jeudi 2 mars 2017

"Premier de cordée" de Roger Frison-Roche

frisonroche

L'histoire : Premier de cordée parle d’un jeune homme, Pierre Servettaz, qui vit à Chamonix dans les années 1930-1940. Le garçon aimerait exercer la même profession que son père : guide de haute montagne. Mais son père refuse qu'il prenne autant de risques. Il est donc en formation d'hôtelier et ne pratique la montagne qu'en tant que loisir. Quand un jour lors d’une escalade son père est foudroyé au du Dru, Pierre décide d'aller récupérer le corps de son père : accompagné de ses amis il se lance donc dans une escalade périlleuse. S'acharnant contre tout bon sens, il fait une terrible chute dans laquelle il manque de laisser sa vie.

La critique de Mr K : Une petite Madeleine de Proust en chronique aujourd’hui avec une re-lecture exaltante et émouvante, celle de Premier de cordée de Frison-Roche, un des premiers livres marquants que j’ai pu lire pré-adolescent. Conseillé par ma professeur de français de l’époque, je l’avais goutté et apprécié comme jamais, l’ouvrage faisant notamment écho à mon amour des vacances d’été à la montagnes (ma grand-mère était pyrénéenne et j’y passais beaucoup de temps entre grimpette, randonnée et bons repas) et donnait à voir de manière précise et imagée le petit monde des guides de haute montagne et la vie à Chamonix au siècle dernier. C’est avec un plaisir sans nom que j’ai refait le voyage en compagnie de Frison-Roche, le résultat est toujours le même : une superbe lecture.

Nous suivons plus ou moins le destin de Pierre, fils d’un guide renommé de la région de Chamonix qui va trouver la mort tragiquement suite à un orage d’une rare violence. La première partie de l’ouvrage s’attelle à nous décrire ce choc à travers les yeux du fils meurtri, de la victime elle-même (expliquant les raisons qui ont pu le pousser à pratiquer l’alpinisme malgré un temps déplorable) et des gens du crû formant une communauté très soudée. Un autre accident va intervenir et mettre en péril les velléités de Pierre à suivre les traces de son père et la deuxième partie du roman s’attache à sa rééducation et sa guérison pour pouvoir à son tour devenir guide. Ce livre est magique pour bien des raisons.

Tout d’abord, c’est un vrai roman d’aventure un peu à l’ancienne où l’on suit au plus près les personnages dans leur quête d’absolu avec cette bivalence étrange envers le milieu montagneux à la fois attirant et angoissant. Les parties narratives dédiées aux "courses" (randos + alpinisme avec touristes) sont d’un réalisme terrible, l’auteur collant au plus près de ses personnages, n’omettant aucun détail technique / psychologique qu’il insère avec talent dans la tête du lecteur qui se retrouve quasi parti-prenant de l’expédition. L’amateur de récit de voyage que je suis a été servi avec des scènes merveilleuses d’ouverture à la Nature mais aussi des phases de tension saisissantes qui mettent mal à l’aise et donnent irrémédiablement envie de lire la suite. J’avais beau l’avoir déjà lu, j’ai redécouvert quelques aspects du récit et j'ai réagi tout aussi bien que lors de ma première lecture.

Les personnages sont très bien ficelés. On reste dans du classique avec des figures éprouvées de la narration romanesque mais on éprouve tout de même beaucoup d’empathie pour ce jeune orphelin de père qui voit du jour au lendemain la terre s’ouvrir sous ses pieds et l’empêcher de réaliser son rêve. On soutient toute sa bande d’amis qui essait tant bien que mal de lui faire remonter la pente et de lui redonner envie de vivre, on se plaît à suivre la douce vie de ce village campagnard et montagnard avec ses rites et ses habitudes ancestrales (le combat de vache pour désigner la reine du troupeau, le fonctionnement d’une maison d’hôte, l’organisation du métier de guide, les techniques d’agriculture…) Modèle de civilisation bien expliqué grâce à la langue merveilleusement précise et accessible d’un auteur naturaliste et amoureux de ces lieux.

Et puis, il y a la montagne et la Nature. C’est un pied intégral de replonger dans les nombreuses descriptions qui émaillent le texte. Loin de l’alourdir, il en renforce le sens et la vision. Tant de beauté déployée entre les printemps fleuris et les hivers glaciaux et dangereux pour l’homme. La nature transcende son apparence mais aussi la vie des hommes qui ont choisi une existence quasi monacale pour certains (les gardiens de cabane). On en prend vraiment plein les yeux et on ressort plus riche, l’esprit peuplé d’images incroyables comme celles des massifs montagneux émergents de la brume, du temps changeant qu’il faut surveiller et qui donne lieu à de spectaculaires tableaux visuels et parfois auditifs, de la nature en expansion prodigue à l’occasion de bienfaits. Ce livre est donc un bel hommage rendu aux espaces montagnards, l’inspiration qu’ils peuvent provoquer et la pureté qu’il peut s’en dégager.

