samedi 30 juin 2018

"La Malédiction du rubis" de Philip Pullman

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L’histoire : Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne... Sans qu'elle le sache encore, un grand danger rôde autour d'elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d'un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère...

La critique de Mr K : Lecture bien particulière aujourd’hui avec ma chronique de La Malédiction du rubis de Philip Pullman. Autant vous dire de suite que j’en attendais beaucoup vu le culte que je voue à la trilogie des Royaumes du nord qui est à mes yeux l’un des meilleurs ouvrages écrits pour la jeunesse. Le hasard a voulu que je croise la route de ce livre (le premier d’une série de quatre à priori -sic-) lors d’un chinage de plus et il a bien fait. Ce fut une fois de plus une bonne lecture mettant en avant les belles qualités d’un auteur décidément à suivre.

Une fois de plus, le personnage principal est une jeune fille dans cet ouvrage de Pullman. Sally Lockhart a alors seize ans et déjà une lourde histoire derrière elle. Orpheline de mère très tôt, elle vient de perdre son père, mystérieusement disparu en mère de Chine. Présumé mort, elle habite désormais chez une vieille tante éloignée qui lui mène la vie dure. Ce destin à la Princesse Sarah n’est donc pas des plus heureux mais Sally a du courage à revendre et un esprit de déduction à toute épreuve. Éprise des chiffres, brillante et ingénieuse elle ne s’en laisse pas compter et tente de démêler le vrai du faux d’une affaire qui la touche de près (la mort de son père) à laquelle vient s’ajouter la course à un mystérieux rubis réputé porteur de malheur. Une menace insidieuse se rapproche de Sally, les cadavres se multiplient et un terrible secret semble se profiler...

Destiné à un lectorat de plus de onze ans (minimum), voila un petit roman rondement mené et très malin qui emporte quasi immédiatement l’adhésion du lecteur. Sans un temps mort, après exposition des personnages principaux et des grands enjeux, on est parti pour une enquête trépidante dans le Londres de la fin du XIXème siècle. On explore avec Sally nombre de pans de la société victorienne avec les petites gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les bas fonds de Londres, le port de la capitale anglaise et les multiples activités qui l’entourent (de la compagnie maritime à laquelle appartenait son père aux salons d’opium), la vie des bourgeois déconnectés de la réalité.

Elle rencontrera dans sa quête nombre de personnages qui lui apporteront leur aide, soutien et même l’aideront à grandir, à gagner en maturité. Mention spéciale à la fratrie Garland (Frédérick et Rosa) qui vont devenir très vite comme une deuxième famille et lui permettre de se cacher. En effet, très vite, l’héroïne se rend compte qu’elle est confrontée à un ennemi puissant et d’une grande cruauté. Une vieille dame manipulatrice semble très liée au secret du rubis et elle n’hésite pas à envoyer des hommes de main qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. L’enquête s’avère donc de plus en plus difficile, très périlleuse pour une jeune fille qui n’a que seize ans et qui passe très proche du gouffre à de multiples reprises. En parallèle, elle va elle aussi apportée son aide aux Garland pour relancer leur salon de photographie qui peine à rentrer dans ses frais alors que l’époque voit le développement de ce nouvel art.

On ne s’ennuie donc jamais un seul instant avec La Malédiction du rubis qui fait la part belle à l’amitié, l’abnégation mais aussi la réflexion sur le poids des responsabilités et de l’hérédité. Bien des mystères entourent Sally, elle va devoir les lever pour découvrir qui elle est vraiment tout en luttant pour rester en vie et s’en sortir. Beau mix que tout cela pour un livre à l’écriture limpide et très accessible. Bien que destiné à la jeunesse (on le sent dans certaines situations, dans la réaction parfois étranges de certains personnages adultes), j’ai dévoré cet ouvrage avec un plaisir non feint et il va rejoindre sans rougir la trilogie précitée qui reste cependant inatteignable. En écrivant cette chronique, j’ai appris qu’il y avait trois autres tomes consacrés à cette héroïne. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas à m’en porter acquéreur.

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samedi 21 avril 2018

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

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L’histoire : Étienne était l’ami fêtard, l’incorrigible. Timothée, le garçon bien éduqué aux drôles de tics – il disait boom tout le temps. Une belle aventure de trois ans jusqu’à ce voyage scolaire à Londres. Jusqu’à ce que Timothée soit fauché par un fou de Dieu sur le pont de Westminster. Depuis la tragédie, Étienne cherche les mots. Ceux du vide, de l’absence. Étienne parle à son ami disparu en ressassant les souvenirs, les éclats de rire.

La chronique de Mr K : J’avais découvert Julien Dufresne-Lamy avec un roman maîtrisé de bout en bout sur l’adolescence et ses dérives, le remarquable Les Indifférents lut récemment et publié chez Belfond. L’occasion fait le larron et l’on m’a adressé (ouais je sais j’ai de la chance) ce roman dédicacé à mon pseudo (re-la classe !) tout juste paru du même auteur chez Actes Sud Junior sur une thématique lourde mais pleine de promesses : le deuil impossible d’un ami très cher par un jeune homme de 17 ans. Boom a tout pour plaire et je peux déjà vous dire qu'il fait mouche et que la claque est magistrale à sa manière.

C’est l’histoire classique de deux adolescents qui se rencontrent et deviennent inséparables. À cet âge là, on vit rarement les choses à moitié, on dévore le monde avant qu’il dévore nos rêves et que l’on rentre dans l’âge adulte avec son cortège de responsabilités. Timothée et Étienne sont comme la glace et le feu, ils sont très différents mais c’est justement ce qui les attire l’un vers l’autre, les font s’apprécier, parfois se disputer et toujours se réconcilier. Trois ans que ça dure et toute la vie devant eux, voila ce que leur promet un futur où tout est ouvert. Malheureusement, leurs pas vont croiser celui d‘un fou de Dieu qui va faucher Timothée en pleine jeunesse et laisser un Étienne totalement déboussolé et seul face à son insondable chagrin.

