mardi 13 octobre 2009

Interview de Monsieur Roux

J'écris pour un webzine musical on the web (oula attention THE scoop) et je suis amenée à faire des interviews, chroniquer des concerts et critiquer des albums. A l'occasion de leur concert à Lorient, j'ai eu la chance de m'entretenir avec Jauni Bernardo et Brandon Michel qui ont bien voulu revenir sur leur jeune carrière.

En exclusivité pour "Le capharnaüm éclairé", car elle ne sera publiée sur le site que d'ici quelques jours, voici l'interview du groupe de Monsieur Roux, les fétichistes du marcel!

Mr

Nelfe: Bonjour. Tout d’abord, j’aurai voulu savoir d’où viennent vos noms "American Style": Brandon Michel, Jauni Bernardo ?

Jauni Bernardo: En fait, ça s’est fait tout naturellement. Quand le projet a démarré, il y avait Erwan Roux, donc Monsieur Roux, tout seul. Après, moi je l’ai rejoint à la guitare. On allait à un concert et il m’a dit "Le patron du bar m’a demandé comment s’appelait le guitariste qui jouait avec moi. J’ai dit Jauni Bernardo!". Je lui ai dit : "Ah bon!? Ravi de l’apprendre!" (rires). C’est parti de là. Et puis après, un contrebassiste nous à rejoint et ça aurait été lamentable que lui ne soit pas affublé d’un sobriquet tout à fait ridicule!
Brandon Michel: En fait, quand on lui demande pourquoi est-ce qu’il m’a appelé Brandon, il dit que c’est parce que je m’appelle Kévin en vrai. Il s’est dit : "Kévin… Brandon...". C’est une bonne raison!

Nelfe: C’est vrai que ça a un lien! Donc pour lui, Monsieur Roux, ce n’est pas une dérogation particulière? C’est son vrai nom.

JB: Voilà. C’est plus simple!

Nelfe: Norman Beatman est nouveau. Comment est-il venu s’intégrer? Par qui a-t-il été pistonné ?

BM: J’ai cru que t’allais nous demander pourquoi on lui avait donné ce nom là! (rires) Nous voilà rassuré.
JB: En fait, sur la fin de la tournée du premier album, il y avait des nouveaux morceaux et on avait plusieurs fois parlé peut être d’intégrer un batteur mais on ne savait pas trop de quelle manière. On a organisé quelques répétitions et moi je le connais déjà un petit peu donc on lui a proposé de venir ne serait-ce que pour voir comment pouvait sonner des morceaux avec une batterie. On a prit notre temps, on en a reparlé et quand on a commencé à travailler sur les chansons du deuxième album, on lui a proposé et ça le branchait bien.
BM: Il se trouve qu’il est de la même ville que Jauni Bernardo et c’était une connaissance à lui. Ca s’est fait naturellement.
JB: Il ne connaissait pas tout le monde… D’ailleurs, il ne connaissait que moi! (rires) Après il y a toujours un petit temps d’adaptation. Déjà pour nous parce que ça faisait 4 ans qu’on faisait les chansons à 3. C’est dans ces moments là que tu t’aperçois que t’as intégré des automatismes: c’est untel qui mène, la rythmique… Et quand un batteur arrive, ça change un peu la donne. Il faut un peu redistribuer les rôles. Il faut quelques temps pour que ça se fasse naturellement…

Nelfe: Au mois de juin, à l’Européen, vous aviez un clavier avec vous. Qui est-ce ?

BM: Exact. C’est Thomas Schaettel qui lui n’a pas de surnom pour le coup puisqu’il n’est pas un membre permanent du groupe. C’est le claviériste qui est venu enregistrer quelques parties de clavier sur notre CD Un été caniculaire. C’est un ami de Bruno Green qui a réalisé notre album. Ils jouent ensemble dans "Santa Cruz". On voulait des claviers et il a appelé Thomas. On s’est bien entendu avec lui et comme la date parisienne était une des premières vraies dates qu’on faisait avec du monde depuis la sortie de l’album, on s’est dit qu’on allait l’inviter. Mais c’était juste comme ça, pour l’occasion.

