mercredi 8 janvier 2020

"La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires" de Tim Burton

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L’histoire : Fidèle à son univers d'une inventivité si particulière, mêlant cruauté et tendresse, macabre et poésie, Tim Burton donne le jour à une étonnante famille d'enfants solitaires, étranges et différents, exclus de tous et proches de nous, qui ne tarderont pas à nous horrifier et à nous attendrir, à nous émouvoir et à nous faire rire. Un livre pour les adultes et pour l'enfant qui est en nous.

La critique de Mr K : Lecture spéciale Noël avec cet ouvrage qui n’a que trop tardé à être sorti de ma PAL. Je suis fan de Tim Burton depuis toujours et j’ai été ravi d’accueillir La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires au sein de ma bibliothèque. Ce fut une très belle expérience de lecture qui mêle mélancolie, poésie et belles illustrations, on passe un moment inoubliable et totalement magique.

23 histoires composent ce recueil à la saveur très particulière. 100% burtoniens, ces récits parfois très courts et en vers, nous emmènent loin, très loin dans l’imagination débordante d’un auteur vraiment atypique. On retrouve sa fascination pour l’enfance et les malheurs qui parfois l’entourent, la noirceur de la destinée humaine et son goût pour une esthétique sombre que ce soit au niveau des illustrations et des textes que Burton a entièrement réalisés lui-même. L’objet est très beau en lui-même, l’édition est bilingue ce qui permet de passer allègrement de la VO à la VF pour un plaisir renouvelé.

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Comme il fallait s’y attendre d’une œuvre de Tim Burton, les histoires sont ici bien souvent cruelles mais toujours poétiques et à fleur de mot. On croise nombre de personnages interlopes, vous savez les fameux marginaux de la vie qu’affectionne tout particulièrement l’auteur. Le petit enfant huître, le garçon à tête de melon, la fille vaudou, l’enfant tâche ne sont que quelques uns des personnages farfelus mais néanmoins touchants qui errent dans ces pages. On retrouve l’inversion des valeurs si chère à son cœur car l’étrange devient normal et le normal devient étrange, provoquant une foule d’émotions contradictoires dans le cœur du lecteur littéralement conquis par un ouvrage qui emporte tout sur son passage.

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Petit bijou macabre à l’humour noir dévastateur, on redécouvre Tim Burton sous un autre support et on plonge dans son univers avec plaisir. On y retrouve sa patte qui nous rappelle aussi bien Les Noces funèbres, Frankenweenie que son superbe court métrage Vincent. La langue délicate, les illustrations aussi glauques que touchantes sont autant de petits diamants bruts qui nous transportent et nous ravissent. Un grand et beau moment de lecture.

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mardi 17 décembre 2019

"Matilda" de Roald Dahl

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L’histoire : A l'âge de cinq ans, Matilda sait lire et a dévoré tous les classiques de la littérature. Pourtant, son existence est loin d'être facile, entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d'une franche malhonnêteté. Sans oublier Mlle Legourdin, la directrice de l'école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Sous la plume acerbe et tendre de Roald Dahl, les événements se précipitent, étranges, terribles, hilarants. Une vision décapante du monde des adultes !

La critique de Mr K : Aaaah Roald Dahl ! C’est toute mon enfance, mes premiers amours livresques et un doux parfum de nostalgie m’envahit quand je repense à lui. Je n’avais jamais lu Matilda par contre, j’ai juste vu l’adaptation ciné de De Vito à l’époque de sa sortie. C’est dans un vide grenier que je suis tombé sur le présent volume et par n’importe lequel : la collection 1000 soleils de chez Gallimard ! J’ai profité d’un gros coup de moins bien pour le sortir de ma PAL et le moins que je puisse dire c’est que j’ai bien fait !

Matilda est un petite fille précoce qui à cinq ans sait déjà lire, écrire et compter. Autodidacte, elle n’a pas eu le choix. En effet, les membres de sa famille sont d’une rare bêtise et ne se préoccupent pas d’elle : une mère obsédée par ses parties de loto et son feuilleton télévisuel, un père bourru, malhonnête et beauf au possible, et un grand frère qui suit la voie toute tracée par leurs parents. Heureusement, Matilda est débrouillarde et dès ses quatre ans, elle commence à fréquenter la bibliothèque du village où elle fait ses premières armes de lectrice. Et puis, c’est le début de l’école et la rencontre magique avec sa maîtresse, la si belle et gentille Mlle Candy. Mais une ombre plane, celle de la terrible directrice qui s’apparente à un véritable ogre qui déteste les enfants et qui aime plus que tout au monde les humilier et les faire souffrir. Matilda a plus d’un tour dans son sac, de nombreux amis et bientôt la guerre est déclarée !

C’est drôle mais dès le premier chapitre, j’ai retrouvé toute la magie de Roald Dahl et en premier lieu sa manière toute particulière de raconter une histoire avec un point de vue distancié, volontiers ironique par moment. Cet homme là ne prend pas nos enfants pour des imbéciles et cela se ressent instantanément. Pas de niaiserie excessive, un humour qui fait mouche et des passages plus flippants qui garantissent un plaisir de lire de tous les instants. D’ailleurs, même les grands se régalent, l’écriture pleine de finesse, le vocabulaire enrichi et les situations dantesques s’alignent avec un bonheur certain.

