samedi 2 septembre 2017

"Antigone, la courageuse" de Françoise Rachmuhl

Antigone-la-courageuse

L’histoire : Princesse de Thèbes, Antigone vit heureuse jusqu’au jour où elle découvre le crime du roi Oedipe. Antigone sacrifie sa vie pour accompagner son père en exil et réconcilier ses frères. Courageuse et fière, elle est prête à tout affronter, même la mort, pour sauver son honneur.

La critique de Mr K : Il y a quelques mois, j’avais été enchanté par ma lecture de Poseidon, le terrible paru dans la même collection chez Flammarion Jeunesse. J’ai remis le couvert à l’occasion de la rentrée littéraire avec un ouvrage cette fois-ci consacré à Antigone, une autre figure tutélaire de la mythologie grecque, remarquablement mise en scène par Anouilh dans sa pièce de théâtre éponyme et ici racontée pour un public âgé de 10 ans et plus. Bien que simplifiée, cette histoire éternelle m’a à nouveau séduit et emporté très loin dans les mythes et légendes fondateurs, thématique qui m’a ouvert le monde merveilleux de la lecture et des livres à mes débuts.

À travers la destinée tragique d’Antigone, c’est aussi le mythe d’Oedipe qui est traité en filigrane. La découverte du terrible secret de son père va propulser Antigone sur le devant de la scène entre errance avec son vieux père, le conflit de succession entre ses deux frères et son sacrifice final au nom de l’honneur de son frère déchu. Rajoutez là-dessus la figure rapace de Créon son oncle, son ingénue de sœur Ismène et son amoureux transi Hemon et vous obtenez tous les bons personnages et ressorts pour un bon drame des familles doublé d’une métaphore filée sur la résistance et l’émancipation de soi.

Pas vraiment de découverte de mon côté du coup, je connais par cœur l’histoire d’Antigone et de sa famille mais j’étais curieux de voir le traitement réservé par l’auteure pour adapter cette histoire terrifiante (meurtre, inceste, ressentiment, guerre fratricide tout de même !) pour les plus jeunes. Le pari est largement gagné et permettra sans doute à de nombreux jeunes de pénétrer facilement dans la matière mythologique. Sans rien cacher mais avec finesse et méthode, Françoise Rachmuhl n’épargne pas la vérité, l’expose dans ces moindres faits sans pour autant en faire trop, prenant le pari raisonnable et sensé d’apporter la matière originelle sans ambages ni détours. Il est vrai que la mode de préserver absolument les enfants de tout élément séditieux et scabreux ne fait que les entretenir dans le mensonge et l’illusion (quel choc pour eux quand ils prendront conscience de la véritable marche du monde….). Rien de tout cela ici, le récit mythologique (à l’instar des contes originels) est là pour distraire mais aussi éduquer et faire grandir. L’histoire d’Antigone nous parle aussi de courage, d’amour et de soutien. Chaque jeune pourra donc y puiser une forme d’inspiration et même de respect envers autrui.

Le récit est très bien construit, alterne les points de vue et plonge le lecteur au sein même de l’action et du développement de la trame principale. Miroir d’une vie familiale désastreuse, cet ouvrage donne aussi un bel aperçu de la vie antique, de ses mœurs et de ses croyances. Les dieux interviennent dans les vies humaines et leur position centrale transcende les êtres et leurs sentiments. C'est aussi l'occasion d'entrapercevoir les jeux de pouvoirs et d'influences dans les hautes sphères de l'époque mais aussi le quotidien difficile des plus pauvres (très bon passage sur la peste s'abattant sur la ville en châtiment divin). C’est donc aussi une belle promenade dans la Thèbes antique, et les tableaux mentaux qui s’en échappent, qui donne à voir un monde fascinant.

L’écriture de l’auteure permet un accès facile mais pas simpliste à une histoire universelle, les pages se tournent toutes seules via des chapitres courts ménageant un suspens certains entre chaque partie. Très difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions et m’est avis qu’il en sera de même pour tous les jeunes aficionados de légendes et contes. L’aventure est vraiment à tenter !


dimanche 12 mars 2017

"Poséidon, le terrible" de Martine Laffon

Poséidon

L'histoire : Sur une île déserte, un vieillard raconte l'histoire du dieu Poséidon, roi des mers et des océans. De sa rivalité avec sa soeur Athéna à ses terribles vengeances envers les humains qui l'ont trahi. Poséidon est le dieu protecteur des navigateurs, mais il peut aussi être redoutable...

