samedi 17 juin 2017

"L'Horreur du métro" de Thomas Monteleone

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L’histoire : Le cadavre était presque réduit à l'état de squelette. Sur quelques lambeaux de chair verdâtre rampaient encore une multitude de choses voraces, grouillement informe de gélatine visqueuse, agitée de convulsions obscènes. Soudain les "choses" parurent remarquer la présence de Whitney, l'exterminateur de rats, et son hurlement de terreur et d'agonie résonna longuement dans les couloirs déserts du métro.

De Whitney, on ne retrouva que quelques os bien blancs, bien propres. De Jeff, le surveillant des égouts, et de Sam, le vieux poivrot, pas davantage.

Et l'inspecteur Corvino, chargé de l'affaire, soupçonne que ces meurtres inexplicables ne font que commencer. Comme si, en creusant ces tunnels immondes dans les entrailles de la terre, l'homme l'avait violée et devait dès lors payer pour ce crime.

La critique de Mr K : Aujourd’hui, présentation d’une lecture bien récréative qui m’a soulagé lors d’une "session angine" bien pénible le mois dernier. Quand on est malade, il est parfois difficile de se concentrer sur une lecture surtout quand elle est ardue ou ambitieuse. Hors de question pour moi par exemple de m’atteler à un Rushdie dans ces conditions mais par contre, un bon roman d’épouvante peut très bien faire l’affaire surtout qu’en général les personnages de l’écrit concernés souffrent bien plus que le lecteur, ce qui en soi est un réconfort bien sadique (sic). Me voila percé à jour ! Focus aujourd’hui donc sur L’Horreur du métro, un authentique titre de série B qui en tant que tel ne révolutionne pas le genre mais permet au lecteur amateur de frisson de passer du bon temps et de ressortir bien content d’une lecture certes anecdotique mais efficace.

Dans ce roman, il ne fait pas bon traîner tard dans le métro de New York surtout hors des stations et des rames. Clochards, exterminateurs de rats et techniciens ont tendance à disparaître de manière impromptue et violente. Mais tout finit par réapparaître à la surface entre les victimes d’un tueur en série insaisissable et les victimes déchiquetées de mystérieuses créatures. La police est sur les dents, en perd son latin et pour certains agents même le sens commun ! Très vite, les personnages principaux se retrouvent confrontés à quelque chose qui les dépasse, une force occulte qui grandit en se nourrissant de la peur et du ressentiment. Sa soif inextinguible d’espace fait que la confrontation avec le genre humain sera violente et à priori à sens unique. Inutile de vous dire que la simple enquête de police se transforme quasiment en croisade...

On est clairement ici dans de la série B assumée aussi simple qu'efficace. Ainsi, vous ne trouverez pas de grande originalité dans la caractérisation des personnages : le flic intègre esseulé qui vit son métier comme un sacerdoce, la journaliste arriviste mais pas trop à laquelle on s’attache vite, le spécialiste mystérieux qui officie à la faculté et se nourrit de sa passion pour les rites étranges... Rajoutez dessus cela un soupçon d’idylle naissante, de vieilles fêlures qui se rouvrent, des découvertes extraordinaires annonçant un apocalypse latent et vous vous retrouvez entre de bonnes mains. La mayonnaise prend instantanément (beaucoup mieux que quand je tente d’en faire une vraie en cuisine), le récit très rythmé n’est pas avare en circonvolutions et la tension est très bien dosée. On est rarement surpris mais l’addiction est immédiate si ce genre de plaisir coupable vous tente car Monteleone est généreux en effets horrifiques et maîtrise très bien son sujet.

J’ai beaucoup aimé l’exploration des bas fonds de New York et notamment le véritable gruyère que se révèle être son sous-sol. C’est un aspect de la big pomme que je n’ai pas visité lors d’un séjour ancien dans cette ville fascinante (à faire une fois dans sa vie même si comme moi vous êtes plus un rat des champs). Vu ce qui s’y passe, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’aller sur les chemins de traverse se cachant sous les rues et à côté des lignes régulières du métro. Ambiance poisseuse, monde interlope peuplés d’être avilis, nuisibles de toute sorte et une présence étrange qui ne fait que grossir et qui ne révélera sa vraie nature que dans le dernier tiers d’un roman fourni en détails et qui emmène littéralement le lecteur avec lui dans un univers glauque et bien déviant. Petit bonus à l’occasion de scènes bien épouvantables, un clin d’œil au mythe de Prométhée (un de mes préférés dans la mythologie classique) et des références à Lovecraft. L’auteur connaît ses classiques et ça me parle ! Voici un exemple tiré du livre d’une discipline qui intéresse le docteur Carter (rien à voir avec Urgences), un des piliers de l’équipe enquêtrice du livre: La mégapolisomancie. (Carter hocha la tête d’une mine sombre.) C’est une théorie mystique compliquée énoncée par un occultisme du début du siècle, un nommée Thibault de Castries dont le livre avait pour titre La Mégapolisomancie. Traduit librement, ce terme signifie à peu près la magie noire urbaine. De Castries était persuadé que quand une ville vieillit, elle acquière une vie métaphysique propre en attirant certaines des formes de vie les plus éthérées de la nature: esprits, démons et autres nébuleuses. Moi aussi, j’en suis arrivé à y croire tout récemment. Tripant, dans le genre.

D’une lecture très rapide, accessible mais pas simpliste (faut pas pousser quand même, il y a tellement de livres à lire), j’avoue qu’il m’a bien accompagné deux jours durant entre frissons, visions ésotériques et romance à deux balles. Certainement pas le livre de l’année ni le meilleur dans le genre mais un très bon divertissement qui remplit royalement son office. Vous avouerez que c’est déjà pas mal, non ?

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vendredi 26 mai 2017

"Get out" de Jordan Peele

Get out afficheL'histoire : Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

La critique Nelfesque : Je suis tombée sur "Get out" un peu par hasard. Une amie qui connaît bien mon amour pour les films de genre m'a un jour envoyé son teaser par MP sur IG. Je n'en avais jamais entendu parler ! Et en plus il allait sortir en salle incessamment sous peu... What !? Mais comment est-ce possible !? Je visionne le teaser. Ça me branche bien. Je le montre à Mr K. Idem. Allez zou, direction notre cinéma habituel sans plus de préliminaires. C'est donc vierge de tout avis (et même de la bande annonce) que nous sommes allés nous enfermer dans le noir pour voir un film qui nous disait de dégager ! Tout un programme !

Il y a un peu deux films en un dans "Get out". La première partie est angoissante, les personnages sont énigmatiques, on sent bien que quelque chose cloche. L'ambiance est pesante alors que tout n'est que sourire et amabilité. Très réussie et immersive à souhait, j'ai été complètement happée par le calme et l'hospitalité qui émane de cette propriété au bord du lac (où j'irai bien passer un week-end soit dit en passant, mais sans les propriétaires des lieux si possible !). Les neo beaux-parents sont très accueillants et à l'écoute, le frangin est légèrement psychotique sur les bords mais Chris, qui s'attendait à un accueil beaucoup plus glacial, du fait de sa couleur de peau, est agréablement surpris. Puis peu à peu, on commence à entrevoir un double discours. Derrière une phrase anodine se cache un sens caché et la conversation n'est plus du tout ce qu'elle semblait être. L'hospitalité se transforme peu à peu en perversité et l'atmosphère se glace. Qui sont réellement ses beaux-parents et surtout pourquoi tout le monde se comporte-t-il si bizarrement ?

