dimanche 3 mars 2019

"Comment j'ai raté mes vacances" de Geoff Nicholson

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L'histoire: " Ne vous inquiétez pas, messieurs les policiers, je peux tout expliquer... " Votre vie peut basculer très vite, même en vacances ! Motivé par une crise existentielle, Eric a décidé de goûter aux délices du camping-caravaning en famille. Malgré une tenace bonne volonté et un goût modéré pour l'imprévu, les événements déroutants et effrayants s'enchaînent. Sa femme est prise de pulsions sexuelles irrépressibles, sa fille traverse une crise de mysticisme et son fils retourne à l'état de nature. Viennent s'ajouter à cette tribu déjantée des vacanciers loufoques, un policier cinglé et des corps sans tête.

La critique de Mr K : Chronique d'une lecture bien branque aujourd'hui avec Comment j'ai raté mes vacances de Geoff Nicholson. Présenté comme le petit cousin des Marx Brothers et de Tom Sharpe (rien de moins !), l'auteur nous livre un récit décalé et ubuesque qui met aux prises un homme du commun à de multiples épreuves lors d'un séjour en camping qui est loin de se dérouler comme il l'avait rêvé. Accrochez-vous ça dépote et l'atterrissage est particulièrement rude !

Éric est comptable dans une grande boite. C'est quelqu'un de pondéré, arrangeant, adepte du consensus à tout va. À 45 ans, il est toujours aussi amoureux de sa femme, la belle Kathleen, et a deux enfants Max et Sally qu'il chérit de tout son cœur. Suite à une baisse de régime et pour réfléchir au calme à sa vie, il décide de partir en vacances avec toute sa smala dans un camping-caravaning qu'il a fréquenté étant jeune. Malheureusement pour lui, le sort va s'acharner. Entre ses proches qui pètent chacun les plombs à leur manière, des imprévus et des tracas divers s'invitant dans le quotidien, très vite les drames s'accumulent. Notre héros aura donc fort à faire pour garder son calme et son flegme naturel, il est anglais après tout ! Mais il arrive toujours un moment où à force de tirer sur la corde, elle finit par casser... Et je peux vous garantir que le dénouement tient toutes ses promesses !

Je voulais une lecture divertissante, j'ai été servi. Plus on avance dans la lecture plus le second degré, le cynisme et l'humour noir s'accumulent. Le pauvre Éric a le don pour avoir le sort contre lui entre la voiture qui lâche, les voisins dérangés qu'il doit se coltiner, les agressions multiples et diverses dont il est la victime, sa cinglée de famille qui lui en fait voir des vertes et des pas mûres... C'est bien simple rien ne lui est épargné et plus on progresse dans l'histoire, plus il semble isolé et seul face à ses problèmes. C'est l'aspect un peu sombre qui apparaît sous le vernis de la farce et de l'exagération. Croquignolesques, parfois dantesques, les situations s'enchainent mettant le lecteur mal à l'aise et provoquant en même temps l'hilarité. On se demande bien jusqu'où l'imagination fertile (et tordue) de l'auteur va nous mener... Ayez le cœur bien accroché, ça va loin ! On détourne les tabous, on trucide, on tronche... Bref, ça part dans tous les sens !

On s'amuse beaucoup et on s'accroche finalement à ce personnage principal un peu mou, sans réelle opinion arrêtée sur le monde et les êtres qui l'entourent. Il a en fait le profil idéal de la victime qui va se faire avoir. Ce qui peut énerver de prime abord devient jouissif à la fin quand le héros finit par se réveiller et libérer toutes les tensions accumulées. Les personnages secondaires sont aussi savoureux, avec sa femme nymphomane véritable cordon bleu à la langue bien pendue, le fils revenu à l'état sauvage oscillant entre trip survivaliste et pulsions freudiennes, une fille illuminée poussée vers Dieu par des forces qui dépassent l'entendement. Sans compter un commissaire fascisant amateur de belle musique, un vieux réactionnaire adepte de la manière forte, des pêcheurs passionnés menacés par leurs prises, un couple de mexicains adepte de musique et de découpe, des cadavres sans têtes qui commencent à se multiplier et pléthore d'âmes errantes, perturbées et qui font basculer le récit bien souvent vers le surréalisme.

