lundi 19 septembre 2016

"Le Journal de Zlata" de Zlata Filipovic

zlata

L'histoire : 1991, Zlata a onze ans lorsque la guerre éclate à Sarajevo. Du jour au lendemain, l'insouciance de la jeunesse laisse place à l'indignation. Les jeux, l'école et les rires ont disparu devant les tirs incessants, la mort des proches, les nuits d'angoisse dans les caves. Pour dire sa colère, il ne reste à Zlata que son journal, tendrement surnommé Mimmy. "L'horreur a remplacé le temps qui passe", écrit-elle avec une lucidité poignante.

La critique de Mr K : Voici un livre culte dont j'avais beaucoup entendu parlé via des collègues et des connaissances du web. À chaque fois, le même son de cloche : tu verras ce livre est poignant entre tous, c'est la vision de la guerre par une enfant lucide et la Anne Frank de la guerre en Yougoslavie. L'occasion s'est présentée lors d'un chinage de plus d'adopter Le Journal de Zlata et d'enfin pouvoir lire ce phénomène. Franchement, ce fut une grosse claque comme on en connaît rarement, un texte d'une pureté formelle et au contenu à haute émotion qui nous tient au cœur et aux tripes.

Le journal débute début septembre 1991 à l'aube de la rentrée des classes. Zlata a hâte d'aller à l'école. Excellente élève, grande lectrice, elle aime apprendre et a l'avenir devant elle. Elle a beaucoup d'amis et comme tous les enfants de son âge, elle vit au rythme de sa vie de famille et de ses amis qu'elle a nombreux. Elle aime Michaël Jackson, regarde les clips sur MTV, joue à la poupée Barbie et regarde le monde avec un optimisme attendrissant. Tout va basculer lors de l'invasion de son pays par les troupes serbes et le siège de Sarajevo où elle habite. C'est le début de l'horreur qui va monter crescendo et fissurer toutes les certitudes de Zlata qui va devoir survivre avec sa famille et va grandir d'un coup, trop vite même face aux événements dramatiques qu'elle va vivre avant son extraction avec sa famille vers la France.

Rapidement, le simple journal d'une petite fille de onze ans change de forme et de thématique. Du simple journal quotidien d'une enfant innocente, les écrits se teintent de réflexions sur la politique et la guerre. Elle peint aussi de saisissants tableaux des relations humaines des habitants de Sarajevo et notamment de son quartier entre entre-aide et débrouille au jour le jour. Elle ne nous épargne rien de ses émotions et sentiments. Au départ, le choc de la guerre la fait décrire le moindre bombardement, le moindre blessé ou mort par balle (les snipers sur les collines environnantes n'épargnent aucune personne passant dans leur visée), les coupures de gaz et d'électricité. Et puis le temps passe, les exactions continuent et l'exceptionnel devient banal. Il perdure toujours un peu d'espoir dans l'esprit de Zlata mais elle s'habitue sans se résigner au conflit et aux horreurs qu'il produit.

Le quotidien est donc très difficile et entravent les aspirations de Zlata : retourner à l'école, continuer de suivre ses cours de piano, aller voir ses grands-parents de l'autre côté du pont ou les autres membres de sa famille en dehors de Sarajevo (impossible vous imaginez bien), visiter ses amis et s'amuser tout simplement. Elle voit ses parents s'inquiéter de plus en plus et ne peut que constater les ravages de la guerre tant au niveau de la ville que dans l'esprit des gens. Cette lente et progressive dégradation des choses est remarquablement décrite dans la langue simple et cristalline de Zlata qui comme beaucoup d'enfants de là-bas a appris à écrire très tôt, ce qui explique le niveau d'écriture de la jeune fille. Cela rend le texte riche et vivant à la fois, d'une puissance émotionnelle impressionnante qui nous bouscule dans nos retranchements.