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Puis vient la seconde partie du film, celle où tout va se jouer, celle où le spectateur va comprendre le fin mot de l'histoire en même temps que Chris et où ce dernier va tenter de sauver sa peau. Entre survival et révélation WTF, l'ensemble reste efficace et maîtrisé mais beaucoup moins intéressant que la première moitié du long métrage. Il y a un peu de sang mais pas trop, quelques coups de boost d'adrénaline et des pulsions meurtrières du côté du spectateur face à certaines situations mais j'ai préféré 100 fois le côté malsain et pernicieux de la première partie, distillé au compte goutte et nous rendant parano, suspectant tout le monde de tout et n'importe quoi. Barré, efficace et diablement intelligent par son sous-texte et sa dénonciation du racisme ordinaire (et moins ordinaire dans certains états américains).

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Là où "Get out" sort son épingle du jeu, au delà de la première partie évoquée plus haut, c'est dans l'humour présent tout du long. Il n'y a pas vraiment matière à rire quand il est question de racisme me direz-vous mais le réalisateur a introduit un personnage qui apporte une autre dimension aux propos et dédramatise (ou "allège") certaines situations. Rod, le meilleur ami de Chris, est LE personnage qu'il ne fallait pas omettre d'intégrer à l'histoire sous peine de passer à côté de belles tranches de rigolade. Le film bascule alors dans la comédie grinçante.

Angoissant, efficace et drôle, "Get out" est à réserver aux fans de films de genre sous toutes ses formes tant il s'avère polymorphe et bien mené. Plus intelligent qu'il n'y parait il offre une réflexion sur les apparences qui n'est pas inintéressante. A découvrir !

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La critique de Mr K : 4,5/6. Un très bon film de genre que ce métrage vu la semaine dernière et qui nous a ravi Nelfe et moi par la tension qu’il dégage, le charisme de ses personnages et une forme générale enthousiasmante. Il s’agit d’un premier film et même s’il n’est pas exempt de défauts, la passe est réussie et donnera bien du plaisir (et quelques frissons) aux amateurs.

L’histoire est plutôt classique en soi, un jeune homme afro-américain va avec sa compagne rencontrer sa belle famille. Cela ne l’enchante guère, surtout qu’elle est blanche et appréhende beaucoup la réaction des parents quand ils découvriront ses origines. Pourtant, une fois sur place tout se déroule bien, il est très bien accueilli et tout semble être fait pour le mettre à l’aise. Et pourtant, au fil des heures, il sent bien que quelque chose cloche. Pourquoi les domestiques noirs se comportent_ils étrangement ? Les parents ne cachent-ils pas un secret derrière leur sollicitude ? Qui sont tous ces gens invités à une garden party et qui s’intéressent de si près à lui ? Autant de questions qui se bousculent dans la tête de notre héros qui se retrouve de plus en plus isolé et se demande bien ce qui se passe. La révélation sera des plus fracassantes !

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La première partie du film est d’une incroyable efficacité. La tension est maîtrisée comme jamais et maintient une ambiance bien flippante et glauque. Elle illustre à merveille la tension des questions raciales aux Etats-Unis avec notamment la place des blacks dans la société et la façon dont ils sont perçus. Sans en rajouter et tomber dans les clichés, le réalisateur amène cette critique de façon indirecte et très bien dosée, distillant une horreur pure car humaine et sans fard. La seconde partie vire dans un classicisme bien thrash que l’on retrouve dans les films de genre. Mais honnêtement, la présentation des personnages, les interactions mises en œuvre et le plantage de décor sont une super réussite et on se demande bien vers où se dirige les pas du réalisateur. Puis vient le moment de la révélation (un peu what the fuck, j’en conviens) et le film prend une toute autre tournure pas du tout avare en hémoglobine. Ça défoule, c’est fun mais du coup on perd en originalité. D’où ma note qui frôle l’excellence mais se voit rabaisser par du déjà vu. En tous les cas, on est surpris et on passe un bon moment devant un second acte plus speed et bien maîtrisé.

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La technique ne fait jamais défaut à ce film : l’image est belle, certains plans audacieux, le rythme bien maîtrisé et certains passages musicaux bien barrés lorgnant vers Carmina Burana (c’est un peu too much je vous l’accorde mais ça donne bien dans une salle de cinoche). Le jeu d’acteur est impeccable et j’ai une tendresse toute particulière pour Rod, le meilleur pote du héros, complètement paranoïaque mais un ami en or. Le jeune héros m’a bien plu aussi, loin des sentiers battus, son personnage est intéressant et l’acteur assume le rôle à fond entre sensibilité exacerbé et chocs successifs. On y croit durant tout le film et les personnages très bien brossés donnent une belle profondeur à ce film de genre bien malin qui oscille régulièrement entre horreur et humour, fournissant un film ambivalent et diablement addictif. On ne s‘ennuie pas une seconde et la fin vient nous cueillir tout pantelant et heureux de la séance à laquelle on a assisté.

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Une bonne expérience qui je l’espère fera gagner en notoriété à un jeune réalisateur talentueux qui promet de nous régaler dans les année à venir. Amateurs des films de genre, courez-y !

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dimanche 30 avril 2017

"Grave" de Julia Ducournau

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L'histoire : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

La critique Nelfesque : Mea maxima culpa, nous sommes affreusement en retard pour poster cette chronique ciné. J'ai traîné, traîné, traîné. Comme une envie de garder pour moi toute seule cette petite pépite de cinéma et cette expérience incroyable... Mr K étant quelqu'un de très persévérant (ça c'est le politiquement correct de "un peu chiant sur les bords" (coucou chéri !)), je finis par ENFIN rédiger mon billet. Remarquez, ainsi je suis étonnamment en avance sur la sortie DVD du film en juillet prochain (remarquez cette belle pirouette !).

Justine est une jeune fille qui débute ses études vétérinaires. Dans sa famille, tout le monde est passé par sa nouvelle école, tout le monde a suivi ses mêmes cours, tout le monde a subi le même bizutage. Celui qui va la transformer au plus profond d'elle-même. Elle ne ressortira pas de sa première année indemne. La Justine qu'elle était jusque là n'existera plus.

"Grave", en abordant de manière frontale le bizutage, est plus subtil qu'il n'y parait. Et oui, le film de genre cache parfois son jeu et pour qui sait voir au delà des apparences, le sang et l'horreur permettent d'aborder des thèmes plus universels. Mr K et moi-même étant très friands du genre, nous ne sommes pas des psychopathes en puissance (pas que !). Ici, Julia Ducournau se sert du bizutage comme prétexte pour parler de la différence et elle le fait de la plus belle des manières.

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Justine est végétarienne. On peut se dire "oula facile de surfer sur une problématique assez en vogue ces derniers temps" ou encore "non mais franchement voilà l'idée quoi, faire devenir cannibale une jeune végé, bravo le cliché". Et bien non, il n'y a ni volonté de faire du buzz avec un sujet à la mode, ni quelconque velléité de ridiculiser  une partie de la population sous prétexte qu'elle ne mange pas de viande. Finalement que Justine soit végétarienne, on s'en fiche un peu. C'est sa transformation, la façon dont elle la vit, dont elle est perçue, son combat, sa volonté qui importent.