Conçu comme un long monologue à lire d’un seul souffle, à respirer, à réfléchir. Typiquement le genre d’œuvre que je lirai à haute voix à mes jeunes pousses qui aiment qu’on leur raconte des histoires, que l’on mette en scène la vie dans toute sa complexité et son douloureux aspect parfois. À travers des flashbacks, l’exposition de sa souffrance présente et son œil aiguisé sur le monde qui l’entoure, Timothée nous livre un cri, un souffle d’une force incroyable, d’un réalisme aigu qui blesse et touche l’âme. Chronique d’une adolescence d’aujourd’hui brisée en plein vol par le mal à l’état pur et l’ignorance crasse, on suit ce chemin de croix très éprouvant qui lamine les certitudes et laisse l’endeuillé seul face à lui-même et un monde qu’il ne reconnaît plus.

Par petites touches impressionnistes, dans un style poétique moderne où les mots et les concepts se répondent les uns aux autres, Julien Dufresne-Lamy nous convie à un voyage intérieur d’une rare densité qui brosse le portrait d’un jeune frappé par le deuil et qui tente malgré tout d’exprimer sa souffrance pour l’atténuer. Il dresse au passage un portrait fort juste et vivant de son environnement, des parents dépassés par les événements, de l’indicible qu’on ne peut exprimer pour ne trahir personne ou aucun lien privilégié. C’est aussi l’occasion lors de flashbacks mémorables de se souvenir de Timothée, de qui il était vraiment, des fêtes entre amis, des week-end canap /écran et autres joies d’une jeune vie pleine d’insouciance et en quête de conquêtes diverses. C’est la chronique aussi d’une vie lycéenne que je n’ai jamais vraiment quitté, dans laquelle je baigne depuis toujours et qui est ici très bien retranscrite avec des ressentis d’élèves ciselés, naturels et vraiment accrocheurs.

N’en disons pas plus pour éviter de livrer toutes les clefs de lecture. Sachez que vous avez ici affaire à un objet littéraire de haute volée, à l’écriture poétique et tortueuse qui subjugue et fascine, accessible et imagée. Elle fera le bonheur de jeunes lecteurs sans aucun doute même les plus réfractaires à l’exercice tant on baigne dans la jeunesse d’aujourd’hui sans pour autant tomber dans la facilité ou le pathos. Car c’est là que l’auteur fait fort, loin de les prendre pour des imbéciles, il les invite à un voyage intérieur qui laissera des traces (personnellement, j’étais liquide en fin d‘ouvrage) et ouvre des portes qu’ils n’ont pas l’habitude d’ouvrir. Un très très bel ouvrage, déjà commandé par mon CDI et que j’invite tout le monde à découvrir, lire et partager.

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lundi 2 avril 2018

Craquage chez l'abbé (part I)

En février dernier, Nelfe et moi sommes allés chez notre abbé préféré pour fouiner un peu du côté des rayonnages de livres. Pour une première en 2018, on a fait fort ! La preuve, il faudra pas moins de deux billets pour vous décrire le butin en commençant aujourd'hui par les ouvrages appartenant au domaine de l'imaginaire au sens large. Regardez plutôt !

Acquisitions avril ensemble

Comme d'habitude, le hasard fait bien les choses et il y avait vraiment de quoi se régaler lors de notre visite avec des auteurs que j'affectionne et dont certains titres m'étaient encore inconnus et des découvertes vraiment intrigantes qu'il me tarde de faire lors de leurs lectures. Pas d'ouvrage pour Nelfe cette fois-ci, elles viendront lors du second billet sur les ouvrages de littérature plus contemporaine. Allez, c'est parti pour le grand déballage !

Acquisitions avril Denoel
(Le charme intemporel des couvertures vintage de la collection Présence du futur)

- Noô 1 de Stefan Wul. Un auteur auquel je ne peux pas dire non et qui propose bien souvent des oeuvres inclassables que certains aiment appelés "délires lucides" ou "surréalisme rationnel". C'est bien barré en tout cas et en matière de SF le Monsieur s'y entend. il est ici question de migration forcée à travers l'espace et de questionnements sur le pouvoir. Le héros réfugié sur une autre planète va connaître bien des déboires et se révéler à lui-même. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que cet ouvrage sera une belle expérience de lecture.

- Le Coeur désintégré de Théodore Sturgeon. J'adore cet écrivain et avec ce recueil de cinq nouvelles autour de l'amour, la haine et le coeur qui comprend tout, ce sera ma première incursion dans ses récits courts. J'ai hâte de m'y frotter tant chaque lecture de Sturgeon s'est révélée un délice de chaque instant entre vision neuve et écriture séduisante à souhait.

- Persistance de la vision de John Varley. Des nouvelles encore avec ce recueil qui m'a fait de l'oeil avec une quatrième de couverture faisant la part belle à l'immortalité possible grâce à l'ingénierie génétique. On imagine qu'au delà du progrès technique, ces trois textes seront l'occasion pour l'auteur (que je découvrirai lors de cette lecture) d'aborder des thèmes plus philosophiques comme la notion de morale et d'éthique mais aussi de désir et d'accomplissement de soi, des thématiques qui m'intéressent tout particulièrement lorsqu'on aborde le genre SF.

Acquisitions avril j'ai lu folio
(Un beau mix fort prometteur !)

- Visages volés de Michaël Bishop. Présenté comme une puissante métaphore de la colonisation, cet ouvrage met en scène un monde civilisé reléguant à la marge des êtres repoussants de par leur apparence physique. Le nouveau responsable de cette communauté honnie par les puissants va prendre au fur et mesure fait et cause pour eux, liant son destin au leur et devra faire face à une vérité que les humains ne sont pas forcément prêt à entendre. Un pitch accrocheur pour un roman à la très bonne réputation. M'est avis que je suis tombé sur une belle pièce littéraire !