La critique de Mr K : Je vous convie à un voyage en terres mythologiques aujourd'hui avec cet ouvrage tout juste sorti chez Flammarion jeunesse et qui s'intéresse au cas particulier de Poséidon, une de mes figures préférées en légendes grecques et barbares. Si je suis venu à la lecture très jeune, c'est justement parce que j'ai eu la chance d'avoir entre les mains un ouvrage de mythologie qui m'a initié aux croyances anciennes et au plaisir de la lecture. Qu'en est-il avec ce livre bien plus récent ? 

Au fil de cinq soirées, un conteur va raconter une étrange rencontre qu'il a faite et les aventures qui s'en sont suivies lorsqu'il était plus jeune et qu'il voguait sur les flots en tant que marin aventurier. Suite à un naufrage, Triton, le rejeton de Poséidon, va l'emmener dans le royaume de son père sous les mers. Il y rencontrera le dieu au trident, sa belle et terrible épouse et se verra confier une mission importante : redorer le blason du dieu trop souvent décrié et présenté comme terrible et rancunier. C'est l'occasion pour l'auteur de revenir sur quelques mythes majeurs de l'antiquité grecque dont Charybde et Sylla, le cyclope Polyphème, Ulysse et son incroyable voyage ou encore, la guerre de Troie et sa rivalité avec sa nièce Athena. 

Écrit pour un public allant de 10 à 13 ans, ce livre souffle un vent frais sur les légendes pluri-millénaires qui parsèment cet ouvrage. Le ton est volontiers léger entre le conteur et les marins qui l'écoutent soir après soir en se passant une amphore de vin. On sourit beaucoup lors des querelles familiales qui éclatent au sein du foyer de Poséidon. Léger ne veut pas dire futile, les enfants rirons volontiers aux saillies et autres bons mots dispensés, les plus âgés (initiés) retrouveront avec bonheur des histoires qui ont marqué leur découverte de la mythologie. À l'occasion, on détricote même certaines idées reçues et Martine Laffon réhabilite aussi certains personnages plutôt malveillants dans les versions plus répandues notamment la figure tragique de Méduse qui a eu le malheur de déplaire à Athena ou encore Ulysse plus féroce que rusé lorsqu'il aborde les rives de l'île de Polyphème, enfant chéri du dieu des mers doté d'un QI d'huître. 

On passe un excellent moment lors de la lecture de cette centaine de pages que compte Poséidon, le terrible, peuplée d'êtres fantastiques aux caractères bien trempés, des hommes avides de connaître les péripéties d'un conteur respecté et adepte du verbe haut. Le tout est servi dans une langue simple, accessible, totalement adaptée au jeune public sans pour autant tomber dans la facilité et le simplisme. Loin de prendre nos chérubins pour des amateurs, l'auteur multiplie les références en les teintant d'un humour bon teint et de formules modernes qui ne dénaturent jamais le matériaux originel. Une bonne idée de cadeau pour initier un jeune aux mythes fondateurs.

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vendredi 24 juin 2016

"Ys, le monde englouti" de Gabriel Jan

YS - Gabriel jan

L'histoire : En ce temps-là, du côté de Douarnenez, Ys était la plus riche, la plus puissante, la plus réputée mais aussi la plus fragile des cités de Bretagne. Construite en fond de Baie et constamment menacée par la mer, Dahut y régnait en maîtresse absolue aux côtés de son père, Gradlon Le Grand, roi de Cornouaille, ami du moine Guénolé et de l'ermite Corentin. Mais la belle princesse se livrait aussi à la débauche et elle n'hésitait pas à se débarrasser de ses amants en jetant leurs corps dans l'Océan, jusqu'au jour où elle tomba amoureuse d'un séduisant et mystérieux étranger.