Pas le temps de s'ennuyer dans ces conditions. Découpé en autant de journées que compte le séjour de la famille, le narrateur-héros égrène son quotidien avec une distanciation ironique bienvenue et rafraîchissante. La litanie du réveil, les problèmes de la journée, le coucher, à la manière d'un serpent qui se mord la queue, rien ne semble débuter et finir, le héros n'arrive pas à se dépatouiller d'un fatum implacable qui le poursuit et le harcèle. Très bien écrit entre langue gouleyante et parfois bien crue, on se gondole beaucoup entre rire jaune et éléments plus classiques des ressorts comiques. Personnages inoubliables, situations plus improbables nous mènent à une fin sans concession et finalement porteuse d'espoir malgré la situation finale du héros. Une belle expérience littéraire, différente de ce que l'on peut lire et qui plaira aux amateurs d'humour vache et de tragi-comédie.

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lundi 8 janvier 2018

"Héros secondaires" de S. G. Browne

heros secondairesL'histoire : Convulsions. Nausées. Migraines. Gain de poids soudain. Pour les fantassins de l'industrie pharmaceutique présents sur la ligne de front de la science médicale – un petit groupe de volontaires qui testent des molécules expérimentales contre rémunération – ces effets secondaires courants sont un petit prix à payer pour défendre leur droit à la vie, à la liberté et à la recherche des antidépresseurs.

Lloyd Prescott, trente ans, gentil loser qui gagne sa vie en enchaînant les essais cliniques quand il ne pratique pas une forme de mendicité créative, est le premier du groupe à remarquer les conséquences très étranges (voire paranormales...) de l'exposition pendant des années à des molécules pas tout à fait certifiées. Ses lèvres s'engourdissent, il est balayé par une vague d'épuisement, et à l'instant même, un inconnu s'écroule devant lui dans la rue, victime d'une narcolepsie foudroyante...

Ses potes cobayes et lui se découvrent ainsi de drôles de superpouvoirs, soudain capables de projeter sur autrui toute une panoplie d'effets secondaires handicapants !

Au cœur de la nuit, un nouveau comité de justiciers fait régner la terreur chez les pseudos caïds – ceux qui visent toujours les plus faibles – à coup de convulsions, de vomissements, d'eczéma fulgurant... Les mendiants de New York ont trouvé leurs défenseurs. Mais les superpouvoirs (et les capes colorées) suffisent-ils à faire des superhéros ? Et quand la menace devient sérieuse, Lloyd et ses amis héros malgré eux seront-ils à la hauteur ?

La critique Nelfesque : "Héros secondaires" signe le retour de S. G. Browne dans nos librairies pour notre plus grand plaisir ! Cet auteur est une perle pour nous narrer des histoires ancrées dans notre époque, soulevant des questionnements actuels mais sans lourdeurs, sans fatalisme et avec beaucoup d'humour. Le fond n'est pas drôle très souvent mais la forme est savoureuse.

Ici, nous suivons Lloyd et sa bande de copains, tous cobayes professionnels. Les labos n'ont plus de secret pour eux tant ils ont écumé leurs locaux pendant de nombreuses heures. Un peu paumés, ils forment une bande de gentils losers qui se rassemblent régulièrement pour partager leurs dernières expériences de testeurs de produits pharmaceutiques. Qui a mal où ? Qui supporte quoi ? Qui a un bon plan à partager pour gagner un max de tune sans trop de contraintes ? Car pour eux, ingurgiter 3 fois plus de médicaments à 30 ans qu'une personne âgée de 90 ans est de l'argent facilement gagné. Mais à quel prix ?

Le jour où ils vont découvrir que les expériences auxquelles ils s'exposent depuis des années ont développé chez eux des pouvoirs étranges, la question de savoir ce qu'ils vont faire de leur vie va se poser. Entre critique de notre société, de la course à l'argent, des difficultés de trouver un emploi décent, de la solitude de notre XXIème siècle, "Héros secondaires" tire le portrait de mecs lambda dont le destin va être chamboulé par quelques molécules chimiques. On nage en plein WTF par moments et on en redemande. Super-héros des temps modernes, ils vont apprendre à connaître et à maîtriser leurs nouveaux pouvoirs. Qui n'a jamais rêvé de voler, de respirer sous l'eau ou encore de se rendre invisible !? Eux sans doute ! Mais ce n'est pas cela qui les attend. Leurs pouvoirs sont bien moins spectaculaires. Pendant que l'un provoque des geysers de vomissements sur ses victimes, un autre l'endort, lui fout la gaule ou encore le couvre instantanément de plaques d'urticaires. En effet, ça fait moins rêver...