Il se dégage un charme désuet de ce récit, cela se voit dans la manière d’écrire et se ressent dans le monde qui nous est donné à voir, peuplé parfois de visions naïves, la plus grande étant cette solidarité à toute épreuve qui se dégage de ces pages alors que je suis loin de partager cet optimisme béat. Loin pour autant de rabrouer mon enthousiasme, cet aspect suranné donne un cachet et une profondeur intéressante au livre, lui font conserver une aura intacte et une puissance évocatrice toujours aussi impressionnante. Un sacrée lecture que je ne peux que vous conseiller.


mercredi 1 février 2017

"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson

Dans-les-forêts-de-SibérieL'histoire : Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

La critique Nelfesque : Voici un livre que j'avais dans ma PAL depuis déjà un petit bout de temps. Il avait croisé ma route lors de notre Lune de miel à Saint-Malo il y a 2 ans et j'attendais le bon moment pour l'ouvrir. J'ai toujours vu "Dans les forêts de Sibérie" comme un ouvrage qu'il fallait pouvoir apprécier et il se dégage de sa 4ème de couverture une certaine aura. J'avais besoin de sentir l'instant pour le lire et ce moment est arrivé il y a quelques jours. Un froid extrême sur nos terres bretonnes (hey -8° c'est déjà très froid), l'hiver bien installé, je pris mon plaid doudou et mon chat et je me lançais donc dans ce témoignage de Sylvain Tesson comme on rentre en religion, avec respect et avide de découvertes spirituelles.

Sylvain Tesson, à l'aube de ses 40 ans a décidé de partir loin, très loin, pendant 6 mois de sa vie. Partir, il connaît, il a déjà effectué bon nombre de voyages, mais cette fois ci, c'est pour un voyage immobile qu'il souhaitait quitter la France. Le voici donc installé près du lac Baïkal, en pleines forêts de Sibérie, à expérimenter la solitude, le silence et la nature et en ressortir changé.

Je me suis retrouvée dans le personnage de Sylvain Tesson, dans son ras le bol de la vie moderne, dans sa quête du bonheur et de la simplicité, dans son côté authentique et proche de la nature. La liberté, un concept bien flou et galvaudé à notre époque. Aussi une question très occidentale et réservée aux petits privilégiés que nous sommes et qui peuvent se payer le luxe de se poser des questions existentielles telles que celle ci. Maladie de notre temps, névrose de bobos, la vie parfois nous parait fade ou du moins incomplète. Nous nous sentons incomplets... Sylvain Tesson, par son expérience, veut se sentir vivant et va l'être. Tout n'est pas rose, tout n'est pas noir mais la proximité de la nature lui permet d'ouvrir les portes de sa perception sans drogues (mais avec pas mal de vodka) et de coucher sur le papier des pensées sur notre façon de vivre, sur sa vie personnelle et sur la notion de besoins, terme que nous utilisons à tort et à travers.

J'ai été particulièrement touchée par cette impulsion qui l'a mené en Sibérie, par ses réflexions, par ses doutes et ses peurs. Je l'ai envié dans sa démarche pourtant simple (partir) mais si difficile à entreprendre (partir) quand nous traînons nos habitudes sociales tels des boulets que nous nous créons nous-même. A la lecture de "Dans les forêts de Sibérie", difficile de ne pas se poser la question : pourrais-je partir moi aussi et me découvrir ? Peut-on réellement savoir qui nous sommes en restant enfermés dans nos habitudes ?

Au delà des considérations personnelles de l'auteur et des réflexions que cela engendre chez lui sur nos vies en société, Sylvain Tesson est ici au plus près de la nature, dépendant d'elle, devant la respecter, l'apprécier et la craindre pour ce qu'elle est. Pendant 6 mois, elle le nourrit, lui donne à voir quotidiennement des paysages somptueux, le fait vivre en communion avec elle mais elle est aussi dangereuse et l'auteur en a bien conscience et n'est pas parti dans son refuge tel un conquérant. Quand les températures atteignent les -30°, personnellement, je ne sais pas comment il fait... Mais le monsieur a de l'expérience, c'est un aficionados de la montagne et il est déjà bien averti des risques qu'il peut prendre.

Dans un décor à couper le souffle, Sylvain Tesson nous donne à voir une expérience initiatique exceptionnelle et couche sur papier 6 mois de réflexions quotidiennes sur la vie avec un cheminement de pensée posé et étayé. "Dans les forêts de Sibérie" est un ouvrage à part sur lequel on peut revenir plusieurs fois pour y trouver ce dont on a besoin. A défaut de tenter soi-même l'expérience, par la plume de Sylvain Tesson, simple, moderne et qui laisse voir une certaine érudition et culture, le lecteur parcourt plus de 5000 km et vit dans une isba de bois comme si il y était. De quoi alimenter son imaginaire et faire carburer sa cervelle. Un excellent livre de chevet !

