jeudi 3 juillet 2014

"Zero Theorem" de Terry Gilliam

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L'histoire: Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes. La solitude de Qohen est interrompue par les visites des émissaires de Management : Bob, le fils prodige de Management et Bainsley, une jeune femme mystérieuse qui tente de le séduire. Malgré toute sa science, ce n’est que lorsqu’il aura éprouvé la force du sentiment amoureux et du désir que Qohen pourra enfin comprendre le sens de la vie...

La critique de Mr K: 6/6, encore une excellente session cinéma grâce à la Fête du Cinéma, décidément je les collectionne en ce moment. Il faut dire que ce n'est qu'une demi-surprise, je l'attendais le dernier Gilliam et sa filiation avec le classique Brazil étant évoquée régulièrement dans la presse, j'étais curieux de voir le résultat. Je n'ai pas été déçu, bien au contraire.

Dans un futur consumériste et haut en couleur, Qohen Leth, incarné par Christopher Waltz travaille pour une multinationale spécialisée dans l'élaboration de logiciels informatiques dernier cri. Il vit à l'écart de la société dans une vieille chapelle qu'il a racheté et mène une existence solitaire comme il l'affectionne malgré de multiples sollicitations de collègues notamment son superviseur. Son destin va basculer quand Management (le grand patron tout puissant de la corporation Mancom) le charge de la mission de résoudre le théorème sur lequel de nombreux chercheurs se sont déjà cassés les dents. Il rencontrera aussi une jeune fille qui pourrait lui réinspirer un sentiment qu'il a depuis longtemps oublié: l'amour. Mais l'être humain est-il encore libre de ses choix dans cette société aliénante où chacun est connecté 24h sur 24h?

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On retrouve dans ce film les thématiques chères à l'auteur. Comme Gilliam le disait dans une interview à Mad Movies, le danger ne vient plus d'un totalitarisme politique comme dans Brazil ou 1984 mais par le biais de grandes entreprises se partageant le monde le livrant par là même aux sirènes de la communication connectée à tout va et sans âme (Facebook, Twitter...) et à la toute puissance décisionnelle du Marché. Le sujet est ici traité frontalement avec des visions dantesques comme cette scène dans un Londres livré aux publicités envahissantes qui suivent les passants et les harcèlent constamment de messages tentateurs, la recherche de contact et de chaleurs humains par le biais de la réalité virtuelle augmentée où chacun peut se livrer corps et âme dans des espaces fantasmés, une autre scène se déroule durant une party déguisée où tous les participants dansent tout en consultant leur tablettes et autres smartphones sans vraiment interagir entre eux, comme dans Her les êtres humains cohabitent, se croisent mais finalement ne partagent plus grand chose. Tout bonnement effrayant et sarcastique en même temps, le film est une vraie réussite dans sa mission de dénonciation et de mise en abîme de nos modes de vie actuels.

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Plus on avance dans l'intrigue et plus on se rapproche avec le héros de la finalité de ce fameux théorème. On se rend compte que derrière ce problème mathématique des plus complexe se cache une vérité qu'il n'est pas bon de révéler. En parallèle, Qohen rencontre une call girl de luxe incarnée avec brio par Mélanie Thierry. Derrière une relation de pure commande va naître un espoir fou dans cette société aliénante au possible, l'espoir d'un amour partagé et voulu. Je n'en dis pas plus mais on peut s'attendre à un certain nombre d'obstacles... cela donne tout de même de beaux passages rétro-romantiques mâtinée de SF chatoyante et décalée dont Gilliam a le secret.

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Le film est d'une beauté incroyable, très différente de ce que l'on a l'habitude de voir. Le film a été tourné en Roumanie pour des questions de budget (produire un Gilliam est semble-t-il risqué!) mais cela ne se voit jamais à l'écran malgré quelques critiques que j'ai trouvé injustifiées. Mélange de prises réelles et de quelques effets numériques parsemés de-ci delà, les décors sont époustouflants: la chapelle où loge le héros est magnifique, les rues de la ville de Londres illuminées de pubs en tout genre, les espaces virtuels très bien rendus. On retrouve d'ailleurs dans tous ces éléments le côté foutraque de l'univers du réalisateur et il se dégage une folie ambiante à la fois survitaminée et colorée. C'est rafraîchissant et surtout novateur en ces temps de léthargie artistique et de copié-collé d'une production à une autre. Ici, tout sort directement de la folie créatrice de Gilliam, on retrouve le téléphone fou de Brazil, des inventions futuristes plus étranges les unes que les autres, des tenues complètement délirantes, mention spéciale à la tenue de connection pour aller sur le site de rencontre dans le style déguisement de gobelin fluo! Cela rajoute un grain de fantasy dans un film au propos sombre et sans réel espoir.

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Les acteurs sont remarquables, au premier rang desquels on retrouve un Christopher Waltz égal à lui même: juste, émouvant et imposant. Il donne une profondeur abyssale à son personnage qui évolue beaucoup pendant les 1h45 de film. Le voile se lève sur ses motivations profondes et c'est sur une magnifique reprise de la chanson Creep de Radiohead que l'on connaît enfin sa trajectoire finale. Mélanie Thierry est pétillante à souhait mais pas seulement, derrière le masque de l'apparence, une réelle personne en souffrance apparaît et m'a profondément touché. Matt Damon est aussi excellent dans le rôle de maître du monde, patron dictateur à la froideur glaciale et aux costumes changeant au gré des décors. Rajoutez là-dessus une musique accompagnant à merveille moments comiques et tragiques, vous obtenez un film de toute beauté et réussi point par point.

Je n'irai pas par quatre chemins, il faut aller voir Zero Theorem: puissant dans son propos, remarquable dans son interprétation et sublime dans sa forme. Un must de plus à mon actif!

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mardi 1 juillet 2014

"Under the skin" de Jonathan Glazer

Under-The-Skin-Affiche-FranceL'histoire: Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

La critique Nelfesque: Autant vous prévenir tout de suite, vous aurez ici 2 avis complètement différents concernant "Under the skin". Que vous ayez aimé ou pas ce film, vous trouverez à coup sûr votre compte dans ce présent billet.

Côté speech de départ, on ne peut pas faire plus énigmatique. J'aime! Côté bande annonce, on ne peut pas faire plus mystérieux. J'aime bis! Mixez le tout, faites monter la pression et lâchez une Nelfe plus qu'optimiste dans une salle obscure. Attendez 20 minutes. Et retrouvez là au bord du suicide...

La lumière s'éteint, le film commence. C'est dans le plus grand silence que le générique débute. Pas de musique, pas de son. Puis un fond sonore tour à tour sourd, désagréable ou strident vient prendre le relais et ne disparaîtra jamais vraiment avant la fin du film. Ça met en condition...

Les premières images sont elles aussi étranges. Des formes apparaissent, un cylindre et un cercle. Le spectateur s'interroge. On se croirait à une projection dans une expo d'Art Contemporain. Si vous êtes un habitué du Capharnaüm éclairé, vous savez à quel point j'aime cet Art. Oui mais voilà, là je n'étais pas préparée et surtout je ne vais pas au cinéma pour ce genre de spectacle. Par certains aspects, ce début de film me fait d'ailleurs penser à "The Tree of life" de Terrence Malick (en moins bien mais il y a de l'idée).

20 minutes plus tard, il n'y a eu aucun dialogue et je commence à trouver le temps long. Ce n'est que le début d'une interminable phase de bâillement et de matage de montre pour moi. Je crois que vous l'aurez compris, je n'ai pas accroché à ce long métrage. C'est le moins que l'on puisse dire.

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"Under the skin" est tour à tour chiant comme la pluie (d'ailleurs il pleut tout le temps) et malsain. Certaines critiques disent qu'il ne laisse pas indifférent, ça c'est sûr, pour moi ce fut profondément désagréable... Scarlett Johansson est encore une fois très belle (j'aime beaucoup cette actrice) mais ça s'arrête là. Les acteurs jouent comme une bourriche d'huitres neurasthéniques, il ne se passe rien, c'est plat et ce n'est même pas esthétique (gros point de divergence avec Mr K). Sans arrêt sous exposée, la photographie est crade. C'est voulu mais c'est moche. Seules exceptions qui confirment la règle, les moments où l'héroïne entraîne ses victimes dans sa tanière. C'est épuré, graphique et beau. Là, je ne peux pas nier.

Qui est vraiment le personnage de Scarlett Johansson? Pourquoi passe-t-elle son temps à arpenter les rues dans son camion à la recherche d'hommes à séduire? Qui est ce mystérieux motard qui inlassablement nettoie tout sur son passage? J'attends toujours les réponses. Sans doute suis-je trop terre à terre mais un minimum d'explication aurait été le bienvenu. J'ai l'impression d'avoir été lâchée dans la nature, d'avoir été forcée à regarder 1h50 d'images successives et d'être relâchée sans clarification. Je n'ai compris ni le but recherché par Jonathan Glazer, ni la portée de son message. Un bon gros flop pour moi. Dans tous les cas si vous êtes fétichistes de camionneuses canons, courez y! Scarlett est derrière le volant les 3/4 du temps.