Les personnages sont toujours aussi bien croqués avec une protagoniste principale craquante à souhait, qui ne prend jamais la grosse tête malgré ses facilités et s’avère d’une malice contagieuse. Cette petite fille a de l’énergie à revendre, une maturité incroyable et un don étrange qui prendra toute son importance par la suite. On aime aussi tout autant l’institutrice bienveillante qui cache un douloureux secret, les amis délurés de Matilda qui affrontent bravement la directrice en chef (cela donne des face-à-face dantesques et rigolos comme tout). Et puis, les méchants sont pas mal non plus avec une famille épouvantable dans tous les sens du terme et une Mlle Legourdin qui porte vraiment bien son nom. Bon, certes, c’est de la littérature jeunesse, tout cela est bien exagéré mais franchement on s’en paie une bonne tranche et l’ensemble se lit d’une traite.

Et puis, il y a un fond sérieux très intéressant avec la place d’une enfant mal-aimée dans sa famille qui touchera les plus sensibles d’entre vous. L’approche pédagogique différenciée pour aider Matilda à progresser et les discussions qu’elle a avec sa maîtresse peuvent être interprétées à différents degrés. Derrière ce qui pourrait s’apparenter à une petite histoire sans relief, se cache un récit profond et source de réflexion pour une jeune pousse en devenir. C’est diablement malin et rudement bien écrit, il serait dommage de ne pas le donner à lire aux jeunes qui vous entourent. Pour ma part, je pense que la future Little K n’y coupera pas !

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dimanche 8 décembre 2019

"Thésée, Ariane et le Minotaure" d'Évelyne Brisou-Pellen

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L’histoire : Quand il découvre que son père n'est autre qu'Egée, le roi d'Athènes, le jeune Thésée décide de le rejoindre. Menacée par cet intrus, Médée, la nouvelle épouse du roi, tente de l'empoisonner. Il en réchappe par miracle et devient prince d'Athènes. Mais la cité vit des jours difficiles. Tous les neuf ans, elle doit livrer à Minos, le roi de Crête, sept jeunes garçons et sept jeunes filles, destinés à être offerts en pâture au Minotaure qu'il garde enfermé dans un labyrinthe. Le jeune prince décide d'affronter le monstre et se mêle aux otages. Pour accomplir sa périlleuse mission, il se fait une alliée providentielle : Ariane, la propre fille de Minos, tombe éperdument amoureuse de lui...

La critique de Mr K : Retour en enfance rafraîchissant aujourd’hui avec Thésée, Ariane et le Minotaure d’Evelyne Brisou-Pellen. J’ai depuis mon plus jeune âge toujours adoré les récits mythologiques et j’ai eu l’occasion de découvrir cette auteure au collège dans un autre registre. Mes souvenirs concernant l’ouvrage en question sont confus (Le Mystère de la nuit des pierres si je me souviens bien...) mais je me rappelle l’avoir dévoré et avoir gagné mes galons de futur grand lecteur avide de nouvelles sensations. Quelle surprise donc de la retrouver aux manettes de la réécriture d’un mythe aussi connu que celui de Thésée ! Trouvé dans mon casier de prof dans une énième opération séduction d’un éditeur de livres para-scolaires, je dois avouer qu’il n’est pas resté longtemps dans ma PAL. Il ne m’a pas fallu plus de deux heures pour dévorer cet ouvrage qui mêle la trame légendaire et dossier d’étude appliqué aux niveaux 6ème et 5ème. Je m’attarderai ici uniquement sur la partie littéraire.

Evelyne Brisou-Pellen se propose donc de nous raconter en détail l’existence de Thésée depuis ses mystérieuses origines jusqu’à son fameux morceau de bravoure au fin fond du labyrinthe enfoui sous le palais de Minos à Knossos. Très jeune, comme toujours avec les héros antiques, Thésée révèle de belles habiletés physiques, morales et même de commandement (il faut le voir jouer avec ses camarades avec la peau du lion de Némée). Courage et fidélité le caractérisent et au fil de sa croissance, il s’épaissit et gagne en confiance. Vient le temps de la révélation sur le mystère entourant sa naissance : il est fils de roi et par n’importe lequel, Égée, le souverain d’Athènes, rien de moins que la cité grecque la plus puissante de l’époque !

Il part donc pour cette cité pour se révéler à son père, connaît moult péripéties sur le chemin, affronte de multiples adversaires plus retors et extraordinaires les uns que les autres et finit par arriver au palais de son géniteur naturel. C’est le choc pour ce dernier, Thésée doit affronter sa belle-mère Médée (l’archétype de la vieille peau relou soit dit au passage...) et finir par apprendre le triste et dramatique tribut que doit verser la cité au roi Minos de Crête. Athènes doit envoyer douze filles et garçons en sacrifice au minotaure, créature monstrueuse résidant dans une demeure dont nul n’est jamais revenu ! N’écoutant que sa témérité (et sa folie diront certains), Thésée s’impose pour le voyage et va devoir affronter cet être cauchemar tout en conquérant au passage le cœur de la belle Ariane...

La plupart d’entre nous connaissons cette histoire par cœur, il n’y a donc pas de réelle surprise lors de cette lecture quand on est adulte. On se remémore de beaux moments d’anthologie (l’histoire des voiles et le drame qui s’ensuit notamment), et l’on se plait à suivre ce jeune impétueux qui ne doute de rien. Le tour de force de l’auteure réside dans le fait qu’elle réussit à dépoussiérer le mythe sans pour autant le trahir. Thésée est ici fait de chair et de sang, il doute parfois, s’emporte, se prépare le matin, succombe au charme d’Ariane et tout cela en mettant en avant son humanité. Le héros est dont palpable, on pourrait le toucher du doigt et je pense que cet aspect des choses est loin d’être anecdotique, permettant même aux plus jeunes de s’identifier à cet être d’exception qui a tout de même ses propres défauts.