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mercredi 4 janvier 2017

"Les Animaux" de Christian Kiefer

LesAnimauxKieferL’histoire : Niché au fin fond de l’Idaho, au cœur d’une nature sauvage, le refuge de Bill Reed recueille les animaux blessés. Ce dernier y vit parmi les rapaces, les loups, les pumas et même un ours. Connu en ville comme le "sauveur" des bêtes, Bill est un homme à l’existence paisible, qui va bientôt épouser une vétérinaire de la région.

Mais le retour inattendu d’un ami d’enfance fraîchement sorti de prison pourrait bien ternir sa réputation. Rick est en effet le seul à connaître le passé de Bill, dont il a partagé la jeunesse violente et délinquante.

Pour préserver sa vie, bâtie sur un mensonge, Bill est prêt à tout. Au fur et à mesure que la confrontation entre les deux hommes approche, inéluctable, l’épaisse forêt qui entoure le refuge, jadis rassurante, se fait de plus en plus menaçante...

La critique de Mr K : Quelle claque magistrale pour ce roman tout juste sorti en ce début d’année ! 2017 commence sous les meilleurs auspices avec Les Animaux de Christian Kiefer, un tout jeune auteur américain qui propose avec ce roman noir se déroulant dans les grands espaces sauvages de l’Idaho un style éblouissant et propose une expérience de lecture hors norme. Je ne m’en suis toujours pas remis !

Bill Reed s’occupe d’un refuge pour bêtes sauvages perdu dans les bois dont il a hérité de son oncle. Ayant connu une adolescence difficile, il avait décidé de changer de vie et s’est rebâti auprès de cet homme amoureux de la nature. Depuis, il est devenu un homme responsable, apprécié de tous, participant à la vie collective de la commune et s’apprête à demander en mariage Grâce, la charmante vétérinaire du secteur. Mais c’est souvent quand la vie semble vous avoir totalement souri qu’un passé enterré refait surface. Rick, un ancien compagnon de virée réapparaît et semble avoir beaucoup de choses à lui reprocher. Petit à petit la tension monte entre flashback sur un passé révolu et une tempête de neige qui approche, durant laquelle d’anciens comptes devront être rendus et des amitiés seront éprouvées à la lumière de vérités pas forcément bonnes à entendre.

Le procédé de narration bien que classique est intéressant. L’auteur change d’époque entre chaque chapitre. Ainsi nous suivons Bill en 1996, temps principal de l’action pendant qu’il s’occupe de ses animaux et compte fleurette à Grâce. Proche de la nature, solide dans sa tête, altruiste (il a embauché deux jeunes pour s’occuper des enclos sans qu’ils aient la moindre qualification), on accroche direct avec cet homme proche de la nature qui semble bien sous tout rapport. En parallèle, on suit dans les flashback insérés ses rapports avec son grand frère trop vite disparu, sa rencontre avec Rick et les premières conneries qu’ils commettent ensemble. Peu à peu, se forme dans la tête du lecteur un Bill beaucoup plus trouble, au passé inavoué et une relation particulière se dessine avec ce fameux Rick. A sa manière, ce dernier remplace le grand frère disparu et leur amitié ne semble pas connaître de limites. C’est sans compter l’évolution de chacun et les aléas du destin qui vont jouer aux quilles avec ces deux existences menant Rick en prison et Bill à se créer une nouvelle vie.

Très très vite la tension est palpable. Elle fait écho à la nature sauvage magnifiée par l’écriture de Christian Kiefer. Les descriptions sont à couper le souffle et donnent à voir une autre Amérique, moins médiatique et plus intimiste. Une Amérique du self made man, ou chacun peut espérer repartir de zéro et où la vie de pionnier existe encore (Bill et son refuge m’ont un peu fait cet effet là). Les passages avec les fameux animaux sont touchants au possible avec notamment l’évocation de ce grizzli aveugle de plus de 35 ans, ce loup à trois pattes ou encore ce puma borgne. Derrière ces histoires variées et le rapport très spécial que Bill a créé avec chacun d’entre eux, c’est une grande ode aux éclopés de la vie à laquelle nous sommes conviés. Car l’humain est au centre de ce récit avec toutes ses contradictions, ses espoirs et ses déceptions. C’est poignant et terrifiant à la fois, la fin vient nous cueillir littéralement dans une scène finale impressionnante à souhait et grandiose dans les sous-entendus qu’elle impose à l’esprit.