Mais ce journal est une manière pour Zlata de tenir et de garder le cap dans un monde en pleine déliquescence autour d'elle. Elle n'épargne d'ailleurs pas le spectacle pitoyable des politiques de son pays (ces chers bambins comme ils étaient surnommés alors) et la lenteur de l'ONU pour intervenir et tenter de stopper les massacres. Elle se concentre alors sur ses apprentissages rendus très difficiles par la guerre mais aussi sur l'aide apportée par leurs voisins et amis. Les solidarités sont fortes, émouvantes et Zlata se plaît à nous les décrire, tissant un maillage dense de relations et d'entraide. Un repas, un enterrement d'animal familier, un anniversaire ou encore la quête de l'eau, c'est autant d'actes du quotidien qui prennent un sens et une profondeur incroyable dans des textes incisifs, bouleversants et éclairants sur une réalité dans un lieu et un temps donné.

On alterne donc phases d'espoir et moments d'abattement. C'est très touchant de part la langue employée, sans ambages ni recherche stylistique qui renforce encore plus le réalisme de ce que vit la fillette. Ce témoignage est assez unique et explique bien des choses sur notre nature et nos capacités de destruction et parfois de soutien les uns envers les autres. Une sacrée expérience pour un sacré livre. À lire absolument pour se rendre compte aussi de la chance que l'on a d'avoir ce que l'on a même si c'est peu et même si notre époque n'est pas évidente. Une lecture salutaire et unique.

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lundi 8 février 2016

"Journal d'un vampire en pyjama" de Mathias Malzieu

journal d'un vampire amoureuxL'histoire : Me faire sauver la vie est l'aventure la plus extraordinaire que j'aie jamais vécue.

La critique Nelfesque : "Journal d'un vampire en pyjama" est le dernier ouvrage de Mathias Malzieu paru en librairie le 27 janvier dernier. Cela faisait longtemps que j'attendais un nouveau roman de cet auteur que j'aime tant et j'ai sauté de joie à la vue de celui-ci. Je n'avais pas suivi le début de promo autour de l'oeuvre, la quatrième de couverture était énigmatique et j'ai plongé dans ce journal comme dans l'inconnu.

Il ne s'agit pas ici d'un roman mais bel et bien d'un journal. C'est marqué dessus, c'est comme le Port Salut ! Mathias Malzieu a été gravement malade fin 2013 et cet ouvrage est le journal de bord qu'il a tenu pendant une année entière. Une année pendant laquelle il a traversé l'enfer, vécu de nombreux doutes, eu peur pour sa vie, côtoyé la mort.

Atteint d'une maladie rare du sang, Mathias a connu les chambres stériles, les séances de chimiothérapie, les traitements post greffe... Nous le suivons ici dans son combat contre la maladie et son tête à tête avec Dame Oclès, mystérieuse femme dangereuse et sexy qui vient le voir chaque jour. Car oui, malgré une histoire très ancrée dans la réalité cette fois ci, forcément puisque c'est du vécu, Mathias Malzieu insuffle ça et là des éléments oniriques et poétiques, comme il sait si bien le faire. Sa plume est toujours belle et évocatrice même si ici je l'ai trouvé quelque peu répétitive et des formulations qui font mouche à la première lecture et vont droit au coeur s'émoussent légèrement quand elles sont utilisées plusieurs fois. Dommage...

Oui mais voilà, peut-on critiquer une oeuvre telle que celle-ci ? De part l'épreuve qu'a subi l'auteur, peut-on pinailler sur des petits détails ? Oui il le faut ! Tout en gardant en tête qu'il s'agit là d'une oeuvre unique dans la bibliographie de Mathias Malzieu, un témoignage d'un instant T et un ouvrage important pour ce qu'il représente (la lutte contre la maladie, le courage, l'amour des siens, la compétence du corps médical...), ce "Journal d'un vampire en pyjama" n'a pas la portée fantastique et lyrique des autres romans de l'auteur. Pour autant, je me réjouis de lire à nouveau des écrits de Mathias et suis ravie de savoir qu'il s'en est sorti (je ne spoile rien). Dire qu'on a été à deux doigts de perdre cet artiste majeur, ça me met un coup au moral ! Mais heureusement tout est rentré dans l'ordre et Mathias Malzieu pourra de nouveau nous écrire de belles histoires...

"Journal d'un vampire en pyjama" signe un moment important dans la vie de son auteur. Le moment où il est né pour la seconde fois. Un message d'amour et d'espoir pour tous ceux qui se battent actuellement contre une maladie grave. Merci pour eux Mathias !