Et pourtant, en y réfléchissant bien, ces super-pouvoirs peuvent être utiles à un bien commun. Ils vont alors unir leurs forces afin de débarrasser le monde (ou du moins leur ville, commençons petit) de l'injustice et l'incivilité. Au secours des laissés-pour-compte, ils vont mettre en place un plan d'action et patrouiller sans relâche. De l'apprentissage à la maîtrise de leur art, ces héros secondaires sont savoureux et l'ensemble est jubilatoire. Avec eux, les machos prétentieux, les petits caïds et les voleurs en prennent pour leur grade !

S. G. Browne nous livre ici, une fois de plus, un roman très drôle qui sous ses aspects "gros sabots" n'est pas dénué de finesse. Pour qui veut bien voir en dessous de la coquille faite de vomi, de sperme, de rougeur (toute une carapace répugnante et loin du glamour) et de l'humour potache, ce roman est criant de réalisme. Malin et intelligent, avec une petite dose de fantastique et une écriture unique, l'auteur pointe du doigt ce qui ne tourne pas rond dans notre monde. Sa marque de fabrique. A lire !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Eclairé :
- "La Destiné, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort"
- "Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël"
- "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour"

dimanche 17 décembre 2017

Rêvons un peu...

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Dessin de Bar tiré de son blog.

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samedi 2 décembre 2017

Fraîcheur macroniste...

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Dessin de Juin tiré du site du Strips journal

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samedi 14 octobre 2017

"La Température de l'eau" de George Axelrod

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L’histoire : Westport, Connecticut, fin des années soixante. Harvey Bernstein, 46 ans, ne compte plus les bonnes raisons de se suicider. Ses livres, qui ne se vendent pas, son travail de critique, alimentaire et absurde, sa femme Margery, présidente du comité pour une législation raisonnable du port d'armes, ses deux enfants, au mieux indifférents. Sans oublier ses cours d'écriture créative à L'École des Meilleurs Auteurs de Best-Sellers. Harvey n'est taraudé que par une seule question : somnifères ou revolver? Avant qu'il ne trouve la réponse, une jeune femme pour le moins originale, Cathy, va faire une entrée inopinée dans son existence. Avec un faible bien marqué pour les perdants nés, elle va entraîner Harvey dans des aventures aussi torrides que périlleuses, dont on ne révèlera rien ici, sinon qu'elles se concluront à Hollywood, au cœur même de l'usine à rêves.

La critique de Mr K : Un sacré roman que cet ovni livresque venu tout droit des années 70 à l’occasion de la rentrée littéraire de cette année chez Sonatine. L’auteur, George Axelrod, est fort connu dans le milieu du cinéma hollywoodien, surtout comme le scénariste de deux films cultes Sept ans de réflexion et Diamants sur canapé film adapté de sa pièce de théâtre. Plus rarement romancier, ce livre écrit en 1971 est une expérience hors du commun où l’on s’amuse beaucoup et qui délivre une satire bien thrash du milieu artistique de l’époque.

Harvey a raté clairement sa vie, c’est pourquoi il a décidé de l’abréger. Écrivain à la carrière qui n’a jamais vraiment décolé est devenu professeur dans une école sensée apprendre à ses élèves la manière d’écrire un bon best seller (sic). Marié et père de famille, sa vie personnelle n’est pas reluisante non plus et l’avenir ne le fait plus rêver depuis un certain temps. Heureusement pour lui (même si ça ne va pas être de tout repos), une jeune femme complètement déjantée va rentrer dans sa vie. Cette prostituée au grand cœur aime les causes perdues et souhaiterait devenir écrivaine à succès. Ces deux là que tout oppose étaient finalement fait pour se rencontrer tant leurs aventures débridées vont faire des étincelles et changer leur vie à tout jamais.

Un souffle délirant se fait sentir durant toute la lecture. On rentre vraiment dans un univers littéraire différent avec cet ouvrage qui fait la part belle aux personnages ubuesques aux réactions imprévisibles. Domestiques branques, acteurs et professionnels de cinéma azimutés du bulbe, un héros désabusé en roue libre qui fait n’importe quoi et Cathy, une jeune femme débrouillarde et irréaliste au possible. Ce mix improbable fonctionne à plein régime, faisant de cette lecture une expérience foldingue à nulle autre pareille. Malgré tout, l’histoire tient la route et même si on n'y croit parfois pas plus d’une seconde, on se prend à délirer et suivre les aventures érotico-humoristique du duo principal.