- Mainline de Deborah Christian. Là encore, c'est le résumé du dos qui m'a séduit avec une trame se déroulant sur une planète aquatique dévolue au commerce sous toutes ses formes notamment les plus malhonnêtes. Au coeur de l'intrigue une femme-assassin aux pouvoirs très étendus dont celui de voir les futurs alternatifs qui s'offrent à elle. Mais tout pouvoir à son revers... Un roman de SF entre space-péra et cyberpunk, un mix intéressant à première vue qu'il faudra confirmer à la lecture.

- Cugel saga de Jack Vance. Ca fait un bon bout de temps que je n'ai pas lu un Jack Vance, auteur très prolifique qui m'a à chaque fois bluffé et complètement emporté avec lui dans des univers riches pour des voyages immersifs. Il est ici question de vengeance dans un univers fantasy avec son lot de sorciers, de magiciens, de voleurs et de royaumes en péril. Miam miam !

Acquisitions avril j'ai lu folio 2
(Roooooo, que de promesses encore !)

- Un Monde d'azur de Jack Vance. Même auteur mais dans de la SF pure et dure. Dans un monde sans consistance, fait d'océan, d'air, de soleil et d'algues, les habitants n'ont pas à se soucier de leur survie car la nourriture leur est distribuée en abondance à condition qu'ils nourrissent régulièrement le roi qui les protège. Mais ce dernier est-il un Dieu ou un monstre marin ? Drôle de résumé pour un ouvrage qu'il me tarde de découvrir lui aussi.

- Hérésie et Inquisition d'Anselm Audley. Ce sont les deux premiers tomes d'une trilogie de fantasy que je ne connaissais ni de nom ni de réputation. Le cycle se déroule sur une planète géante en grande partie recouverte d'océan où des fanatiques religieux tiennent le pouvoir d'une main de fer. Mais la résistance s'organise... C'est le genre d'achat coup de poker que j'affectionne. Qui lira, verra !

Acquisitions avril mix
(Un dernier mélange pour la route !)

- Pire que le mal de Jay R. Bonansinga. Un petit tour dans la dimension Terreur avec une histoire de stripteaseuse condamnée par un cancer qui guérit miraculeusement grâce à une technique d'auto-hypnose. La contre-partie est cependant inquiétante car elle semble avoir réveillé quelque chose d'épouvantable qui était en dormance depuis son plus jeune âge. Typiquement le genre de résumé qui me fait craquer, à confirmer lors de la lecture !

- La Magnificence des oiseaux de Barry Hughart. Un livre qui semble n'être qu'un pur délire mélangeant enquête, Histoire et éléments fantastiques. Impossible à résumer sans trahir une quatrième de couverture bien space. Décrit comme un mélange improbable (mais réussi !) du Juge Ti et de Terry Pratchett (deux références qui me parlent), j'attends de voir ce que cela va donner !

- La Malédiction des rubis de Philip Pullman. J'ai sauté sur l'occasion lorsque j'ai croisé la route de cet ouvrage. J'ai littéralement dévoré la trilogie de La Croisée des mondes et il me tardait de replonger dans un livre de cet auteur au talent immense. Il est ici question d'une jeune fille intrépide qui se retrouve seule dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne et qui va devoir percer les secrets d'un rubis très convoité qui attise la mort autour de lui. Trop hâte d'y être!

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Voila pour cette première partie d'achats qui, vous en conviendrez, sont sources de promesses de lectures tantôt passionnantes tantôt intrigantes. Ils vont désormais rejoindre leurs petits camarades en attendant d'être choisis. Très vite, je vous reparlerai des acquisitions de cette session Emmaüs février 2018 avec le reste des ouvrages qui se sont faits adopter. 

dimanche 1 avril 2018

"Ferrailleurs des mers" de Paolo Bacigalupi

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L’histoire : Fin du XXIe siècle, il n’y a plus de pétrole, la mondialisation est un vieux souvenir et la plupart des États-Unis un pays du tiers-monde. Dans un bidonville côtier de Louisiane, Nailer, un jeune ferrailleur, dépouille avec d’autres enfants et adolescents les carcasses de vieux pétroliers. Le précieux cuivre récupéré dans les câblages électriques au péril de leur vie leur permettent à peine de se nourrir. Un jour, après une tempête dévastatrice, Nailer découvre un bateau ultramoderne qui s’est fracassé contre les rochers. Le bateau renferme une quantité phénoménale de matériaux rares, d’objets précieux, de produits luxueux et une jeune fille en très mauvaise posture.

Nailer se retrouve face à un dilemme. D’un côté, pour récupérer une partie de ce trésor et en tirer de quoi vivre à l’aise parmi les siens, il doit sacrifier la jeune fille. De l’autre, l’inconnue est aussi belle que riche et lui promet une vie encore bien meilleure, faite d’aventures maritimes dont il rêve depuis longtemps.

La critique de Mr K : Belle surprise que cet ouvrage dégoté l’année dernière lors du traditionnel désherbage annuel de la médiathèque de Lorient. Roman d’anticipation jeunesse à la quatrième de couverture alléchante, Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi fait la part belle à l’aventure, l’initiation vers l’âge adulte et fournit une réflexion très intéressante sur notre monde à travers une vision sans fard d’un avenir sombre.

À la fin du XXIème siècle, la planète et les sociétés humaines sont en piteux états. Le réchauffement climatique a fait monter le niveau des eaux et provoqué le recul des villes. L’ère des énergies fossiles est derrière nous, les civilisations sont désormais coupées en deux. Les riches qui vivent à l’écart dans un confort total et obscène comparé aux plus pauvres qui vivent d’expédients et qui côtoient les risques les plus extrêmes. Dans cet ouvrage, l’auteur se concentre sur une communauté de ferrailleurs vivant à 200 km au dessus de la Louisiane. Loin de vivre dans un paradis, les êtres humains travaillent durement à la récupération de matériaux de base sur d’antiques navires rendus à l’état d’épaves. Le cuivre, le fer et toute une série de ressources sont en effet très recherchés et s’arrachent à prix d’or par les autorités qui passent par les mafias locales pour se ravitailler.