La critique de Mr K : Retour en fanfare aujourd'hui sur une légende qui a bercé mon enfance cornouaillaise (dans les alentours de Concarneau) : la ville d'Ys. En novembre dernier, je vous en avais déjà parlé lors de ma chronique de Bran Ruz, superbe BD en noir et blanc d'Auclair et Deschamps à la fois dense et respectueuse des vieilles traditions orales bretonnes courant sur cette histoire qui a traversé les âges et gardé intact son attrait ensorcelant. C'est un grand maître du suspens qui reprend à son compte la légende, Gabriel Jan se proposant ici de revisiter le mythe tout en suivant les textes originaux. Pari réussi comme vous allez pouvoir le lire !

Nous replongeons donc dans les temps immémoriaux, en pleine lutte entre la religion du Dieu unique et les vieilles croyances animistes représentées par les druides. La Bretagne est indépendante et le roi Gradlon règne sur la Cornouaille. Pour faire plaisir à sa fille, il lui fit construire la plus belle des cités au fond de la baie de Douarnenez, la rutilante Ys. Le temps a passé et la ville est devenue le centre de tous les vices humains, la décadence y règne en maître et le vieux monarque vieillissant ne peut que constater les dégâts entre impuissance et regrets.

Nous nous éloignons très vite du cadre (après un prologue digne du Macbeth de Shakespeare avec trois druides conspirateurs et bons vivants) pour suivre sous la plume de Gabriel Jan, le personnage de Gélan d'Édarpt, jeune médecin voulant s'installer à Ys et s'y faire un nom. Intrépide et érudit, il apprend très vite l'état de déliquescence morale dans lequel est plongé la cité de Dahut, il va cependant y entrer pour constater de lui-même les méfaits de l'âme humaine possédée par le pouvoir et l'argent. Il va soigner ses premiers patients, croiser un jeune homme qui deviendra très vite un ami et lui prêtera main forte, devra résister à la très attrayante Dahut et tombera sous le charme de l'amour unique, celui qu'on ne découvre qu'une fois dans une vie. Mais qui est vraiment Gélan ? Sous son aspect innocent et détaché, ne cacherait-il pas une autre identité et une mission de la plus haute importance ?

Si comme moi, vous êtes fan de Dahut et consort (j'avoue, j'en étais amoureux étant jeune), on accroche immédiatement. Les talents de conteur de Gabriel Jan ne sont plus à prouver et on retrouve son sens du récit et de la description hors pair. En peu de mot, on accroche déjà aux personnages et on plonge dans cette lointaine Bretagne si grisante. On ne se lasse pas des visions de la lande bretonne et des pierres levées, de la ville d'Ys la magnifique et sombre cité du vice, l'intérieur des maisons et tavernes… Tout mène à un portrait réaliste et enchanteur qui plonge littéralement le lecteur dans une évasion sans limite. Rajoutez là-dessus des personnages hauts en couleurs et vous obtenez un background solide animé par des personnages attachants et aux destins croisés. Je me souviendrais notamment longtemps des trois druides vieillissants amateurs de bonne chère, de la divine et perverse Dahut qui décidément a toujours autant de charme (oui je sais, je me répète !), de la figure de Gradlon dépassé par son engeance et ployant sous la solitude de la vieillesse, de la révélation quant aux héros qui cache bien son jeu et pléthore de rôles secondaires qui éclairent à merveille la trame principale.

À ce propos, je ne pensais pas être surpris tant j'ai lu et relu des textes sur Ys. Il semblerait que ce n'était pas suffisant tant la légende prend ici un autre visage notamment celui de l'inconnu qui séduit Dahut et va mener la cité à sa perte. Je me suis rendu compte que sur ce point aussi la christianisation a fait des ravages. Point de Diable dans ce roman mais des anciennes croyances qui ressurgissent, de la magie et de l'herboristerie. Ce point de vue apporte beaucoup au mythe et lui redonne un éclat nouveau et frais. Personnellement, j'ai adhéré et redécouvert une légende à part dans mon cursus personnel. Vous l'avez compris, cette lecture est essentielle dans son genre et comblera largement les amateurs de belles histoires et de mythes fondateurs.

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mercredi 18 novembre 2015

"Bran Ruz" de Claude Auclair et Alain Deschamps

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L'histoire: On dit qu'un jour la ville d'Is réapparaîtra, triomphante, lorsque les injustices qui dominent le monde auront cessé d'affliger les humains, lorsqu'enfin la société sera réellement sans classe. Car il y a une futur. Le modèle social symbolisé par Is libérée n'avait aucune chance de s'imposer autrefois. Mais il le peut dans l'avenir, parce que l'avenir enferme toutes les potentialités. Les Bretons attendent depuis longtemps le retour du roi Arthur qui est "en dormition" dans l'île merveilleuse d'Avalon. Mais ils attendent aussi que Dahud, tenant la main de Bran Ruz, leur ouvre les portes de la nouvelle cité d'Is. En fait, nous attendons tous cette heure.