L’alchimie fonctionne parfaitement entre l’écrivain looser et la prostituée aux grandes aspirations. Les quiproquos s’enchaînent au départ pour une relation étrange basée sur le sauvetage d’un être en perdition par une femme qui semble enfin découvrir l’amour véritable. Cela donne lieu à des scènes mémorables comme l’énorme cuite que prend Harvey en début d’ouvrage (une des plus belles descriptions du mal aux cheveux à mes yeux), les échanges épistolaires entre le professeur et sa future élève, la visite de maisons à louer et tout un cortège de scènes du quotidien qui deviennent étranges à cause de l’attitude nébuleuse des deux personnages en roue libre. On s’attache immédiatement à eux et on ne peut s’empêcher de se demander où leurs pas vont les mener.

Du cul, de l’alcool, des drogues diverses, les mœurs des milieux artistiques et notamment dans le cinéma sont connus. L’auteur s’en donne ici à cœur joie en nous relatant quelques épisodes hauts en couleur et en chaleur entre orgies, beuveries et fêtes qui durent jusqu’au bout de la nuit. Rien de glauque pour autant, George Exelrod se plaisant toujours à démystifier par l’humour des situations parfois limites. Pas d’affaire Polanski et autres abus du même type ici, plutôt de joyeuses réjouissances entre adultes consentants sous fond de création artistique et de projets à venir. À l’occasion c’est d’ailleurs assez fun de découvrir qui se cache derrière les prénoms que l’on rencontre dans ces pages et qui appartiennent au showbiz de l’époque : une Elisabeth est mariée avec un Richard par exemple. On rentre aussi dans les coulisses de l’élaboration d’un roman, puis d’un film avec les étapes de la production, la scénarisation, le choix du réalisateur et des acteurs. C’est très bien fait mais ça n’a rien d‘étonnant quand on connaît la carrière de scénariste de l’auteur.

Enfin, c’est un ouvrage qui n'a pas loin de 50 ans et pourtant, on a l’impression qu’il a été écrit hier. Le style vif, incisif, sans fioriture permet une immersion immédiate dans l’histoire, clairement on retrouve les caractéristiques d’une écriture de type cinématographique, de celles qui vont à l’essentiel en soignant leurs personnages et en explorant l’âme humaine avec justesse et distanciation. Livre très drôle mais qui ne se résume pas qu’à cela, La Température de l’eau est un bijou à sa manière, un bond dans le temps rafraîchissant et jubilatoire. À lire donc !


mercredi 4 octobre 2017

Odeur nauséabonde...

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Dessin de Foolz trouvé sur le site du Strips Journal

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dimanche 25 juin 2017

De l'art de se plaindre...

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Dessin de Bar tiré de son blog.

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mardi 6 juin 2017

"Colza mécanique" de K. B. Holmqvist

Colza mecaniqueL'histoire : Restés célibataires, les deux frères Henning et Albert, 68 et 73 ans, habitent une maisonnette à la lisière d'un village de la campagne suédoise. Leur paisible routine est brisée net lorsque la maison d'à côté est transformée en centre de désintoxication pour femmes. Puis quand, à la suite d'un malentendu, des médias à l'imagination fertile lancent une rumeur incroyable : le champ de colza voisin serait un lieu de débarquement extraterrestre. Jeunes femmes vulnérables d'un côté, journalistes en délire de l'autre... Propulsés au coeur de la révolution villageoise, les deux vieux garçons vont devoir garder la tête froide.

La critique Nelfesque : J'avais particulièrement apprécié ma lecture d'"Aphrodite et vieilles dentelles" du même auteur l'an dernier et à l'annonce d'une nouvelle parution chez Mirobole en mai, j'étais des plus impatientes de découvrir ce dernier né !

A la lecture de la quatrième de couverture, le lien se fait tout de suite avec le roman précédent. "Tiens tiens, me dis-je... La mère Holmqvist nous refait le coup des petites vieilles version frères âgés. Pas très original tout ça..." Et le fait est que tout y fait penser ! L'auteure semblant utiliser les mêmes ingrédients et les mêmes ficelles. La campagne, les liens fraternels, les personnes âgées, l'humour et l'ingrédient inattendu qui fait que leur vie va changer.