Nailer est un jeune garçon qui n’a connu que cet univers étouffant. Orphelin de mère terrifié par un père tyrannique et violent, il fait partie des brigades des "légers", ces jeunes enfants qui par leurs tailles peuvent se glisser n’importe où pour récupérer de précieux éléments dispatchés sur les anciens navires désormais à l’abandon. Lié par un serment très fort avec ses camarades, il rêve d’ailleurs en contemplant à l’horizon de luxueux clippers appartenant aux castes dirigeantes. Un jour, la découverte d’un de ces navires échoué sur la côte va bousculer l’ordre quotidien qui régit sa vie. La rencontre avec Nota, jeune fille riche égarée en territoire hostile va l’amener à remettre en question son mode de vie et sa manière de penser. Un choix crucial va très vite se poser à lui et l’amener à partir à l’aventure.

Le récit commence assez doucement au départ. Il ne faut pas moins de 100 pages pour que la fameuse rencontre ait lieu. L’auteur se plaît à poser le décor et à bien caractériser les liens sociaux existants sur cette plage. Ce rythme lent ne doit pas pour autant vous freiner (surtout vous, nos lecteurs les plus jeunes !) car derrière l’apparente immobilité de la trame, se cachent des éléments essentiels qui nourriront la suite, aux moments opportuns les indices semés serviront la cause du roman qui part dans un rythme plus trépidant qui saisissent littéralement le lecteur. Dans un premier temps, on en apprend donc beaucoup sur Nailer et ses amis (techniques de pillage, liens spéciaux et serments, parents, organisation de cette micro-société repliée sur elle-même...). Des événements ont lieu qui accentuent les tensions et livrent des personnages déchirés à la trame principale qui va se déclencher avec la découverte du bateau.

L’accélération est alors brutale, Nailer sortant du microcosme précédemment décrit pour découvrir le monde et son organisation. Loin de s’appesantir sur des descriptions à n’en plus finir, Paolo Bacigalupi intègre volontiers les éléments de background avec une action qui ne s’arrête plus et des moments de repos où chacun se livre à l’introspection. En cela, on est clairement dans le roman initiatique avec des personnages qui évoluent beaucoup et des découvertes qui font revoir leurs idées reçues à de jeunes personnages en quête de vérité : l’exploitation de l’homme par l’homme, l’asservissement de chimères biologiques mi-hommes mi-bêtes, la course au pouvoir et la lente destruction de notre planète. Jamais moralisateur mais malin et bien construit, ce récit est une petit merveille de concision et donne à lire un récit palpitant et enrichissant.

Une fois rentré à l’intérieur du roman, difficile de le relâcher, la faute à des personnages très attachants, un background fascinant et une écriture accessible et très évocatrice. Certes, on est rarement surpris quand on lit depuis longtemps, certaines ficelles scénaristiques sont un peu usées mais l’ensemble reste cohérent et très plaisant. Une lecture donc bien sympathique que l’on peut entreprendre dès 13 ans et même après tant on retrouve ici une âme d’enfant et un plaisir de lire indéniable.

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vendredi 30 mars 2018

"Colorado Train" de Thibault Vermot

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L’histoire : La poussière rouge. Les sombres Rocheuses. L'Amérique profonde, tout juste sortie de la Deuxième Guerre mondiale.

C'est dans ce monde-là que grandissent Michael et ses copains : le gros Donnie, les inséparables Durham et George, Suzy la sauvage.

Ensemble, ils partagent les jeux de l'enfance, les rêves, l'aventure des longs étés brûlants... Jusqu'au jour où un gosse de la ville disparaît. Avant d'être retrouvé, quelques jours plus tard... à moitié dévoré.

Aussitôt, la bande décide d'enquêter.

Mais dans l'ombre, le tueur - la chose ? - les regarde s'agiter. Et bientôt, les prend en chasse...

La critique de Mr K : Une lecture young adulte aujourd’hui pour ma pomme, un genre que je n’explore que rarement. Colorado Train de Thibault Vermot m’a accroché par sa quatrième de couverture qui m’a irrémédiablement fait penser à la trilogie culte de Stephen King Ça et à la topissime série Stranger things qui nous a totalement rendus accros Nelfe et moi. On retrouve le même genre d’éléments de base ici pour au final un résultat plutôt mitigé comme je vais vous en faire part tout de suite.

Au centre de l’histoire, une bande de gamins dans une petite ville américaine en 1949. Chaque membre a sa personnalité propre, ses ennuis mais tous se tiennent chaud face à l’adversité : l’un se fait harceler par le caïd du collège, une autre a un père violent suite à un traumatisme subi dans sa fonction de policier, l’autre a perdu son père mystérieusement disparu des années plus tôt. Ils vaquent à leurs occupations de jeunes de 13 / 14 ans avec une insouciance propre à leur âge : sortie en bande, grillades, parties de pêche, expérimentations hasardeuses (le passage avec la fusée est énorme), naissance du désir physique pour certains, preuves d’amitié forte pour d’autres. Malgré les accrocs de la vie, ces jeunes sont plutôt heureux et se tiennent chaud. Les cent premières pages du roman plantent le décor, distillent l’ambiance campagnarde US de l’époque et nous présentent toute une galerie de personnages plutôt attachants à part peut-être Don qui a l’art de s’exprimer comme un charretier et gave assez vite le lecteur.

Il faut donc attendre un petit peu avant que le roman démarre vraiment avec une découverte macabre peu ragoûtante. Le cadavre à demi dévoré d’un gamin du coin est retrouvé semant la peur dans les cœurs et les esprits. Bien que la victime ait été peu appréciée par la bande, cela aiguise la curiosité et la fibre fouineuse des héros qui débutent une enquête qui pourrait bien les mener à leur perte. Surtout que la menace est belle et bien là, l’auteur alternant les chapitres mettant en scène les mômes avec d’étranges courtes pages nous plongeant dans l’esprit dérangé du prédateur. Homme, bête, monstre folklorique ? On se pose tout d’abord pas mal de questions, le suspens montant crescendo au fil de ses apparitions aussi brèves que traumatisantes. Au fil des pages, l’étau se resserre sur Michaël et ses camarades et le final haletant va les mettre en grand danger.