Jean Markale

La critique de Mr K: J'ai dégoté ce bien bel ouvrage, Bran Ruz, au détour d'un énième chinage. Paru chez Casterman après une première version publiée au fil des mois dans la regrettée revue À suivre, son contenu a directement provoqué un écho en moi en faisant ressurgir des souvenirs prenants de récits lus à la lueur de ma lampe de chevet étant plus jeune. Il est ici question de la légendaire Is, ville engloutie par les flots par la faute d'une femme séduite par le Diable. Du moins, c'est ce que les gardiens de la culture académique essaient de faire croire car cette version rétablit le récit originel et traditionnel, la version non expurgée par la Sainte Église qui avait tendance à diaboliser les femmes de manière générale. Préparez-vous à un voyage à nul autre pareil, un voyage en terre bretonne entre antiquité et Moyen-âge.

Le Rouge est un enfant abandonné. Sa chevelure rousse est signe de malédiction en ces temps reculés et il apprend à survivre seul dans la lande à l'ombre de la majestueuse et grandiloquente Is, cité plantée au milieu des eaux, gouvernée par Gradlon. Le vice s'est emparé depuis longtemps de la ville qui gouverne la région par la terreur et l'injustice. Inceste royal, corruption généralisée, luttes intestines pour s'approcher du pouvoir, prêtres fanatisés par leur devoir d'évangéliser et purifier les agissements de tous, un roi affaibli et borderline… On sent bien qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de Gradlon (formule librement inspirée de Shakespeare -sic-). Au fil des pages et des 12 chapitres qui constituent ce récit, le destin du Rouge va rencontrer celui de Dahut (fille du roi) et d'Is la maudite.

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Quelle claque mes amis! Quelle claque! Cet ouvrage est d'une beauté à couper le souffle, entièrement en noir et blanc, ce parti pris permet de bien souligner paysages et personnages. Certaines cases sont de véritables tableaux, un régal pour les yeux. J'ai particulièrement aimé les paysages désolés abandonnés au vent et à la mer (la scène des naufrageurs est un must dans le genre), les longues marches du héros à travers la lande mais aussi la découverte d'Is entre ruelles étroites et tortueuses et palais somptueux où la richesse s'accumule dans les meubles, les bijoux et les atours des nobles. L'immersion est totale, le réalisme réussi et fidèle à la grande Histoire. Le travail de documentation a du être énorme, le travail titanesque pour arriver à un tel rendu. Franchement bluffant!

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L'histoire tient toutes ses promesses et c'est un vrai plaisir de renouer avec un mythe qui m'a marqué dans mon enfance. Loin des archétypes précités, on rentre dans la matière culturelle bretonne, sans lourdeur ni exagération. Époque rude et univers sombre se conjuguent pour notre plus grand contentement, on se prend rapidement d'affection pour Le Rouge (futur Bran Ruz) et Dahut, deux parias à leur manière dans cette époque arriérée et superstitieuse. Destins humains et mythes se rejoignent entre Dieux anciens et Dieu unique, opposition culturelle et philosophique qui témoigne du recouvrement de l'ancien monde par le nouveau, la lutte est inégale et teintée de mélancolie à la manière de ces dessins en noir et blanc.

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Ouvrage dense d'environ 200 pages, Bran Ruz se lit et se vit littéralement. Au delà de l'histoire qui nous est contée, on se prend à réfléchir sur la notion d'identité bretonne, sur la transmission des mythes et sur l'évolution du monde et des humains. Mais n'est-ce pas là finalement le rôle pédagogique des contes, divertir et instruire, émerveiller et faire trembler? Cette lecture remplit parfaitement cet office, reste longtemps en mémoire après sa découverte et éclaire d'un œil nouveau un classique des légendes bretonnes. Un ouvrage clef que chacun se doit d'explorer si la thématique l'interpelle. Pour ma part, il trouvera une belle place dans ma BDthèque.