Les Animaux est donc un bonheur de tous les instants où la maestria langagière déployée (écriture simple et universelle à l’américaine) se conjugue avec une finesse des descriptions incroyable tant au niveau de la psychologie des personnages (et ceci pour tous les protagonistes que l’on croise) que du background. Impossible de relâcher cet ouvrage dans ces conditions, emportés que nous sommes par un souffle novateur et qui prend littéralement aux tripes. Une sacrée expérience qu’il vous faut à votre tour tenter, ce livre est une vraie petite bombe. Un des meilleurs que j’ai pu lire en tout cas dans la collection "Terres d’Amérique" de chez Albin Michel. Courrez-y !

mardi 15 novembre 2016

"Butcher's Crossing" de John Williams

butchers-crossingL'histoire : Dans les années 1870, persuadé que seul un rapprochement avec la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort d’Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage. Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado. Will accepte de participer à l’expédition, convaincu de toucher au but de sa quête. Le lent voyage, semé d’embûches, est éprouvant et périlleux mais la vallée ressemble effectivement à un paradis plein de promesses.

La critique Nelfesque : Quand l'envie d'évasion se fait sentir, quand on a l'impression d'étouffer dans nos vies, un bon roman des grands espaces s'impose ! Avec "Butcher's Crossing", le lecteur fait un bond dans le temps. Nous voici au XIXème siècle, dans le grand Ouest sauvage américain, à une époque où les chercheurs d'or et les trappeurs gagnaient leur vie, souvent solitaires, en ne ménageant pas leurs peines. Will est un jeune citadin qui ne connaît rien de la vie. Ses mains sont douces et c'est un homme délicat et attentionné. Il veut vivre une expérience hors du commun et pour cela abandonne ses études à Harvard et se rend à Butcher's Crossing dans le but de partir à l'aventure. Les éditions Piranha nous propose ici un western tombé dans l'oubli depuis plus de 50 ans et qui emporte tout sur son passage, même le lecteur le plus récalcitrant au genre !

Car John Williams nous offre bien ici un western mais pas n'importe lequel. Point de caricatures, d'indiens et de voleurs, de postures présentes dans la majorité des films des années 60. Disons le tout net, si il faut un exemple pour confirmer la règle : je n'aime pas les westerns et celui ci m'a passionnée. "Butcher's Crossing" fait la part belle aux grands espaces, aux découvertes, à l'aventure et aux liens qui existent entre les hommes. Point de manichéisme ou de machisme sous-jacent ici mais une lecture intense qui prend le lecteur par surprise et l'emmène dans des contrées physiques et psychologiques loin des faux semblants et des apparences. Une lecture qui prend aux tripes et un parallèle entre psychologie des personnages et phénomènes naturels saisissant. La nature accompagne littéralement l'histoire et en éclaire même tout un pan. L'écriture de Williams est magistrale et absorbe complètement le lecteur, a tel point qu'il finit par cheminer au côté de Will et son équipe comme un seul homme.

Will accompagné de Miller, chef d'expédition, Charley son second et Schneider, écorcheur, vont partir dans les montagnes pour chasser le bison. Miller est un chasseur aguerri, il connaît bien la région et affirme que de belles bêtes sont présentes à profusion dans les hauteurs. Avec l'argent de Will et ses compétences, ils pourront ensemble vivre le rêve d'aventure du jeune homme et ramener à Butcher's Crossing le plus grand nombre de peaux de qualité que la ville n'a jamais connu. Ils se lancent alors dans une expédition folle basée sur des souvenirs datant de plus de 10 ans. On retrouve, par certains aspects, l'approche et l'écriture de David Vann dans "Goat Mountain" et les visuels de "The Revenant" reviennent en mémoire. C'est particulier et il faut se laisse embarquer mais une fois hypnotisé par la plume de Williams, on est complètement plongé dans l'histoire et on sent une menace sourde et inéluctable planer sur l'expédition. Un sentiment qui ne lâchera plus le lecteur...

Quand l'homme et la nature ne font plus qu'un, quand les battements de coeur d'un chasseur s'accordent sur ceux des bêtes qu'il convoite, quand orgueil et fierté prennent le pas sur la raison, "Butcher's Crossing" mène ses personnages aux confins de la folie et rappelle aux lecteurs l'âpreté de la vie. Tout comme Will, il est alors ramené aux choses essentielles. Une belle leçon de vie et un très beau moment de lecture, comme une communion. 