Comme dit précédemment, il y a tout pour faire un bon roman ici : un thriller maîtrisé et mené de main de maître en terme de suspens même si les rebondissements ne sont finalement pas si nombreux. Les personnages se suivent avec plaisir et sont bien rendus notamment dans leurs évolutions intérieures et leurs ressentis qui sont fort bien ciselés. On a envie d’y croire et même si l’on tombe souvent dans la caricature et les figures tutélaires du genre (impossible de ne pas penser aux œuvres susnommées), on flippe pour eux assez vite car la menace insidieuse rode autour d’eux. Le rythme est soutenu, ne laissant que peu de temps mort au lecteur prisonnier d’une histoire classique mais rondement menée. Peut-être même trop car la fin semble avoir été lâchée bien trop vite, sans réel développement ultérieur qui laisse un peu le lecteur sur sa faim et abandonne quasiment lâchement les personnages que l’on a appris à apprécier.

Et puis durant la lecture, un certain malaise m’a habité et empêché de totalement adhérer à l’ouvrage. D’une part le langage un peu trop vert de certains personnages et le parti pris de raconter l’histoire avec un vocabulaire d’jeuns. Parfois à la limite de l’anachronisme, exagéré et superficiel, il empêche véritablement le roman de décoller et de frapper les esprits comme un Stand by me de Stephen King. Ensuite, certaines situations ne sont pas crédibles, ainsi alors qu’un tueur rode, les parents ne font pas plus attention que ça à leurs enfants et les policiers ne semblent pas se bouger énormément pour retrouver l’assassin d’un gamin. Dommage dommage, cela enlève quelques points de plus à un pitch de départ pourtant séduisant.

Dans ces conditions, je ne suis pas sûr que je donnerais à lire cet ouvrage en priorité à un môme adepte de thriller et de lecture. La faute à un parti pris risqué en terme d’écriture et de narration (la familiarité de quasi tous les instants, pourtant je ne suis pas du genre à me choquer facilement) et des éléments de background mal maîtrisés qui enlisent l’ensemble. Loin d‘être pour autant une purge, ce n’est qu’un chouette petit roman qui trouvera sans nul doute ses adeptes mais qui m’a finalement plutôt laissé de marbre. À tenter si le coeur vous en dit !

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mardi 20 mars 2018

"L'Homme qui plantait des arbres" de Jean Giono

 

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L’histoire : En Provence, dans une région aride et sauvage, un berger solitaire plante des arbres, des milliers d’arbres. Au fil des ans, les collines autrefois nues reverdissent et les villages désertés reprennent vie.

La critique de Mr K : Chronique d’une belle réédition aujourd’hui avec L’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono, un auteur qu’on ne présente plus et dont le présent ouvrage a fait le tour du monde, suscitant même des mouvements citoyens de plantation d’arbres un peu partout sur Terre. Ode à la nature et à l’humanisme, c’est une expérience vraiment à part que je vous invite à découvrir aujourd’hui.

La narrateur (qui emprunte beaucoup à l’auteur lui-même) va faire une rencontre lors d’une session de randonnée dans le sud-est de la France. Amoureux lui-même des grands espaces et de la nature, il fait la connaissance d’Elzéard Bouffier, un berger amoureux de son terroir et qui, à sa manière, pratique déjà l’écologie. En effet, il plante année après année des milliers d’arbres, tantôt des chênes, tantôt des frênes pour que la nature reconquière des espaces livrés à l’aridité. Au delà de la biodiversité qui regagne le terrain, les effets se font aussi sentir sur les communautés humaines.

Cet ouvrage est un très beau portrait d’un homme ordinaire qui accomplit des choses inouïes. Secret, taiseux mais obstiné et rigoureux ; il accomplit la mission qu’il s’est donné sans faillir. Malgré l’âge qui avance, les difficultés de sa vie professionnelle et parfois même les oppositions qu’il pourrait rencontrer auprès des autorités, sans relâche il plante des arbres. Complètement intégré dans la nature, très respectueux de cette dernière, à son échelle il participe au grand cycle végétal et promeut une harmonie essentielle entre l’homme et la nature.

Les paysages autrefois déserts commencent à refleurir, à reverdir et la vie fait son chemin. Des villages jadis abandonnés attirent de nouveaux les humains qui étaient partis vers des horizons meilleurs. La Terre est un tout qui est très bien expliqué et exprimé à travers ce petit opuscule d’une cinquantaine de page faisant la part belle à l’observation, la contemplation et incitant à méditer sur notre empreinte écologique et notre capacité à lutter pour la préservation de notre planète de façon anodine au départ mais prenant ensuite des proportions impressionnantes. Sans morale, ni activisme forcené, le vieil homme montre à tous une belle leçon de respect et de modestie qui fait du bien dans notre époque où superficialité, égocentrisme et agressivité vont trop souvent de pair parfois avec la notion d’engagement.

Non, ici on se laisse bercer par le rythme de la vie, la patience et l’engagement silencieux d’Elzéard et le regard émerveillé du narrateur sur le travail accomplit qui magnifie l’ouvrage du vieil homme. C’est beau, simple et remarquablement écrit. L’auteur va à l’essentiel et touche le cœur et l’esprit. Le tout est sublimé par les très belles illustrations d'Olivier Desvaux qui a su retranscrire parfaitement les couleurs de la Provence et l'émotion suscitée par cette lecture. Une belle expérience à découvrir dès l’âge de huit ans.

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vendredi 16 mars 2018

"Un Assassin de première classe" de Robin Stevens

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L’histoire : "Nous étions au milieu du wagon, trop loin de la porte pour partir en courant. Nous devions nous cacher, sinon ils nous surprendraient ! Nous n’avions pas le choix. J’ai plongé sous la nappe et Daisy s’est enfoncée près de moi comme un lapin dans un terrier."

Hazel et Daisy partent en vacances à bord de l’Orient-Express avec M. Wong. Une seule interdiction : jouer les détectives.