Justine a des certitudes. C'est une jeune fille tout ce qu'il y a de plus banale. Elle est un peu impressionnée d'entrer dans une grande école où elle ne connaît personne si ce n'est sa grande soeur qu'elle croisera de temps en temps. Elle doit se faire de nouveaux amis, peut-être tombera-t'elle amoureuse. Elle va grandir, mûrir et comme n'importe quelle jeune adulte, changera pendant ses années étudiantes. Entre ce qu'elle pense être, ce qu'elle pense ressentir et la femme qu'elle deviendra, le fossé va se creuser peu à peu et c'est seule qu'elle devra faire face à ses changements intérieures, à ses doutes, à son deuil d'une vie passée.

"Grave" m'a beaucoup touchée. C'est un film qui n'est pas à mettre sous tous les yeux pour son côté gore et dérangeant (n'allez pas montrer ça à un gamin mais ça va sans dire, ne le regardez pas non plus si vous êtes ultra-sensible) mais pour qui aime être bousculé, questionné lorsqu'il se déplace en salle, ce film est une petite pépite. Plus qu'un long métrage, c'est une véritable expérience cinématographique. "Grave" ne ressemble à aucun autre film. Les plans sont superbes et cadrent parfaitement aux propos, les acteurs sont sobres et justes, la bande son épouse le film comme une seconde peau et le sublime, la réalisatrice n'en fait pas des tonnes. Inutile de déverser des litres de sang, inutile aussi de cacher quoi que ce soit. Le bouleversement que vit Justine est viscéral et il nous est livré brut de décoffrage. Au spectateur ensuite de décoder tout ça, de le digérer et de laisser l'ensemble vivre en lui tout simplement. Un film de genre français qui ne nous prend pas pour des imbéciles, nous fait confiance et nous questionne avec sobriété, c'est beau, puissant et sans concession. Une claque comme on aime en prendre !

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La critique de Mr K : 6/6. Une sacrée claque cinématographique, la première pour ma part pour 2017 avec un film de genre différent, troublant et réalisé de main de maître. 1H38 de spectacle total, dépourvu de filtres commerciaux aseptisants et de plans attendus. Car la première force de ce film est avant tout de balayer autre part que sur les chemins ultra-codifiés du film de genre pour nous proposer autre chose entre conte cruel et récit initiatique.

Justine rentre en école vétérinaire comme tout le monde dans sa famille. Végétarienne assumée, elle se retrouve seule dans un univers qu’elle ne connaît pas : l’école vétérinaire qui accueille sa sœur aînée et qui a accueilli avant ses parents respectifs. C’est le temps de la découverte de la collocation, les premiers cours, les premiers proches et malheureusement pour elle le premier bizutage. Au cours d’une cérémonie décadente, elle va devoir pour "s’intégrer" manger de la viande crue. Au delà de la vexation et de la honte, il se passe quelque chose en elle. Des plaques, des rougeurs, des démangeaisons et un estomac jamais en paix commencent à lui rendre la vie très difficile. Perdue et déboussolée, peu à peu, elle va se rapprocher de la terrible vérité...

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Ce film est merveilleux d’interprétation tout d’abord. On ne tombe jamais dans l’excès de zèle et la volonté de trop en montrer. La réalisation est sobre et met en avant le jeu d’acteur impeccable de tout le casting. L’actrice Garance Marillier est une belle révélation qui donne fraîcheur, aspect inquiétant et flippant à son personnage en pleine métamorphose. On s’attache très vite à elle, petite fille perdue dans un univers qu’elle ne connaît pas et qui de surcroît ne se connaît pas elle-même. Les scènes s’enchaînent sans vraiment que l’on sache ce à quoi s’attendre, on espère, on sursaute, on tombe des nues et ceci toutes les dix minutes grâce à un dynamitage des codes de l’horreur au cinéma et du teen movie.

A ce petit jeu, la réalisatrice détonne en proposant une technique léchée et sans fioritures inutiles. La tension est palpable à chaque plan, chaque note de musique (la BO est top de chez top !). Julia Ducournau s’amuse à nous mener par le bout du nez et ça marche à plein régime. Les jeunes sont ici montrés sans fard dans leur réalité parfois délirante (les teufs, les regroupement de moutons face à une bagarre, le simplisme de leurs positionnements parfois) mais aussi dans le quotidien parfois morose avec les cours, le travail personnel mais aussi la découverte de l’autre, de la sexualité et le regard des autres qu’on subit ou qu’on utilise. C’est très fin, bien mené, toutes les réponses ne sont d’ailleurs pas flagrantes lors du visionnage du métrage, on se prend à réfléchir de concert en sortant de la salle pour expliciter certaines impressions, des cadrages ou des partis pris bien particuliers.

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Cela donne un film assez unique, lent dans le rythme mais ne laissant quasiment aucune échappatoire au spectateur pris dans un engrenage dans lequel la jeune Justine essaie de se débattre malgré son ignorance et parfois ses mauvaises réactions. J’ai pensé à David Cronenberg pendant cette séance, le côté organique, viscéral et psychologique est poussé au maximum. On ne ressort pas indemne d’un tel film, pas traumatisé mais profondément ébranlé et conscient d’avoir vu un film à part qui fera date dans l’histoire du cinéma. Une petite bombe franco-belge gore et poétique à la fois, à voir absolument pour les amateurs du genre qui aiment être bousculés dans leurs certitudes.

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dimanche 9 avril 2017

"Le Jour J du jugement" de Graham Masterton

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L’histoire : Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L'un d'entre eux, un Sherman, était resté, abandonné là depuis la fin de la guerre sur le bas-côté de la route.
Les gens évitaient de s'en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l'équipage, parler entre eux à l'intérieur du char.
Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C'était déjà une erreur : Mais, surtout, jamais il n'aura dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

La critique de Mr K : J’éprouve toujours un grand plaisir à retourner dans les griffes de Graham Masterton. Bon écrivain dans le style, il procure à coup sûr des frissons bien placés et une évasion immédiate et efficace. Dans le genre épouvante / horreur, il fait partie des meilleurs à mes yeux. La quatrième de couverture m’a drôlement interloqué quand je tombai par hasard dessus lors d’une énième visite chez l’abbé, il ne m’en fallait pas plus pour embarquer le volume et en débuter la lecture quelques jours après cette acquisition.

Dan est cartographe et séjourne en Normandie pour réaliser des métrés pour illustrer un futur ouvrage de référence sur le débarquement. Par la même occasion, il goûte au doux charme de la région entre gastronomie, jolis paysages et ambiance de terroir. Au hasard d’une rencontre de fortune, on lui raconte une bien étrange histoire de tank hanté datant de la Seconde Guerre mondiale, un véhicule mystérieusement oublié. Sa curiosité piqué, il va commettre l’irréparable en brisant un sceau condamnant à jamais l’ouverture du tank, il ne sait pas encore qu’il a commis l’irréparable et que des forces obscures vont se déchaîner.

On retrouve toutes les qualités de l’auteur dans sa manière de gérer son intrigue. Non avare de détails, il va tout de même à l’essentiel en proposant avec Le Jour J du jugement un récit vif, aux multiples rebondissement sans laisser de réel temps mort au lecteur pris en otage. La preuve en est que je l’ai lu quasiment d’une seule traite seulement gêné dans mon avancement par un repas et quelques menus travaux de jardinage. Il s’en passe des vertes et des pas mûres dans ce roman mêlant références historiques, démonologie ancienne et choc des cultures entre l’américain et la population du crû. Certes on n’échappe pas à certains clichés, ainsi le héros a comme voiture de location une 2CV, il croise des gars portant le béret et la baguette est omniprésente sur toutes les tables. Personnellement, j’ai trouvé cela plutôt rigolo.