Oui, il y a du "Aphrodite et vieilles dentelles" dans "Colza mécanique" mais de par des personnages au tempérament bien différent, le lien entre les deux romans est vite oublié. Et oui, je suis capable de me rendre compte quand je fais fausse route et peu à peu mes appréhensions de début de lecture se sont dissipées au profit d'un plaisir sans bornes... Qu'est ce que j'ai ri !

Henning et Albert sont frères et ne se sont jamais quittés. Agés, ils vivent à la campagne et mènent une petite vie simple et satisfaisante. Dans leur maison entourée de champs, ils se contentent de peu, n'ont pas de voiture et se déplacent à vélo. Ils donnent quelques coups de main dans le voisinage, et notamment au manoir, chez Louise et Olof qui aiment particulièrement leur côté désuet, respectueux et loyal. Henning et Albert sont deux petits vieux comme on en fait plus et cela serre le coeur quelques fois au détour d'une page. Parce que moi je les aimais bien ces petits papis toujours habillés pareil, qui partaient chercher leurs journaux à pied au village, même si il fallait parcourir plusieurs kilomètres, qui allaient aux champignons et avaient l'accent chantant. Le temps semblait ne pas avoir de prise sur eux. Eté comme hiver, ils étaient toujours de bonne humeur. Ils avaient vécu une autre époque, la guerre, la faim et se contentaient de choses simples et de petits bonheur de la vie. C'est mon côté nostalgique et fille de la campagne ça...

Un matin ils apprennent que leur maison natale, séparée de la leur par un champ de colza a été vendue et, après quelques travaux, va accueillir un centre de repos pour femmes en difficulté. La curiosité est grande au sein du village et bientôt une étrange rumeur de débarquement extraterrestre va se répandre dans les médias.

Quiproquos à foison, situations absurdes, "Colza mécanique" m'a fait rire à gorge déployée. Les deux frères sont désarmants de naturel et de naïveté et la confrontation entre leur vie tranquille et la frénésie des médias est savoureuse. Deux mondes s'entrechoquent dans cet ouvrage où l'humour est omniprésent. Evoluant jusqu'ici en parallèle, sans jamais se croiser, ils n'ont ni le même rythme, ni les mêmes préoccupations, ni le même mode de vie. Rencontre au sommet dans un champ de colza où l'espace de quelques jours l'avenir de l'humanité va se jouer. Jubilatoire.

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jeudi 1 juin 2017

"L'Enfer du Troll" de Jean-Claude Dunyach

L'enfer du troll

L’histoire : " Nous sommes censés accompagner Sheldon et Brisène dans leur voyage de noces à l’autre bout du monde et jeter un coup d’œil à la situation d’une des mines locales, qui s’ouvre à flanc de volcan. Les rapports qui lui parviennent ne sont pas conformes au planning.

– Tu t’attends à quoi ?

– Une menace inconnue, terrifiante, du genre que les humains ne sont pas taillés pour affronter. Une apocalypse à l’échelle du monde, qui risque d’éradiquer toute vie intelligente sur Terre. Et ça pourrait même nous affecter, par ricochet..."

Pour venir à bout de leur quête, le Troll et ses complices vont devoir affronter les typhons des mers du sud, une armée de zombies et de consultants, et résister aux pièges des épouvantables souvenirs pour touristes. Mais ils disposent d’une arme secrète : leur mission est dotée d’un budget.

La critique de Mr K : Il y a deux ans environ, je vous parlais avec enthousiasme de ma découverte de Jean-Claude Dunyach avec le très réussi L’instinct du Troll qui mélangeait allégrement clichés de fantasy avec des notions et un vocabulaire moderne du type du pastiche Le Conseil corporate basé sur l’adaptation ciné du Seigneur des anneaux. J’ai depuis croisé l’auteur aux Utopiales et rencontré un homme heureux d’écrire, d’une bonté et d‘une gentillesse de tous les instants. C’est donc avec un plaisir immense que j’entamai cette nouvelle lecture qui s’inscrit complètement dans la lignée du précédent en reprenant certains personnages connus et en enfonçant à nouveau le clou de l’humour grinçant et des passages ubuesques. Amateurs de gaudriole et de références léchées, vous êtes les bienvenus !