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mardi 18 novembre 2014

"Graal, La Légende des chevaliers" de Christian de Montella

GraalL'histoire: Entrez dans la légende du Graal...
Découvrez les origines de la quête,
la puissance du Magicien Merlin,
les terribles fées Viviane et Morgane...
Chevauchez aux côtés des valeureux chevaliers Lancelot,
Perceval et galahad.
Combattez au nom du roi Arthur
pour la victoire de la Table Ronde,
de la Lumière contre les Ténèbres...

La critique de Mr K: Depuis ma découverte de Merlin l'enchanteur des studios Disney, la méga-claque cinématographique que fut Excalibur de Boorman (d'ailleurs il faudrait que je me le revisionne un de ces jours...) et le cycle des Dames du lac de Zimmer Bradley en littérature, j'ai toujours adoré le cycle arthurien qui est tout de même un élément fondateur de notre culture commune. On y trouve à la fois les origines païennes et barbares de l'Europe ainsi que l'émergence du christianisme symbolisé par la quête du fameux Graal. L'occasion m'a été donné de parcourir Graal, la légende des chevaliers de Christian de Montella, un ouvrage jeunesse fort malin et d'une très grande beauté.

Le présent volume est divisé en trois grandes parties. La première est consacrée aux origines du Graal. En 18 pages, l'auteur revient sur les derniers jours du Christ, sa crucifixion et Joseph d'Arimathie recueillant le sang du messie dans la fameuse coupe. Il finit par fuir vers le nord et la mystérieuse île d'Avalon. S'ensuit un bond dans le temps avec une partie de 26 pages consacrée à Merlin, figure tutélaire de la légende du Graal. Christian de Montella commence par la naissance de Merlin (fils du Diable et d'une humaine tout de même! Ce n'est pas rien!) jusqu'à l'intronisation d'Arthur suite au défi d'Excalibur. Pour achever l'ouvrage, 22 pages sont réservées à la quête du Graal et surtout la désignation de l'élu qui pourra l'approcher. Trois grands chevaliers sont alors évoqués: Lancelot, Perceval et surtout Galahad. Quête mystique et intérieure, voie vers la révélation de la présence de Dieu et promesse de mille ans de paix, tels sont les enjeux de cette recherche éperdue.

Graal 1

J'ai volontairement noté le nombre de pages dans mon petit résumé pour vous faire part de ce qui révèle être un point fort ou un point faible selon la manière dont on aborde cet ouvrage. Pour un premier contact, ce recueil est idéal, court en terme de textes, il permettra aux novices d'aborder la légende arthurienne sans crainte et d'une manière certes survolée mais allant à l'essentiel. Les symboles forts sont là ainsi que les principales péripéties, il ravira les jeunes gens en quête d'un premier contact à la fois flamboyant et mystique. A la nuit tombée, il suivra les pas du Christ sur le mont Golgotha, frissonnera autour de la vraie nature de Merlin et chevauchera en compagnie des chevaliers de la table ronde.

Il sera sans nul doute conquis par la beauté des textes et des images. Les illustrations sont en effet de toute beauté mélangeant symboles christiques et païens, naturalisme et images chevaleresques. Elles ne ressemblent à rien d'autre de ce que j'ai pu voir dans mes anciens ouvrages destinés aux jeunes et marquent les esprits. Elles font merveilleusement écho aux textes accessibles et exigeant qui immergent à souhait le lecteur dans ces temps de légende et d'histoire. Le livre a un défaut, il se lit très vite et je vois déjà les jeunes âmes en réclamer encore plus... mais tant mieux si cela leur permet d'ouvrir leurs horizons à d'autres cieux littéraire. Je pense vraiment que ce livre est une porte qui ne demande qu'à s'ouvrir.

Graal 2

Par contre, si votre enfant ou pré-adolescent est un grand fan de cette période et de cette thématique, la déception risque d'être grande. L'auteur allant à l'essentiel ne vise pas un public de passionnés. Passez alors votre chemin et dirigez-vous plutôt vers un Zimmer Bradley qui est ce qui se fait de mieux à mes yeux en roman tournant autour de la légende arthurienne. Cependant, l'ouvrage de Montella conviendra parfaitement aux plus jeunes lecteurs en quête d'aventures.