On flippe bien à certains moments avec des scènes peut-être moins gores que d’habitude (et encore certains passages sont bien salés dans ce domaine), l’auteur jouant plutôt sur la peur ancestrale du noir, de l’ombre cachée derrière la porte, des voies étranges que l’on croit entendre (le passage avec le magnétophone est un modèle du genre) et celle terrible de la possession de son âme et de son corps par des êtres pervers et démoniaques. Mission réussie dans le domaine avec des passages totalement barrés, une tension qui monte crescendo sans jamais baisser en intensité. Un regret cependant, une fin trop rapide, un peu téléphonée et finalement plutôt convenue. Pas de quoi regretter la lecture des 190 pages de l’ouvrage car la fin est logique mais j’aurais aimé davantage d’originalité voir un dénouement bien plus thrash. C’est mon côté sadique qui s’exprime !

On passe quand même un super moment avec un personnage principal bien planté dont les positions évoluent grandement au fil du récit, j’ai aussi beaucoup aimé le prêtre Aubry sorte de grand-père bienveillant qui va apporter nombre de réponses au jeune américain en pleine crise de foi. Mention spéciale aussi au démon libéré qui m’a bien plu par son côté joueur sanguinaire qu’aucune barrière morale humaine ne parvient à dévier de son but. On frissonne face à ses actes, on se prend parfois à sourire de ses mots si bien trouvés, le maître des tentateurs semble veiller sur les lignes qui courent devant les yeux enfiévrés du lecteur. Les autres personnages ont tous leur intérêt malgré parfois quelques passages un peu caricaturaux, attendus, un peu comme quand on regarde régulièrement des films d’horreur (c’est notre cas à Nelfe et à moi) et que finalement, même si on apprécie le spectacle, on trouve qu’il se répète et fait penser à des choses déjà lues / vues. Reste aussi de très belles évocations de la campagne normande entre atmosphère glauque à la tombée de la nuit, grisaille pénétrante et villages reculés aux pierres anciennes. L’ambiance est remarquable durant tout l’ouvrage et contribue vraiment à distiller un certain malaise au lecteur. Encore un bon point !

On retrouve ici le talent d’écriture de Graham Masterton qui est loin d’être un tâcheron en la matière. Cet ouvrage n’est certainement pas son meilleur mais il tient la route et remplit son office en matière de divertissement horrifique. Un petit plaisir coupable que je vous invite à entreprendre si le cœur vous en dit et que vous êtes amateur d’horreur en littérature.

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
- La Cinquième sorcière

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vendredi 7 avril 2017

"Zombie Island" de David Wellington

Zombie IslandL'histoire : A la suite d'une catastrophe mondiale les pays les plus développés sont envahis par des hordes de zombies cannibales. Seules quelques enclaves subsistent, en Somalie notamment. A la recherche d'un remède au virus, un groupe d'adolescentes surarmées, menées par un vétéran, se rend à New York. Tous se croient préparés au pire. Mais dans l'île de Manhattan en ruine, ils vont bientôt découvrir que la non-mort est loin d'être le destin le plus terrifiant...

La critique Nelfesque : Je me suis lancée dans "Zombie Island" comme dans une lecture divertissement. Je n'attendais rien de phénoménal ni dans le style ni dans l'histoire (et il n'y a rien de phénoménal), je ne cherchais pas non plus un roman qui révolutionne le genre (ce qui n'est pas non plus le cas) mais j'avais une furieuse envie de zombie et de déconner un peu (oui parce que moi, quand j'ai envie de me marrer, je regarde un bon film d'horreur ou je lis une histoire d'épouvante (cherchez pas, c'est inexplicable)).

"Zombie Island" est le premier volume d'une trilogie de David Wellington, "Zombie Story". Le monsieur a aussi à son actif une pentalogie sur les vampires, "Vampire Story" (côté titres, l'auteur fait dans l'originalité), mais je dois avouer que les vampires c'est nettement moins mon truc (ou alors les classiques).

Les zombies envahissent le monde et les survivants sont à la recherche non seulement d'un endroit safe pour tenter de survivre relativement tranquillement mais aussi de médicaments et plus précisément ici d'un traitement contre le sida. La trithérapie en période de paix, c'est déjà pas évident mais quand en plus on ne peut pas mettre le nez dehors sans être acculés d'êtres dévoreurs de chair humaine, c'est encore plus compliqué.

On suit ici donc plus précisément un groupe de personnes venant de Somalie à bord d'un bateau et souhaitant accoster à New-York. Composée de Dekalb et d'un groupe d'adolescentes armées jusqu'au dent et entraînées au combat, cette bande  n'a qu'une idée en tête : ramener son traitement à la big boss restée au pays. Quitte à perdre quelques éléments en chemin, quitte à mourir elles-même. Dekalb est un petit plus pragmatique et préférerait éviter de se faire croquer en route...

Parallèlement, nous faisons la connaissance de Gary, un personnage qui clairement sauve le roman. Si il n'était pas là, l'histoire serait assez banale. En voyant ses semblables humains se faire dévorer les uns après les autres, Gary ne se résigne pas. Si il doit devenir zombie, chose qui parait inéluctable, il le deviendra par ses propres moyens et non pas en servant de casse-croûte à un être au QI d'huitre. Médecin dans la vie, il va trouver un moyen de devenir zombie sans entacher ses qualités mentales. Comprenez qu'il veut bien pourrir sur pied mais pas perdre sa tête ! Cette action va faire de lui une sorte de zombie évolué qui va avoir un pouvoir unique sur ses nouveaux amis peu adeptes du déo.

Tous ces personnages vont bien sûr se rencontrer et une nouvelle intrigue à base de Maître du Monde et de Super Zombie Surpuissant va prendre le pas. Bon, disons le clairement, c'est un peu beaucoup WTF mais c'est fun, l'écriture est fluide et on passe un bon moment (si tant est que l'on ne soit pas rebuté à l'évocation du sang ou de scènes d'antropophagie (ben oui, ils sont pas très vegan ces zombies)). L'histoire est prenante, le personnage de Gary bien que complètement cramé de la tête est attachant et nous ferait presque oublier l'écriture parfois très limite de David Wellington. Ce n'est pas de la grande littérature encore une fois et mieux vaut ne pas être très regardant de ce côté là.

Vous l'aurez compris, "Zombie Island" n'est pas LE roman zombiesque à lire absolument mais pour une chouette récré, il fait bien le taf. Reste à voir si le second volume "Zombie Nation" continue dans cette veine...

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jeudi 16 février 2017

Craquage de février, PAL explosée !

Le moment fatidique est finalement arrivé... Nous avons fini par céder aux sirènes de l'abbé et avons fait un petit tour à notre Emmaüs préféré hier (ceux qui nous suivent sur IG sont déjà au courant !). Une fois de plus, cette petite visite innocente (sic) s'est révélée fructueuse avec pas moins de 16 nouveaux volumes qui viennent rejoindre leurs petits camarades dans nos PAL respectives. Voici la photo de famille des nouveaux arrivants et le fameux post de nos dernières acquisitions !