Cette aventure est aussi le prétexte pour donner de belles leçons de vie, sur la nécessaire abnégation dont nous devons tous faire preuve pour réaliser nos rêves, c’est aussi apprendre parfois à renoncer comme dans le dernier chapitre de ce livre finalement bien cruel en premier lieu pour Égée mais aussi Thésée et Ariane. Belle histoire que celle-ci, très bien mise en mots par Evelyne Brisou-Pellen qui conserve une forme classique (surannée diront certains) pour garder l’aspect mythique du récit. En cela, le texte pourra paraître un peu ésotérique aux lecteurs les plus fragiles, heureusement de nombreuses notes de bas de page ont été glissées pour faciliter la compréhension. Le livre se prête aussi très bien à la lecture à voix haute lors d’une soirée de conte et de réflexion.

Très bel ouvrage vraiment que je ne peux que vous conseiller pour appréhender une matière essentielle à la formation de l’individu, à la compréhension de l’humain, de ses désirs et du sens que l’on peut donner à la vie en général.

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jeudi 14 novembre 2019

"Mes 150 pourquoi : la Terre" de Anne-Claire Lévêque et Stephane Nicollet

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Le contenu : Le monde qui nous entoure est d’une grande complexité !

Pourquoi Internet a-t-il été une révolution planétaire ?
Pourquoi parle-t-on d’un "Continent de plastique" ?
Pourquoi un être humain sur dix n’a-t-il pas accès à l’eau potable ?
Pourquoi les Japonais célèbrent-ils la déesse du Fuji-Yama ?

La critique de Mr K : Changement de registre aujourd'hui avec un ouvrage documentaire destiné aux plus jeunes à partir de sept ans. Mes 150 pourquoi : la Terre se propose, à travers de multiples interrogations, de titiller la curiosité et d’inciter à la découverte de notre chère planète bleue et de ses habitants. Plus jeune, je raffolais de ce types de livres et mes parents m’en avait offert un certain nombre. Il y a donc eu un doux parfum de madeleine de Proust lors de la lecture de cet ouvrage fort réussi.

Divisé en cinq grandes parties qui balaient toute une série de questions, il satisfera tout ceux qui s’intéressent au monde qui les entoure. La première partie se présente sous forme de cartes successives qui reviennent sur des fondamentaux comme la tectonique des plaques, les continents et océans, les climats ou les grandes nations du monde. Puis à travers une thématique "paysages", les auteurs reviennent sur les grands ensembles naturels de notre planète comme les fleuves, les lacs, les montagnes, les déserts ou les merveilles naturelles dont regorge le monde que l’on ne connaît jamais assez bien.

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Ensuite, on s’intéresse à la population humaine (c’est la mode de la géographie humaine depuis maintenant plus de trente ans) avec la répartition démographique, les grandes mégalopoles du monde, les transports plus ou moins originaux qui existent ou encore la symbolique de certains drapeaux. On enchaîne de suite avec la question des ressources avec un focus sur l’eau, sur l’alimentation, les sources d’énergie, les dangers qui menacent la Terre et les solutions que l’on peut envisager. Enfin, on termine avec les cultures du monde avec des points sur les drôles d’habitats, les cultures gastronomiques, les jeux, jours de fêtes ou encore des architectures très particulières.

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Comme vous pouvez le constater la liste est longue et à aucun moment l’ennui ne pointe le bout de son nez. Bien illustré, levant des questions parfois étonnantes, toujours enrichissantes, les pages se tournent toutes seules et sans efforts. Les plus jeunes en apprendront donc beaucoup tout en s’amusant. Je reste réservé sur certains textes que j’ai trouvé parfois orientés (je pense notamment au légendage sur le gaz vendu à un prix très accessible par la Russie, pas sûr que l’Ukraine et les pays de l’est soient de cet avis en cas de crise diplomatique) mais bon je chipote… Vous me connaissez, il faut que je râle tout de même. J’ai beaucoup apprécié par contre les éléments écologiques qui incitent nos chers têtes blondes à se saisir de ce sujet, à ne pas tomber dans le fatalisme et essayer de réagir. Greta Thunberg est passée par là et c’est salutaire.

Voilà donc un ouvrage frais, bien réalisé et qui permettra aux plus grands et aux plus petits d’amorcer des discussions intéressantes et de s’emparer de sujets hautement importants. Une chouette découverte que je vous invite à tenter à votre tour.

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mardi 4 juin 2019

"Les Aventures de Tom Bombadil" de J.R.R. Tolkien

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L’histoire : Apprenons en plus sur Tom Bombadil, le mystérieux personnage que Frodon rencontre dans le premier tome du seigneur des anneaux. Tom Bombadil est un joyeux drille vivant dans la Vieille Forêt en plein cœur de la Terre du Milieu.

La critique de Mr K : Avec cette lecture, on touche au sacré pour moi. Gros fan devant l’absolu de J.R.R. Tolkien qui a nourri mes rêves d’évasion étant enfant, j’avais envie de relire ce petit ouvrage versifié du maître de la fantasy. Les Aventures de Tom Bombadil est un recueil de poésie qui regroupe en son sein plusieurs pièces plus ou moins longues, mélange de contes et de chansons que l’on raconte à ses petits enfants quand on habite en Terre du Milieu. Ce re-reading s’est avéré savoureux et plein de nostalgie.