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Je mettrai une petite nuance à ma critique pour un moment du film d'une rare puissance. La scène en bord de mer où une famille entière est décimée dans l'indifférence totale est cruelle, poignante et sans concession. Le réalisateur a sans doute voulu nous dépeindre une société égoïste, déviante et froide (oui j'y ai réfléchi tout de même, je ne m'amuse pas juste à dire que c'est nul) mais pour moi l'accumulation des images n'est pas un moyen suffisant pour véhiculer une idée. Le "tout" est ici bien en dessous de mes attentes.

En résumé, pour l'affiche je mettrai 10/10 et pour la bande annonce 11/10. Pour le film en lui même: 2 (et encore, je suis large...)

Place maintenant à Mr K qui n'a pas dû prendre les mêmes drogues que moi à l'entrée en salle et qui a une vision bien plus positive de cette oeuvre. Enjoy !

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La critique de Mr K: 6/6. Quelle claque amis lecteurs! Quelle claque! Premier grand film de l'année pour moi et peut-être le futur n°1 dans mon cœur. Mais attention, jamais le mot ovni n'a eu tout son sens qu'accolé à cette production underground sans concession et qui divisera. La preuve en est dans nos avis totalement différents à Nelfe et à moi.

Difficile déjà de définir le genre du film: SF? Thriller? Documentaire? Oeuvre d'art contemporain? En fait, c'est un peu tout cela à la fois et ce métrage ne ressemble à rien d'autre de ce que j'ai pu voir jusqu'ici même si l'on sent ici où là des influences certaines. L'héroïne incarnée par Scarlett Johannson est une naufragée de l'espace qui prend une apparence humaine et part en chasse de mâles (je ne vous dirais pas ce qu'elle leur fait, ça gâcherait le plaisir de la découverte). Elle semble accompagnée d'un étrange motard qui efface les traces qu'elle peut laisser derrière elle, spectatrice des mœurs humains, peu à peu on la sent devenir empathique. Empirisme, vous avez dit empirisme?

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Ce film est par définition nébuleux. Très lent dans son déroulement, ne vous attendez pas à un énième succédané de film SF mâtiné d'action. On est ici dans le contemplatif, le naturalisme dans les scènes quotidiennes des humains qu'observe cette brune venue d'ailleurs. Là où le réalisateur est malin, c'est qu'il nous met quasiment à la place de cet être étrange aux motivations obscures. C'est dérangeant et même parfois très choquant car de morale, le personnage de Scarlett Johansson ne peut en avoir étant étrangère à notre monde. Cela donne des scènes fortes en intensité et très perturbantes, mention spéciale à celle se déroulant sur la plage par jour de tempête, j'ai senti mon cœur se glacer comme rarement (si si, même Von Trier ne m'avait jamais fait cela!). Peu à peu, les pièces du puzzle se mettent en place pour un final à la fois brut et poétique, riche en symbole sur la quête de soi et de la poursuite de nos objectifs.

Scarlett Johansson filmée ici sans artifices irradie le film de sa présence sans avoir à parler, exactement l'inverse de dans le film Her où on ne la voyait jamais et où on se contentait de succomber au charme de sa voix comme Joaquim Phoenix. Sa présence magnétique, sa beauté naturelle et pas filiforme, sa capacité à exprimer une émotion contenue par un plissement de lèvre, un regard changeant donne une épaisseur, une étrangeté et une beauté sans pareil à son personnage. Les autres acteurs jouent leur partition à merveille mais leurs rôles sont plutôt minces, le réalisateur se concentrant plus sur l'humanité en général à travers des séances filmées en totale liberté et sans que les éléments de la foule soient au courant.

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Under the skin est aussi un très beau film en terme esthétique. Mortifère, les paysages sont sombres, les tons gris et verts dominent avec quelques éclats de lumières qui percent la grisaille ambiante et révélant une once d'espoir dans une œuvre définitivement sombre jugeant sévèrement le genre humain et notamment les hommes obsédés par la beauté plastique de l'héroïne et la réalisation de leurs désirs. La BO est un modèle du genre même si elle pourra déplaire à beaucoup par son côté bruitiste. Pour vous faire une idée plus précise, j'ai trouvé ce film très lynchien période Lost Highway (un de mes films cultes!). Je suis resté aussi scotché sur l'alternance de plans type documentaires (l'héroïne au volant de son camion), les passages purement surréalistes (les scènes de séduction sont parmi les plus belles que j'ai pu voir sur grand écran), les plans séquence sur les paysages désolés d'Écosse... autant de visions fulgurantes et marquantes qui vont rester gravées dans ma mémoire longtemps. Le rythme lent de l'ensemble est envoûtant mais jamais routinier car on sent bien qu'on est ailleurs durant ces 1h45 et que l'on n'est pas au bout de ses surprises.

Au final, c'est un film à voir absolument pour tous les amateurs d'œuvre authentique, étrange, réflective et contemplative. Une œuvre à part que je serai capable de retourner voir dès demain... d'ailleurs c'est toujours la Fête du Cinéma... Chiche?

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dimanche 22 juin 2014

"Maléfique" de Robert Stromberg

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L'histoire: Maléfique est une belle jeune femme au coeur pur qui mène une  vie idyllique au sein d’une paisible forêt dans un royaume où règnent le bonheur et l’harmonie. Un jour, une armée d’envahisseurs menace les frontières du pays et Maléfique, n’écoutant que son courage, s’élève en féroce protectrice de cette terre. Dans cette lutte acharnée, une personne en qui elle avait foi va la trahir, déclenchant en elle une souffrance à nulle autre pareille qui va petit à petit transformer son coeur pur en un coeur de pierre. Bien décidée à se venger, elle s’engage dans une bataille épique avec le successeur du roi, jetant une terrible malédiction sur sa fille qui vient de naître, Aurore. Mais lorsque l’enfant grandit, Maléfique se rend compte que la petite princesse détient la clé de la paix du royaume, et peut-être aussi celle de sa propre rédemption…

La critique Nelfesque: Ah ! ENFIN ! "Maléfique" est en salle ! Bon ben on hésite pas une seconde, on prend nos places et on y va. J'étais littéralement tombée amoureuse de la bande annonce de ce film. L'ambiance, le visuel... tout semblait être fait pour me plaire. J'ai lu quelques ITW d'Angelina Jolie (notamment dans le Studio Ciné Live spécial Cannes) et j'avais fortement envie de voir ce film au cinéma.

Je ne vous apprendrai sans doute rien si je vous disais que "Maléfique" est une relecture du conte de "La Belle au bois dormant". Disons plutôt que c'est la même histoire mais vu du côté de "la méchante sorcière", alias Maléfique. Tout ce que l'on croyait connaître jusqu'alors sur ce conte va prendre une dimension différente.

Mieux vaut connaître le dessin animé originel pour apprécier à sa juste valeur "Maléfique". Si ce n'est pas le cas, il n'y a pas mort d'homme mais vous risquez de passer à côté de pas mal de clins d'oeil bien sympathiques. Pensez donc à mettre en place une petite séance DVD de rattrapage pour vos enfants avant de les emmener voir ce présent opus. D'ailleurs si vous êtes adultes, ne snobez pas ce bijou pour autant, vous le regretteriez !

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Ca y est, j'ai lâché le mot : "Maléfique" est un bijou ! J'ai adoré ! Visuellement il est superbe. Nous l'avons vu en 3D (on n'a pas spécialement choisi, perso la 3D, je m'en fiche un peu) et pour une fois ce n'est pas du gadget. C'est sans doute bien plus beau en 3D (même si maintenant j'ai envie de le voir en version "classique" pour comparer...). Le monde féérique qui nous est proposé est foisonnant de créatures toutes plus belles et mignonnes les unes que les autres : papillons luminescents, fée minuscules et colorés, gnomes hérissons... Les paysages sont à couper le souffle et vraiment on en prend plein les yeux.

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Côté "fond", "Maléfique" n'a pas à rougir et ne fait pas de faux pas. Fidèle au conte originel, il ne le trahit jamais tout en apportant des détails supplémentaires et surtout la vision de Maléfique qui vient apporter une lecture différente à l'histoire. Celle que l'on prenait jusqu'ici pour la méchante sorcière cruelle et sans cœur s'avère être une fée déçue et blessée par la race humaine. Le spectateur comprend alors beaucoup mieux ses agissements et découvre par là même son côté tendre.

