments lors de cette lecture. L’auteur aime éprouver ses personnages et par là même ses lecteurs. Chaque récit se lit, se dénoue et s’ingère avec une facilité déconcertante. On passe constamment de la routine à la surprise, laissant parfois en suspens des situations que le lecteur essaiera à son tour de démêler par son imagination. C’est une des marques de fabrique des nouvelles US contemporaines, le style volontiers contemplatif par moment peut s’accélérer et fournir des émotions fortes sans pour autant partir dans les effets de manche. La vie en elle-même est parfois un miracle ou une épreuve, ces nouvelles en sont les meilleurs exemples. Vous y croiserez des victimes et des bourreaux, des abîmés de la vie, d’autres que la vie semble avoir comblés : bonheur, malheur, cruauté, altruisme et pléthore de sentiments et réactions humaines se mêlent pour habiter longtemps un lecteur prisonnier d’une œuvre magistralement maîtrisée. C’est aussi de très beaux passages sur les rapports humains dont la filiation, l’amour marital et le rapport difficile à l’autre avec les dysfonctionnements qui peuvent apparaître au fil d’une vie. Vraiment tripant dans son genre, la cible est atteinte à chaque fois.

Et puis, il y a les décors, l’espace américain : l’auteur aime le Montana où il réside désormais (il est aussi guide de pêche à la mouche et a partagé plusieurs parties de pêche avec un certain Jim Harrisson, excusez du peu !) et il le lui rend bien à travers des tableaux magnifiques où le moindre bruissement de vent, le murmure de l’eau ou la faune en effervescence prennent une part importante dans le récit. Sans compter aussi au détour de certaines nouvelles, l'imposition d'un regard sensible sur les sociétés humaines avec notamment de très belles évocations des traditions indiennes ou de scènes familiales loin des clichés véhiculés dans les séries et films américain standardisés. Poésie et sensibilité accompagnent tous les éléments constitutifs de ces nouvelles qui touchent au coeur de manière mesurée, juste et intemporelle.

D’approche aisée et plaisante, l’écriture est ici en apparence simple et directe mais elle cache une générosité et une justesse de tous les instants. Une nouvelle terminée, on est immédiatement conquis par la suivante et l’ensemble dégage une cohérence, une force peu commune et au final ces historiettes peuplent notre esprit bien des jours après avoir refermé cet ouvrage. Une lecture formidable et émouvante qui me hérisse encore les poils du dos au moment où j’écris ces lignes. Un must dans le genre, incontournable pour les amateurs mais aussi pour les autres.

lundi 18 septembre 2017

"La Vengeance du pardon" d'Eric-Emmanuel Schmitt

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L’histoire : Quatre destins, quatre histoire où l’auteur, avec un redoutable sens du suspens psychologique, explore les sentiments les plus violents et les plus secrets qui gouvernent nos existences. Comment retrouver notre part d’humanité quand la vie nous a entraîné dans l’envie, la perversion, l’indifférence et le crime ?

La critique de Mr K : En chronique aujourd'hui, mon Éric Emmanuel Schmidt annuel avec ce recueil de quatre nouvelles centrées sur les sentiments contradictoires que l'on peut éprouver dans une vie lors de phases de crise ou d’aléas malheureux de l’existence. Amour, trahison, haine, envie, obsessions, indifférence sont au cœur de ces quatre courts textes aussi percutants que réussis. Suivez le guide !

Dans Les Sœurs barbarins, nous suivons la vie de deux jumelles depuis leur naissance à trente minutes d’intervalle à la mort de l’une d’entre elles. La benjamine très vite éprouve un certain ressentiment envers son aînée qu’elle trouve plus choyée et au centre de toutes les attentions. De caractères très différents, elles vont vivre deux vies parallèles qui s’entrecroisent à l’occasion de drames ou d’événements plus joyeux. Jusqu’où ira cette relation, vous verrez que l’on va ici très loin. J’ai bien aimé cette nouvelle qui finit assez sèchement par un twist final qu’on ne voit pas venir. Le suspens est très bien dosé et l’étude de personnage parfaitement maîtrisée par un as en la matière. La lecture commence bien !