Mon édition étant bilingue, j’ai pu compulser cet ouvrage en passant de la langue de Shakespeare à sa traduction française par Dashiell Hedayat, écrivain / musicien ayant officié dans les 70's avec le très talentueux et planant groupe Gong. Ce fut une belle expérience que de passer d’une langue à l’autre, cela permet de saisir toutes les nuances dans la forme et le propos, la poésie ayant cette subtilité supplémentaire qui nourrit l’âme et le cœur. À ce propos, sans rentrer dans de la métrique ou dans l’étude purement littéraire, on se rend vite compte de la maîtrise langagière de Tolkien qui en tant que versificateur n’a rien à envier aux grands noms de la poésie anglo-saxonne. C’est beau, pur, cristallin, presque évident quand on le lit. Répercussions des sons, rythmique languissante, enveloppante sont autant d’éléments qui procurent un plaisir de lire et de relire immédiat.

Alors que trouve-t-on dans ce recueil ? Je dois bien avouer que depuis ma première lecture le temps avait passé et que je n’en avais plus beaucoup souvenir. Bien évidemment, on retrouve ce bon vieux Tom Bombadil qui nous a tant manqué dans l’adaptation de Peter Jackson du Seigneur des anneaux. Amateur d’herbe de Langoulet et de bonne bière, dragueur de nymphes et hédoniste assumé, peut-être était-il trop barré, irrévérencieux (les hobbits y passent une soirée mémorables dans le livre pour ceux qui s’en rappellent) et ne convenait pas aux grands studios américains ? Le fan que je suis avait été un peu douché par cette absence, heureusement il nous reste la matière originelle. Tom est présent dans les deux premiers poèmes où l’auteur nous invite à le suivre dans ses pérégrinations dans la nature, ses rencontres étranges avec diverses créatures et ses mésaventures de soirée. C’est frais, poétique, drolatique même et on se laisse porter par les vers qui s’écoulent comme une bonne vieille ballade à l’ancienne. Ça y est, on y est, on est de retour en Terre du Milieu !

Et puis ensuite, il y a les autres poèmes qui mettent en scènes divers personnages dans des scénettes plus courtes où alternent poésie pure, contemplation, aventures picaresques et rocambolesques. Un troll esseulé en quête de compagnie, les elfes qui s’apprêtent à quitter le monde des mortels, des chats-gluants redoutables vivant dans des cavernes, des dragons gardant jalousement leur trésor ou encore des fêtards qui ont du mal à rentrer chez eux sont autant de poèmes délicats et drôles à la fois. Là encore, c’est un pur plaisir de retourner dans cet univers si vaste et fantasmagorique. On se retrouve en enfance, on sourit, on essuie même parfois une larme face à certains passages pathétiques. Nature et créatures ne font plus qu’un et l’on imagine les parents racontant ces histoires au coin du feu, les soirs d’hiver où le sommeil ne vient pas. Et puis, il y a en filigrane ces valeurs positives qui ressortent des poèmes sans pour autant tomber dans la morale liberticide et convenue.

Les Aventures de Tom Bombadil de J.R.R. Tolkien est une lecture inoubliable, une madeleine de Proust vers laquelle se tourner quand l’esprit est embrumé et la peine parfois trop présente dans nos existences. Un doux baume dans un écrin langagier unique à découvrir au plus vite si ce n’est déjà fait !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Les Enfants de Hùrin
- Bilbo le hobbit

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lundi 22 avril 2019

"Alex, fils d'esclave" de Christel Mouchard

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L'histoire : – Mon nom est Dumas. Inscrivez : Alexandre Dumas. Se tournant vers Marie-Louise, il ajouta : – Mais les gens qui m’aiment m’appellent Alex.

Le jeune Alex a une vie trépidante. Ses exploits en escrime et ses succès à la cour font de lui un des nobles les plus admirés de Paris. Mais ses origines le rattrapent lorsqu’il retrouve sa sœur, esclave comme leur mère, qui s’apprête à rejoindre une révolte en Haïti. Alex décide de prendre lui aussi son destin en main, car partout se murmure un mot… Révolution !

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie jeunesse aujourd'hui avec Alex, fils d'esclave de Christel Mouchard. Cette dernière nous propose un roman virevoltant racontant les aventures de jeunesse supposées du père d'Alexandre Dumas (un de mes auteurs de classique favoris), réel fils d'une esclave noire et d'un noble désargenté. Cette fiction s'attarde donc essentiellement sur l'enfance et surtout l'adolescence de celui que sa famille surnommait Alex...

Tout débute à Saint Domingue où nous faisons la connaissance d'Alex, de sa sœur Rose et de leur mère Cessette Dumas. Esclave d'Antoine de la Pailleterie, elle lui a donné deux enfants vifs et indépendants. D'ailleurs dans le domaine agricole où ils résident, les esclaves sont relativement libres de leur mouvements et ils sont plutôt bien traités. Cependant, ils ne s'appartiennent pas et ne sont pas considérés pour autant comme des êtres humains à part entière, à cette époque où les idées des Lumières commencent à faire leur chemin et nourrissent les prémices de la Révolution à venir. Au bord de la faillite, le maître vend son amante et ses deux enfants à un noble français désireux d'acquérir de nouveaux outils humains. Mais au bout de quelques mois, voilà Alex racheté par une vieille connaissance de son père qui le remmène en France auprès de son géniteur qui a vu la fortune tourner en sa faveur.