Une aventure avec un grand A, faite de découvertes et de moments de doute, une aventure humaine mais aussi et surtout une aventure en soi-même pour un final des plus prenants et émouvants. Et si en plus vous êtes un amoureux de nature, n'hésitez plus et lisez ce roman. Vraiment très bon !

dimanche 23 octobre 2016

"Yaak Valley, Montana" de Smith Henderson

Yaak Valley MontanaL'histoire : La première fois qu'il l'a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d'assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l'air affamé... Pete s'accroche, laisse de la nourriture, des vêtements et finit pas gagner la confiance du petit.
Suffisamment pour découvrir que le garçon n'est pas seul. Sa mère et ses frères et soeurs sont introuvables, il vit avec son père, Jeremiah Pearl, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l'Apocalypse et comploter contre un gouvernement corrompu et dépravé.
Petit à petit, entre Pete et Jeremiah s'installe une relation étrange. Car Jeremiah s'est isolé par désespoir, après un drame atroce ; Pete de son côté est au bord de sombrer : son frère est recherché par la police ; son ex, alcoolique, collectionne les amants ; et, surtout, sa fille de quatorze ans a disparu quelque part le long de la route du Texas...

Deux hommes aux prises avec des démons qu'ils ne pourront plus faire taire très longtemps...

La critique Nelfesque : "Yaak Valley, Montana" est un ouvrage à part dans cette Rentrée Littéraire. Smith Henderson signe ici son premier roman et c'est une réussite ! Petite brique de presque 600 pages, loin des titres tape-à-l'oeil, attendus et au succès prémédité, celui-ci est une belle surprise qui se savoure et prend aux tripes.

Pete est assistant social en plein coeur du Montana. Nous sommes à Yaak Valley, dans les années 80. Une Amérique des grands espaces, celle qui fait rêver les apprentis voyageurs et les amoureux de nature avec ses montagnes, ses lacs et son air pur. Plus reculée et sauvage par sa nature, elle l'est aussi dans le cœur des hommes. Chaque jour, Pete est confronté à la misère sociale et à l'alcoolisme. Avec peu de moyens, il tente d'aider des familles en souffrance, parfois contre leur volonté, pour le bien-être des enfants avant tout. L'auteur a été lui-même assistant social et sa maîtrise du sujet n'est pas à démontrer. Dès les premières pages, les scènes de la vie ordinaire dans ce coin des Etats-Unis font sensation et frappent fort.

Nous suivons ainsi Pete dans son parcours du combattant. Un Robin des Bois mixé avec Don Quichotte qui lutte contre un système, la fatalité, la vie et ses propres démons. Car Pete aussi aurait besoin d'aide, sa famille mériterait autant d'attention que celle qu'il porte à quelques inconnus... Une fuite en avant, un questionnement existentielle et des choix de vie, c'est tout cela "Yaak Valley, Montana".

Avec Pete, le lecteur fait connaissance de quelques familles dont il s'occupe et notamment des Pearl père et fils qui vivent au fin fond de la vallée. Personne ne sait où ils habitent vraiment, ils se cachent et vivent à l'état sauvage. Pour quelle raison, nous l'apprendrons au fil des pages. Pour ouvrir le coeur d'un homme, il faut du temps et plusieurs centaines de pages. Il plane sur ces deux personnages un sentiment de paranoïa, des convictions d'un autre âge et c'est à la rude que Jeremiah éduque son gamin Benjamin, loin de tout confort moderne et ses règles d'hygiène.

Et puis il y a Cecil, la "tête de pioche", celui qui m'a personnellement le plus touchée dans ce roman. Impossible pour lui de vivre auprès de sa mère droguée dans un environnement serein, avec un père absent, il est ballotté de foyer en foyer où il enchaîne bêtise sur bêtise. Les solutions de placements sont de plus en plus minces et les choix de Pete le concernant ne sont pas toujours les meilleurs. Le lecteur assiste, médusé et impuissant, au broyage d'un adolescent. Entre lueurs d'espoir, fatalisme et rêve brisé, Cecil tente d'exister. Pas toujours en empruntant le bon chemin mais avec l'envie de vivre sa propre vie.

Dans un décor de rêve pour qui aime la nature et le silence, Henderson nous dépeint une société américaine en souffrance avec une écriture puissante et évocatrice. Mélange de roman des grands espaces, drame et roman noir, "Yaak Valley, Montana" balaye de nombreuses thématiques et cueille le lecteur avec finesse et intelligence. Une belle découverte littéraire, très loin de l'American way of life, que je vous encourage à entreprendre !

mardi 17 mai 2016

"Retour à Watersbridge" de James Scott

retour à watersbridgeL'histoire : Dans la neige, Elsphet Howell, sage-femme, regagne sa ferme du nord de l'Etat de New York. Là-bas, le sang a coulé : toute sa famille a été massacrée. Seul Caleb, 12 ans, a échappé à la fusillade ; il a tout vu de la grange où il s'était réfugié. Mère et fils partent alors à la poursuite des trois tueurs à travers une contrée hostile et glacée. Cette soif de vengeance dissimule bien des secrets.