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog :
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel
- Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi
- Le Plus petit baiser jamais recensé

vendredi 11 mai 2012

"Le Cercle des huit" de Daniel Handler

cercleL'histoire: Que s'est-il passé ce soir mémorable d'Halloween ? Aujourd'hui, sur le parking des élèves, le corps d'Adam State a été retrouvé dans le coffre d'une voiture volée. Il avait disparu depuis presque une semaine. A vrai dire, le plus inquiétant n'est pas sa mort, mais la manière dont il est mort. Adam State a été tué au cours de ce qui s'apparente à un rituel satanique… Il ne s'agit pas d'un fait divers. Lisez le journal de Flannery, la narratrice de cette histoire, non pour le frisson macabre dont chacun d'entre nous raffole, mais pour la leçon capitale qu'il nous offre.

La critique Nelfesque: Je me suis lancée dans cette lecture en me plantant littéralement d'histoire. A la vue de la 4ème de couverture, je m'attendais à un thriller, voir un roman à suspens et finalement "Le Cercle des huit" n'est ni l'un ni l'autre. Un faux départ qui explique sans doute en partie mon avis assez mitigé en cours de lecture sur ce roman.

Daniel Handler a fait le choix du journal intime pour relater les faits. Nous sommes directement en contact avec Flan, narratrice et actrice principale de l'histoire, jeune lycéenne américaine de Terminale. Nous allons suivre son début d'année scolaire, faire la connaissance de ses amis, découvrir ses préoccupations...

Le ton est léger parfois, désinvolte souvent, la narration est particulière. Flan écrit comme elle parle et cela donne des phrases biscornues, des idées jetées pêle-mêle sur le papier et des concordances de temps assez fantaisistes. Le lecteur doit en prendre son partie, l'auteur (fictif) est une adolescente et ce roman séduira sans doute bien plus les ado que les adultes qui peuvent y voir des maladresses linguistiques et des préoccupations superficielles. Ce fut mon cas. J'aurai pu tout de même éprouver une tendresse particulière pour cette bande de lycéens, ou pour Flan elle-même, mais n'ayant pas été une adolescente semblable à ceux présentés ici, je ne m'y suis pas attachée et le choix du journal intime n'a pas fonctionné sur moi.

Pendant les 100 premières pages, je me suis demandée quel livre j'avais ouvert. Je n'étais pas du tout là où je pensais me trouver et "Adam State tué au cours de ce qui s'apparente à un rituel satanique", comme l'indique la 4ème de couverture, n'était toujours pas mort. A la page 350 non plus... J'ai compris par la suite que finalement ce roman est essentiellement la justification du meurtre et ce qui s'est passé avant. Qu'est ce qui a mené à ce drame? Qui a tué Adam? Flan, actuellement en prison, est-elle coupable? Qui sont ses amis et qu'ont-ils de satanique? 

J'ai donc eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire et, bien que souriant à certaines situations très "Skins" (une série anglaise dont je conseille vivement les deux premières saisons), je me suis souvent retrouvée perplexe devant ces lignes. Après avoir ramé pendant la moitié du roman, les 100 dernières pages m'ont donné une meilleure opinion de l'ensemble. Là où il n'y avait jusqu'alors que futilité, cours séchés, beuveries entre jeunes bourgeois, le roman a basculé dans une toute autre dimension. Le lecteur est alors mené par le bout du nez jusqu'au final. La scène de la soirée du meurtre est orgiaque, décadente et surréaliste. On bascule dans le glauque et une dimension psychologique fait son apparition. En 100 pages seulement Daniel Handler a justifié le fait que je me sois accrochée à ce roman pourtant maintes fois laissé de côté au cours de ma lecture. Il eut été dommage de ne pas aller jusqu'au bout. Il faut s'accrocher, c'est particulier, mais le final est étonnant.