Alex va alors connaître la vie de château et recevoir l'éducation d'un gentilhomme. Malgré le coup de Trafalgar de son père et sa famille qui lui manque, il va bénéficier de cette nouvelle condition. Lecture, écriture, mathématiques, cours de bienséance puis d'escrime, sont autant de leçons qui vont le forger, l'éduquer et l'éloigner de son précédent statut. Pour autant, l'amitié de Marie-Louise, les inimitiés de certains nobles qui voient d'un mauvais œil ce métisse arrivé au sommet vont lui permettre de rester sur terre, de comprendre bien mieux le monde et finalement prendre les décisions capitales qui s'imposent pour vivre en accord avec ce qu'il est et ce qu'il pense.

Ce roman se lit tout seul et conviendra parfaitement aux jeunes lecteurs même ceux qui ne sont pas de grands aficionados de lecture à la base. Rentrant très vite dans le vif du sujet, collant au plus près de ses personnages, il n'y a pas vraiment de temps morts, l'auteure dosant à merveille le rythme de son ouvrage. Les personnages en vivent des péripéties et personnes n'est vraiment épargné avec des propos parfois durs ! L'esclavage est ici traité frontalement avec les réalités horribles qu'il recouvre : les châtiments corporels bien sûr mais aussi la possibilité d'être revendu à n'importe quel moment comme un vulgaire objet. Cet aspect psychologique est très bien rendu et marquera j'en suis sûr les jeunes esprits, rentrant complètement dans une réalité historique toujours au programme en 4eme et absolument nécessaire à connaître.

L'ouvrage propose aussi un très beau parcours de personnage avec un Alex en butte avec l'autorité, l'injustice criante que son père lui fait en le séparant de sa mère et de sa sœur (qu'ils considèrent clairement comme inférieures) mais aussi sa croissance et le passage de l'adolescence. Là encore, Crystel Mouchard fait preuve d'une grande sensibilité et d'une grande finesse d'analyse en proposant un parcours quasi initiatique autour de thématiques classiques de l'âge ingrat : l'isolement, la solitude, la force de l'amité et les premiers émois amoureux. Rajoutez dessus une touche d'insurrection naissante avec des groupes qui commencent à se former dans des séances de lectures publiques autour de Rousseau notamment et vous vous retrouver devant un livre fort bien mené entre petite histoire personnelle et grande Histoire qui prépare un coup d'éclat en France.

Très bien écrit, sans temps mort, cet ouvrage est une vraie réussite qui conviendra à tous les jeunes épris d'Histoire, d'aventure et de destins peu communs. Un "must read" dans son genre.

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lundi 25 février 2019

"Les Étonnantes aventures du merveilleux minuscule Benjamin Berlin" de Julien Dufresne-Lamy

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L'histoire : Depuis qu’il a sept ans, Benjamin Berlin sait lire les pensées des gens. Il lui suffit de les toucher pour entrer dans leur tête. Sans effraction. En catimini. Il est télépathe ! Un pouvoir de sorcier amusant quand il s’agit de jouer des tours à sa sœur mais un secret lourd à porter quand il entend des choses qu’il ne devrait pas savoir. En plus, la vie de la famille est rythmée par les fréquentes mutations du père diplomate. Benjamin Berlin a maintenant treize ans (et il est toujours aussi petit pour son âge !) et un déménagement au Japon le plonge dans un monde nouveau, d’abord indéchiffrable, mais ô combien fascinant. Il va y faire la rencontre de deux Japonais de son âge, Junji et Kurumi, possédant comme lui un don très spécial.

La critique de Mr K: Je vais vous présenter une très belle lecture aujourd'hui avec une petite incartade du côté de la littérature jeunesse avec Les Étonnantes aventures du merveilleux minuscule Benjamin Berlin de Julien Dufresne-Lamy, un auteur que j'ai déjà pratiqué deux fois. Excellent dans le roman jeunesse mais aussi dans des récits plus adultes, je remettais donc le couvert avec plaisir et je n'ai pas été déçu une fois de plus. Il faut dire que les ingrédients de base étaient faits pour moi : le Japon, un récit initiatique, un jeune héros malicieux et une touche de magie pour saupoudrer le tout. Suivez le guide !

Benjamin n'est pas un garçon comme les autres, il a un don qu'il a découvert très jeune : celui de pouvoir lire les pensées des gens quand il les touche. L'histoire débute lorsque son père qui travaille pour la diplomatie française est muté dans l'Empire du Soleil levant. Voilà la famille propulsée à Tokyo, ville gigantesque qui ne dort jamais. Entrecoupé de quelques flashbacks bien sentis où le narrateur nous raconte les étapes de sa découverte de ses capacités hors norme et la présentation des membres de sa famille, on le suit dans son installation japonaise et bientôt, la nécessité pour lui de s’entraîner pour domestiquer son don et passer des épreuves qui lui permettraient de changer son destin à tout jamais.

Écrit à la première personne, on se prend au jeu immédiatement. C'est qu'il est diablement attachant ce petit bonhomme en panne de croissance, à l'intelligence fine et au caractère taquin bien pénible (sa sœur peut en témoigner). Avec réalisme et distance, il nous décrit sa vie de famille, ses doutes mais aussi ses espérance de jeune garçon. L'ensemble est bien rendu, on est vraiment dans la peau d'un gamin paumé mais plutôt enjoué qui cherche toujours à progresser, à s'en sortir. Très vite, dès son arrivée au Japon, les événements se précipitent avec la rencontre d'autres camarades qui semblent cultiver d'étranges dons. Et puis, il y a ce mystérieux homme sans regard qui semble le suivre un peu partout... L'angoisse monte et les révélations vont finir par pleuvoir, ouvrant en grand l'horizon visible par le commun des mortels. Le parcours de Benjamin est assez captivant notamment dans son évolution dans son rapport aux autres et la fin sortant des sentiers battus qui s'inscrit bien dans l'ambiance générale du roman : découverte de l'autre, de soi et ton humoristique bien placé.