La critique Nelfesque : "Retour à Watersbridge" de James Scott est un coup de poker. Ne connaissant ni le titre, ni l'auteur (et pour cause puisqu'il s'agit ici de son tout premier roman), je ne me suis fiée qu'à la quatrième de couverture et me suis lancée dans cette lecture vierge de toute critique. Pari gagné !

Nous sommes ici dans l'Amérique de la fin du 19ème siècle. Très éloignée de celle que nous connaissons de nos jours, elle est soumise aux éléments naturels, à la rudesse de la vie quotidienne de ses habitants et aux pratiques d'une époque définitivement révolue.

C'est par un soir d'hiver de 1897 qu'Elsphet rentre seule à pied d'un périple de plusieurs heures de train et de marche dans la neige. Ce trajet, elle le connaît bien puisqu'elle est sage-femme et loue ses services régulièrement aux médecins alentours. Ce jour là cependant, à son retour, elle ne s'attendait pas à découvrir sa petite fille de 8 ans morte au seuil de sa maison et son aînée inerte dans la cuisine. Elle qui pensait apprécier la chaleur de son foyer ne trouve ici qu'horreur et désolation. Elle n'imaginait pas non plus se faire tirer dessus, paralysée par l'effroi, et commencer ici une lutte pour la vie et la vengeance.

"Retour à Watersbrige" démarre très fort avec le massacre de la famille Howell, mi indienne - mi américaine "pure souche". La liaison entre Elsphet et son mari a déjà fait beaucoup parler mais les années passant et les enfants naissant, les époux mènent une existence paisible au fin fond de la montagne, éloignés des on-dit, dans leur petit nid douillet et précieux. Une quiétude qui va brutalement prendre fin avec le massacre de toute la famille. James Scott ne fait pas dans la dentelle et la scène d'introduction est un véritable crève coeur.

Caleb, 12 ans, réussit à se cacher lors de l'attaque de la maison et échappe à cette boucherie. Il va alors soigner sa mère, s'occuper des corps de son père et de ses soeurs. Lui, proche de la nature, l'enfant discret de la famille, rentre de plein fouet dans le monde des adultes, dans ce qu'il a de barbare et violent, et va devoir prendre des décisions vitales dans cette immensité blanche et froide. Une erreur, une hésitation et la mince membrane qui lie sa mère à la vie peut se rompre à jamais. Caleb va grandir plus vite que les autres et perdre son innocence.

La nature tient une place importante dans cet ouvrage de James Scott. Autant les premières pages du roman peuvent laisser penser à un thriller, autant l'ouvrage dans son ensemble tient plus du roman noir. Combat quotidien contre la mort, avec le froid pour seul compagnon de route, les non-dit et les secrets collés aux corps entre Caleb et sa mère, l'auteur met tout en place pour que le lecteur soit perdu dans un univers glacé autant dans les coeurs que dans le paysage. Avec la vengeance comme seul point de mire, nous suivons Elsphet et Caleb jusqu'à Watersbridge, ville où ils vont changer d'identité pour mener leur enquête.

Des personnages pudiques, un père et une mère plein de secrets et des relations difficiles, voilà ce que nous propose James Scott dans "Retour à Watersbridge". Avec pour toile de fond une petite ville isolée et une nature hostile, il resserre peu à peu son emprise sur des lecteurs pris au piège par les éléments et la folie des hommes. Un bien beau premier roman qui explore le fond de l'âme humaine et donne à voir une Amérique d'un autre temps et aux autres moeurs.

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samedi 5 mars 2016

"L'Abandon" de Peter Rock

L'AbandonL'histoire : Une adolescente de treize ans vit, avec son père, dans une réserve naturelle de l'Oregon, loin des villes, en évitant tout contact avec d'autres personnes. Que fuient-ils ? Pourquoi se cachent-ils ?
Elle ne se le demande pas. Car, pour vivre cachés si ce n'est heureux, il ne faut penser qu'à cela et consacrer toute son attention à ce mode de vie invisible.
Un jour, le père baisse sa garde, les ennuis commencent.
On n'échappe pas à son histoire, même en se terrant durant des années...

La critique Nelfesque : Je suis tombée sur "L'Abandon" de Peter Rock complètement par hasard. Je n'en avais jamais entendu parlé et je ne connaissais pas l'auteur. Oui mais voilà, parfois, je me laisse séduire par une couverture et celle ci m'a tout de suite plu. Son côté sombre, énigmatique... L'histoire l'est tout autant.