On enchaîne ensuite sur Mademoiselle Butterfly, variation autour du célèbre opéra Madame Butterfly. Tout commence par une réunion au sommet dans une tour bancaire en pleine crise : les flics débarquent pour éplucher les comptes et l’entreprise va sombrer. Le patron a réuni ses cadres pour réfléchir au problème. Une fois l’annonce choc effectuée auprès de ses employés les plus hauts placés, il se retire dans son bureau et repense à son passé. Lors d’un pari stupide, un jeune homme fortuné en vacances avec des copains dans un chalet va séduire et coucher avec la retardée mentale du village d’une beauté à couper le souffle. Il part sans donner de nouvelles alors que cette dernière est fortement éprise. Arrive ce qui arrive, elle tombe enceinte. Lui est indifférent, elle voit son rêve de prince charmant s’évanouir... mais l’histoire ne s’arrête pas là et le présent et le passé vont finir par se rencontrer. Gare à la chute là encore ! Sans doute mon récit préféré qui m’a même tiré quelques petites larmes par moments. Au centre de tout, le sentiment d’indifférence et le gouffre qui peut séparer deux personnes. Les émotions sont exposées à vif, sans fioriture, difficile de résister dans ces conditions. Lu d’une traite, cette histoire écrite au cordeau m’a de suite séduit et conquis. Un bijou de concision et d’intelligence. Le message final délivré par le personnage principal finit de nous achever.

La Vengeance du pardon poursuit ce voyage sans filet au cœur de l’humain avec l’histoire troublante d’une femme qui va visiter le violeur et meurtrier de sa fille en prison. La confrontation entre le monstre implacable et la maman inconsolable est digne des meilleurs thrillers à suspens. La tension est palpable à chaque page et l’on se demande bien au début pourquoi la victime se prête à ce jeu malsain. Bien caractérisés, ces deux personnages antinomiques vont voir leurs rapports complètement changer suite à leurs différentes rencontres dans le parloir. Cette nouvelle s’est révélée très sympathique, bien menée ; par contre j’ai été déçu par la fin que j’ai finalement vu venir assez vite. Manque d’originalité pour le coup malgré une thématique bien déviante... la solution trouvée a déjà écrite et/ou filmée. Un petit bémol donc.

On clôture le recueil avec Dessine-moi un avion qui fait directement référence à un des plus beaux livres en langue française jamais écrite, Le Petit prince de Saint Exupéry que je relirai d’ailleurs avec grand plaisir à l’occasion, tant cette nouvelle m’a incité à le faire. Une petite fille rencontre son vieil homme de voisin, ils commencent à se voir de plus en plus souvent entre lecture de contes et dialogues enlevés car la petite est sagace et vive d’esprit. En parallèle, on en apprend plus sur le passé du vieillard, ancien aviateur dans l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Là encore, l’histoire en elle-même ne m’a pas convaincu à 100%, la faute à un récit plutôt convenu et sans réelle surprise. Par contre, la relation intergénérationnelle tissée par l’auteur est brillante de douceur et de justesse. Sans pathos ni fausse note, ces deux là sont touchants au possible et il se dégage un humanisme de tous les instants d’un texte bien maîtrisé.

Globalement, cet ouvrage est une belle réussite. Les amateurs de l’auteur aimeront forcément même si comme moi vous verrez que certaines ficelles commencent à apparaître au fil des lectures que l’on peut effectuer de cet auteur qui ne surprend plus comme auparavant. Reste des personnages très bien construits, des situations qui éclairent de manière plus générale sur la nature de l’être humain et un plaisir de lire renouvelé pour une lecture éclair. Ce n’est déjà pas si mal, non ?

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus
- Le Poison d'amour
- L'Elixir d'amour
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute
- Oscar et la dame rose
- La Part de l'autre
- L'Evangile selon Pilate