C'est aussi un beau roman sur l'acquisition de la maturité et un récit initiatique qui portera sans doute ses fruits auprès des jeunes lecteurs. Face à tant d'interrogations, Benjamin va devoir apprendre la patience mais aussi à se confier auprès notamment de deux camarades japonais. Pas évident quand on connaît la culture du silence et de l'introspection en vogue là-bas, où l'on se confie peu et où il faut savoir garder la face contre vents et marées. Au fil des pages, l'auteur le confronte à cette culture si exotique pour nous français avec moult détails et noms se rapportant au quotidien. C'est une belle approche de ce pays qui m'a toujours fasciné et qui est ici bien présenté, sans clichés mais avec un souci de clarté et de curiosité qui ne manquera pas de faire mouche. Nourriture, objets courants, concepts plus abstraits sont expliqués au gré des chapitres et des expériences du jeune homme, provoquant une immersion à la fois ludique et érudite.

Le récit est bien mené, ménageant le suspens entre indices concordants et passages plus contemplatifs et explicatifs. On retrouve la langue simple et dynamique de l'auteur quand il s'adresse à un public plus jeune et ça marche ! C'est typiquement le genre de lecture à recommander à nos jeunes pousses, l'ouvrage mêlant récit intime, découverte d'un ailleurs lointain et éléments fantastiques. Un combo efficace que je vous conseille de faire découvrir à vos proches les plus jeunes, ce roman étant recommandé aux plus de dix ans.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Boom
- Les Indifférents

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mercredi 2 janvier 2019

"En route" d'Adam Rex

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L'histoire : Comment ne pas paniquer lorsque vous vivez, comme Gratuity, sur la Terre envahie par les Boovs, d'étranges extraterrestres à huit pattes, et que votre mère a été enlevée par ces mêmes créatures ?

Aucun problème : décidée à partir à sa recherche, l'adolescente, accompagnée de son chat lunatique Porky et de Oh, un alien déserteur, maladroit, pot de colle et malheureusement bricoleur, embarque pour un voyage rocambolesque à bord d'une voiture qui à présent vole...

Mais qui sait les surprises que la route leur réserve ? La belle équipe n'est plus à un dérapage près.

La critique de Mr K : Première chronique littéraire de 2019 au Capharnaüm éclairé avec un livre dont le titre semble tout à fait convenir à l'événement ! Petit voyage en littérature jeunesse dans le domaine de l'imaginaire aujourd'hui avec En route d'Adam Rex, roman très fun et bien mené qui oscille entre road trip, SF et roman initiatique avec toute une galerie de personnages attachants. Une adaptation animée a été réalisée en 2015 par les studios Dreamworks et ne nous avait pas vraiment convaincu Nelfe et moi. Pour autant, je ne m'en laissais pas compter en exhumant ce livre de ma PAL. Bien m'en a pris tant l'ouvrage est réussi et m'a beaucoup plu. Suivez le guide !

On retrouve donc Gratuity (aka Tif), une jeune héroïne de neuf ans en bien fâcheuse position. Suite à l'invasion de notre planète par d'étranges extra-terrestres à huit pattes (les Boovs), sa mère a été enlevée. Depuis quelques semaines, elle survit comme elle peut en compagnie du chat de la famille, Porky. Quand elle apprend que les êtres humains embarqués de force sont peut-être en Floride, elle décide de prendre la voiture familiale et de partir à la recherche de sa génitrice. Débrouillarde, malicieuse et dotée d'un tempérament de feu, la voilà partie sur les routes où elle va finir par faire une rencontre qui changera sa vie. Il s'appelle Oh ! Il s'agit d'un boov rejeté par les siens, ingénieux, goinfre et bavard qui va par la force des choses devenir son compagnon de route. Leur relation d'abord chaotique et faite de méfiance (surtout de la part de Tif) va peu à peu évoluer au fil des péripéties qu'ils vont devoir traverser ensemble.

Ce roman est écrit à la première personnes et comme si c'était un devoir d'écriture à rendre car Gratuity participe à un concours pour écrire un message pour les générations futures. Plongés que nous sommes dans l'esprit de cette enfant de neuf ans, le récit est très rafraîchissant, drôle mais aussi décousu avec une série de flashback et de flashforward qui vivifient l'histoire qui en elle-même est plutôt basique. La narration est donc la botte secrète de cet ouvrage qui se démarque des productions habituelles en mêlant aussi des passages illustrés réalisés par l'auteur lui-même. Ainsi Adam Rex nous relate l'histoire du développement des Boovs depuis leur origine sous forme de huit planches de BD hilarantes et remarquablement réalisées. On trouve aussi à l'occasion des schémas, des photos et tout un tas d'iconographies qui accompagnent le texte, l'illustre brillamment et lui donne une dimension supplémentaire. Loin d'être seulement un artifice ou de la poudre aux yeux, on est confronté à une œuvre bien pensée qui touche pleinement sa mission première : divertir !