Nous suivons Caroline, une jeune fille de 13 ans, dans son quotidien avec Père dans les bois à proximité de Portland. C'est là qu'ils se terrent tous les deux. Pas de maman, pas de frères et soeurs, pas d'amis, juste eux deux. Pourquoi vivre dans ces conditions ? Pourquoi rester seuls et se méfier de tout le monde ? Cela ne préoccupe pas Caroline outre mesure. Puisque Père dit qu'il faut dormir sous terre dans une cache, il faut dormir sous terre dans une cache. Puisqu'il dit qu'il faut faire sa lessive la nuit, il faut la faire la nuit. Puisqu'il dit qu'il ne faut pas marcher dans l'herbe pour ne pas laisser de trace, il ne faut pas le faire. Le lecteur lui par contre se pose la question.

Et trouve très vite la réponse si il est un habitué de thriller et roman noir... Je n'en dirai pas plus ici si ce n'est que Peter Rock n'a pas construit son récit, à mon sens, pour faire de cette énigme la clé de son roman. Parce que de ce point de vue là c'est raté...

En revanche, l'ambiance, les points de détails dans le quotidien, les relations qui lient Caroline et Père sont finement décrites. Et l'on sent peu à peu que cette gamine se détache de la vie réelle pour s'approprier sa vie sauvage. Qu'elle s'imprègne des conseils de Père et les met en pratique avec minutie et de façon vitale. Jusqu'où ira-t-elle pour continuer ainsi ? A refuser d'aller à l'école ou de se faire des amis ? A ne plus parler à personne ? A s'offrir un compagnon de route comme seul Père en est un pour l'instant ?

"L'Abandon" est un roman intéressant sans être l'oeuvre du siècle. Il n'a rien de vraiment novateur mais se lit sans peine et son titre trouve un certain échos à la fin de l'ouvrage. L'abandon tel un refus, tel une rupture. Un abandon dont on ne revient jamais...

mardi 17 novembre 2015

"Sukkwan Island" de David Vann

sukkwan islandL'histoire : "Le monde à l'origine était un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux arpentaient cette prairie et n'avaient pas de noms. Puis l'homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s'est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d'attendre que la Terre s'est mise à se déformer."

Une île sauvage de l'Alaska, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim emmène son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs, il voit là l'occasion d'un nouveau départ. Mais le séjour se transforme vite en cauchemar...

La critique Nelfesque : "Sukkwan Island" de David Vann m'avait été offert il y a déjà longtemps par fée-tish. Ayant depuis découvert l'auteur avec "Goat Mountain" lors de la Rentrée Littéraire 2014 de Gallmeister, j'avais très envie de me plonger dans celui-ci. Oui mais voilà, l'écriture de David Vann est si noire qu'il faut un petit temps pour s'en remettre. Il m'a fallu 1 an et me voici aspirée par ce roman récompensé en 2010 par le Prix Médicis étranger.

Quelle plume ! Quelle puissance ! Lorsqu'on commence à lire un roman de David Vann, son monde, sa noirceur, son amour pour la nature, ses questionnements sur l'humanité hypnotisent le lecteur.

Roy ne connaît que très peu son père. Ses parents se sont séparés il y a plusieurs années et il vit depuis avec sa mère et sa petite soeur. Malgré tout, lorsqu'il lui propose de vivre une année entière dans une cabane coupée du monde qu'il vient d'acheter sur une île sauvage et escarpée de l'Alaska, Jim se lance dans l'aventure et part à la découverte de cette nature et de son père.

Véritable ode à la nature, huit clos des grands espaces, étrange et oppressant, "Sukkwan Island" sonde l'âme humaine. Roy du haut de ses 13 ans est un homme en devenir et se ravit de partager un bout de vie avec ce père absent. Jim est quant à lui plein de bonnes intentions, il veut apprendre à connaître son fils, partager avec lui son amour pour la nature et vivre des moments de vérité forts et inoubliables. Mais au fil des mois passés ensemble, au fil des saisons, avec les éléments déchaînés, la venue de la pluie, la neige, le blizzard et le froid, les rapports père / fils vont être de plus en plus tendus entre les peurs de l'un et la lente ascension dans la folie de l'autre. La solitude dans ce qu'elle a de plus beau et de plus effrayant.

Nous sommes ici en présence d'un roman d'une incroyable force. Ce genre de roman qui laisse le lecteur marqué à jamais. L'urgence et la violence émanent de ses pages et les trois personnages en présence, le père, le fils et cette nature vivante et hostile, véritable personnage à part entière, nous offrent une valse morbide. La difficulté de vivre, la douleur, la solitude, l'absence, l'ombre qui plane de manière incessante sur "Sukkwan Island" plongent le lecteur dans un monde noir et sans échappatoire.