Acquisitions fev 2017 ensemble

Je vous laisse deviner qui a craqué le plus... 15 livres pour moi et 1 pour Nelfe ! Irrécupérable, je sais mais c'est vraiment impossible de résister à tous ces séduisants volumes qui vous tendent leurs petites pages en implorant votre pitié. La vraie raison? Je n'ai aucune volonté face à certains auteurs ou certaines couvertures / quatrièmes de couverture. Comme en plus, je me plante rarement sur mes choix... Y'a pas de raison que ça change ! En plus, ça vous donne une bonne raison de vous moquer de moi. Et ça, c'est vraiment sympa de ma part, non ? Trève de bavardage, c'est l'heure du déballage !

Acquisitions fev 2017

- Chroniques de San Francisco et Babycakes d'Armistead Maupin. Chinage après chinage, je me rapproche de mon objectif de réunir la série complète pour un trip re-reading de fou pour cet été. Oui, je sais, je suis prévoyant et ambitieux ! J'avais adoré cette saga lors de ma première lecture et j'ai hâte de m'y replonger. Il ne m'en manque plus que 4 volumes sur les 9 que compte la collection. Miam miam !

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Le rayon littérature asiatique était plus fourni que d'habitude, il m'a fallu choisir parmi une vingtaine de titres, ces deux là ressortaient nettement du lot :

- Hotel Iris de Yôko Ogawa. Vous n'imaginez pas ma joie en tombant sur ce livre, je l'ai embarqué sans même regardé la quatrième de couverture tant je suis tombé amoureux de la sensibilité à fleur de mot de Yôko Ogawa, une auteur japonaise qu'il faut absolument découvrir si ce n'est déjà fait. Elle dépeint l'âme humaine comme personne et se détourne des sentiers battus pour fournir de fortes émotions à ses lecteurs. Ici, on nous promet une histoire d'amour, de désir et de mort. Tout un programme !

-English de Wang Gang. Coup de poker que cette acquisition vu que je ne connais pas du tout cet auteur chinois. En pleine révolution culturelle en Chine, un jeune garçon va découvrir la langue de Shakespeare et s'ouvrir au monde grâce à un précepteur très gentleman. Ca risque de détoner en pleine dictature maoïste ! Bien hâte de voir ce que ça va donner. 

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Voici les fameux auteurs à qui je ne peux décemment pas dire non. Des génies, des immortels ? Chacun jugera mais pour moi, ils font partie des classiques et de mes chouchous que j'adore. Non non, je ne suis pas gaga !

- Bestiaire magique de Dino Buzzati. Voici un titre de l'auteur que je ne connais pas et pourtant je l'ai beaucoup pratiqué. Il s'agit d'un recueil de nouvelles propulsant au centre des récits des animaux pour mieux dépeindre la condition humaine. Naturaliste scrupuleux, il n'hésite pas dans le présent volume à le mêler de fantastique et de merveilleux. Je suis bien curieux de lire ça !

- Le Soleil se lève aussi d'Ernest Hemingway. Encore un monstre sacré pour une oeuvre moins connue et que je vais découvrir au plus vite. On suit la destinée d'un jeune américain séjournant en France, partagé entre un amour contrarié et une amitié plus que pesante. J'espère retrouvé le style inimitable du maître et sa propension à nous transporter loin, très loin dans l'universalité de ses récits.

- Les Raisins de la colère de John Steinbeck. Re-reading ultra-séduisant que celui-ci, un livre qui a marqué mon adolescence et désacralisé le monde tel que je le percevais alors. J'avais adoré à l'époque, tellement que j'en ai oublié que je l'avais déjà en bibliothèque ! Je lirai quand même cet exemplaire que je transmettrai à mon tour... Un incontournable, une bombe, un bonheur d'engagement et d'humanisme. Steinbeck quoi !

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SF quand tu nous tiens ! Bel effort aussi dans le rayonnage pour ce genre souvent trop boudé par le grand public. Là encore, du très très lourd en perspective !

- Le Silmarillion et Les Aventures de Tom Bombadil de J.R.R Tolkien. Culte de chez culte, un re-reading avec Tom Bombadil et une lecture trop longtemps repoussée pour le Silmarillion. C'est tout bonnement mon auteur de fantasy préféré juste devant George R.R. Martin (la feignasse qui n'écrit pas la suite de sa saga, vous savez ?). Trop hâte d'y être et de replonger en Terre du Milieu surtout qu'injustement, Peter Jackson a évincé le bon Tom de sa néanmoins très bonne adaptation du Seigneur des anneaux

- Les Déportés du Cambrien de Robert Silverberg. Plus de place dans les prisons ! Oubliez les solutions toutes faites proposées par les gugusses en campagnes, Bob a la solution ! Envoyez tout ce petit monde en pleine préhistoire quand la vie n'a pas encore émergé de l'eau. Le concept est tentant, non ? la plume poétique et alerte de l'auteur saura sans nul doute me convaincre... Mais qu'entends-je ? Tout ne se passerait pas comme prévu ?

- Le Monde de la mort d'Harry Harrisson. Clairement, la série B du lot avec une histoire de joueur professionnel envoyé sur une planète hostile à la suite d'un deal truqué. Il va devoir survivre dans la nature hostile et affronter les inquiétants habitants de ce monde en friche. Une histoire bien sympathique pour se détendre après un bon vieux classique !

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Gasp ! Le rayon fantastique / épouvante est lui aussi bien fourni... Horreur, malheur !

- Le Jour J du jugement de Graham Masterton. Le concept est délirant : un tank hanté par des GI morts sur le champ d'honneur! Je le concède, c'est plutôt "space" écrit comme ça. Mais quand on sait que c'est Masterton qui tire les ficelles, je dis que ça se tente. C'est un auteur qui ne m'a que très rarement déçu. Vous reprendrez bien un peu de gore Mr K ?

- Le Disciple de Laird Koenig. Un ersatz de Jésus écume les États-Unis accompagné de fidèles accros aux miracles. À priori, il y a anguille sous roche et le Paradis se transforme en Enfer. Je ne sais pas pour vous mais j'aime bien les histoires d'apocalypse même si je dois bien avouer que celle-ci flirte avec la série B. Qui lira verra !

 - L'Horreur du métro de Thomas Monteleone. La couverture est bien cheap (laide diront certaines, chuuuut Nelfe !) mais cette histoire de bestioles vivant sous terre et grignotant les pauvres humains passant à leur portée me tente bien. On nous promet une vengeance terrifiante de la nature sur le cancer humain régnant sur notre planète. Il m'en fallait pas plus pour basculer dans le côté obscur...

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Enfin, deux ouvrages US pur jus dont le fameux livre dégoté par Nelfe. Si ça, ce n'est pas un teaser de dingue !

- Pandemonium de Les Standiford. Un pur hasard que cette acquisition basée uniquement sur une quatrième de couverture intrigante où il est question d'armes chimiques en circulation sur le territoire américain. Un cauchemar à page ouverte selon certains, je me suis laissé tenté. Gageons que j'ai eu raison !

- Dalva de Jim Harrison. Le voila, le fameux, l'unique, le précieux ouvrage dégoté par Nelfe ! Un Jim Harrison plein de promesse, roman des grands espaces comme ma douce les affectionne doublé d'une saga familiale et d'un hymne à la vie. Franchement, si elle n'est pas contente avec cela, on ne peut plus rien pour elle...