Alors qu’un espion se cache dans le train, une riche héritière est assassinée dans une cabine verrouillée de l’intérieur. Le club de détectives est obligé de reprendre du service ! Attention, elles ne sont pas les seules sur l’affaire...

La critique de Mr K : Quel plaisir de retrouver Hazel et Daisy pour une nouvelle enquête du club des détectives. Les deux premiers volumes de la série s’étaient avérés très rafraîchissants, bien maîtrisés et ouvraient des ponts avec des classiques que j’ai aimé dévorer quand j’étais petit notamment ceux de Conan Doyle et Agatha Christie. Ça tombe bien, l’auteure qui a les mêmes goûts que moi a décidé avec ce volume de lorgner vers un roman qu’elle a adoré plus jeune pour lui rendre hommage. Dès le titre de l’ouvrage, on sait de quoi il s’agit...

Après une année bien mouvementée avec deux enquêtes racontées dans les précédents volumes (voir liens en fin d’article), Daisy et Hazel sont invitées par le père de cette dernière à un voyage dans l’Orient-Express durant les congés d’été. De Calais à Istanbul, le programme s’annonce alléchant entre le voyage en lui-même dans le plus grand luxe, visites de grandes villes européennes et défilés de paysages variés. Bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu, à croire que les détectives en herbe attirent les soucis : un meurtre commis durant les premiers jours va faire appel à leur talents d’enquêtrice. Cependant, elles ne sont pas seules sur la piste avec notamment une ancienne connaissance qui ressurgit à la poursuite d'un mystérieux espion et un détective amateur vraiment pas doué dans son genre. Rajoutez là-dessus des adultes suffisants et d’autres qui ne les considèrent que comme des enfants et vous obtenez pas mal d’obstacles pour cette enquête en huis clos.

Le duo Daisy et Hazel fonctionne toujours aussi bien, d’ailleurs l’auteure se concentre encore plus sur elles, les autres membres du club n’étant pas là pour les épauler. Bien que très différentes, les deux jeunes filles se complètent parfaitement entre la bouillonnante Daisy qui n’a pas sa langue dans sa poche et à l’ego très développé, et Hazel plus réservée et secrétaire officiellle du club. Elles partagent cependant un grand sens de l'observation, de belles capacités de déduction et l’envie de résoudre une affaire. L’enquête se révèle très vite ardue, il leur faudra toute leur méthodologie et rigueur pour démêler le vrai du faux. Elles pourront à l’occasion compter sur l’aide bienvenue d’un jeune homme amateur d’enquêtes et sur la fidèle servante de Daisy qui est du voyage elle-aussi.

Les protagonistes nombreux du roman sont donc tour à tour presque tous suspects. La jeune héritière richissime tuée, les soupçons se tournent successivement sur son mari colérique, la servante irrespectueuse, une ancienne comtesse russe qui veut récupérer un bien vendus par les communistes (le mystérieux gros rubis que portait la victime et qui a disparu), une spirit qui suit à la trace la victime pour la faire communiquer avec sa mère décédée, le frère désargenté qui tente de percer dans le milieu de l’édition, un magicien en pleine préparation de nouveaux tours et d’autres qui viennent compléter un casting de choc où les fausses pistes vont se révéler nombreuses. Bien malin le lecteur qui trouvera la solution avant les deux détectives amatrices même si quelques éléments peuvent être découverts par les plus malins.

Se déroulant en 1935, le background est assez savoureux dans son genre et donne une profondeur supplémentaire à l’ouvrage avec l’évocation notamment du chancelier Hitler en Allemagne et sa politique répressive envers les juifs et sa course au pouvoir qui menace l’équilibre de tout le continent. Par petites touches, le jeune lecteur peut ainsi appréhender au détour d’un dialogue ou d’un rebondissement une période difficile qui a marqué notre Histoire. Et puis, il y a la belle évocation du train en lui-même, légende du rail qui m’a toujours fasciné et que l’auteure retranscrit à merveille avec des descriptions précises mais pas envahissantes, des scènes clef comme le service de luxe, le repas pris dans le wagon-restaurant et la vie à bord du train.

La lecture est très très plaisante comme toujours avec cette série d’enquêtes : un rythme soutenu, pas de temps morts à déplorer et une langue qui glisse toute seule. Se dévorant tout seul, l’ouvrage apporte une évasion immédiate, présente des personnages vraiment charismatiques et propose une enquête bien tortueuse mais pour autant totalement à la portée d’un lecteur dès 11/12 ans. Une belle expérience à tenter pour les jeunes amateurs de romans policiers.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Un Coupable presque parfait
- De l'arsenic pour le goûter

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mercredi 7 mars 2018

"Téléchat" d'Eric Van Beuren et Laure Boyer

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Contenu : 3 octobre 1983 : un OVNI télévisé appelé Téléchat atterrissait sur Antenne 2 à la fin de la très populaire émission «Récré A2». Né de l’imagination de Roland Topor, Henri Xhonneux et Éric Van Beuren, un trio franco-belge bien déterminé à offrir un programme pour enfants résolument différent, il a autant étonné que détonné dans ce que l’on n’appelait pas encore le PAF. Propulsé à l’antenne par Jacqueline Joubert, alors directrice de l’unité jeunesse de la chaîne, ce journal de marionnettes pas comme les autres allait ensuite attirer des millions de téléspectateurs chaque soir. Prouvant ainsi que l’inventivité et l’ingéniosité sans bornes de l’équipe de Téléchat avaient su pallier avec brio les limites fixées par un budget restreint. De ce petit bijou atypique, Roland Topor aimait d’ailleurs à dire qu’il avait été fait "à la main et au beurre d’anchois"

La critique de Mr K : Chronique différente aujourd’hui avec mon retour sur un ouvrage qui m’a été offert pour mon anniversaire par mon plus vieux pote. Téléchat, c’est toute une époque, c’est ce que la télé des années 80 a produit de mieux pour les loupiots et un programme que j’ai suivi assidûment durant ma prime jeunesse avec aussi les inénarrables Fragglerocks dont on m’avait d’ailleurs offert le coffret DVD. Non non, je ne suis pas dingue... Vous voila prévenu, ça sent l’article de vieux con, bon pas si vieux que ça mais nostalgique dans l’âme !