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Film féministe (et oui !), il véhicule des notions de respect, de tolérance et d'amour. D'une façon dark certes mais tellement mieux que certaines soupes mielleuses peuvent prétendre le faire... Angelina Jolie est bluffante en Maléfique et la réalisation de Stromberg la sublime. Que dire sur le passage où Maléfique passe d'une fée gaie et ouverte à une créature noire et vengeresse ? Un superbe moment de cinéma. On est dans une production Disney et on l'occulte totalement. Preuve que si ils le veulent ces studios peuvent faire des films de qualité sans racolage intempestif et loin du manichéisme. Sur ce dernier point, j'ai été surprise. Un bon point de plus !

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Les personnages sont touchants. Maléfique en tête bien sûr, sublime dans son rôle, à laquelle on s'attache et pour laquelle on souhaite une fin heureuse mais aussi Diaval, serviteur polymorphe de Maléfique, avec qui il forme un duo diabolique (mais pas que). Les marraines d'Aurore, les 3 bonnes fées, sont de vraies têtes à claque et amènent une dose d'humour salvatrice sans laquelle le spectateur serait sous pression constante du début à la fin du long métrage.

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement de découvrir ce film sans plus tarder. Que vous ayez 9 ou 90 ans, vous ne pourrez contester la beauté de cette production et au delà de cela vous vous laisserez entraîner dans un monde fascinant où il fait bon retrouver son âme d'enfant dans ce qu'elle a aussi de plus sombre parfois. Une vraie réussite !

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La critique de Mr K: 4,5/6. Voilà un film que nous attendions depuis que Nelfe et moi avions vu la bande-annonce il y a quelques mois de cela. Je ne suis pas franchement Disney (du moins depuis les 90') mais j'avais été plutôt agréablement surpris par leur précédente relecture d'un classique avec Blanche Neige et le chasseur. Bien m'en a pris de ne pas céder à mes pulsions premières et de tenter l'aventure car Maléfique est une belle réussite.

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Il est préférable d'avoir déjà vu La Belle au bois dormant (je pense aux plus jeunes surtout) pour goûter au maximum aux divergences scénaristiques de Maléfique. Le début du métrage s'attarde sur l'enfance et la jeunesse de la pseudo méchante sorcière qui s'avère être une fée plutôt sympathique (niaiseuse diront les esprits chagrins !) vivant en harmonie dans les Landes, territoire des fées et autres lutins. Elle va faire la rencontre d'un jeune garçon (le dénommé Stéphane) dont elle va s'éprendre. Les hommes étant tous des porcs (sic), ce dernier va la trahir des années plus tard en lui coupant les ailes, trahissant par la même occasion sa dulcinée. Maléfique s'enfonce dans son chagrin, se laisse gagner par la colère, isole la Lande du monde des humains et lance une malédiction sur la première née de Stéphane, devenu entre temps roi. La gamine est élevée par trois petites fées bien crétines mais Maléfique veille et pas forcément de la manière dont on croit !

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Ce film est tout d'abord d'une grande beauté. Les 20 premières minutes nous laissent découvrir un royaume des fées enchanteur et divin. Peuplé de créatures plus grotesques et rigolotes les unes que les autres, on se plaît à rêver d'y aller pour s'éloigner du monde des hommes. Mais très vite, on sombre en même temps que l'héroïne dans de superbes tableaux de dark fantasy pure, un univers que j'apprécie tout particulièrement. Des murailles de ronces plus vraies que natures séparent désormais les hommes et le petit peuple. Paysages et personnages sont traités avec finesse et esthétiquement ce film est une grande réussite. Les passages plus branchés action sont aussi de beaux morceaux de bravoures notamment l'affrontement premier entre les hommes et les créatures sylvestres (il y a un côté Ent qui n'est pas pour me déplaire) mais aussi la bataille finale avec un dragon des plus réussi.

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Les acteurs sont au diapason au premier rang desquels Angélina Jolie rayonne de mille feux. D'une beauté froide et touchante, elle donne une grâce, un charme et une mélancolie incroyable à son personnage pour lequel on ne peut qu'avoir sympathie et admiration. Derrière ce cœur de glace se cache un être profondément blessé par le désir et l'ambition d'un homme vide de sentiments et que l'on adore détester, le roi Stéphane est assez pitoyable dans son genre et irritant au possible. La jeune actrice jouant Aurore est aussi très convaincante même si le personnage n'est pas mon préféré tant elle déploie candeur et mièvrerie (en même temps, il s'agit de la Belle au bois dormant tout de même!). Mention spéciale au serviteur métamorphe de Maléfique que j'ai trouvé à la fois touchant et intéressant dans ses rapports ambigus avec sa maîtresse. A bien des égards ce film s'adresse aussi aux adultes par les sens cachés qui ont pu être glissés ici ou là notamment une dimension féministe indéniable et rafraîchissante pour un genre aussi codifié que le conte.

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Au final, on passe une heure et demi de pur divertissement et d'émerveillement. Nous l'avons vu en 3D (pas le choix) mais pour une fois le procédé était bien utilisé et donnait une envergure épique à ce spectacle total. À voir pour tous les amateurs de contes de fée et autres rêveurs en tout genre.

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dimanche 4 mai 2014

"Noé" de Darren Aronofsky

noéafficheL'histoire: Russell Crowe est Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde… n’est que le commencement.

La critique Nelfesque: Aronofsky, au Capharnaüm éclairé, on l'aime particulièrement. "Black Swan", "The fountain" (un pur bijou vu avant la tenue de ce blog), "Requiem for a dream" (culte) sont autant de preuves que ce réalisateur a un véritablement don pour le cinéma. Je ne suis pas très "blockbuster", je suis même "pas blockbuster du tout" mais pour Aronofsky, et pour l'histoire de Noé que j'aime beaucoup, j'ai fait le déplacement et je ne le regrette pas.

Je ne le regrette pas car je pense que ce long métrage perdra beaucoup de sa superbe sur petit écran (quoi que les petits écrans deviennent de plus en plus grands!). Niveau visuel, ce "Noé" n'est pas pourri. Paysages magnifiques, grandes étendues dévastées ou verdoyantes, l'accent est mis sur la beauté de la nature en opposition à la laideur de l'espèce humaine. Très écolo comme film. En même temps, Noé (le vrai) était du genre peacefull. Mais pas que, comme on peut l'apprendre dans ce film ou en connaissant l'histoire originelle dans la Bible.

L'histoire de Noé justement je la connais. Bien qu'Aronofsky ait pris quelques libertés par rapport au passage biblique, globalement c'est fidèle. La détermination d'un homme qui a la foi, ses sacrifices, sa droiture... autant de points forts qui font aussi ses faiblesses. En revanche, l'inconnu dans l'Arche (que je ne citerai pas pour ne pas spoiler) entre autres, c'est du pur délire mais bon c'est du grand spectacle, il faut du suspense... et parce qu'Aronofsky a mis les formes pour le reste, je ne lui jetterai pas la pierre.

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Je vais faire court dans ma critique aujourd'hui car en toute honnêteté, je ne sais pas trop quoi en dire. C'est un bon film, avec de purs passages visuels (comme la Génèse ou les anges déchus), de belles valeurs portées sur grand écran mais malheureusement j'ai peur que ce long métrage soit aussi vite oublié que vu... Niveau dialogues et bien c'est un blockbuster... Ca ne vole pas très haut... (Ah Mr K me chuchote que l'histoire se passe environ 3000 ans avant notre ère. Certes ils ne devaient pas avoir beaucoup de mots de vocabulaire mais bon cela n'empêche...) Et je crois que c'est en partie ce pourquoi ce film ne restera pas gravé dans ma mémoire.

Une petite remarque en passant. Si vous voulez voir des animaux dans ce film (ben oui quoi, c'est l'Arche de Noé, y a des animaux partout!), passez votre chemin! La gamine de 4 ans qui sommeille en moi a été très déçue de n'apercevoir que les culs d'éléphants, de tigres et de perroquets à leur montée dans l'Arche (oui je sais, pas de gros mots quand on parle de la Bible...) parce que des animaux c'est tout ce que vous verrez! Remboursez! Sur la scène de la montée par espèce dans l'Arche, je pense qu'ils ont tout donné niveau post prod et c'est très bien fait mais au moins un petit lapinou en gros plan après le déluge je crois que c'était pas trop demandé. Oubliez ça tout de suite. Les animaux vous les verrez pendant 2 minutes montre en main après quoi place aux larmes, à la souffrance, au sang et surtout à la pluie!

Ce n'est qu'un détail mais ça m'a marquée. Et résultat des courses, c'est le point qui me reste en tête à la fin de ce film. C'est balot hein? A un lapinou près... Mais allez le voir tout de même parce que Russell Crowe en Noé c'est tout de même bien joué! De mon côté, je vais me pencher sur sa BD du même nom sortie en 2011 pour voir si Panpan n'est pas finalement dans les grosses coupes que ce film a subi de la part des studios.