Voili voilou. De belles trouvailles non ? Il ne reste plus qu'à trouver le temps de les lire mais je pense que je m'en arrangerai. Ne soyez pas trop triste pour Nelfe, elle va bientôt prendre sa revanche. En effet, ce samedi, c'est la vente de destockage de livres chez le même Emmaüs et les réserves sont à priori immenses (dixit le libraire de l'assos) et libres d'accès. Pour ma part, je suis puni et je n'irai pas (sinon, une pièce entière serait à consacrer à ma PAL) par contre Nelfe y sera et peut-être ses pas croiseront des ouvrages qui sauront la séduire à son tour. Wait and see...

vendredi 20 janvier 2017

"La Reine en jaune" d'Anders Fager

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L’histoire : À Trossen, les résidents de la maison de retraite se regroupent au troisième étage pour des rites venus d’un autre âge ; les deux frères Zami et Janoch escortent Grand-mère pour un long voyage – Grand-Mère qui gronde parfois, ou montre les crocs ; pour My l’artiste, la femme bafouée, le chef-d’oeuvre ultime ne peut se concevoir sans sacrifices ; à Bodskär, dans la baie plongée dans les ténèbres, quelque chose émerge des flots...

La critique de Mr K : Il aura fallu trois ans pour que les éditions Mirobole sortent enfin le pendant du magnifique recueil de nouvelles Les Furies de Boras d’Anders Fager qui m’avait fait très forte impression en janvier 2014. Avec La Reine en jaune, on continue à explorer la galaxie horrifique de cet auteur suédois atypique, au parcours cabossé et à l’écriture magique bien que glauque par bien des aspects. Plongez avec moi dans ces nouvelles bien déjantées qui raviront les amateurs de fantastique et d’autopsie du genre humain.

On reprend dans ce volume la structure du précédent, à savoir qu’on alterne de courts fragments numérotés avec des nouvelles plus longues tendant vers la cinquantaine de pages. Ces micro textes, au nombre de 5, font apparaître peu à peu un lien ténu mais ferme entre les différents textes et renvoient même au premier opus avec notamment une allusion très directe aux fameuses furies de Boras qui avait donné leur nom au titre de l’ouvrage précédent. On nage une fois de plus dans le bizarre avec d’étranges petits vieux qui se rencontrent régulièrement et semblent manipuler tout le monde et en savoir beaucoup sur les tenants et aboutissants des personnages en jeu dans les cinq grandes nouvelles qui hantent ce recueil.

"Hanter" n’est pas un mot trop fort pour désigner les contenus nébuleux et totalement branques auxquels est confronté le lecteur dans ce livre. On croise nombre de personnages interlopes, de lieux déviants de leur réalité quotidienne et des forces obscures semblant en œuvre derrière ces destins contrariés et/ou bouleversés à jamais. On croise ainsi de curieux vieillards aux mœurs bien barrées dans une maison de retraite à priori tout ce qui a de plus classique. Ils se livrent régulièrement à des sacrifices et cérémonies rituels pour préserver leurs chances de survie (ambiance à la Rosemary baby garantie !). Magie noire et vieillesse font à priori bon ménage, réservant de bons frissons au lecteur pris en tenaille entre le dégoût et l’envie d’en savoir plus.

Une autre nouvelle met en avant une artiste d’avant-garde qui utilise son corps comme support de son art photographique. Elle fait sensation avec sa dernière exposition dûment appelée "Porn star" qui attise sur elle autant d’admiration que de détracteurs la traitant de pornographe et de traître à la cause féministe. Pour autant, une mystérieuse femme revendiquant son appartenance à un obscure groupe de mécènes (Carosa) lui dit qu’elle peut encore aller plus loin. C’est ce que My Witt va faire mais pour cela elle devra s’aventurer aux confins de la folie et couper ses relations avec le monde. Cette nouvelle est glaçante et distend magnifiquement les frontières entre la création, la folie et l’hybris de l’artiste. On n’en ressort pas indemne et l’héroïne non plus qu’on retrouve dans la nouvelle éponyme de l’ouvrage dans un établissement un peu particulier où sa pathologie va s’exprimer encore plus loin. J’ai beaucoup apprécié cette idée de retrouver un personnage déjà connu d’une nouvelle à l’autre, la continuité est délectable et honnêtement, j’ai accroché à ce personnage ambigu et totalement hors norme. Un de mes gros coups de cœur dans ce recueil.

Un autre texte nous emmène près d’une île entre la Finlande et la Suède. Une opération de l’armée suédoise va avoir lieu pour nettoyer ce petit lopin de terre perdu en pleine mer Baltique. Nous suivons les atermoiements des hommes prêts à partir à l’action mais une fois sur place rien ne se passe comme prévu. Pas de russes (les ennemis redoutés par les personnages), ni d’hommes ordinaires en face d’eux mais l’indicible et d’étranges phénomènes qui vont remettre en question toute l’opération et surtout brouiller les pistes entre le bien et le mal. Terrible texte que celui-ci qui fait la part belle à la critique de la violence, de la haine xénophobe et les traumatismes liés à la guerre. Une fois de plus dans un texte de Fager, la monstruosité sort des endroits les plus inattendus et les affreux ne sont pas forcément ceux auxquels on pense. C’est sans aucun doute un des textes les plus marquants de ce recueil qui fournit aussi un étrange récit type road movie pour terminer cette lecture. Deux frères s’en vont pour aller chercher leur grand-mère à l’autre bout de l’Europe. Mais au fil de la lecture et des différentes étapes de leur voyage, on se rend bien compte que les deux principaux personnages ne sont pas tout à fait humains et que la grand-mère est loin d’être l’innocente petite vieille que l’on pourrait imaginer. Le récit de voyage se matine alors de fantastique à la Lovecraft avec une révélation bien trash et bien sentie qui laisse tout pantelant le lecteur plutôt expérimenté que je suis.

Cet auteur est décidément diabolique. Il a une propension incroyable à fournir à ses lecteurs des univers neufs, une fantasmagorie de tous les instants, des textes construits au millimètre qui ne vous épargneront pas entre fausses pistes, ellipses éloquentes et révélations d’une noirceur absolue. Pas beaucoup d’espoir dans ces textes transcendés par une écriture à l’apparence simple mais qui confine au génie dans sa capacité à nourrir l’imaginaire et créer des mondes en vase clos totalement flippants et barrés. Pour ma part, j’ai une fois de plus adoré ma lecture d’Anders Fager qui enterre tout ce que l’époque compte en terme d’écrivain du fantastique tant il apporte un souffle de fraîcheur et sans concession à des thématiques plutôt classiques comme l’avidité, le pouvoir, l’apparence, la domination ou encore le mythe de l’éternelle jeunesse.