En route 1 (1)

L'alchimie entre les personnages fonctionne parfaitement bien. Le duo Tif / Oh ! est tour à tour surprenant, comique et touchant. Derrière leurs différences, on sent bien qu'ils ont bien plus en commun qu'ils ne veulent se l'avouer au départ. Récit initiatique propre à nombre de romans jeunesse, belle parabole sur la tolérance et le respect mutuel, on ne tombe jamais vraiment dans la guimauve sirupeuse souvent présente dans les productions cinématographiques orientées jeunesse. Car Tif est pudique et élude les moments plus tendus, intimistes sans pour autant les occulter totalement. Ainsi, un mot, une expression ou une simple phrase suffit à faire passer le message positif sans roulement de tambour ni pathos malvenu. Et puis, il y a l'humour bien tranchant qui parsème l'ensemble et désamorce bien les clichés avec clairement des influences venues de Terry Pratchett et surtout de Douglas Adams, le créateur du Guide du voyageur galactique. No sense, surréalisme larvé et passages WTF s'enchaînent, libérant les zygomatiques et faisant souffler un doux parfum de folie sur le récit. On ne tombe pas pour autant dans la surenchère, le récit gardant tout de même son importance, ce qui est crucial pour ne pas perdre en route nos jeunes lecteurs...

En route 2

Les personnages secondaires sont tout aussi bien croqués avec une mention spéciale pour Porky qui aura un rôle central à jouer dans la résolution du roman et qui confirme à lui seul ce que j'ai toujours pensé : les chats cachent bien leur jeu ! En terme d'histoire pure, rien d'original par contre, le terrain est balisé et aucune grosse surprise n'est au rendez-vous en terme de trame. L'enrobage est cependant suffisant pour combler ce manque d'originalité et l'écriture en elle-même est d'une grande efficacité en terme d'immersion. Nul doute que les jeunes lecteurs se prendront au jeu, s'identifieront à cette jeune héroïne rebelle et se prendront d'affection pour Oh !.

Vous l'avez compris, j'ai passé un très agréable moment avec En route, premier roman très réussi d'Adam Rex. Divertissant, malin et bien écrit, il constitue une belle porte d'entrée sur la SF pour de jeunes lecteurs qu'on ne prend pas pour des imbéciles et qu'il amusera beaucoup avec les facéties de ses personnages et ses ajouts graphiques bien sentis. Une belle expérience que je vous invite à tenter !

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samedi 30 juin 2018

"La Malédiction du rubis" de Philip Pullman

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L’histoire : Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne... Sans qu'elle le sache encore, un grand danger rôde autour d'elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d'un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère...

La critique de Mr K : Lecture bien particulière aujourd’hui avec ma chronique de La Malédiction du rubis de Philip Pullman. Autant vous dire de suite que j’en attendais beaucoup vu le culte que je voue à la trilogie des Royaumes du nord qui est à mes yeux l’un des meilleurs ouvrages écrits pour la jeunesse. Le hasard a voulu que je croise la route de ce livre (le premier d’une série de quatre à priori -sic-) lors d’un chinage de plus et il a bien fait. Ce fut une fois de plus une bonne lecture mettant en avant les belles qualités d’un auteur décidément à suivre.

Une fois de plus, le personnage principal est une jeune fille dans cet ouvrage de Pullman. Sally Lockhart a alors seize ans et déjà une lourde histoire derrière elle. Orpheline de mère très tôt, elle vient de perdre son père, mystérieusement disparu en mère de Chine. Présumé mort, elle habite désormais chez une vieille tante éloignée qui lui mène la vie dure. Ce destin à la Princesse Sarah n’est donc pas des plus heureux mais Sally a du courage à revendre et un esprit de déduction à toute épreuve. Éprise des chiffres, brillante et ingénieuse elle ne s’en laisse pas compter et tente de démêler le vrai du faux d’une affaire qui la touche de près (la mort de son père) à laquelle vient s’ajouter la course à un mystérieux rubis réputé porteur de malheur. Une menace insidieuse se rapproche de Sally, les cadavres se multiplient et un terrible secret semble se profiler...

Destiné à un lectorat de plus de onze ans (minimum), voila un petit roman rondement mené et très malin qui emporte quasi immédiatement l’adhésion du lecteur. Sans un temps mort, après exposition des personnages principaux et des grands enjeux, on est parti pour une enquête trépidante dans le Londres de la fin du XIXème siècle. On explore avec Sally nombre de pans de la société victorienne avec les petites gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les bas fonds de Londres, le port de la capitale anglaise et les multiples activités qui l’entourent (de la compagnie maritime à laquelle appartenait son père aux salons d’opium), la vie des bourgeois déconnectés de la réalité.

Elle rencontrera dans sa quête nombre de personnages qui lui apporteront leur aide, soutien et même l’aideront à grandir, à gagner en maturité. Mention spéciale à la fratrie Garland (Frédérick et Rosa) qui vont devenir très vite comme une deuxième famille et lui permettre de se cacher. En effet, très vite, l’héroïne se rend compte qu’elle est confrontée à un ennemi puissant et d’une grande cruauté. Une vieille dame manipulatrice semble très liée au secret du rubis et elle n’hésite pas à envoyer des hommes de main qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. L’enquête s’avère donc de plus en plus difficile, très périlleuse pour une jeune fille qui n’a que seize ans et qui passe très proche du gouffre à de multiples reprises. En parallèle, elle va elle aussi apportée son aide aux Garland pour relancer leur salon de photographie qui peine à rentrer dans ses frais alors que l’époque voit le développement de ce nouvel art.