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La critique de Mr K: 4,5/6. On peut dire que je l'attendais celui-là et dans l'ensemble je n'ai pas été déçu. Ce réalisateur a une place toute particulière dans mon cœur depuis Requiem for a dream (cultissime à mes yeux) et du méconnu The Fountain. J'étais curieux de voir son adaptation d'un mythe tel que le Déluge. On sait ce réalisateur méticuleux et intègre, qu'allait-il ressortir de sa collaboration à un grand blockbuster?

L'histoire, tout le monde la connaît ou presque. Les hommes ont pêché par leur libre arbitre et leur soif du pouvoir détruisant le reste de la Création pour assouvir leurs désirs. Noé est choisi pour purger le monde du mal, sauver tout le règne animal et construire un monde nouveau. Il s'attèle très vite à l'édification d'une arche pour accueillir tous les couples d'animaux. Cela attise la curiosité et aussi la convoitise de clans humains bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues. Heureusement, Noé pourra compter sur l'engagement des siens (du moins au début avant une deuxième partie nettement plus sombre) et sur le soutien des Veilleurs, anges déchus à la recherche du pardon de leurs fautes. Le tout donne lieu à plus de deux heures de spectacle haut en couleur aux parenthèses intimistes aussi poignantes que réflectives. Et non, nous ne nous trouvons pas devant un banal produit de consommation mais bel et bien devant une œuvre conçue et pensée pour à la fois divertir et réfléchir.

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Rien à redire sur l'interprétation, les acteurs sont remarquablement bien dirigés et l'ensemble sonne juste et profond. On en sait très peu sur Noé quand on relit le passage du Déluge dans l'Ancien Testament mais Aronofsky ne sacrifie jamais la crédibilité au détriment du spectacle. Russell Crowe est impeccable en patriarche illuminé et convaincu de sa mission. Loin de faire pot de fleur, Jennifer Connelly réussit à densifier le personnage de sa femme pour contribuer à l'alchimie de cette famille un peu particulière. Mention spécial pour Anthony Hopkins qui campe un Mathusalem plus vrai que nature, sage et débonnaire à la fois il illumine l'écran à chacunes de ses apparitions.

Devant ce genre de film, j'ai souvent peur que l'on tombe dans le ridicule (genre le "Feu" prononcé par un personnage principal dont le peu recommandable Troy de Petersen...) avec un dialogue mal senti ou anachronique. Rien de tel ici, on oscille entre réalisme pour les scènes familiales, SF par moment avec les anges et forcément l'Épique pur et dur avec les très beaux passages sur l'arrivée des bêtes ou encore les visions de Noë. L'ensemble se marie bien et respecte une cohérence bienvenue quand on touche à des sujets liés au Sacré.

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On pourrait dire bien des choses sur le fond, les rapports qu'entretiennent les personnages, la vision quasi mystique de Noé, la nature de l'être humain. Pour ma part, j'y ai vu avant tout un film pro-écologie. Le héros est désigné comme le fossoyeur de la race humaine et semble vouloir aller jusqu'au bout du bout pour éteindre notre espèce à l'origine de tous les maux de la Création (la troisième partie du film se transforme en un huis clos étouffant et salvateur). Mais voilà, ce n'est qu'un homme et il finira par céder. Quand on voit l'état de la planète aujourd'hui, mon petit côté misanthrope ne peut s'empêcher de penser que nous rééditons le passé et que l'homme ne méritait pas forcément d'être sauvé. Mais bon comme dit la chanson: "Homme, tu n'es qu'un homme".

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Techniquement ce film est une fois de plus un bijou de formalisme et d'inventivité visuelle. Les scènes d'extérieurs sont grandioses avec des décors à couper le souffle et des couleurs retravaillées qui donne au film un parti-pris esthétique unique et novateur. Au passage, ne vous attendez pas à des visions apocalyptiques dantesques. Le Déluge est bel et bien représenté mais jamais dans la surenchère et très vite on se retrouve enfermés dans l'Arche avec les héros. J'ai aussi adoré les passages plus épileptiques chers à Aronofsky avec un coup de cœur personnel pour la Création du monde ou encore le crime de Caïn. C'est dans ce genre de moment qu'on ne regrette pas d'être allé en salle obscure voir un film, je dois avouer que j'ai été bluffé plus d'une fois.

Pour autant, je ne peux lui donner la note parfaite de 6/6. J'ai trouvé les seconds rôles plutôt légers avec notamment une actrice venue de la saga Harry Potter qui ne m'a pas du tout convaincue et qui a limité mon empathie vis à vis de certaines scènes-clefs (le face à face avec Noé quand elle a ses deux filles dans les bras par exemple). Il y a aussi quelques redondances et longueurs dues sans doute à des coupes. Il paraît que le métrage a été expurgé de certaines idées chères au réalisateur. Nous verrons en sortie DVD si ce ne sont que des rumeurs... Faute grave à mes yeux (en plus du couple de girafes manquant), on ne voit pas vraiment les bestiaux une fois qu'ils sont entrés dans l'arche, on les aperçoit de temps à autre en arrière plan, mais finalement Aronofsky semble se désintéresser totalement d'eux, un comble avec un tel sujet traité! Dernier et non des moindres (attention spoiler!), que vient faire dans l'Arche un humain nuisible déterminé à sauver sa peau coûte que coûte? C'est totalement artificiel et pour ma part hors sujet... dommage.

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Mais ne boudons pas notre plaisir, ce film est une réussite car en l'espace d'une séance, on se retrouve plongé dans un pan de notre culture commune entre émerveillement et tension. Comme Aronofsky est un faiseur de premier ordre, la beauté et la réflexion sont au RDV malgré quelques scories. À voir au cinéma pour profiter au maximum du spectacle!

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dimanche 13 avril 2014

"Nymphomaniac - Partie 2" de Lars von Trier

Nymphomaniac-Volume-2-afficheL'histoire: Seconde partie du film de Lars von Trier, retraçant le parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, raconté par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane.

La critique Nelfesque: Souvenez-vous, début janvier, nous sommes allés voir la première partie de "Nymphomaniac" au cinéma de notre ville et ce dernier nous a fait la bonne blague de ne pas diffuser la suite la semaine suivante comme ce fut le cas dans tous les autres cinémas proposant ce film à la programmation... Passé l'énervement, la joie. Avec 3 mois de retard, "Nymphomaniac - Partie 2" est à l'affiche et nous, tout naturellement, nous sommes dans la salle!

Comme je l'avais souligné lors de la rédaction de mon avis sur la première partie, il est difficile de scinder en deux une oeuvre et d'en faire deux critiques distinctes puisqu'à la base c'est un seul et même film... L'idéal aurait voulu que l'on vous écrive un billet sur l'intégralité de cette production (c'est d'ailleurs ce que nous avions prévu de faire à la base) mais bon, en 3 mois, on en oublie des choses donc nous avions préféré faire un billet pour chaque partie. Oui, je râle encore là dessus, c'est la dernière fois, promis, après j'arrête.

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Nous retrouvons le personnage de Charlotte Gainsbourg là où nous l'avions laissé, dans la chambre de Seligman, à lui raconter la suite de ses péripéties sexuelles. Cette seconde partie a été interdite en salle aux spectateurs de moins de 18 ans et bizarrement je l'ai trouvé plus soft que la première, moins dérangeante. Alors certes, on voit bien deux bites (désolée j'appelle un chat, un chat) en gros plan dans ce qui se présente comme une future partie à 3 mais dans l'idée je maintiens, le volume 1 est bien plus pervers. Sans doute parce qu'ici Joe est plus âgée, plus actrice dans sa vie sexuelle, moins tatonnante, plus mûre, bien qu'elle continue d'explorer le côté obscur des parties de jambes en l'air.

Joe ayant trouvé l'amour mais ayant perdu le plaisir, elle sombre peu à peu dans une escalade de souffrances physiques dans sa quête du Graal: son orgasme perdu. Sans trop en dévoiler, elle va tenter le sado-masochisme, le triolisme, la masturbation jusqu'à la blessure... La chair était déjà triste dans la première partie, là, elle est limite pathétique. On souffre pour cette pauvre femme qui n'arrive pas à vivre sa sexualité de manière épanouie, sans cesse dans l'expérimentation et l'obsession sans plaisir.

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Allant jusqu'à délaisser ses proches, le désir de ressentir sa petit mort étant plus fort, elle va être de plus en plus seule. Au passage, Lars Von Trier fait ici un excellent clin d'oeil à un de ses précédents films, "Antichrist" (si je vous dis fenêtre + nuit + scène d'amour ça vous dit quelque chose?). Sa solitude, elle la comble peu à peu avec Seligman qui se rapprocherait le plus de ce que pourrait être un ami dans la vie morne de Joe. Ensemble il continue d'explorer les tréfonds de sa vie et s'en suivent de délectables discussions argumentées entre eux deux. Exemples, contre-exemples, métaphores, références intellectuelles, tout y passe. Cela plait ou pas aux spectateurs qui pour certains trouveront ces scènes cérébrales masturbatoires (ça tombe bien, on reste dans le thème) mais personnellement j'ai trouvé qu'encore une fois avec ce film, Lars Von Trier nous enrichit intellectuellement. On ne ressort pas indemne d'une projection d'une de ses oeuvres.