Différent, abordable et 100% borderline, un bonheur de lecture que cette Reine en jaune qui procure une sacrée claque en cette rentrée littéraire de janvier. Un ouvrage qu’il faut absolument que tous les amateurs du genre se procurent tant ce recueil se révèle essentiel et vraiment marquant. Anders Fager est un auteur culte dans son pays, j’espère qu’il percera par chez nous car il le mérite vraiment et bouscule avec maestria les codes et la bien-pensance. Un bijou de noirceur.

mercredi 28 décembre 2016

"Récits de terreur" de Robert Bloch

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L’histoire : Un mandarin avide de tortures et ses canaris...
Une monstrueuse statue égyptienne qui capture les âmes...
Un Dieu-serpent à Haïti...
Un chien diabolique...
Un curieux musée de cire à Paris...
Un violoniste qui pactise avec le Diable...
Merlin et un Chevalier de la Table Ronde qui apparaissent en pleine Amérique contemporaine...
Un inconnu qui vous propose un billet aller simple pour Mars à 21 francs...
Tels sont certains ingrédients de ces écrits du maître de l’horreur, Robert Bloch, publiés dans la revue Weird tales entre 1935 et 1945.

La critique de Mr K : C’est une fois de plus le hasard qui a mis cet ouvrage sur mon chemin. Je connaissais l’auteur de nom sans l’avoir jamais parcouru et, étant fan de récits fantastico-noirs à la mode Creepy, je n’hésitai pas longtemps à acquérir ce recueil de nouvelles qui à l’époque étaient inédites en France (1985). Au final, vous verrez que je suis assez mitigé avec un volume qui est très inégal en terme de qualité littéraire et de surprises. C’est donc une déception que cette lecture pourtant aguicheuse quand on lit la quatrième de couverture.

Écrites sur dix ans et pour la première alors qu’il n’avait que 17 ans, ces nouvelles balaient beaucoup de thématiques classiques de la littérature fantastique ou du roman noir. On croise donc nombre de créatures antédiluviennes, d’humains avides et cruels, de la magie et du ressentiment qui font naître des situations et des agissements déviants et très souvent aux conséquences funestes. Quelle idée ont aussi des personnages de vouloir à tout prix entrer dans un vieux tombeau égyptien ou encore de pactiser avec le démon pour voir leur don accru ! Une fois de plus, le fantastique se met au service d’une étude sévère et implacable de l’être humain, animal doué de raison ne sachant pas  bien souvent résister au désir ou à l’ambition. Le châtiment est ici toujours implacable et assez délectable si l’on aime nourrir le petit esprit sadique qui nous habite.

Cela donne dans ce recueil quelques petites merveilles de noirceur avec notamment la très réussie nouvelle Figures de cire qui a inspirée des chefs d’œuvre de films d’horreur à l’ancienne et où un jeune homme bien sous tout rapport se retrouve sous l’emprise d’une statuette de cire à la beauté confondante et surtout obsédante. J’ai retrouvé ici tout le talent d’un Maupassant dans l’art de décrire l’aspect borderline d’une obsession et le côté jusqu'au-boutiste d’une fascination morbide. Un bijou ! Dans le même genre de relation trouble, celle du jeune violoniste ambitieux qui à la manière de Faust passe un pacte qui le mènera loin dans son talent mais aussi dans les illusions, et qui au final perdra définitivement tout ce qu’il convoite. Bien que très cheap, la nouvelle se déroulant en Chine est assez cruelle dans son genre aussi et bien saisissante par son aspect gore et irrévérencieux.

Par contre, il faut bien avouer que la majeure partie des textes a vieilli. L’écriture en elle-même est relativement agréable et facile à pénétrer (j’ai mis une soirée pour lire les 242 pages que comptent l’ouvrage) mais on est bien loin de classiques à la Poe, Lovecraft, Maupassant et autres écrivains majeurs du genre. Et puis, on n'est jamais réellement surpris avec des retournements de situations que l’on voit venir à dix mille lieues à la ronde ce qui est toujours gênant quand on touche à ce genre si particulier. Les nouvelles ont aussi vieilli à cause de certains clichés qui bien qu’involontaires donnent un sacré coup de vieux à l’ensemble et pourraient même faire passer certains textes comme des écrits réactionnaires à la limite du racisme. C’est loin d’être le cas, Robert Bloch ayant été toute sa vie quelqu’un d’ouvert et de tolérant mais les images et idéologies en vogue à l’époque transparaissent dans ces textes et font patiner les textes dans le suranné et finalement le manque de finesse (l’asiatique cruel, le noir soumis au blanc etc...).

Cette lecture fut donc une déception surtout que je suis friand de ce genre et que l’auteur est plutôt réputé. Là encore tout est une question de goûts et de couleurs, mais pour moi en tout cas, je passerai mon chemin si je devais recroiser un ouvrage de Robert Bloch dans un bac d’occasion...

mardi 13 décembre 2016

"L'Enfant des cimetières" de Sire Cédric

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L’histoire : Lorsque sa collègue Aurore l'appelle en pleine nuit pour couvrir avec elle un meurtre atroce, David, photographe de presse, se rend sur les lieux du drame. Un fossoyeur pris d'une folie hallucinatoire vient de massacrer sa femme et ses enfants avec un fusil à pompe, avant de se donner la mort.

Le lendemain, un adolescent, se croyant poursuivi par des ombres, menace de son arme les patients d'un hôpital et tue Kristel, la compagne de David. Mais qui est à l'origine de cette épidémie meurtrière ?

Est-ce un homme ou un démon ? Le journaliste, qui n'a plus rien à perdre, va se lancer à la poursuite de Nathaniel, l'enfant des cimetières, jusqu'aux confins de l'inimaginable...

La critique de Mr K : Comme annoncé lors d’un compte-rendu de craquage, cette lecture est ma première incursion dans l’univers de Sire Cédric que j’avais croisé de loin lors d’un Hellfest encore fréquentable à mes yeux (oui, je sais j’aime râler !). À l’époque je ne connaissais rien de lui et je n’avais pas eu l’occasion de réellement en entendre parler en terme d’écriture pure. Le temps a passé et je tombai inopinément sur cet ouvrage lors d’un chinage. La quatrième de couverture m’intriguant drôlement, je décidai de tenter l’aventure. Grand bien m’en a pris, tant la lecture s’est révélée plaisante et efficace dans le genre thriller gothique.

Rien ne va plus à Terre-Blanque où un ancien militaire sans histoire massacre toute sa famille et se suicide ensuite, et où un jeune pris de folie fait un carton à l’hôpital. Sans compter toutes les morts qui s’enchaînent, reliées mystérieusement entre elles par des indices déroutants et des scènes d’horreur pure. Parallèlement, Sire Cédric nous invite à suivre l’enquête de la Police avec le monolithique et solide Commandant Vauvert qui fera fi de sa hiérarchie pour aller au fond de ses investigations et David, journaliste et compagnon d’une des victimes. Chacun va à sa manière s’approcher d’une vérité déstabilisante aux confins du réel...

Ça ne donne pas l’eau à la bouche ça ?! Moi qui voulait lire une histoire sanglante et légèrement flippante, je n’ai pas été déçu. Dès le prologue, le ton est donné. Bienvenue sur les rivages du fantastique teinté de gore avec une scène bien choquante qui initie le lecteur aux arcanes ésotériques en vogue durant le reste du récit. Le roman démarre alors très fort avec des meurtres atroces commis par des personnes sous influence. Sire Cédric s’amuse à nous conter son histoire macabre par le biais de plusieurs personnages, diversifiant les points de vue et multipliant par la même occasion les pistes explicatives. Tantôt Vauvert avec son aspect brut et très cartésien (dont la théorie va bien évoluer durant l’ouvrage), tantôt David dont la compagne se disait détentrice d’un Don qui va basculer irrémédiablement dans un autre monde où magie et conjurations ne sont pas que des mots. On alterne aussi avec des dialogues intérieurs semblant venir d’outre-tombe et accentuant la menace insidieuse qui pèse sur les personnages livrés en pâture à des éléments qui semblent totalement leur échapper.