Une belle découverte en tout cas, faites avec intelligence et finesse. Profitons-en, il paraît que ça se fait de plus en plus rare!

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jeudi 26 avril 2012

"La Tchalette et autres contes de magie et de sorcellerie" de J. C. Servais

tchaletteL'histoire: Sorcière! Non, c'est un mot qu'il ne faut pas lancer à la légère, pas jeter au visage d'une petite vieille sous prétexte qu'elle a l'air de s'entendre avec les loups... Et pourquoi ne pas s'entendre avec les loups? Pourquoi ne pas pactiser avec la mort... à l'ombre des jeunes filles en fleurs? Il y a de vieilles terreurs, à travers les siècles, que l'homme ne parvient pas à dominer. En espérant que la lecture de ces récits ne réveille pas trop les vôtres...

La critique de Mr K: Avec ce recueil, nous replongeons allégrement dans le monde étrange et fascinant des légendes rurales chères à Servais. J'avais grandement apprécié son Almanach et de retour chez mon bouquiniste préféré, je suis tombé sur ce volume qui est tout aussi réussi que le précédent. Encore un bel ouvrage à mettre à l'actif des éditions Dargaud, collection Histoires et légendes!

Neuf contes de la région ardennaise nous sont ici proposés avec comme thématiques communes la sorcellerie et la magie dans le quotidien campagnard d'un village au début du XXème siècle. On prend beaucoup de plaisir à parcourir ces récits mêlant habilement superstitions et croyances avec l'étude sociologique d'une petite communauté humaine. Derrière ces historiettes mystérieuses, bien souvent ressurgissent des réactions et des travers purement humains. Nous côtoyons tour à tour l'amour, la vie de famille heureuse mais aussi la jalousie, la frustration et la colère.

L'auteur nous confronte tout d'abord à une vieille femme 001qualifiée de sorcière par tous les gens du village auprès duquel elle réside. Elle aurait la capacité de se transformer en louve et ferait régner la terreur... Il s'agit de la fameuse tchalette qui donne son titre au présent ouvrage. Dans la deuxième histoire, un homme se meurt de son premier amour disparu et nulle médecine ne semble pouvoir apaiser son mal, ses rêves laissent à penser que tout ceci n'est pas naturel... Dans la suivante, le curé du village voit ses réserves de vin de messe se réduire sans raison alors que la porte de la cave est fermée à clef (je précise que l'homme d'église n'est ni alcoolique ni mythomane -sic-). Derrière ce pitch rocambolesque à souhait se cache une histoire de passe-muraille. Dans le récit Aurore, un homme épouse une fée mais cela n'est pas sans conséquences... Dans le récit suivant, on y fait commerce avec le diable pour sauver une âme perdue et ensuite on fait connaissance avec une fillette qui se découvre le don de comprendre les animaux qui vont la récompenser à leur manière. Dans le récit intitulé Niké (victoire en grec), Nuton (un petit lutin) cohabite avec les humains et les aide de son mieux dans la gestion du domaine mais tout équilibre est fragile et la jalousie va venir perturber ce tableau idyllique. L'histoire suivante voit une nouvelle un humain faire un pacte avec le seigneur des enfers pour améliorer l'ordinaire, enfin dans l'ultime histoire de ce recueil, un jeune pâtre va se voir proposer une belle récompense par une fée des bois aussi jolie que généreuse mais la curiosité est un vilain défaut...

On retrouve dans cette BD tout le talent de JC Servais qui une fois de plus a la double casquette de scénariste et de dessinateur. Rien n'est laissé au hasard, on retrouve la finesse doucement rétro de ses coups de crayon et le langage picaresque du début de siècle dernier. C'est une véritable plongée dans la France profonde qui nous est ici proposée, une France à la fois crue et mystérieuse où la magie se trouve à chaque endroit et dans chaque être. On ressort de cette lecture le sourire aux lèvres avec une belle vision générale de l'esprit des mythes de la région ardennaise. Avis aux amateurs!