On retrouve ici notre bon gros troll pour une nouvelle quête aux bordures du monde connu, son chef l’envoie sur une île lointaine, dans un volcan où se trament d’étranges événements qui pourraient rompre l’équilibre précaire du monde. Mais la route est longue, il va falloir survivre à la croisière organisée à laquelle il participe et supporter les impondérables qui vont en découler, sans compter la compagnie de zozos plus dingos les uns que les autres. C’est l’occasion pour l’auteur de continuer à asticoter le lecteur et notre monde à travers des moments de bravoures, des situations cocasses et de grands moments de solitudes. Délectable !

Avec L'Enfer du Troll, Dunyach nous montre le pendant féminin de notre troll de héros en la personne de sa compagne qui va prendre les commandes très tôt ; c'est une force de la nature romantique, cela donne de belles pages de romance et de tendresse version troll. Attendez un peu de lire les passages concernant leurs étreintes et vous comprendrez l’amour fou qui les unit. C’est à la fois touchant, drôle et décalé. Il faut dire qu’il ne sont pas trop de deux pour affronter la bêtise ambiante entre des nécromants vendeurs versés dans l’escroquerie organisée, les elfes foldingues aux motivations obscures, un stagiaire décidément très tarte et naïf (aaaaah ces humains !), une jeune mariée possessive et dictatoriale, des chevaliers peu toniques qui se révèlent être des incompétents notoires dans leur domaine, des fonctionnaires avides de réunions qui se transforment en brutes sanglantes si vous avez le malheur de ne pas porter de badge...

Je crois que vous pouvez vous faire une petite idée de l’esprit qui souffle sur ses pages entre quête du Graal assistée par GPS (Graal Position System), parcs d’attraction pour touristes avec des zombies asservis dedans, des machines à café où se tractent les pires complots, des boules à neige contenant de vraies âmes à l’intérieur, une fin du monde capitaliste à souhait et des personnages complètement largués qui ne peuvent compter que sur leur malice et un bon budget pour s’en sortir. C’est ultra-efficace, très bien ciblé et ça démoli aux passages les classiques évoqués au détour de quelques lignes bien senties (le passage sur l’aube rouge est un modèle du genre, Legolas retourne te coucher !). C’est irrévérencieux, très très drôle si on aime l’humour à la mode Pen of Chaos et qu’on aime la fantasy. Si ce n’est pas votre cas, vous feriez mieux de passer votre tour, les amateurs de fantasy pure à la mode Tolkien en seront pour leur frais. Pour ma part, j’ai été comblé par ce dépoussiérage rigolard qui ne se prend jamais au sérieux tout en garantissant une belle qualité littéraire au lecteur.

Le risque principal de ce genre d’ouvrage réside souvent dans le trop plein. Heureusement l’auteur nous sert ici un roman de deux cents pages donc court mais suffisant. Pas de lassitude donc, un style gouleyant à souhait et un rythme endiablé qui ne laisse que très peu de moments de pause au lecteur qui se retrouve englué dans un univers fantastico-comique assez impressionnant et complet. C’est avec un grand sourire que l’on repose l’ouvrage une fois fini et qu’on se dit qu’on en reprendrait bien une petite louche. Honnêtement, si vous êtes amateur de Pratchett, vous en avez ici un dérivé à la mode gestion-administration de très haut vol qui vous mènera vers des sommets de plaisir insoupçonné. Un must dans le genre !

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mardi 30 mai 2017

"Bagdad, la grande évasion" de Saad Z. Hossain

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L’histoire : Prenez une ville ravagée par la guerre : Bagdad, 2004.
Prenez deux types ordinaires qui tentent de survivre ; ajoutez un ex-tortionnaire qui veut sauver sa peau, un trésor enfoui dans le désert, un GI bouffon mais pas si con.
Incorporez un fanatique religieux psychopathe, un alchimiste mégalo, une Furie et le gardien d'un secret druze.
Versez une quête millénaire dans un chaos meurtrier chauffé à blanc ; relevez avec sunnites, chiites, mercenaires divers et armée américaine.
Assaisonnez de dialogues sarcastiques et servez avec une bonne dose d'absurde.

La critique de Mr K : Voilà typiquement le genre de quatrième de couverture qui a le don de m’intriguer et d’aiguiser mon envie de lecture. Quand en plus, il s’agit d’un titre de chez Agullo et que chacune de mes incursions chez eux s’est révélée riche en émotions par le passé, je m’attends au meilleur dans un ouvrage proposant un mix improbable entre aventure, récit de guerre et ésotérisme, le tout placé sous le sceau de l’absurde. Tout un programme !