Vous l'aurez compris, ce roman magnifique et poignant n'est cependant pas à mettre entre toutes les mains tant son climax oppressant et empli de désespoir est dur. Il faut être assez mûr pour aller au delà des simples faits effroyables décrits dans ce livre et comprendre la portée du message de Vann. Pour ma part, ce roman m'a désarçonnée à sa lecture, m'a laissé pantoise (je l'aurai davantage aimé si il avait trouvé sa fin 40 pages plus tôt) et m'a obsédée longtemps après la dernière page lue. Lorsque l'on connaît l'histoire personnelle de David Vann et dans quelles conditions il a perdu son père, ce roman prend encore une autre dimension. Je ne peux que vous encourager à découvrir cet auteur et à vous plonger dans ce roman quand le moment sera venu. "Sukkwan Island" s'emparera alors de vous et vous dévoilera toute sa beauté dans la souffrance. Un incontournable.

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lundi 17 novembre 2014

"Goat Mountain" de David Vann

0794-cover-goat-53635e7a01eb5L'histoire : Automne 1978, nord de la Californie. C'est l'ouverture de la chasse sur les 250 hectares du ranch de Goat Mountain où un garçon de onze ans, son père, son grand-père et un ami de la famille se retrouvent comme chaque année pour chasser sur les terres familiales. À leur arrivée, les quatre hommes aperçoivent au loin un braconnier qu'ils observent de la lunette de leur fusil. Le père invite son fils à tenir l'arme et à venir regarder. Et l'irréparable se produit. De cet instant figé découle l'éternité : les instincts primitifs se mesurent aux conséquences à vie, les croyances universelles se heurtent aux résonnances des tragédies. Et le parcours initiatique du jeune garçon se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse à l'homme, abandonné à ses instincts sauvages, se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse à l'homme.

La critique Nelfesque : Il y a des romans qui marquent profondément un lecteur et "Goat Mountain" en fait partie. Lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire, je ne savais pas vraiment où je mettais les pieds. Ayant "Sukkwan Island" dans ma PAL depuis déjà pas mal de temps, je me réjouis de retrouver bientôt la plume de David Vann. Mais pas avant d'avoir digéré totalement celui-ci...

Pourquoi cette réticence alors que je vous disais quelques lignes plus haut que j'avais été marquée par ce roman ? Tout simplement parce que l'univers de David Vann est noir, très noir et que ce roman procure un certain malaise à ses lecteurs. Son écriture fouille au plus profond de l'âme humaine et fait éprouver à qui la lit des émotions qui bien qu'intenses ne sont pas des plus agréables.

"Goat Mountain" est un huit clos des grands espaces. Etrange antinomie. Nous suivons une partie de chasse menée par une famille sur ses terres. Tom, 11 ans, s'apprête à tuer son premier cerf et cet évènement qui fera de lui un homme dans sa lignée enthousiasme déjà son père, le meilleur ami de celui-ci ainsi que son grand-père. Tous les quatre s'apprêtent à vivre un grand moment, un moment clé dans l'histoire de leur famille. En revanche, ils ne savent pas encore que celui-ci ne sera pas celui auquel ils s'attendaient...

Rien n'est caché sur la quatrième de couverture. Ce n'est pas un cerf que Tom va abattre mais un homme, un braconnier sur les terre de ses ancêtres qu'il va viser sciemment avant d'appuyer sur la gâchette. Ces secondes où ignorance de la conséquence de ses actes et folie du moment se sont côtoyées pour arriver à cette fin funeste vont semer le trouble dans les esprits de chacun et faire de cette partie de chasse, ce moment de joie vécu en famille, un enfer sur terre. Le roman prend alors une tournure poisseuse à l'image du sang qui va couler sur les terres de "Goat Mountain".

Comment réagir lorsqu'un enfant de 11 ans commet un tel acte ? Doivent-ils maquiller ce meurtre ou joindre la police ? Quelles répercussions découleront de tel ou tel choix ? David Vann nous livre ici une ode à la nature et aux grands espaces et une personnification de l'âme humaine sur fond de roman noir. Chaque description du paysage trouve sa justification et l'écriture sublime l'ensemble. Pour dire vrai, à la dernière page, au moment de fermer ce livre, on ne sait pas quoi penser de ce roman. Nous a-t-il plu ? Nous a-t-il dégoûté ? Pour ma part, il a fallu du temps pour rassembler mes pensées et arriver à la conclusion que cette lecture est un moment rare dans la vie d'un lecteur. Un moment où l'auteur met toute son âme dans une production, et la livre au monde avec une écriture léchée qui hypnotise le lecteur. Un petit bijou de littérature qui ne plaira pas à tout le monde de part son thème mais qui ne peut pas laisser indifférent.

Si vous aimez lire des romans qui vous font ressentir des choses peu communes, si les questionnements sur les remords et la folie ne vous font pas peur et si la qualité d'écriture est pour vous primordiale lors du choix de vos lectures, lisez "Goat Mountain". Cette lecture dérangeante laissera des traces dans votre esprit et vous fera voir le monde différemment.