9782800144542_1 (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

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mardi 14 février 2012

"Les huit jours du Diable" de Didier Convard

huitjoursdudiableL'histoire: Le monde ne s'est pas défait en un jour...
Yahvé Dieu créa le monde en six jours: le septième, il se reposa.
Il a fallu au Diable huit jours pour le détruire, ou le faire détruire. De l'engloutissement de la civilisation des Atlantes à l'apocalypse atomique, en passant par la damnation de Sodome et Gomorrhe et les diaboliques "miracles" du Moyen Age, à huit reprises le Diable a guidé la main de l'homme.
Par huit fois, le Diable s'est amusé à nos dépens.
Le jour de l'Atlantide.
Le jour de la grande colère.
Le jour du Diable.
Le jour de la Pentecôte.
Le jour des korrigans.
Le jour de la vengeance.
Le jour du mirage.
Et puis, le Diable vit que cela était mauvais.
Il y eut un soir, il y eut un matin:
le jour du dernier homme.

La critique de Mr K: Retour dans les eighties avec cette œuvre de Didier Convard datant de 1983. Parti d'un projet qu'on lui avait soumis sur les villes disparues, il l'a fusionné avec une réflexion plus vaste sur le tentateur, le malin, bref... le Diable!L'entrée en la matière est un texte de l'auteur d'une cinquantaine de lignes qui nous plonge dans le bain directement, pas de quartier, le Mal étant le Mal, on s'apprête à pénétrer dans 8 récits courts et abrupts mettant en scène directement ou symboliquement le seigneur des mouches et surtout, la plus manipulable des créatures: l'homme!

Le jour de L'Atlantide est une variation intéressante autour du mythe de ce continent englouti quelque part dans l'océan. L'auteur y introduit un élément SF en faisant de cette terre dorée l'enjeu de tractations inter-galactiques! Vous connaissez tous la fin mais l'approche originale de l'auteur fait mouche et ce premier récit est une réussite. Le jour de la grande colère reprend le même principe avec le mythe de Sodome et Gomorrhe. J'ai trouvé cette version un peu tirée par les cheveux et un peu bâclée... et surtout très très sage! Même dans la Bible, la damnation des deux cités de la perversion est plus rock and roll! Passons...

Le jour du Diable est plus classique avec la légende de la ville d'Is, de Gradlon, Dahut sa fille et le Diable en personne! Soyons clairs, ce n'est pas la meilleure version que j'ai eu entre les mains, Dahut est ratée (elle doit être ensorcelante, ici c'est une guerrière casquée type quartier du Marais à Paris) et franchement, autant lire la légende originelle ou la variation intéressante décrite dans la série des Druides. Je sais, je n'en sors pas en ce moment... Le jour de la Pentecôte rehausse d'un coup le niveau avec une variation bretonne (eh oui!) d'Aladin et la lampe merveilleuse avec un jeune garçon cherchant fortune dans une caverne merveilleuse. Malheureusement le tentateur guide ses pas et il finira par chuter! Bien mené, assez court, ce récit est une vraie réussite!

Le jour des korrigans est un ovni parmi tous les autres récits. Je n'ai pas vu le rapport avec la choucroute (pardon, le diable et les cités enfouies...). Reste un récit sympathique où des géants se prennent une raclée monumentale par des korrigans et rien que ça c'est un événement à ne pas louper; gentillet mais sympathique, j'ai beaucoup souri à sa lecture mais dans le bon sens du terme. Le jour de la vengeance est cette fois-ci une variation autour du mythe de Faust. Un seigneur cupide veut mettre la main sur les terres des moines du secteur, il fait appel à trois démons pour l'aider. Ils vont l'assister mais pas dans le sens qu'il croyait... Pas original pour un sou, ce récit se suit néanmoins avec plaisir jusqu'à ce que l'arroseur soit arrosé. 

Le jour du mirage a pour cadre l'Arabie mystérieuse. Un roi puissant s'aveugle à vouloir construire la cité de ses rêves. A force d'injustices et de cruauté, le rêve s'évanouira mais pas seul. Une belle réussite pour une belle réflexion sur le pouvoir et ses chimères. Le jour du dernier homme clôt ce recueil et de quelle manière! Un jeune homme à la mise moyen-âgeuse parti en quête d'on ne sait quoi va découvrir que l'humanité est quasiment éteinte suite à un holocauste nucléaire et que les chats ont muté pour prendre possession de la terre. Un récit tout bonnement génial: bon OK, j'adore les chats et ça nous change des singes!