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L’ouvrage débute par une petite préface de Philippe Vandel, texte intéressant pour se mettre en condition et qui procède à une mise en abyme de l’émission pour mieux en retirer la substantifique moelle : Téléchat c’est de la méta-télévision, un produit télé qui parle de la télé, la décortique et forge l’esprit critique des gamins. C’est bien vu et ça permet d’apprécier totalement le phénomène et les volontés affichées dès le départ par les trois créateurs du programme hollando-belgo-français. L’auteur, Eric Van Beuren en écrivant cet ouvrage va nous présenter les coulisses, au passage rendre hommage à la synergie des talents employés, et revenir sur une aventure qui l’a marqué lui ainsi que le paysage télévisuel, sans les hordes de fans dont je fais partie et qui se rappellent encore avec émotion le duo Grochat / Lola, Léguman, Brosse-dur et tous les autres personnages récurrents de cette saga hors-norme qui s’apparente au JT préféré des objets et a ravi toute une génération de téléphiles intelligents.

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Six cha(t)pitres constituent l’ossature de ce livre-souvenir très bien ficelé. On commence tout d’abord sur une trentaine de pages revenant sur la genèse du programme. C’est un focus intéressant sur l’époque tout d’abord avec l’émergence de talents différents qui souhaitent proposer quelque chose d'autre aux enfants. Ouverture d’esprit, une ambiance créatrice folle (il faut dire que dans le domaine Topor en impose !) et des rencontres vont déboucher sur des opportunités uniques. En cela, on peut dire que l’alignement des planètes a été favorable et à travers ces quelques pages, l’auteur revient sur ses discussions avec Topor, les dessins préparatoires de ce dernier, les contacts pour produire l’émission, sur la première marionnette de Groucha (qui sera reprise plus tard dans l’émission pour un autre personnage), le travail d’écriture de longue haleine et enfin la consécration avec l’achat de l’émission.

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S’ensuivent trois chapitres qui correspondent chacun à une saison de Téléchat. C’est l’occasion au fil des pages pour l’auteur de nous proposer des fiches personnages drôlatiques, des reconstitutions sous forme de roman-photo à l’ancienne de sketch cultes, de reproduire les partitions et paroles du générique de chaque saison (ayant une pianiste à la maison, on s’est bien gondolés à chanter et jouer les morceaux proposés !), d’expliquer la naissance des logos successifs, de revenir sur le calendrier et les éphémérides particuliers de l’émission (bonne fête à tous les lampadaires !). On sort parfois des studios pour le tournage en extérieur et c’était pas triste d’ailleurs ! On retrouve aussi tout plein d’autres anecdotes diverses et variées qui révèlent bien des secrets et des surprises avec notamment l’interview exclusif de Léguman, mon super héros préféré de l’époque ou encore des focus sur l’envers des décors et les techniques mises en œuvres pour l’émission. C’est foisonnant d’idées géniales et d’inventivité.

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Les dernières pages sont consacrées à l’après-Téléchat avec des projets mis en œuvre après l’arrêt de la série, d’autres avortés comme un jeu de société invendable par les grandes sociétés de distribution, des produits dérivés plus ou moins officiels (faites un tour sur le net, vous serez surpris du choix qui s’offre à vous)... Enfin, l’auteur a rajouté des bonus sympas pour les accros à l’émission comme moi : des extraits de critiques de l’époque, des lettres de fans petits et grands (et même de détracteurs !), les partoches de la chanson de Léguman (très fastoche à faire au piano si vous vous souvenez de l’air), un quizz Téléchat super-ardu (mais alors vraiment difficile !), le jeu des gluons (tout bonnement énorme !).

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Vous l’avez compris, voila un livre-hommage très réussi, très instructif et bien construit. Les fans y trouvent vraiment leur compte avec un objet ludique, très beau esthétiquement et rafraîchissant par son pouvoir de fascination et d’évocation. Un bien beau cadeau que j’ai eu là et une acquisition à faire pour vous si l’émission vous manque et que vous voulez courir après une Madeleine de Proust au charme intemporel. Je vous laisse avec un cadeau empoisonné, la fameuse chanson qui trotte dans la tête pendant des heures... Non, ne me remerciez pas !

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lundi 15 janvier 2018

"La Passe-Miroir - Livre 1 : Les Fiancés de l'hiver" de Christelle Dabos

Les Fiancés de l'hiverL'histoire : Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

La critique Nelfesque : Me voici lancée dans une saga qui a fait beaucoup parler d'elle, en bien, lors de sa sortie. Ce premier volume de "La Passe-Miroir" ainsi que le second étaient dans ma PAL depuis Noël 2016 à attendre sagement le moment opportun pour les lire. Ce fut le cas en fin d'année passée où un grand besoin de s'évader de la réalité et quitter le quotidien s'est fait sentir. De l'originalité, du fantastique, du suspens : tout est ici réuni pour remplir à 100% ce contrat. Bon timing !

Ce premier tome, "Les Fiancés de l'hiver", est un premier pas dans l'univers foisonnant que nous propose de découvrir Christelle Dabos. L'héroïne, Ophélie, est une jeune animiste, capable de lire les objets (les comprendre, connaître leur passé...) et de passer à travers les miroirs. Elle est également la gardienne du musée familial où elle prend soin de l'histoire de ses aïeux et de leurs objets. Son destin va être bousculer par l'annonce de son mariage avec Thorn, un homme qu'elle ne connaît pas et qu'elle va devoir rejoindre au Nord.

Choc des cultures, abandon, séparation d'avec ses proches, Ophélie va quitter le monde qu'elle a toujours connu pour des hautes sphères hostiles et inhospitalières. Elle va devoir composer avec son futur époux, personnage froid et accaparé par son travail d'intendant de la Citacielle, cette nouvelle cité au climat bien plus rude que celui de sa terre natale, et une ribambelle de personnages tous plus fuyants et hypocrites les uns que les autres. Un beau panier de crabes dans lequel sa tante, Roseline, va également être jetée pour veiller sur elle jusqu'au jour de ses noces.