Nelfe: C’était donc ponctuel. Il n’y a pas de projet d’intégrer un clavier?

JB: Pas pour le moment en tout cas.

Visuel_albumligthNelfe: Au niveau des textes… Vous avez des textes engagés (Le vote utile, Le cowboy bling-bling…) ou traitant d’injustice au sens large. Votez-vous UMP !?

JB:
BM: (rires) Heureusement qu’Erwan n’est pas là…

Nelfe: Joker?

JB: Non non! Pas joker! Moi je vote pas UMP! Bien évidemment les textes n’engagent que leur auteur. Il y a une couleur politique c’est vrai mais il n’y a pas d’engagement, pas de revendications particulières.
BM: Il y a plus une contradiction envers certains mouvements qu’un engagement envers un parti en particulier. Après, quand on connaît le personnage de Monsieur Roux plus en fond, on sait quelles sont ses convictions mais on ne le découvre pas forcément à la première écoute des textes. On entend plus quelqu’un qui se révolte contre des choses et d’autres… Mais il ne vote pas UMP!
JB: Ca, je sais pas, en même temps ! Le vote est secret ! (rires) Ce que je veux dire c’est que c’est parfois plus un constat qu’un appel "allez tous derrière moi!" pour revendiquer quelque chose. Il n’y a pas de prosélytisme. C’est juste un regard posé, l’avis d’une personne qui expose comment elle perçoit les choses mais sans pour autant obliger qui que ce soit à être d’accord avec elle.

Nelfe: Vous traitez souvent dans vos chansons de la perte des idéaux. Le deuxième album est un peu plus désabusé que le premier. Pensez-vous que cette désillusion soit inéluctable?

JB: Disons que le premier album utilisait plus l’humour d’une certaine manière. Peut être que les choses passaient plus facilement. En même temps, la chanson du Clodo est quand même assez noire… Mais d’une certaine manière l’enrobage était plus gai, il y avait les petites fleurs… Là, sur certains morceaux, c’est plus direct, il y a moins d’artifices.
BM: Dans le premier album, il y avait aussi un morceau comme Norredine qui était quand même assez direct. Je pense que nous sommes dans une suite logique.
JB: En même temps, les morceaux n’ont pas été composés de la même manière. Au départ, ce sont des morceaux nés pour faire rigoler les copains. Tous les chanteurs ont connu ça… Et puis ça fait son petit chemin. Alors que là, on part d’un point où il y a déjà un public, des auditeurs qui attendent. Même si c’est pas calculé, je pense qu’inconsciemment, dans la démarche d’écriture, c’est différent.

Nelfe: Et vous pensez qu’avec le temps, on perd ses idéaux? Un peu comme dans C’était mieux avant ?

BM: Je ne sais pas si on les perd ou pas. Ce que dit Erwan, notamment dans C’était mieux avant, c’est que justement nous ne devons pas les perdre. A la fin il conclut bien en disant qu’il ne pense pas que c’était mieux avant. Je pense qu’il y a une tendance générale, surtout en ce moment en période de crise sociale et financière, où les gens disent que c’était mieux avant. Mr Roux se révolte contre ça, c’est un trait de caractère. C’est le genre de personne à voir du positif où beaucoup de gens auraient du mal à en voir.

Nelfe: J’ai eu l’occasion de vous voir plusieurs fois sur scène et vous reprenez souvent Tête en l’air d’Higelin. Est-ce un auteur que vous admirez particulièrement?