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Lars Von Trier est un réalisateur que l'on adore ou que l'on déteste. J'ai du mal à concevoir que l'on puisse être "entre deux" avec ses films. Ici sans doute encore plus qu'ailleurs, il séduit ou ennuie. Vous avez d'ors et déjà compris que je me situe dans la première catégorie. J'ai déjà hâte de découvrir son prochain film tant cet homme là a une place bien à part dans le paysage cinématographique.

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La critique de Mr K: 5/6. Aaaaah depuis le temps qu'on l'attendait cette fameuse deuxième partie! Il était temps! Mais chose promise, chose due; notre cinéma a finalement décidé de programmer pendant une semaine la suite du film sulfureux de Lars Von Trier mettant en scène le personnage de Joe interprétée majoritairement cette fois-ci par une Charlotte Gainsbourg une fois de plus au sommet de son art.

On retrouve notre héroïne au moment exact où on l'a laissé à la fin du chapitre 1. Après avoir écumé nombre de lieux de perdition et avoir bu le calice jusqu'à la lie, elle n'est plus capable de ressentir le moindre plaisir! Commence alors une longue quête intérieure qui clairement s'apparente ici à une descente aux Enfers. Sa relation avec Jérôme ne peut alors que se dégrader et Joe va multiplier les expériences malheureuses. Elle croisera notamment sur sa route un coach d'un genre très spécial (Jamie Bell), des harders black adeptes de la parlotte (moment hilarant), une jeune femme fragile qu'elle va prendre sous son aile... autant de personnages qui vont croiser la route de Joe et changer sa trajectoire. Plus le métrage avance, plus on semble plonger plus loin dans les désordres émotionnels et relationnels de Joe. La fin ne peut qu'être bien sombre...

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Dans ce deuxième volume, les qualités sont toujours les mêmes mais ça n'a rien de surprenant quand on sait que Von Trier proposait avec Nymphomaniac une œuvre unique. La technique est toujours perfectionniste, entre cadrage caméra à l'épaule et plans plus travaillés avec des ambiances bien plantées où le climax se fait prenant et marquant. On a beaucoup glosé sur les scènes mettant en image les rapports sexuels assez violents que s'inflige l'héroïne. Certes c'est crû mais je défie toute personne normalement constituée d'y trouver une quelconque excitation ou désir car au contraire, tout cela est ici bien triste et dérisoire. Il y a le sexe comme révélateur mais Joe est une femme perdue, errant de personne en personne sans réellement trouvé la clef de son épanouissement. Il en ressort une figure solitaire, mélancolique qui glace le sang du spectateur et qui moi, m'a pris à la gorge.

Les acteurs sont toujours aussi bien dirigés et livrent une galerie de personnages hauts en couleur. Willem Dafoe en impose toujours autant entre force et finesse, le tout relevé d'une once de machiavélisme. Jamie Bell (ex Billy Elliot!) est remarquable de justesse comme dit précédemment et de manière générale, malgré une histoire vraiment déroutante et peu commune, on y croit tant Von Trier dissèque littéralement ses personnages pour mieux nous les jeter en pâture par la suite. On navigue constamment entre curiosité, trouble et faux semblant. Difficile en effet de pouvoir s'identifier à quiconque tant les âmes ici présentées sont tortueuses et ravagées par la vie.

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Au final, même si je lui ai préféré d'autres films du même auteur comme Dancer in the dark, Antichrist ou encore Melancholia, j'ai trouvé cette expérience cinématographique novatrice, entière, sans concession et d'une beauté à couper le souffle. Sûr qu'il ne plaira pas à tout le monde, le poids des tabous est ce qu'il est, mais c'était un plaisir sans borne d'aller voir un Von Trier qui pour moi est un réalisateur décidément bien à part.

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jeudi 27 mars 2014

"Her" de Spike Jonze

herL'histoire: Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l'acquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de 'Samantha', une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

La critique Nelfesque: Nous avions remarqué ce film bien avant sa sortie. "Her" ayant reçu l'Oscar du Meilleur Scénario cette année, c'est avec encore plus d'impatience que nous nous sommes dirigés mardi soir vers la salle de cinéma.

J'ai été complètement happée par le scénario et la bande annonce de ce film. Je savais que j'allais voir un film à part, le genre de film ovni qui vous fait encore plus aimer le cinéma. J'avais également lu et entendu à la radio d'excellentes chroniques sur lui et vous savez ce que l'on dit, quand on a trop d'attente, plus dure est la chute.

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Alors comment fut la chute dans mon cas? Douce, extrêmement douce! Je n'ai pas du tout été déçue et je suis ressortie de la salle après 2 heures, complètement sonnée. Sonnée par l'ambiance, par la puissance du message porté par ce film et surtout sonnée visuellement.

Visuellement, parlons en en premier lieu, "Her" est un bijou. Téléportez moi dans l'époque du film et niveau déco je serai au nirvana! Les décors sont superbes, entre technologies que nous ne connaissons pas encore ou seulement les prémices et un côté vintage épuré très scandinave dans l'esprit. Une sorte de rétro-futurisme qui prendrait sa source dans les années 2000 et serait influencé par l'architecture, le design et la mode des années 50/60. Un petit côté Mad Men des années 2050 en quelque sorte. On est ici bien loin de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les films SF, visuellement très colorés et denses. Rien ne vient agresser le spectateur qui se retrouve bercé lui aussi par la voix de Scarlett Johansson. Les couleurs sont douces et chaudes, l'ambiance est apaisante et sereine... Un paradis de futur? Pas tout à fait car le prix à payer est grand.

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Ce qui ressort de "Her" c'est une profonde solitude. Les hommes n'ont que très peu de contact les uns avec les autres. Ils ne semblent pas en souffrir mais dans chaque plan j'ai senti une blessure latente. Ils se croisent sans cesse sans se voir, n'apportent que très peu de considération à ses semblables (ils n'écrivent même plus leurs propres lettres d'amour). Lorsque Theodore commence à éprouver des sentiments pour Samantha, lorsqu'il prend conscience qu'il en tombe amoureux, on ne peut s'empêcher de penser que Samantha n'est pas une femme "comme les autres". Cet amour naissant est voué à l'échec, Samantha n'étant qu'un OS. OK ce n'est pas un programme quelconque, il évolue avec le temps et ses "expériences" mais comment faire sa vie avec un programme?

Certains peuvent considérer que l'amour est une sorte d'aliénation. Ici, elle prend tout son sens même si paradoxalement cet amour va aider Theodore à se reconstruire, à refaire surface et à ouvrir son coeur.

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J'ai aimé ce film mais j'en suis sortie assez déprimée, voyant du pathétique là où d'autres verraient de la tendresse. J'ai été touché par le personnage de Theodore, si ancré dans son époque, malheureux et seul, ayant des amis mais ne trouvant un semblant de réconfort que dans des univers artificiels, la technologie moderne en premier plan... Une dérive vers laquelle notre civilisation va tout droit... Scarlett Johansson quant à elle crève l'écran par sa voix. Sans être présente physiquement, elle est partout, sa voix emplissant chaque seconde de solitude.

En résumé, "Her" est un très beau film que je vous conseille vivement de voir. Joaquim Phoenix est époustouflant et nous fait vivre avec lui la moindre des émotions de son personnage. Des émotions qui nous font nous interroger sur nos vies, nos peurs et nos souffrances. Préparez les mouchoirs pour la fin (et pas forcément pour les raisons que l'on pourrait attendre...)

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La critique de Mr K: 6/6. On peut dire que celui-là, je l'attendais au tournant, surtout depuis que j'avais vu la bande annonce il y a déjà deux mois. Je n'ai pas été déçu, en même temps la surprise n'est pas grande tant le réalisateur fait partie de mes chouchous depuis ses clips pour ma Björk adorée et l'inclassable et génial Dans la peau de John Malkovitch. Ici, il nous livre un film superbe se partageant entre SF, love story et réflexion plus générale sur l'homme. Attention, le voyage est éprouvant et assez sombre, teinté tout de même parfois par quelques touches de beauté décalée et quelques traits d'humour.

L'histoire se déroule dans un futur qu'on imagine proche. La technologie a évolué mais pas tant que ça, en témoigne une scène avec un taxi qui ne vole pas et fonctionne encore au carburant fossile! La nouveauté se fait essentiellement à travers l'interface informatique/humains que l'on retrouve dans pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. L'Intelligence Artificielle (IA) a fait son apparition et tout le monde communique avec oreillettes et autres vidéophones portables (impossible de décrire autrement l'objet fétiche de Joaquim Phenix). Cela donne une vision du futur plutôt flippante car tous les êtres humains croisés semblent voués à une solitude technologique, ils se croisent mais semblent ne pas se voir, ne pas se parler. C'est avant tout un film sur l'isolement et la douleur qui l'accompagne que nous livre le cinéaste. Cela donne lieu à de magnifiques scènes entre langueur du personnage, musique quasi relaxante et des décors épurés rétro-futuristes (on se croirait dans les sixties, voir la mode des pantalons portés très haut et les motifs des vêtements qui font très vintage!).