À la manière d’un Masterton (auteur que j’affectionne beaucoup), Sire Cédric aime le gore et l’amateur que je suis s’est régalé dans le domaine. Rien de gratuit pour autant car ces descriptions parfois très crues donnent de l’épaisseur à la nature du Mal à l’œuvre dans ce récit. Rien de ringard non plus, mais un savant mélange de descriptions cliniques que l’on peut trouver dans des récits policiers classiques et d'envolées plus lyriques faisant la part belle à l’imaginaire infernal. On reconnaît dans sa plume, l’amateur de Metal que s’avère être Sire Cédric (autre point positif à mes yeux), partageant le même goût pour les musiques extrêmes et plus particulièrement les mouvement Black et Thrash. En parallèle, on sent aussi l’amour porté à des auteurs comme Lovecraft avec la présence dans une bibliothèque privée du fameux Necronomicon. Cet ensemble d’éléments confère à l’œuvre un aspect décadent et funeste bien ancré et prenant. Difficile dans ces conditions de lâcher ce livre en cours de lecture.

L’aspect policier est aussi bien réussi même si les surprises n’abondent pas quand on pratique le genre depuis un certain temps. Les ficelles sont pour la plupart connues mais elles n’en sont pas moins efficaces surtout quand le background suscité est aussi réussi. Découvertes de cadavres, passages à la morgue, déductions logiques et hypothèses tirées par les cheveux se succèdent. Et puis, quand tout bascule et que les forces en œuvre se déchaînent, c’est littéralement l’apocalypse qui s’abat sur les héros avec un espoir bien maigre de s’en sortir. C’est littéralement pantelant qu’on referme l’ouvrage avec un dernier acte enlevé et totalement en roue libre où cohabitent révélations et coups de théâtre en série (même si j’en ai deviné la moitié bien avant la fin).

En terme de style, rien de véritablement inoubliable malgré des passages d’une grande force (le prologue est un modèle du genre) mais j’ai envie de vous dire qu’on s’en fiche complètement et que souvent dans le genre, ce que l’on retient avant tout c’est le rythme et la capacité à rendre dépendant le lecteur. C’est carton plein à ce niveau là avec une histoire bien menée, des personnages attachants et des passages complètement borderline qui provoquent tour à tour évasion, angoisse et soulagement. On passe un excellent moment avec L'Enfant des cimetières et les amateurs se doivent de tenter l’expérience. Un auteur que je fréquenterai de nouveau volontiers si l’occasion se représente.

dimanche 27 novembre 2016

"Opéra macabre" de Thomas Tessier

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L’histoire : Neil, auteur de romans historiques, visite la campagne italienne, lorsqu’une panne de voiture l’oblige à demander de l’aide dans une ferme isolée. Il y est accueilli par Marisa Panic, une jeune femme vers qui il se sent immédiatement attiré. Leur relation intensément érotique, torride, lui fait reléguer au second plan toute sorte de détails étranges, inquiétants : les allures de labyrinthe de la maison et la présence de parents âgés pour le moins bizarres, comme l’oncle de Marisa, le père Panic, prêtre, marionnettiste et ancien nazi...

La critique de Mr K : Opéra macabre m’a séduit par sa quatrième de couverture complètement folle avec certes un postulat de base banal (du genre de ceux que l’on retrouve souvent dans la production pléthorique de série B d’horreur) mais avec des promesses certaines entre érotisme, mystère et un prêtre nazi ! Étant un gros fan de films de genre et de littérature légère dans le domaine horrifique, ce volume m’était tout destiné. Les vacances de la Toussaint et la proximité d’Halloween ont achevé de me convaincre.

Neil a beau être un écrivain plutôt doué (son troisième livre l’a fait percer dans le domaine de l’édition), il n’en reste pas moins un gros abruti. Jugez plutôt ! Le gazier se promène tranquille en Italie et tombe en panne. Là dessus, il trouve refuge dans un vieux domaine perdu au milieu de nulle part. À ce moment là, je me serais déjà dit en mon for intérieur de me méfier. Il est accueilli par une sculpturale jeune femme qui lui fait du gringue et qui très vite va jouer passionnément au Scrabble sous la couette avec lui. Sa voiture doit être réparée en deux jours mais il s’en fiche le Neil, il ne pense plus qu’avec son pénis et en perd son latin, ses priorités et bientôt sa santé mentale. Car la maison n’est pas ce qu’elle semble être et ses habitants encore moins... Je vous l’avais dit que Neil était d’une stupidité sans nom !

Bon, en même temps, il n’y aurait plus de livre et le plaisir sadique qu’on éprouve au fil de l’intrigue ne serait plus aussi réussi. On a beau savoir que le pauvre gars est perdu d’avance, on se plaît à suivre son attirance hypnotique pour cette femme séduisante en diable. Elle m'a fait penser à une succube, dévoreuse d’âme qui l’entraîne exactement là où elle veut l’emmener. Pendant que le personnage principal ne pense qu’à la bagatelle, le lecteur s’interroge sur les détails étranges qui apparaissent ici ou là entre une maison à l’architecture complexe voir changeante, qui semble se refermer sur ses visiteurs, des bruits étranges et néanmoins familiers qui font penser que de drôles d’événements se déroulent dans les parages, un jeune-homme gisant blafard sur un canapé et disparu cinq minutes plus tard, des résidents âgés plutôt inquiétants qui se nourrissent de mets peu appétissants (vous ne mangerez plus de la soupe comme avant si vous lisez ce livre)... Bref, autant d’éléments qui moi m’auraient fait fuir au bout de quelques heures !

Mais non, le Neil en tient une couche et sous le charme de Marisa va laisser passer sa chance. Ce qui, pour le coup, permet à l’auteur, Thomas Tessier, de nous révéler dans le dernier tiers de l’ouvrage une vérité glaçante et extrême. Attendez-vous à du gore et du déviant mâtiné d’une piqûre de rappel historique non dénué d’intérêt. Les ficelles de l’intrigue sont assez grossières mais le résultat est plutôt réussi avec un lecteur pris dans la tourmente des dernières pages d’une rare violence et faisant écho dans une bien moindre mesure à l’évocation des enfers chez Dante ou Milton. On atteint les sommets du macabre et les amateurs apprécieront, les âmes sensibles passeront quant à elle leur chemin...

En terme de teneur littéraire, nous ne sommes pas en présence d’une œuvre impérissable. Clairement, l’auteur fait le boulot sans trop se fouler. Le dernier tiers prend vraiment à la gorge mais pour le reste, l’écriture est plate et sans réelle saveur. Ainsi, la chair est triste dans les passages érotiques alors que c’est l’inverse qui est attendu. J’ai trouvé aussi que Thomas Tessier ne s’appuyait pas assez sur la description pour planter encore plus une ambiance glauque comme il faut.

L’ensemble reste cependant très lisible et il ne faut pas plus de deux heures et demi pour venir à bout des 175 pages de l’ouvrage qui se déguste tel un bon petit plaisir coupable comme on les aime : suffisamment intrigant pour être lu d’une traite ou presque mais parfaitement dispensable et à réserver aux aficionados du genre. La balle est dans votre camp !

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