Il y a donc de tout dans ce recueil et je pense que chacun y trouvera quelque chose qui le contentera. Certes, il n'est pas parfait, les dessins sont marqués par le temps mais pour les amateurs de BD vintage comme moi c'est tout bon! Les huit jours du Diable malgré des défauts est très attachante et trouvera une place de choix dans la bédéthèque du Capharnaüm Éclairé.

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mardi 20 septembre 2011

"Le pas de Merlin" de Jean-Louis Fetjaine

merlinL'histoire: Au VIème siècle, l'île de Bretagne est assaillie par les Saxons, les Gaëls et les Pictes. Après la mort du roi Guendoleu, tué lors d'une terrible bataille, son jeune barde Merlin se trouve plongé malgré lui dans un complot aux conséquences effroyables. 

Fuyant la barbarie, perdu dans les affres d'un amour impossible, il parcourt le royaumes celtes ravagés par la guerre, suscitant la méfiance de ceux qui voient en lui «le fils du diable». au plus profond de la forêt, pourtant, l'enfant se découvrira de biens étranges alliés. Au cours de ce voyage initiatique, celui qui deviendra Myrddin le Nécromant réussira-t-il à percer le fascinant secret qui pèse sur ses origines?

La critique de Mr K: C'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai retrouvé Jean Louis Fetjaine, l'auteur de La trilogie des elfes  que j'avais adoré lors de ma lecture. Avec ce premier volume, je m'attaquais à une nouvelle saga ayant cette fois-ci pour personnage central le mythique Merlin que l'on a pu apercevoir dans l'ouvrage cité ci-dessus. L'ambition de l'auteur est grande car loin de se conforter dans une énième version légendaire, Fetjaine voulait coller à la dimension historique et humaine du personnage. Dans une préface méthodologique, il nous explique comment il a procédé entre recherches historiques pures et passages romancés. Le travail est impressionnant et le livre, à mes yeux, une réussite. 

Preuve en est que je l'ai littéralement dévoré en deux jours, le syndrome Fetjaine a encore frappé! On retrouve son sens du rythme, du suspens et moultes détails sur l'époque qui font qu'on est saisi par l'histoire et tout ce qui l'entoure. On plonge dans le VIème siècle comme ont pu le livrer au public les historiens spécialistes de l'époque. Les descriptions sont criantes de réalisme et on se retrouve plongé dans les odeurs, les couleurs et les mœurs de l'époque. Le moins que l'on puisse dire c'est que la vie y était rude pour tous que l'on soit pauvre ou noble. On voyage énormément suivant les pas de Merlin, le roman se révélant un road-movie sans temps mort. De temps à autre, l'auteur suit de plus près les tractations des puissants pour mieux rebondir sur le destin exceptionnel de cet être hors du commun que se révèle être le fils bâtard de la reine Aldan. 

Nous traversons donc une bonne partie de la Bretagne de l'époque, c'est-à-dire l'Angleterre des tribus celtes qui se livrent une guerre sans merci et où tous les coups bas sont possibles. Les trahisons sont légions, les mariages arrangés de rigueur et les batailles sanglantes à souhait! On ne peut s'empêcher de frémir lors de l'embuscade dont est victime le seigneur et maître de Merlin au début du livre, la cruauté des hommes est ici frontale et sans concession. On retrouve une certaine paix de l'âme lors des passages plus légers qui voient Merlin et son ami le moine Blaise discuter de choses et d'autres pendant leur long périple, on sourit devant la peur panique de Merlin d'embarquer dans une frêle esquif, on reste coi lors de la nuit des morts où Merlin isolé dans la forêt entraperçoit la vérité sur ses origines... On passe par tellement d'états d'exaltation que la fin arrive bien trop vite... Comble du désespoir ma PAL est très fournie et je ne possède pas encore le volume 2. Il va falloir que j'attende un peu pour éviter les foudres de ma chère compagne... 

Je n'irai pas par quatre chemins, ce livre est une véritable petite bombe pour tout amateur d'Histoire et de légende, l'auteur maniant à merveille l'écriture et le déroulement de son récit. Passez la surprise du point de vue adopté (pas d'Arthur Pendragon dans ce livre, ils n'auraient pas vécu à la même époque), la lecture de ce roman est un enchantement (sic) de tous les instants. Courez-y, vous ne risquez pas d'être déçus!

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