JB: Pas particulièrement non mais il fait parti des gens qu’on aime bien. Cette chanson on l’a reprise tout simplement parce qu’on devait faire un morceau pour l’émission du "Fou du roi". On a essayé plusieurs trucs et on a trouvé que ce morceau là était bien. Quand on l’a joué, c’est venu assez naturellement.
BM: Ce qui est marrant avec Higelin c’est qu’aucun de nous ne connaît sa carrière par cœur. Il y a quand même un paquet d’albums! C’est arrivé plusieurs fois qu’on compare notre  projet à Higelin, sauf que forcément on n’a pas sa carrière, on n’a pas 30 ou 40 ans de carrière derrière. C’est peut être la comparaison qui nous a fait le plus plaisir, ça nous a touché car c’est un artiste complet, avec des textes qui délirent, parfois engagés mais toujours avec de la métaphore. Avec du recul, c’est quand même un mec qui a une sacré belle carrière! Etre comparé à ce mec là, c’est beau! En reprenant ses morceaux, indirectement, c’est aussi parce qu’on cherche des univers semblables.

Nelfe: Il y a d’autres artistes, dans la scène française, que vous admirez ou qui vous influencent?

JB: On a pas mal parlé de Renaud dans les influences.
BM: Surtout le premier album…
JB: Mais c’était presque trop évident de faire un morceau de Renaud. Et puis Renaud est très "marqué" alors qu’Higelin a eu tellement de périodes différentes! Un peu comme Gainsbourg, Bowie…
BM: Comme Mr Roux!!! (rires)

Nelfe: Ce soir vous donnez un concert à Lorient. Ca fait quoi de venir jouer à la maison ? Devant des gens qu’on connaît?

BM: C’est vrai que là on a enchaîné Fougères, Rennes et Lorient! Ca me fait vraiment bizarre car j’habitais pendant 17 ans à 55m de cette salle. Je connais cet endroit par cœur, les gens qui y travaillent! C’est vrai que ça fait quelque chose de particulier. On a tous des copains qui sont là. Mais c’est pas forcément ce qu’il y a de mieux! Des fois c’est aussi sympa de partir en Suisse, devant un public que tu connais pas du tout, tu sais pas s’il te connait et là t’arrives et t’as un paquet de monde devant toi. Tu vois que les gens connaissent les morceaux, tu te prends une belle claque et tu te lâches parce que tu sais qu’il n’y a pas de regards du style ta mère qui te dira "T’as fait ça! / Tu te tiens pas droit !... ".

Nelfe: "T’es mieux quant tu souris!"

BM: Ouais voilà! "Tu souris pas!", ça je sais que ce soir je vais y avoir droit, c’est évident! Donc des fois, plus on est loin de chez nous, mieux c’est…

Nelfe: Ce soir on est vendredi. Je ne sais pas si vous le savez mais vendredi c’est Koh Lanta! Il y en a plein qui vont rater l’émission pour venir vous voir quand même!

BM: Ou est-ce qu’il n’y en aura pas plein qui vont rater Monsieur Roux parce qu’ils seront devant Koh Lanta!?

Nelfe: Vous avez quelque chose de spécial à dire à ces gens là?

JB: Qu’il reste des places! Et puis qu’ils peuvent toujours enregistrer Koh Lanta et le regarder en rentrant du concert de Monsieur Roux!

Nelfe: Des projets pour la suite?

BM: On aimerait bien avoir beaucoup de dates! On a quelques dates tout l’automne et pour l’instant, il n’y a pas grand-chose de prévu à l’hiver/printemps. On espère que les dates vont tomber, que les gens avec ces dates d’automne vont pouvoir nous voir en concert et puis se dire que ce serait peut être bien de nous programmer, d’en parler à un copain qui fait un festival… On aimerait bien avoir des dates. Et après, en fonction de ça, s’il y a beaucoup de dates, on va continuer à tourner tant qu’il y en aura. Sinon, on avisera… Mais ce n’est pas encore d’actualité!

Nelfe: Et bien je vous remercie et je vous souhaite un bon concert pour ce soir!

BM: Tu seras là!?

Nelfe: Bien sûr!

BM: Bon, ben il y aura au moins 2 personnes! Plus mes parents ! (rires)