L'autre point positif de ce roman est la critique de l'opinion publique, des spécialistes et des médias qui s'excitent autour de l'affaire et multiplient les interventions bien pensantes et moralisatrices. Autant de démonstrations de ce qui doit être fait et de ce qui ne le doit pas qui nous rappelle que l'adolescence est un moment difficile où les seules lois universelles sont celles de la loyauté et de l'amitié. Les adultes détourneront les propos de Flan et de ses amis, dissèqueront la moindre photographie à la recherche de preuves de mode de vie malsaine. Des déformations qui révoltent Flan et qui mettent en avant, page après page, sa psyché tourmentée.

"Le Cercle des huit" est donc au final une bonne surprise. Ce roman est plus intelligent qu'il n'y parait au premier abord. A lire donc pour la critique virulente de la morale bien pensante et des dérives de l'adolescence qu'il présente.  

Posté par Nelfe à 17:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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samedi 20 février 2010

"J'ai voulu porter l'étoile jaune" journal de Françoise Siefridt

_toileL'histoire: Le témoignage unique d'une jeune chrétienne, internée dans les camps français pour avoir porté l'étoile jaune.

C'est le jour même de l'ordonnance nazie imposant le port d'un insigne à tous les Juifs que Françoise Siefridt, une étudiante chrétienne de dix-neuf ans, décide d'arborer l'étoile jaune avec l'inscritpion "Papou", pour en dénoncer le caractère barbare et humiliant. Un geste de solidarité courageux qui lui vaut d'être aussitôt arrêtée par la police française. De juin à août 1942, au cours de son internement comme "amie des Juifs" aux camps des Tourelles puis de Drancy, Françoise Siefridt a tenu un Journal dans lequel elle rapporte les scènes poignantes dont elle a été témoin.

La critique Nelfesque: Voici là une lecture dure et éprouvante. Ce Journal de Françoise Siefried relate 86 jours de sa vie, privée de liberté et témoin "privilégié" d'un morceau de notre Histoire qu'il est encore aujourd'hui difficile de concevoir tant des actes abjectes et immoraux ont été perpétré. Jugés totalement injustes et injustifiés autrement que dans des cerveaux malades, des actes de résistance ont fort heureusement émergé çà et là. Certains en ont payé de leur vie, d'autres, comme Françoise Siefridt, ont été "seulement" arrêté. De cet internement ressort aujourd'hui ce Journal qu'elle a tenu sur un petit cahier d'écolier.

Cette jeune femme de 19 ans portait l'étoile juive "amie des Juifs". Pour ce délit, cet acte de soutien et de solidarité, elle a été arrêté. Son journal commence ici. S'en suit une incarcération au camp des "Tourelles" où Juifs, amis des Juifs et "politiques" (communistes pour la plupart) sont regroupés dans l'attente d'un transfert au camp de Drancy, l'antichambre d'Auschwitz. Ce journal, très court, de 68 pages ne laisse que très peu transparaître les émotions et protestations de cette jeune fille. Sans doute craignait-elle de se le voir retirer et risquer ainsi bien pires traitements.

C'est donc de manière pudique que cette étudiante  d'hypokhâgne relate les faits de cette étape précurseur des camps d'extermination. Une sorte de "no man's land" où règne la peur et le doute mais aussi l'espoir et l'attente. Sa foi ainsi que ses amitiés, malheureusement de courtes durées, avec ses compatriotes de coeur, l'ont aidé à traverser ce lourd moment dont certains ne sont pas revenus...

Le journal est précédé d'une longue préface qui, bien que remettant dans le contexte le témoignage de Françoise Siefridt, se révèle être lourd et indigeste. Voulant vraiment lire ce livre du début à la fin, j'ai dû me faire violence pour ingurgiter 81 pages remplies de dates et de noms propres. Toutefois, celles-ci mettent l'accent sur les réactions de l'Eglise Catholique de l'époque et permettent de nous éclairer sur les textes officiels souvent occultés ou très vite balayés.

La postface, quant a elle, décripte le Journal en ressituant certains personnages présents dans ce dernier et nous apporte quelques éléments de réponse sur la vie de Françoise Siefridt. Très intéressant. Les annexes sont aussi, à mon sens, très utiles.

"J'ai voulu porter l'étoile jaune" est donc un livre/témoignage qu'il est bon d'avoir lu pour ne pas oublier et continuer de résister face aux mouvements extrémistes menant inévitablement à des actes lugubres et inhumains. Et ce partout dans le monde.