Manigances, complots, calculs sont au coeur de la Citacielle et Ophélie va devoir faire face à de nombreux dangers. Nous assistons alors à des scènes éprouvantes où il est impossible de relâcher son livre. On tremble avec Ophélie, on est baladé à droite et à gauche, à l'image de l'héroïne qui n'est maintenant plus maîtresse de son destin. Cela donne de bons moments d'adrénaline et de découverte d'un monde très bien dépeint par une auteure inspirée.

Pourquoi Ophélie doit-elle se marier avec Thorn ? Qu'est ce qu'une modeste animiste peut avoir à faire dans un monde dicté par l'apparence, le pouvoir et l'argent ? C'est ce que l'on découvre dans ce premier volume et, pour ce faire, Ophélie va s'entourer de personnages simples et attachants que l'on a hâte de retrouver dans les prochains volumes de cette histoire.

Avec un style simple et une écriture facile à lire, Christelle Dabos offre aux jeunes lecteurs (et aux moins jeunes avec tout autant de plaisir) un monde tout droit venu de son imagination. Un monde qui n'a pas encore déployé tout son potentiel ici mais qui promet beaucoup. On en redemande !

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mercredi 3 janvier 2018

"Fil de fer" de Martine Pouchain

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L’histoire :
- On est bien, hein ?
- Oui, on est bien. Je contemplais les petits nuages paresseux suspendus dans l’azur. Plus rien d’autre n’existait, il n’y avait plus que l’herbe, nous et le ciel. L’éternité.

C’est la guerre. Gabrielle, surnommée Fil de fer, doit quitter son village pour fuir sur les routes de France avec sa famille. Au cours d’un exode dur et périlleux, Fil de fer rencontre un garçon mystérieux. C’est le coup de foudre. Qui est ce beau jeune homme qui n’a jamais faim ou soif ?

La critique de Mr K : Retour dans la planète jeunesse aujourd’hui avec ce roman tout juste sorti en librairie chez Flammarion jeunesse. Au programme, un amour adolescent décortiqué à travers le prisme de la seconde guerre mondiale. Une double thématique qui touche le cœur et les esprits à travers un ouvrage réussi grâce à sa finesse dramatique et son écriture immersive à souhait.

Fil de fer est le surnom que donne son père à Gabrielle, une jeune fille de 15 ans issue d’une famille de paysans du nord de la France. Avec ses trois sœurs et ses parents, elles vivent au rythme des saisons entre travaux des champs, école et vie communale (la messe du dimanche notamment mais aussi divers festivités, lieux de rencontre). Tout cet équilibre va se voir chamboulé par la déclaration de guerre du mois d’août 1939 et, l’année d’après, le nécessaire exode de beaucoup de nos compatriotes de l’époque qui ont dû tout laisser derrière eux (possessions, maisons...) pour fuir l’avancée fulgurante des troupes allemandes. Fil de fer et ses proches n’y coupent pas et durant ce voyage hors du commun entre espoirs, moments de terreur et d’abattement pur, Gabrielle va rencontrer Gaétan, un étrange et séduisant adolescent dont la famille a disparu lors d’un bombardement...

Écrit à la première personne du singulier, le récit est très vite immersif. Le lecteur s’attache d’emblée à Gabrielle qui nous raconte avec la verve de ses quinze ans la routine qui habite son existence : les rapports avec ses proches, la vie à la ferme, ses aspirations de jeune femme en devenir. La maturité commence à pointer le bout de son nez quand le conflit éclate. Ce dernier va la faire basculer vers l’âge adulte beaucoup plus vite qu’elle ne l’aurait crû de prime abord. La petite fille à son papa va devoir affronter des épreuves douloureuses au cours du dangereux périple que la famille entreprend et la rencontre avec Gaétan va lui ouvrir la porte des premiers émois. Étrange garçon que ce jeune homme taciturne, semblant traumatisé par ce qu’il a vécu. Il parle peu, dévoile difficilement ses sentiments et entretient un trouble chez Gabrielle qui tombe amoureuse de lui progressivement et durablement. L’époque étant ce qu’elle est, elle doit maintenir une distance physique entre eux et cet éloignement ne fait que renforcer l’attrait du garçon qui ne la touche pas, ne l’embrasse pas et semble détaché du réel...

On sent bien d’ailleurs qu’il y a quelque chose qui cloche, que Gaétan cache un lourd secret, que Gabrielle tout à sa fascination ne voit pas tout ce qu’il y a à voir. Le contexte n’aide pas et Martine Pouchain retranscrit parfaitement l’épisode historique si difficile que fut l’exode avec son cortège de déchirements, de larmes, de sacrifices et de morts inutiles au bord de la route sous le feu des stukas, l’aviation légère de l’Allemagne nazie. Les hordes de fuyards portant les quelques affaires qu’ils ont pu emporter sont livrés à eux-même dans le dénuement le plus total en pleine débâcle, où les repères et toutes les certitudes se sont envolés. C’est aussi l’occasion pour l’auteure de revenir au détour de l’histoire sur des actes peu glorieux et pourtant si nombreux comme le dépouillement des morts et le pillage / saccage des maisons abandonnées par les fuyards (toujours ça que les boches que n’auront pas). Depuis ma lecture des mémoires de George Charpak, je n’avais pas lu un récit aussi poignant et pointu sur cet épisode de la seconde guerre mondiale. Un très bon point.

D’une lecture aisée, fluide et totalement addictive (vive la focalisation interne !), ce roman est un moyen idéal de faire découvrir une époque complexe sans manichéisme primaire mais avec précision, finesse et humanisme. Rajoutez là dessus, une adolescence qui s’ouvre au monde et à soi sans pathos ni lourdeurs, et vous obtenez un ouvrage bien malin qui plaira à un grand nombre de jeunes lecteurs en devenir ou déjà confirmés. À faire découvrir au plus vite !