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Puis c'est la rencontre ou du moins la mise en service d'une OS (IA) par Théodore le héros qui est en instance de divorce et qui n'arrive pas à surmonter sa douleur. Il ne voit plus personne à part un couple d'ami et se renferme dans une routine se partageant entre son travail d'écrivain public (il écrit les lettres intimes de ses commanditaires) et des soirées jeux vidéos dans son salon (mention spéciale à l'alien très "South Park" avec qui il a une petite altercation). L'OS paramétrée et activée, cette dernière qui s'est donnée le nom de Samantha "parce que ça sonne bien" exerce une fascination sans borne sur un Théodore au bord du gouffre. Puis peu à peu, par petites touches, ses sentiments changent envers Samantha et vice et versa. Un amour nait (ou du moins semble naître) et Théodore semble aller mieux... C'est alors une période d'euphorie qui s'ouvre à lui comme souvent dans une histoire d'amour en éclosion. Vous imaginez bien que ce n'est pas aussi simple que cela et que vous n'êtes pas au bout de vos peines... je vous le confirme! A vous d'aller voir le film pour découvrir ce que nous réserve le métrage dans sa deuxième partie.

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Tous les acteurs sont parfaits au premier rang desquels on retrouve un Joaquim Phoenix en pleine état de grâce. Décidément, il peut tout jouer et il livre ici une prestation vraiment extraordinaire, tout en finesse et sensibilité. Un regard, une esquisse de sourire à la commissure des lèvres et l'on rit ou l'on fond en larme (pour ma part deux fois pendant ce métrage!). Le personnage prend corps devant nos yeux et on y croit. Mais pourquoi n'a-t-il pas eu l'Oscar d'interprétation? Ils auraient du me demander mon avis! Plus étonnante et par là même bouleversante, est la prestation de Scarlett Johansson que vous ne verrez à aucun moment mais dont vous entendrez la voix. Nous avons eu la chance de pouvoir voir le film en VOST et franchement ça valait le coup. Je ne pensais pas possible de pouvoir ressentir autant de chose à travers une simple voix. Un travail gigantesque a du être fait par l'actrice pour gérer les respirations, les inflexions, le rythme de sa voix. Le résultat est remarquable et rend cette IA à la fois crédible, émouvante et parfois inquiétante. Les seconds couteaux du film sont au diapason avec mention spécial à Rooney Mara et Amy Smart.

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On retrouve tout le talent de Sponze une caméra à la main. Peut-être moins virevoltant que sur ces vieilles œuvres, on retrouve son goût étrange dans les décors, les non-dits du scénario qui ne ménagent pas le spectateur. Tout est à l'avenant avec une bande originale vraiment en adéquation parfaite avec les images, une photo, une lumière et des plans à couper le souffle. Tout est ici beauté, épure, calme et réflexion. Il y en a dans ce film. Très souvent, un malaise s'installe car la relation qui se noue ici est artificielle et contre-nature. Pour autant, à aucun moment le plaisir ne m'a quitté durant la projection. Une douce mélancolie m'a envahi, m'a transporté. C'est un peu chamboulé et ému que l'on quitte un film comme cela. La thématique et les réflexions qu'il provoque vous trotteront un certain temps dans la tête et ce n'est que tant mieux!

Une belle œuvre à découvrir au plus vite et au cinéma pour ne rien perdre de son esthétique et de sa profondeur.

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jeudi 27 février 2014

"Nymphomaniac - Partie 1" de Lars von Trier

nymphomaniac afficheL'histoire: La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

La critique Nelfesque: Nous sommes allés voir la première partie de "Nymphomaniac" à sa sortie en salle début janvier. Nous avons mis du temps à en faire une critique car nous attendions la seconde partie fin janvier. Seconde partie que nous attendons toujours...

J'ai râlé auprès de notre cinéma (vous savez combien j'aime râler!) et nous n'avons sans doute pas été les seuls à prendre mal le manque de respect de ce dernier pour leurs spectateurs. Quand on projette la première partie d'un film, c'est la moindre des choses de permettre à tous de voir leur film en entier. La première partie a eu peu de succès!? J'ai envie de dire "What else?". Disons qu'avec des blockbusters à l'affiche depuis plusieurs mois, ça compense le manque à gagner non? Et c'est là que le miracle se produisît! Après avoir envisager de nous rendre à Nantes ou Brest afin de voir la totalité de "Nymphomaniac", nous apprenons que la seconde partie sera finalement projetée début avril dans notre cinéma habituel. Oui, c'est plus tard que prévu mais ON VA LE VOIR!!! Joie! J'ai alors chanté mon amour à cette salle (ben oui je râle mais je sais aussi distribuer des bons points).

Afin de ne pas perdre le fil de nos réflexions suite au visionnage de la première partie, nous allons tout de même vous en dire quelques mots.

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Je ne vous cache pas que j'ai quelques difficultés à disséquer un film que je n'ai pas vu dans sa totalité. Mr K sera sans doute plus prolixe que moi dans sa critique, je vais me contenter de jeter quelques idées ici.

Joe, interprétée par la talentueuse Charlotte Gainsbourg (ma chouchoute et actrice fétiche de Lars Von Trier), est retrouvée très mal en point par Seligman dans une ruelle froide et humide. Mention spéciale pour cette scène d'introduction à la photographie léchée qui donne tout de suite le ton à l'ensemble du long métrage: une ambiance glauque et étouffante portée essentiellement par des sons. Claustrophobe s'abstenir.

Dans cette première partie, Joe commence à expliquer son parcours sexuel personnel à celui qui lui donne l'hospitalité pendant sa convalescence. Un lien va se tisser entre eux et le spectateur va alors être le témoin des premiers moments de découverte sexuelle de l'héroïne. Comment adolescente elle va connaitre sa première fois décevante, comment le sexe va devenir une sorte de compétition entre elle et son amie, comment elle va rentrer dans une spirale féministe plus destructrice que véritablement constructive.

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La chair est ici bien triste. Sans émotion, sans véritable désir, comme une course contre la montre, elle enchaine les expériences sans lendemain. Jusqu'au jour où... Et bien il va falloir attendre la seconde partie pour savoir! Et je vous avouerai que c'est cette partie ci du film que j'attends avec impatience tant le rythme du long métrage s'accélère et laisse espérer une suite mouvementée. Je sens que ça va être éprouvant mais qu'importe.

Je détaillerai sans doute plus mon point de vu lorsque j'aurai vu le film dans sa totalité. Jusqu'ici, je suis bien incapable de dire si j'ai aimé ou pas "Nymphomaniac". En revanche, une chose est sûre: j'ai envie de découvrir la suite!

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La critique de Mr K: 5/6. La sortie d'un nouveau Lars Von trier est toujours un événement pour nous et lors de la sortie de la première partie de Nymphomaniac nous n'avons pas tardé à aller dans notre salle obscure préférée pour admirer la nouvelle œuvre de ce danois quelques peu dérangé. La critique de cette excellente partie vient tard car c'est avec stupeur que fin janvier, nous avons appris que le même cinéma ne diffuserait pas le volume 2! Nous attendions d'avoir vu la suite pour justement exprimer notre avis! Nous avons été rassuré, il y a peu, en apprenant que finalement, la suite serait diffusée pendant une seule semaine au mois d'avril... c'est mieux que rien mais c'est rageant, surtout si comme moi, on a grandement apprécié la première partie.

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Von Trier a décidé une fois de plus de suivre la vie d'une femme, on le sait orfèvre en la matière notamment quand on a vu Dancer in the dark, Dogville, Antichrist ou encore Melancholia (deux palmes d'or d'interprétation féminine tout de même, pour Björk et Kirsten Dunst). Ici, il a décidé de s'intéresser à une femme (Joe) qui se qualifie elle-même de nymphomane, obsédée par le plaisir charnel depuis son adolescence. Recueillie en piteux état par un psy, Charlotte Gainsbourg raconte ses expériences et ses aspirations. Commence alors une longue descente aux enfers dans une psyché torturée entre flashbacks sur l'enfance et le père idéalisé, et des expérience bien hard dans le domaine de la sexualité qui est ici plus que débridée! Ce premier volet s'attache à parcourir les jeunes années de l'héroïne, Charlotte Gainsbourg n'apparaissant que dans les phases narratives entre Joe et son hôte.