Se déroulant en 2004 en Irak, en plein conflit post attentats de 2001, on plonge, avec Bagdad, la grande évasion, dans la réalité d’un pays en guerre où l’anarchie règne en maître. On ne compte plus les camps en présence entre les "libérateurs" américains, les autorités irakiennes nouvellement installées, les anciens baasistes (anciens soutiens de Sadam Hussein), les islamistes, les chiites, les sunnites... Au milieu de ce chaos, on retrouve un certain nombre de personnages d’horizons divers qui tentent de tirer leur épingle du jeu de massacre qui se déroule dans l’un des plus vieux pays du monde. Leurs objectifs sont très différents allant de la simple survie à l’obtention d’un mystérieux pouvoir absolu. À la manière de la théorie des dominos, chaque action a ici sa conséquence et les répercussions dans ce roman se révéleront parfois quasi bibliques tant les éléments en jeu dépassent le simple entendement humain.

La première caractéristique de ce roman est son aspect drolatique malgré des passages bien rudes parfois. Cela tient à la nature profonde des personnages et leur manière de s’exprimer. On a le choix en tout cas entre une belle brochette de pieds nickelés adeptes d’opérations commando suicidaires (Hamid, Kinza et Dagr) qui miraculeusement ont tendance à fonctionner, un GI (Hoffman) complètement allumé qui cache bien son jeu entre deux pétards, un chef de bande intégriste complètement accro au pouvoir et à la terreur qui perd peu à peu pied, un mystérieux alchimiste qui cache son jeu, une folle furieuse qui lutte contre ce dernier, des seconds couteaux complètement abrutis... Tout cela paraît être un imbroglio sans queue ni tête et d’ailleurs le lecteur doit s’armer de patience au départ pour capter le fin fond de l’histoire. En même temps, il est parfois bon de se laisser porter par le flot continu et ici impétueux de l’écriture qui donne à lire des dialogues hauts en couleurs et plein de verve. Dialogues à la Tarantino s’enchaînent ne ménageant personne et ponctuant l’ouvrage de punchlines dévastatrices et très souvent cyniques. Le rythme est enlevé, ne désemplit jamais et accroche directement le lecteur.

Miroir sans censure d’une guerre épouvantable, rien ne nous est épargné dans ce livre malgré un vernis humoristique certain : massacres et destructions se succèdent ainsi que les histoires dramatiques en sous-texte de certains personnages qui ont tout perdu lors de ce conflit meurtrier : famille, maison, métier. Chacun doit se reconstruire à sa manière et surtout comme il peut, accompagné par des fantômes qui le feront souffrir jusqu'à la fin de ses jours. Cela donne un mélange étonnant de visions apocalyptiques vraiment puissantes et de scènes / réflexions plus intimistes qui touchent en plein cœur. Ce livre apporte une vision sans fioriture sur la violence, la course au pouvoir et la propension de l’être humain à ne reculer devant rien pour gagner une place au soleil quitte à bafouer la morale la plus élémentaire.

Dernière dimension de l’ouvrage qui par bien des égards pourrait être qualifié de livre-somme, l’aspect roman d’aventure ésotérique. En quatrième de couverture, l’éditeur fait référence à la série de films Indiana Jones. Ce n’est pas du tout usurpé car au milieu d’un contexte militaire prégnant apparaît une mystérieuse montre, au mécanisme secret qui renfermerait un secret pluri-millénaire. Tous les personnages de près ou de loin s’y intéressent ou gravitent autour, on se retrouve alors dans un pur roman d’aventure avec son lot de rebondissements et de révélations qui mènent le lecteur loin, très loin vers des sphères insoupçonnées entre alchimie, religion, secte et rêve d’immortalité. Je suis assez client de ce genre de thématiques, je peux vous dire qu’ici c’est très réussi, pas du tout cliché et complètement barré. Encore un bon point !

Tous ces éléments mis ensemble peuvent paraître bancals, délirants et peut-être même inquiétants pour les amateurs de récits plutôt balisés et classiques. Mais arrivé à la fin de Bagdad, la grande évasion, tout se complète, se nourrit, fournissant une œuvre assez unique en son genre, jubilatoire et complètement décomplexée. Le genre d’expérience littéraire qui au départ peut ne pas sembler forcément évidente mais qui prend sa juste mesure au fil de la lecture, pour finalement procurer une gigantesque claque qui reste longtemps en mémoire. Un sacré petit chef d’œuvre à découvrir au plus vite !