On ne s’ennuie donc jamais un seul instant avec La Malédiction du rubis qui fait la part belle à l’amitié, l’abnégation mais aussi la réflexion sur le poids des responsabilités et de l’hérédité. Bien des mystères entourent Sally, elle va devoir les lever pour découvrir qui elle est vraiment tout en luttant pour rester en vie et s’en sortir. Beau mix que tout cela pour un livre à l’écriture limpide et très accessible. Bien que destiné à la jeunesse (on le sent dans certaines situations, dans la réaction parfois étranges de certains personnages adultes), j’ai dévoré cet ouvrage avec un plaisir non feint et il va rejoindre sans rougir la trilogie précitée qui reste cependant inatteignable. En écrivant cette chronique, j’ai appris qu’il y avait trois autres tomes consacrés à cette héroïne. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas à m’en porter acquéreur.

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samedi 21 avril 2018

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

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L’histoire : Étienne était l’ami fêtard, l’incorrigible. Timothée, le garçon bien éduqué aux drôles de tics – il disait boom tout le temps. Une belle aventure de trois ans jusqu’à ce voyage scolaire à Londres. Jusqu’à ce que Timothée soit fauché par un fou de Dieu sur le pont de Westminster. Depuis la tragédie, Étienne cherche les mots. Ceux du vide, de l’absence. Étienne parle à son ami disparu en ressassant les souvenirs, les éclats de rire.

La chronique de Mr K : J’avais découvert Julien Dufresne-Lamy avec un roman maîtrisé de bout en bout sur l’adolescence et ses dérives, le remarquable Les Indifférents lut récemment et publié chez Belfond. L’occasion fait le larron et l’on m’a adressé (ouais je sais j’ai de la chance) ce roman dédicacé à mon pseudo (re-la classe !) tout juste paru du même auteur chez Actes Sud Junior sur une thématique lourde mais pleine de promesses : le deuil impossible d’un ami très cher par un jeune homme de 17 ans. Boom a tout pour plaire et je peux déjà vous dire qu'il fait mouche et que la claque est magistrale à sa manière.

C’est l’histoire classique de deux adolescents qui se rencontrent et deviennent inséparables. À cet âge là, on vit rarement les choses à moitié, on dévore le monde avant qu’il dévore nos rêves et que l’on rentre dans l’âge adulte avec son cortège de responsabilités. Timothée et Étienne sont comme la glace et le feu, ils sont très différents mais c’est justement ce qui les attire l’un vers l’autre, les font s’apprécier, parfois se disputer et toujours se réconcilier. Trois ans que ça dure et toute la vie devant eux, voila ce que leur promet un futur où tout est ouvert. Malheureusement, leurs pas vont croiser celui d‘un fou de Dieu qui va faucher Timothée en pleine jeunesse et laisser un Étienne totalement déboussolé et seul face à son insondable chagrin.

Conçu comme un long monologue à lire d’un seul souffle, à respirer, à réfléchir. Typiquement le genre d’œuvre que je lirai à haute voix à mes jeunes pousses qui aiment qu’on leur raconte des histoires, que l’on mette en scène la vie dans toute sa complexité et son douloureux aspect parfois. À travers des flashbacks, l’exposition de sa souffrance présente et son œil aiguisé sur le monde qui l’entoure, Timothée nous livre un cri, un souffle d’une force incroyable, d’un réalisme aigu qui blesse et touche l’âme. Chronique d’une adolescence d’aujourd’hui brisée en plein vol par le mal à l’état pur et l’ignorance crasse, on suit ce chemin de croix très éprouvant qui lamine les certitudes et laisse l’endeuillé seul face à lui-même et un monde qu’il ne reconnaît plus.

Par petites touches impressionnistes, dans un style poétique moderne où les mots et les concepts se répondent les uns aux autres, Julien Dufresne-Lamy nous convie à un voyage intérieur d’une rare densité qui brosse le portrait d’un jeune frappé par le deuil et qui tente malgré tout d’exprimer sa souffrance pour l’atténuer. Il dresse au passage un portrait fort juste et vivant de son environnement, des parents dépassés par les événements, de l’indicible qu’on ne peut exprimer pour ne trahir personne ou aucun lien privilégié. C’est aussi l’occasion lors de flashbacks mémorables de se souvenir de Timothée, de qui il était vraiment, des fêtes entre amis, des week-end canap /écran et autres joies d’une jeune vie pleine d’insouciance et en quête de conquêtes diverses. C’est la chronique aussi d’une vie lycéenne que je n’ai jamais vraiment quitté, dans laquelle je baigne depuis toujours et qui est ici très bien retranscrite avec des ressentis d’élèves ciselés, naturels et vraiment accrocheurs.

N’en disons pas plus pour éviter de livrer toutes les clefs de lecture. Sachez que vous avez ici affaire à un objet littéraire de haute volée, à l’écriture poétique et tortueuse qui subjugue et fascine, accessible et imagée. Elle fera le bonheur de jeunes lecteurs sans aucun doute même les plus réfractaires à l’exercice tant on baigne dans la jeunesse d’aujourd’hui sans pour autant tomber dans la facilité ou le pathos. Car c’est là que l’auteur fait fort, loin de les prendre pour des imbéciles, il les invite à un voyage intérieur qui laissera des traces (personnellement, j’étais liquide en fin d‘ouvrage) et ouvre des portes qu’ils n’ont pas l’habitude d’ouvrir. Un très très bel ouvrage, déjà commandé par mon CDI et que j’invite tout le monde à découvrir, lire et partager.

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