La chair est ici triste et morbide. Cette jeune femme semble s'autodétruire tout en se cherchant à travers des expériences choquantes pour l'individu lambda. Pour autant, nous n'avons pas affaire à un étalage gratuit de scènes plus ou moins porno, tout se justifie à travers le parcours émotionnel chaotique d'une jeune femme à la vie intime complexe et parsemée d'accidents de parcours. Ainsi le rapport aux parents est disséqué (proche de son papa, la maman est froide et austère envers sa fille et son mari), ses premiers rapports avec les garçons sont eux aussi des échecs retentissants qui vont la marquer à jamais. Joe adulte (Gainsbourg) se juge durement, livre un constat implacable et prévient qu'elle est un monstre de cruauté et d'égoïsme. Certes il y a de ça mais on sent poindre derrière tout cela une grande fragilité qui m'a profondément ému.

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Une fois de plus, le film de Lars Von Trier est porté par ses acteurs et par le génie de réalisation de Von trier. On pouvait pourtant s'attendre au pire avec un sujet qui paraît racoleur et plutôt casse gueule mais l'alchimie Von trier fonctionne encore à plein et nous livre une œuvre d'art à la fois belle et repoussante, sentiments intrinsèquement liés dans les films du maître, je pense notamment à l'ovni Antichrist.

Lars Von Trier a le don de charmer les acteurs et de savoir les attirer dans ses projets cinématographiques les plus fous. On retrouve ici des habitués du danois fou au premier rang desquels Charlotte Gainsbourg toujours aussi juste et mesurée dans son jeu mais aussi Willem Dafoë (qu'on ne voit pas dans cette première partie). Mais si vous jetez un coup d'œil à l'affiche, vous y verrez aussi Christian Slater remarquable dans le rôle du père aimant et adoré, Uma Thurman complètement transformée et frappadingue dans un rôle très inhabituel pour elle et qui prouve à ses détracteurs qu'elle est une grande et talentueuse actrice, Shia LaBeouf s'avère être lui aussi très bon dans le rôle de Jérôme l'initiateur de la première fois (scène des plus violente) et qui deviendra ensuite une chimère que Joe va poursuivre, mention spéciale à la jeune Stacy Martin (Joe adolescente) qui livre une prestation déroutante et dérangeante au possible ce qui est un véritable exploit au vu de sa jeunesse et de sa carrière naissante.

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La technique Von Trier n'est plus à prouver et ce Nymphomaniac volume 1 en est une preuve de plus, si preuve il y avait besoin! Comme dit précédemment, la direction d'acteur est parfaite d'autant plus qu'il leur en demande beaucoup dans ce film. Tout le reste, musique, cadrages, lumière, photos est à l'avenant et au service d'une histoire puissante, décidément ce diable de suédois est doué! Nul défaut donc, une beauté cruelle de chaque instant, y compris dans les plans pornographiques qui ici se font fulgurances crues et cruelles! Von Trier trouve même le moyen de faire de l'humour par endroit notamment quand Joe nous avoue avoir connu nombre d'hommes et qu'elle compare la taille et la forme de leurs attributs avec une série d'images défilant très vite sur une musique guillerette des plus enjouée. Non, vraiment ce film est à part!

Au final, je ne peux que lui mettre 5/6 car nous n'avons vu que le début. Gageons que le film tienne toutes ses promesses dans un volume 2 à priori encore plus extrême et subversif que nous pourrons enfin voir en avril. Il me tarde d'y être!

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dimanche 19 janvier 2014

"The Hobbit: La Désolation de Smaug" de Peter Jackson

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L'histoire: Les aventures de Bilbon Sacquet, paisible hobbit, qui sera entraîné, lui et une compagnie de Nains, par le magicien Gandalf pour récupérer le trésor détenu par le dragon Smaug. Au cours de ce périple, il mettra la main sur l'anneau de pouvoir que possédait Gollum...

La critique Nelfesque: Nous avions vu le premier volet de cette trilogie made in Jackson l'an dernier et pour ma part, j'attendais la sortie du second avec impatience. Vierge de toute référence hobbiesque Tolkienne, je n'avais qu'à en prendre plein les yeux. Mission accomplie pour cet aspect ci du long métrage.

C'est vrai que "Le Hobbit", tout comme "Le Seigneur des anneaux", côté spectacle, c'est une réussite totale. Le spectateur est cloué dans son siège par tant de beauté, tant niveau paysages dont je ne me lasserai jamais que du côté des combats et des courses poursuites. Ici toutefois, la 3D a tendance à brouiller l'image (du moins avec mes yeux) lorsque ça s'excite à l'écran. Du coup, ça m'en donnerait presque mal au crâne. Du coup, pour le 3ème volet, je pense que je pencherai pour la version 2D.

On continue de suivre l'aventure de la compagnie de nains, de Gandalf et de Bilbo. J'ai préféré celui ci au premier dans le sens où là l'histoire est bien lancée, Bilbo gagne en épaisseur et semble moins niais et perdu que dans le précédent opus. Toutefois, on est ici dans un long métrage très linéaire et les surprises ne sont pas vraiment au rendez-vous. Pour simplifier ça nous donne un schéma type "avancée de la quête, baston, repos, avancée de la quête, baston, repos..." Pour les enfants, c'est parfait. Pour les plus grands ça traîne un peu en longueur par moment et l'ensemble manque de rythme. Pourtant quand ça tape, ça tape. Mention spéciale pour la descente de la rivière en tonneaux.

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Je ne suis pas une grande fana de Tolkien (non mais c'est bon, ne me tapez pas, ça arrive aux meilleurs d'entre nous!) et je n'ai pas le bagage nécessaire pour comparer ce long métrage au roman originel mais toujours est-il qu'en tant que néophyte, je trouve l'ensemble plutôt cohérent et bien foutu. Même si je préfère la trilogie du "Seigneur des anneaux", plus adulte, je ne boude pas ici mon plaisir.

Quant au dragon... Et bien c'est un dragon! Les amateurs apprécieront, les lecteurs du Hobbit qui l'attendaient avec impatience aussi. Pour moi, c'est juste un dragon et à vrai dire au bout d'un moment il me gonfle un peu. Il parle (déjà je ne m'y attendais pas! (si j'avais regardé la BA, je l'aurais su...)), en langage humain s'il vous plaît, et on en soupe pendant tout le dernier tiers du film. Bon ok, c'est un peu le nom de ce volet ci et il fallait s'y attendre un peu... Je vous le concède...

Vivement le 3ème volet que j'irai voir en 2D avec plaisir. C'est du grand cinéma qui coûte cher, ce n'est pas de la petite production ou du film d'auteur mais Jackson nous livre ici une trilogie de qualité qui pour le spectacle vaut le détour. Parfois, ça fait du bien. A suivre...

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La critique de Mr K: 4/6. Une bonne séance de cinéma malgré quelques déceptions de taille pour ma part. On avait laissé la compagnie des treize nains et leur cambrioleur de hobbit en fâcheuse posture. Une troupe d'orcs très très féroces était à leur poursuite et le temps jouait contre eux pour arriver à temps à la montagne solitaire pour pouvoir trouver la porte secrète menant à Erebor et surtout... Smaug le dragon, que l'on a seulement entraperçu dans le premier volet. Rassurez-vous, on le voit dans ce deuxième opus, ceci sous toutes les coutures et durant bien ¾ d'heure mais auparavant vous aurez rencontré un homme-bête plutôt affable, traversé une forêt maudite et inquiétante, rencontré des elfes retors et égocentriques, voyagé à bord d'un tonneau et pénétré dans une cité humaine sur laquelle pèse une lourde menace... Bref, pas le temps de s'ennuyer, les rebondissements sont légions et malgré quelques longueurs et un rythme que j'ai trouvé haché, on ne voit pas le temps passer.

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Jackson maîtrise toujours aussi bien sa technique. Les images sont de grandes beautés en particulier les paysages forestiers (magnifique cité elfique) et les landes proches de la montagne solitaire. Le numérique est tout de même parfois bluffant et sur grand écran, on a vraiment l'impression de voyager avec nos héros. Les scènes d'action sont plutôt réussis et rythmées malgré parfois un manque de lisibilité (effet 3D?). La musique bien que sentant le réchauffé comme dans le premier film, accompagne bien les différentes péripéties et c'est avec un réel plaisir que l'on entend le thème de l'anneau maléfique lorsque Bilbo l'utilise! A ce propos, il faut souligner la performance toute en finesse et justesse de Martin Freeman qui était vraiment l'acteur à prendre pour ce rôle mythique. L'humour est toujours aussi présent et touchera petits et grands tant il paraît incongru dans certaines situations notamment lors du tant attendu face à face entre Bilbo et Smaug. Ce dernier est d'ailleurs très réussi et vaut à lui tout seul le détour. Au cinéma et en 3D, il est l'une des plus imposante et réussie créature du panthéon cinématographique de ces 20 dernières années.

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Mais voilà... il y a un mais et même plusieurs! Plus on avance dans son adaptation, plus on se rend compte que Jackson prend de grosses libertés avec le matériau d'origine. Le livre est pourtant petit et pourtant, il coupe certains passages à la hâche: ainsi la rencontre et la confrontation avec Béorn l'homme sauvage est réduit à sa plus simple expression, même chose pour le passage dans la forêt de Bois Vert qui est ici réduit à peau de chagrin (quid de la traversée de la rivière maudite!!!?). Mais bon... après tout c'est une adaptation et il faut se faire violence. Seulement voilà, il a fallu que Jackson en rajoute avec notamment tout ce qui tourne autour du nécromancien! Pour ma part, je trouve que ça alourdit le récit, n'apporte pas réellement d'éléments en plus (on se tape des scènes concernant cet aspect du scénario toutes les 20min sans que ça ait vraiment de rapport avec la trame principale...). Le pire du pire reste tout de même, l'histoire d'amour naissante entre Tauriel (elfe rescapée de la série Lost!) et un nain! Aucune trace de cette idylle dans Bilbo le Hobbit et surtout des scènes navrantes de niaiserie et de lourdeur. Perso, je serais pour les abattre tous les deux, histoire d'être définitivement tranquille! Bon je vous l'accorde, j'exagère quelque peu, mais on sent clairement la volonté de faire de la thune et de s'écraser devant les studios pour rentabiliser l'entreprise... Vraiment triste!

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Au final, je lui mets tout de même quatre car le spectacle est total malgré les scories évoquées précédemment. Dommage tout de même que le petit père Jackson que j'ai longtemps adulé semble suivre les traces du côté obscur du cinéma... Gageons qu'il se reprenne dans le dernier élément de la trilogie même si au moment où j'écris ces quelques lignes le doute est grand dans mon esprit!

samedi 11 janvier 2014

"Les Garçons et Guillaume, à table !" de Guillaume Gallienne

lesgarconsafficheL'histoire: Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

La critique Nelfesque: Oui bon, ok je sais... Je ne suis plus du tout raccord avec l'actu ciné avec ce post... Je l'ai vu fin novembre / début décembre et j'ai laissé filer le temps. Shame on me! Croyez-moi.

Enfin mieux vaut tard que jamais! Et puis vous aurez toujours l'occasion de voir "Les Garçons et Guillaume, à table!" en DVD. Et l'occasion, il faut la trouver car vraiment ce film est plus que bien!

Je suis allée le voir en salle avec une amie. Mr K ayant boudé, je ne sais pas vraiment pourquoi (parfois il a des lubies énigmatiques...), ce film, vous n'aurez ici que mon avis. Mais n'est-ce pas le plus important (oups je vais le vexer... et je m'égare par la même occasion)? Je suis ressortie de la salle avec la banane et avec un sentiment de bien être et de bienveillance.

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Oui, c'est cela. "Les Garçons et Guillaume, à table!" est un film bienveillant, sans être moralisateur une seule seconde. Il dédramatise certaines situations sans être dans la moquerie. Je pense que vous savez déjà tous que ce film, réalisé par Guillaume Gallienne, est hautement autobiographique et a été joué avant l'adaptation cinématographique sur les planches. Bon, moi, je suis passée complètement à côté de ces infos... Guillaume Gallienne, acteur à la Comédie Française, je dois sortir d'un coma mais je ne le connaissais pas du tout! Et avec mon oeil tout neuf, j'ai vraiment été charmée par son jeu et par sa vision à la fois poétique, drôle et touchante de son histoire.

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Car "Les Garçons et Guillaume, à table!" n'est pas une simple comédie. Même si franchement, on rit beaucoup dans ce film, notamment avec les scènes de l'entrée à l'armée ou à l'école anglaise, on sourit aussi et on a limite la larme à l'oeil parfois. L'histoire est entrecoupée de scènes de théâtre où Guillaume Gallienne est seul sur les planches et où la caméra se veut très proche de lui nous montrant les moindre méandres de sa pensée, ses blessures et ses doutes. Très touchant, très original et mémorable.

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Mais la chose que j'ai aimé le plus dans ce film et qui me fera le revoir avec beaucoup de plaisir (ben oui, faut bien que Mr K le voit quand même!), c'est Gallienne dans le rôle de sa propre mère. Génial, hilarant, tellement juste! J'ai adoré ce personnage, sa façon d'être, de penser, de parler aux autres et Guillaume Gallienne imite sa mère à la perfection. Devant nos yeux, nous avons bien là une femme! Bluffant!

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Pour toutes ces raisons, pour la fin étonnante et beaucoup d'autres qui me reviendront au prochain visionnage (promis, j'arrête d'attendre autant de temps pour écrire un billet), je vous conseille de voir "Les Garçons et Guillaume, à table!". Il a eu beaucoup de succès en salle l'an dernier et vraiment, c'est justifié.

L'intégration de la bande annonce étant désactivée pour ce film ce Youtube, je vous invite à la découvrir ici exceptionnellement. Voici donc un extrait, en remplacement:

Posté par Nelfe à 18:11 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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mercredi 8 janvier 2014

Acquisitions parisiennes

Comme vous le savez, nous étions jusqu'à samedi dernier en vacances à Paris. Une semaine à cheval sur 2013 et 2014 qui, à l'image de notre séjour londonien d'il y a 2 ans, nous a fait le plus grand bien. Bon, je ne suis pas là aujourd'hui pour développer notre semaine en long en large et en travers, d'autres posts sont à venir pour ça.

Il y a une chose de bien à Paris, une chose formidable, une chose que l'on a du mal à oublier quand on change de région comme nous il y a maintenant 6 et 7 ans: le quartier St Michel! A chaque passage par Paris, que ce soit pour un week-end ou plusieurs jours, nous DEVONS faire notre pèlerinage là bas. Gibert Jeune, Gibert Joseph, Boulinier, Crocodisc... pour faire le plein de mots à mettre sous nos yeux et de sons à mettre dans nos oreilles. Ce sont des lieux incontournables! Rajoutez à cela la nouvelle boutique Métaluna, anciennement Movies 2000 dans le 9ème, qui s'est installée il y a quelques mois rue Dante et vous comprendrez que pour nous il est impossible de faire l'impasse sur St Michel!

Trêve de blabla, voici le carnage (et encore, je trouve qu'on a été soft (enfin... surtout moi...)).

Côté lecture:

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- Pete Dexter - "Deception point" parce que j'ai adoré "Un amour fraternel"
- Alexandre Dumas - "Vingt ans après" pour renouveler le plaisir de lecture de "La Reine Margot"
- Patrice Garcia - "Allande, Le Secret d'Alcande" pour son prix modique et une expérience inédite
- Sara Gruen - "De l'eau pour les éléphants" parce qu'encensé par beaucoup
- Nick Hornby - "Vous descendez?" parce qu'il n'est plus édité et que je suis une grosse quiche puisque je l'avais déjà dans ma PAL... Donc je veux bien le troquer! ^^
- Imbert et Gaukler - "Suicide commando" pour son prix modique et une expérience inédite (bis repetita)
- Jeff Lindsay - "Ce cher Dexter" parce qu'après avoir vu l'intégralité de la série, il faut bien que je découvre les romans originels (je commence donc par le premier)
- Yogo Ogawa - "La Petite pièce hexagonale" afin de découvrir un nouvel auteur japonais
- Ryü Murakami - "Les Bébés de la consigne automatique" depuis le temps que Mr K le cherchait d'occaz'!
- Ian Rankin - "La Mort dans l'âme" pour un Rebus de plus
- Jean-Jacques Reboux - "Le Poulpe, La Cerise sur le gâteux" parce qu'un Gabriel Lecouvreur ça ne se refuse pas
- Duong Thu Huong - "Au zénith" pour découvrir la face cachée de Ho Chi Minh
- Robert Charles Wilson - "Mysterium" pour retrouver un auteur hautement apprécié

Côté musique et DVD:

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- Ghost BC - "Infestissumam" groupe découvert au Hellfest sur la scène du Temple
- Seb Martel - "Re-ragalet" pour les souvenirs de fucking concerts parisiens!
- Nightwish - "Imaginaerum" parce qu'il nous fallait la BO de ce film vu aux Utopiales
- Opeth - "Ghost reveries" le meilleur album d'un groupe que Mr K vénère
- Oranssi Pazuzu - "Valonielu" ENFIN le second album en import!
- Satyricon - "Now, diabolical" album cultissime
- Wall of death - "Main obsession" parce qu'après un super concert à Lorient pendant le Festival IndisciplinéEs on voulait pouvoir le réécouter à la maison
- "The Theatre Bizarre" de collectif (Richard Stanley, Buddy Giovinazzo, Douglas Buck, Tom Savini, Karim Hussain, David Gregory, Jeremy Kasten) parce qu'on attendait sa sortie en salle et qu'il n'est pas passé par chez nous...

Bon ben y'a plus qu'à! :)